Full text of "Romania"
HANDBOUND
AT THE
UNIVERSITY OF
V'^J
ROMANIA
ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'Étude
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
. PUBLIÉ PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
Pur remenbrer des ancessurs
Les diz et les faiz et les murs.
Wace.
2*= ANNÉE — 1873
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
(f. vieweg, propriétaire)
67, rue richelieu
1
t.l
LA DESTRUCTION DE ROME,
PREMIÈRE BRANCHE DE LA CHANSON DE GESTE
DE FIERABRAS.
1 . Le poème que je publie ici pour la première fois fait partie d'un
manuscrit de la chanson de geste de Fierabras, conservé dans la bibliothè-
que municipale de Hanovre et désigné dans le catalogue des manuscrits de
cette bibliothèque par le n" 578'. Le savant éditeur du catalogue, pour
indiquer le contenu du manuscrit, s'est borné à citer la souscription de
la dernière feuille : « Ici est H finemanî de l'estoire de Fierenbras d'Alisandre
et del bone roy Charles, » ce qui ferait croire qu'il n'y a rien de plus dans
ce manuscrit : il n'a pas remarqué que la chanson de geste de Fierabras
ne commence qu'au fol. 25 et qu'il y a une autre souscription au pied
du verso de la vingt-quatrième feuille, dont voici les termes : Ici enfinist
la destrucîioun de Rome. Il faut désormais attribuer à la bibliothèque de
Hanovre l'honneur de posséder un unlcum de l'ancienne poésie épique
de la France ; car, au moins jusqu'à ce moment, on n'en a pas signalé
d'autres manuscrits.
2 . Le manuscrit, in-80, et sur vélin, est écrit par une seule main ; il
renferme, sur ses 100 feuillets, ici miniatures, dont 3? appartiennent à
la Destruction, et date du xiv« siècle. // est exécuté en Angleterre: le texte,
cruellement dépravé par de nombreux anglicismes, ne laisse aucun doute
sur ce point. Nous ne signalons que les plus saillants : a) Le copiste
ajoute à presque toutes les consonnes finales et voyelles toniques finales
un e, de manière que les vers dépassent la mesure et que la distinction
du genre des adjectifs et participes est effacée ; en revanche il supprime
quelquefois Ve final; il emploie y au lieu d'/ sans principe 2; il confond
les formes masculines et féminines de l'article, du pronom possessif et
démonstratif, etc. Cette manière d'écrire était impossible en P^rance,
mais elle s'explique, chez un copiste anglais, par l'aphonie de Ve final, par
l'emploi de l'y, et par le manque de genre — traits caractéristiques de
1. Bodemann, Die Handschnften dcr Kgl. Bibl. zu Hannovcr. Hanovre 1867.
2. Cfr. Koch, Hïstor. Grammatïk dcr englischen Sprache, Weimar 1863, I,
§85.
Romania, Il I
2 G. GRŒBER
l'anglais du moyen-âge comme de l'anglais de nos jours. La Destruction
présente par exemple 27 joure, 3 1 faime, 70 voile [volo), 71 miere (mer),
200 conseilc (conse'û), i ]oc) hanapes (hanaps) , 146) freines (freins); 16^
iree (tref), 166 parlée, iGj vieltee, etc. (cfr. les couplets en è/, \Spalefre!e
168 lionye (boni), iSoscruye (servi), 2372 vie (vidij, 1077 mercliie (merci);
— 1085 bone destrier, 1213 ceste mote (ce mot) 1 338 vent fu bone (vens
fu bons), 1012 bones brandes (bons brans); 1061 ounes (un), 1373 des-
truyt (-ite), pris (prise), 1043 port (porte), 1 363 Palou (aloue), 886 pers
(pierres); — 897 my (mon), 890 nuyt (nuit), 930 matyn 972 inayn (main),
1001 puye (podium), 1030 luy (illi), 1047 luy (ille) ' ; — 28 maint
digne relique, 866 mainte membre, 31 maint faime, 84 tote li monde,
809 totes lour péchiez, 1 37 le soen fierté, 177 soen bountee, 868 le îocn
bountee, 1304, 1318 /a fu (le feu), 1493 tote la jour, 608 la mure (le
mur). Les vers tombant sur les syllabes ée et mêlés à des vers en é (p. ex.
835, 890, 945, 1043, 1401, 1429, 1464, etc.) accusent de même le
copiste anglais, qui en est l'auteur ou qui les a changés ; j'ai essayé de
les corriger. — b) Quelquefois il remplace l'orthographe française de
mots d'origine latine qui se sont introduits dans la langue anglaise, par
l'orthographe anglaise, p. ex: 14^2, 1462 etc. sir (sire), 103, F 398,
etc. joy joi (joie), 1238 voice (voix). C'est d'après l'analogie de ce
mot qu'il écrit 27, 5 5 croice (crux) et d'autres mots. — Nous renvoyons
encore le lecteur à des vers tels que 1383,1330, 11 17, i2oi;iii!,
1205, où les verbes garantir et fournir sont employés dans les couplets
en é, c'est-à-dire, d'après l'orthographe du copiste anglais, dans les cou-
plets en ee. Pour lui naturellement le pavikÏTpe grauntee, 984, 1 383 (=fr.
garanti = angl. guarantee) forme avec le mot citée 1387 (= fr. cité =
angl. city >) et avec les autres mots en ee du même couplet une rime
parfaite non-seulement pour les yeux mais encore pour l'oreille 3. Mais de
tels vers nous démontrent qu'il n'a pas suivi exactement son original et
qu'il a lui-même composé ces vers ou qu'il s'est écarté dans ce cas
des données du texte qu'il a eu sous les yeux.
3. Peut-être ces vers pourraient faire croire que le poème entier a été
fait par un anglais. Toutefois il y a des indices qui démontrent d'une
manière irrécusable que notre manuscrit a été copié sur un manuscrit
écrit dans un des dialectes français. Comment p. ex. s'expliquer que le
scribe emploie dans les vers 976, 1341, 1487, etc., l'abréviation ^(îrr.
( — sarrazin) comme si c'était un mot complet, qu'il emploie v. 792
1 . Aussi \'ea au lieu à'e, et \'d au lieu à'i devant /, viennent de l'orthographe
anglaise dans les vers 92, 291, etc., bcal (bêle), 252, 263, puceal (pucele), 358;
373, Ciil (illa); 248, 26<),fcilc (filia) (voy. Koch, I, §§ 1 17-1 19.)
2. Cfr. Koch, I, § 81, et recmplec 990, parforne io\6.
3 . [Je dois faire remarquer que greanter granter existe en anc. français. — G. P.]
LA DESTRUCTION DE ROME J
maier dans le sens d'esmaier; 124 fuer au lieu de fuir, 808 assoiler
— absoudre, 1096 mette — mis, 1066 oucrer — ovrir, 1502 abater —
abatus, 1 326 plaiser — pleisir, i :57s oueree — overte, 1462 combater —
combatre, 1489 succuree — socoru, 1489 desconfiee — ■ desconfit 1500
combaîe — combalu, etc.; qu'il écrive 955, 991, 995 moure au lieu de
mur, qu'il place même ce mot entre les rimes en our, comme v. 913,
917, 955, et qu'il orthographie 1418, \^oT,joTa{ — jura), 1472 hourtee
( — hurté), i%6 hourtent { — hurtent), 827, 1405, 1422, 1466 adouree
( — aduré), 141 treboucher Ç — trébuchier, 256), 1061 ounes { — un)?
Dans les premiers cas, où le copiste anglais a forcé la langue pour le
vers et pour les rimes, il montre son ignorance de la langue française ;
dans les autres il donne des formes de mots qui ne se sont jamais pro-
noncées à la lettre, et qui ne peuvent être causées que par un manuscrit
écrit en dialecte normand qu'il a eu sous les yeux, et dans lequel il n'a pas
toujours bien reconnu la valeur de la lettre u. Ce qui peut nous fortifier
dans cette opinion, ce sont quantité de formes normandes pures que le
copiste a conservées de son original. Voyez p. ex. les formes verbales,
Oii e, ei, 0 répondent à Voi d'autres dialectes: 102 veer (veoir), 290,
1307 auer (avoir; 290 en rime); 17 voleit, 26S poeit, 440 feseit, 4j 4
aveit, 541 esteit, 4<i osereie^; -^c) scit, 271 deit, 479 veit, poont (123),
poout (1222) et les mots: 31 seifs, 256 neirSy 1065 dreit, 18 palefreie,
iGSfranceis, 20 mei (moi). Dans d'autres mots il a conservé l'u normand
p. ex. 30 suffrie, 247 orgoiluse, 250 durrai, 335 duce, 354 flur (fleur),
381 dolur, 467 muster, etc. — Des orthographes telles que chaunte (359),
cliaunceouns (360), sounee (424); croUier (135), esgardier (136), etc. et
des couplets en ier, où la plupart des rimes sont écrites en er (voy. 40
et suiv., 221 et suiv., etc.) et où s'associent des mots qui en français
finissent en er fp. ex. 229 torner, l'^i seignurer^jààesmotsk c[uiconv\enl
la finale ier,\\ faut conclure : ou que le manuscrit que le copiste anglais
a eu sous les yeux avait été écrit par un anglo-normand^, qui copiait de
son côté un manuscrit en dialecte normand, opinion à laquelle j'incline,
ou que ce dernier n'a jamais existé, ou qu'il a existé et non pas le manus-
crit angl.-norm., de sorte que les « anglo-normandismes « proviendraient
encore du système orthographique du copiste anglais, — question qui
ne peut pas être décidée avant que les différences entre le dialecte nor-
mand et l'anglo-normand soient plus clairement étudiées.
4. Mais ce qui est certain, c'est que le manuscrit copié par l'anglais
n'a été qu'un intermédiaire, dont l'original était écrit en dialecte picard.
1. Voy. encore les imparfaits corrompus, qu'il compte dissylabiques : 61,81
volant, 59, 126 feseint, 139 oscint, 687 aucint, 850 pogneint, etc.
2. Cfr. G. Paris, la Vie de saint Alexis, Paris, 1872, p. 80.
4 G. GR<EBER
En voici les preuves. Nous lisons dans notre manuscrit: 5,12, etc.,
clianclion, 15 cli'est, 530 dreschie, etc.; l'article /e au lieu de la: ^ /g
m;2f, 12 le chanchon, 22, 187, etc. ledxe, ()C) le marine, 145 le chapele;
67 del bataile, 1032, 1463, du cite, 986, 1 189 de la cite, où la correc-
tion de de la et de du en dcl, est exigée par le vers ' et par la grammaire,
27, 1 293 du croice, 1099 du tour, 49 de la corone, où partout la cor-
rection en Jdest nécessaire; de même 999 au nuit, 1043 au port ('porte)
1 192 au tent (tente) au lieu de ^/ = à la, etc.^ ; le pronom pers. le au
lieu dit la: 5,361 ; que au lieu de qui 16, 183, 261, 270, 357, etc.; les
formes verbales en ornes: 535 aiomes, 932 iromes, 789 poromes, etc.
y Ici mes recherches sur l'orthographe et sur les dialectes qui se ren-
contrent dans notre ms. s'arrêtent; je n'y ai pas trouvé de vestiges d'au-
tres dialectes français et je me vois obligé de croire que la Destruction de
Rome a été primitivement écrite par son auteur en dialecte picard. Peut-être,
une autre raison fournit un peu plus de vraisemblance à cette hypothèse.
Dans une lecture faite à la section germano-romane de l'assemblée de
philologues allemands, réunis au mois de mai 1872 à Leipzig, je crois
avoir montré que la Destruction de Rome et la chanson de geste de Fierabras
ont été composées par le même auteur, de sorte que le premier de ces poèmes,
dont l'existence a été plus d'une fois supposée, est le commencement de
l'autre. Ce travail, qui paraîtra dans les rapports de l'assemblée des philo-
logues, étant sous presse, je dois m'abstenir de répéter ici les raisons
qui m'ont paru décisives. Or, cela prouvé, il faut, si la Destruction de
Rome est réellement écrite primitivement en dialecte picard, que la chan-
son de Fierabras le soit également. En effet, non-seulement rien ne
répugne à cette supposition, mais nous rencontrons encore dans les deux
manuscrits de la chanson de geste de Fierabras, que nous pouvons con-
sulter outre le manuscrit de Hanovre (qui est, comme nous avons déjà
dit ci-dessus, écrit par la même main et par conséquent ne nous doit pas
servir de preuve), nombre de picardismes, qui sont propres à fortifier en
même temps nos deux hypothèses. Voyez p. ex. dans le manuscrit a du
Fierabras (éd. de Krœber et Servois) 2 canclion, 14 chou, 55 cheus, 74
esclarchist, 144 chertés, 177, 178 Franchois, ^i^cacié, 331 recheut, mer-
chiie, -^^ocommenchie, 1092 keu, 1 506 couque (1 509 coucha) 1854 cer-
kies ; 3815 le puciele; 2077 le print a mollier, 3814 /e courut acoler
{le = la); 1319 conquerromes, 2247, 5220 estiemes, 2439 lairomes, 4620
1. Cfr. le vers 1313, etc., del cite.
2. [Je n'ai pas voulu empêcher M. Grœber de restituer, par l'admission des
formes del, al au féminin, les vers défigurés où ces formes rétablissent en effet la
mesure; mais je ne les ai jamais rencontrées et je ne crois guère à leur existence.
— G. P.l
LA DESTRUCTION DE ROME 5
iriemes, etc.; et dans le manuscrit E (Escorial, dont M. Knust a donné
des leçons dans le Jahrbuch fur Roman, nnd Engl. Litcratur, IX),
p. 47, V. ç)forche (de même p. 49, note i), p. 47, v. 10 chcuz, 1 1 chil
(de même p. 49, note 2), p. 49 note ^ esclarchis, p. 50 après v. 185
corrouchiez, ib. après 203 comnenche, ib. après 5 59* inercin, ib. après ^ 5 P
recheu, ib. après 358, 367 lanche, ib. après 369 chele, ib. note 3
chertés, p. 5 1 après 5 37 ochioic, p. 57 note 8 Franciwis, ib. note 5 carpen-
tier, etc., p. 5 5 1 368' awonmes '.
6. C'est donc le dialecte picard que nous aurions eu à restituer dans
notre poème, si nous avions prétendu à en donner une édition critique.
Le manque de monuments picards sur lesquels nous aurions pu baser
une telle reconstruction et l'imperfection de notre connaissance de ce
dialecte dans ses détails devait nous faire renoncer à cette prétention. Sans
doute la méthode la plus simple pour publier un texte aussi dépravé que le
nôtre, et qui n'aurait pas la censure d'une critique circonspecte à craindre,
c'eût été de donner le texte tel qu'il est dans le manuscrit. Mais alors,
nous aurions laissé à nos lecteurs le travail dont nous sommes obligé de
nous charger en le publiant. Nous nous sommes donc efforcé de le ren-
dre lisible; mais dans tous les cas où nous nous écartons du texte du ma-
nuscrit, on en trouvera les données au pied des pages de la publication.
Ce sont, en général, les anglicismes et normandismes que nous avons éloi-
gnés du texte à mesure que nous les avons pu reconnaître, les vers ou
les parties de vers qui faussent l'alexandrin (dans lequel le poème est
composé), et les mots qui faussent les rimes. La plupart de mes correc-
tions se fondent sur des expressions et tournures de phrase usitées
dans d'autres chansons de geste, principalement dans le Fierahras et dans
la Destruction même. Cependant elles n'ont pas toutes le même degré de
probabilité, et je sais que je m'expose pour quelques-unes au reproche
d'avoir procédé avec trop de hardiesse. Mais le travail de critique divi-
natoire une fois commencé, je devais le poursuivre et j'ai reçu dans le
texte toutes les corrections^ que j'ai su proposer. Dans d'autres cas, oij je
n'ai pu sortir d'embarras, je l'indique en général par le mot sic; je mets
le signe ? à côté des vers ou des mots qui me sont inintelligibles ; je me
sers des crochets [] pour faire remarquer ce que j'ai suppléé et de la
parenthèse pour les vers que je crois interpolés ?.
1. Les mots a^clii 4875 ( — a S9-S)} Alichandrc 979,987, dichcn 1297, 1562
dans la version provençale, sont-ils aussi inspirés du texte picard ?
2. J'en dois beaucoup à M. Gaston Paris, qui a eu la complaisance de sur-
veiller l'impression de cette petite publication.
3. [J'ai supprimé en beaucoup de cas l'indication, donnée par M. Grœber, des
abréviations dont la lecture est certaine, et qui ne pouvaient être reproduites
dans le caractère des notes. — G. P.J
Ô G. GRŒBER
Seignours, or fêtes pes, franke gent honorée, ir
Gardes k'il n'i ait nois[e] ne corous ne mellee,
S'orres bone chanchon de bien enluminée :
N'i sera fable dite ne mensonge provee.
5 Niuls des altres jouglours, k'els le vous ont contée,
Ne sevent de l'estoire vallant un[e] darree.
Le chanchon ert perdu[e] et le rime fausee,
Mais Gaut[i]er de Douay a la chier[e] membree
Et li rois Louis, dont l'aime est trespassee
10 — Ke li fâche pardon la verge honorée —
Par lui et par Gaut[i]er est l'estoire aunee
Et le chanchon drescie, esprise et alumee,
A saint Dynis de France premièrement trovee,
Del rolle de l'église escrit[ej et translatée ;
1 j Cent anz i a este, ch'est vérité provee.
Cil ke la chanchon fist l'ad longement gardée,
Ains [il] n'en volut prendre a voir nulle darre[e]
Ne mul ne palefroi, niantel ne chier fourrée;
Ne onke en halt[e] court ne fu par lui chantée.
20 S'entendre me voles, ja vous serra contée
La vérité com Rome fu destruit[e] et gastee,
Et le cite fondu[e], destruit[e] et cravantee.
Le pais exilles et la terre gastee.
Et corne la corone d'iloc fut enportee,
2 i [Et] les clous dont Jesu avoit sa char navrée
Et le digne suaire ou fu envoloupee
Au jour du vendredi kant del crois fu ostee ;
Maint[e] digne relique i ont pris[e] et robbee :
Par le roi Fierabras fu la cite praiee.
30 Charl[ejs en souffri puis mainte dure journée,
Maint[e] faim, mainte soif, [et] mainte conseuree.
Et li riche barnage de France la loiee.
He diex, [si] en fu puis tant[e] lerme ploree,
Et tante targe effreint[e], tant[e] broigne fausee,
35 Et tant pie et tant poign, tant[e] teste coupée,
Tant[eJ aime de payens fors de son corps jettee !
Or comence chanchon de bien enluminée ;
Puis que dieux fist Adam et Eve s'espouse[e], iv
Ne fu plus fier[e] dite, s'el soit bien escoute[e].
I seignurs, ore, pees. — 2 corouce. — J si, neb. — 4 n'i a sera, pro d'habitude abrégé.
— j des| de les, jugelours, V09 souvent, countee. — 6 seguent. — 10 pardone, v'ge. —
II luy plus souvent. — 14 rolles. — i $ ad estee. — 17 ainz nel voleit, veire. — 18
mule, palefreie. — 19 vnke. — 20 mei. — 24 corone Jhù, iloke, fust. — 25
cloues dont li rois out le soen. — 26 envolupee. — 27 joure, vendredy, du croice.
— 28 disgne. — 29 citée. — }o suffrie. — 51 faime et seifs. — 33 puis en fu. — 34 ef-
freint et. — 35 poigne et. — 37 ore. — 38 s'] ses. — 39 dist, seit.
LA DESTRUCTION DE ROME
40 ^eignours, or m'escotes, si lesses le nois[i]er,
^Chancon de droit[e] estoire vous voil je comenc[i]er;
L'estoire en est escrit[e] en seint Dinis moust[iJer,
Les altres jougelours s'en soilent [bien] preis[i]er :
Mais, s'ore en fuissent ci ensamble x milier,
45 Devant eus oseroie bien dire et affichier
K'euls tous ne sevent mie le montée d'un din[i]er.
Par moi orres le voir, dont ele mut premier.
Jeo ne vous dirrai mie fable ne losengier,
Aine dirrai del corone au verai iustis[i]er,
50 Qui en Jérusalem se lessa travailier
Et ferir de la lance et navrer et plaier,
Et des seintisme[s] clous, dont hom li fist percier
Les paumes en la crois et les pies cloufichier
Desi k'en Golgathas virent son sang raier.
55 Et dirrai des relikes, que tant font a preisier,
Que Sarrazin robberent, li gloton losengier.
Li fors rois Fierenbras fist le pais cerchier
Et l'admirais, ses piere, qui le corage out fier,
Par force prisdrent Rome et firent trebuchier.
60 He diex, puis en mourirent plus de xxx milier
De tels gens, k'omke dieu ne voldrent souplier.
Charl[e]s en somond France, pour sa terre vengier,
Et trestote sa terre qu'il out a justisier.
Or comence chancon hui mais a efforcier :
65 Mieldre ne fu trovee aine Adam, li premier.
Del fort roi Fierenbras vous vourai comencier
Et del très grant bataile qu'il fist od Olivier.
b;
,3ron, or fêtes pes, lesses la noise ester,
► Chancon de vraie estoire plest vous a escouter?
70 De l'admirai d'Espaigne vous voil hui mais chanter
Et del roi Fierenbras d'Alisandre sur mer,
De[l] plus trefier payen dont oisies parler,
Del pier[e] Fierabras, m'orres son non nomer :
Laban avoit a non moult out terre a garder;
75 L'Arabie tint tote desque la rouge mer
Et Aufrike et Europe, Esclandie sa pier (?),
40 ore escotez. — 41 chanceon. — 43 jugelours. — 44 si ore. — 4$ osereie. — 46
toutz. — 47 orrez, veire, dunt ele muyt premer. — 48 dirray, mye de, ne de. — 49
dell de la. — jo sei. — 51 nauerer. — 52 del, cloues dunt. — $5 cioice, piez. —
57 fort, roy. — ç8 piers. — $9 bruserent Rome et feseint. — 60 murrent. — 61
gente, voleint, suplier. — 62 somonde, po9 souvent. — 64 ore, chanceon, huy, souv.
— 65 Aine le temps ne fu troue de Adam ly. — 66 roy souv., Fiercnbraz. — 68 ore,
pees, esteer. — 69 chanceon, v'rai. — 70 de Laban d'Espaigne, voile. — 71 miere. —
72 dunt plus souv., ia oises. — 73 noun noumer. —74 noun, ml't habituellement.
0 G. GRŒBER
Et tint Perse et Surie jusk'as plains de Beaucler,
Babiloingne la grant out il a gouverner,
Si out Costentinoble, que tant fait a louer,
80 El trestot[e] la terre, ou hom poet habiter,
De le gent quonke dieu ne voldrent soupplier,
Et le moitié de Rome volt il en fief clamer.
Pour ceo moût [il] la guère dont vous m'orres conter;
Bien quidoit tôt li monde li devoit encliner. — 2r
8^ Babilans et Marsires, si com m'orres conter.
Et l'admirais Bruans d'outre la rouge mer,
Cil furent tôt troi frère a Laban [al] escier.
Mais desur els 111 volt par force seignourer.
Deus enfans out li rois que vous m'orres nomer,
90 Kar n'est drois ne reson ke les doie oublier :
Le vallet fist li pier[e]s Fierenbras apeller,
Floripas out a non le bêle au vis cler. —
Au droit comencement voil ici retorner. —
Li admirais d'Espaigne s'est aies desporter
95 As puis sur Aigremore, ovec li .M. escier;
La fist ses ours salvages a ses hommes berser.
La veiss[i]es meint viautre, maint brachet descoupler,
Payens et Ascopars as espees jouer.
Coure par le marine et chacier maint sengler,
100 Maint ostour veis[i]es et maint falcon voler.
Li amirails a fait tote sa gent mander
Pour la feste veoir et Mahon célébrer :
Grant joie démenèrent de si qu'a l'avesprer;
Mais ainces qu'il s'en tornent orront altre parler.
105 Es vous un[e] galie que devoit ariver;
As pors sous Aigremore l'orent fait aancrer.
Sarrazin i koururent noveles demander,
Mais nuls des noton[i]ers ne volt od els parler.
Li admirails les fist devant li amener,
1 10 Par moult ruste fierté les prist a demander :
« Diva, dont venes vous.? ou deves vous aler? 2v
» A ki est li avoir que fêtes amener? »
« Sire », ceo dist li maistres, « ne vous qu[i]er ge celer,
» Jeo su vostre home lige, a vou<; me vienk clamer
1 1 j B De cels de Romenie, que m'ont fait desrobber.
77 juska playnes. — 78 il a justisier. — 79 fait a preisier. — 80 home. — 81 qe
unke, voleint, supplier. — 82 En, fiefs. — 8} moua, contier. — 84 tote, enclinier.
— 86 Et laban, meer. — 87 tote. — 88 seignurer. — 89 enfanz. — 90 droiz, deie. —
92 beal. — 93 voile. — 94 Laban, alez, desportier. — 9j oueke ly {plus souv.) — 96 urs,
bercier. — 98 juer. — 99 curere. — 100 ostur falcoun. — ici Labans, faute qui se
reproduit souvent, ad très souvent. — loî veer. — 10} )oy. — 104 qil, tornerent,
orrunt. — 105 un galeie. — 106 portes, sutz. — 107 Sarr. souvent, kurrent pour. — 109
Lab'. — m dunt, aleer. — 1 1 2 ly aveires. — 11$ Romenye.
LA DESTRUCTION DE ROME 9
» Tiel avoir m'ont robe, aine hom ne vist son per :
» XIIII nefs avoie, si dévoie sigler
» El règne d'Aumarie pour pourpres achater.
» L'avoir et la richesce vous quidai présenter.
120 » Un[s] vens nous fist a Rome parmi le far sigler;
» Kant cil dedens nous virent ens en le far torner,
» As espeies d'ascier nous vindrent descouper ;
» Onkes n'i pout fors jeo soullement eschaper
» Et cil de ma galie, ou n'i a que tuer (?);
12^ » Les altres firent tous occire et desmembrer,
» A plus de X millier firent les chefs voler.
» Un appostoille i a que moult fait a douter,
» Parens est Karlemaine que France a a garder:
» Cil vous quide moult bien del tôt déshériter
130 » Et de Costantinobte par force exiler^
» Et vostre loi destru[i]re et del tôt vergonder. »
Quant l'entent l'admirailCs] du sens quide desver.
De maltalent et d'ire comence a escouer ;
Il estrest un baston, par mi le fait percoer (?).
1 3 5 Qui le veist la teste et huschier et croter,
A moult tresgrant merveile le poust esgarder.
Le soie grant fierté ne poet nul [s] deviser,
Aine payenfs] ne l'i vist, ne li covint trembler.
Mahomet en jura « mal [l'Josent il penser. »
140 Jamais, si com il dist, ne voura reposer,
S'aura fait tote Rome trebuchier et verser.
Et le pais destruire, exiller et gaster.
Et moustiers et chapeles et autiers violer
Et a trestous les moignes les baulivres coper.
145 Jusc'a Ais le Chapele ne vaura arester,
Charlemaine de France fera les oes crever,
Se il ne volt Mahon servir et honourer ;
Ains fera as François leur servage doner,
Quatre deniers par an pour lour chiefs rachater ;
I ^o Ensi [les] vaura il du tôt disheriter.
Mais li vilains le dist moult bien en reprover
Que moult a grant discorde entre faire et penser^
Et tiels se ard et bruit qui se quide chaufer,
Et mieus valt bon taisir que ne fait fol parler.
116 home souvent, pier. — 117 auoye, deuoy. — 118 Danmarie, purpres. — 119
richesces. — 120 un vent, n9 souvent, la. — 121 dedentz, no' souvent, einz el. —
125 poout suUement. — 124 galye. — 125 toutz. — 126 x m., feseint. — 128 pa-
rentz, klm., ad a. — i?o exilier. — 131 loy, del tuit. — 132 desueer. — 135 escouier.
— 13 j croilier. — 136 poet esgardier. — 137 le soen très grant, nule. — 138 qe ne.
— 139 oseint. — 141 treboucher. — 142 exillier, gastier. — 143 musters. — 144 as
trestutz, banlivers. — 145 ne). — 146 en fra. — 147 honurer. — 149 deners, p' sou-
vent. — I jo tuit. — 151 vilaine. — 1 J 2 qe mit i ad. — 1 5 3 sei arde. — i H mielix, foie.
10 G. GRŒBER
1 55 Ci comence chancon, que moult fait a loer.
Aine n'oistes si bon[eJ, s'il vous plest escouter,
Et tant fêtes pour moi que la puisse chanter.
Ll
[ij admirail[s] d'Espaigne out moult le queor irre,
(Devant soi appella Brullanl de Montmirre,
i6o Sortibrans de Coinbres, son consailier prive^
Clamaton et Mordant, Eulzunt et Tempeste,
Brutans et Parsagon, Gaubu et Ténèbre
Et XIIII amaceours ou le vieil Baufome.
Sous l'olivier en l'ombre sont al consail mande,
165 Li admirails d'Espaigne estoit droit en son tre :
Sa main mist a sa barbe s'a haltement parle :
« Seigneurs », dist l'admirails, « moult par est grans vielte
t) Qu'ensi m'ont cil de Rome boni et vergonde.
)) El[e] d[e]ust moie estre par grant antiquité
170 » Et mon fils Fierabras après le mien ae,
)) Et tote Romenie est de ma irrite.
» Ne me doutèrent guère, quant ma gent ont robbe'
» Et après tout iceo occis et démembre.
» Quidoi[e] avoir par tôt itiel[e] poeste,
175 » Que hom ne fesist chose que fust outre mon gre :
» Si jeo n'ai d'els venjance tôt a ma volonté,
» Ja ne place Mahon ne le soie bonté, jv
» Ke mais puisse tenir a nul jour reyaute. »
n Sire », dist Sortibrans, « bien vous ai escoute,
180 » Jeo vous ai bien tôt jours servi et honore
I) Et vous et vostre fils par droit[e] lealte —
» Ore oies que jeo die solonc le mien pense :
» Cil que vostre chien bat n'a a vous amiste ;
» Ke mon serjant fait honte a droit m'a défie ;
18 J )» Romain ont mors vos hommes, or soit si amende,
)> Que pour un [soûl] des nos soient .M. desmembre,
» Le cite confondu [e] et le mur cravante
» Et trestot le pais exille et gaste
» Et moustiers et chapeles et altiers viole;
IJ5 chanceon, loyer. — 156 a escouter. — 157 qe puys. — 158 irree. — 159 sei.
— 160 ses consailers priuee. — 165 furent oue le veil. — 164 sutz. — 165 laban, tree et
ainsi en ee toutes les rimes suivantes jusqu'à v. 179. — 166 maine. — 167 laban, grant.
— 168 honye, vergundee. — 169 moy. — 170 et a, mon fitz. — 171 mon yrritee.
— 172 guer, souvent. — 173 tut. — 174 bien quidoi auer, tote, iciel. — 175 feseist.
— 176 tote, voluntee. — 177 soen bountee. — 178 ne puis, nule, reyautee. — 180 tote,
seruye. — i8i-i88 les rimes sont en ee, i8i fitz. — 18} bâte, ad a. — 184 hunte. —
185 Romaynes, mortz, ore. — 187 et le cite, mure. — 189 musters.
I. De telles rimes se trouvent très-souvent, p. ex. 427,455, 632,644,715,735,610.,
de même dans F/er(2brû5 340, 360, 365, 755, 1354. '396, 1472, 2i35, 2192, 4577,
4841, 5242, 5253. Parise la duch. 604, 573, 579, 580, 685, 773, 1540.
LA DESTRUCTION DE ROME 1 I
190 » Ke [n'Jaient garantie n'evesque ne abbe
» Ne clerk, prestre ne moigne ne nul aordene
» Qu'il ne soient trestot [moult] vilement mené,
» Des nés et des baulivres boni et vergonde ;
» Jeske Ais le Chapel[e] ne somes areste,
195 » Charl[e]s aura le chief du bus dessevere,
» Et puis fai de ton fils de France corone;
» Car c'est ses héritages par droit[e] lealte. »
Dist l'admirails d'Espaigne : « vous dites vérité,
» Ensi sera il fait, ja n'en iert trestome.
200 « Aine mais n'oi conseil si [très] bien devise. »
Maintenant sont si brief escrit et seele.
De par tote la terre sont li baron mande, 4r
Rois, princes, amaceours, duc, [contes], admire,
Du chief en Babiloine desi k'en Dureste ;
20^ N'i remist Sarrazin[s] ne Persans ne Escler[s],
Qu'il ne soient ensamble venu et assemble;
Et de Costentinoble desi k'en Salatre,
Et de Jérusalem, celé seinte cite,
Dusk' a[s] pors de Siglay vers le mont Tribue,
210 Furent payen ensamble, c'est fine vérité.
As puis [de]sous Mautrible sont Sarrazin arme,
Aval le preerie sont tendu tôt li tre.
.III. jors sont Sarrazin ou le roi sojorne,
K'il sont de lascete freschi et repose ;
215 (Dedens ont le navie richement appreste.)'
Li os durra ii l[i]eues [et] de lonc et de le :
Par .C. fois .M. payen, autant furent esme,
Et si furent par nombre xxx roi corone.
Ore ait dieux a Rome par le soue pite,
220 Kar s'il ne les soccourt, tôt sont a mort livre.
M
ouït furent grans les os de la gent l'adversier,
Onkes diex ne fist home qui les poist preis[i]er,
Bien furent par .C, fois Sarrazin .C. millier.
L'admirails fist ses nefs très bien apparailier :
22^ Li mast sont hait et gros, quant hom pot enbracier,
190 abbee. — 191 nullie ordenie. — 192 vielement, menée. — 193-204 les rimes
sont en ee. — 19} banliuers, honie. — 194 sûmes. — 19$ chiefs. — 196 fitz. —
197 ces. — 198 lab. — 199 ia niert. — 200 conseile. — 201 sunt, ses Chartres escriz,
enseelee. — 202 ly. — 203 duck et admirée. — 204 chiefs. — 20J Persant. — 206-209
rimes en ee. — 208 seynt. — 210 ensamble payens, ceste. — 211 sutz, armée, ainsi les
rimes jusqu'à v. 220. — 212 sunt, tote ly. — 213 sarr ainsi souvent, oue; 214 tant k'il,
freschie. — 215 dedenz, nauye. — 217 M. sarr., aitant sunt. — 220 se il, succure,
tote, liueree. — 221 grantz. — 222 vnkes, poout. — 2i4 lab.
I. Ce vers n'est pas ici à sa place.
12 G. GRŒBER
.IIII. voilles i a de paille de quartier,
Le forme d'AppoIin fist sur le mast drescier,
En sa main un baston pour François manacier;
La sus le fait li vens plus menu tornoier
250 K'alou[e] ne guenchist, quant fuist pour l'esperv[i]er.
D'or et d'argent [..] font lour vassels chargier
Et de pain et de vin les emplir pour mangier
[Et] de foen et d'avaine, que servent (?) li destrier ;
Asses i avoit armes [et] de fer et d'ascier
235 Et engins et perieres, qu'il feront karoier,
Dont il quident les murs de Rome tresbuchier
Et les sales de marbre craventer et pecier.
Lucafer de Baldas ou le corage fier
Apella l'admirail sil prist [a] arainier :
240 « Sire admirais d'Espaigne, or vous voil jeo prier ;
» De moult lonteine terre m'aves fait travailler;
» Un don voiant vos hommes vous demand et requ[ijer,
» Par itiel covenant com vous m'orras pleid[i]er.
r> Si jeo vous rent Rollant et le conte Olivier
24^ » Et Charl[on] par le barbe et Naimion de Baivier 4v
» Richard de Normendie et le Danois Ogier,
)) Et l'orgoilous barnage fais mater et peiser (?),
)) Dones moi vostre file Floripas a molier.
» De trestot mon servise ne quier ge altre loier.
250 I) Et jeo li dorrai France desi k' a Monpellier. »
» Volontiers », dist Labans, « se l[e] volt otraier. »
Aitant es vous la bêle, ou il n'out qu'enseignier
Vestu[e] d'un diapré, onke ne vi tant chier,
Ses crins sur ces espaules plus lusoient d'or mier,
255 Sa char out bel[e] et blank[e] plus que noifs en fevr[i]er,
Les oes avoit plus noirs que falcon monten[i]er,
Et le colour vermaile con rose de ros[i]er,
La bouche bien séant et douce pour baisier.
Et les lèvres vermailes com[e] flour de pesk[ijer;
260 Les mameles out dures com pomme de pomn[i]er,
Plus sont blanches que noifs que chiet après fevr[i]er;
Nuls hom ne porroit [ja] sa grant bealte preis[i]er.
La pucele discent du palefroi coi]rs[i]er,
Lucafer de Baldas li corut a l'estr[i]er.
227 fourme, Appolyn, desur. — 228 maine.— 229 li fet ly vens, menu torner. — 252
payne, vine, emple. — 235 foere, auayne. — 234 assiez i a armes. — 235 engines et
pères. — 236 dunt, qidient.— 237 pesser. — 238 oue. — 259 lab., prist, aresoner.— 240 ore.
— 241 lonteime. — 242 vne doun, demande. — 245 Charls. — 246 et li. — 247 orgoi-
luse, face. — 248 feil, muilher. — 249 trestote, louer. — 250 la durrai. — 251 volun-
tiers, labam. — 252 la puceal ou nout qe seignourer. — 2(3 dyapre vnke [souvent),
vie. — 2(4 crines. — 256 neirs qe nul. — 260 auoit. — 261 sunt. — 262 nuUy. —
263 puceal, palefrei. — 264 la corust.
LA DESTRUCTION DE ROME I J
265 « File, » dist l'admirails, « moult vous puis [ge] prais[i]er,
» Jeo vous ai marie[e], si[l] voles otraier,
» Par Mahomet mon dieu, au melior chival[i]er
» Que hom poist trover pour François detrench[i]er. »
« Sire, qui est il donc? ne moi deves celer. » (sic) y
270 « Bêle, c'est Lucaler, qui vous doit nocier :
» Pour vostre amour doit [il] Charlon le chief trenchier
» Et Rollant, son neveu, et le conte Olivier. »
« Sire, » dist Floripas, « lasses m'eut consaillier. »
Lucater passe avant, que l'em quide enbracier,
275 Et Floripas le fiert, que ne l'a guère chier.
De son poign ens es dens qu'e![e] li fist seign[i]er.
Li rois out moult grant honte, mais ne se volt irr[i]er,
Pour ceo qu'hom ne [se] doit a femme coroucier.
« Vassal, » dist Floripas, « or vous trahes ar[i]er,
280 « Ensi ne doit hom mie pucele manoier. »
Lucafer out grant honte, s'en prist a vergognier;
Meuls volsist que ceo fust encore a comencier.
« File n dist l'admirais « laisse toi fiancier,
» Et après la fiance te ferai nocier. »
285 « Sire, I) dist Floripas, « ceo ert au repair[i]er,
» Quant vous aures pris France et conquis Monpell[i]er,
» Et il m'aura rendu Rollant et 01iv[i]er,
» Richard de Normandi[e] et le Danois Ogier
» Et Guion de Bourgoine, que j'ai oi preis[i]er;
290 » Donk[e] le prendrai jeo, s'il moi deigne nocier. » jv
« Bêle, » dist Lucafer, « ne jeo mieux ne vous quier ;
» Si jeo nés vous rend pris, fai moi le chief trenchier,
» Mais ke vous m'otroies soullement un bais[i]er. »
« Volontiers, » dist la bêle, « vous l'aures sans dangier. »
295 Puis dist entre ses dens : « fols couard losengier,
« Jeo ne vous baiseroi[e] pour .M. livres d'or mier.
n Meuls ameroi[e] jeo Mahon a renoier. »
Li admirais apelle Estorgis et Orier.
A Lucafer a fait Floripas fiancier :
300 Quant il aura pris France si l'aura a molier.
Li jors est trespasses, si vint a l'anuitier,
Li flos monta au port, prist mer a engols[i]er.
Moult [par] auront bon vent, dient li noton[i]er.
26$ feil, lab. — 268 home poeit, français. — 269 dune, moy, celeer. — 270 beal
ceo dist ladmirals qe. — 271 deit, Charls le chiefs couper. — 272 neueue. — 275 ad.
— 276 poigne einz el dentz, ly. — 277 hunte, ne| nel. — 278 pur. qe home. — 279
ore. — 280 deit home mye. — 281 hunte, vergunder. — 282 meultz, vncore. — 283 feile,
lab. lees tai. — 288 li danais. — 289 Gyon, Burgoine, ieo, oie. — 290 Dunk, se il
moy, auer. — 291 beal, mielux. — 292 neslne les, rende, le chiefs couper. — 295 sul-
lement. — 294 voluntiers, la puceal, santz. — 295 dentz. — 296 M. Ij. — 297 meultz.
— 298 Lab. — 301 vint a nutier. — 302 ly plus souvent, si prist mère. — 30J mit ont
bone, si dient.
14 G. GRŒBER
Et cil entrent es nefs, kar il voidront nagier :
305 Li estermant s'aprestent et tôt ii noton[i]er,
Les voilles font au vent a grant espioit drescier ;
Au desancrer sonerent .M. graels menufijer,
La marine fremist et bondist le grav[i]er.
Tant estoit grans la freinte de la gent radvers[ijer,
310 De X l[i]eues plenier[e]s oist hom le nois[i]er.
Dieu ait cels de Rome que tôt poet justisier,
Kar i[l] lour croist grans honte et mortel encombr[i]er;
(Onkes en lour vivant n'orent tiel encombrier.) 6r
Moult estoit grans l'estorm de la gent payenie :
XXX l[ie]ues de mer contienent lour navie.
Moult par eurent bon vent et l'oure iu serrie :
Li vens se fiert es voilles, que plus tost les [nefs] guie,
Que nus falcons ne vole, quant il chace la pie,
Et l'escume en florist, forment s'est hereschie,
320 De l'angoisse des nefs est la mer engolsie.
Les voilles et li mast firent grant taborie,
L'escrois en oist hom .v. l[ie]ues et demie.
Le barge l'admirail fut de grant segnorie,
Ja de melior vassel n'iert ja parole oie :
325 Grans estoit contremont e[t] forme out de galie,
Covers estoit de cerfs et oins de pis boullie,
Ne cremoit vent n'ore un[e] pomme porrie,
IIII masts out de hait, chescon [out] une archie,
Et a chescon mast out quatre voilles de sie :
330 El plus hait fu le forme d'Appolin [es]dreschie.
En sa main I baston que contremont bailie,
Et manace François pour fair[e] les loye(?).
Moult fu grans li chalans et ovres par mestrie,
Laens sont les estables as destr[i]ers de Surrie,
33^ Et si a eve douce et bêle praierie.
Et [pour] les prisons mettre i a grant fermerie,
Gaioles et karkans i out a grant baillie ;
Si sont les chimine[e]s, chescone a or bâtie,
Et chastel et breteces, maint[e] chambre vautie,
340 Ou l'admirails d'Espaigne gist et soi esbanie;
Ou li fu Lucafer et III roi de Nubie
307 sounerent. — 309 fu, grant. — jii ait a. — 312 crest grant hunte. —
31} vnkes. — î'4 fu grant, estorme, payenye. — 315 mère, nauye. — 316 bone,
ure. — 317 le vent. — 318 voille. — 319 forement. — 320 angusse, neefs. — 321
funt. — 322 Les escrois. — 323 lab., fust. — 32J grant, galye. — 326 couerte,
oynt. — 327 cremeit, n'orei ne tempeste. — 328 mast auoit chescone. — 329 III,
drecie. — 330 Appolyn. — 331 maine. — 335 grantz ly chalanz et onourez. — 334 laenz
sunt. — 335 duce, beal. — 336 Et as pr, — 339 chastels. — 340 lab. et sei banie.
— 34J oue, IIII rois.
LA DESTRUCTION DE ROME l J
Et XIIII amaceours du règne de Percie,
Et ses fils Fierenbras a la chiere' hardie,
Et Horipas, sa soer, la bêle et l'escevie*,
345 Oue trente pucei[e]s de la loi paienie,
Totes files a rois de moult grant seignorie.
Li admirails d'Espaigne fist moult grant courtoisie :
Tot[e] la melior chambre, a sa file bailie :
En iver et este la rose i est flourie,
350 Et la flour[s] d'aiglent[i]er tôt tens fi] est panie;
Li basme et le ment[astrej doucement i flarie
[Et] de trestotes flours la colour i condie;
L'enchens et la kanele i croit et l'arable :
Aine dex ne fist espèce dont la flour[sJ [n]'i condie :
3 5 5 Qui est en celé chambre a joie vit sa vie.
Laens est Floripas, la gent[e] et l'escevie, 6v
La plus bêle payen[e] que soit jusc'a Russie;
Ouec li ses folles, a ki el s'esbanie
Ke lui chante sones a hour[e] de compile
360 Et fables et chancons, tant qu'ele est endormie.
Ses puceles le servent, que ne le heent mie;
Sovent par[o]le a el[e]s de France le garnie.
Et de roi Charlemaine a la chierfe] hardie.
Sa mestresce Margonde la manace et chastie :
365 « File, k[e] as tu dit.? es tu du sens marrie.?
» Ne nomes mais celui qui no loi a perie.
» Par Mahom[et] mon dieu près me su esragie. »
« Dame, » dist Floripas, « ceo estoit musardie;
» Séries si dolente s'estoie baptizie? »
370 « Oil, )) dist Maragonde, « meuls fusies detrenchie
i) Ke pour François avoir fusies tiel[e] nourie,
» Kar dolorousement serries emploie. » —
Mais pour nient l'emprise, puis fut el baptizie
Et si crut en Jhesu, le fils seint[e] Marie;
375 Mestier i out Rollant ovec sa compaignie;
Pour Guion de Bourgogne lour salva el la vie
343 fitz, la vis. — 344 ses soor, beal et lacemie. — 345 et oue, loy. — 346
feiles, au. — 347 Labam, curteisie. — 348 feile. — 349 yuere et en, i est la ros flurie.
— 3 5oflur, tote, espanie. — 351 le basme. — 352 flures, colur. — 3 $4 dunt, flur. —
355 vie. — 356 laeinz, la cennye. — 357 beal, Russye. — 358 oueke luy son follet, ky
eal, banye. — 359 luy {souvent) chaunte, songes, complye. — 360 chaunceouns, que
eal, endormye. — 361 seeruent, mye. — 362 as les. — 363 roy charlemayn. — 364
Maragonde. — 365 feil, dist. — 366 celuy, que noluy ad. — 367 esragye. — 368 ceo dist,
esteit niusardye. — 369 Esteies, dolens, esteye. — 370 meulz fustes. — 371 franceis
auer fustes. — 372 serriez, employé. — 373 pays fusteal. — 374 crust en dieu, fitz seynt.
— 37J grant mestier, ovec] et tote. — 376 Gyon Burgoyn, eal.
1. Cfr. 363.
2. cfr.\. 356(cennie), 1340 (scemee), 134$ (cernée), et voy. Fierabr. 2858, 3901.
\6 G. GRŒBER
En la tour d'Aigremore, que vers le ciel hombrie,
La les out l'admirails pris en grant fremerie. —
Hui mais orres chancon de moult grant segnorie
j8o OrgoilIous[e] et superbe et de fierfej aatie :
Con la cite de Rome fu od dolour perie ;
Mainte lance en fu freint[e], mainte targe percie,
Mainte aime de payem fors de son cors sachie.
585
Moult fu grans li estorm de la payene gent.
Par VII fois sont .C. mil, si l'estoire ne ment.
Li mast hurtent ensamble et les voilles au vent,
De l'angosse des nefs angoisse mer forment.
Del or ke luist es voilles la marine resplent.
Parmi la mer haltisme la navie s'estent.
590 Tant nagent jour et nuit a la lune et al vent
(Aine n'ourent destourber ne d'ore ne de vent)
K'el far de Romenie la navie discent.
Le jour qu'il arrivèrent fut teste seint Vincent.
X l[ie]ues de rivage lour navie porprent.
59^ Les pons gettent an terre tost et isgnellement,
Les voilles avalèrent sans nul arestement.
Puis issirent des nefs, li corps dieu les cravent.
Des pavilons fichier ne furent mie lent,
De paille et de cendale a or fait cointement,
400 Des pomels et des egles li or luist et resplent.
Li os dura X l[ie]ues, si l'estoire ne ment. -jv
Dieu panst' de cels de Rome par son commandement,
Kar si li ost de Rome n'ait soucours erralment,
La cite serra pris[e] a doel et a tourment.
405 Ja n'i porra aid[i]er [ne] ami[s] ne parent,
L'admirails ne prendroit d'un soûl rachatement,
Ke li voidroit emplir un val tôt plain d'argent.
T
lant out li payem gent et nage et sigle
Parmi la mer haltisme est en le far entre.
410 Puis ont leur ancres pris[es] si se sont aancre,
Les voilles avallerent, les pons ont hors jette,
577 Aygremore, humbrie. — 578 lab. puys. — 369 huy, orrez. —380 orgoillus. — 381
dolur.— 382 maynt, maynt.— 383 maynt, du p.— 384 grant, estorme, payem.— 385 sunt.
— 386 luy, hourtent. — 387 Des angusse, anguysse la mère, forement. — 389 mère, nauye.
— 390 nuyt. — 391 d'J desor. — 392 fare, nauye. — 393 fust fest de. — 394 nauye. —
395 pontes. — 397 issierent, li] le, acravent. — 398 de lour pauylons, my. — 399
cendalle, or oure. — 400 luyst. — 402 panse. — 403 ly, eit suceurs erallement. — 40J
amye. — 406 Labam, suie. — 407 vale, plaine. — 408 ly, siglee. — 409 parmy, mère.
— 4ioaancree. — 411 et les pontz hors iettee.
1. Cfr, Fierabr. 2998, 2107.
LA DESTRUCTION DE ROME 1?
A .C. et as milliers discendent deffae
Et les pavilon[s] fiche[nt], tost sont tendu li tre:
La po[i]ss[i]es veoir tant penon ventele,
41 5 Et tant aigle laissant et tant dragon dorre,
Tans trefs et pavilons de bon paile roue,
Et tant[e] riche tent[e] de samit estelle :
X l[ie]ues tôt plenier[e]s en sont couvert li pre.
Li admirails d'Espaigne est issus de son tre,
420 Ensamble ou li issirent XV roi corone
Et XIIII amaceours, que sont de Perse ne,
Et l'admirais de Cordres, qu'est de son parente, 7V
Et Fierabras, ses fils, au corage adure.
Encontre l'admirai sont X graels sone,
42 5 X cor et XX busines et XX tabour timbre :
Ascopars ont sailli et se sont aune,
Devant lui ont la mente espandu et jette,
Le g[l]ayol et le junke, par ont il a passe.
Li admirails d'Espaigne fu de moult grant fierté;
430 La barbe out longe et cru[e] jusqu'à neu de baldre
Et la teste plus blanche que nule flour d'esté ;
Del un oil out al altre demi pie mesure ;
Moult out lees les temples, le pis gros et quarre:
Se il creist en dieu, le roi de maieste,
43 5 El siècle n'[e]ust roi de si très grant fierté.
Moult est preus de sa loi, mais moult out crualte,
Kar il n'out onkes d'homme [ne] merci ne pite.
A chescon pas qu'il passe l'ont payen encline.
Labans quide avoir bien itiel[e] poésie
440 Que hom ne fesist rien que soit oultre son gre.
L'admirais apella Brullant de Montmirre,
Sortibras de Coinbres, son consaillier prive :
« Gardes que C. M hommes soient moult tost arme
» Pour gaitier le pais [et] de lonc et de le;
445 » N'i remeigne chastel[s], dongeon[s] ne fermeté,
» Moust[i]er[s] ne abbeie que ne soit enbrase,
» Ne femme ne enffans qu'il n'ait le chief coupe;
» Gardes ke ledement soient diffigure,
412 luy diffaie. — 413 ly pauilon fichie, sont, tree. — 414 veer, ventelee. — 415
dorree. — 416 tant, et tant pauylon, bonne, rouée. — 417 samite, estellee. — 4 18
pree. — 419 Labam, issuz, tree. — 420 eue ly issierent, rois coronee. — 421-440
les rimes en ee. — 422 qe est. — 423 son filz, adouree. — 424 labam sunt, sounee. —
425 cors, busunes, tabours, tymbree. — 426 et devant ly aunee. — 427 luy. — 428
ad. — 429 Labam d'Espaigne. — 431 nuls flur. — 432 denye. — 43 j roy. — 436 preuz.
— 437 vnkes de, mercie. — 438 payen] sarr. — 439 Labam, bien auer. — 440 feseit,
vitre. — 441 Labam. — 442 cobrers, consaillers, privée. — 443-4J3 ûvec les rimes en
ee. — 44s remeign, dungeon. — 446 muster ne abbeye, enbrace. — 447 neffant, chiefs.
— 448 lediement.
Romania, Il 2
8 G. GRŒBER
» Les nonnains et li moigne moult vilement mené :
4J0 » La loi as cristiens voil mettre a grant vilte. »
« Sire, » dist Sortibras, « tôt a vo volonté. »
Il a sone I corn, payen se sont arme :
C. L. mil furent, autant sont [il] nombre,
Des herberges s'en issent pognant [vont] tôt serre.
45 5 Lucafer de Baldas a l'ensigne porte,
A XXX mil payens l'en a avant guie :
Ceo jour ont moult destruit[e] seint[e] cristiente.
Et l'admirails d'Espaigne a fait tendre son tre,
De jouste un[e] fontaigne, joust[e] un verg[i]er rasme;
460 Li eigle[s] fu en son sur le pomel dorre :
Ceo est signifiance qu'il auront la cite.
L'admirais est assis, as tables a joue.
Et sarrazin chivalchent baud et asseure:
Lucafer fu devant, le halberc endosse,
465 Le mestre gonfainon en sa lance out ferme.
Ardent chastels et viles n'i lessent fermeté,
Ne moust[i]er ne chapelle qu'il n'aient viole, 8r
Les prestres [et] les clercs out baulivres coupe'
Et moignes et hermites a grant dolour mené ;
470 As nonains ont jeu et fait lour volonté.
Puis toudrent les mameles chescon[e] du coste.
Quant trouvent femme gros[se] le corps li ont crevé
Et son petit enfant ont mort et enfondre.
Grant dolour i avoit par trestot le règne.
475 X l[ie]ues mesure[e]s, dist hom par vérité.
Ont ceo jour le pais espris et enbrase
Et le riche pais tout a dolour tourne :
N'i lassèrent moustier que ne soit enbrase.
De la cite de Rome veoit hom la clarté :
480 En son de Miraour en sont alkun monte,
Moult entr' els longement ont le fu esgarde.
Durement se merveillent [et se] sont trespense,
Mais il ne sevent mie del ost la vérité,
Kar la fume[ej ert grans de par tôt le règne,
48 S [Si] qu'ele a vraiement la veue destourbe;
449 nonnailes, lesmoignes, moult] soient. — 450 crestienes, villetee. — 4J1 voluntee.
— 452 ad soune, payens sut.— 453 C et L, aitantst. — 45J 3(^.-455-467 les rimes en
ee. — 456 XX, ad. — 458 Labam, ad. — 459 de couste un fontaigne. — 460 ly, le]
la. — 462 Labam, al ad, jue. — 465 gonfayno, out en sa lance. — 467 muster. — 468
ont a bauliuere. — 469-491 les rimes en ee. — 470 nonels, voluntee. — 471 coustee. —
472 qor. — 474 aueit. — 476 jour ars le pais, enbrace. — 477 tout 1. r. p. a dolour. —
479 musters. — 479 veit, sunt. — 481 mit ont longement entrels le fu. — 482 se:. —
48} mye. — 484 grant. — 48J qe les ad vraiement.
i.Cf. V. 144, 193-
LA DESTRUCTION DE ROME I9
Kar si ceo n'eut este, c'est [fine] vérité,
De grans .L. l[ie]ues l'ussent bien avise.
Li Iiom[e] de la terre s'en sont fuant tome, 8v
Et femmes et enfans que [en] sont eschape.
490 Fuant [en] vont a Rome, rapostoil[e] ont conte,
K'en la terre de Rome sont payen arive :
Ne vist hom en ceo siècle tant grant ost asemble,
Plus de xiiii l[ie]ues en sont li champ poeple;
N'i a tertre ne pui que ne soit enbrase.
495 Si ont plus de x l[ie]ues le pais desrobe.
A tuer ne laisierent ne moigne ne abbe,
N'homme, femme, n'enfant, ne prestre coronne.
Quant l'entent l'apostoille durement l'a pesé;
Pour ceo qu'il n'avoit mie chivaliers' a plente,
500 Ne volt issir de Rome s'out conseil demande :
Dame dieu et saint P[i]ere a forment reclame,
Ke il lui doint pussance de tenir la cite.
L,
'apostoille de Rome a la novel[e] oie
iKe payen sont venu els plains de Romanie :
505 Dame dieu reclama, le fils sainte Marie;
Il a mande de Rome sa riche baronie :
Au grand moust[i]er de Rom[eJ fu la parol[e] oie;
L'apostoill[e] de Rome l'a prem[i]er commencie :
« Seignours, ke le teromes, frank[e] gent segnorie ?
510 « Li admirais d'Espaigne a no terre seisie;
» Il en ont ja gastee un[e] moult grant partie : 9r
» Au bref terme serra ceste terre exillie ;
)i Qui bon consail saura vienge avant si nous die. »
Un[s] chival[i]er[s] se drece, que fu nés de Pavie,
515 Del roi de France tient Placence et Ivorie,
La barbe avoit chanu[e] et la teste florie :
Garins avoit a non, moult out chivalerie.
Sages fu de parler, moult avoit de voidie ;
D'un des quart[i]ers de Rome avoit la seignorie,
520 La tour Croissant gardoit, si l'avoit en bailie,
Et dist a rapostoill[e] : « ne vous atarges mie,
486 ceo ne fust, v. provee. — 488 sum. — 489 enfantz, sunt. — 491 sunt payens,
— 492 unkes en c. s. ne vist hom tant assemblye. — 495 sunt, champe poeplie._ —
494 n'en a puye ne tertre, enbracie. — 495 desroubie. — 496 ne laissirent a occire,
abbee. — 497 ne homme, n'enfant. — 498 l'en ad peisee. — 499 my des chivalers,
plentee, les rimes en ee jusqu'au v. 502. — 500 s'en out. — 501 Père, ad forement. —
J02 kil luy doynt. — 503 ad. — 504 payens sunt, el plaines. — $05 fitz. — 506 ad.
— 507 muster. — 508 ad. — J09 Seîgnrs, ke le froms, franc. — $10 ladmirals. —
512 brefe. — 51J bone. — ji4 neez» Pauye. — 515 de le roy. — 518 voidye.
I. Cfr. Fierabr. 102.
20 G. GRŒBER
» Envoies tost en France, au roi de saint Dinie
)) Se lui mandes pour dieu et soccors et aie;
» Et si [vous] ceo ne fêtes, tote Rome est perie;
^2^ » Kar l'admirails d'Espaigne i est oue ost banie:
)) N'a lasse sarrazins desi qu'en Aumarie
») Ne en Jérusalem ne en tote Persie;
» N'a remis amaceour jusk'en la mer rogie
)) Qu[e] il ne soit venufs] par mer a grant navie. »
530 « Sire, )) dist l'apostoille, « si le altre otreie (?),
» A nuit movront li mes a la lune serrie,
» Si [li] feront savoir, si dieux moi benoie;
» Moult i a de no gent [et] mort[€] et mal bailie,
» Et il fait moult que sage, par altru[i] se chastie;
555 » Tant qu'aiomes loisir, soit cele ovre fournie. »
Apres parla un[s] quens de moult grant baronie :
D'un des quartiers de Rome avoit la seignorie,
La tour Noiron gardoit, si l'avoit en baillie;
Parens ert l'apostoille et nés de Lombardie,
^40 Savaris out a non, fils le duk de Hongrie,
Cosins germains estoit Richard de Normandie :
N'out plus hardi baron en tote Romenie.
Cil a parle en hait s'a la teste dreschie:
« Par foi, sire appostoille, ceo n'otroie jeo mie
S45 " QH^ '^'^ '^^ Rome facent cel[e] recreandie,
» Quant encor nen est lance quasse[e] ne brusie,
» Ne halbers derompu[s], ne fors targe percie.
» Par le baron seint Pier[e], que jeo adoure et prie,
» Meuls voil que ma chars soit en xxx lues percie
5^0 » Et mes halbers rompu[s], ma broigne desmailie.
» Iceste foie gens est ici afuie :
» Ne doit estre parole escoute[e] n'oie;
» De moult petite chose est tiel gens esmarrie.
» Ne nous poet venir ore par terre nule aie,
5 ^ ^ » Que cil du Miraour [ne] l'aient tost oie.
» Honis soit que premier pensera couardie.
» Hahy dolant chaitifs, mar virent s'aatie! »
Que que Romain devisent, es la vile estormie : 9v
Bien xiiii M. hommes vegnent par la chaucie,
560 N'i a cil que n'ait nés ou baulivre trenchie,
521 atarger mye. — 522 au] eu roy, Dynye. — $2j luy. — $25 kar labam, banye. —
528 mère, rusie. — 529 st. — 531 moueret luy messanger. — 532 si s'ra sauoir,
beneye. — 5 33 bailye. — 534 il se que par altrie. — $3î leiser, ouere furnie. — $36
quiens. — $38 noyron. — 539 parents est, neez, Lubardie. — 540 fitz, Hungrie. — 541
esteit. — 542 hardie. — 543 ad. — $44 foai otreie yeo mye. — 545 iciel, — 546
encore, esquasse. — 547 fort. — 548 seynt. — 549 meulz, seit, luez. — 551 gent,
afuye. — 5 $2 deit, nen oye. — 553 gent. — $54 aye. — 556 sest, premerains. — $57
atye. — 558 Romaignes, est, estormye.
LA DESTRUCTION DE ROME 21
Ou le poign ou l'oraille près du chief roognie.:
Del sanc que d'els corroit est la rue bainie.
Très devant l'apostoiIl[e] chescon d'els [haltj s'escrie:
« Sire, merchi pour dieu, le fils sainte Marie,
565 » Mort sont la gens du règne, si de vous n'ont aie! »
Kant Savaris l'entent, tôt li sanc[s] lui formie :
Ses armes demanda, s'a la broigne vestie,
Et lacea un vert healme ou li ors reflambie.
Et a ceint[e] l'espee que fu clerfe] et forbie.
J70 En ka place lui trahent son destrier de Surie
K[e] est blancs corne noifs et goûtes corn la pie.
Bien irroit [ilj a plaine v l[ie]ues et demie,
Ja ne li lasseroit la teste ne l'oie.
Savaris est montes, s'a l'ensigne seisie,
575 Un corn a fait soner sus en la tour vautie:
Romain keurent as armes, la vile est estormie.
M
ouït fu grans l[i] estorm en Rome la cite :
Au moustier sont li seins an grant effroi sone
Sus en palais Croissant ont l'olifant corne :
580 Romain comunalment sont moult tost adoubbe,
Et li clerk et li lais, li moigne et li abbe
En un[e] place i sont venu et assenble :
L m[ile] furent, quant furent apreste.
VII contes [ijestoient que estoient chase,
585 Si avoit xii piers, n'i a cil n'ait fierté.
[Mais] devant tous les altres a Savaris parle :
Moult ert bons chival[i]ers et de grant parente,
Et dist a l'apostoillCe] : « si m[oi] est gr[a]ante,
(' Anuit m'en isterai, quant il ert avespre,
590 » Atot C chival[i]ers qui bien serront arme,
» Et si serront ou moi mil serjant adoubbe,
« D'armes et de chivals garni et apreste :
I) Desi qu'en Miraour ne serons areste ;
» Ceo est la mestre garde de tote la cite,
595 » Ke mont Chevrel auroit aukes trespasse {sic).
« Message ne nous vient, laens sont enferme,
S6i poigne, chiefs, rongie. — jéacorreit, baynye. — 563 chescone. — 564 merchie,
fitz. — 56s inortz sunt, gent, aye. — 566 tote la, luy. — 568 luy or. — $69 ceynt. —
570 destrere. — 571 bankes, gutex, cum. — 572 playne, demye. — 574 si ad. — 575
corne ad, souner. — $76 romaignes. — 577 grantz l'estorme. — 577-J79 les rimes en ee. —
578 muster sut les seynes. — (79 est, sounee. — 580 Romaignes, sut. — 581-J94
les rimes sont en ée. — 581 luy abbee. — 585 sunt. — 584 estoient a Rome, chacee. —
J85 m piers, cil que. — 586 toutz, ad. — 587 bones. — 589 nuyt, isteray. — 590 a
tote, s'runt. — 591 serrunt oue moy. — 592 garnye. — 595 Miraur, seromes. — J94
ceste. — 59J aurait. — 596 Quant message, laenz, enfermée.
22 G. CRŒBER
» Ou il sont endormi, ou il sont oublie,
» Ou il n'osent issir, tant sont espou[e]nte;
» Mais hom saura anuit, si dieu plest, vérité. »
600 « Beau nés, w dist rapostoill[e], « moult aves bien parle,
» Et nous enveire]rom[es] un messag[i]er prive
» Cel[e] part que hom dist que soient li arme,
)) Et puis enveierom[es] en France le règne. »
Ceo conseil ont en Rome tôt ensamble loe,
605 Mais li quens Savaris ne l'a pas otraie,
Ke hom envoit en France, ains lour ad devee.
Las! mar lour deffendi, chier serra compare,
Kar Rome en fu destruite et li mur cravente.
Aitant [en] ont lasse deci k'al avespre.
610 Par la cite de Rome se sont moult tost arme.
Bêlement se rangèrent au mur et au fosse,
Tôt sont li mur de Rome de quarels enpene.
Lucafer de Baldas discent al mestre tre,
Devant l'admirail vint, forment l'a encline :
61 5 Voiant tôt ses barnages l'a l'eschec présente,
Moignes, prestres et lais, que sont encheene,
Hermites et enfans, a tous lor poign lie;
As femmes et pucel[e]s les os furent bende :
Totes vives présentent [par] devant l'admire.
620 Dist l'admirails d'Espaigne: « ore aves bien erre;
» Par Mahom, Lucafer, servi m'aves a gre,
» Ne pourra remanoir que ne soit guerdone.
» Gardes bien que uns soûls ne soit enprisonnes (sic) :
» Maintenant soient tôt occis et descoupe.
62 j » Ne voil que mi serjant [en] soient encombre.
» Ore [rjales vous ent sans plus de demore,
» Mahon te benoie et Appolin li sene (sic). »
« Sire, » dist Lucafer, « a vostre volonté. »
Les chaitifs enmenerent hors del ost en un pre,
630 La furent tôt ensamble occis et descoupe:
Les aimes en receut Jhesufs] de mageste.
La nuit ont sarrazin grant joie demene,
Li plusour ont dormi et li altre veille.
597 sunt endormy, oublye. — 598-604 les rimes en ee. — $99 home, nuyt, la vérité.
— 600 nées. — 602 qil sunt armée. — 603 puys. — 604 tote. — 605 luy quiens, ad.
— 606 lur veit, ainz, lur. — 607-612 les rimes en ee. — 607 mère. — 608 destruyt, la
mure. — 609 avespree. — 610 sei sunt. — 61 1 sel. — 612 tote sunt ly mure. — 614-
6iC les rimes en ee. — 614 lab, foremènt lad. — 61$ tote, ad son eschece. — 616
aies, sunt. — 617 as hermites et as enfantz tote lor pogne. — 618-65 ■ '" nmex en ee. —
618 et as pucels. — 619 vifs les. — 620 dist labam. — 621 seruy. — 622 purra remanere.
— 623 une suie. — 624 tote. — 62 j voile, my. — 626 alez, sanz nule demoree. — 627
benoye, Appolyn ly. — 628 voluntee. — 629 vne. — 631 les] des. — 632 démenée.
— 633 plusurs, dormye.
LA DESTRUCTION DE ROME 2]
Savaris fu arme[s] en Rome la cite
6^ 5 Et Garins de Pavie au corage adure :
C chival[i]ers as armes ont oue els amené,
Si furent plus de M sur les chivals monte :
De Rome s'en issirent, quant vint a l'avespre.
L'apostoill[e] les a a Jhesu comande.
640 Devant iour (sic) qu'il revegnent auront maint cop donc
Et maint pie et [maint] poign et maint membre coupe :
Grant mestier leur auront li bon brand ascere.
La tour ont costie, ne se sont areste,
Desi k'a mont Chevrel n'i ont règne tire.
645 Desus en Miraour out un valet monte :
Kant il vist ces de Rome, n'en a nul avise ;
Isnelement discent, !e provost a conte:
« Sire, li payen vignent, que iii jours ont foure ;
I) Moult me vient a merveille, dont il sont arive.
650 » Si bien le voles faire, tôt sont debarrete :
» A tôt jour vous serroit mais a honour torne. »
Quant li provos l'entent, s'a I grael sone :
Il et [tresjtot si home sont moult tost adoubbe.
Du Miraour cil sont bêlement avale,
65^ Et vegnent a la port[e], s'ont les hus debarre,
Li bon destr[i]er Iour sont devant els amené.
La furent tôt ensamble pour combatre range (sic), i ir
Mais Savaris s'enparle, que savoit Iour panse :
« Diva, ne vous moves, soies asseure. «
660 Li provos l'entendi, moult l'a bien avise,
La porte lui ovri, avant l'a appelle,
Isnelement et tost i sont la sus monte,
Savaris et Garin[s] sont el chastel monte,
Ke tant par estoit fors, que ne doute home ne :
665 II n'a garde de siège, s'il ne sont afame ;
La est li Miraour, dont hom a tant parle :
Ki par le hait estage a son chef hors boute
XXX l[ie]ues voit bien et de long et de le :
Cil que l'ost ont veu[e] sevent bien la verte.
670 Hui mes orres chanchon de grant nobilite,
Si li vers en sont bien oi et escoute :
Aine mais n'oistes nul[e] de si [très] grant fierté.
654-636 les rimes en ee. — 655 Pauy, adouree. — 638 issierenî, il vint al vespree.
— 639comandee. — 640 cope. — 641 poigne. — 641-645 les rimes sont en ee. —
643 sunt. — 645 desuz, valet. — 647-652 les rimes en ee. — 648 payen 1 sarr. — 647
ad. — 649 mei, dunt. — 650 tote sunt. — 6(1 totc, honur. — 652 ad, sounee. —
653 tote, sunt. — 654-672 les rimes sont en ee. — 654 Miraur. — 656 luy bone, sunt.
— 657 tote. — 659 sees. — 660 prouost, ad. — 661 luy ouerie, ad. — 662 main-
tenant, sunt. — 664 esteit fort, hô nés. — 666 luy, dunt, ad. — 667 chefs. — 668
longe. — 669 souvent, vérité. — 670 huy. — 671 oie. — 672 très grant.
24 G. GRŒBER
Savaris est montes en somet en la tour
Et Garins de Pavie et maint altre de lour ;
G-]^ Vers la mer se pu[i]erent dedens le Miraour: —
La lune lussoit cler, un poi devant le jour
Et voient la grant ost de la gent payenour,
Ke bien duroit. x. l[ie]ues environ et entour.
Li provos le conta, que moult eut grant paour :
é8o « Sire, se veiss[i]es hier la très grant dolour,
» Et la grant discipline et la grant tenebrour,
» Ke hier firent de nos celé gent payenour!
» N'i laissèrent guarir le grant ne le menour ;
» Les testes lour trenchierent del bon brand de colour.
685 » Del Miraour la sus oimes moult grant plour,
I) Mais onkes n'eut nul home sa ens de tiel valeur,
» Que l'anonciast a Rome, tant eurent grant poour.
» Labam, l[i] emperere, est de moult grant valour,
» XXX roi sont ou li et xiiii amaceour
690 » Et tôt li sarrazin jusqu'à terre Maiour.
» Bien sai ke li Romain en auront le pejour :
» Si ne fuss[i]es venu, par dieu le créateur,
» Test, quant fu anu[i]t[i]e, lour guerpis[se] la tour.
» Pour amour dieu, beau sire, del tôt le mond seigneur,
695 » Que dist or rapostoill[e] et [tôt] si sénateur? »
« Certes, » dist Savaris, « moult sont en grant freour. »
« Par fei^ » dist li provos, ci a trop long sojour.
« Ains que ici remeine guerpirai Mireour. »
Dist li quens Savaris : « provos, [or] entendes.
« Peur icel [saint] seigneur que en crois fu pênes,
» Vous quier de couardie ne soit nus pourpense[s].
» Chescen garde bien faire, ja n'i ert trestornes.
» Alemes la dehors les cenfainons fermes,
« Oue[ke] v M elmes, les freins abandones,
70 i » Et vous, sire provost, cest[e] porte gardes
» Tant que sems revenu et ou payens couple {sic). »
» Sire, » fait li provost, « si con vous cemandes. »
Savaris et Garins avale[nt] les degrés
De la haltisme tour, que bien estoit pauuez {sic).
67 j en se met. — 674 Pauye. — 675 deûs, dedenz la. — 676 lussoient. — 679 paur. —
680 heer. — 682 heer, feseint. — 685 ly grant ne ly. — 6S4 coiur. — 68 c Miraur. —
686 nule hom, einz. — 687 nunciast, aueint, pour. — 688 Labam lemperour. — 689
XL rois adoue. — 690 la terre. — 691 les romaignes, aueront, peiur. — 694 tote, monde.
— 69J ore. — 696 sunt. — 697 foy, proiiost, ad, longe. — 698 ainz que ieo. — 699 luy,
quiens, sire prouos, entendes. — 700 croice, penez. — 701-71 1 les rimes en ez. — 701 requier
ge que couardie, seitia. — 702 chescoun, garde] sei peine de. — 70} nous la. — 704
freines. — 70J bien gardez. — 706 sums, oue sarrazins. — 707 luy prouost. — 709
tour haltisme, esteit.
LA DESTRUCTION DE ROME 25
710 Et s'arment eralment, les espeies ceintez (sic),
Et vestent les halsbers, bien estoi[en]t gaintrez, (sic)
Et si lacent les helmes par les bons cuirs sevrés.
Kant furent apreste, si sont enchemine (sic),
De la cite s'en issent bêlement aroute (sic) :
71 5 Li provost clost la porte ou gogons aceres.
Savaris broche avant, s'a la lance c[r]ouIe (sic),
Et a veu les tentes des payens diffaies.
Forment point le destrier par andeus les costes.
Ore auront il encontre eins midi [soit] passes.
720 T ucafer de Baldas s'est issus de son tre
l_i Si demanda ses armes, s'est moult tost adoube,
Ou li X M. payen les e[s]cu au coste
Pour gait[i]er et beisser seint[e] cristiente.
Quant furent appreste, si sont tous aroute,
72 j Et gardèrent vers destre, vers Rome la cite :
Or vienent no baron bêlement aroute
« Mahon, » dist Lucafer, « ore avons bien erre,
« Jeo voi or le barnage de Rome la cite. »
Dist a ses compaignons : « seignors, ore i ferres ' ; iir
730 « Gardes que cil Romain soient tous descoupe,
)) Gardes que [a] nullui ne soit reansone. »
« Sire, » firent si home, « si com vous comandes. »
Li quens point le destr[i]er par andeus les costes.
Et Lucafer vers lui le gonfainon levé :
735 Andeus lour lances ont sur les escus frosse,
Par vertu de lor coups andeus sont cravente ;
Bon furent li halberc que ne sont desmaile (sic).
Andeus par grant vertu se sont en pies levé.
Grant honte out li rois , kant il fu cravantes :
740 S[i] a traite respe[e] par moult grant crualte.
Savaris en requiert par moult ruste fierté.
La donerent maint cop sur les healmes gemmes :
Par vertu de lour coups retentisent li pre.
710 sei, erallement. — 712 et si lacent les helmes par les bons quirerz. — 713-745
les rimes en ti. — 715 Kant il furent apparaile, sunt. — 715 et li prouost ad des
la port, oue. — 716 chiuache, ad. — 717 ad, payens] sarr. — 718 forment] fière-
ment, poine, destrere, ambedeus. — 719 aueront, einz mydy. — 720 Kar L. , issus.
— 722 oueke luy, payen] sarr., coustez. — 72} abeiser. — 724 il furent apparaile,
si furent touz aroutez. — 726 Virent venir nos barons. — 727 Par M., auomes. — 728
vei, ore. — 729 et ad dist. — 730 que il seient, totz. — 731 nuUy, seit, ransounez.
— 732 feseint. — 733 Savaris, ambedeus, coustez. — 734 luy les gonfainons leues.
— 735 ambedeus sur lescuz sont frossez. — 736 ambedeus, sunt. — 757 bone sont
les halbers. — 758 ambedeus, sunt piez sailez. — 739 hunte, luy, craventesj tresbuchiez.
— 740 ad espe, crualetez. — 742 maynte cope. — 743 de les coups, les preez.
I. Cette tirade et plusieurs des suivantes offrent des rimes trop inexactes pour qu'on
essaie de les ramener à la régularité.
26 G. GRŒBER
A poi fu Savaris [moult] malement menés,
745 Mais li barnes de Rome l'i ont tost rescouse.
Donc comencent l'estour du tôt renoveler ' ;
Chescon point [de] vers l'altre corne falcons mues,
Maint[e] lance ont pecie[e] et maint escu froe,
Maint bras et [maint] poign [ont] d'ambe pars descoupe,
750 Et maint[e] aime d'ampars [hors] de lour corps jette.
Del sank que d'els cour[u]t est li champ sanglantes.
Or penst dieu de nos contes par le soie bonté,
Kar eins que il retournent auront grant destourber.
Del ost l'admirail sont V C esporone,
755 Pour aidier Lucafer i sont abandone.
Kant nos contes [ceo] virent ne porroient durer,
Vers la cite de Rome en fuie sont terne ;
Al port[e] sont venu moult tost i sont entre,
Li port[i]er[s] a la porte après els bien barre.
760 Li bourgois de la vile sont moult espou[e]nte,
Quant virent la verte del admirait fierté.
Savaris s'en est [tost] a l'apostoille aies,
[Et] tôt lui a conte, corne il furent erre :
« Riche sire, merci, tôt somes desmenbre:
765 » Tiel host onke ne vi ne ja[mais] ne verres,
» Com l'admirais amené ou galies et nefs.
» Plus de III C M sont ou les helmes gemmes.
» Pour dieu, le tôt puissant, sire, nous consailes (sic). »
Quant l'entent rapostoille_, grant doel a demene,
770 II a fait [tost] les sains soner par la cite,
Et la comunalte sont moult tost adoubez :
[Al mur *] el al fosse sont bêlement range (sic).
La veiss[i]es l'asalt moult tost recomencer (sic) :
Li payen oue engines font les p[i]eres voler,
775 Et oue grant pikois le mur acravanter.
La veis[i]es quarels espessement voler :
Ou turkois et ou arks font seetes couler.
744 en fu menez. — 74J labarnage. — 746 a donke, tote a renouelerz. — 746-7^2 les rimes
en ez. — 747 poynt.— 748 lance i sunt pecie.— 749 braz, poigne. — 7 jo dampartz. — 75 1
de le sanke, le champe. — 752 ore pense le soen bountez. — 753 einz qu'il retournèrent,
aurent, destourberz.— 754-75$ les rimes en ez. — 754 kar del, admiraile sunt.— 7$ j aidier]
sucourer. — 755 sunt abaundonez. —756 virent qu'il ne porreint durerz. — 757-759 les
rimes en ez. — 757 fuye. — 758 a la port i sunt venuz. — 759 luy porter ad. — 760
les burgeis, sunt grandement. — 761-772 les rimes en ez. — 761 vérité, admiraile. —
76} tote luy. — 764 ha, riche, mercy, tote, sum. — 765 vnke, verreez. — 766 ad
amené, oue nefs et od galez. — 767 il i a plus de 111 C M oue. — 768 tote, ore sire.
— 769 entendi, ad. — 770 ad fait soner les saines par la citez. — 771 tote la comu-
nalte sunt. — 772 i sunt. — 773 tost a comencerz. — 774 les payens, volerz. — 775
mure a tresboucherz. — 776 maint quarels, volerz. — 777 oue, furent les setes culerz.
1. Cfr. Fierabr. 3795.
2. Cfr. 611, 778.
LA DESTRUCTION DE ROME 27
Nos baron se défendent au mur et au fosse.
Quant vint al avesprer l'asalt ont areste^
780 Les gaites en la cit ordenent au fosse,
Pour espier payens que ne pussent entrer.
a;
u matin qu'albe sonne et li jours estoit cler 1 3r
lEh ala l'apostoille pour sa messe escouter.
Puis en a fait mander ses riche [s] bacheler[s],
785 En le m[o]ust[i]er de Rome se font tous assembler.
« Seignors, » dist l'apostoille, « conseil voil demander.
» L'admirais volt la cit par force cravanter
» Et [volt] nos corps destruir[e] et a vil mort livrer.
» Bien sai ge longement n'i porromes durer. »
790 Un[s] chival[i]er[s] se drece, que le corage eut fier (sic),
La barbe out longe et blanche jusc'a neu du baudrer,
Et dist a l'apostoille: « n'estoit vous esfreer*,
» La cit est granment fors, ne vous estoit douter,
» Et de barons et contes [est] moult grans la plente :
79^ » Défendrons la cite, quant ke porons durer. »
Et respont Savaris, que estoit noble[s] ber[s],
Et dist à l'appostoile : « beau sire, or m'entendes,
» Dirrai conseil a meuls que jeo sai deviser.
» Comandes vos barons que se facent armer
800 » Et la comunalte sans plus de demorer '.
» Vers sarrasins irrons [et] Dieu nous poet sauver'. »
Et respont l'apostoille « bien le voil affier*;
» Ore as armes, seignors, frank [baron] chivaler ^,
» Chescon de vous se peine de l'estour enforcier,
805 » Serrai vo cheveteins par le baron seint Pier, (sic)
)) [Et] Dieu nous doint sa grâce d'avoir bon repairier
» Et de nous délivrer de la gent l'adversier. n
La main en a leve[e], ses comence a seignier
De tous lour pechies fais [dejpuis lour jour premier.
778-781 les rimes en ez. — 778 et nos barons sei, mure. — 779 vespre. — 780 sunt
ordenie. — 781 payens] iost. — 782 matyn quant son labe et le jour fu. — 784 ad,
mandere si. — 785 toutz. — 786 conseile vous. — 787 admiraile uult, cite, trebucliier.
— 788 vile, liuerer. — 790 sei. — 792 et ad dist, sire ne vous estoit maier. — 793 kar
la cite, grandement fort. — 797 de contes et barons, moult bêle assemblée. — 79s nous
defenderoms, poromes. — 796 fu béer.— 797 ad dist, ore, entender. — 798 si vous dirrai
conseile, meulz. — 799 comandez qe vos barons se facent. — 800 tote, sanz nule delaier.
— 801 sarrazinsj nos enemis, aider. — 802 affierl otraier. — 80} franke. — 804 sei
peyne lestour bien mantener. — 805 et ieo serrai vre chiueteyn. — 806 doynt, de bien
repairer. — 807 et de bien nous deliuerer de la gent laduerser. — 808 mayn, ad, si lor
comence a assoiler. — 809 totes, péchiez, fais manque.
1 . Cfr. Parise la duch., 1 5 5 1 •
2. Cfr. Fierabras, 225, 4282, etc.
}. Cfr. Fiirabr., 4281, 4596, etc.
4. Cfr. Ficrabr., 5428, 4326, etc.
j . A partir de ce vers, la tirade semble se continuer en -ier, rime qui apparaît déjà
plus haut isolément.
28 G. GRŒBER
8io j^r s'en vait l'apostoille, si a son corps arme:
V_yUn acketon a mis en son dos bien stoffe,
Un halberc [ot] en son menuement maille (sic),
_[Et] ceinte a un[e] espee de fin asc[i]er tempre,
Amont desur son chef mist un healme gemme.
815 Un[s] esquier[s] li meine son destr[i]er sojorne,
[Et] per l'estreu s'en est sur [le] bâchant monte :
Sa lance en sa main prist, le gonfainon levé :
Le forme de saynt Pier[e] dedens fu painturee (sic).
Et tôt si princes furent moult [bien] tost adoubbe.
820 De la cite s'en issent, quant furent apreste ;
La porte a li provos après els bien ferme.
Les bourgois en la cit au fosse sont range (sic)
Pour deffendre la vile tant qu'il sont retorne.
Ou penst dex de nos contes par le soie pite,
825 Kar eins qu'il revendront auront maint cop donc.
L'apostoille est devant, le gonfainon levé,
Et Garins de Pavie, li vasals adures,
Et Savaris derrière, le frein abandone,
Bêlement en le champ pour combatre eschele.
830 L[i] apostoille broche le cheval el coste, 13V
[Et] li roi[s] de Nubie lui a [bien] encontre;
A la première jouste l'apostoille est verses,
Ke li rois a sa lance en III p[i]eces froe.
Li rois discent et l'a son ventail delasce,
835 Ja l'ust coupe la teste, quant vist le chief rase :
« Hey glout, » [li] dist li rois, « corn [ci] sui vergondes !
» Quidai avoir jouste ou roi ou admire.
» Meuls te resembleroit sur ton salter solfer (?),
» Que lance ne escu par force en champ porter;
840 » Te resembleroit meus en clostre seins soner :
1) Va, monte ton chival, diex * te doint encombrer,
n Kar si jeo or t'occis, mes pris ert abeisses. n
810 ore, vois, por sun c. armer. — 811-821 les rimes en ee. — 811 dose.— 814 moult
menu ad, fine. — 814 chefs, lem mist. — 815 vne, ly ameyne. — 817 lance prist en sa
mayn. — 818 la dedenz. — 819 tote. — 821 en ad li prouost.— 822 et les burgeis. — 822
cite. — 823-824 les rimes sont en ee. — '82} il soient. — 824 ore pense, soie] toen. — 825
einz que, maynt cope. — 826-829 les rimes sont en ee. — 826 esti fu. — 827 Pauye,
adouree. — 828 Sauaris en l'arere gard, freine. — 829 champe. — 830 par ambedeus
les coustez. — 831-837 les rimes sont en ee. — 831 luy , luy ad. — 832 au premier
juste quil firent sest lapostoille versée. — 833 luy rois sa lance en 111 peces ad froee.
— 834 luy roy discent au pie sad sa uentaile delascee. — 835 vist la corone rasée. —
836 luy, corne, suy. — 837 ieo quidai auer juste oue rois ou oue. — 838 meulz tei. —
— 839 qe en champe par force escu ne lance porter. — 840 il te resembleroit meuz, en
clostre vos doks. — 841 si montes vre chiual Mahon te. — 842-866 les rimes sont en
ee. — 842 ore te, mon, fu.
I. Cfr. Fierabr. 2386.
LA DESTRUCTION DE ROME 2Çf
Tant li aida li rois qu'est en chival montes ;
A plus tost que il pout en fuie [s'J est tomes.
{^45 I 'apostoille de Rome a terre tu verses,
l_<Par Garin et les altres ' moult tost est rescuses :
Par le miliu [l'Jont [il] del grant ost amené :
Tant qu'il est a si home n'ont [le] reigne tire.
Aveuke retornerent per moult grant aire (?) ,
850 Poindrent ou grant air vers l'ost [a] l'admire.
Dist li quens Savaris : « par dieu de mageste,
» Vengerai l'apostoille sans plus de demore. »
Il a coilli sa lance, le destr[i]er galope,
Vers le roi de Nubie s'en est forment haste,
855 Un coup [l'ad] sur l'escu par grant vertu done.
Ne lui garit halberc[s] ne aketon[s] stoffes,
Parmi le corps li a le fort lance coule : i/^r
Par vertu del coup est li rois a mort verses. ,
Et Garins et li altre furent si esprouve,
860 Qu'en un petitet d'houre ont mil a mort jette.
Aitant s'en vint pognant sire Tanpins del Gue,
Cosin[s] fu l'admirail, près de sa parente.
Ou lui G chival[i]er, combatant esprove.
Savaris ont ateint jouste un brule[t] rasme;
865 Iloec ont nos barons [moult] malement mené;
Hoc furent maint membre d'ambes pars descoupe.
Et si furent d'ampars pIus[o]ur a mort jette.
« Ha deux, » dist Savaris, « par le toie bonté,
» Ou est ore mi sires, l'apostoille[s], aie?
870 » Si ne lui soc[o]uromes, ceo [ert] grans crualte. »
Hastivement del host est il tost galopes,
De joste un grav[i]er a l'apostoille trove.
Adonke a Savaris grant joi[e] demene.
Savaris sone I corn, s'a sa gens rassemble,
875 Vers la cite de Rome ont lour chemin torne;
843 ly, qu'il fu en chiual montée. — 844 quil, fuye. — 845 a la terre fu tres-
bouchee. — 846 entre Savaris et Garins, rescusee. — 847 "lye ly. — 848 tant que a
si. — 8jo pogneint oue. — 8$i luy quiens, par li roy de. — 852 lapostoille
iray venger sanz nule arestee. — 855 ad coilly, sad le destrer galopee. — 854 ly roy
de Pavy, ferement. — 855 vne coup sur lescu p. g. v. lad donee. — 8j6 luy garoit.
— 857 parmy, li est luy fort lance coulée. — 8)8 coupe, luy. — 859 luy. — 860 qe
en vne poy de hur vnt. — 86 1 Tanpine. — 862 cosine esteit. — 863 oue luy L
chiualers combatant et. —864 dejuste. — 865 menés. — 866 iloke i fu mainte, damparz
descoupes. — 868-873 les rimes sont en ee. — 868 Ahy ; la toen bountee. — 869 my.
— 870 nous ne luy, grant. — 872 ad l'apostoille. — 873 ad. — 874 sad ses com-
paignons r'semble. — 87 j -880 les rimes sont en ee. — 87 j chemyn.
i.C/r. 8j9.
}0 G. GRŒBER
Kar s'il ont attendu, n'out I soûl cschape.
Li portiers de la vile le porte a deferme;
Aitant est l'apostoille ou nos barons entre,
Maintenant il en ont la porte bien barre ;
880 Et ii payen l'enchacent jusqu'au mestre fosse.
Lucafer fait l'asalt adonc renoveler.
(( Sire, » firent si home, « si com vous comandes. «
La veis[i]es ou pikes mainte p[i]ere verser,
Et cels dedens Rome ont pieres aval rue,
^^85 Et se rangent au mur bêlement et serre;
Ou grans pieres fesoi[e]nt [un] moult grant lapider.
Kant il vint al nu[i]tier l'asalt ont [il] lesse.
L'apostoil[e] s'en vait au palais principer»,
Savaris et li altres que dieu voloit sauver :
890 Tote la nuit reposent desi qu'au matin cler.
Et l'admirais Balans est issus de son tre.
Vers la cite de Rome en a son vis torne,
Brullant et Sortibrant a a li apelle.
« Diva, » dist l'admirails, « coment aves erre?
895 » Romain ont mors mes hommes et malement mené,
» Le bon roi de Nubie i ont a mort jette,
» Et mon altre barnage ont vilement mené.
» Si d'els [jeo] n'ai venjance, ja mes ne serai lies (sic).
Dist l'admirais Balans : « seignors, que me loes ?
900 n Saves que cels de Rome m'ont granment vergonde;
» Hier ai perdu II M de persans et esclers,
» Dont j'ai [forment] le queor dolerous et irre. »
« Sire, » dist Sortibrans, « l'engineor mandes,
» Il vous conseilera coment les conqueres. »
905 Dist l'admirails d'Espaigne : « or soit com. dit aves ;
» Aies le lui conter sans plus de demorer. »
« Sire, » dist Sortibrans, « si com vous comandes. »
Sortibrans a mande Mabon l'engineor,
Et il est tost venus devant l'empereour.
876 soûl vis. — 877 le porter, les ad le porte defermee. — 878 oue. — 879 main-
tenant i est la porte bien barrée. — 880 et le? sarr, jusqe. — 881 Lucafer comande,
adonqe a. — 882 feseint, bien voloms otraier. — 88j oue grant pikois, père tres-
boucher. — 884 maint père contreval ruée. — 885-898 les rimes sont en ee. — 88j
sei rangierent, mure. — 886 oue grantz pers, lapidée. — 888 voit, principee. — 889
et Savaris et les, dieu a benee. — 890 nuyt, matinée. — 891 admyrals, en est issuz.
— 892 ad. — 895 ad. — 895 Romaignes, mortz. — 896 roy, Pauye, sest, jettes.
— 897 my. — 899 seign's. — 900 saves bien qe, grandement vergondes. — 901 heer,
perdy. — 902 dolerouse, irres. — 903 Sortibrant, vogineor. — 904 et il. — 90J laban,
ore seit. — 906 aleez lour pour moi contre sanz nule demores. — 907 si si. — 908 sir
Sortibrans, mande pour. — 909 venuz.
I. Cfr. Parise la D. 953, iiio.
LA DESTRUCTION DE ROME 3I
910 « Diva, )> dist l'admirails, « pour quoi têtes sojor !
» Aprestes vo[s] engines, si assailes la tour. »
« Sire, » ceo dist Mabon[s], « respit me doign III jor[s].
» Kar la fosse est porfonde qui est deçà la mure {sic).
>) Par matin, par Mahon, quant parsone li iour[s],
915 » M charetes au bois voil avoir sans sojor,
» Si en f[e]rai engines et berfrois a melior ;
» Chargerai les charetes moult bien sans delaiour,
» S[i] emplerai les fosses, k'om poet aler al mure (i/c),
» Puis drecerai berfrois od force et od baudour,
920 » Ke C de vos barons poent aler al tour ;
» Et d'altre part vos nefs i vendront tôt ensour:
» Drescerai les batels au chef del ' mast major,
» Que vo gens i poront les fosses aler sour,
» Et donkes ces de Rome conqueres a vigor. »>
92 i Labans l'i a baise : « Mahon te doint honor,
» Te ferai, si puis vivre, riche de grant trésor, i ^r
» Et tote ta nacion après ton dernier jour. »
L'enginere s'en tome oue moult grant baldour ;
Ses hommes en apele, si lour dist par douzour :
950 « Lendemain par matin, quant parsone li jour[s],
» Aprestes .M. charetes ou destriers de sojour,
» Si irromes au bois sans délai ne demour.
» Chargerons nos charetes, si serons tôt en sour
t) S[i] emplirons les fosses de Rome tôt entour,
93 5 » Oue reims et ou troncs k'om poet aler al tour. »
« Sire, » firent si home, « ore i soit a bonour (51c). »
Tote la nuit reposent jusque clarist li jour[s] :
Aitant ont les charetes apreste sans sojor,
Repairerent au bois, si firent lour labour,
940 Les Igransl cheines abatent et chargent, sans demour.
o
re est li enginere Mabon[s] au bois aies :
Ou grans troncs les charetes ont [il] moult bien charge, (sic)
910 laban, quei. — 911 va aparailler vo, assailer. — 912 me doigne. — 913 quest
decea. — 914 mais par mâtine, le. — 915 me voil auer M charetes au bois sanz. — 917
si chargerai, sanz. — 918 orne, au mure. — 919 et puis dreceray mes.— 9201 poet aler au.
— 921 et d'altre part i vendront vos nefs tote ensur. — 922 si dresceray les bateles a
la mast. — 925 gentz, porent, sure. — 924 conquérez. — 925 Labam, ad, dointe. —
926 si ieo puis viure te fraie riche de trésor. — 927 ti nâcioun après le toen jour. —
928 engineor, par mit. — 929 duzur. — 930 demaine, matyn, parsoune le. — 931 appa-
railez, oue destrer. — 932 sanz, demur. — 933 si chargeroms, seroms en seur. — 934
emplerons, tuit. — 935 reimes, oue trounkes kom i, aler au mure. — 936 feseint, seit,
a bone hure. — 937 jusqua, le. — 938 maintenant sunt, aparaile sanz. — 939 au
bois repairerent si feseint lour labour. — 940 et sei, sanz delaiour. — 941 engineor, alee.
— 942 les charetes oue grantz trounkes ont.
I. Cfr. 970.
32 G. GRŒBER
Puis a il eralment charpent[i]ers ordene
De faire les berfrois ou haches ascere ; (sic)
945 Firent hastivement sans plus de demorer.
Puis chacent Jour charetes vers Rome la cite,
S'emplirent les fosses del mirable cite.
Puis lour berfrois enhaucent, si les ont bien fiche, (sic)
Qu'aler poent as fosses C chivalier arme.
950 Adonke veiss[i]es grant doel dans la cite,
Kant virent les fosses tôt entour par emple[s] i jv
K'om pooit bien au mur et venir et aler.
Les nonains et les femmes comencent duel mener.
Tantost erallement se fesoient armer
955 Et sur le mur alerent pour combatre apreste.
« Ha deux, » dist Savaris, « par le toie pite,
» Grâce et povoir nous donc de tenir la cite. »
Seins Pier[es] est entr'els haltement reclames.
Labans lLi| emperere a haltement crie :
960 « Seignours, ore en penses d'asailir la cite;
« Qui bien hui se conti[e]nt, aura ma amite. »
« Sire, » firent si home, « a vostre volonté. »
Fierabras sone I corn, payen sont adobbe,
Et se rangierent bien au mur et au fosse,
965 Si archent ou lour arks par [moult] grant randone,
Font saetes voler menu en la cite ;
Ces dedens ou grans pi[e]res firent grant lapide :
Maint d'ambe deus pars sont occis et dismembre.
Les nefs de la mer sont armées au fosse,
970 Bateus au chef du mast tôt contremont levé;
Laens furent payen, que dieu doint mal dehe,
Combatent ou nos homes main a ,main al fosse ;
Donc oiss[i]es grant bruit [par] dedens la cite;
Nekedent se défendent com vassal esprove :
975 Maintes pieres del mur ont contreval rue.
Et payen ou grans pikes les ont esquartele.
L'asalt duroit cel jour jusques al avespre; i6r
943 ad il erallement ses, ordeyne. — 944 de par fer, oue. — 945 et il fesoint sanz nule
demoree. — 946 citée. — 947 emplierent, del admirable citée. — 948 puis enhaucierent lour
berfrois si lont. — 949 Qe C chiualers armez i poet aler au fossee. — 9(0 dedenz, citée. —
951 tote. — 952 poeit, mure. — 953 nonails^ lour deies tirer, — 954 ^ei feseint. — 955 meure
alierent aprestee. — 956 toen pitié. — 957 nous doint gr. et pouer. — 9j8 seint, entrels
est, réclamée. — 959 Labam, empereourad, escriee. — 960 seignurs, pensez, asâiler, citée.
— 961 huy, tote jour auera mamitee. — 962 feseint voluntee. — 963 sarr. sunt tost
adobbee. — 964 sei, bien] bêlement. — 96 j .rchent oue. — 966 les setes feseint voler
espessement en la citée. — 967 et ces dedenz oue grant, feseint, lapide. — 968 maintz
ampartz sunt occie, dismembree. — 969 de par le mère, arme. — 970 et lour bateus,
chefs, tote, fichée. — 971 laenz, sarr., dointe, dehee. — 972 et sei combatent oue, nos
barons, mayn a mayn sur le. — 973 adonke bruyt, dedenz, citée. — 974 mais nekedent
il sei difendent, vassals. — 97 j maint grant père de la mure, ruée. — 976 et sarr. oue
grant pikois les pères ont quartelee. — 977 dureit celé, jusqe a la nutee.
LA DESTRUCTION DE ROME 3 J
Quant vint la nuis obscure l'asalt ont [ilj lesse.
Payen se sont retrait, as herberges aie,
980 Cels de Rome gaitierent tote nuit le fosse.
L[i| admirails Balans s'est grandement irre,
Que li mur del cite ne sont pas cravante ;
Granment blasma ses homes, moult s'en est forsene.
« Sire, » dist Lucafer, « si moi est garante,
985 » Jeo vous dirrai conseil que vous vendra a gre. »
Lucafer li traître traison ^ a pense.
Qu'il se contrefera les armes del cite ;
Et tût si pense sont a Labam demonstre.
« Sire admirail d'Espaigne, » ceo dist li diffaies,
990 « La cite est moult fors, et François sont doute :
» 11 défendront le mur, jamais n'i iert entre,
» Que par une voidie que jeo ai porpense.
» Il a dedens un conte de moult grant crualte,
» Savaris a a non, est de grant parente ;
995 » Chescon jour il s'en ist, s'est oue nous melle,
» De la gent dieffafej, mainte teste a coupe.
» J'ai bien [conu] ses armes et les ai avise
» Et tous ses compaignons lonc sa difficulté (sic) :
» Jeo m'en irai annuit au solail esconse,
lûoo » Ou X M sarrazins, le meuls de mon règne,
» A cest bois sous cest pui [au] près de la cite;
» Et quant nous serons tous logie el bos rame,
» Si changerons nos armes et nos escus boucle[rs] {sic),
» Les contrefaites armes vesterons del cite ;
1005 » Quant li quiens ert issus et ou no gent melle,
» Moi et mes compaignon chivalchons al cite :
I) Gels dedens nous verront ; ico sai de verte,
» Les portes overront, si serons tost entre,
» Kar nous serrons semblables Savaris l'avoue,
loio )) Et lors que la dedens nous seromes entre,
978 virent la nuyt. — 979 les sarr. sei retreihent, si sont as, alee. — 980 et cels, tote la.
— 981 irree. — 982 les mures de la, sunt a terre tresbuche. — 983 grandement, forsenee.
— 984 ceo dist, sil moy soit grauntee. — 985 vn conseile, grée. — 986 luy traître Lucafer
ad vn treson porpensee. — 987 qil sei 9trefetra, de la citée. — 988 tote son s'est,
monstree. — 989 dist Lucafer li diffaie. — 990 fort et de bone gent reemplee. — 991
defenderont la moure bone pieté nauerons lentre. — 992 mais par, voidie noun que iai.
— 993 il iad dedenz, crualtee. — 994 ad mit est, parentee. — 995 isen iist asarmes
sest. — 996 M. t. en a coupe de vos gentz. — 997 Jeo ai bien ses armes conu et avisée.
— 998 trestotz, solom. — 999 esconsee. — 1000 oue, meulz régnée. — looi suz,
puye, citée. — 1002 sumus totz logie et herberge. — 1005 de nos escuz boucle. —
1004 si vesterons les armes contrefait cels de la cite. — looj et quant Savaris est issuz
et oue no gentz. — 1006 compaignons chivalcherons vers la citée. — 1007 quant cels
dedenz, veritee. — 1008 la port nus oueront sauerons lentree. — 1009 kar nos armes
serrent semblables a sauarislor auoue. — loio et kant nous la dedentz aueroms l'entrée.
I. Cfr. Fierabr. J012.
Romania, Il
^4 G. GRŒBER
)) Tantost le mestre port[e] aurons moult bien ferme;
» Adonke ou nos bons brands serons ou els mesle,
» Tous que seront atteint auront le chef coupe. »
I) Certes, » dist Lucafer, « vous aves bien parle.
1015 » Onkes n'oi conseil aussi bien devise,
» Et vous pri et comand, que soit tost achevé. »
« Sire, » dist Lucafer, « ne serra desvee. »
Tantost corn vint la nuis et il fut avespre
Il et X M. d'homes al brulet sont haste ;
1020 La ont portrait lour armes od la lune clarté;
Quant furent apreste, si sont tost adoube :
Tote la nuit reposent jusques al ajourne.
L'endemain par son l'albe, quant il fu esclare,
Savaris sone I corn el palais batele.
1025 « Ore as armes, seignors, franc chivalier membre. » i6v
Savaris et si home sont moult tost adoubbe :
« Seignours, or de bien faire soit chescon pourpense;
!) Penses [or] de vo[s] terres et de vostre hérite,
» Des femmes et enfans que sont de jofne ae. »
1030 « Sire, » firent li princes « a vostre volonté'. »
A [ijceste parole sont il tous apreste,
Erallement s'en ussent del mirable cite.
La porte del vile ont après els bien barre,
Savaris voit devant, le gonfainon levé.
103^ Fièrement esporonnent vers le gent diffaie:
Mainte lance i ont frainte et maint escu froe.
Maint poign et membre i ont icest jour découpe :
Del sank que d'els couroit sont li champ sanglente.
Quant Savaris se fu entre payens melle,
1040 Lucafer en issi [hors] del brulet rasme
Et tôt si compaignon : moult se sont [il] haste;
Vers la cite de Rome ont tuit esporone.
101 1 serra mit. — 1012 oue, bones brandes feroms grant meslee. — 1013 totes
qe seunt, aueront les chefs coupée. — 1014 certes sir Lucafer, parlée. — 1015
vnkes en mon viuant n'oi conseil si bien deuise. — 1016 comande qe cest oure sei par-
forne. — 10 17 dist li sarr. ia ne. — 1018 nuyt en fu aprochie. — 1019 Lucafer oue
X M hoes, se sunt hastee. — 1020 ont lour armes portrait, claretee. — 102 1 il furent
aparaile. — 1022 nuyt reposèrent jusca la mâtine. — 1023 Lendemayn par soune lalbe
ele solail fu esdaree. — 1024 soune, corne en la tour batellee. — 1025 franke gent
honorée. — 1026 et si compaignons, furent. — 1027 seignurs, ore, seit chascone pour-
pensee. — 1028 vos héritée. — 1029 de vos femmes et de vos enfanz, aee. — lojo
feseint luy, a nre comandee. — 1031 si sunt il totz aprestee. — 1032 admirable citée.
1033 port de la vile est, barrée. — 1034 fu deuant sout le gonfainon portée. — 1035
devers, diffaiee. — 1036 i fu effraint et maynte targe percie. — 1037 poigne, est le jour
detrenche. — 1038 sanke, court, est le champe sanglente. — 1039 en fu, sarr., meliee.
— 1040 issye hastivement, rasmee. — 1041 tote si altre compaignons, sei sunt, hastee.
— 1042 devers, ont fièrement.
I. Cfr. Fierabr. 2806, etc.
LA DESTRUCTION DE ROME 3 5
Lucafer vint aus portes, l'entrée a demande :
« Tous somes desconfit ou [sic) le gent diffaie. » (sic).
1045 Quant li provos les ot, la porte a desbarre, «
Lesse entrer les payens, las, diex l'a destine! *
Kar li provos quidoit qu'estoit lour avoues.
Quant il ourent l'entrée, moult tost ont escrie :
« Barons, or de bien faire, soit nullui ransone! »
1050 Le provost Lucafer moult tost [a] descoupe;
A tous cels qu'il ateignent firent les chefs voler : lyr
Le sank des naveres (sic) en court par la cite,
La porte en vont fermer sans plus de demorer ;
Bien sei aveignent, que ussoient l'entrée (51c).
1055 Plusours sont a la porte del altre bail haste :
La Romain se difïendent, la porte ont bien barre,
Mais tôt le prem[i]er bail ont sarrasin poeple,
S'abatent les garrettes contreval le fosse.
Quant Savaris out bien ou sarrazins caple,
1060 Vers la cite de Rome s'en est moult tost haste.
Et tôt li altre [sont] après lui aroute.
Moult furent de lour gens icest jour desmembre.
De V. M. ne remendrent que III C sans fausser.
Li quiens point le destr[i]er, s'est grandement haste
1065 Tôt droit jusqu'à la port[e], si croit pooir entrer,
La comande a ovrir, mais il fut desvee,
Kar payen sont dedens, que dieu doint mal dehe,
Que ont la port[e] clos[e] ou gojons acerres.
« Allas », dist Savaris, « tôt seromes mate,
1070 » [Se] la vile ont seisie sarrazin diffaie.
» Chescon or se confes[se], ne soit pech[i]e[s] celés,
» Puis tornerons ar[i]er[e], kar près somes fine.
» Chescon son enemi fiere ou brand ascere.
» Tant que poons durer, ci soions areste :
1075 » Diex recevra nos aimes, li rois de m.ageste. » 17V
1043 quant Lucafer sen vint au port si demanda lentree. — 1044 totz sumç desconfis,
eue, diffaiee. — 104s prouost sout la porte desbarree. — 1046 les sarr. lesseit entrer allas
quel destinée. — 1047 luy prouost, sauaris lour auouee. — 1048 entre, sunt il escriee.
— 1049 ore de fier bien seit nuUy ransonee. — 1050 li pouost en ad Lucafer, descoupee.
— 105 1 toutz, feseint. — 1052 sanke, citée. — 105 j fermere sanz nule demoree. —
1055 a la porte del secunde baile sunt plusurs hastee. — 1056 la sei diffendent romei-
gnes, port. — 1057 tote la, bâile, fu des sarr. poeplee.»— 1058 [s'j si, tote contreual luy
fossee. — 1059 oue, couplée. — 1061 et tote si altre compaignons. — 1062 gentz. —
1065 rememdreit, sanz falsee. — 1064 Savaris poynt, hastee. — 1065 tote dreit, croit
quidoit auer lentree. — 1066 là porte comanda ouerer, ile fust. — 1067 luy sarr. fu
dedentz, dehee. — 1068 oue, ascerree. — 1069 tote sumus detraihee. — 1070 sàrr.
diffaiee. — 1071 chescoun de vous sei confes, seit, celée. — 1072 retorncromes, suin9
finee. — 1073 chescone feer, enemye oue le, — 1074 pooms, ici seoms arestee. — 107J
Ihu receiuera vos, roys, magestee.
I. Cfr. Fierab. 1414.
36 G. GRŒBER
Adonke démena grant doel tôt li barnes,
Chescon bat sa poitrine, s[i] ont merchi clame :
« Dieu eit merci de nous, k[i] en crois fu pênes. »
Donc sont hastivement vers payens galope.
1080 Savaris et si home furent si esprove,
K'en un petitet d'houre ont VC descoupe.
Al part del fin en furent tôt li contes tue
Et Garins li bon[s] bers, que fu en France nés.
Salf[s] li quiens Savaris tôt soûls estoit remes;
1085 Ses bons destriers li fu desous lui mors jettes,
Nequedent as payens a rustejs] coups dones.
Kant il voit que il fu près de sa mort fines,
Vers la porte de Rome s'est grandement hastes,
Kar encore il quidoit iloec pooir entrer.
1090 Estragot le poursuit, un[s] geans diffaies :
Bien avoit III M. homes mordris et dévores ;
Teste avoit com sengler[s], si fu rois corones.
El main tient I mace de fin asc[i]er tempre :
Un coup a Savaris [de]sur le chef done,
109J Ke li cerveils li est tôt contreval coules;
Li quiens esteint ses mains, en crois les a jette
Sur sa poitrine amont, sa vie a si fine.
Gabrielfs] receut s'aime, en gloire l'a porte.
Kant li bourgois del vile, l'ont del tour esgarde, i8r
1 100 Grant doel en démenèrent par tote la cite;
[Et] la novele en ont l'apostoille conte,
Com li quiens et si home en sont tous descoupe,
Et com sarrazin ont le premier bail poeple.
Donc en a l'apostoille de pitié [esjplore * :
1105 Dieu eit merchi de s'aime, qu[i] en crois fu pênes !
« Allas, » dist l'apostoille, « mar fut il desvee
» Que socors en mandas[se] au roi de sant Dine :
» Savaris n'otroia, cher serra compare:
» La cite ert destruite et saint Pier[e] gastes *. »
1076 demeignent, tote luy barnee. — 1077 chescone bâte son petrine, merchie damée.
— 1078 mercie de nos aimes, croice penee. — 1079 adunke sei sunt, contre sarr. espo-
rone. — 1080 si compaignons, esprouee. — 1081 en poi de hure ont des sarr .VC. —
1082 au part du fyn en fu tote les, detrenche. — 1085-1 110 les rimes en ee. — 108} !y
bone béer, née. — 1084 Salf li contre Savari: tote seul fu resmee. — 1085 son bone
destrer luy fu desuz luy detrenchiee. — 1086 mais neqdent as sarr, ad maint ruste coupe.
— 1087 veit qil. — 1089 uncore, iloec auer lentree. — 1090 ly p'suye, géant. —
1093 6" s3 mayne, fme. — 1094 coupe en ad, chefs. — 1095 la cerueile ly, tote. —
1096 Sauaris esteynt, maines, croice lout mette — 1097 sun peit'ine, est finee. —
1098 salme, ad. — 1099 les burgeis de la vile ont ceo du tour. — r 100 de par. —
I loi ont a, countee. — 1 102 Savaris et si compaignons, toutz. — 1 103 corne, la premier
baile seisee. — 1104 adonke. — iioj Sauaris deu eit mercie de talme, croice. — 1106
fust. — M 07 roy, dynee. — 1108 mais Savaris nel otreye, chère. — 1109 kar la cite
serra destruyt, saynt; gastej vyolee.
1. Cfr. Fierab. 1200. — 2. Cfr. Fierab. J7.
LA DESTRUCTION DE ROME 57
mo » Sire, n fist I vassals qu'ert de sa parente;
« Gardes que seit ce! ovre desormes perforine.
» Comandes li brief soient escrit et seele,
» Et hastivement soient au roi Charle mande;
» Si li mandes socors et aie por deu';
1 1 1 j » Et si [vous] ceo ne fêtes, tote Rome ont gaste.
» Sil mandes que Balans i est od ost banie (sic),
» Ses terres destruira, ja n'aura seurte. »
« L'otroi, » dist l'apostoile, or soient seele;
« Tost et isnelement l'ovre fêtes ovrer. »
1 1 20 « Sire, » fesoit un[s] clercs, « a vostre volonté. »
Kant li brief sont escrit, si furent seele.
« Jeffroi, » dist l'apostoille, « vous en message irres, i8v
» Ou vous 11 chival[i]ers qu'ont langage senne,
» Si porteres mes briefs au roi de saint Dines.
1 1 2 5 » Si lui mandes s'ahie ou ses riche[s] barnes;
» Et si [il] ceo ne face, tôt serom[e]s gaste,
» Et seint Pier[el l'apostle et autier viole,
» Et perdrons la corone Jesu de mageste,
» Et les altres reliques, dont il i a asses.
1 130 » Gardes que vo message soit bien [tost] achevés. »
« Sire, » fesoient il, « si com vous comandes. n
Kant il est al nufiltier, le soleil[s] esconses,
Tôt troi sont coiement de la cite hastes;
Palefroi ne destrier n'ont oveke els menés,
1 135 Quar moult doutèrent l'ost des payens diffaies.
Tote la nuit alerent ou la lune clarté.
Tant ont il lour chemin [et] erre et haste.
Qu'il sont a I chastel, que fu bien assis : (sic).
Le chastiel tint Geoffroi del conte Savaris. (sic)
1 140 Iloec pristrent herberge, si sont bien repose.
Lendemain par son l'albe, quant il fu ajornes,
Ils en ont III destriers erralment aprestes.
Et li messanger montent, si sont enchemine :
1 1 10 feseit I chivaler, que fu. — un gardes qe desormes seit celé ouure parfournye.
— 1112 comandez que les brefs seient escriz, seelee. — 1 1 1 } et que, seient, roy, Charis
mandée. — 1 1 14 le mandes por dieu et soccors et ayee. — 1 1 1 $ est perie. — 1 1 16 si luy,
qe l'admirail. — 1117 totes ses, destruera, auera garantie. — iiiS et ieo 1 gent, ore
seient escriz, seelee. — 11 19 seit cest ouure parfornyee. — 1120 feseit, derke, volonté |
comande. — 1121 les brefs furent escriz, enseelee. — 1122 sire Jeffroi. — 1123 et oue,
que ont les langages cernes. — 11 24 brefs, roy saynt Dynes. — 1125 se luy, oue. — 11 26
tote, destruyt et gastes. — 1127 seynt, lapostoille, autiers violes. — 11 28 perderoms,
magestes, — 1139 dunt. — 11 50 seit, parfournes. — 1131 feseint. — 1132 est| vint,
esconsees. — 1133 ^o^e troi coiemant de la cite sunt hastees. — 11 34 ni ont palefrei ne
destrere, amenés. — 1135 del gent diffaies. — 11 56 au pie alerent, oue la lune esclares.
— 1137 chymyn, hastes. — 1138 sunt venu a 1 cliastele. — 1139 si tenoit Ceffrai del
duk. — 1140 reposes. — 1142 en sir (?) 111 destres mit tost aprestes. — 1143 luy
messangers, enchemines.
I. Cfr. Fierabr. 149J.
5» G. GRŒBER
Jésus ' les salf et garde par le soie bonté !
114^ Tant ont il leur )ourne|^e]s chivalche et erre,
Qu'il vindrent a Paris; le roi en ont trouve.
Hastivement discendent, lour message ont conte :
« Icel sire de gloire, qu'est hait en trinite,
)) Vous salf et garde, sire, et tôt le toen barne! igr
1150 » L'apostoille de Rome et le comunaltes
» Mandent salus et prient que d'els eies pite.
» Kar l'admirails d'Espaigne i est oue oste baignes (sic) :
I) La bone cit de Rome entour a assege ; (sic)
n Bien i a XXX rois et XIIII admire
1155 » Et ce M payens ou les helmes bournes;
)) Le barne del cite ont moult diffigure ;
» N'i lesserent garir evesque ne abbe;
» Les nonains et les moignes ont ledement menés.
» Le pais entour Rome ont [il) ars et gaste :
1 160 » A totes les puceles ont fait les chefs voler*.
n Si vous nés secoures, tous sont a mort livre,
» Et li m[o]ust[i]er[s] seintPier[el abatu[s] et gastes,
» Si prendront la corone Jesu de mageste
» Et les altres reliques, dont il i a asses.
1 165 » Vendront en vostre terre puis od lour fersarmes,
» [Etl tous vous destruiront, ne uns ert ransones. »
Li rois oit la novele, moult s'en est forsenes.
Donc lui baillent lour br|i"lefs, ses ont tost desferme.
L'emperere les done [a] un soen clerk prive :
M 70 « L'apostoile de Rome et li comunalte
» Au roi Charlon de France hon[o]urs et amiste;
» Salus mandent a[u] roi et a tôt son barne,
» Et lui prient soccors et aie pour deu ;
» Kar l'admirais Balans i est ou ses armes : '19V
1 17J » Moult se peine destruir[el saint[e] cristiente.
» Si ne nous socc[o]ures, tous somes exiile,
1144 Dieu, le soen bountes. — 114c chiualches et errees. — 1146 vindrent] sont
venue, roy, trouues. — 1 147 sont lour message countes. — 1 148 qe hait est en trinitees,
— 1149 salfe, sire Charls, tote si barnees. — 11 50 tote le comunaltees. — 11 51 V09
mandent saluz, eiees pitees. — 115} cite, ad assegees. — 11 54 moult, ad, Xllll ama-
ceours. — 115 5 et plus de II C. M. sarr, oue, bournees. — 1156 la barnage de la citée
ont ledement diffigures. — 1 1 jy a garir, abbes. — 1158 nonails, — 1 1 $9 et le, gastees.
— II 60 pucels de la contre, volers. — 1161 nés] ne les, totz sunt, liu'es. — 1162 le,
de seynt, gastes] violées. — 1165 magestes. — 1164 dunt. — 1165 puis vendront
en vostre terre od lour ost baignes. — 1 166 tote, destruera, ia ni s'ra raunson donees.
— M 67 quant la roy, forsenees. — 11 68 adonke, luy, si sont, oueres. — 11 69 lempe-
rur les doint a lire, priuees. — 1170 et tote luy comunaltee. — 1171 au bone roi de
France, amistee. — 1172 saluz, roi Charls, tote si barnee. — 1175 luy prient pur dieu
et soccors et aiee. — 11 74 oue armée. — 1175 grandement se, cristientee. — 1176 si
vous ne, tutz sum9 exillee.
1. Cfr. Fierabr. $985.
2. Ce vers est mieux placé avant 1 1 J9.
LA DESTRUCTION DE ROME 39
» Et pour ceo vous priomes, de nous prennes pite. »
Quant lirois l'entendi, moult s'est espouentes,
|Et| Guion de Bourgogne a a lui apelle :
1 180 Fils ert de sa soror et de sa parente :
» Cosins, vous en irres socoure la cite,
» Ou vous L milLe] de mes gens meus arme.
» Gardes qu'hastivement soies enchemine ;
» Rasemblerai ma ost de par tôt mon règne,
1185 » Si vous vendrai socore, eins qu'unUl mois [soit] passe. »
» Sire, » fist sire Guis, « a vostre volonté. »
Mais eins qu'une jornee sont de Paris aie,
Fu la cite destruit[e], a terre l'ont verse.
Unts] traître del cit, que del portLe] out les clés,
1 190 Pour grant doutle] qu'il out, qu'il [ne] perdroit le chef, (sic)
A nuit est coiement issus de la cite ;
Jusk'al tente Labam a son chemin tourne.
Si com vous m'orres [dire] l'en a aresone :
« Sire admirais Balans, aies de moi pite.
1 195 » Jeo su un|sl chival[i]er[s] de Rome, la cite :
» A vous me vienk [jeo] rendre sans point de falsete.
» Jeo su port[i]er[s] del vile, l'adm.irable cite :
» L'entre[e] vous garant, si il vous vient a gre.
» Mais un don vous demand : ma vie m'afies,
1200 » Et si me fêtes riche [et] d'avoir et de fief. » (sic)
fl Par Mahon, » dist Laban[sl, « bien le voil afier; 2or
« Chastels te douerai et que te vient a gre. »
A icest mot lui a Tabour sa foi jure,
Qu'il tendra coitement ceo qu'il a afie.
120 s (A ceste nuit voil qe cest ouere en seit parfournee) '
Et dist Laban[s] d'Espaigne : « l'afi par loialte. »
A [i]cest mot a pris li traîtres congé,
Erralment s'est torne[s] al mirable cite,
Coiement s'est couchies s[i] est bien reposes.
1177 ceo sire nous, prengnez pitié. — 1 178 entent, forement s'est espountee. — 1 179
Gyon de Burgoyn ad luy apellee. — 1 180 fitz est, soer, parentee. — 1 181 pur socurere
citée. — 1182 oue, mile chiualers, gentz meuz armée. — 118} qu'] que, sees enchi-
minee. — 1184 et ier resemblerai, tote mun régnée. — 1185 socorere, einz, mais passée.
— 1186 fesoit, gy, volonté] comandee. — 1187 einz qu'il furent du Paris vn jornee
alee. — 1188 en fu Rome, et a terre crauentee. — 1189 kar un, de la cite, aueit
li dee. — 1190 auoit, perd, chefs. — 1191 nuyt coiement issuz est, citées. — 1192
jukau tent, sad, chemyn tournes. — 1193 ad aresonees. — 1194 ees, pitees. — 119J
Rome ladmirals citées. — iipômei vienke, sanz poynt de falsetes. — 1197 de la
vile, del admirable citées. — 1198 si moi seit, otraies. — 1199 doun demande qe
ma vie moi seit otraies. — 1200 et que moi fêtes, aueir, feef. — 1201 garantier. —
1202 chastels et citez tei dorai et ceo que, grée. — 1203 a ceste parole ly ad Tabour
sa fei pleuie. — 1204 a ceo qil ad garauntee. — 1206 ieo le garant par ma lealtee. —
1207 parole ad luy traîtres pris son congee. — 1208 erralement, vers l'admirable citée.
— 1 209 c. sen vois coucher, reposée.
1. Ce vers est interpolé, parce qu'il n'est pas d'accord avec 1191 et 1214.
^0 G. GRŒBER
1210 Quant Fierenbras oi traison pourparler,
Mahon et Appolin a fièrement jure,
Que li port jlerisi aura premiers le chef coupe.
A icest mot lesserent, jusque al matinet (sic).
Tôt le jour ont payen grant joIlc] demene;
1 2 1 ^ A loisir se reposent, ne vont asalt doner.
Vers nuit quant li soleil[s] comense a resconser,
Comande Fierabras qu'il se fassent armer :
Donc oiss[i]es payens les busines corner.
Eralement se arment soudier et bacheler,
1220 Des herberges s'en ussent^ n'i volent demorer.
Fierenbras fu avant sur son destrier armes ;
Lucafer et Brullans, Sortibrans de Combrer,
Clamaton[s] et Mordas reregarde ont forme.
Sereement chivalchent ou la lune clarté,
122 5 Tant qu'il vindrent al porte de Rome la cite.
Quant i sont, Fierenbras est avant chivalches.
Et fu moult bien arme[s] el ferant ' pomele,
N'estoit [jal si fors rois desiqu'en Dureste :
(Il fu fier[s] de semblant, la barbe out longe et lee),
1230 En son escu avoit III lions paintures;
Si a coilli la lance, moult s'est esporones.
Li traitre les vit, [si] s'est mal pourpense :
Il s'en hasta al porte, si l'a tost debarre :
Payens lessa entrer, allas ! k'ont fu porte.
1235 Fierenbras i entra, trait le brand ascere
Le chief al portier trenche, puis est outre passes.
j-^ierenbras d'Alisandre est el cite entres :
F A sa vois qu'il out cler[e] trahie ad escrie;
Et od lui Lucafer, un[s] fors rois corone[s],
1 240 Brullans et Sortibrans, Embruns et Tempestes
Et tous li sarrasin, que deu doint mal dehe.
1210 en oye le trenson que fu ppearlee.— 1210 Appolyn en ad, jurée.— 12 12 ly porter
serra lepremer k'aura le chefs coupée.— 121 5 caste mote lessierent iusqua le matinée. —
1214 tote le jour après ont sarr. grant.— 121 5 si sei reipoisent a leisere ne volent asalt. —
1 2 16 encontre nuyt, comensa.— 1217 Fier, que si gent sei feseint arme.— 1218 dune, sarr.
corns et busines.— 1219 sei, bacheler et soudeer.— 1220 des] de lur, volent plus.— 1221
en iauant gard armez sur sun destrer. — 1222 et Lucafer. — 1223 et Clamaton, furent
en l'escheel derer. — 1224 seriement, oue, lune serrée. — 122$ a la porte, citée. —
1226 quant il i furent venu. — 1227 sur l'aferant pomelee. — 1228 esteit, fort, Durestee.
— 1229 sauoit la barbe longe et lee. — 1230 llll, painturee. — 1231 et si ad coilie,
fièrement, esporonee. — 1232 voit] apercent bien, malement. — 1233 hastie deuers la
porte, ad, debarree. — 1234 les sarr. en lessa entrere, ke vnt fu prsee. — 1235 entrée,
prime's sout trait lespe fourbee. — 1236 al traitre trancha, aitant, passée. — 1237 en
est en la, entrée. — 1238 voice qil en out. — 1239 luy entreit, fort. — 1240 et Brul-
lant, Sortibrant, Tempestee. — 1241 totes ly altre sarr., doynt, dehee.
I. Cfr. Fierabras, 792, 1092 et 559.
LA DESTRUCTION DE ROME 4I
Le chef a Ficrenbras au port[i]er découpe,
Od sa lance tranchant le cors en a boute.
« Diex, » fist il, « te maldie, et que t'ont engendre :
1245 » Kar traiteur au darain avèrent mal dehe. »
Puis s'est outre passe[s], el cit est galopes.
Et tet si compaignon, les freins abandenes.
Adonke cemanda : « tous soient desmembre,
» [Et] femmes et enfans, [et] moigne et abbe
1250 » Et prestres et nonains; ne soit un[s] ransenes :
» La loi as cristiens hui aurons abeise. »
« Sire, )) firent si home, « a vostre volonté. »
A tous cels qu'il atteignent, en ont les chefs coupes.
Adonke fu li cris moult grans en la cite.
1255 Del sanc que des corps ist li champs est sanglentes ;
Aval le pendant court, ceme uns ruissels de gue;
Li champs est replenis des mors et des nafres.
L'apostoille est me[islmes al grant moustier aies
Et tote la clergie del mirable cite.
1 260 Al moustier de seint Piere est Fierenbras aies,
Ovec lui Lucafer et si richefs] barnes ;
Li moustiers en pei d'houre fu des payens poeples.
Fierabras les l'autier l'apostoille a traine,
La teste lui coupa ou le brand ascere :
1265 S'aime receut Jesu[s], li rois de mageste.
Fierabras passe avant, jouste li eut garde
Et voit I vieil chanon[e] a la terre encline :
Bien aveit II C. ans puis l'ourle] qu'il fu nés.
Fierenbras l'en apelle si l'a areisone :
1270 « Ore sus, dans v[i]eil!ard, si me di par verte, iir
« Ou les reliques sont Jesu de mageste,
» La corone et li clous, dont en crois fu cloues,
» Et li digne suaire, dont fu envoloupes,
» Et le [sainte] crois vraie, dont ses corps fu pênes?
1275 » Jeo te pri et comand, me di la vérité.
1242 chefs au porter de la cite ad fierenbras detrenche.— 1243 puis od a, ad boutée.—
1244 Mahon, et cil qe t'ont gendree. — 1245 traîtres, darayn, mal destinée. — 1246 puis]
aitant, et en la cite galopee. — 1247-1255 les rimes sont en ee. — 1247 tote ses copaignos,
freines abaundonee.— 1248 comanda fier, qe tutz seient detrenchee. — i249enfanz. — 1250
nonainsi nenals, seit, ransounee. — 1251 lei, huy serra. — 1252 feseint, a vre comandee. —
1253 touz, li chefs. — 1254 adunke i, la cris,grant. — 125 5 en ist, est la rue sanglentee. —
1256 tote le contreval le, une rosses degue. — 1257 des mortz et de nafres st les rues re-
plenee. — 1258 l'apostoille mêmes al grant muster est allée. — 1259 admirable citeé. —
1260 Fierenbras sen est al moustier seint Pier alee. — 1261 od luy, barnee. — 1262 en
vn poi de houre en fu le mouster des sarr. poeple. — 1265 fier, deiuste lauter ad lapos-
toilc trenee. — 1264 tost luy, oue, dasceree. — 1265 et Jhu receut saline le roi. —
1 265-1 291 les rimes sont en ee. — 1266 sout deiuste li esgardee. — 1267 veit, veile.
— 1268 anz. — 1269 sil lad. — 1270 danz, si me die par ta lealtee. — 1 271 ou sunt
les reliqes, magestee. — 1272 les cloues dunt il fu en croice. — 1272 et le, dunt il fu
envolupee. — 1274 croice v'ray dunt sun. — 1275 comande.
42 G. GRŒBER
») Sire, » fist li chanon[e]s, « a vostre volonté. »
Puis en trait un escrin tôt a or esmere,
Ignelement et tost l'en a il defferme.
Puis i a mis la main, la corone a porte,
i 280 Et en après les clous et le singne honore,
Et le digne suaire, dont Diex fu voloupe.
« Par dieu, » dist Fierenbras, « ore ai jeo bien erre :
« J'ai conquis la corone, dont Deux fu corones,
» Et les altres reliques, dont il i a asses. »
128J Aitant il a sa main ens el escrin boute,
S'i trouva II barils ' ou fin or esmerre;
Fierenbras les ovri, moult est bien pourpenses.
Le chanon[e) apella, si l'a aresone :
» Diva, » fist, « dans feitour (?), si t'ait li tien deus.
1290 » Que est en ces barils? ne soit li voir cele. »
« Sire, » fist li chanone[s], « jeo vous dirrai verte.
» Il sont tuit plain du basme dont des fu [en]basme[s] ■
» Et ses plaies enointes, quant del crois fu ostes :
» Plaie que en est ointe, jamais n'i poet rancler :
1295 » Maintenant serra saine, ja n'estoet [en] douter. »
« Mahon, » dist Fierabras, « il te poe[H]t salver, 2iv
» Jeo ne les dorrai mie pour V vais pleins d'or cler. n
Les reliques coilli, ou soi les fist porter.
Les barils a sa selle, fermement fist trosser.
1300 Au v[i]eillard tresor[i]er puis la teste a coupe.
Sarrazin ont l'église et autiers violes,
Brusees les images, crocifis avales.
Quant il orent ceo fait, li rois les fait gaster :
Aitant le fu i mettent ; tote part ont corne.
1305 Donc monta Fierenbras el ferant pomele *,
Lucafer et li altre, que deux doint mal dehe.
Puis ont pris tôt l'avoir et robbe la cite.
i276fesoit luy, a vre omandee. — 1277 maintenant en trait, escrine tote. — 1278
ad il differmee. — 1279 puis en met a la mayne, sad la corone portée. — 1280 cloues.
— 1 281 et puis, suarie, dunt Jhu en fu volupee. — 1282 par Mahon. — 128J quant i
ai, dunt. — 1284 dunt il i ad a plentee. — 128J aitant sen ad Fierenbras sa maine en
lescrine. — 1286 sen trouua II boistes oue fyn. — 1287 ouerie. — 1288 sil lad. —
1289 taid ly toen dee. — 1290 en castes boistes ne moi sait le veir celae.
1291 luy, veritee. — 1292 ces boistes sunt playne de, dunt dex en fu. — 1293 ^t ses,
ointz, du croice, ostee. — 1294 en i est en oynt. — 1295 saines. — 1296 fier. —
1297 my, valleis plaine dor. — 1298 en coillie oua sai, — 1299 et les boistes, seal,
mit ferme san fist. — 1300 Puis en coupa la testa au veillard trésorier. — 1301 Sarr.
robbierent leglise et ont autiers violer. — 1302 si brusent les ymages et les crocifis
abater. — 1303 vrent ceo fait Fierenbras les comanda a voider. — 1304 la fu i mettent
maintenant de tote part ly corner. — 1 305 adunke san monta, sur lalferant destrer. — 1 306
et Luc. et ly, doynt mal encombrer. — 1307 puys robberent la cite sont pris tote lauer.
1. Cfr. Fierabr., 1047, etc.
2. Cfr. Fierabr., 526.
3. Cfr. 1227.
LA DESTRUCTION DE ROME 43
A dex! com grans richesces i firent emporter
De coupes, de hanaps [et] d'argent et d'or cler,
1310 Riches samis et pailes et cendals d'outre mer!
Quant ourent tous occis que il pourent trouver,
Aitant le fu i mettent, si se font d'en celer (?).
Puis abatent les murs del cite principer,
Si tressèrent leur tentes, n'i voldrent demorer.
1313 1-1 ierenbras d'Alisandre seisie a la cite :
jr Les barils et reliques a ou li amené;
A tous cels qu'il atteignent orent les chefs coupes
Puis i mirent le fu : Rome ont tote alume.
Quant il orent ceo fait, d'iloec s'en sont torne ;
1320 Eralment a son père est Fierabras aies.
Les reliques robbees li a [il] présente.
Donc demaine grant joi[e] l'almirails diflfaies,
Les barils ou le basme en a ou li portet.
Laban fist les reliques en son coffre fermer.
1325 « Sire, » fait Fierenbras, « lai moi a toi parler ' :
» De ceo que desirastes aves or a plente,
» Conquises les reliques et le sainte cite;
» Tous sont occis, n'i est un [s] soûls [homs] vifs remes.
» J'ai doute del veng[i]er : en votre terre aies. »
1330 « Par Mahon, « dist Laban[s], « bien le voil afier.
» Comandes ma navie sans délai aprester :
)) Au premier vent que sourt de si me voil sigler. »
Donc oisies payens grant joi[e] démener :
Si en coillent lour tentes, si font els nefs porter,
1335 Si chargent lour navies ou armes lusant cler.
Puis lour destriers i mettent et coursiers sojornes
Et de pain et de vin [et] d'avaine et de ble.
Kant li vens lour fu bons, com dient notonier (sic),
Laban[sJ mânes s'en entre el vaissel batelle
1508 come grant, i feseint le jour charger. — 1309 et de hanapes. — 15 10 et
riches samites, meer. — 131 1 quant il ourent touz, qil porreint. — ni} la fui
mettent maintenant, funt. — 13 14 trossirent, ni voleint plus. — 131J ad la cite de
Rome seisie. — 1 316-1323 les rimes sont en ee. — 13 16 la corone et les reliques ad
eue ly. — 1317 touz, vsent ly chefs. — 1318 puis sen mette la fu tote Rome esl
alumee. — 13 19 il ont, sen est, — 1320 hastiuement a son père Laban sen est il alee.
— 1521 reliques qil robbeit, ad. — 1322 adunc demeigne, almiraille diffayee. — 1323
mais les boistes oue, sen ad oue ly. — 1324 li soldan fist. — 1325 sire père fait, ore
V09 voile consailler. — 1326 qe vous, tant aues vre pleiser. — 1327 conquis aues, et le
cite principer. — 1328 tutz i sont, sul, resmee. — 1229 alez V09 en vre t're en
Espaigne kar iai doute délia venger. — 1330 voil graunter. — 1331 comander tost,
sanz. — 1332 kar au, qe isur. — 1333 adunc oises les sarr. — 1334 elsj en les. —
1305 et si, nauy, oue lour. — 1336 puis i mettent lur destrers et cursers soiornee. —
1357 payn, vyn, auayne, blee.— 1338 kant lour vent fu bone, li notoner. — 1339 mêmes,
en sa galeie batellee.
I. Cfr. Fierabras, 475, 2066, etc.
44 G. GRŒBER
1340 (Et OU li Fierenbras, Floripas la scemee)
Et tôt li sarrazin, que deux doint mal dehe.
Les voiles sont dresciees, quant furent tous entre.
Tant nagent nuit et jour a la lune clarté,
Qu'il vindrent en Espaigne : voiles ont avale.
1345 Laban[s] ist del galie et si gens diffaie[s],
Fierenbras et sa soer oue le corps cerne.
L[o]ur hernais et lour armes ont a terre jette ;
Hors traient palefrois et destriers sojornes ;
S'alerent tous en terre, s'ont vaisals dechargies. (51c)
13JO Tant en a li soldan[s] chivalche et erre,
Qu'il est a Morimonde venus, a sa cite.
Iloec en prist sojor et si roi diffaie.
o;
re est li admirails en son pais aies
'Et tous si altre princes, que Deu doint mal dehe.
1355 Or dirons des messages de Rome la cite :
Tant a Guis de Bourgogn[e] chivalche et erre
Ou L M. homes de France le règne;
Le ban[i]er[e] Charlon a li quiens Guis porte.
Une nuit s'herbergerent sur l'erbe vert ou pre,
1 3 60 Sur les escus lour testes si orent acoute,
Li uns en ont dormi et li altre veill[i]e. (sic)
Les destr[i]ers leisent pestre sur l'erbe vert ou pre.
Kant li jourCs] apparut et l'aloue out chante,
Chescon prent son destrier, si sont moult tost monte,
1365 Vers la cite de [Rome] se sont moult tost haste. 22v
Une bone jornee furent de la cite :
Geffroi li messang[i]er[s] si est avant aies,
Quar il sout le pais et conut le règne.
Une bone jornee a vers Rome garde
1370 Et voit que li pais fut partot alume.
Donc demenoit grant doel, maldist l'oure qu'est nés.
« Sire, » fist a Guion, « vois que j'ai esgarde :
1340 oue, et floripas. — 1341 et tote ly altre sarr., doynt, dehee. — 1342 quant il
furent toutz entre les voiles en st drescee. — 1343 nuyt, lune serrée. — 1344 qil sunt
venuz en, si ont lour voiles aualee. — 1345 Laban est issu de sa galai et tote si gent.—
1346 et fierenbras, la corps cernée. — 1347 jettee. — 1348 puis hors trecent leur destrers
et palefreies soiornee. — 1549 si toutz en terre sont lour vasals déchargée. — 1350 en
ad, erree. — ijji est venu en Espaigne a Morimonde sa citée. — 13J2 soiorne et ses rois. —
1 3 5 3-1 36J les rimes sont en ee. — 13 $ 3 Laban. — 13^4 totes. — 1355 ore, messangers. —
13 56 ad Guyon de bourgoyn. — 13 $7 oue L. M. chiualers, france la loee. — njS bancr au
roi de france en ad Guyon. — 1 359 vn nuyt. — 1 360 lur testes sur les escuz si furent acutee.
— 1561 ounes en vnt dorniie. — 1363 apparust der, lalou out chauntee. — 1364 seisie
son destrer. — 1365 sei sunt. — i}66 quant il furent de Rome vne bone jornee. —
1367 sire Geffroi luy, sest auant chivalche. — 1368 il sauoit, conust, 1 368-1 371 les
rimes sont en ee. — 1369 Geffroi garde vers Rome vn grant jornee. — 1370 veit que la
cite en fu tuyt. — 1371 adunke demeneit, lour qil fu née. — 1372 fist il a sire Cy vees
vous ceo qe ieo vie.
LA DESTRUCTION DE ROME 45
» Rome est pris[e] et destruite, la fumée vees ;
» Jeo sai que les reliques li payen ont robbe.
1375 » Allas! que en f[e]romes? trop avons demore. »
« Sire, n fist li quiens Guis « ceo ne me vient a gre. »
A [i]cest[e] parol[e] sont fièrement haste.
Kant il vindrent a Rome, si virent luy port[e] oueree, (sic)
Et le fu el cite moult granment alume;
ij8o Pour grant chalour qu'i tu n'i povoient entrer.
Lour pavillons fichierent tôt contreval le pre,
Iloec pristrent herberge VIII jours sans falsete.
Or [les] lerrai ici, si vous le garantes,
Si dirrai de Charlon, le fort roi corone.
ijSj De par tote[s] ses terres avoit ses gens mande,
N'i remest [dus ne] quiens ne baron el règne.
Qu'il assemble [ne] soient a Paris la cite.
Quant il i furent tous venu et ajouste,
L'emperer[e] de France en hait en a- parle :
1390 « Seign[o]urs, ore escoutes, si vous dirrai verte,
« Li admirais d'Espaigne a no pais gaste, 23 r
» Et oue lui G M sarrazin diffaie.
» Il ont ensegie Rome, m'admirable cite ;
» Tôt le pais entour ont il pour voir robbe;
1395 » Si jeo ne les soccour tôt l'auront il gaste. »
« Sire, » firent li princes, « a vostre volonté :
» Nous ne vous failliromes tant que poons durer. »
Adonc en a li rois grant joi[e] demene.
Quant si gent furent prest a complir son pense,
1400 Adonc s'en est li rois eralment aprestes
Et si firent li contes de France le règne.
Quant sont appareillie si sont enchemine:
III G. mil chevaliers a li rois el barne.
Oliviers a bien leu (?) la baniere guie ;
14OJ Rollans fu en arrière, li vassals adures.
De soccoure Guion s'en est li rois hastes.
i}7} destruyt vees la grant fumée. — 1374 sai bien qe les reliques si sont diloec
enportee. — 1575 trope auomes attargee. — 1 376-1 383 les rimes sont en ee. —
1376 fesoit Gy de burgogne V09 parois ne me vient agrée. — 1377 sunt il. — 1379
la flambe en la cite. — 1380 chalure, qe i, ni porrent auer lentree. — 1381 paueilons,
tote, ly. — 1382 iloke, sanz. — 1383 ore, si mos seit grauntee. — 1384 si vous dirrai
del roi Chars ly fort sir. — 1585-1395 les rimes sont en ee. — 1385 si gent. — 1386
remist, conte. — 1387 seunt assemble a Paris ladmirable citée. — 1388 tout, aiustee. —
1389 ad. — 1390 escoutez, v'itee. — 1591 ly soldan, a no terre seisee. — 1392 od luy,
sarr. de la gent diffaiee. — 1 394 tote, vnt. — 1395 soccure tote ma terre serra gastee. —
1396 feseint ly, volume. — 1397 falterome poynt, pooms. — 1398 adunke sen ad ly roi
Charles. — 1 399 en furent, acomplir sa volante. — 1400 adunke, ly rois mit tost aprestee.
— 1401 furent totes les, france la loee. — 1402 quant il furent appareille si furent. —
1403 ad ly rois en sa compaigniee. — 1404 Oliuer porte sa baneer qe ben leu ad guie.
— 1405 et RoUant fu en larere garde, adouree. — 1406 de Gyon soccurer, ly. — 1406-
141 1 les rimes sont en ee.
^6 G. CRŒBER
Tant ont il nuit et jour chivalche et erre,
Qu'il sont en Romenie; n'i ont reine tire.
Guis parceut le baniere le roi de saint Dine,
1410 Encontre lui chivalche, la novele ont conte
Come la fort cite li payen ont gaste :
La corone et les clous d'iloec en sont robbe
Et les altres reliques, dont ont le queor irre;
Par le roi Fierenbras fu le pais prae,
1415 Et qu'il sont en Espaigne oue lour nefs sigle.
Donc a li rois de France [moult] grant doel demene.
Maintenant comanda les nefs a aprester.
Il jura sa corone et sa barbe fressee, (sic)
Ja ne retornera, si n'ait Rome venge (51c).
1420 [Tost] maintenant en orent les nefs bien aprestes.
Et li bons roi[s] de France est el galle entres,
Rollans et Olivier[s] al corage adure, 23V
Li dus Renier de Gènes et Na[i]mes li senes,
Li quiens Guis de Bourgogne et li altre barne[s] :
1425 Li vens en fiert es voilles, que les a bien guies.
Tant ont il nuit et jour et nage et sigle
Parmi la mer altisme, k'il sont en terre entre.
L[o]ur voiles avalèrent, si sont bien aancre.
L[o]ur bernais hors getterent et lour armurs fressee (sic).
1430 Puis ont gette lour pons, lour destr[i]ers hors mene[s].
Erallemant est Charl[e]s [hors] de sa nef aies,
Et li altre barnage que Jhesus a salve. ^^
Puis montent lour chivals, si sont enchemifte.
Tant a li rois de France chivalche et erre,
143 5 Qu'en vais sous Morimonde a fait tendre ses très.
Les novel[e]s en vindrent al soldan diffaie,
Que li barnes de France est en sa terre entres,
Et que il la chalenge et tote s'hérite.
Quant il oit les novelles moult s'en est forsenes.
1440 [Puis] Fierenbras son fils a a li apelle.
Si corn vous m'orres [dire] l'en a aresone :
I/I07 nuyt. — 1408 sont venu, atiree. — 1409 Gyon aparceut le baner ly,
saint dynee. — 1410 luy chiualche sil ont les noueles contée. — 141 1 cite de
Rome en fu pris et gastee. — 1412 et come la corone Jhu diloec sen est. — 1413
dunt il ont le qeor erree. — 141 4 fu la citée prahee. — 141 j sont torne en Espaigne
oue lour nauye siglee. — 1416 adunc sen ad li roi, démenée. — 141 7 comanda qe la
nauyen fu apparaile. — 1418 il eniora. — 1419 qe james ne. — 1420 furent la nauye.
14 20-1 428 les rimes sont en ee. — 1421 luy bon, sen est en la galaie. — 1422 et Rollant,
od le corage adouree. — 142} et reynes de gennres, ly. — 1424 et Gyon de bourgoyn
et ly. — 1425 le vent, ad. — 1426 nuyt. — 1427 parmy, mère, sunt en espaigne. —
1428 lur, sunt mit. — 1429 lur herneis, gettierent. — 1430 puis gettent hors leur
pontez sont lur. — 143 1 errallement et tost; nefs usée. — 1432 et tote ly, que dieu ad
benee. — 1433-1445 Us rimes sont en ee. — 1433 sunt tost. — 1434 ad li roy. —
143$ suz, tree. — 1436 tost al. — 1437 qe li ""oy ^e france. — 1438 et qe il chalange
sa terre et tote si. — 1439 quant Laban oist. — 1440 fitz, sen ad a ly. — 1441 ad.
LA DESTRUCTION DE ROME 47
« L'emperer[e] de France est en ma terre entres,
» III C. mil[e] François a od lui amenés.
« Il vient pour veng[i]er Rome l'admirable cite,
1445 )) Conquester les reliques Jhesu de maieste.
» Jeo vous pri et comand tout soient desmembre ;
n Et moi portes la teste au Charlon resotte. »
« Sire, » fist Fierenbras, « a vostre volonté. »
Endementiers que fist Fierenbras s'apprester, 24r
14JO Comanda l'emperere sa gent se fist armer
Pour assailir la cit, sans plus de demorer.
« Volontiers, » fist Rollans et 01ivier[sJ li bers.
« Hui vous rendrons la cit eins l'ourCe] du vesprer. »
Rollans et Oliviers aitant se sont arme,
1455 Li quiens Guis de Bourgogne et Ogier[s] li senes.
S'ont en lour compaignie L M. armes.
Vers la cite hasterent sur lour destriers arme.
Quant Fierenbras les vist vers la cite haster,
Erralement et tost comensa a crier :
1460 « Ore as armes, seign[o]urs, franc chevalier membre^ :
n Jeo voi François venir pour nous asieger (sic). »
)) Sire, » firent si home, « prest somes pour jouster. »
Aitant est Fierabras del cite galopes,
Od lui C mil payens del poeple difTaie ;
14G5 Et nos baron contre els, les freins abandone[s].
Olivier fu avant, li vassals adures.
Le baniere le roi sur sa lance a ferme.
Il broche le destr[i]er par andeus les costes.
Fierenbras d'Alisandre l'i a tost encontre ;
1470 [Mains] grans coups [s] 'en donerent sur les escus bouclers.
Que par vertu des coups lour lances ont froe.
Le lance Fierenbras a 01iv[i]er hurte
Que desous la mamele l'a durement navre.
Mais ceo fu grans merveille qu'il ne fu craventes.
1443 ad od luy.— 1444 il est venu.— 1445 et si quide reconquester les reliques. — 1446
comande qe toutz seient retrenche. — 1447 et qe moi, Charls. — 1448 feseit, a vrecoman-
dee. — 1449 endementirs qe Fierenbras se fist appaiser. — 1450 en comanda li roi de france
qe si gent sei feseit. — 1451 assailer la cite de Morimonde sanz nul delaier. — 1452
voluntiers fesit sir RoUant et le conte Oliver. — 143} huy, rendromes einz. — 1454
aitant sei armierent RoUant et Oliuer. — 1455 et Gyon de Burgoyne et li danois Ogier.
1456 si furent en lour compaigne L. M chivaler. — 1457 armez sur lour destrer. — 1459
sei comensa. — 1460 seignurs noble chiualer. — 1461 vei les françois. — 1462 sir feseint,
prest sum9 pur combater. — 1463 sen est fier, du cite chiualche. — 1464 luy C M
sarr. de la loi payenee. — 1465 barons encontre els, freines. — 1466 fu en lauantgard,
adouree. — 1467 le baner le roi de France ad sur sa lance fermée. — 1468 il enbroche,
ambedeus luy coustee. — 1469 encontree. — 1470 gntz, escuz buclee. — 1471 coupes
en st lour lances froee. — 1472 ad, si hourtee. — 1473 que par desuz ly, ly ad, nauere.
— 1474 grant, fu trébuche.
I. Cfr. Fierabras J219.
48 G. GRŒBER
147J Fierabras passe avant s'a son destrier broche ; 2^v
Rollans, li nies Karlon l'i a entraverse.
Grant coup li voit doner sur [son] escu boucler,
En III pièces en a sa lance tronsone.
Adonke i est venus Sortibrans de Combres,
1480 Od lui XL m. sarrazin et escler:
Donc comenca l'estour tôt a renoveler.
Des mors et des nafres en est li champs jonches (sic).
01iv[i]er[s] et Rollans furent si esprove,
K'en un petitet d'houre quarante ont descoupes.
1485 Mais al part de la fin lour fut mal encontre:
Corn durent repair[i]er al issue d'un gue,
Les encontrent V M. des payens meserres,
Que oue brancs tranchans les ont bien revises,
Que petit ne fallist ne furent encombre.
1490 Mais li barnes de France lour ont soccors porte,
[Li dus] Renier de Gènes et li vieillard barbe.
Maint[e] teste trenchierent [et] maint membre ont coupe,
Tût le jour combatirent al soleil esconse.
Quant il devint obscur, l'estour en ont resmee (sic),
1495 Vers herberges s'en tornent, si sont tost desarme,
Charl[e]s li rois de France a l'eve demande.
Eralement et tost s'est assis au soper.
Quant il avoit soupe, se comence a vanter.
Et dist que li vieillard qu'il avoit amenés
1 500 En ont meus combatu des jofenes d'asses.
A cet mot se corousent Rollans et Oliviers {sic).
Mais nequedent li rois granment s'est pourpense :
Grant serment en jura par deu de mageste,
Ja ne retornera pour vent ne pour ore
1505 Si n'aura les reliques par force conqueste.
Ore orres chancon bone, sil voles escouter,
Tant vous requier, seign[o]urs, que ieo le puis chanter.
Icy en finist la destructioun de Rome.
1475 li rois passe, ad destrer galopee. — 1476 Rollant ly nece Klm, ad entrauersee,
— 1477 coupe, boudée. — 1478 ad sa fort launce trounsone. — 1479 adunke,
venuz Sortibrant, coinbrees. — 1480 luy X L m. sarr. parsans et escler. — 1481 dune
comencea, du tute. — 1482 mortz, nafereres, le champe junchee. — 1483 Rollant, esprouee.
— 1484 vne petite houre en ont quarante dcsccupee. — 148$ au parte du fyn, fust. — 1486
si come il dussent, guee. — 1487 li encontrent Vm. sarr de la loi meserree. — 1488 qe
fièrement oue, reuisee. — 1489 fallist qil ne fusent desconfiee. — 1490 le barnage, les
ont bien succuree. — 1491 Reyner de Genurs et les veillardes barbée. — 1492 tren-
chierent et maynt membre coupée. — 1493 tote la jour sei combatierent jusca le soleil
esconsee. — 1494 qante, obscure. — 1495 vers lour herberges sen tornerent si st tost
désarmée. — 1496 le roi, sen ad, demandée. — 1497 maintenant et tost — 1498 aueit
soupe si sei comencea a vaunter. — 1499 les veillardes barbes, amenez. — 1500 meuz
combate le jour, assez. — 1501 mote sei corusa Rollant et li cont Oliuer. — ,1502
grandement sei p'pensee. — 1503 iora, magestee. — 1504 que iames ne, orre. — 150J
auera, reconquestee. — 1506 bon chanceon. — 1507 et tant V09 requere, chaunter.
RICORDI DI CODICI FRANCESI
POSSEDUTI DAGLI ESTENSI NEL SECOLO XV.
Che agli studiosi importi sapere dei manoscritti che in altri tempi
esistevano in questo o quel luogo, è cosî évidente, che sarebbe vanis-
simo cicaleccio ogni parola spesa per dimostrarlo. È ben vero che cotali
notizie destano non di rado un senso penoso, e ci portano ad imprecare
a chi non seppe o non voile conservarci tesori ai nostri occhi inestimabili;
ma la scienza trae sempre di qui qualche frutto, lieve, se si vuole, tal-
volta, tal' altra invece considerevole assai. Chè tra i cataloghi délie
biblioteche disperse, alcuni, non solo accrescono il patrimonio dell'
erudizione, ma prestano ottimi servigi a chi si faccia a indagare le vicende
délia civiltà. Ciô mi sembra accadere più che mai là dove le memorie
riguardano opère scritte in una lingua forestiera, le quali si trovino
raccolte per effetto di condizioni naturali, non già accozzate dal mero
caso. Una série nuda di titoli, in parte, se occorre, inintelligibili, ci puô
allora dar lume su moite questioni meglio che un lungo e dotto ragiona-
mento. Se ciù puô dirsi vero in générale, ragioni particolari, troppo note
a chiunque s'occupa di cose romanze perché s'abbiano qui a ripetere,
fanno si che diventi verissimo se s'applica alla vallata del Po, al volgere
del Medio Evo e a libri francesi. Non parrà dunque inutile ch'io tragga
da due inventari autentici del secolo XV l'enumerazione secca e spropo-
sitata dei libri in lingua d'oil e d'oc che appartenevano allora agli
Estensi. Il più antico di questi inventari si conserva in Modena ail'
Archivio di Stato, e fu redatto nel 1437^ al tempo di Nicolô. Essocom-
prende, insieme coi codici, tutti i béni mobili del marchese, che ven-
gono menzionati caméra per caméra , senza punto badare a un
ordine di materie. Perô anche i manoscritti, nonessendo riuniti tutti
quanti in uno stesso luogo, si trovano divisamente enumerati. L'altro
inventario, che appartiene alla Comunità di Ferrara (Libro IX, posi-
zione 3»;, non contiene cose cosî disparate, ma passa in rassegna i libri,
i privilegi imperiali e pontifici, i catasti, le investiture e i trattati di pace.
Romania, Il 4
50 p. RAJNA
Piutlosto cheun solo documento, deve dirsi una série di documemi scritti
sopra di une stesso quaderno, giacchè i medesimi oggelti vi si trovano
in parte catalogaii tre volte : prima nel 1467, al tempo di Borso;
quindi nel 1480, e più tardi nel 1488, essendo signore Ercole '. Egli è
di quest' ultima parte ch'io ho avuto specialmente a giovarmi, mentre
le altre due mi riuscirono utili quasi solo in maniera indiretta. Poichè
l'inventario del 1488 e quello di Nicollô si rischiarano e compiono a
vicenda, recherô prima dall' uno e poi dall' altro quanto vi si riferisce a
codicifrancesi, senza temere di ripetizioni; e siccome un raffronto tra i
due, nonchè utile, è necessario, aggiungerô tra parentesi al numéro
progressive che assegno a ciascun codice quello del manoscritto che
sembra corrispondere nell' altro elenco, ogniqualvolta l'identità paia
perlomeno possibile. Non distinguerô punto, mancando gli elementi per
farlo con sicurezza, i libri in lingua d'oc e quelli in lingua d'oïl, che dai
buoni notai ferraresi si comprendono sotto una stessa denominazione ;
che se distinguessi queste due catégorie, mi converrebbe aggiungerne
una terza, la quale susciterebbe dubbi ancor maggiori.
Seguendo l'ordine dei tempi, i mss. registrati nell' inventario di
Nicolô richiamano anzilutto la nostra attenzione. Una prima série di più
che sette pagine comincia al f" 37 r»; ma libri francesi qui non si tro-
vano, bensi opère che furono tradotte 0 compilate sopra originali venuti
di Francia. Noto a questo proposito un Trisiano :
«(F040V'*). Libro uno chiamado tristano, in carta bambaxina, in vul-
gare ^, coverto de chore roso. »
Quasi lutte francesi sono in quella vece le opère comprese in un' altra
enumerazione, che ricorre poco dopo (f» 42 r° seg.), occupando più di
tre facciate. La precedono queste parole :
« In la tore de la quale hano le chiave et in loro custodia li supra-
scripti S"" Jacomo da la croxe et Raynaldo di Silvestri adj xxiiij de
zenaro. »
Ed ecco ora i codici che ci vengono designati come francesi :
« 1 (21) Libro uno chiamado el libro de più novele de Lanciloto — in
membrana, coverto de chore negro et ligado a la fiorentina — in francexe.
2 (29 ?) Libro uno chiamado Gutifrè de Buione — in membrana,
coverto de chore roso et ligado a la fiorentina — in francexe.
1. La notizia delF inventario di Nicolô devo al sig. Lodi, vicebibliotecario
deir Estense ; dell' altro al cav. Foucard, direttore dell' archivio di Modena. Il
primo studiai sulT originale, il seconde sopra una copia accurata, di cui mi pro-
fesse riconoscente a quell' uomo di rara cortesia che è il bibliotecario délia Fer-
rarese, cav. Nap. Cittadeila.
2. Questa voce volgarc è nell' inventario usata a designare Vitaliano, mentre il
fmnccse è chiamato col suo vocabolo proprio. Perô non credo che il libro qui
menzionato possa essere il romanzo originale in lingua d'oïl.
CODICl FRANCESl POSSEDUTl DAGLI ESTENSI 5I
3 Libro uno in francexe, chiamado Bruto de Sansonia — in membrana,
coverto de chore roso,
4 (54?) Libro uno in francexe, chiamado libro de più fabule — in
membrana, coverto de chore verde.
5 (n ? 7 ?) Libro uno in francexe, chiamado la Bibia, zoè parte — in
membrana, coverto de chore negro.
6 (20) Libro uno in francexe, chiamado Merlino — in carta mem-
brana, coverto de chore roso.
7 Libro uno in francexe, chiamado Fiorio et Biancifiore — in mem-
brana, coverto de chore roso,
8 (4) Libro uno chiamado la Bibia, in francexe, compida — in mem-
brana bella da Segnori, coverta de veludo carmexi, cum quatro azuli et
puntiroli soi et brochete de ariento dorade, cum razi quatordexe in sum-
ma de ariento sovra doradi fiti in le aleve del dicto libro.
9 (c ?) Libro uno chiamado Titolivio, in francexe — in membrana
nova bella da Segnori, coverto de dalmascho afigurado carmexi, cum
dui azuli de ariento doradi, cum le aquile volante et cum broche, çinque
per çaschaduna aleva, de ramo sovradorade.
10 (36) Libro uno chiamado Fiore de vertii in francexe — in mem-
brana, cum l'aquila volante e^l'arma di Malatesti et l'aquila volante su
la prima carta et su le aleve, coverto de chore roso.
1 1 (49) Libro uno chiamado Alvernascho — in membrana — in fran-
cexe — cum aleve et fondelo de chore verde.
12 (55) Libro uno chiamado el libro de le vertu, in francexe — in
membrana, coverto de chore roso.
1 3 Libro uno chiamado pilicha ', in francexe — in membrana, coverto
de chce biancho.
14 (j5 ?) Libro uno chiamado lo evanzelio de San Zohane, cum joxe
et dicti de doturi et li acti de li apostoli et l'apocalixe, in francexe — in
membrana, coverto de chore biancho.
15 (32) Libro uno chiamado romano Ancixe re de Spagna, in francexe
— in membrana, coverto de chore roso.
16 (1 ? 8?) Libro uno chiamado Lanciloto, delaocision de Charados,
in francexe — in membrana, coverto de chore roso.
17 (19) Libro uno chiamado Guion, in francexe — in membrana,
coverto de chore biancho.
1 8 (48 ?) Libro uno chiamado le istorie de Alesandro, in francexe et
in membrana, cum aleve et fondelo de churame biancho.
19(53) Libro uno chiamado Folcho de Marsilia — in membrana —
in francexe — coverto de chore roso.
i . Credo sia a correggere politicha, e ad identificare questo libro con quello
che neir altro elenco reco sotto il n. 30.
52 p. RAJNA
20 (39) Libro uno chiamado San Gradale, zoè uno pezo — in mem-
brana — in francexe — cum aleve descoverte.
21 '5 ? 14? 18? 24?) Libro uno chiamado mierio (sic) de Tristano et
re Marcho, in francexe — coverto de churame roso, cum broche
relevade.
22 fy ? 13 ?) Libro uno chiamado la Bibia, in francexe — coverto de
chore roso, in membrana,
23 (50) Libro uno chiamado lisoniti, in francexe — in membrana,
coverto de chore roso.
24(38) Libro uno chiamado Sidrach, in francexe — membrana,
coverto de chore roso, cum broche de otone.
2j (29?) Libro uno chiamado Gutifrè.de Buione, del viazo de Charlo
— cum una coverta de carta de piegora — in francexe.
26 (26) Libro uno chiamado l'Aspromonte, in francexe — in mem-
brana, coverto de churame negro,
27 Libro uno chiamado re Riçardo, in francexe — cum aleve grande
coverte de chore roso, in membrana.
28 (17? Libro uno chiamado la destrution de la Tavola redonda, in
francexe, — in carta de bambaxo, coverto de chore roso.
29 Libro uno chiamado la cronicha d^Albertino Musato — in mem-
brana grande^ coverto de chore roso — in francexe.
30 (16) Libro chiamado San Gradale, in francexe — in carta mem-
brana, coverto de chore verde.
31 (15) Libro uno in lo quale se contene piij chose, in francexe —
coverto de chore roso, in membrana, cum aleve grande coverte de
chore roso.
32 Libro uno di santi padri, in francexe — in membrana, coverto de
chore roso et cum broche relevade.
35 Libro uno chiamado Karlo Martelo, in francexe — in carta de
bambaxo, cum aleve descoverte, ma cum fondelo de chore biancho.
34 (59) Libro uno chiamado el recimento (sic) di principi, in fran-
cexe — in carta membrana, coverto da uno lado de l'aleve de chore
negro, et da l'altro de chore verde et biancho '.
3 5 (46 ?) Libro uno chiamado roman dala roxa, in francexe — in
membrana, coverto de chore roso.
36 Libro uno chiamado la natione de Cristo, in francexe — in mem-
brana, coverto de chore roso.
37 (58) Libro uno chiamado de la natura de li oceli — in membrana
I . La rilegatura non conviene con quella del ms. dell' aitra nota col quale io
identifico questo ; ma mi pare assai verisimile che i possessori, trovando ne!
tristo stato in cui qui ci è descrilto un libro a cui s'attribuiva tanto valore e
che dovevano aver spesso aile mani, pensassero a fario ornare convenevolmente.
CODICI FRANCESI POSSEDUTl DAGLI ESTENSI 55
— in francexe — parte coverto et parte descoverto, dechurame za roso.
38 (6 ?) Libro uno chiamado el digesto vechio, in francexe — in
membrana, coverto de chore roso '.
39 Libro uno chiamado la pochalise {sic), in francexe — in mem-
brana, coverto de churame roso cum broche relevade.
40 (42) Libro uno in francexe chiamado Boetio — in membrana,
cum aleve descoverte.
41 (12) Libro uno in francexe, chiamado de de {sic) diverse istorie —
in membrana, coverto de chore roso, in gran volume.
42 {26 ?) Libro uno chiamado Rolando, in francexe — in membrana,
coverto de chore verde.
43 Libro uno chiamado Merlino — in membrana, coverto de chore
roso — in francexe.
44 (22 ?) Libro uno chiamado Troiano, in francexe — in membrana,
coverto de chore verde.
45 (1 ? 8? 25?) Libro uno chiamado Lanzaloto, in francexe — in
membrana, coverto de chore roso.
46 (22 ? 44?) Libro uno chiamado la destrution de Troia — in mem-
brana, cum aleve rote et descoverte.
47 (48 ?) Libro uno in francexe chiamado de Alesandro — coverto de
chore verde, in membrana.
48 (51 .'' 34?) Libro uno chiamado Bovo de Anthona, in francexe —
in membrana, cum aleve et uno fondelo verde.
49 (17 ?) Libro uno chiamado la desfatione de la Tavola redonda, in
francexe — coverto de chore verde, in membrana.
50 (43) Libro uno chiamado Politica, in francexe — in membrana,
coverto de chore roso, de pizolo volume.
5 1 Libro uno chiamado la nativité de Anoè, in francexe et in mem-
brana, coverto de chore verde.
5 2 Libro uno in francexe — in membrana — chiamado le bataie de
Cartazine — cum coverta de membrana.
53 Libro uno in francexe — in carta bambaxina, coverto de una
carta de piegora. »
Una terza enumerazione occupa il r" del foglio 65 e parte del v°. Sono
libri « restituidi da più persone, » aile quali erano stati dati in prestito,
e qui registrati il 1 9 di Aprile. Ma dubito che dei pochi codici francesi
I . Le parole in francexe stanno forse qui per isbaglio, e il libro è quel mede-
simo che insieme con altri di materia légale è segnato nell' ultimo inventario
corne esistente nell' armadio XVIIIL Sgraziatamente questo Digcstiuii vctiis non
appare nell' inventario del 1467, certo perché allora dato a qualcuno in prestito,
a quel modo che più tardi lo troviamo d'ordine del duca concesso a Giovanni
Sadoleto.
54 P- RAJNA
che fanno parte di questa nota taluno sia già compreso nell' antécédente :
« I (V. n. 4) Libro uno chiamado libro de piCi fabule, in francexe —
in membrana, coverto de chore verde.
II Libro uno de gran volume in membrana, in francexe, cum uno
arboro, suxo el quale sun xiiij rj ' depinti, che n'ese de bocha ad uno
imperadore che zaxe in lecto — coverto de chore roso,
III (V. nn. 16, 20) Libro uno chiamado San Gradale, in francexe —
in membrana, coverto de chore roso, cum doe aquile volante al' arma
del nostro Sr". »
Nell' inventario compilato nel 1467, al tempo di Borso, codici francesi
quasi non si ritrovano ; ed è da deplorare, poichè le indicazioni sono ivi
alquanto meno incompiute chenegli altri. Il catalogo si distingue in due
parti, intitolate « Capitulum librorum latinorum » (145 mss.) e « Capi-
tulum Librorum Vulgarium » (32 mss.); se non che nella prima parte
si trovano pur comprese certe lettere del Filelfo ail' Aretino sermone vul-
gari, e la Cronaca del Villani, mentre poi nel secondo usurpano un posto
un Giustino ed altri libri, che solo in causa délia fortuita coUocàzione
hanno acquistato sifïatta compagnia. A me basta di spigolare il pochis-
simo che qui faccio seguire :
«a.Tropinus Ramensis, demiraculis — inmembranis, literis modernis,
in forma parva, cum albis et fundello montanine viridis, cum uno azullo,
cum aliquibus metris gallicis a parte posteriori; cart. 48; N, 120.
48. Signât. N. 120
b. Liber unus rationum Gant. — in papiro, forma parva, partim mo-
derna el partim theothonica litt., lingua italica, gallica, et Theotonica,
cum albis et fundello rubeo, cum uno azullo; cart. 128 Signât.
N. 18.»
Aggiungerei un Tesoro, se trattandosi di un codice cartaceo non cre-
dessi di dover ravvisare in esso la versione italiana; piuttosto non
ometterô un Livio, dacchè potrebb' essere la traduzione francese menzio-
nata trai libri di Nicolo (N. 9) :
«c. Prima Deçà Livii, in cartis membranis, miniata auro, cohopert
montanina rubea_, cum brochis, cartarum (manca)... Signât. N. 30. »
S'avverta che questo codice è posto nel capitolo « librorum vulgarium. »
Se qui dunque trovo ben poco che faccia al caso mio, nulla affatto
rinvengo nell' elenco del 1480; ma il danno non è grave; poichè fortu-
natamente non omise la parte francese chi nel 1488, signoreggiando
il duca Ercole, compile un nuovo inventario. Qui anzi troviamo i libri
gallici enumerati a parte, come quelli che con altri pochi si trovavano
raccolti in uno stesso armadio.
1 . È forsc da intendere lazi.
I
CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSI 5 5
« In Armario XXI.
1 (16 ?) Liber Lanciloti — in membranis, cum fun-
delo viridi. N. $, Cart. 408
2 Liber parabolarum Salamonis — in membranis. N. 14, Cart. 332
3 Liber Cronicarum Regum Francie et gestorum
eorum — in membranis. N. 6, Cart. 360
4 (S) Liber totius Bibliae — in membranis. N. 5, Cart. 660
5 (21 i") Liber nativitatis Tristani et mortis sue —
in membranis. N. 3, Cart. 117
6 (38.'') Liber officiorum veterum — in membranis. N. 9, Cart. 377
7 (5 ? 22?) Libri primi Biblie — in membranis. N. 64, Cart. 176
8 (16. ? 45 ?) Liber Lanciloti — in membranis. N. 12^ Cart. 350
9 Liber Asmontis et Agolanti — in papiro. N. 63, Cart. 220
10 Liber appellatus Ragonese — in membranis. N. 7, Cart. 202
1 1 Liber Guroni : qui est scartafacius in papiro. N. 43, Cart. —
12 (4i)Liberdiversarumhistoriarum — in membranis. N. 6$, Cart. —
13 (5? 22?) Libri aliqui Bibliae — in membranis. N. 25, Cart. 182
14 (21 ?) Liber Tristani — in membranis. N. 1 3, Cart. 166
15 (31) Liber plura continens — in membranis. N. 11, Cart. 102
16 (30) Liber Sancti Gradalis. N. 23, Cart. 248
17 (28 ? 49 ?) Liber infantiae Lancilloti : Sancti Gra-
dalis : et destructionis tabule. N. 60, Cart. 473
18 (21 ?) Liber Tristani — in membranis. N. 10, Cart. 124
19 (17) Liber Guroni — in membranis. N. 15, Cart. 108
20 (6) Liber Merlini — in membranis. N. 29, Cart. 196
21 (i) Liber plurium gestorum Lanciloti — in mem-
branis. N. 62, Cart. 316
22 (44?) Liber Trojanus — in membranis. N. 30, Cart. i88
23 (45 ?) Liber Lanciloti et Sancti Gradalis — in
membranis. N. 18, Cart. 1 $0
24 (21 ?) Liber dictus le Romani Çsic) de Tristano. N. 22, Cart. 1 18
25 Liber in columnis — in membranis. N. o, Cart. —
26 (42?) Liber dictus Aspero monte — inmembranis. N. 20, Cart. 70
27 Liber scriptus ab extra senza nome, — in mem-
branis. N. 2 1, Cart. 180
28 Liber Guroni — in papiro. N. 19, Cart. loo
29 (2 .'' 25 ?) Liber Butifredi Bosoni [sic) — in mem-
branis. N. o, Cart. —
30 (13?) Liber politice — in membranis. N. 28, Cart. 184
31 (48 ?) Liber Bovi de Antone — in membranis. N. 16, Cart. 90
32(15.'') Liber Romani régis Hispanie — in mem-
branis. N. 32, Cart. 50
5(5 p. RAJNA
53 Liber Pupini — in membranis.
54 (48 ?) Liber alius Bovi de Antona.
35 (14?) Liber Evangeliorum — in membranis,
56 ''10) Liber florum virtutum — in membranis.
57 Liber dictus Monzanta — in papiro.
38 (24) Liber Sydrach — in membranis.
39 (20) Liber in membranis dictus San Gradale.
40 Liber Galeatii — in papiro.
41 Liber alter in membranis.
42 (40) Liber Boetii, de consolatione — in mem-
branis.
43 (50) Liber politice — in membranis.
44 (44 ? 46 ?) Liber Trojanus — in membranis.
4^ Liber dictus Bertholazzo Gueil (?) — in mem-
branis.
46 (3$ ?j Liber cui inscribitur Romano — in mem-
branis.
47 (32 ?) Liber epistolarum Sancti Pauli — in mem-
branis.
48 (18 ? 47 ?) Liber Alexandri — in membranis.
49 (i i) Liber dictus Alvernascus — in membranis.
50 (25) Liber dictus Suriti [sic) — in membranis.
5 1 Liber suprascriptus Biblia — in papiro.
52 Liber vitae scolasticae — in papiro.
53 (19) Liber Fulconis de Marsilia — in membra-
nis.
54 (4 ?) Liber fabularum — in membranis.
55 (12) Liber cui subscribitur de virtutibus.
56 Liber castagnusrë {sic) sine albis — inmembranis.
57 Liber dictus Rondel, sine albis — in membranis.
58 (37) Liber avium in (sic; — in membranis,
59 (34) Liber de regimine Principum — in mem-
branis, cohopertus quoddam veluto cum
fibulis argenteis.
Ho omesso in questa nota una Sp::gna (liber dictus la.
non dev' essere se non il poema italiano ; un Corbatiiis (liber dictas...),
che dal numéro dei fogli (96) si vede doveva andar accompagnato da
altre scritture; e due libri tedeschi (liber Theotonicus) , entrambi in per-
gamena, l'uno di 166, l'altro di 85 carte. Ma neppure tutto ciô ch' io
ho conservato puô ritenersi indubbiamente francese. Quelle cronache
poste sotto il numéro 3 potrebbero forse trovarsi tra i libri gallici solo
per ragione délia materia ; quel liber Asmontis et Agolanti (N. 9] è forte-
N.
55, Cart.
50
N.
33, Cart.
68
N.
35, Cart.
72
N.
34, Cart.
M
N.
27, Cart.
128
N.
61, Cart.
192
N.
39, Cart.
78
N.
44, Cart.
M5
N.
38, Cart.
128
N.
41, Cart.
46
N.
36, Cart.
21
N.
37, Cart.
242
N.
40, Cart.
144
N.
45, Cart.
104
N.
46, Cart.
264
N.
47, Cart.
96
N.
48, Cari.
144
N.
49, Cart.
106
N.
$0, Cart.
i63
N.
51, Cart.
150
N.
52, Cart.
116
N.
0, Cart.
—
N.
5 j, Cart.
?8
N.
$3, Cart.
64
N.
54, Cart.
42
N,
.57, Cart.
72
N.
4, Cart.
172
us la...), che altro
CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSl 57
mente sospetto di contenere la versione di Andréa da Barberino, e per-
ché cartaceo, e perché assai voluminoso, e perché contrassegnato con
un numéro si alto, che le fa apparire uno degli ultimi venuti ; da ultimo
il liber appellatiis Ragonese(N. 10) potrebbe forse identificarsi colle Storie
Narbonesi in prosa italiana. E lasciando da parte la distinzione tra ciô
che spetta alla Francia del nord e ciô che appartiene alla Provenza, si
puô tenere per certo che nell' enumerazione si trovano contenute anche
opère composte in Italia e da ascriversi a quella letteratura ibrida, a cui
diamo nome di franco-italiana. Con ciô voglio riferirmi, lasciando i meri
sospetti, specialmente al liber dictus Alvernaschus, che già si era trovato
nella coUezione di Nicolô, e nel quale credo di dover riconoscere la
storia di Ugo d'Alvernia. E questa medesima storia, non so se nella
stessa 0 in un' altra versione, ma ad ogni modo in linguaggio ibrido,
ravviso a piu forte ragione nel Karlo Martclo, che occupa il trentesimo-
terzo posto nella série che ho tratta dall' inventario dei 1436. Nella
quale avrei certo omesso il N. 29, se non m'avesse rattenuto il timoré
che sotto il nome di Cronaca d'Albertino Mussato si nascondesse l'opéra
di Martino da Canale 0 qualche altra scrittura francese di génère storico ;
d'una traduzione del Mussato in lingua d'oïl non so che s'abbia indizio.
Invece ebbi forse torto a sopprimere un libro, che stava tra il n. 20 e il
2 1 , ed era cosi designato :
« Libro chiamato Soadoche in lengua galica in carta membrana cum aleve
et fondelo biancho. »
Che col nome di lengua galica si volesse qui significare quella che in
tutto il resto dell' inventario è chiamata francese, mi è sembrato per lo
meno aiquanto dubbio.
E qui avrei a soggiungere moite osservazioni, sia per rettificare gli
spropositi dell' inventario, sia per congetturare quali opère propriamente
s'abbiano a riconoscere sotto le designazionitroppo vaghe di cui si con-
tentarono i notai. Ma dovrei dilungarmi di troppo, e perô abbandono i
documenti nella loro nudità alla perizia dei leltori, che sapranno inter-
pretarli e correggerli ben meglio che non avrei saputo far io. Piuttosto
non so terminare senza aggiungere poche considerazioni d'altro génère.
A tutti dovrà parère un fatto notevole questo d'una collezione di circa
sessanta mss. francesi, che dal 1436 fm oltre il principio del secolo XVI '
si trovarono in possesso degli Estensi. E si badi che le nostre note non
I. 1 libri catalogati nel 1488 esistevano ancora nel 1 508, al tempo d'Alfonso.
Ciô è manifesto da certe attestazioni notarili di chi li ebbe a riscontrare, e tra le
altre da questa, apposta ai piedi délia nota dei libri francesi : « 1 508 die lune
septimo mensis februarii Ego Barth. de Silvestris notarius reperii omnes libres
supradictos, exceptis duobus datis ut in apostillis, in Armario XXI. « I due che
s'eccetluano sono il 21 e il 27, che erano stati tratti fuori per use del duca.
jS p. RAJNA, CODICI FRANCESI POSSEDUTI DAGLI ESTENSl
sembrano essere complète; inutilmente vi ricerchiamo la raccolta dei poeti
provenzali di Maestro Ferrari e l'Attila di Nicolô da Casola, che difficil-
mente possiamo credere passât! in altre mani, mentre ancora fanno parte
délia biblioteca Estense '. E ben vero che, pure rimanendonella famiglia,
potevano allora spettare ad altri che al marchese o al duca régnante.
Confrontando poi le due note, si trovanoinciascunaalcuni libri cheman-
cano, 0 almeno paiono mancare nell' altra ; e perché, secondo appare in
più luoghi, i codici si solevano concedere in prestito, e perché i signbri
d'Esté non dovettero cessare nel sec. XV di procurarsi nuove opère da
aggiungere a quelle che già possedevano. L'abbondanza di romanzi délia
Tavola Rotonda non dovrà far meraviglia ad alcuno, ma sarà meritevole
di ricordo per chiunque voglia rendersi ragione del nascimento dei due
Orlandi, e specialmente delP Innamorato. I cantari invece del ciclo di
Carlo non abbondano di troppo, sebbene sotto le denominazioni indeter-
minatissime di liber diversarum hisioriarum, liber pluracontinens, liber fabu-
larum, si possano ben nascondere composizioni di questo génère. Ma
quello che più importa avvertire si è che alla corte degli Estensi la
coltura letteraria volgare sembra essere stata piuttosto francese che ita-
liana ; ciô si rileva dal paragone délie nostre note con quelle dei libri
toscani, non punto copiosi nemmeno nel 1488. È ben vero che il fatto
di questa disparità tra il numéro dei mss. délie due lingue si deve, più
che aile condizioni del secolo XV, a quelle dell' antécédente, nel quale
dovette per la maggior parte essere adunata la collezione. A ogni modo
anche l'esame dei nostri document! ci aiuta ad intendere come mai alla
meta del secolo XIV si potesse comporre in francese l'Attila di Nicolô
da Casola, e destinarlo ad essere ricco dono per il Marchese d'Esté, 0
veramente per un suo strettissimo congiunto ^.
A chi poi desiderasse sapere che cosa sia accaduto di codestimss. dopo
il secolo XVI, pur troppo non si potrebbero dare nuove troppo liete.
Pochissimi passarono da Ferrara a Modena insieme coi duchi e restano
tuttavia alla biblioteca Estense; i più, e tra gli altri tutti quelli che spet-
tano al ciclo di Carlo, andarono dispersi, smarriti, 0 furono forse bar-
baramente lacerati. Non mi sembra tuttavia fuor di luogo il pensare che
qualcunô di essi abbia trovato un sicuro rifugio fra le lagune, e sia da
ravvisare tra i codici francesi di cui po^siede buona copia la Marciana di
Venezia. Pio Rajna.
1 . Anche nelia parte italiana troviamo omessa quella Spagna che Maestro
Zorzo aveva riccamente miniato nel 1453 (V. Campori, Notizic di Minialori dei
Principi Eiïcnii ; Modena, 1872, p. 42). Forse mancano appunto i libri di mag-
gior pregio, che probabilmente si custodivano in altro luogo.
2. For fer a le marchis da Est un riche don, 0 voiremanl a suen oncles, dan
Boniface il baron.
CHANTS DE QUÊTES
NOËL DU PREMIER DE L'AN. — CHANTS DE MAL
Dans le court rayon que j'explore, au midi du Forez et au levant du
Velay, deux quêtes sont en usage: en Velay, la quête du premier de l'an;
en Velay et en Forez , la quête de mai. Ces quêtes sont d'ordinaire
accompagnées de chants. Sur certains points du Velay, les petits enfants,
la veille du premier de l'an, vont de maison en maison demander leur
étrenne, — quelques noix, un peu de beurre, un peu de miel. Ils s'in-
troduisent en chantant les couplets que voici ;
Bouon, zour. Maria,
Bouon zour et bouon on! Maria!
Nousta bella estrenna
Dei proumié de l'on? — Maria!
La bella estrenna
Que vous demandôn; — Maria!
L'amour et la crenta
D'aqué bel efon. — Maria!
Nousta Séchilla '.
Y val bouonamen, — Maria!
Se pren * y poerta
Un pethi présen; — Maria!
Quatre ou chin crostas '
Dedien soun foutiau *; — Maria!
Sa bouona mayra
I di gran marcey. ■ — Maria!
Adan lou payra
Sagué" trop groumon ; — Maria!
Per un pau de pouma
Pergué sous efons. — Maria!
Touto lou mounda
Oun que même ^ pecca; — Maria!
Vous touta souletta
Y avé pa trimpa. — Maria!
Ce petit chant a été transcrit à Chamalières, en décembre 1868, sous
la dictée de Madeleine Gravier, et tout récemment M. l'abbé Antoine
Badiou, vicaire à Saint-Germain-Laprade, près le Puy, nous en a envoyé
une variante.
1. Cécile.
2. Se f>rendn, locution très-usitée, qui signifie « se mettre en mouvement, se
lever, agir. »
3. Petits pains au lait léger, dits craquelins.
4. Tablier.
5. Fut.
6. Ont de même.
6o V. SMITH
Un usage partout répandu, en Forez et en Velay, est la quête de la
veille du premier mai. Elle ne se pratique point partout de la même façon.
Dans la partie du Velay et du Forez qui incline vers le Rhône, les jeunes
filles quêtent, et elles déploient un'cérémonial particulier. Dans le Velay
voisin de la Loire, les quêtes sont réservées aux garçons. Sur quelques
points, les petits enfants jouent aussi leur rôle. Petits enfants, jeunes
garçons et jeunes filles, c'est en chantant que les uns et les autres s'an-
noncent et présentent leur demande.
A Monistrol-l'Évêque, à Saint-Didier-la-Séauve, les petits enfants ont
à leur service ces trois couplets :
L'hiver n'a fait son tour. Une demi-douzaine.
Nous voici de retour; De ces beaux œufs nouveaux,
Le printemps vient de naître. Ou bien un bel agneau.
Tout rempli d'allégresse, Nous prierons le Seigneur,
Et tout rempli de fleurs, Nous prierons le Seigneur,
Qui vivent ' sa couleur. Que par sa sainte grâce
Très honorables gens. Vous prépare une place.
Faites nous un présent, Dans son saint paradis.
Donnez nous pour étrenne Adieu, mes chers amis ".
A Dunières et dans les hameaux en dépendant, ils chantent une sorte
de cantique à la Vierge, et ce chant ne manque pas d'à-propos : car
le plus souvent c'est pour la Vierge qu'ils quêtent. Les œufs qu'ils ont
reçus, ils ne les mangeront pas, ils les vendront et le produit sera em-
ployé à acheter la cire qui brûlera aux côtés de la petite chapelle que,
chaque année, au mois de mai, soit dans la maison d'école, soit dans
une demeure privée, ils dressent et ils embellissent pour la Vierge.
De bon matin, je me suis levé,
0 mois de mai que Dieu nous a donné '
Dans mon jardin, je suis allé. — 0 mois de mai, etc.
Trois belles fleurs j'y ai trouvé. — 0 mois, etc.
A la Vierge les ai porté. — 0 mois, etc.
La Vierge m'a remercié. — O mois, etc.'
Peut-être ce cantique a-t-il été calqué sur le chant qu'en abordant
chaque maison chantaient à Saint-Didier-la-Séauve, — il y a peu d'an-
nées encore, — les compagnes de la R'^ine de mai :
De bon matin, je me suis levée.
Ah! la rosée du joli mois de mai que Dieu nous a donné I
1. Pour avivent. D'autres disent : « qui brillent sa couleur » — pour cmbril-
lantcnt sa couleur.
2. Écrit sous les dictées de MM. Aymard de Saint-Didier, et V. Pause de
Monistrol.
5. Écrit sous la dictée de M"« Julie Coste. Août 69.
CHANTS DE QUÊTES 6ï
Dans mon jardin, je suis allée. Ah! la, etc.
Trois jolies fleurs, j'y ai trouvées. Ahl etc.
Deux j'en ai pris, une ai laissée. Ah! etc.
Si j'en ai pris, c'est pour vous en donner. Ah! etc.'
La Reine s'avançait, saluait et offrait un bouquet à la maîtresse du
logis, qui répondait en lui donnant de beaux œufs frais.
Avant de s'éloigner, le chœur rendait grâce :
Madame, en bien vous remerciant.
Ah ! la rosée du joli mois de mai que Dieu nous a donné !
Il n'y a pas quinze ans que l'usage de quêter, avec une reine, ejcistait
encore à Monistrol, à Jonsieux, à Marlhes, à Saint-Genest-Mallifaux.
On ne le trouve plus aujourd'hui que dans quelques hameaux isolés, où
il se pratique sans trop de façons. A Dunières cependant, grâce au
nombre considérable de jeunes filles que réunissent les ateliers de prépa-
ration de la soie, connus sous le nom de moulinages, il a survécu, et,
par ce qu'il est, peut du moins donner une idée de ce qu'il a été.
Au commencement d'avril, chaque moulinage se désigne une reine, et,
ce premier acte accompli, on se préoccupe des toilettes de la veille de
mai, et on répète les chants de quête. A un chant consacré on joint
quelques compliments d'occasion, rimes à l'adresse des maisons les plus
généreuses. Le dernier jour du mois est bientôt venu. Ce jour-là, vers
les cinq heures du soir (car c'est le soir et la nuit que se fait cette
quête), la Reine sort de l'ouvroir : elle est vêtue d'un blanc immaculé,
ses souliers mêmes sont blancs. Un collier d'or à triple rang entoure son
cou ; de longues boucles — vanité de nos paysannes — pendent à ses
oreilles, parfois son front est orné d'un diadème. Elle tient dans ses
mains une légère corbeille couverte de rubans et garnie de fleurs. Huit
ou dix dames d'honneur l'accompagnent, vêtues comme elle d'une robe
blanche, mais dont le tissu est moins fm et la forme moins élégante.
Derrière, deux robustes filles portent de vastes paniers. Le cortège
marche lentement, salue la cure, et se dirige vers chaque maison des
notables du bourg. Là, il entonne, — la Reine seule gardant un silence
imposé par sa dignité, — le petit chant qui suit :
Nous vous amenons une reine.
Venez la voire : elle a de belles fleurs;
Y en a de roug', y en a de blanches.
Les oiseaux chantent sur la branche.
Sieurs et dames, sortez de vos chambres,
Venez chez nous : nous irons promener,
Communiqué par M. Verdier aîné.
62 V. SMITH
Nous irons voir dans la prairie,
Voir si les ros' en sont fleuries.
Connaissez vous les arbres du bocage,
Ils sont en fleur et vivent' leurs couleurs;
Y en a de roug', y en a de blanches.
Les oiseaux chantent sur la branche.
Sieurs et dames, la Reine vous prie,
De lui faire quelque petit présent,
De lui donner, pour son étrenne,
De vos œufs frais demi-douzaine.
Il est bien rare que la maison au seuil de laquelle on chante reste
insensible à la demande, mais si cet accident se produit, le chœur, pour
tout reproche, se plaint du temps perdu et du retard qu'il éprouve en
son chemin.
Si vous ne voulez rien donner,
Ne nous faites pas tant tarder,
Car la nuit s'en va et le jour revient.
Vous le voyez bien.
Quand on donne, — ce qui est l'ordinaire, — la Reine reçoit elle-
même le cadeau qui, de sa corbeille, passe bientôt dans le panier des
deux servantes. Le chœur chante :
Madame, en vous remerciant
De votre agréable présent.
Que Dieu, par sa bonté,
Donne la santé
A toute la maison :
Adieu vous dis, à une autre saison.
Le bourg n'est pas seul à recevoir la visite de la Reine. Les hameaux
les plus écartés en sont aussi favorisés. Quelquefois même la souveraine
d'une nuit dépasse avec sa cour les limites de la paroisse. Une ample
provision d'œufs témoigne du plaisir qu'elle a fait et du bon accueil
qu'elle a trouvé.
Les œufs sont mangés dans un repas commun, le premier dimanche
de mai. A Saint-Didier-la-Séauve, chacune des quêteuses invitait un
jeune homme, et, avec lui, son père et sa mère; le repas de mai deve-
nait, me dit-on, tout semblable à un banquet de noces.
Dans les paroisses où quêtaient les jeunes filles, les jeunes gens quê-
taient aussi de leur côté, et ils quêtent encore aujourd'hui. Leur chant
le plus ordinaire est patois. Il débute par l'annonce du mois nouveau,
formule la demande d'œufs, de salé, ou de fromage, adresse les injures
I. Voy. ci-dessus^, p. 60, n. i.
CHANTS DE QUÊTES 6j
les plus énergiques et les menaces les plus redoutables à qui serait tenté
de ne pas donner, et, à Dunières, promet galamment le ciel aux
dames qui se sont montrées généreuses. Ces chants, je les transcris
comme je les entends; mais je ne puis réussir à trouver des combinaisons
de lettres qui reproduisent les sons mixtes dont est composé notre patois.
Il faudrait, pour le traduire, ou avoir des signes spéciaux, ou donner
à nos signes des sons conventionnels plus élastiques que ceux que
leur ont communiqués les besoins de la langue française. Je me contente
donc de transcriptions fidèles, mais peu exactes et peu imitatives.
CHANT DE DUNIÈRES \
Maiz é veniu, maiz é tourna,
A votra porta s'es posa,
Anse notr' ègua *, anse notr' ègua,
Douna li un po de fé ', que lo foim * la crèba.
Bouta la mo au nia dou zeai" :
A tsaquo mo bouta se * zeai.
Ah! la rouséie! ah! la rouséie!
Voici ce joli mois de mai qui nous éveille !
Bouta la mo au salignou : '
A tsaquo mo iun boun dzambou. Ah! la ronséie, etc.
Bouta la mo au coutelar : "
A tsaquo mo iun flo" de iar. Ah! etc.
Bouta la mo à l'armariou :
A tsaquo mo iun picodou "*. Ah ! etc.
N'avoun laissa iun vé le cros ",
Que n'en pou pa traîna sous os. Ah! etc.
N'avoun iun nostra coumpagnio
Que n'en pou pa gagna sa vio. Ah! etc.
Nous tsaudra ana è Saint Bouné '*
Nous dounaran iun plin bouné. Ah! etc.
Si aya de fiH' à maria,
Vous aidarian à la plaça. Ah ! etc.
1. Écrit sous la dictée de M"« Julie Coste. Août 69.
2. Aussi notre jument.
3. Foin.
4. Faim.
5. Des œufs. Le z, tel qu'il est prononcé, ne fait pas corps avec l'article qui
précède, mais avec le substantif.
6. A chaque main mettez six œufs. Même remarque — une seconde fois,
pour tous autres cas où on serait tenté d'ajouter à l'article la première lettre
du substantif.
7. Saloir.
8. Contelas.
9. Morceau.
10. Petit fromage de chèvre.
1 1. Nous en avons laissé un sur le val.
12. Saint -Bomert-le-Froid, près Dunières.
64 V. SMITH
Ma chi nous voulé ren douna,
Nous fasa pas ici tarda. Ah! etc.
A la porta doun boun efan,
On gni trobe toudzour queicouan '. Ah! etc.
A la porta d'iun vio cayou *
On trobe dzamai ren de bou. Ah! etc.
Ma chi nous voulé ren douna,
Gnirian tsia en votra pourra '.
Ah! la rouséie! ah! la rouséie!
Voici le joli mois de mai qui nous éveille!
Quand on a donné :
Adieusia et gran marci
Por tan de peina qu'avés pri;
Bonne aventiura ! boune aventiura !
Porte la clo dou paradis dian ma ceintiura !
CHANT DE SAINT-JUST-MALMONT.
Mais è vegnu, mais è tourno,
O veutro porto s'a peuso.
0 lo rouséio, o lo rouséio!
Voici le joli mois de mai que nous réveillo!
Bouta lo mouo eu gni deuz eus
De chaque mouo adusai n'en* neu.
0 lo rouséio...
Bouta la mouo eu chazerou^,
De chaque mouo un chabrérou".
O lo rouséio...
Bouta la mouo en coutelar,
De chaque mouo un flo de lar.
0 lo rouséio...
O lo porto d'un boun efan,
Se trovo tejours quenquan.
O lo rouséio...
Si ové de fillas o moria
Vous aidorent o lo ploça.
0 lo rouséio...
Oquo que porto lo pognié,
Nièro ma brouillo' d'ovant-hié.
0 lo rouséio, o lo rouséio !
Voici le joli mois de mai que nous réveillo.
(Écrit, en octobre 1869, sous la dictée de Claude Fourneyron.)
1. Quelque chose.
2. Cochon.
3. Dans vos poireaux.
4. Apportez-en. — 5. Petite cage. — 6. Fromage de chèvre.
7. On dit d'un animal : a brouillo ou broliio, pour dire qu'il est né. Se dit
CHANTS DE QUÊTES 65
CHANT DE MARLHES V
Le mé de maïe n'é t'orrivo,
A veutro porto s'é peuso.
En assurance! en assurance!
Maitresso réveilla vous,
Pourta rédjouissanco !
Bita la mo au gni dau zio,
De tsaquo mo adieusé n'en no '. En assurance! etc.
Bita la mo au tsadzerou ',
De tsaquo mo un tsiaurassou *. En, etc.
Bita la mo au tsarnerou.
De tsaquo mo un boun dzambou. En, etc.
Chi nous vourai rien douna.
Nous fasca pa tant opeta ^. En, etc.
A la porta d'un bou nefant
L'on n'y trove toudzours queicouan. En, etc.
A la porta d'un.cayouna
N'y attrapa qu'une ébousa ". En, etc.
Si, de Marlhes, nous allons vers le nord-ouest et que nous remontions
la Loire dans le sens de l'Auvergne, nous remarquerons dans quelques
localités un usage que n'ont pas connu ou conservé le midi du Forez et
la partie du Velay voisine du Vivarais. A Beausac, à Retournaguet, à
Chamalières, à Vorey, la veille du i«'' mai, les jeunes gens, avant d'aller
annoncer la belle apparence des récoltes et demander le prix de la bonne
nouvelle, plantent, à l'entrée du village ou sur la place principale, un
pin ou un sapin 7 et dansent autour une farandole s.
Maye *" es venu, maye es tourna,
aussi d'une plante qui a germé, d'un arbuste qui sort de terre. Il paraît ici
pris dans un sens allégorique et signifie non la venue au jour, mais la venue
à la virilité.
1. Dictée de Jeannette Faure, dame Lachaux, lo mai 1870. J'en dois une
variante à M. A. M. Peyron.
2. Apposez-en neuf.
3. Petite cage.
4. Chévreton, fromage de chèvre.
5. Attendre.
6. Éclaboussure.
7. L'arbre reste debout durant tout le mois, puis il est vendu et le prix
consacré à un repas. C'est le second que font les quêteurs : le premier mai ou
le premier dimanche de mai, ils mangent en commun le produit de la quête.
8. Il faut signaler, à titre d'exception, l'habitude où sont les jeunes gens de
Beausac de quêter, armés de vieux fusils. Ils ne les chargent point et semblent
ne lesporter que comme parure.
9. Écrit à Chamalières, le 25 mai 68, sous la dictée du fils Lachamp ; en
décembre, même année, sous la dictée de Madeleine Gravier. — Écrit à Vorey,
le 26 mai 68, sous la dictée de M»'e Marie Chabrier-Chastel. Les variantes de
Romania, II 5
56 V. SMITH
A nousta porta s'es prosa.
0 chi veijia lou mé de maye que nous éveilla,
0 chi veijia lou mé de maye et sa rouséia!
Venoun de planta nosta maye ',
Douna nou queicon chi vos playe.
Ai passa en bois de Granou *,
La mayola ' era pretou.
Ai passa en mei de voustous bla,
Soun bien flouris, soun bien grana.
Ai passa en mei de voustous pra,
Lous ai trouba bien enherba.
Bouta la mo en gni dou jeai,
De tsaquo mo bouta n'y en neai.
Bouta la mo en l'erbacou *,
De tsaquo mo un boun tascou '\
Bouta la mo en tounelou *,
De tsaquo mo un virassou '.
Chi aia de fill' à marida
Vous aziudaren à las plaça.
Si on donne :
Adieussia et gran mercey
De la peina qu'avez prey.
Si on ne donne pas :
A la porta d'un vilen,
Dzamais on n'y gagne ren.
Si de Vorey on remonte la Loire et qu'on s'engage sur la route du
Puy au Mésenc, on ne rencontre plus la plantation du mai, et le chant
ne dit mot de cet usage :
CHANT DE SAINT-GERMAIN-LAPRADE *.
Lous mes de maïe n'es arribat,
A vousta pouorta s'es pouzat.
ces trois chants ne sont pas appréciables. La leçon que nous donnons appar-
tient à la fois à Vorey et à Chamalières.
1. Mai a un sens quadruple. Il se dit du mois, du chant, de l'arbre planté,
et, nous le verrons plus loin, du cadeau de la quête.
2. Granou; nom d'un lieu, sis sur le "ersant occidental du mont Gerbion,
au pied duquel est bâti Chamalières.
3. Mayola ou majora; on appelle ainsi le bourgeon du hêtre, lequel, aux
environs de Chamalières, verdit fin avril.
4. Garde-lard.
5. Morceau.
6. Baril.
7. Petit verre.
8. Communiqué par M. l'abbé A. Badiou. M. Badiou en a noté la musique,
ainsi que celle du chant de Saint-Front, plus loin transcrit.
CHANTS DE QUÊTES 67
Avançât viste ♦ ,
Veici lou zoli mes de maïe que nous eiveilla,
Veici lou zoli mes de maïe din sa rouséia!
Boutât *, Estienne, leva-vous,
Venez douna ous coumpagnous.
Boutât vousta mo ei charnier,
Et beilat n'en en bouon moursé.
Boutât la mais ei charnieirou %
Et beilat n'en en soucissou.
Boutât i'encara * ei nit dous iouos,
A chaque m6 boutât n'en nouov.
Tienne Deifour es bouon effon,
Nous n'en dounarot bé quiquon.
Ot de fillas à marida,
Y adzudaren à las plaça.
Beneziren vouste troupe,
Voustas fedas ^ faron l'agné.
Voustas vachas vedelaron,
Et de bouon lai vous dounaron.
Voustous bladous ° verduraron,
Din pauv de tens n'en granaron.
Si on ne donne rien :
Si nous voulez rien douna.
En voustas pouradas anen chia.
Passaren dedin voustous bouos ',
Et brularen voustous fagouos.
A la pouorta d'en vilen,
Zamaïs dendius ' y troba rien.
Avançât viste,
Veici lou zoli mes de maïe que nous eiveilla,
Veici lou zoli mes de maïe din sa rouseïa !
A ceux qui donnent, on adresse en prose un remercîment, dont le
ton vaut la plus belle phrase du monde.
Le patois n'est pas le seul langage qu'emploient les quêteurs. Ils
chantent parfois des couplets français, mais moins fréquemment. Ces
couplets, qu'on trouve sur plusieurs points, sont presque partout fort
1. Un chant de Vorey a même refrain. Seulement au lieu de : avança
viste, il dit : avança bella.
2. A peu près synonyme de : « Allons! »
j. Garde-manger met le menu salé, tandis que le charnier est celui où on met
les gros quartiers de cochon.
4. Mettez-la encore.
5. Brebis.
6. Blés.
7. Bois.
8. Personne.
68 V. SMITH
altérés. M. A. Badiou a bien voulu nous communiquer une version du
chant français le plus usité entre le Mésenc et les monts d'Auvergne.
Il la tenait de Pierre Machabert, facteur rural, à Saint-Front, bourg
situé au pied du Mésenc.
CHANT DE SAINT-FRONT.
Nous sommes venus ici — faire ouvrir votre porte.
Le mois d'avril va finir — il faut bien qu'il en sorte,
Le mois de mai va commencer — nous venons vous l'annoncer.
En chantant ce joli mois de mai qui bat de la rosée!
Nous sommes venus ici — tout au clair de la lune,
Une douzaine d'oeufs — ferait notre fortune,
Une tranche de jambon — à tout le moins un saucisson. En chantant, etc.
Fillettes qui êtes dedans — sortez hors de vos chambres.
Et venez voir vos amants — à la porte qui chantent,
Oh ! venez voir ces beaux garçons — apportez leur collation.
Fillettes qui êtes dedans — faisant la sourde oreille.
Sortez de dans vos lits blancs — pour remplir nos corbeilles,
Et nous vous marierons — avecque ces jolis garçons.
Dans ce joli mois de mai — où la rose boutonne,
Le joli rossignolet — qui dans son chant frivole'
Dans son joli chant nous dit — qu'il ne faut pas toujours dormir.
Dans ce joli mois de mai — par dessus la fougère.
Il fait bon garder les brebis — avecque les bergères,
Fait bon garder les moutons; — à la St-Jean nous les tondrons.
Dans ce joli mois de mai — faut avoir espérance.
Vos vaches faisant les veaux — vous mettront dans l'aisance,
Vos brebis agnèleront — et vos troupeaux augmenteront.
Dans ce joli mois de mai — grande réjouissance,
La vigne n'en poussera — du raisin abondance ;
Bacchus se réjouira — avec nous il chantera.
Dans ce joli mois de mai — tout brillant de verdure,
A nos champs nous travaillons — pour notre nourriture.
Et du bon blé nous aurons — pour mangera la saison. En chantant, etc.
Si on donne :
Le point du jour va venir — voilà ce qui nous fâche,
A présent nous vous quittons — pour marcher sans relâche.
Et nous vous remercions — de l'amitié de tous vos dons.
En chantant ce joli mois de mai oui bat de la rosée!
Si on ne donne pas :
Vos voisins sont bons enfants — vous n'êtes pas de même.
Si ne voulez rien donner — que le Diable vous traîne,
Qu'il vous traîne par les cheveux — vous êtes de foutus gueux.
En chantant ce joli mois de mai qui bat de la rosée!
I. Frivole semble être ici un verbe.
CHANTS DE QUÊTES 69
Le lecteur sera peut-être surpris de voir Bacchus en cette affaire ; je
dois avouer que jusqu'ici je ne l'ai trouvé dans aucun autre chant, et les
variantes que j'ai de ce mai ne le nomment point. Je crains bien que
Machabert n'ait cédé à la tentation d'introduire un dieu dans sa copie,
et que, de toutes les leçons qu'il entendait, il n'ait préféré celle qui avait
par-dessus tout un air de science et de nouveauté. Louis Cartal, de
Blavosy, ouvrier cordonnier, m'a chanté ce mai, et Bacchus ne figure
pas dans sa leçon. Cette leçon, d'ailleurs peu éloignée de celle de Saint-
Front, se termine par cette curieuse menace que les chanteurs suspen-
dent sur la tête des familles qui ne donnent pas :
Si vous ne voulez rien donner — ne nous faites pas attendre;
Si vous ne voulez rien donner — vos filles sont trop laides,
Et nous ne nous marierons point — resteront seules dans un coin.
A côté du chant de Saint-Front, on trouve d'autres chants français,
moins développés et peu caractéristiques. Il est permis de ne pas les
reproduire.
On doit faire exception pour un tout petit chant qui se chante dans
une partie du Forez, explorée avant moi par de diligents compatriotes,
qui, levés dès l'aube, ont laissé après eux peu à glaner ', Au nord du
Forez, sur les collines qui séparent la vallée Roannaise de la plaine cen-
trale, à Donzy, hameau dépendant de Saint-Priest-la-Roche, Félix
Samajous, ouvrier chez Dalmais le tisserand, m'a chanté ce mai, qui
fait songer au chant grec de la quête de l'hirondelle, traduit par M. de
Marcellus et dont Fauriel avait déjà fait connaître un fragment.
Laissez venir le réveille — de ce nouveau mois de mai.
Tous les garçons, qui auront fait des maîtresses,
Iront bien à présent se divertir auprès d'elles.
Apportez nous donc la belle — apportez nous donc le mai,
Apportez nous des œuks en abondance.
C'est votre fidèle aimant qui chante.
Voyez vous ces hirondelles — qui viennent en voltigeant,
Qui ont quitté tous leurs pays sauvages.
Pour venir chanter dessous nos verts feuillages. Apportez nous donc, etc.
Voyez vous ces pauvres arbres — qui sont tout mal habillés,
Laissez venir ce beau mois charitable,
Qui les revêtira d'une robe toute verte. Apportez nous, etc.
I. M. F. Noelas, à qui l'on doit un choix de chansons populaires publié,
en 1865 , dans le Bulletin de la Société d'agriculture de la Loire, sans parler de
chants heureusement introduits dans son livre des Légendes; — M. P. Gras,
qui a donné plusieurs chants dans son Dictionnaire du patois Forèzien; —
M. Eugène Muller, le délicat romancier, qui, dans le Mémorial de la Loire de
1867, a publié tout un recueil, sous le titre de Chansons de mon village.
70 V. SMITH
Je n'ai entendu qu'une seule fois cette poésie. Il en est une autre d'un
caractère singulier, et celle-là se répète presque partout. Elle est à
Donzy, elle est à Fraisses, elle est à Saint- Just-Malmont, à Saint-
Romain-les-Atheux, à Saint-Didier-la-Séauve, à Marlhes, à Dunières,
à Saint-Bonnet-le-Froid, dans le Forez du nord au midi, dans le Velay,
sur tous les points où il avoisine le Forez ' . On peut avoir oublié le
chant de quête, on se souvient encore de l'épithalame du cordonnier,
et parfois c'est le seul qui se fasse entendre, et devant lequel les portes
s'ouvrent et les mains se remplissent d'œufs.
Dans le palais du roi *, Malgré tous ses parents,
— Le long du bois, Nons coucherons ensemble.
Le joli mois de mai, — Dedans un beau lit blanc *,
'1 y a-t-une flamande. Couvert de roses blanches.
Y sont trois serviteurs, Aux quatre coins du lit.
Tous trois qui la demandent. Rossignolet il chante.
L'y en a un qui est boulanger. Chante rossignolet,
L'autre valet de chambre. Tu auras ta récompense.
Et l'autre cordonnier. Tu auras pour déjeuner,
Celui qui la contente. Un jambon de Mayence.
Il lui a fait des souliers, Tu auras pour ton dîner.
Bordés de fleurs d'orange '. Une soupette blanche \
Lui donnant les souliers. Tu auras pour ton goûter.
Il n'a fait la demande. Une salade blanche.
Son père le veut bien, Tu auras pour ton souper
Sa mère en est contente. — Le long du bois.
Il y a que les parents *, Le joli mois de mai, —
Qui font la différence. Quatre pommes d'orange.
Ce chant, si enraciné et si répandu, ne témoigne-t-il pas, tout humble
i. Dicté à Donzy par Félix Samajous, à Fraisses par Jean-Marie Just et
par J. Fourneyron, de Saint-Romain-les-Atheux, à Marlhes par Fournel-Bau-
dier et Toussaint Chavanas, et sur bien d'autres points par divers chanteurs.
2. Ce chant se retrouve en Angoumois {Chants de l'ouest, recueillis par
J. Bujaud, t. le, p. 205). Dans sa table des chansons connues et non publiées
(Chants du pays messin, p. 463), M. de Puymaigre donne ces deux vers :
A la cour du palais, mon amant.
L'y a-t-une flamande.
Bien que le début d'une chanson ne suffise pas pour en laisser deviner le milieu
et la fin, telle est la diffusion des chants populaires qu'il est à présumer que le
chant lorrain n'est qu'une variante du chant d' Angoumois, de Forez et de
Velay.
J. Variantes: Fraisses: En marluque orange.
Saint-Didier: Tout marlichés d'orange.
Just de Fraisses croit que marluque signifie maroquin.
4. Variante. Y a que les autres parents.
5. Variante. Dans un beau lit carré.
6. Soupe au lait.
CHANTS DE QUÊTES 71
qu'il est, du sens de la fête de mai ? N'est-ce pas la fête du mariage que
nous célébrons, et l'épithalame du cordonnier est-il autre chose que la
glorification de l'association humaine? Cette crainte qu'inspirent les unions
de mai en Normandie ', en Lorraine ^, dans le Berry et le Nivernais 5,
on ne la remarque point ici. En Forez et en Velay, — ou du moins au
levant du Velay, — les mariages ne sont suspendus que durant ces jours
d'abstinence qu'a établis la discipline de l'Église. En d'autres temps, ils
suivent leur cours, et nous n'éprouvons, en mai, aucune de ces inquié-
tudes devant lesquelles s'arrête le laboureur de l'Avranchin. Par ce côté,
nous sommes Grecs: c'est dans les premiers jours de mai, — le cinq
mai, — que la Grèce célèbre la fête des maris; c'est dans la première
nuit de mai que — sans trop nous en douter — nous fêtons les épou-
sailles. Était-il, pour cette fête, un moment mieux choisi que la transition
d'avril à mai, heure unique d'efflorescence et de germination universelles?
Victor Smith.
1 . Essai sur la poésie populaire en Normandie, par Eugène de Beaurepaire,
P3ge 29- . ,
2. Traditions populaires de la Lorraine, par M. Richard; au mot mai.
3. Glossaire du centre par le C-^ Jaubert; au mot mai.
DE
L'ORTHOGRAPHE DU ROUMAIN.
Parmi les langues néo-latines le roumain, à cause de la situation géo-
graphique de son territoire, nous offre un intérêt tout particulier, autant
par les problèmes qu'il nous pose que par les éclaircissements qu'il nous
donne. Il est donc à souhaiter que l'exploration de cette mine linguis-
tique soit poursuivie avec la même ardeur et le même succès qu'elle a
été entreprise dans les dernières années. Malheureusement cette tâche
est rendue plus rude encore par une difficulté tout à fait extrinsèque.
Avant de traiter scientifiquement un idiome quelconque, il faut en savoir
l'A B C, et voilà ce qui n'est pas aisé dans le cas dont nous parlons. Les
Roumains ont doublement tort de se plaindre qu'on s'occupe trop peu
de leur langue ; car ce sont eux-mêmes qui nous rendent les abords de
celte étude ardus et rebutants. C'est à l'orthographe roumaine que nous
en voulons. Jadis, chez les Roumains, l'écriture cyrillique régnait en
maîtresse absolue, jusqu'au temps où on commença à prétendre qu'une
nation d'origine latine ne devait se servir que des caractères latins. Si
c'est une question de décorum, il n'y a rien à dire; mais pourtant si;, à
tous égards, l'écriture latine était la meilleure pour représenter la langue
roumaine ', on ne serait pas resté si longtemps en désaccord sur la
façon de l'employer. Après la défaite de l'alphabet cyrillique, qui, du
reste, se défendit vaillamment, ne reculant que lettre par lettre, on
aurait eu aussitôt un seul système d'orthographe au lieu d'en avoir
autant qu'il y a d'écrivains. Pour les détails, nous renvoyons aux articles
que M. Picot a insérés dans le second volume de la Revue de linguistique,
bien qu'ils n'aient pas eu la continuation promise. Nous nous bornons
ici à signaler les deux principes opposés autour desquels se rangent
toutes les nuances orthographiques, c'est-à-dire le phonétisme et l'étymo-
logisme, qui se rattachent aux noms de feu M. Pumnul (en Boucovine)
I. Cipariu, Gramatcc'a llmbd romane, partea I (Bucuresci 1869) p. 148 : « La
difficulté qu'il y a à écrire le roumain avec les lettres latines n.'est pas contestée;
elle provient de deux causes : de l'insuffisance de l'alphabet latin et de la variété
des dialectes. »
DE l'orthographe DU ROUMAIN 75
et de M. Cipariu (en Transilvanie). Le plus conservateur des deux prin-
cipes n'est pas celui qu'on pense ; mais c'est le dernier dont la victoire
nous semble être décidée. Car la société académique de Boucarest vient
d'adopter la méthode de M. Cipariu pour le grand dictionnaire roumain
qu'elle a projeté. Aucune des quatre à cinq livraisons qui en ont paru
jusqu'à présent sous la direction de MM. Laurianu et Maximu ne nous
est encore parvenue. Cependant nous sommes assez bien instruits des
idées fondamentales qui président à cette publication par la préface que
nous venons de lire réimprimée en entier dans TransUvan'Ca (Fâi\i
Asociatiunei transilvane penîru litteratufa romana si cultur'a popurului
romanu), Brasiovu, 15 mai_, 1 juin, 15 juin, 1 juillet 1872). Nous ne
touchons qu'en passant la proscription de tous les mots d'origine non
latine dont on s'y fait honneur. On les relègue dans un glossaire publié
à part . « Vorbele de origine neromanica ca slava, c'inste, iubire, ibovnicu,
;) vreme, vremelnicu, stapenire, slujba, slujbasiu, etc., nu potu si nu se
)) cade se aiba locu intr'unu dictionariu romanescu ' . » En voici la
raison : « Limb'a ce are nefericirea de a fi petrunsa, si mai multu sau
» mai pucinu inundata de vorbe straine, ca si plant'a infasiurata de
» parasite, e impedecata in desvoltarea sa regulata si condemnata a
)) langedi, si prin acésta a oprf sborulu cugetarei insasi. Asiâ mer-
)) sulu mai rapedu sau mai lentu allu unui popuru pre callea civilisa-
)) tionei, marirea, poterea si prosperitatea lui, in fme sortea si pose-
» tionea lui in senulu marei familie a genului omenescu dépende forte
» multu de la curati'a limbei, ce si adatu de organu cugetarei selle^. »
Mais une distinction très-essentielle a parfaitement échappé à ces mes-
sieurs, celle qu'on doit faire entre les mots étrangers qui le sont pour
l'homme du peuple et ceux qui ne le sont que pour le savant. En fait de
langue, les emprunts se prescrivent aussi bien que dans d'autres
domaines: dès qu'un mot d'origine étrangère n'est plus senti comme tel,
dès qu'il est entré pour tous in succum et sanguinem, il a le droit de
citoyen dans la langue, comme tout autre mot. Qu'on regarde le déve-
loppement historique de la langue anglaise. Est-ce que Vinondation de
mots français a arrêté l'essor de la pensée de la nation anglaise, entravé
1. « Les mots d'origine non romane, comme 5/(jv^ etc., ne peuvent ni ne
doivent trouver place dans un dictionnaire roumain ! »
2. « La langue qui a le malheur d'être envahie et plus ou moins inondée par
des mots étrangers est, comme une plante étouffée par des végétations parasites,
empêchée de se développer régulièrement, elle est condamnée à languir et en
conséquence à entraver même l'essor de la pensée. Ainsi la marche plus rapide
ou plus lente d'un peuple sur le chemin de la civilisation, sa grandeur, son pou-
voir, sa prospérité, bref sa destinée et sa place au milieu de la grande famille
de l'humanité, dépendent beaucoup de la pureté de la langue qui sert d'organe
à sa pensée. »
74 H. SCHUCHARDT
sa marche sur le chemin de la civilisation, sa grandeur, son pouvoir, sa
prospérité ? Pour nous, ce qui est certain, c'est qu'une poésie d'une em-
preinte vraiment nationale et en même temps d'une verve entraînante et
grandiose ne pourra jamais jaillir de la langue artificielle et imprégnée
de néologismes qu'on s'efforce de répandre parmi le peuple roumain,
mais seulement du langage dans lequel le paysan chante ses doines et ses
chants héroïques. Le jour où l'amant dira à sa bien-aimée « te amez «
au lieu de « te iubesc » ne sera pas celui oij la littérature roumaine
prendra un nouvel essor.
Mais nous renonçons à persuader ceux qui inaugurent cette réforme
linguistique. Les objections très-raisonnables que l'on a faites à leurs
procédés ne sont, selon eux, inspirées que par des sentiments hostiles à
l'égard de la nationalité roumaine. Ils rejettent l'analogie des autres
langues et réclament pour les Roumains seuls le privilège de voir juste
dans cette affaire. Passons donc à une matière plus substantielle et qui,
par conséquent, se prête mieux à la discussion, je veux dire l'ortho-
graphe. Les motifs qui ont conduit la société académique à se déclarer
pour le principe étymologique sont exposés en ces termes : « Candu
» societatea academica suppuse la probele unoru noue si seriose desba-
» teri cestionea ortografiei, ea ajunse a se convinge, co, sub pedepsa de
» a intunerecâ eu totulu gramatic'a limbei, de a ua lipsi de verce lumina
« a filosofiei, de a rupe celle mai pretiose relationi eu limbele sorori, de
» a scinde limb'a româna, si prin acest'a nationea, in atâtea limba câte
» pronuntie variate se audu, nu se potea departâ in scrierea româna de
» principiulu etimologicu , co principiulu contrariu, bunu pote si ratio-
» nale pentru una limba primitiva, nu pote adduce de câtu confusione si
» intunerecuintr'una limba derivata, cumu este a nostra; coetimologi'a,
)) eu unu cuventu, precumu pentru intellessulu cuventeloru, asiâ si
» pentru sunetele ce compunu cuventele, si traducerea acestoru-a prin
» semne, pote sengura produce cuvenit'a lumina si ordine in limba ' . »
Ce doivent être des raisons bien fortes qui engagent à mettre de côté
l'harmonie si naturelle entre la langue écrite et la langue parlée. Exami-
1 . (( Quand la Société académique soumit la question orthographique à l'é-
preuve de discussions nouvelles et sérieuses, elle arriva à se convaincre que, sous
peine d'obscurcir toute la grammaire de la langue, de lui enlever toute clarté
philosophique, de rompre les relations les plus précieuses avec les langues-sœurs,
de scinder la langue roumaine, et par suite la nation, en autant de langues
qu'on entend de variétés de prononciation, elle ne pouvait se départir, dans l'or-
thographe roumaine, du principe étymologique ; car le principe opposé, bon et
raisonnable peut-être pour une langue primitive, ne peut apporter quele trouble
et l'obscurité dans une langue dérivée comme la nôtre; en un mot Tétymologie
seule, tant pour l'intelligence des mots que pour les sons dont les mots se com-
posent et leur représentation par des signes, peut apporter dans la langue l'ordre
et la lumière convenables. »
DE l'orthographe DU ROUMAIN 75
nons-les. On nous dit d'abord que l'écriture phonétique obscurcirait la
grammaire. C'est M. Maiorescu qui, dans sa brochure Despre scrierea
limbci rumane, lassi 1866, a largement développé cette thèse. Pourtant
il n'appartient pas au parti des étymologistes ; au contraire , il s'est
séparé de la commission académique pour n'avoir pas pu se mettre en
accord avec la majorité. M. Maiorescu n'admet comme constitutif ni le
principe phonétique, ni le principe étymologique, mais il veut que l'un
et l'autre soient subordonnés au principe intellectuel (p. 1 16). Selon lui,
l'écriture a pour but d'amener le plus vite possible l'intelligence de
l'idée, et la reproduction exacte des sons n'y suffit pas toujours.
« Scrierea trebue sa fie, dacâ se poate, mai chiarâ àncâ decât sonurile
)) singuratice a le vorbirei ; fiindcâ vorbirea se chiarificâ prin gestu si
» accentu, ear scrierea trebue sa represinte toate auxiliarele intelegerei
» prin ea insasi si de aceea trebue sa domneascâ cea mai strictâ logicâ
)) in forma, sub care se presintâ' )> (p. 1 1 3). Et il s'en rapporte au prin-
cipe psychologique (p. 16) dans la déclinaison et la conjugaison françaises
(p. ex. louer, louée, loués, louées, louai) ! Mais ce n'est point l'accent ni le
geste qui peuvent distinguer loués de loué, et en écrivant par exemple
j'aime, tu aime, il aime, ils aime, le français ne perdrait pas plus de
clarté que l'anglais en écrivant / love, we love, you love, they love. Il n'y a
pas de grammaire hors de la langue parlée. Il nous semble plus étrange
encore de reprocher au système phonétique de rompre les relations pré-
cieuses du roumain avec les langues-sœurs. Où donc se trouvent-elles,
ces relations, si ce n'est pas dans la langue parlée ? Et comment mieux
les faire ressortir qu'en reproduisant consciencieusement cette langue ? A
vrai dire, ce sont plutôt les étymologistes qui se travaillent à les faire
paraître plus claires et les rendre plus palpables qu'elles ne le sont en
réalité. Que l'observation stricte du principe phonétique ait pour consé-
quence de conduire à autant de langues écrites qu'il y a de dialectes
parlés, nous ne le contestons pas. Mais cela ne prouve rien en faveur
des étymologistes. La question se pose fort simplement ainsi : est-il à
préférer que la langue écrite destinée à l'emploi général reflète fidèle-
ment un seul parmi tous les dialectes ou qu'elle s'éloigne plus ou moins
de chacun d'eux ? Dans le second cas, l'unification, qui ne doit pas se
restreindre à la langue littéraire, mais qui doit également s'effectuer
pour la langue de la chaire, de la scène et de la société,, serait ajournée
pour longtemps, sinon pour toujours, tandis qu'un dialecte comme
celui de Boucarest l'emporterait d'autant plus facilement sur les autres
1. « L'écriture doit être encore plus claire, si possible, que les sons isolés du
discours; car le discours s'e.vplique par les gestes et le ton, mais l'écriture doit
contenir en elle-même tous les au.xiliaires de la compréhension, et par conséquent
la logique la plus sévère doit régner dans la forme sous laquelle elle apparaît. »
76 H. SCHUCHARDT
qu'il ne leur imposerait pas des concessions fort importantes et n'aurait
pas à lutter contre des tendances particularistes bien accentuées. Nous
avons mis à nu les objections les plus graves faites à l'adresse du phoné-
tisme; mais les lecteurs de la Romania nous dispenseront de bon gré
d'attaquer l'étymologisme dans ses propres retranchements. La base sur
laquelle il repose est tout aussi accidentelle que l'opposition établie dans
le passage cité entre les langues dérivées et les langues primitives.
Voici comment la commission de Boucarest définit la maxime qu'elle
s'est proposé de suivre : « Pentru scrierea limbei romane se va urmâ
» principiuluetimologicu, intru câtu regulele, pentru essecutarea lui, se
» potu trage d'in limb'a româna insasi si compléta prin analogi'a, inlatu-
» randuse semnele de prisosu, cari impedeca desvoltarea rationale si
» regularea limbei in grammatic'a ei', » Les règles qui en résultent sont
celles-ci :
L On n'emploie que les lettres latines dont les sons primitifs se sont
conservés en roumain : a, b, c, d, e, f, g, i, l, m, n, o, /?, r, s, t, u, v.
On a fait une exception en faveur de j qui se prononce toujours = z
(/■franc.).
H. Les sons secondaires, c'est-à-dire ceux que le latin ne connaît pas,
sont exprimés par les mêmes lettres que les sons primitifs qui y corres-
pondent. Ainsi ont différentes valeurs :
\o c = c gutt. et ts p. ex. : dacu, duci et de même cercetare.
2" g=g gutt. et dz : frigu, frigi — geru.
: ver de, verdi — dieu.
: arsu, arsi — sincrare.
: laîa, lati — tinere.
: callu, calli — floricella, Uertare.
: punere, puniu — calcaniu.
i . « Pour l'orthographe du roumain on suivra le principe étymologique en
tant que les règles pour l'appliquer pourront se tirer de la langue roumaine elle-
même et se compléter par l'analogie, en écartant les signes superflus, qui entra-
vent le développement raisonnable et régulier de la langue dans sa grammaire. »
2. Dans ces deux cas il est inexact de parler de sons secondaires, parce que
les sons primitifs s'y sont effacés complètement. II y a une autre lettre qu'on
écrit très-souvent sans qu'elle se prononce, savoir u (p. ex. bunu, domnu, dieu).
C'est une pure subtilité que de soutenir qu'alors « u dimitiatum se prononce si
peu qu'il semble à beaucoup être tout à fait muet. Aussi ce ne sont pas seule-
ment les étrangers qui ne peuvent pas le prononcer et ne le prononcent pas ; parmi
les Roumains mêmes il y en a qui croient pouvoir le renier tout à fait, et des
grammairiens qui l'omettent, non-seulement parce qu'il est impossible de terminer
une syllabe par une consonne sans y joindre même l'ombre d'une voyelle, mais aussi
parce que l'étymologie de notre langue l'indique et le demande, et que les corré-
lations entre i et u dim. sont si grandes, qu'il faut que l'un ou l'autre disparaisse. »
(Cipariu, Gramatec'a I, 64 s.)
rd = d
et z
4° s = s
et s
5° / = ?
et îs
6° //,/ = /
et muet^
•jo n = n
et muet ^
S° a=à \
e = e 1
u = u i
et <T>
i = / 1
c)0 a = a \
e = e 1
et T.
u == u ?
0 = 0]
IQO 0 = 0
et oa
11° e =^ e
et ea
DE l'orthographe DU ROUMAIN 77
arare, arandu.
avère, avendii.
, tacundu ' .
, omorire ^ — ridu.
calcu, calcare.
appesi, appesu.
batutu, batuîoriu.
, locuire^, locusta, rotandii et ceci,
déco, penîruco, lungo, pcno, dupo.
: domnu, domna et de même forte.
: crescii, cresca — ferestra.
Hors ces correspondances régulières il y a :
III. « Sunetele derivate spurie, cari se ammesteca pentru audiu eu alte
)^ sunete originarie sau derivate4. » Us sont représentés de cette
manière :
p. ex. : stricatione.
— : judeciu, Cipariii.
— : octu.
— : putrediune, vescedire.
— : pasci.
— : ocliu.
— : mesa.
— : taliandu.
— : rogare.
— : tendere.
— : fia.
En /ertu de l'orthographe latine on double les consonnes, par ex.
calle, jurassem, suminettere, terra. Enfin on rend le tl^ devant r par e dans
le mot ver/u/e et ainsi dans perlire, sfercu, verire, etc., excepté quand
1 . Voilà que 4e3 raisons étymologiques font défaut. Comme on écrit avendu
pour hakndum, on devrait écrire tacendu pour Uucndum, mais alors c se pronon-
cerait û. C'est donc seulement pour lui conserver le son primitif qu'on le fait
suivre d'un u au lieu d'un e.
2. L'étymologie prétendue de mor/Vc est fausse; ce verbe vient duv.sl. umoriti.
3 . Dans ces formes o se trouve être mis plus ou moins arbitrairement. A propos
de lecui qui n'est pas latin, mais magyar, consultez de Cihac, Dictionnaire d'éty-
mologie daco-romanc, p. 146. Au lieu de locusta on pourrait écrire avec le même
droit lacusta (voy. Vok. desVulgart. II, 109 s. — Mussafia, Zur ruman. Vocal.,
p. 149 pense à une forme intermédiaire lacusta), et avec meilleur droit lungu au
lieu de lungo. Pour rotundus on trouve déjà dans le latin vulgaire rctundiis (Vok.
des Vulgarl. II, 213). Penë = pcrë selon M. de Cihac, p. 215, procède de per
ad; M. Cipariu (Cr. I, 39 s.) ne sait pas s'il y doit voir pone ou paene, ou l'it.
fi no.
4. « Les sons dérivés bâtards, qui se confondent pour l'oreille avec d'autres
sons originaires ou dérivés. »
1° ts
par
ti,
20 ts
par
c{t),
r p
par
c
40 z
par
<0
5° st
par
se
6° i
par
li
7° a
par
e
8° i
par
a
90 u
par
0
10° l
par
e
1 1° e
par
a
78 H. SCHUCHARDT
il est précédé de c ou 5, p. ex. carmuire, garliciu (« spre a se inlalurâ
)) siuerarea acestoru sunete ' «), comme nous avons vu qu'on écrit tacund
au lieu de taccnd).
Ce système d'orthographe, pour arbitraire qu'il soit, n'en est pas plus
commode. On a éliminé quelques caractères pour les remplacer par
toute une série de règles compliquées, et souvent il s'en faut que ces
règles soient claires ou fixes. Le moyen, par exemple, de savoir que
M. Cipariu prononce son nom à l'allemande, non pas à l'italienne ^ On
s'irrite contre les signes auxiliaires comme dans vedi, capra, sorecc, et pour-
tant on est forcé d'écrire câtu, laudd, capr'a. Et comment faire pour qu'on
ne prononce pas Sion et diavol comme son et zavol ou zavol, sinon en
mettant le tréma sur Vi de ces mots .? Il sera non moins difficile pour un
philologue étranger d'apprendre à lire que pour un paysan roumain
d'apprendre à écrire d'après la méthode des étymologistes. Mais c'est
avant tout l'instruction primaire qui s'en ressentira. Qu'on entende ce
que dit à cet égard M. Gavrile Munteanu dans la préface à sa Gramatica
romana. Partea sinîaciica. Brasiovu 1861 : « Desi parerea mea indivi-
)) duale in sus laudat'a Comisiune filologica tense mereu intr'acolo, câ
» ilustrulu autoru a lu ortografiei, adoptate de Comisiunea filologica,
» sa faca concesiune macar lui a = l. Si acést'a nunumai din conside-
» ratiunea unei conformitati mai large, ci mai virtosu din acelu resonu
» ponderosu, ca eu nu mi putui si nu mi potu enco inchipui, cum inva-
)) tiatorulu primariu va fi élu in stare acapacitâ pe unu scolariu incepa-
» toriu, câ-sa destinga intre a = i si intre a = a fora semnu, nice
» insusi eu ajutoriulu espedientelui, adoptatu de Comisiunea filologica,
)) câ adeca alfavetulu eu litere sa-se tiparésca in paralela eu alfavetulu
;) kirilicu .'' — Sa incépa citirea eu gramatic'a 2 ? » En effet, on ne s'ap-
proprie le nouveau système qu'à l'aide de l'alphabet cyrillique ; c'est
M. Cipariu même dont la grammaire en fournit la meilleure preuve.
Nous dirons franchement que, au fond, ce ne sont pas des raisons
scientifiques ou pratiques qui nous paraissent avoir suggéré l'idée de ce
système, mais des raisons politiques. Les Roumains ont été pris quelque-
1 . « Pour écarter le chuchotement de ces sons. »
2. « Cependant mon opinion personnelle dans la susdite commission philolo-
gique ne tendait qu'à obtenir de 1 auteur de VOrthographe adoptée dans la com-
mission au moins une concession au <2 = L. Et cela non-seulement par le désir
d'une plus grande uniformité, mais aussi par cette importante raison, que je ne
pouvais pas et ne puis pas encore me représenter comment le maître élémentaire
pourra, sans signes distincts, faire comprendre à un commençant la différence
entre a = 'htt a z=. a, même en recourant à l'expédient adopté par la commis-
sion philologique : d'imprimer à côté l'un de l'autre les alphabets latin et cyril-
lique. La lecture doit-elle commencer par la grammaire? »
DE l'orthographe DU ROUMAIN 79
fois pour une nation slave. Pour éviter désormais ce danger, ils nous
disent à tout moment qu'ils descendent des Romains, qu'ils sont les
fils de Trajan. Afin qu'il n'y ait plus de doute possible sur leur compte,
ils purifient et modifient leur langue et leur écriture, et, nous l'avons vu,
ils s'en donnent à cœur joie. Tout ce qui n'est pas romain n'est pas
roumain, c'est leur devise à eux. De cette romanomanie on trouve des
échantillons presque dans toute page écrite en roumain. Ainsi nous
lisons, vers la fin de la préface du dictionnaire, cette phrase dépourvue
de tout bon sens : « incâtu editionile ulteriori aile dictionariului se pota
» présenta d'in ce in ce mai perfecta imaginea fiiei Romei eterne assie-
)) diata de mam'a pre ripele betranului Danubiu, ca se appere si se pro-
;) page in resaritu luminele civilisationei '. »
Comme le plan du dictionnaire n'est pas encore définitivement
accepté, nous ne protestons pas contre un fait accompli, mais contre un
projet. Cependant il y a peu d'espoir qu'on fasse le moindre cas de cette
protestation. Nous sommes convaincu que le nouveau système triom-
phera malgré tous ses défauts et ses difficultés, grâce à la tendance
unificatrice et romanisante qui se manifeste parmi les Roumains. Mais
nous ne sommes pas moins convaincu qu'un jour on reconnaîtra avoir
eu tort et qu'on s'en repentira.
Hugo SCHUCHARDT.
I . « Que les éditions ultérieures du Dictionnaire puissent se présenter comme
une image de plus en plus parfaite de la fille de l'éternelle Rome, établie par sa
mère sur les rives du vieux Danube, pour entretenir et répandre dans l'est la
lumière de la civilisation. )>
MÉLANGES.
QUISQUE ET CATA DANS LES LANGUES ROMANES.
Le latin quisque s'est continué dans le provençal qaecs (pour quescs).
Joint à anus il paraît avoir éprouvé dans la bouche du peuple une double
modification phonique : 1'/ étant devenu a et le qn s'étant réduit à c,
cette dernière modification n'ayant rien que de fort ordinaire. Le fait est
que le provenç. a cascus et le français chascuns, comme si on avait dit
en latin cascunus. Mais cette manière de prononcer n'a pas été générale,
car à côté de chascuns, et au même temps, des textes français nous
offrent chescuns ', et le catalan a quiscu, « la forme la plus fidèle, » dit
M. Diez 2, (( la seule qui ait gardé 1'/ étymologique. « Pour le dire en
passant, cette forme quiscu a tout l'air d'avoir été refaite à une époque
récente sur le latin quisque, car d'une part 1'/ en position devenant régu-
lièrement e en catalan aussi bien qu'en provençal, on s'attendrait plutôt
à quescu, et d'autre part la forme qu'offrent les textes anciens est celle du
provençal, à savoir cascun. Quoi qu'il en soit de ce détail, il est notable
que le provençal, qui a quecs formé sur quisque, n'a pas quescus qui serait
formé sur quisque unus, et qu'au contraire le fr., qui a chescun aussi bien
que chascuns, n'a point de mot correspondant pour la forme à quisque.
Chasque, chaque, n'est pas ancien dans les textes : M. Littré n'en cite
aucun exemple avant le xvi*' siècle. Le peu d'ancienneté de cette forme
vient à l'appui de l'opinion de M. Diez (Eîym. Wœrt. II .c), qui la con-
sidère comme tirée de chascun, par le retranchement de la finale.
A côté de chaque M. Diez et après lui M. Littré citent une forme
cac qui appartiendrait à l'ancien pro^^ençal, et dont il n'est pas facile de
rendre compte. Mais ce cac est d'une authenticité fort douteuse. Ray-
1. Ainsi le psautier de Trinity, Cambridge, qu'imprime en ce moment M. Fr.
Michel pour les Documents inédits porte (XI, 2) chascuns, et le ms. de Paris de
la même version (qui ne présente guère que des variantes orthographiques) a
au même endroit chescuns.
2. Cram., y éd., Il, 454.
Cata DANS LES LANGUES ROMANES 8l
nouard {Lex. rom. II, 285) n'en cite qu'un exemple : leu no la vci cac
dia, qu'il donne comme tiré de la pièce de Giraut le Roux : Ara sabrai
s^a ges de curtesia. La référence doit être inexacte, car j'ai vainement
cherché le vers cité dans diverses leçons de la pièce en question. Je tiens
donc la forme cac pour très-suspecte.
Concurremment avec les dérivés plus ou moins directs de quisquc, les
langues romanes ont employé en un sens analogue un mot qui, en
espagnol et en portugais, a fmi par se substituer à l'ancien cascuno, à
savoir cada '. Ce mot s'emploie en espagnol dans tous les cas où nous
nous servons de chaque ; et il en était de même en ancien provençal. De
plus, il se joignait fréquemment à unus, comme quisquc; et de là en esp.
cada uno, en port, cada um, en prov. cadaun et cadun (cette dernière
forme est encore usitée dans les patois du midi). Il paraît même qu'en
italien et en français cada n'a guère été employé que joint à unus : ital.
cadaiino, caduno,eX cataiino, catuno, fr. cadimna (pour caduna) dans les
serments de 842, cheiin et chaiïn dans les Rois (I, vu, 16 et IV, xv, 20].
A la vérité, pour le français, M. Diez (Et. Wœrt. I cadaûno) cite (sans
indication de source) la forme kiede, qui répond parfaitement au cada des
pays méridionaux, mais elle doit avoir été d'un emploi fort rare, et
paraît être tombée de bonne heure en désuétude.
L'étymologie de ce cada n'a pas encore été trouvée, que je sache. Dans
ses Altromanische Sprachdenkmale (p. 8-9), à l'occasion du cadimna cosa
des serments de 842, M. Diez a proposé comme conjecture l'étymologie
qu'il a depuis présentée d'une façon plus assurée dans son dictionnaire
étymologique (I, cadaûno'). Selon lui, cadaiino viendrait de usqiie ad
unum, qui signifierait « jusqu'à un, jusqu'au dernier. « Puis, de cadaûno
cadaun^ etc., on aurait détac'né cada, qui aurait été employé isolément
tant en espagnol qu'en langue d'oc. Il faut convenir qu'il priori il semble
plus naturel de supposer d'abord l'existence de cada qui se serait ensuite
soudé à unus. Mais ce n'est pas tout. Si le sens usque ad unum ne soulève
pas d'objection, il en est autrement de la forme. M. Diez a mis le doigt
sur une des difficultés de cette étymologie, en disant : « Si cette dériva-
tion est juste, les formes italiennes avec t (caîauno, catuno) doivent être
le résultat d'une erreur d'écriture. « Puis comment expliquer la suppres-
sion générale de la première syllabe d'usque ? Sans doute intro a donné
en provençal tro, mais on a aussi la forme plus complète entro (Diez,
Efjm. Wœrt. Il c, tro; Gram., 3'' éd., II, 486). Enfin usque ad unum, en
admettant la perte des deux premières lettres, pourrait bien rendre rai-
son de cadun, mais non pas de cada-un.
I. Voir sur l'emploi de cada en ancien portugais Diez, Portug. Kunst- u.
Hof poésie, p. 123.
Remania, Il 6
84 MÉLANGES
cadun; le / originaire, d'abord adouci en d, a fini par devenir z, comme
le 0 du grec moderne. — Cha p'dt, cliâ poué sont le cada petit, cada
pauc dont Raynouard cite des exemples.
Le saintongeais chat, rapporté par M. Littré à l'étymologie de chacun
se rapporte également à cada.
Le même mot est également usité en Forez : « Châ ^à) loc. distribu-
)) tive ; à châ pot peu à peu, à châ vci quelquefois, peut-être. « (Gras,
Dict. du patois forézien).
Enfin, je puis encore le signaler dans les patois romans de la Suisse,
grâce à une communication obligeante d'un jeune philologue suisse,
M. Jules Cornu, qui prépare sur l'histoire de ces patois et sur leur litté-
rature d'importantes publications. On dit dans le canton de Vaud non-
seulement tso pou sans la préposition à) qui équivaut au a cha pau des
Provençaux, mais encore tso yon^ tso don, etc., un à la fois, deux à la
fois ; tso pongnd, une poignée à la fois. Une chanson de la Gruyère con-
tient ces vers :
A la feyre de Vevey
No berén tso tso xeçey.
(( A la foire de Vevey nous boirons setier par setier. »
Un proverbe usité dans le canton de Vaud est ainsi conçu : Tso épi
se ja la llena, « épi par épi se fait la javelle » '.
Enfin il ne serait pas impossible que notre cata se retrouvât jusqu'en
roumain. Ceci n'est qu'une conjecture timide, car je me défie égale-
ment de mes connaissances très-bornées en valaque, et des livres où je
les ai acquises. Mais enfin, j'ai peine à ne pas reconnaître mon cada
dans ceci : « cate, fém. plur. [de cat] est employé surtout pour la défini-
tion des nombres distributifs : cate unul, cate doi un à un., deux à
deux... )) De Cihac, Dict. d'étymologie daco-romane, p. 47.
Dans le même dictionnaire, au mot putsin (peu), je trouve cate putsin
que M. de Cihac rapproche justement du prov. cada pauc.
Je sais bien que M. de Cihac fait sortir cat, cate, de cjuantus, mais il ne
me persuade pas. Le fait que cat est souvent employé au sens du latin
quantum, c'est-à-dire comme corrélatif de tantain ne prouve abso-
lument rien pour l'étymologie du mot. En français comme et que ont
été ou sont encore actuellement employés comme corrélatifs de tant,
et on ne s'est jamais avisé de dériver ni comme ni que de quantum. Pour
prouver que cat vient de quantum, il faudrait fournir des exemples de la
chute de Vn devant le /; et c'est ce que M. de Cihac ne fait pas. Tout
au contraire, je vois qu'en valaque les mots latins quando et canto, ont
I . Ce proverbe est cité dans l'Essai statistique sur le canton de Vaud du pasteur
Bridei (Zurich 1818), p. 262.
Miisgode S 5
donne cand et cant ; comment donc quantum aurait-il pu donner autre
chose que cant? Il me paraît donc difficile de se refuser ù identifier ce
cat , cate à notre cada, provençal, espagnol et italien.
L'attention étant maintenant éveillée sur ce point, on arrivera facile-
ment à suivre la trace de notre cata à travers des patois où, faute de
connaissances spéciales, je n'ai pas été le chercher. Les patois de l'Italie
et du PYioul, ces derniers formant la transition entre l'italien et le
valaque, en fourniraient peut-être des exemples. En somme, il restera
établi, je crois, que la préposition -/.x-râ, étant adoptée par le latin vulgaire
et s'étant spécialisée en un sens distributif, a été employée jusque vers le
xii'' siècle au moins dans tout l'empire des langues romanes; et que
depuis cette époque elle n'a guère perdu que les pays de langue d'oïl
considérés dans leurs limites les plus étroites, puisqu'elle vit encore dans
les patois du Poitou et de la Suisse, qui appartiennent plutôt à la langue
d'oil qu'à celle d'oc.
P. M.
H.
MUSGODE.
Vie de St Alexis 5 1 d L : Nen fait musgode pur son cors engraisser
(dans l'édition de M. G. Paris : N'en fait musgode por son cors engrais-
sier) ; S 781 : N'en fait musgot ' pour son cors encraissier; M 794 : N'en
fait musgot por sen cors escarsier (l. cngraissier). Ce mot paraît avoir eu
le sens de « garde-manger, provision de vivres » et plus spécialement
celui de « pomarium », voy. la note de M. Paris, p. 186.
Musgode vient probablement de l'ancien ou plutôt moyen haut-alle-
mand du xi^'-xii'^ siècle muos-gadern, mos-gadem « cenaculuni », cf. obiz-
gadem ^ « pomarium {XW^ siècle) ». Muos « cibus, pulmentum, cena, etc. »,
mot très-usité dans la vieille langue: moyen h. -ail. muos a cibus coctus,
pulmentum^ puis»; ail. mod. mus « puis, alimentum »; gemiise, « légumes )>.
Gadam [gadum, gadem) « conclave, domus, septum etc. »; ail. mod.
Gaden m. « compartiment, cabinet, filr sich abgeschlossenes Gemach
(Weigand). »
La seule difficulté que fasse cette dérivation, c'est le 0 de la syllabe
accentuée; mais comme 1'^ germanique est en général traité autre-
ment l'^ latin 5, il pourrait bien être rendu irrégulièrement par 0. On
1. Dans l'édition de M. G. Paris ont lit mugot, qui est sans doute une faute
d'impression, puisque musgot est cité comme leçon de S, p. 1 52 et 186.
2. Graff, Althochd. Sprachschatz IV 175.
3. Diez Gram. I 306.
86 MÉLANGES
peut comparer vogare, voguer de l'allemand wogcn qui était dans l'ancien
liaut-all. wagon ', Le rt tonique de l'allemand prend souvent un son inter-
médiaire entre a et au français, ou même tout à fait le dernier de ces
sons.
Cette prononciation sourde de a en allemand a pu remonter au moyen-
âge, ce qui est démontré pour certains mots par l'orthographe : ainsi en
ancien haut-ail. on trouve /;o/ôn à côté de //ii/d/z « vocare, arcessere; « mohta
et matita « potui » (Grimm Deutsche Grain. I> 78. 79) ; allem. mod.
Iwlen, moclite.
Ce composé germanique étant adopté parle français a dû se conformer
à la loi romane qui exige l'accentuation de la dernière partie de la com-
position. Ainsi le germanique mi'ios-gadem, avec accent secondaire
mûos-gàdem, est devenu en français musgode.
Pour les développements postérieurs qu'a pris ce mot en français, voy.
l'exposition de M. Paris, p. 1S6.
J. Storm.
Christiania, novembre 1872.
III.
ÉTYMOLOGIES ESPAGNOLES.
I. Zaherir.
Le verbe zaherir, que la langue espagnole moderne emploie volontiers
pour exprimer l'action de gronder, de dire franchement en face de dures
vérités, de rappeler avec amertume des bienfaits reçus, est rattaché par
notre maître M. Diez à une forme latine sub-ferire : il attribue à ce
dernier mot le sens de « blesser astucieusement ». En donnant cette
étymologie simple et en apparence incontestable, M. Diez (voy. Etym.
Wœrt II. b, p. 19^) adopte l'opinion de l'espagnol Felipe Monlau, qui
dans son D/cc/on<2r/o en'mo/og/co (Madrid 1856) p. 466, rejette avec raison
l'étymologie arabe proposée par Covarrubias, son devancier dans la même
branche d'études, et qui déclare également erronée une autre étymologie ,
à laquelle nous devons revenir, malgré M. Diez. Nous ne soumettons pas
à proprement parler cette étymologie à un nouvel examen : nous avons
atteint le même résultat sans même la connaître, et d'une manière abso-
lument indépendante. Nous avons découvert des faits qui prouvent,
selon nous, que zaherir est le produit d'une simple métathèse de jacerir
= jaz herir : cette dernière forme s'adapterait heureusement et facilement
au sens « dar en rostro con el bien que le hemos hecho d alguno, echar en cara
Diez Wœrterbuch I 447.
ÉTYM0L0G1E3 ESPAGNOLES 87
d alguno tel ô cualdcfecto », le lat. suh auquel s'attache toujours l'idée de
quelque chose de superficiel, de faible, ou d'astucieux et de clandestin,
convient moins à l'explication de ce mot.
Les métathèses analogues ne sont pas rares en espagnol ; qu'il suffise
de mentionner garzo pour zarco, gavasa pour bagasa, murciclago pour
murciegalo, lyazucar pour zabucar (voy. plus bas III); elles se produisent
d'une manière plus originale encore dans l'argot ' espagnol, aux formes
d'une facture si hardie et d'une apparence si barbare : dès qu'on y a
reconnu ce trait, on se trouve à même d'expliquer bien des mots d'un
aspect étrange : par exemple, la forme inoquir (manger), où nous voyons
une métathèse de corner.
Il est vrai que les textes modernes ne présentent notre verbe que
sous la forme zaherir; mais déjà les dictionnaires nous renvoient de
zalierir aux formes facerir et fazferir, variantes que tous les anciens
ouvrages (voy. Amadis) offrent parallèlement et indistinctement. L'ancien
espagnol ne connaît que la forme façherir, la seule régulière et primitive.
Nous la trouvons dans trois textes : i" Dans Gonzalo de Berceo, Loorcs
de nuestra sefiora, copia 148 : Los traspassados tuertos non serian façeridos,
et c. 172 : Todas las negligençias y scrân façeridas Seran las eleinosinas de
los biienos gradidas. 2° Dans la Gran Conquista de Ultramar, libro IV;,
cap. 126 : ca non quiero haher facen'o nin ser enculpado nin que retrayan
d mio linnage que yo era d la perdlcion de la tierra; et cap. 141 : é grand
vergiïenza égrad facen'o habrcdes ende. 30 Dans l'archiprêtre de Hita on
retrouve la même formation du substantif, avec transposition arbitraire
de l'accent d'après l'analogie de lacério, c. 769 : En nada es tornado to do
el mi lacerio Veo el danno grande et demas el haçerio : -c'est une licence
qui n'est pas rare en espagnol en général, et que particulièrement les
poètes se permettent souvent à la rime (v. copia 962 radio; 965 et 1 561
sandlo; 1286 laceria, etc). D. Pascual de Gayangos, dans son glossaire
de la Conquista, donne l'explication suivante : facerio viene de facerir por
zaherir y vale tanto como « reprension, injuria, denuesto, culpa » : il
regarde donc la forme la plus récente comme la forme régulière.
Sanchez {Poetas cast. ant. al siglo XV) explique facerir par zaherir, repre-
hender, castigar, dar en cara con alguna culpa, et il ajoute cette remarque,
1. Nous nous permettons, en passant, de poser une timide question : le franc.
charabia = « le patois des Auvergnats et par extension tout autre parler qu'on
)) ne comprend pas; quelquefois l'homme d'Auvergne lui-mêrae d (Littré), ne
viendrait-il pas d'une forme esp. algardbia pour algarabia? — Primitivement
algarabia désigne tout ce qui se rapporte à Algarve = ce qui est situé en Orient ;
puis, suivant l'explication donnée par Covarruvias, la Icngiia de los africanos 0
Ponicntina, porque en respcto nucstro nos cacn al ponientc (de algarve que vale
p'omentt) ; ensuite l'arabe en général ; et enfin toute langue sonnant d'une manière
étrange, tout charabia, et même tout bruit confus.
86 MÉLANGES
peut comparer vogare, voguer de rallemand wogcn qui était dans l'ancien
haut-ail. wagon ', Le rt tonique de l'allemand prend souvent un son inter-
médiaire entre a et au français, ou même tout à fait le dernier de ces
sons.
Cette prononciation sourde de a en allemand a pu remonter au moyen-
âge, ce qui est démontré pour certains mots par l'orthographe : ainsi en
ancien haut-ail. on trouve /;o/ôn à côté de //^[/ô/z « vocare, arcessere; « mohta
et mahta « potui » (Grimm Deutsche Grain. !> 78. 79) ; allem. mod,
holen, mochte.
Ce composé germanique étant adopté parle français a dû se conformer
à la loi romane qui exige l'accentuation de la dernière partie de la com-
position. Ainsi le germanique mi'ios-gadcni, avec accent secondaire
mâos-gàdem, est devenu en français musgode.
Pour les développements postérieurs qu'a pris ce mot en français, voy.
l'exposition de M. Paris, p. 1S6.
J. Storm.
Christiania, novembre 1872.
III.
ÉTYMOLOGIES ESPAGNOLES.
I. Zaherir.
Le verbe zaherir, que la langue espagnole moderne emploie volontiers
pour exprimer l'action de gronder, de dire franchement en face de dures
vérités, de rappeler avec amertume des bienfaits reçus, est rattaché par
notre maître M. Diez à une forme latine sub-ferire : il attribue à ce
dernier mot le sens de « blesser astucieusement ». En donnant cette
étymologie simple et en apparence incontestable, M. Diez (voy. Etym.
Wœrt II. b, p. 19^) adopte l'opinion de l'espagnol Felipe Monlau, qui
dans son Diccionario etimologico (Uadnd 1 8 $6) p. 466, rejette avec raison
l'étymologie arabe proposée par Covarrubias, son devancier dans la même
branche d'études, et qui déclare également erronée une autre étymologie,
à laquelle nous devons revenir, malgré M. Diez. Nous ne soumettons pas
à proprement parler cette étymologie à un nouvel examen : nous avons
atteint le même résultat sans même la connaître, et d'une manière abso-
lument indépendante. Nous avons découvert des faits qui prouvent,
selon nous, que zaherir est le produit d'une simple métathèse de facerir
= faz herir : cette dernière forme s'adapterait heureusement et facilement
au sens « dar en rostro con el bien que le hemos hecho à alguno, echar en cara
Diez Wœrterbuch I 447.
ÉTYM0L0GIE3 ESPAGNOLES 87
d alguno tel ô cualdcfecto », le lat. sub auquel s'attache toujours l'idée de
quelque chose de superficiel, de faible, ou d'astucieux et de clandestin,
convient moins à l'explication de ce mot.
Les métathèses analogues ne sont pas rares en espagnol : qu'il suffise
de mentionner garzo pour zarco, gavasa pour bagasa, murciclago pour
murciegalo, bazucar pour zabucar (voy. plus bas III); elles se produisent
d'une manière plus originale encore dans l'argot ' espagnol, aux formes
d'une facture si hardie et d'une apparence si barbare : dès qu'on y a
reconnu ce trait, on se trouve à même d'expliquer bien des mots d'un
aspect étrange : par exemple, la forme inoquir (manger), où nous voyons
une métathèse de corner.
il est vrai que les textes modernes ne présentent notre verbe que
sous la forme zaherir; mais déjà les dictionnaires nous renvoient de
zalierir aux formes facerir et fazferir, variantes que tous les anciens
ouvrages (voy. Amadis) offrent parallèlement et indistinctement. L'ancien
espagnol ne connaît que la forme façherir, la seule régulière et primitive.
Nous la trouvons dans trois textes : i" Dans Gonzalo de Berceo, Loorcs
de nuestra sei'iora, copia 148 : Los traspassados tuertos non serian façeridos,
et c. 172 : Todas las negligençias y serân façeridas Seran las elemosinas de
los buenos gradidas. 2° Dans la Gran Conquista de Ultramar, libro IV;,
cap. 126 : ca non quiero haber facerîo nin ser enculpado nin que retrayan
à mio linnage que yo era d la perdlcion de la tierra; et cap. 141 : é grand
vergiïenza égrad faceri'o habrcdes ende. 3° Dans l'archiprêtre de Hita on
retrouve la même formation du substantif, avec transposition arbitraire
de l'accent d'après l'analogie de lacério, c. 769 : En nada es tornado to do
el mi lacerio Vco el danno grande et demas el haçerio : -c'est une licence
qui n'est pas rare en espagnol en général, et que particulièrement les
poètes se permettent souvent à la rime (v. copia 962 radio; 965 et 1 361
sandio; 1286 laceria, etc). D. Pascual de Gayangos, dans son glossaire
de la Conquista, donne l'explication suivante : facerîo viene de facerir por
zaherir y vale tanto como « reprension, injuria, denuesto, culpa » ."il
regarde donc la forme la plus récente comme la forme régulière.
Sanchez (Poetas cast. ant. al siglo XV) explique facerir par zaherir, repre-
hender, castigar, dar en cara con alguna culpa, et il ajoute cette remarque,
1. Nous nous permettons, en passant, de poser une timide question : le franc.
charabia = « le patois des Auvergnats et par extension tout autre parler qu'on
» ne comprend pas; quelquefois l'homme d'Auvergne lui-mêrae » (Littré), ne
viendrait-il pas d'une forme esp. algaràbia pour algarabia? — Primitivement
algarabia désigne tout ce qui se rapporte à Algarvc = ce qui est situé en Orient ;
puis, suivant l'explication donnée par Covarruvias, la Icngiia de los africanos 0
Ponientina, porqiie en respeto nuestro nos cacn al poniente {de algarve (jiic vale
p'omente) ; ensuite l'arabe en général ; et enfin toute langue sonnant d'une manière
étrange, tout charabia, et même tout bruit confus.
88 MÉLANGES
qui n'est pas bien claire : parece mas proprio facerir por zaherir, aiinqae
en cstos verbos hay transposicion de letras. Ce qu'il dit sur le passage de
l'archiprêtre de Hita ne la rend pas plus lucide; car liacerico (!), ortho-
graphe donnée par le glossaire dans l'édition de Paris 1842 (quoique le
texte ait la forme correcte' et qui se retrouve dans l'édition de Madrid
1864, reste inexpliqué; les éditeurs lui attribuent le sens de desgracia,
infortunio, îrabajo.
La forme aussi bien que le sens de l'ancien esp. façerir, de l'esp.
moderne zaherir, nous amènent donc (nous et, nous l'espérons, nos
lecteurs) à retrouver dans ces mots faz-ferir, qui serait un composé dans
le genre de fe-menîir, mani-atar, perni-quebrar, cap-girar (catalan), et
à repousser l'étymologie siib-ferire.
II. Zabullir.
Nous ne verrions pas non plus dans la première syllabe du verbe
zabullir le hl. sub, comme le fait M. Diez {Etym. Wœrt. II .b., p. 193) :
« zabullir, esp., plonger, ou plutôt être en ébuUition, produire des bulles
d'air à la surface de l'eau, de sub-bullire, » en s'en rapportant à
l'explication de Covarruvias : u Zabullir vale esconderse debajo del
» agua : de ça vale sub, y del verbo ebullio : porque quando alguna
» cosa cae en el agua y se va d lo hondo, envia arriba aquella parte del
» aire que Uevô tras si y esta hace bullir la superficie del agua. » Cette
explication a, selon nous, quelque chose d'artificiel, de compliqué.
Tous ceux qui s'occupent de littérature espagnole moderne ont
souvent rencontré au lieu de zabullir la variante renforcée zambuUir,
plus sonore que la première forme , pour exprimer d'une manière éner-
gique la disparition subite et complète sous l'eau, de poissons par exemple
ou de corps tombants. Elle n'a jamais le sens, même accessoire, de
« être en ébullition_, » « produire des bulles d'air; » tous les dictionnaires
que nous avons consultés ne donnent pas d'autre signification que
« submergere, » « plonger, enfoncer dans l'eau avec violence, » « meter
)) una cosa debajo del agua de golpe, » et puis, par l'extension si
fréquente du sens primitif, « faire disparaître, cacher « en général.
Il est vrai que ce verbe, dans sa forme la plus récente, zabullir, peut
éveiller involontairement l'idée d'une eau qui écume, et que probablement
par suite de sa ressemblance fortuite avec i'u///r(= bouillir, bouillonner,
tourbillonner), il dut prendre le sens de « plonger et disparaître sous
)) l'eau »; mais il n'en a pas moins son origine dans le lat. sepelire, d'où
il s'est développé dans la succession suivante : scpelir, sebellir, sebollir,
soboUir.
La forme scpelir nous est donnée par Berceo dans la Vida de santa
Oria, c. 182.
ÉTYMOLOGIES ESPAGNOLES 89
La forme sebdlir se trouve dans le Libro de Alexandre, c. 1670.
La forme sobolUr se trouve dans le Libro de Apolonio , c. 290.
Le mot a fidèlement gardé dans ces quatre passages le sens latin
« enterrer. » Mais l'auteur à'Apolonio emploie déjà scpiiltar et sotcrrar
tout aussi bien que sobollir pour exprimer ce sens. Le verbe sobollir
ayant deux équivalents put désormais prendre de nouvelles acceptions.
Nous rencontrons en effet, en catalan ', dans Ausias March (éd. de
Barcelone, 1864) la forme sebollir avec le sens du moderne zabullir.
Le mot hésite donc encore entre la tradition et l'innovation; dans la suite,
il prend d'une part exactement la même forme qu'en castillan, tandis
que pour le sens il se rattache au latin et exprime sous la forme çabulUr
l'idée d'« enterrer » que le castillan en a complètement détachée. —
Remarquons que sabidi a le même sens dans le dialecte italien du Frioul.
Le lat. sub-buUiens , qui n'expi^ime qu'une ébullition faible, aura pro-
bablement dû céder la place à un concurrent plus vivace,
IIL Zabucar.
Nous avons dû, pour les deux mots qui précèdent, contester la déri-
vation du préfixe esp. za du latin sub; mais ces deux mots sont des
exceptions. Nous reconnaissons cette préposition dans presque tous les
mots qui commencent par le préfixe za, et entre autres dans celui que nous
allons étudier. Le mot zabucar, auquel l'espagnol préfère la forme bazucar,
peut être facilement rattaché au radical bue (Diez, Etym. Wœrî. I, p. 92)
dès qu'on voit dans le préfixe za- la prépos. sab.
Ni les lois de la phonétique ni les diverses modifications du sens
primitif ne s'opposent à voir le préfixe lat. sub dans les préfixes za-, sa-,
cha-, ca-; dans so-, cho-; dans zu; ainsi que dans les*formes renforcées
par la suite zam-, cham-; son-, som-; san- (zan-, sal-^ : car cette pré-
position est déjà;, sous la forme su, sub, subs, le déterminatif d^un bon
nombre de composés créés soit par le latin, soit plus tard par l'espagnol.
Les consonnes s, ç, z se substituent très-souvent les unes aux autres :
c'est ainsi qu'on trouve za/ze/cz à côté de cenefa, zufio à coté de ceno,zucioèi
côté de sucio, sorra à côté de zorra (zahorra), somn à côté de zoma ;
zurdo vient de surdus, zueco de soccus', le c alterne avec ch dans les
formes parallèles canclller et chanciller, capirote et chapirote, chanzon et
canzion; le z passe souvent à ch, p. ex. zueco zocalo devient choclo,
zanco devient chanco; de même que zamarra et chamarra, zampona et
chinfonia (ex aussi sinfonia), zuizon et chuzon, zarrio et cAtîrro s'emploient
parallèlement, de même aussi sa alterne avec za, et cha avec ca : ces
I. Personne ne s'étonnera de nous voir rapprocher aussi intimement le castillan
et le catalan.
90 MÉLANGES
derniers s'adjoignent volontiers un m devant /' ou /), comme dans zam-
bucar, zampuzar, sompesar. C'est par analogie avec ces dernières formes
que l'espagnol moderne a intercalé un m dans le verbe zabullir, dont
nous avons parlé plus haut, comme s'il était dérivé de sub-biiUire.
Aux formes déjà signalées de cette catégorie nous en ajoutons quelques
autres ; avec zabucar il faut encore mentionner zahumar sahumar =
« suffumo , suffumigo )> , zapuzar, zabordar et zajondar (port, chafundar),
qui se présente en ancien espagnol encore sous la forme sofondar {Alex.
1758, 1565 et 2093), mais déjà dans le Conde Lucanor (ex. 58, éd.
Keller) sous sa forme moderne ; nous citerons encore chapodar(y. Diez,
E. IV. \, potare), sodormir, soasar, sofreir, sofrenar , sojuzgar , solemntar,
l'archaïque sonochoda (Berceo, San Millan, 352), et l'oiseau plongeur
sonwrmujo ou somorgujo, que le catalan nomme cabusso; puis sonrcir, son-
sacar (anc. forme : sosacar), sonrosado, sonrodar, sompesar (anc. forme :
sopesar), zozobrar, zurullo ou zorndlo; san- ou zan- on encore sal-cochar.
Enfin, on pourrait peut-être encore voir le lat. sub dans les trois
mots suivants : anc. esp. çempellar, employé deux fois par Berceo pour
exprimer la poursuite énergique d'un travail entrepris (Milagros, c. 718.
Duelo, 200); zonjabar [gabbare?), mot andalous ayant le sens de « railler,
tromper par de fausses paroles » ; zabiloso {-biliosus ?) = « vert » .
IV. Zahôr.
Le mot zahôr signifie « couleur blanche brillante. » Nous ne nous
trompons pas, sans doute, en rattachant ce mot rare en espagnol à
l'arabe zuhùr, et en rattachant zuhûr à la racine arabe zahara zahira
zahoura, à laquelle Freitag II, 261, attribue le sens de « laxit, splen-
» duit, albus fuit. «
Nous retrouvons, sans nous en étonner, cette même racine arabe en
Sicile, où le mot, dont le sens primitif est « brillant », « de couleur
éclatante » {zâhir =^ « vividus color, » ahmaru zâhirun = « valde ruber) »,
et qui n'était d'abord que l'épithète des rubans et nœuds de soie aux
vives couleurS;, a fini par désigner les rubans eux-mêmes. Par une autre
spécification du sens, l'idée de la floraison, ou proprement de la fleur
jaune-rougeâtre izahratun^= ((flos, flo<! flaviis») en est venue à désigner
une plante spéciale. Aujourd'hui la fleur d'orange est nommée zagara, en
espagnol azahar (la fleur de l'oranger, du limonier et du citronnier).
Nous en trouvons un exemple dans Pitre, Canti Popolari Siciliani,
Palermo 1871, I, p. 289 :
'Nia un ghiardinu d'amuri tu cc'entrasti.
Tutti II cosi onesti li vidisn,
Li zagaii e li ciuri li ciarasti.
LE MANUSCRIT oM^iïm CI
Et en note : « zagara, bella voce che i vocabolaristi italiani dov-
rebbero accettare invece del fior d'arancio « .
Pour le sens « ruban, nœud » nous pouvons citer deux exemples. Le
premier est fourni par Pitre, ibid. I, p. 218 :
'Nta lu cuoddu tinia 'na zagarcdda
et en note : nasUo. L'autre exemple se trouve dansles Cantiddle provincie
meridionali Cvol. II des Canti e Racconti del popolo italiano p. p. Com-
paretti e d'Ancona, 1870), p. 168:
Te le 'indi? le pompe e le zaareddhc.
Une autre preuve de l'influence considérable de la langue arabe en
Sicile nous est encore fournie par les mots tabbutu et zahbara.
Le mot tabbata = (uassamortuaria, cercueil», se rattache intimement à
la forme axdhQtâboùt, que déjà Engelmann (p. 65) regarde comme l'éty-
mologie de l'esp. atahud. C'est probablement par mégarde que Diez
ÇEtym. W. I, 58) ne cite pas cette étymologie. ;— Le mot zabbara =
<( aloès », en espagnol acibar (y. Diez, Etym. \V., II b, p. 85), se rat-
tache à l'arabe çibâr.
C'est encore Pitre qui nous fournit les passages nécessaires pour les
deux mots : I, p. 216 : « lu tabbuîeddu fussi di castagna » ; I, p. 389 :
« pampin di zabbara ».
Caroline Michaelis.
Berlin, 27 septembre 1872.
IV.
NOTE SUR LE MANUSCRIT DE TOURS
RENFERMANT DES DRAMES LITURGIQUES ET DES LÉGENDES PIEUSES
EN VERS FRANÇAIS.
Un manuscrit de la bibliothèque de Tours, qui depuis bientôt vingt
ans jouit d'une grande célébrité, et qui dans le catalogue rédigé et publié
par M. Dorange porte le n" 927, est celui qui a fourni à Victor Luzarche
la matière des cinq livrets suivants :
1. Adam, drame ânglo-normand du XIP siècle. Tours, 1854. 8".
2. Office de Pâques ou de la Résurrection, accompagné de la notation
musicale et suivi d'hymnes et de séquences inédites. Tours,
1856, 8».
3. Vie du pape Grégoire-le-Grand. Tours^ 1857. 8°,
4. Vie de saint George par maître Wace. Tours, 1858. 8°.
5. La vie de la vierge Marie de maître Wace. Tours, 1859. 8°-
f)2 MÉLANGES
Ce ms. , que les moines de Marmoutier achetèrent en 1 7 1 6 à Toulouse,
avec d'autres précieux manuscrits de la famille de Lesdiguières, est un
petit volume, composé de 229 feuillets de papier de coton, hauts de 145
millimètres et larges de 105. Il me parait avoir été écrit par une seule
et même main, et ne doit pas être antérieur au milieu du xiii^ siècle. Il
contient neuf morceaux différents, savoir :
I. Fol. 1. Office de Pâques, publié en 1856 par Luzarche et
reproduit en 1861 par M. de Coussemaker, Drames litur-
giques, p. 37.
II. Fol. 8. Hymnes et chants divers, au nombre de 36, publiés en
1856 par Luzarche, qui a seulement négligé quelques mor-
ceaux à peu près illisibles dans le ms.
III. Fol. 20. Le drame d'Adam, publié en 1854 par Luzarche.
IV. Fol. 47. La vie de saint Georges, par Wace, publiée en '1858
par Luzarche.
V. Fol. 61. La vie de Notre-Dame, parWace, publiée en 1859 par
Luzarche.
VI. Fol. 109. La vie de saint Grégoire, publiée en 1857 par
Luzarche.
VII. Fol. 185. Distiques de Caton, traduits en vers français par Adam
de Suel.
VIII. Fol. 20$. Vie de sainte Marguerite, par V/ace.
IX. Fol. 217. Le miracle de Sardenai.
Les pièces indiquées sous les n"' I, III, IV, V et VI peuvent être
étudiées dans les éditions de M. Luzarche.
La petite collection de chants qui forme le n" II, elle aussi, a été
publiée, sauf quelques passages peu importants ; mais la musique qui est
jointe dans le manuscrit au texte des 26 premiers chants n'a point été
reproduite; elle mériterait d'être examinée, d'autant plus que ces chants
ne sont pas exclusivement liturgiques. Plusieurs appartiennent moins à
l'église qu'aux écoles, par exemple le chant sur le printemps et l'Epi-
phanie Jam ver exoritur ', le chant pour l'installation d'un évêque de
Nantes 0 sedes apostolica ^, que M. Luzarche rapporte un peu arbitrai-
rement à l'année 1148, et le chant sur les exactions ecclésiastiques >,
que je donne ici, parce qu'il est complètement inintelligible dans la pre-
mière édition :
1. Fol. 12 v° du ms. ; p. 45 de l'édition.
2. F"oI. 14 du ms.; p. 53 de l'édition. Dans cette pièce, le copiste a écrit
deux fois Mannctica au lieu de Nannetica. On en peut conclure qu'il travaillait
dans un pays assez éloigné de Nantes.
3. Fol. 19 v° du ms. ; p. 67 de l'édition.
LE MANUSCRIT ù'Adani 9J
Ve mundo a scandalis' ! Jugo servili premitur.
Ve nobis ut achephalis, Ve quorum votis alitur
Quorum libertas teritur *! Et pin^guescit exactio !
Rome dormitat oculus ', A quibus nulli parcitur *.
Cum sacerdos ut populus
La version des distiques de Caton, qui forme le n° VII des pièces
renfermées dans le volume, est celle d'Adam de Suel, Elle est incomplète
au commencement. Les premiers vers conservés répondent à la seconde
partie du précepte latin : « Turpe est doctori cum culpa redarguit ipsum s . »
Quant 11 maistres meïsmes fait Se que fl)en li puet par droit noier.
La chose qu'il tient a mesfait. En l'orne de ta conoissance
Ne faire pas foie demande : Plus qu'efn] nul autre aies fiance :
Requier se que raisons comande. Del coneù orne est l'en fis,
Si! est foz qui ose proier De l'estrange tost desconfis.
Le dernier feuillet sur lequel est copiée la version des Distiques est
mutilé. Je reproduis les derniers vers, en marquant par des points la
place des vers ou des bouts de vers qui n'existent plus :
Quant tu auras apris assez, Quant un comandement aquielt.
Ne soies mie encor(es) lassez; E . . . . ais de quatre choses
Mais apren trestot ton aaige ue maintes choses
EDeust'en meteen boncorage. bien faites
F. 204. Quident^deSuei^quiserepose,
Seignors, nosdistàlaparclose :
Se il a parlé folement,
En mains leus, et oscurement,
Ne vos en merveilés vos mie : F.204v°S'Adan3 a mesprisenmaint leu,
Quar il en afiert grant partie Aucun bien a il dit, par Deu,
A la brieté de la matière, Que volentiers devés oïr,
Quisechangeenmaintemaniere; E Deus vos en laist bien joir.
E encement corn Caton fait Saichés que saige(s) est entresait
Vuet il escuser son mesfait Sil qui de tos amer se fait.
Par la brieté que il enquieit, En bien si est reclames.
Là s'est arrêté le copiste, laissant les deux tiers de la page en blanc.
La huitième des pièces contenues dans le manuscrit est une vie de sainte
1. Math. XVIII, 7.
2. Territur dans le ms.
3. Le ms. porte oculis.
4. Ces vers devaient être chantés; le copiste a réservé au-dessus des paroles
les espaces destinés à recevoir la notation musicale.
^. Voyez le texte des Distiques d'Adam de Suel dans le ms. français 155^ de
la Bibl. Nat., fol. 67 v».
6. Lisez : Adent. — Le ms. 1 555, fol. 75 v", porte :
Adans vous dit, qui se repose,
A I soûl mot à la parclose.
94 MÉLANGES
Marguerite par Wace, Malheureusement elle est incomplète dans l'exem-
plaire de Tours, où elle commence
ist un grief torment
Batre sa char espessement
Que l'entreille que iert el cors
Par les plaies pareut dehors.
Tant fu batue longuement
Que le cors ot trestot sanglent,
Puis (en) fu en la chartre menée,
Le poëme se termine ainsi :
F. 21 5v°Une columbe apertement
Issi del cors, veant la gent,
Qui [haut] el ciel s'en ala sus,
E le cors prist Theodimus.
En Antioche l'enterra,
En un serquel que il trova.
Ce Theodimus que je di
Marguerite vi et oi,
En la chartre la visita,
F. 216. E pain e aiguë li porta.
Les oreisons qu'ele disoit,
E les peines qu'ele sofroit,
Il meismes mist en escrit,
Ce que de li oi et vit.
Or prions Deus qui est et fu
E a sur tote rien vertu.
(fol. 205) par ces vers :
Tote sole fu enfermée.
Donc fist s'ignum crucis sor sei,
Ce est li signes de nostre lei ;
Don comança ceste oreison :
Deus qui ne vois rien se bien non,
Voirs jugierre, voire lumière,
Oing mes plaies, oi ma prière.
Por l'amor sainte Marguerite,
Dont nos avons la vie dite.
Si voirement cum Deus l'ama
E en sa fin molt l'enora.
Por li mainte miracle fist.
Si cum [nos] trovonsenescrist.
Dames la devent molt amer,
E por li damne De loer.
De nos péchez pardon nos face.
Ci faut sa vie, ce dit Grâce (sic),
F.2i6voQui de latin en romans mist
Ce que Theodimus escrist.
Dites Amen, seignor baron,
Que Deus doinst sa beneison,
E nos doinst faire cel servise,
Quenosseonssaufajuvize.Amen
La dernière pièce du manuscrit est une relation du miracle de Sardenai,
tout à fait différente de la rédaction du même miracle que Gautier de
Coinci a insérée dans son grand recueil '. Je vais en copier les premiers
et les derniers vers :
El nom de sainte Trinité,
Si com(e) vi(nt) en auctorité
E si cum en escrit trovai.
Le miracle de Sardenai
De madame sainte Marie,
Que plusors gens ne sevent mie.
De latin vueil en romanz mètre
Tôt mot a mot selonc la letre,
Por ce que ici pora plus plaire
A ceaus qui n'entendent gra-
maire.
Li escrit dit qu'a cel termine
Que li Gresois et li Ermine
Teneient en lor seignorie
La sainte terre de Surie,
Vers Dom.as en un leu savage,
Loinsdel chemin et del passage.
Une sainte feme abitoit
Qui abit de nonain portoit.
F. 228. E por ce que primes avoit
Veu la lampe qui ardoit,
F,228v''Si voa que tote sa vie
Edition Poquet, col. 649.
Que en l'iglise fera aie (?),
A Sardenai d'eule rendroit
Lx mesures tôt droit.
L'estoire dit que sel vou tindrent
Il et sil qui après lui vindrent,
E desqu'al tens de Noradin '
Rendirent bien li Sarasin
Sele rente à la sainte iglise;
Mais après fu en obli mise,
Quant Salehadin pot rener:
Si ne l'osa nus desrener,
Vers lui, ne jeunes ne anciens,
Que auques mata les Crestiens,
Par lor pèche et alenti,
Quar damme Deus li concenti.
Mes je ne vueil ore plus dire,
Quar n'atient pas a [ma] matire;
F. 229. Ains parlerai de Sardenai,
Si corn en l'estoire trovai.
Moines i a, sicoi^m] moi senble.
LE MANUSCRIT D'Adam 95
Enonains,mesnonsontensenble:
Quar a une part de l'iglise
Font li moines grec lor servise;
E d(e O'autre part les nonains
sunt,
Qui del leu la seignorie ont ;
E por ice raisons lor done
Que lor ancestre si fu none.
Qui primes mist a l'ermitage
Par qui eles orent l'ymage :
Por ce la seignorie en tienent.
Chascun jor miracle(s) i avienent
(E) en l'enor de la sainte dame,
Par' qui est sauvée mainte arme.
Si les (ms. il s'est) fait por sa
sainte mère
Li fis [et] li sire et li père,
F.229v°Qui vit et règne et régnera,
A qui parfaite amor sera,
Per seculorum secula.
A la suite de ces vers, sur la portion de feuillet restée blanche, ont été
copiés, peu de temps après la transcription du corps même du volume,
les quatre premiers couplets du texte provençal de l'épître farcie de saint
Etienne 2 :
Lcctio actuum apostolorum.
Auida senors per cal rason
Lo lapideron li félon :
Quar viron que Dys en luy fon
E fe miraclet per son don.
Enco[nltra luy coron e van
Li félon Elbertelianst
E l'autret Alisandriant.
Setta leson que leyrem
Del Faz del apostol trayrem :
Lo dyh sant Luc recomtarem,
De scant [E]steve parlarem.
En anul temps que Diys fon nas,
E fon de mors resusitac,
E pys el sel s'en fon pujac,
Sant Etteves fon lapidât.
La présence de ce texte provençal dans le manuscrit, la nature du
papier et le caractère de l'écriture, tout se réunit pour faire supposer que
le recueil a été copié dans le midi de la France vers le milieu du xm''
siècle, d'après un manuscrit qui avait dû être exécuté un demi-siècle
plus tôt dans une des provinces septentrionales soumises à la domination
des Plantagenêts,
L. Delisle.
1. Gautier de Coinci parle de Noradin (Voradius dans l'édition, col. 661),
mais non pas de Saladin.
2. Voyez à ce sujet un rapport de M. Paul Meyer, dans la Revue des Sociétés
savimtes, année 1867, 4e série, V, 297, et les notes du même et de M. Gaston
Paris, dans la Romama, I, 262 et 363.
3. Ici le copiste a passé un vers.
96 MÉLANGES
V.
ODIERNE.
Dans les poèmes allemands que Wolfram d'Eschenbach, Ulrich de
Tùrheim et Ulrich du Tùrlin ontcomposéssur Guillaume d'Orange, nous
rencontrons souvent le nom du lant Todjerne. De ces poèmes le nom est
passé dans le second Titurel v. 3 168 et dans le Lohcngrin v. 496. Dans
mon étude « Ueber die Quelle Ulrichs von dem Tùrlin und die alteste
Gestalt der prise d'Orenge(Paderborn, 1873))), p. 40, j'ai démontré que
ce nom de pays doit son origine à Wolfram, qui a conclu d'un passage
de la Bataille d'Aliscans où Esmeré, fils du roi Tiebaut, est appelé d'O-
dicrne, que Todjerne était le royaume de Tybalt.
Dans les chansons de geste^ Odïcrne n'est pas un pays, mais une ville,
et ne se trouve guère que dans la combinaison Esmeré d'Odïerne (Cove-
nanî Vivien v. 1067, Bataille d'Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon,
p. 16-32). Dans la Bataille Loquijer, chanson de geste fondée entièrement
sur des traditions celtiques, Odïerne la fort citez mananz est fréquentée
par les fées.
M. de Kerguelen, qui découvrit le 1 3 janvier 1772 Pîle de Terre de Ker-
guelen dans l'Océan indo-antarctique, donna à une baie de cette île le
nom de Baie d'Audierne (comp. Voyages autour du monde par le vicomte
de Pages, p. j2o, et la carte; Geschichte der See-Reisen aus dem Englischcn
iibersetzt vom Verfasser Georg Forster, tome IV, p. 37, et la carte).
Audierne est en efïet une petite ville de la Bretagne, qui a donné son nom
à la Baie d'Audierne sur laquelle elle est située, et c'est le nom de la
dernière que M. de Kerguelen, Breton, a transporté dans l'Orient loin-
tain. Déjà du temps païen l'aspect lugubre des environs de la ville
d'Audierne, surtout du gouffre nommé l'Enfer de Plogofï et de la Baie
des Trépassés, avait fait naître des traditions mythiques. C'est à la pointe
voisine du Raz que l'on réfère ce que Procope et Claudien racontent des
âmes qui forcent le pêcheur sur le rivage de les faire passer à minuit (de
la Villemarqué, Barzaz-Breiz I, p. 136).
En provençal Audïerna est un prénom de femme. C'est ainsi que
s'appelaient l'épouse de Raimond I, comte de Tripoli, assassiné en 1 1 5 1,
et la maîtresse du troubadour Arnaut Daniel (Diez, Leben und Werke,
p. 355). Dans Peire Vidais Lieder herausg. von Bartsch l'amante de Peire
Vidal est appelée Audïerna dans les variantes de 7, 94, 20, 49, 28,
67, 44, 91. Au lieu de na Vïerna, comme M. Bartsch écrit à tous
les passages réunis par lui p. 160, il faut lire plutôt n Avierna; la forme
Avïerna est employée dans VHist. gén. de Lang. t. III, p. 462, au
dixième siècle.
Hermann Suchier.
COMPTES-RENDUS.
La Chanson de Roland , texte critique, par Léon Gautteh, professeur à
l'École des Chartes. 3" édition, revue avec soin et précédée d'une nouvelle
préface. Tours, imprimé par A. Mame, avril M DCCC LXXII. In- 18,
208 p.
Rencesval. Édition critique du texte d'Oxford de la Chanson de Roland, par
Éduuard Boehmer. Paris, Franck, 1872, in-12, 109 p. — Prix : 2 fr. 15.
Non content des deux éditions successives dont nous avons dit un mot dans
notre premier numéro, M. Léon Gautier a réimprimé une troisième fois la Chan-
son de Roland; mais il n'a pas mis cette petite édition dans le commerce, ce que
nous regrettons, d'abord parce qu'elle est naturellement en progrès sur les deux
autres, ensuite parce qu'elle est fort agréable et élégante de format et d'impres-
sion. Dans la nouvelle préface, l'éditeur annonce qu'il réserve pour une publica-
tion à part un Mémoire sur les manuscrits, la phonèti(jue et la versification du
Roland. Ce mémoire nous donnera l'occasion, que nous négligeons volontairement
aujourd'hui, de traiter les mêmes points de notre côté.
M. G. déclare qu'il s'est proposé, notamment dans cette troisième révision,
« de reconstituer notre vieux poème tel qu'il aubait été écrit par un sdriue
INSTRUIT ET SOIGNEUX, .VYEG LES RÈGLES GÉNÉRALES DE LA LANGUE DE SON
TEMPS ET LES RÈGLES PARTICULIÈRES DE SON DIALECTE SPÉCI.VL. » M. G.
compte sans doute nous dire dans son Mémoire spécial quelle époque et quel
dialecte il a assignés au scribe « instruit et soigneux « dont il a pris la place;
mais le lecteur n'aurait pas été fâché d'être d'ores et déjà brièvement renseigné sur
ce point' ; et sans cet élément la discussion du texte est à peu près impossible.
— L'auteur signale ensuite deux autres « manières d'établir un texte critique. »
La première « consisterait à publier le meilleur de nos remaniements ; » nous avouons
ne pas comprendre du tout comment ce serait là une manière d'établir un texte
critique de l'original. La seconde, qui consiste à fonder le texte sur la comparai-
son systématique de tous les manuscrits, est évidemment la seule véritablement
critique; mais elle présente, comme le fait remarquer M. G., des difficultés qui
sont peut-être insurmontables, au moins pour le moment : la classification des
manuscrits n'est même pas commencée % et suppose, pour être établie avec cer-
1 . Une note qui répète la même pensée avec de curieuses variantes de forme (p. 6) a
la prétention de l'édaircir ; mais nous devons confesser qu'elle nous a plongé dans des
ténèbres plus profondes encore.
2. M. G. en présente (p. 8) une esquisse sous forme de tableau généalogique; mais,
peu familier encore avec ces procédés graphiques, il fait dériver, par la disposition de ses
sigles, le ms. Vn.' du ms. Vs., tandis qu'il n'a certainement voulu que les rattacher à
un auteur commun.
Remania, Il 7
C)8 COMPTES-RENDUS
tiiude, de vastes travaux dans tous les sens'. Aussi M. G. s'en est-il tenu/en
quoi il a fait sagement, à la reproduction du texte d'Oxford, en ramenant l'or-
thographe à une certaine régularité, en corrigeant beaucoup de leçons fautives,
et en comblant, â l'aide des autres manuscrits, les lacunes évidentes. Il est résulté
de ce travail, fait avec soin et attention, un texte fort lisible, presque toujours
correct, et qu'on serait assurément fori heureux de trouver dans un manuscrit
du X1I« siècle.
Nous ne dirons absolument rien, pour ce qui concerne cette édition, de la cri-
tique des formes, M. G. réservant ses preuves pour le Mémoire en question ; mais
nous allons signaler un certain nombre de vers où l'éditeur a cru devoir changer la
leçon du manuscrit. Nous relevons ces vers un peu au hasard, et nous citons les
corrections de M. G. tantôt pour les approuver, tantôt pour les combattre.
Nous devons redire d'abord que le nombre de vers auxquels l'éditeur a rendu une
bonne forme est considérable, et que la dernière édition de M. G. est incontesta-
blement meilleure que toutes celles qui l'ont précédée. Je compare, s'il y a lieu,
dans les notes qui vont suivre, tant les corrections de M. Bœhmer (dont j'appré-
cierai tout à l'heure le travail) que celles des éditions antérieures (G. Gautier,
B. Bœhmer, M. Mùller, Gé. Génin, H. Hofmann) -.
V. 43. Par num d'ocire i envderai le mien. — G ; enveierai /' mien, impossible;
B. supprime i, ce qui est siirement la bonne leçon.
90. Que li tramist li reis de Suatilie. — G. l'amiralz de Sezilie, inutile.
147. Voet par hostages. — G. B. Voelt : je ne sais quel sens ces deux éditeurs
donnent à ce mot.
216. Ne benne mal ne respunt sun nevuld. — L'assonance n'exige pas le chan-
gement fait par M. G. en sen nevuld ne respunt.
222. Quant ço vus mandet II reis Marsiliun. — G. Quant ço savez Je l'rei M.;
cette correction, qui va contre tous les mss., a uniquement pour objet
de faire disparaître la forme de Marsiliun au nominatif; mais les noms
propres de ce genre se présentent plus d'une fois dans Roland avec la
même irrégularité; je renvoie M. G. à son propre glossaire au mot
Guenes.
244. <jui i enveieruns. — G. ^ui enveier purrum; pourquoi.?
270. Si 'n vois vedeir alques de sun semblant. — G. Si li dirai a. de num s.;
pourquoi? M. B. a voulu aussi corriger ce vers : il Wt Enveis
vedeir, ce qui n'a ni sens ni forme.
298. Si as juget qu'a Marsiliun en alge. — G. supprime qu'a, ce qui est bien
dur; B. qu'a Marsitie m'en alge ; H. qu'a M. alge, qui parait être la
meilleure leçon.
290. Jo Cen muvrai un si grant contraire. — M. propose si très grant; B. issi
grant; G. iluec si grant. — Je crois qu'il faut une si grant.
1. Entre autres sur la date du poème et ses éléments. Je n'ai pas saisi la portée du rai-
sonnement que M. G. appuie sur une observation, juste d'ailleurs, de M. Sepet (p. 11-12).
2. On sait que l'édition de M. Hofmann est imprimée, mais non publiée, depuis long-
temps. M. Gautier, qui l'a eue comme moi entre les mains l'année dernière, n'a pu en
profiter autant qu'il l'aurait voulu ; il a reconnu les indications utiles qu'il y avait trou-
vées. Je ne cite cette édition que rarement, et d'ordinaire dans les cas où elle a une
leçon qui paraît incontestablement bonne.
La Chanson de Roland, p. p. Gautier 99
297. A lui lais jo. — G. A lui jo lais, correction bien inutile et contraire à
la syntaxe.
356. Que estrait estes de mult grant parentet. — G. estraiz; cette correction,
que B. adopte aussi, n'est pas bonne ; estrait est au pluriel, et le vers
signifie que Ganelon et Roland sont très-proches parents.
559. Mielz est sul moerge i]ut tant bon chevaler. — M. G. est le seul des édi-
teurs qui se soit aperçu que chevaler fausse l'assonance; <jue vus sciez
damnct, qu'il emprunte à Vs., est d'une rare platitude, et n'a pas pu
suggérer la leçon de 0, excellente sauf l'assonance : je lirais bacheler
(comme au v. 2861).
364. e pur seignur le tenez. — G. e pur seignur l' tenez, comme si Ve de le
pouvait s'élider entre deux consonnes; B. e l' pur seignur tenez, ce qui
n'est pas moins inadmissible. La correction de H., qui supprime le,
est la meilleure.
390. Seit ki l'ociet, tute pais puis avriumes. — G. avrumes, B. supprime puis ;
ces deux corrections sont superflues : avriumes ne forme que trois
syllabes.
414. Blancandrins vint devant l'empereur. — G. devant Marsiliun; très-bonne
correction.
444. del furrer getee. — G.furrier; je ne connais pas ce mot et lirais volontiers
fuerre ou furre avec H .
474. L'altre meitet durât Rollant sis nies. — G. E sun nevuld Roi tant l'altre
meitiet, leçon qui serait soutenable, mais qui ne vaut pas la correction
si simple et si lumineuse de H. (suivi par B.) : L'altre meitet avrat
R.s. n.
489. Que me remembre de la dolur e de l'ire. — M. propose de supprimer le
second de, ce qu'a fait B. , mais ce qui est fort contraire aux habi-
tudes de l'ancienne langue. G. de la sue grant ire; je lirais volontiers
del grant duele de l'ire.
520. pur veir sacez. — G. créez, bonne leçon, fournie par Vn. et nécessaire à
l'assonance.
526-7. Tanz riches reis cunduit a mendistcd; Quand ert il mais recreanz d'osteier?
— G. T. r. r. e 'vencuz e matez, leçon qui rétablit l'assonance, mais
qui est faible; mais osteier doit aussi être corrigé.
548. Funt les enguardes a xx milie chevaliers. — G. et de Francs xx milliers (il
faudrait au moins millier); H. vint mils, et B. après lui vint mil : c'est
la bonne leçon.
605. La traisun me jurrez de Râlant s'il i est. — Vers difficile : Gé., suivi par
B., supprime de Rollant; M. propose La tr. de R. me jurreiz; la cor-
rection de G. La mort jurez de Roland s'il i est, paraît la meilleure.
732. La destre oreille al premer urs trenchat. — G. al Jelun urs ; H. primes al
urs. Il est vrai que l'ours est seul, mais le texte d'O peut se défendre:
premier signifierait ici celui dont on a parlé d'abord.
766. Dreiz emperere, dist Rollanz le barun. — M. G. emprunte à Vn. une leçon
qui supprime la forme barun au nominatif, bien probablement fautive :
Li quens Rolanz en apelct Carlun.
100 COMPTES-RENDUS
838. Chi ad juget mis nés a rerc guardc. — G. Ki mm ncvuhi jugat; cette cor-
rection est bonne ; celle de H., qui substitue Rollanl à mis nés, aussi :
B. a adopté la dernière.
918. De chrcstiens voct faire maie vode. — M. G. ne comprend pas le dernier
mot de ce vers ; à la note correspondante de sa première édition, il
dit : « Mot difficile. On a voulu {gui donc?) le rapporter à vuide, de
viduus, mais c'est une hypothèse très-contestable. » Au glossaire on
lit : « Vode. Destruction?? (étymologie inconnue, à moins qu'on ne
suppose viduus ? ?) Il est douteux que le scribe ait bien écrit ce mot. »
Et dans les deux éditions suivantes, le vers est transformé en celui-ci :
Chrestientet voet mètre a maie hunte. Mais il n'y a aucune correction à
faire. La locution maie vode, qui vient sans doute du latin niala vota,
signifie « désastre, perdition ; » elle se retrouve plus tard sous la forme
maie voe, p. ex. Troie, v. 745, Cum il alast a maie voe, ou maie veue :
Se il pecchent envers tei e tu par curuz les livres a maie veue a lur enemis
(Rois, III, 8, 46). On rencontre encore ce mot, écrit n^'furve dans l'édi-
tion de Méon, dans Marie de France, II, 244 : Chascun envient garder
sa kewe, U il ira a maie weuwe. Ce n'est donc pas le scribe d'O qui est
dans son tort.
979. Icele tere ço dit dun il estcit. — M. propose 0 vit Deus l'ad maleite, mais
c'est bien loin du texte ; H. et B. lisent estcid, qui suffit pour rétablir
l'assonance ; mais on ne trouve dans tout le Roland aucune trace de
\'e à la finale des 5" pers. sg. de l'imparfait, et ce temps ne convient pas
ici, comme l'a remarqué Mùller. G. Wtdunt il seseivret, c'est ingénieux,
mais on n'a pas d'exemples de cette locution. Je lirais : dunt il est
seindre si j'osais introduire ici cette forme archaïque (elle se trouve dans
la Passion) à côté de sire assuré par l'assonance aux v. 296 et autres.
Au reste, ço dit n'est pas clair non plus.
1024. Guenes le sot li fel li traitur. — G. ki fist la traisun ; H. Gu. H fel ad
fait la traisun (mieux, parce que H. n'est pas obligé comme G. de
changer le vers suivant).
:o9i. Melz voell morir que huntage me venget. — Pour écarter cette assonance
impossible, G. et B. (après H.) lisent que me vienget huntage. Mais
l'assonance comporte ici a + nasale + gutturale : je lis que huntages
m'ataignet; cf. au v. 9.
1 1 47. Que Guenelun nus ad tuz espiez. — G. Que H quens Guenes a mort nus ad jugiez;
correction motivée par le sens du deuxième hémistiche et la forme du
premier, et assez inutile dans les deux cas, car M. G. admet ailleurs
Guenelun au nominatif, et si le sens du 2" hémisticle n'est pas très-bon,
la correction ne vaut guère mieux : l'idée de trahison devrait être
clairement exprimée dans ces paroles.
1438. Franceis i unt ferut de coer e de vigur. — G. i fièrent, bonne correction.
1485. Ço est Climborins ki pas ne fut produme. — H. a conjecturé ki pas ne fuit
por ume, dont on retrouve l'idée essentielle dans le ki pas ne fuit pro-
dume de B. ; G. ki coer n'at de produme, un peu trop éloigné du texte.
1862. Oi desertet a tant rubeste exill. — Ce vers, qui est obscur, mais qui en
La Chanson de Roland, p. p, gautier ioi
somme peut rester tel quel, est trop violemment corrigé en Hoi désertez
et mis en grant exill.
1894. Q^^ "'^''^ l'^l^^t ^^"î- ^It''^ descunfisun. — G. raeinçun, d'après le ms. de
Paris; mais la correction de H. est bien meilleure : escundisuri ; B.
desfisun ?
1959. Iço ne di que Karics n'i ait perdut. — M. G. corrige m'ait, leçon excel-
lente, qui est sûrement dans le ms. au lieu de n'i ait, et qui concorde
seule avec le sens général. Elle annule les autres conjectures faites sur
ce vers * .
2 161 . Dcsuz le comte si l'i unt mort laisset. — G. fait verser ; H. mort getet ; l'une
et l'autre leçon est bonne; la seconde est plus près du ms.
2242. Morz est Turpin le guerreier Charlun. — Malgré l'accord des mss. secon-
daires, il ne paraît pas nécessaire de changer li gaerreiers en el servise.
2276. Del sanc luat sun cors e snu visage. — G. Sanglent aveit. Dans ses deux
premières éditions, M. G. ne trouvait rien de choquant à ce vers; il
expliquait dans son glossaire le verbe luer par « souiller, » et ajoutait
qu'«il vientde/ucre, qui signifie « arroser, baigner ». » Il paraît que cette
explication ne le satisfait plus; mais le changement qu'il fait subir au
vers est trop arbitraire. 11 faut maintenir luat au sens de « souilla, »
en faisant naturellement venir luer de lutare et non de luerc.
281^. Jo te cumant de tute mes oz l'aunade. — Le dernier mot de ce vers est
d'une autre main dans O, dit Th. Mùller; Génin lit de tûtes mes oz
l'aiin, ce qui est sans doute la bonne leçon, en changeant de tûtes mes
oz en de tute m'ost. M. G. lit Jo te cumant, tûtes mes oz aiin avec Millier
(et B.), mais l'impératif est aune : il faudrait au moins aiins. H. lit
cundui au lieu à'aiin, d'après les mss. secondaires.
2851. amiral:. — M. G. propose en note amiranz , bonne leçon, que B. a
adoptée.
2861-2. Oi se vante. ent mi vaillant chevaler De granz batailles, de forz esturs
pleners. — Pour écarter ces deux assonances en iè, M. G. change au
premier vers chevaler en adubet (je lirais plutôt bacheler, comme au v.
359), et au second, d'après H., pleners en campels, évidemment bon.
La lettre qui est effacée dans le mot vante. ent est suppléée par un (dans
l'édit. de Th. Millier; mais M. G. a reconnu qu'il faudrait vantouent,
et c'est ce qu'il a imprimé : toutefois la vraie leçon est celle de M. B.,
vantèrent .
3020. M. G. met en note sur ce vers : « Correction due à M. Bartsch; « mais
il n'y a pas de correction ; la même bizarrerie se reproduit au
v. 3197.
3056. Leseignur d'els est apelet Oedun. — G. ils apclent Ocdun, H. apclet um,
B. Li sire d'els est a. Ocduns. Ces trois corrections peuvent s'accepter.
3668. Meinent paitns entres qu'ai baptisterie. —M. Bonnardot a indiqué à M. G.
la forme baptistire (ou mieux batestire), qui rétablit l'assonance ; B. a
baptistirie, qui est très-douteux.
I . Je vois au dernier moment que cette leçon se trouve déjà dans la seconde édition de
M. Fr. Michel.
102 COMPTES-RENDUS
5845. Met II cl poign de cerf le désire guant. Dist H cmpereres : bons pièges en
dcmant; Trente parenz (ms. ^aienz) li plevissent leial; Ço dist li reis :
c jo l'vos rccrerai. Fait cels guardcr tres^ue li dreiz en serai. — De ces
cinq vers, le 4* seul peut subsister dans une tirade assonée en ai, è;
M. H. supprime les trois premiers et garde le dernier tel quel :
M. Bœhmer en a fait, contre toute vraisemblance, une petite laisse à
part en an, en (au v. 3847 il lit E li plevissent leial trente parent, au
V. 48 jo vus recrei itant, et au v. 49 tresque dreits serat en .'). M. G.
corrige fort bien 45 : E/ puing li met le destre guant de cerf, 46 en
avrai; 49 trcscju'en serat li plaiz est plus douteux, parce qu'il ne s'agit
pas du procès, mais du droit (de Pinabel ou de Tierrij décidé par l'is-
suedu combat (p.-ê. tresquen serat dreiz faiz ou tresque dreiz en iertfaiz ?)\
47 Trente parent leial plege en sunt fait est très-ingénieux, mais me
paraît s'éloigner un peu trop du texte.
5880-1. Lur osbercs rampent e lur cengles depiccent, Les alves turnent, les scies
cheent a terc. — Ces deux vers ne peuvent assoner en a, ai, et le second
est trop long, M. G. lit : Lur cengles rampent c lur osbercs desmailent,
Les alves turnent, lur seles en sunt gaastes. Cette correction a pour le
premier vers l'inconvénient de ne pas présenter les idées dans un ordre
tout-à-fait logique, et pour le second celui beaucoup plus grave de ne
pas rendre du tout l'idée du poète. Au v. 3450, qui a servi de modèle
à M. G., on lit bien la scie en remaint guaste, mais c'est que celui qui
l'occupait est tué, tandis qu'ici les selles doivent sûrement tomber
àterreavec les deux chevaliers. B.lit lur cengles départent, qui est excel-
lent, mais au second vers les seles acraventent ne fait pas d'assonance.
3923. herbus. — G. hcrbut, bonne correction, nécessitée par l'assonance, et que
B. a adoptée.
3978. En ma maisun ad une caitive franche. — G. En ma curt; cette excellente
leçon, qui est déjà dans la deuxième édition de G., a été faite aussi
par H.; celle de B., En ma maisun i at caitive franche, est bien moins
bonne.
3992. Culcet sei li reis. — H. G. Li reis se c; B. Culchet sei ireis! J'aimerais
mieux Culchet sei Charles.
3995. Par force iras en la tere debire. — Ce vers si important est encore incer-
tain ; Génin lisait de Sirie; H. lit d'Ebire; M. de Bire, et promet des
éclaircissements que nous attendons depuis dix ans; G., après avoir
proposé de Libie (voyez-en les raisons Hist. poét. de Charl., p. 277),
lit aussi de Bire, et B. en fait autant. Le mot reste donc aussi énigma-
tique que celui qui termine le vers suivant : Rci Vivien si sucurras
enimphe.
Le grand mérite de cette édition, celui qui lui vaudra de faire date dans l'his-
toire du Roland, c'est qu'elle est la première où on ait essayé de rétablir par-
tout un texte intelligible et correct, où on ait comblé les lacunes d'O avec les
autres mss., et surtout où on ait pris pour guide et pour règle fixe la pureté de
l'assonance. L'honneur de cette première tentative reviendrait à M. Hofmann
s'il avait publié son édition imprimée depuis trois ans au moins ; mais, puisqu'il
La Chanson de Roland, p. p. bœhmer 105
s'est laissé devancer par M. Gautier, il n'est que juste que le mérite d'une initia-
tive aussi féconde revienne au savant professeur de l'École des Chartes. Son
petit livret ne mérite donc pas, dans son genre, moins d'éloges que les deux
splendides volumes dans lesquels il a donné au public une sorte d'encyclopédie de
la Chanson de Roland et de tout ce qui s'y rattache.
M. Bœhmer aurait bien dû, à l'exemple de M. Gautier, définir ce qu'il a voulu
faire en exécutant sa petite édition. H n'en indique, par le titre', qu'un des
caractères : c'est une simple « édition critique du texte d'Oxford ; » et dans sa
prudence à l'égard des autres manuscrits il va même beaucoup plus loin que
M. Gautier: il ne leur emprunte que de rares variantes (généralement utilisées
avant lui), et jamais de vers ou de laisses, malgré les évidentes lacunes d'O. Son
travail critique est essentiellement restreint à la restauration du texte d'Oxford à
l'aide des seules ressources qu'il présente : c'est une œuvre de critique divinatoire
beaucoup plus que méthodique, où l'auteur a montré souvent une rare intelli-
gence et une invention heureuse, mais qui n'offre, dans la plupart des cas, pour
la constitution définitive du texte, que la valeur d'une conjecture ingénieuse.
Comme M. G., M. Bœhmer a eu en vue de donner partout un texte satisfaisant
au point de vue du sens et de l'assonance. Dans ces deux directions, il est allé
plus loin que son devancier, mais ce n'est que dans la seconde qu'on peut l'ap-
prouver sans réserve. M. Gautier s'était à peu près borné à la restitution et à la
distinction respective des assonances en ou, 0 et u, ie et e; M. B. y a joint
l'étude plus attentive des autres, et le soin qu'il a généralement pris, avec toute
raison, de conformer l'orthographe à l'assonance, mérite d'être désormais imité
(p. ex. I reclaimet ataignet, XXIII oels au lieu de oils, etc.). Cette attention
apportée à la rime a d'ailleurs été récompensée par de bonnes corrections qu'elle
a suggérées; d'autres fois elle a entraîné l'auteur dans de singuliers écarts; enfin
il a parfois contredit fort singulièrement son propre principe : on trouvera plus
loin des exemples de tous ces cas, qui seront examinés à propos de la critique
des leçons proprement dites. Comme M. Gautier, M. B. a transporté dans le
corps du vers l'orthographe assurée par les assonances : procédé évidemment
bon, et que je ne signale que parce que des critiques distingués ne l'ont pas
toujours appliqué. Quelques inconséquences, quelques lapsus calami, comme cha-
lunjant 3378 quand l'assonance de 3785 assurerait chalange ou chalenge {cha-
langcz 1926), coukhets 2358 et chalangez 1926 pour coulchiets etchalangiez, et de
m. nuncerent 204, etc., étaient inévitables et se corrigent facilement. — Mais il
est bizarre de voir l'auteur adopter quelquefois une orthographe qui n'est pas
moins contraire aux règles de l'assonance qu'à la grammaire. Ainsi, bien que ces
mots assonent toujours en è et ê.e, il écrit toujours, malgré le ms., sait et saivcnt
pour set et scvent, les seules formes phonétiquement acceptables et les seules que
connaisse l'ancienne langue ; comme si ai assonait en é et non en P.
En dehors de l'orthographe indiquée par l'assonance, M. B. a introduit dans
son texte une notation diacritique toute nouvelle, qui consiste essentiellement
1 . Le changement du titre même du poème : Rencesval au lieu de Chanson de Roland,
est une fantaisie sans importance.
2. Quant à saiviez pour saviez 1146, le barbarisme. est encore plus inexpliquable.
104 COMPTES-RENDUS
dans l'emploi de ts pour z en certains cas, dans la distinction entre u = ù etu =
ou', et dans l'adoption du signe i pour indiquer deux i réunis en un (chrestien).
11 substitue d'ailleurs, comme M. G., ch k c toutes les fois que cette consonne
précède a ou ses représentants (pourquoi pas Blanchandrin ?), el emp\ok \e ç
devant a, o, u (pourquoi alors jugat? ^i. De ces trois innovations, la seconde
seule me paraît bonne : on ne s'en étonnera pas, puisque je l'ai proposée, ou à
peu près, avant M. Bœhmer % et qu'elle s'accorde parfaitement avec mes
recherches sur la valeur des voyelles o et u en ancien français. Au lieu de chres-
tien (ou chrestien), je ne vois pas pourquoi on n'écrirait pas chrestiien comme les
bons manuscrits anciens, (^ant à l'emploi de ts au lieu de z, il n'a en lui-même
rien d'utile : si l'on voulait se mettre à remplacer les caractères de l'ancienne
écriture par ceux qui nous rendent le même son, il faudrait employer l'écriture
purement phonétique, et le 2, fort à propos adopté par les anciens scribes pour
rendre ts, n'expose à aucune confusion, puisqu'il n'a pas d'autre valeur. Au
reste, M. B. a appliqué son innovation le plus singulièrement du monde : quand
le z termine une forme d'un nom finissant en t, il le rend par ts *, mais s'il ter-
mine un adverbe (asez) ou une forme verbale, il le maintient (ainsi amets =
ûmatoSf mais amcz = amatis). C'est une distinction qui n'est appuyée sur aucun
exemple ancien ■', et qui a le grave inconvénient de paraître distinguer deux pro-
nonciations là où il n'y en avait qu'une '"'. Ce qu'on ne saura jamais, c'est pour-
quoi M. B. a restreint (sauf le ç) ses signes diacritiques à ceux qui n'étaient pas
employés avant lui. Il a trouvé utile, — et je l'en loue, — de distinguer u = û
et u = ou, mais pourquoi a-t-il laissé les trois sons bien distincts é, e tX. e fémi-
nin confondus dans le même signe « ' ? Il est aussi difficile, et même plus, car
la langue moderne suggère des confusions, de discerner Vé Atperàt l't de /cr qu'il
peut l'être de distinguer Vou de jur de Vu de mur. Comment se prononcent les
deux premiers c à'empererc ? En lisant chantet qui peut dire si c'est cantat ou can-
tatum } Il faut lire mïlic nobïlie, mais folie avilie. M. B. n'éclaire le lecteur sur
la prononciation d'aucune de ces lettres. On la connaît, dira-t-on, par l'étymo-
logie, le sens ou la versification. Mais il en est de même de celle des deux u,
de celle de c, de celle de / ou i. — L'éditeur a pris évidemment plaisir à appli-
quer les deux ou trois procédés qu'il a inventés : il n'a pas fait une œuvre
logique et vraiment scientifique.
1 . Faute de caractères équivalents, j'imprime simplement u en citant les mots que
M. B. écrit par un u marqué d'un signe spécial qui lui donne la valeur approximative
de ou.
2. M. B. prétend rétablir le / là où il est étymologique : il l'écrit même devant (, con-
trairement aux lois de l'ancienne orthographe : l'œil est choqué de jisant, jiu, etc.
3. Voy. Alexis, p. 67. U est vrai qu'au lieu de deux u, je proposais de distinguer deux
0, mais cela revient au même ; et par des raisons analogues à celles qui m'ont décidé
pour l'Alexis, je mettrais partout, dans le Roland, 0, et non u.
4. De même aux thèmes en d correspondent des formes en ds, ce qui a l'air d'indi-
quer une différence de prononciation. — M. B. écrit punds 1364 : quelle est donc pour
lui l'étymologie de ce mot ?
j. Le Fragm. de Val. a partout ts, les textes postérieurs partout z.
6. M. B. conserve le c (ou ç), qui, dans l'ancienne écriture, exprime le son z {ts)
devant des voyelles {cel, ço, etc.). Pourquoi donc écrit-il anzeis 3382 et 3480 quand le
ms. a enceis? Ce n'est rien, mais ce qui est une vraie faute, c'est d'écrire chevalst 2109,
culst 2682 pour chevalzt culzt contre le ms.; c'en est une autre de substituer Sarragusse
et sarragusseis 996 à Sarraguce et sarraguceis.
7. çà et là on trouve un accent grave, on ne sait pas pourquoi.
La Chanson de Roland, p. p. bœhmer 105
De même que M. Gautier, M. B. a aussi prétendu rétablir partout les règles
de la flexion la plus régulière. Cette tendance en elle-même est excellente, mais
elle demande, pour être appliquée avec fruit, une connaissance très-exacte de ces
règles qu'on veut mettre en évidence ; elle exige en outre une logique rigoureuse,
qui cependant n'exclut pas la prudence. M. B., qui possède plusieurs des con-
ditions d'une tâche aussi délicate, ne les remplit pourtant pas encore suffisam-
ment. Le soin qu'il a apporté à examiner la flexion lui a fourni de bonnes cor-
rections, mais l'a entraîné dans de mauvaises. Pour le moment, je ne veux parler
que des décisions générales ou signaler certaines inconséquences*. — Le mot
carre, aux v. 53, 130, 186, est un pluriel neutre qui ne doit pas prendre d's,
comme l'a montré M. Mussafia (Jahrbuch, VIII, 128); c'est par ignorance de
cette particularité que M. B. imprime charrcs. — Les substantifs féminins de la
3* déclinaison avaient-ils ou n'avaient-ils pas, à l'époque de Roland, une s au
nominatif singulier, c'est ce qui peut se discuter. J'ai dit dans l'yl /mi qu'ils n'en
avaient pas; M. Tobler, dans son article sur mon livre, est porté à croire qu'ils
en avaient une : je discuterai ailleurs cette question assez grave. M, B. pense
comme M. Tobler : il imprime morts gents neifsclarlctsflurs; mais pourquoi alors,
au nominatif également, écrire honur 2890, baldur 2902, cunfasiun 3276? — Les
masc. de la 3* décl. qui n'avaient pas d'i en latin n'en prenaient sûrement pas
alors en français; M. B. est de cet avis, car il écrit sire, emperere, etc.; mais il
imprime par erreur altres 1867, et à diverses reprises frères : au v. 3429 il
compte même Vs de frens pour la mesure du vers -. — Le pluriel des substantifs
féminins de la troisième déclinaison est privé d's au nonainatif par M. B. : il écrit
les host 598, etc., honur 3181; il faudrait les hots (dans l'orthographe de M. B.),
tes honurs (voy. Alexis, p. 114). — Celui ne peut être nominatif v. ij2o. —
Dolent pour dolente 1 104, 2823, est sans exemple. — Si nous passons à la con-
jugaison, nous remarquerons qu'en général M. B. l'a bien observée, et qu'il a
ainsi établi plusieurs bonnes leçons, comme on le verra plus loin. Mais il a aussi
commi- quelques erreurs (sur eulzt et chevalzt, voyez plus haut). Le verbe trou-
ver prend la diphthongue ue, oe, à toutes ses formes accentuées : travent 3004 est
une faute. — Il est illogique d'écrire consuuts 2372 et bout 2473 : j'aurais d'ail-
leurs préféré conseut et beut. — Adeiset 21 59 (au participe) est la faute contraire
à celle de truvcnt : il faut adeset. — Meslisiez 357 est bon et n'avait pas besoin
de correction. — La forme voi5 270 est la seule correcte, et M. B. l'a remplacé par un
barbarisme. — M. B. veut quelef du 3epers. 1 9. en -«/(c/ian^c^, etc.), n'ait jamais été
élidé; d'autres l'élident toujours. J'ai dit ailleurs (.(4/ai5, p. 34) et je persiste à croire
que le Roland emploie les deux prononciations. C'est un point à étudier de près.
— Mais la plus singulière des erreurs de M. B. est celle qui porte sur les par-
faits en ié que notre texte attribue à certains verbes : survesquiet respondiet abatiet
perdiet. Ces formes sont excellentes % mais M. B. ne les connaissait sans doute
pas, et il les a partout supprimées. C'est facile quand elles se trouvent dans le
1. Je ne relève pas non plus ici de simples fautes d'attention comme cents 64}, cuard
Z8S, avers iers i^io, quites 1140, Roland 1989, dubles 3583, baruns 2509.
2. Parrastre non plus ne prend pas d'j-, et c'est à tort que M. B. a changé le premier
hémistiche de 1027 pour pouvoir écùrt parrastrcs.
3. J'en donnerai dans un prochain cahier le relevé et l'explication. — Les formes en
/■ existent concurremment dans le poème, comme p. ex. -urnes à côté de -ums, -um.
I06 COMPTES-RENDUS
milieu du vers, comme survcsqukl : il n'y a qu'à écrire survcsquil ; mais abatict se
lit à l'assonance des vers 98 et 1317, rc^pu/2<^i£/ à celle du v. 2411, pcrdict à
celle du v. 2795' : ces quatre vers sont purement et simplement refaits par
M. B. : il termine les deux premiers par un mot de son invention (je reviendrai
tout à l'heure sur ce point) ; au v. 2411 à quant nul n'en respundict, il subs-
titue car nul rcspuns n'en iert, et lit 2795 at laissict pour i pcrdiet. On conviendra
qu'il y a dans une pareille façon de traiter un texte une singulière hardiesse, qui
aurait besoin de s'appuyer sur une instruction plus solide. — La syntaxe donne lieu
à peu d'observations. M. B. montre ici comme ailleurs de l'attention et de l'in-
telligence. Quelques fautes lui ont échappé. Saveir 5 509, étant un infinitif pris
substantivement, doit recevoir \'s du nominatif (Alexis, p. 107). — Afinet 3914
ne doit pas prendre d'5 ; c'est un neutre (voy. les remarques de M. de Wailly
dans son Mémoire sur la langue de Joinville). — Fuit 1913 eicurut 2086 devraient
êtreécrits/!J/f5 et curuts. Il faut de même 96 se fait e bah e liez {Alexis, p. 181).
Je ne comprends pas du tout comment M. B. écrit 1861 : Terre de France, mult
les dulce pais, au lieu de mult estes dulz /'fl/5, leçon irréprochable dums.: regarde-
t-il dulce comme masculin, ou pdis comme féminin ?
La versification, en dehors de l'assonance, est aussi passée par M. B. à un
crible d'ordinaire plus fin que celui de ses prédécesseurs. Je n'admets pas comme
lui que ensemble i oui trente 378; fasse un hémistiche, non plus que cume mi saive
hume 20; vint mille humes 913, 2997, vint mille adubct z-j-j-j doivent être rempla-
cés par vint milie d'humés, d'adubez (cf. vint mille de Francs 3019); cume hum se
trouve trois fois, 2525, 2^59, 3424 : je lis les trois fois cume uns hum (H. sic
pour les deux derniers vers) ; au v. 1942 le ms. a Vempereorad tort, corrigé avec
évidence en U emperere ad tort par G. et H. : M. B. s'avise de lire l'empererc, ce
qui fausse levers (il aurait pu mettre empereres comme frères 3429). — Où M. B.
a-t-il trouvé la n'élidant pas son a devant une voyelle, comme dans la crie flambe
qu'il écrit au v. 3093 .'' Oij a-t-il vu surtout le, article masculin, ne pas élider son
e, comme dans le arcevesque 2137 et le orguillus 3132*? >— Avisiun se trouve
quatre fois dans le poème : trois fois il a trois syllabes, une fois quatre; M. B.
lui en donne partout quatre, et dérange trois vers à cet effet : c'est le contraire
qu'il fallait faire (lire s. d. au v. 856 par une avisiun).
J'arrive à un procédé de M. Bœhmer tout à fait étrange, et contre lequel la
critique ne peut réellement s'armer d'une sévérité trop grande, je veux parler
de la fabrication de mots nouveaux, complètement inconnus à l'ancienne et à la
nouvelle langue, et tirés plus ou moins adroitement du mot latin. M. B. recourt
à ce moyen commode quand il ne sait comment se tirer d'embarras (j'ai déjà cité
plus haut enveis, introduit au v. 270, ei'desfisun, au v. 1894). Ainsi aux v. 98 et
1317 il ne veut pas d'abatict, il le remplace par at buitiet; le verbe buitier (étymo-
logie?) signifie probablement u pousser » '. — V. 100 Ne scitocis u devient chres-
1. Le ms. a perdit; perdiet est une excellente restitution de M. Th. Miiller.
2. Je ne l'admets pas davantage pour \'e de le quand il est pronom, comme dans le
at pris au v. 2390.
3. M. B. s'appuie sans doute sur le v. 2173, où butet figure à la rime en iê; mais il
ne s'ensuit pas du tout qu'il faille corriger buitiet ; on ne trouve nulle part cette forme,
et butet au vers en question a pu prendre la place de tout autre verbe.
La Chanson de Roland, p. p. eœhmer 107
t'uns; cet indicatif, après un subjonctif, déplaît à M. B., et il attribue au verbe
devenir l'élégant participe devints. — V. 515, dans une assonance en oc se trouve
le mot fieus, qui est singulier, bien qu'on puisse l'expliquer (.4/a(5, p. 70, n. 1) ;
M. B. en fait sans effort le mot socls, qui est vraisemblablement tiré de solum :
mes sols, c'est-à-dire « mes terres. » C'est charmant. — Pourquoi cadllus
n'aurait-il pas donné chat aussi bien que chacit? On restaure ainsi le v. 1986,
où chaicte ne donne pas d'assonance. — Le v. 2075 est cruellement corrompu :
E wigres e dan e museras e agiez e gieser; M. H. lit Wigrcs c dan e museras
aguisiez, M. G., se rapprochant à mon sens beaucoup plus de la bonne leçon,
Wigrcs e darz, museras e algiers; M. B. e museras e jicts; qu'est-ce qu'un lict?
évidemment une arme « de jet »! — Le verbe dcspcrsuncnt rend le v. 2581
trop long : nous lui enlevons délicatement la tête, et nous âwons espersunent, qui
fait très-bien le vers : il est vrai que ce mot n'existe pas et n'aurait pas ce sens,
mais il ne faut pas y regarder de si près. — Au v. 2933 mercit termine le pre-
mier vers d'une tirade en i.e : il n'y a qu'à lire mercide, que les philologues
expliqueront ensuite comme ils pourront. — V. 3! 97 i]uc Caries cleimet
enfants; M. B. n'admet pas que le t de la 3"= pers. s'élidât; mais l'hé-
mistiche est difficile à abréger... pour tout autre : M. B. lit que Charles
cleimet fants ; et voilà l'it. fantc naturalisé en français. — Mais le plus éton-
nant exemple du genre, c'est la correction du v. 3821, oii il est dit que
Tierri avait Ncirs les chcvels e alqucs bruns : le vers n'a ni rime ni mesure ni
sens ; Génin lisait au second hémistiche les cils alqucs brunis, ce qui était fort
mauvais; M. Mùller a écrit, et il a été suivi par H. et G., £f alqucs brun le vis;
M. B. a bien mieux trouvé : Neirs les chevels et alqucs esburrits ; qu'est-ce qu'es-
burrir ? je ne lui trouve de parenté qu'avec ébouriffer, et je suppose que c'est ce
mot qui a inspiré M. Bœhmer, mais je me permettrai de dire qu'on est un peu
esburrit de pareilles fantaisies '. — Le nouvel éditeur n'enrichit pas moins la
toponomastique que le vocabulaire commun : au v. 662 la citet de Gaine devient
Game piur l'assonance; Samt Antoine 1 580, trop long pour le vers, donne Sain-
torie, ville jusque-là inconnue; v. 3360 E Guineman justet a un reiLcutice, ce vers
est conservé, sauf rei (parce c\\it justet ne doit pas éliderson 0; niais leuticc en a.fr.
désigne toujours le pays et non ses habitants ; il faut s. d. Guincmans justet a un
rei de Leuticc, comme a lu H. Le v. 2209 est trop court : Ki tint la marche del val
de Runers, et la correction de Th. M. {de Gènes de sur mer) inadmissible à cause
de l'assonance; Génin lisait dusqu'al val de Runiers, H. de la val de Runiers, G.
tresqual val de Rivier; M. B. del val de Runiers, mais si le copiste omet souvent
\'i de la diphthongue ie, il n'est pas possible qu'il ait passé un / faisant syllabe
et comptant pour deux, et qu'est-ce que le val de Runiiers ? — Si M. B. invente des
lieux et des pays, il supprime les appellations qui lui déplaisent. Ainsi Canclius
a beau se trouver deux fois (3238, 3269) dans notre texte et très-souvent ailleurs,
M. B. ne veut pas de ce mot, sur lequel on a tant discuté, et il le remplace par
Candius ; voyez comme ce système aplanit toutes les difficultés ! — En voici un
autre exemple. Au v. 855 les Sarrasins, pour aller de Saragosse à Roncevaux,
I. Je ne^cite pas naturellement les formes qui sont mauvaises dans le manuscrit et qui
auraient dû être corrigées : c'est là une faute d'un tout autre genre, et bien moins grave.
Remarquons seulement que 181 j et 183$, curius, respecté par G. et B., doit être changé
avec H. en curuçus.
I08 COMPTES-RENDUS
traversent la terre Certaine, ce qui doit signifier la Cerdagne; on s'est étonné de
cet itinéraire : M. B. lit terre serraine (s. d. « montagneuse », comme l'esp.
serrana), et tout va bien. — En dehors des nécessités de ses corrections, M. B.
a admis non plus des mots, mais des formes qui n'existent pas; j'ai déjà cité
punJs; j'y joins sapcite, que l'éditeur substitue sans aucune raison v. 993 à sapeie
très-bien restitué par M. Millier, etencrismet 1216. Sur ce dernier mot l'erreur est
excusable et a été commise souvent; aussi n'est-il pas inutile de la dissiper. Le
ms. porte encrisme, et l'accent est sur la pénultième ; la forme régulière du mot
est encriéme, comme le prouvent deux passages de Fergus (v. 3967, 5637) où ce
mot assone avec crieve et fièvres, et aussi le dérivé encriemece (éd. encriemetè) dans
Amadas, v. 1236 (l'étymologie est s. d. 'intremus plus ou moins mêlé à intrepidus).
Nous pouvons maintenant examiner un certain nombre des corrections de
M. B. On peut en général lui reprocher d'en faire trop. Soit parce qu'il ne con-
naît pas assez à fond la langue, soit parce qu'il se substitue trop volontiers au
vieux poète, il remanie beaucoup de passages qui n'ont pas besoin de changement,
et parfois, sans parler des singulières inventions dont on vient de voir quelques
spécimens^ il remplace une bonne leçon par une mauvaise. Mais d'autre part il
est certain qu'il a lu le poème d'un œil attentif et perspicace; des corrections qui
avaient échappé à d'autres ont été aperçues par lui, et son ingéniosité à faire de
l'ancien français l'a servi heureusement en mainte rencontre. Je signalerai surtout,
soit les cas de ce genre, soit ceux où la réfutation de M. Bœhmer donne lieu à
quelque remarque utile. J'ai déjà eu occasion de mentionner plus haut quelques-
unes de ses leçons, et de fort bonnes dans le nombre.
26. Prozdom i oui pur san seignur aider. — Prusdumes (sic) ont, correction
déplorable d'une leçon qui est excellente (en écrivant seulement pro-
dôme) : « il y eut en lui un prudhomme », c'est à dire « c'était un
prudhomme «, locution extrêmement usitée en ancien français.
81 . Si me direz a Charlemagne le rei. — On peut supprimer a (H.) ou lire al
rei (G.), mais a Charlemagne l' rei est insoutenable; de même 959
Quand ele /' veit.
106, Gefreid d'Anjou le rei gunfanuner. — En lisant H reis gunfanuniers, M. B.
élève de sa grâce Geofroi à la dignité royale, il faut le rei gunfanunicrs
(G. lirei?)
223. tis hum est changé en vostre hum sans motif : l'a.fr. mélange tu et vous
dans la même phrase,
282. ses grandes pels de martre. — B. ne veut pas de grandes, bien à iort{Alexis,
p. 1 1 ^), et il lit celés grands p., qui n'est pas bon.
312. Ensurquetvt si ai jo vostre soer. — M. B. s'effarouche de soer au régime,
mais je crois que c'est trop de scrupule : en tout cas sa leçon est à mei
vostre soer ne satisfait pas.
313. Ço est Baldewin (B. Baldevins, pourquoi ?)fo dit ki ert prozdoem. — B. fo
dit (jue ert pr., correction extrêmement ingénieuse, et qui pourrait contre-
balancer celle de Th. M., très-heureuse aussi (5£ vif, ki ert pr.), si cette
dernière ne s'appuyait sur les mss. secondaires.
367. Ascmblct s'est as sarazins messages. — B. Asemblee est très-bien imaginé,
à cause du vers suivant; mais j'aime mieux corriger le v. 368 comme
le propose M. Th. Mùller et le fait M. Gautier.
La Chanson de Roland, p. p. bœhmer 109
433. Tous les éditeurs laissent otrier dans une assonance en é : c'est inadmis-
sible. La correction est indiquée par Vs.: otrier ne volez. — De même
au V. 525 hosUicr doit être remplacé, mais je ne sais par quel mot.
604. Cunscill n'est proz dont hume n'est sours. — H. hum seursnen est, G. hom ja
sours n'est, B. um ne remaint cers. Ces corrections sont toutes admis-
sibles, mais la première est la meilleure.
689. Sis aquillit e tempeste e oreJ. — B. Si l's at cuillit. — Voilà une correc-
tion superflue !
765. Cum fist a tel le bastun devant Carie. — Corriger ii bastuns était trop
simple : M. B. lit le bastun dunant Chartes ', parce que c'est en effet le
gant et non le bâton que Ganelon avait laissé tomber en recevant l'un
et l'autre des mains de Charlemagne (v. 533). C'est trop de logique,
et la phrase n'est pas française.
779. N'avez barun qui jamais la remut. — En imprimant là, M. B. a fait un
contre-sens, comme M. Gautier en imprimant le : la se rapporte à
rere-guarde du vers précédent : « on a décidé que Roland aurait l'ar-
rière-garde : il n'y a pas un de nos barons qui la lui ôte maintenant,
qui la bouge, qui la change. »> Ou p. ê. la est-il pris absolument.? cf.
ci-dessous, p. 114.
965. Li duze per sunt renies en martirie. — Qui dira pourquoi M. B. a cru
devoir gâter ce vers excellent en substituant remis à remes?
989. Franciis morrunt e France en iert déserte. — B. destreite. M. G. avait déjà
reconnu que déserte ne convenait pas à l'assonance en ei, mais sa leçon,
caeite, ne vaut pas celle de M. B.
1444. Que vassals est li nostre empereur. — M. ad, H. et G. unt, B. vassal sunt a
nostre. C'est la seconde leçon qui est la meilleure.
1712. Respunt li cuens : colps i ai fait mult genz. — Cette leçon, qui est celle
du ms., est excellente, et on n'aurait jamais eu l'idée de la changer si
le premier éditeur n'avait imprimé j'ai au lieu de i ai, ce qui donne
une syllabe en moins *. M. B. adopte la leçon de Mùller, suivie aussi
par H. et G., j'en.
1790. Respont dux Naimcs : baron (fait la peine. — M. interprète ce vers en
imprimant là et en conjecturant barons; H. écrit la et remplace baron
par Rolans ; G. lit forz hum i fait la peine. Tout cela ne satisfait pas :
la conjecture de M. B., ingénieuse comme d'habitude, n'est pas plus
évidente : barun, si fait la peine!
i960. Ne a muiler ne a dame qu'aies veud. — Ce vers est très-probablement cor-
rompu, car que signifient les derniers mots.? H. lit Ne a muiler que tu
aies eiid ; G., suivant une conjecture de M., qu'as veiid, changement
qui n'améliore pas le sens, mais rétablit la mesure (\. n'a dame); M. B.
imprime Ne a muiller ne dame, aies veut; ce qu'il comprend sans doute
mieux que moi.
2001. Ja est ço Rollans. — Il n'y a rien à changer, seulement on peut imprimer
1 . Ailleurs encore M. B. met au nominatif le sujet de phrases semblables, mais il doit
réellement être au cas régime : c'est un reste de l'ablatif absolu.
2. La bonne leçon est dans la seconde édition de M. Fr. Michel.
110 COMPTES-RENDUS
Ja 'st ço; M. G. a donc bien tort de lire Ja est c' R., etM. B. de lire
Ja c'est : le premier viole les règles de l'élision, le second celles de la
syntaxe.
2040. Repaire: est. — Le Repairet cist de M. B. est absolument inutile, et con-
tredit par tous les manuscrits.
212J. Or ad II quens endrcit sei asez que faire. — Pour corriger ce 2'' hémistiche
trop long, M. H. a changé asez en mult, M. G. a complètement et peu
heureusement bouleversé le vers; M. B. lit endreit asez que faire, mais
que signifie endreit absolument? Il faut lire endreit sei sez que faire : sez
pour asez se retrouve au v. i960, et M. B. l'a, par une bonne correc-
tion, introduit au v. 3037.
2135. ^^ orguillus ne hume de maie part. — B. a maie part, locution inusitée :
il suffit de lire n'hume, comme H. et G.
2449, 2480. Culchet sei a terre. — Il est tout indiqué de lire avec H. et G.
Culchet s'a, qui vaut beaucoup mieux que le Culchicts a terre de M. B.
263 5. Par la noit. — B. Par mi la nuit, très-bonne correction, préférable à celle
de G., Tote la nuit.
2672. Ki messages soleit faire volenters. — Au lieu de refaire le vers plus ou moins
complètement, en intercalant mes avant messages, comme Génin,
Mùller, H. et G., M. B. se borne à transporter messages avant volen-
tiers, correction aussi évidente que simple.
3029. A XX. chevaliers la preiserent. — G. A XXX. mille chevaliers; B. A vint
miliers chevaliers la pr., mais cette forme est impossible : il faudrait de
chevaliers. II semble que M. B. ait voulu adopter la correction de H.,
mais qu'il n'en ait pas saisi la finesse : A. XX. miliers chevaler la
preiserent.
3728. Quant Charles veit que morte l'ad truvee. — B. que mort ele at, bien
inutilement.
3758. Rollanz me forfist en or e en aveir. — Je crois ce passage gravement altéré.
En tout cas ce vers est trop long : je n'admettrais pas la correction de
M. B. : Rollands forsfist; j'aimerais mieux celle de H. : // me forfist.
La leçon de G. : Rollanz m' forfist est inadmissible , parce que Ve ne
s'élide pas dans ces conditions.
Je n'ai énuméré qu'un nombre assez restreint des vers où M. B. a pratiqué
des changements : j'ai choisi les plus importants et les plus caractéristiques.
L'absence complète de notes fait qu'il est difficile de discerner, parmi les nom-
breuses corrections de son texte, celles qui lui appartiennent de celles qu'il a
empruntées. On ne sait même pas s'il a eu sous les yeux l'édition de M. Hofmann
et la troisième de M. Gautier. Je le crois d'ailleurs pour l'une et pour l'autre,
bien qu'il soit surprenant, si M. B. a connu le texte de M. Hofmann, qu'il ne
lui ait pas fait plus d'emprunts. Dans l'incertitude, je n'ai pas mentionné les bonnes
corrections qui se trouvaient déjà dans l'une de ces deux éditions, et peut-être
par là ai-je fait à M. Bœhmer un tort que je dois au moins indiquer. En somme,
sa petite édition, élégamment exécutée, agréable à lire et d'un prix extrêmement
modique, se recommande en outre par de très-réelles qualités. Elle marque
un pas en avant dans la voie oià étaient entrés MM. Gautier et Hofmann et où
sucHiER, la Source d'Ulrich du Tnrlin 1 1 1
la critique doit s'engager de plus en plus décidément. L'éditeur a parfaitement
compris la tâche qu'il s'était assignée, et il a fait preuve en maint endroit de
tact critique, de pénétration et de finesse. Il compense ces qualités par deux
graves défauts : trop de hardiesse jointe à une connaissance parfois insuffisante
de la langue. Son édition n'apporte à la critique des leçons qu'un petit nombre
de corrections sûres, et à la critique des formes que la restauration d'une ou deux
assonances. Maii le seul fait d'avoir présenté sous une forme aussi claire et aussi
saisissante les résultats jusqu'à présent établis par la critique exercera une influence
très-heureuse sur le développement de l'étude du Roland, et en général de l'ancien
français. Nous souhaitons aux imitateurs que M. Bœhmer ne manquera pas
d'avoir autant de goût et moins de témérité.
G. P.
Ueber die Quelle Ulrich von dem Tûrlin und die aelteste Gestalt der Prise
d'Orenge (Habilitations-Schrift) von Hermann Suchier. Paderborn 1873, in-
80, 44 p.
Cette dissertation, écrite avec autant de sobriété que de critique, résout d'une
façon qui paraît définitive un problème assez délicat de l'histoire de notre épopée.
On sait que nous possédons en français, sur les premières relations de Guillaume
au court nez et de Guibourc sa femme, deux poèmes qui se contredisent complè-
tement, les Enfances Guillaume et la Prise d'Orenge. M. Léon Gautier, poursui-
vant une conjecture de M. Jonckbloet, a pensé qu'il avait existé, sous le second
de ces titres, une chanson de geste plus ancienne, et il a cru en retrouver la
traduction dans le poème allemand d'Ulrich von dem Tùrlin, qui a composé,
entre 1261 et 1276, une longue introduction au Wilkhalm de Wolfram (traduit
lui-même de notre Aliscans). M. Suchier détruit cette hypothèse ingénieuse, et
qui paraissait bien fondée, en prouvant qu'Ulrich n'a eu sous les yeux aucun
poème français *, et qu'il s'est borné à développer, avec les ressources propres
de son iinagination, les indications sur le passé de Guillaume qu'il trouvait dans
son modèle Wolfram.
En effet, « tous les personnages à l'aide desquels Ulrich fait marcher l'action
qui est le sujet de son poème peuvent se diviser en deux classes : 1' ceux qu'il a
empruntés à Wollram, et qui se trouvent déjà en partie dans les poèmes fran-
çais ; 2° ceux qu'Ulrich a introduits et qui sont inconnus tant à Wolfram qu'aux
branches françaises. Mais on ne rencontre pas un seul nom qu'Ulrich ait en
commun avec les poèmes français tandis qu'il serait inconnu à Wolfram. » Toute
son histoire de la captivité de Guillaume à Todiernc, de sa délivrance par Orable
et de sa fuite avec elle, s'appuie sur un passage de Wolfram où Esmerèd'Odierne-
est fils de Guibourc et de Tibaut son premier mari, et sur un autre où Guibourc
raconte que Sinagon a eu Guillaume dans sa prison et que c'est là qu'elle l'a
connu. Mais Wolfram lui-même avait trouvé ces allusions dans le texte français
d' Aliscans, et il avait tout à fait mal compris la seconde , qui se rapporte à la
1. Je me suis donc trompé en disant ici (Romania I, 187, n. 1) qu'Ulrich avait suivi
dans un passage de son poème le coronement Loois. Ici encore il n'a fait que développer
une indication de Wolfram.
2. Voyez sur ce nom l'explication plus détaillée que propose M. S. ci-dessus, p. 96.
I I 2 COMPTES-RENDUS
captivité de Guillaume chez Sinagon de Palerne, non pas avant la bataille
d'Aliscans, mais bien après (c'est un épisode de la seconde rédaction du Mariage
Guillaume). M. S. croit d'ailleurs aussi qu'il a existé une rédaction plusancienne
de la Prise d'Orengc, et il a incontestablement raison. Mais cette rédaction, dont
nous avons des traces visibles dans la Vita Guilelmi du onzième siècle et ailleurs
encore, ne nous est pas parvenue^ et n'avait aucun rapport avec le récit aven-
tureux d'Ulrich du Thùrlin, qui est en contradiction avec toute la tradition et
a introduit à son tour des confusions analogues à celles oii était tombé Wol-
fram '. Ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question en détail, et d'examiner
si on est fondé à reconnaître avec M. S. cette vieille rédaction dans un résumé
de la Prise d'Orcnge qui se trouve dans Ulrich de Thùrheim (autre continuateur
de Wolfram).
Quant à Wolfram lui-même, M. S. pense qu'il n'a connu aucun autre poème
français ({Xi' Aliscans . Je suis porté à l'admettre (et il est sûr en tout cas que
l'explication donnée par San-Marte * pour les vers 7, 23 ss. est la bonne),
au moins pour ce qui concerne les poèmes consacrés à la jeunesse de Guillaume.
Mais il me paraît difficile de croire que Wolfram, en racontant qu'Aimeri de
Narbonne avait déshérité tous ses fils au profit d'un sien filleul, se soit ren-
contré tout à fait fortuitement avec l'auteur de Guibett d'Andrenas, qui dit
absolument la même chose ^. On a déjà relevé dans le Wilkhalm une évidente
allusion au Charroi de Nîmes. D'autre part , Wolfram connaît sur les Aliscans
d'Arles des légendes très anciennes, qui ne sont pas mentionnées dans le
poème français, et qui paraissent avoir pour base le récit de quelque voyageur*.
M. S. a encore le mérite, dans cette courte brochure, qui permet d'attendre
de lui des travaux importants pour l'histoire de notre littérature épique,
d'avoir le premier classé les manuscrits d'Ulrich et d'avoir montré qu'on
juge généralement son poème d'après une version remaniée. Nous signalerons,
à titre de curiosité, un petit fait, peu important d'ailleurs, qui paraît lui
avoir échappé : c'est que Pauli, dans son recueil intitulé Schimpf und Ernst
(II, 47), a résumé, d'après le poème d'Ulrich, les aventures de Guillaume. Il
fait précéder son récit de l'introduction suivante : « AufT dem fùrstlichen
hause Spangenberg hab ich in einem alten pergament geschriebenen defect
mit wunderalten rithmis von allerley sprachen durch einander gemengt (!)
funden, etc. » Le bon Pauli termine par des réflexions curieuses sur l'appro-
bation ou le blâme que mérite la conduite d'Orable, qui abandonne son mari
païen pour suivre un amant chrétien. G. P.
1. Ainsi d'un passage de Wolfram où Guillaume parle des combats de Charlemagne
contre Baligand et Marsile, Ulrich, qui a truque Guillaume rappelait ses propres exploits,
a tiré son récit des guerres de Guillaume contre ces princes sarrasins.
2. Ueber Wolframs Wilhelm von Orange, 1870, p. 30. — Disons en passant que l'auteur
de ce travail, utile à certains points de vue, commet de singulières méprises, et ignore
aussi bien l'existence des Épopées de M. Gautier que de mon Hist. poét. de Charlemagne.
3. Il ne faut donc pas dire avec M. Gautier {Ep.fr. 111, 36) que Wolfram « a dénaturé
le récit français, qui est vingt fois plus naturel et moins odieux. »
4. Les poèmes français n'ont conservé, de l'ancienne tradition provençale, que le nom
d'Aliscans, qu'ils confondent avec celui d'Archant, et auquel ils n'attribuent aucun sens
précis. Au contraire Wolfram sait qu'Aliscans était un cimetière, où avaient été enterrés
des chrétiens tués dans un combat contre les Sarrazins. Or les pèlerins allaient visiter ces
tombes encore au xm° siècle.
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss i 15
Il tractato dei mesi di Bonvesin da Riva milanese dato in lu ce per
cura di Eduardo LiDFonss. Bologna, Gaetano Rornagnoli, 1872, XXI e
loj pagg. [CXXVII. dispensa délia Scella di curiosità letlerarie inédite 0
rare.]
In un codice délia biblioteca capitolare di Toledo il sig. Lidforss ebbe la buona
Ventura di trovare un componimento in versi dei simpatico rimatore lombarde
dei dugento, fra Bonvesin da Riva. Sull' autenticità non è da dubitare ; l'au-
tore, seconde la sua consuetudine, si nomina nella prima strofa ; ma quando pure
ei non l'avesse fatto, fra la scrittura novellamente scoperta e le altre dei buon
Umiliato publicate dal Bekker è taie corrispondenza di lingua, di stile, di con-
cetti che senza soverchio acume di critica si sarebbe potuta supporre la comune
loro origine.
L'argomento è intéressante : è una tenzone in proporzioni molto più vaste dei
solito : undici mesi dell' anno, da Febbrajo a Décembre, si dolgono ciascuno alla
sua volta di Gennajo che li conculca ;. essi oppressi dalla fatica ed egli al fuoco,
a non far nulla, a godere dei frutto dei loro sudori. Non vogliono sopportare
più a lungo tirannia cosi ingiusta, e dato di piglio ail' armi muovono contro a
Gennajo. Ma questi colla sua mazza ben tosto li sconfigge, e in lungo discorso
aspramente li rimbrotta. Aprile, il più lieto dei mesi, si fa innanzi, chiede per-
dono per tutti e l'ottiene ; ed i mesi con publico instrumento riconoscono Gen-
najo quai loro signore. Ti par di sentire le membra dei corpo che nelT apologo
di Menenio Agrippa si dolgono dello stomaco, e la descrizione che fanno i mesi
délie fatiche che ad ognuno d'essi tocca di sostenere, ti ricorda le miniature^ che
sogliono accompagnare le pagine dei calendarii medievali.
Or corne condusse il sign. Lidforss la sua edizione? Ad essere discret!, non
vorremo dimenticare le difficoltà, che ad ogni istante s'aflfacciano a chi si dà a
publicare ed illustrare monumenti, massime antichi, di letterature dialettali. È
perciô che sebbene il lavoro dei L. dia occasione a moite rettificazioni ed ag-
giunte, noi ne lo potremo facilmente scusare; e solo talvolta ci dorremo ch' egli
non abbia consultato più diligentemente quell' opéra, ch' egli senza dubbio ha
sempre a mano, intendiamo dire la Grammatica dei Diez.
Air editore la lingua dei suo testo non sembra rammodernata ; doveva dire
piuttosto « non molto rammodernata »; giacchè se in vero il codice di Toledo
non si permette i numerosi arbitrii degli Ambrosiani, pure confrontato col Ber-
linese (anch' esso non scevro di mende), si dimostra molto più lontano di questo
dalla nativa purezza. Sarebbe stato quindi utile il tentare di ridurre le forme dei
codice spesso molto vacillanti ad una certa unità, che s'avvicinasse possibilmente
al tipo primigenio ; e se non dapertutto, almeno in quanto lo vuole la ragione
metrica. Su questa l'editore nulla ci dice, e perciô sia a noi concesso di fare
alcuna osservazione. E nel codice Berlinese e più ancora in quello di Toledo
no! ci abbattiamo ad ogni istante in versi, che sembrano eccedere la giusta
misura. Ma una grande parte di questi si fa regolarc, non appena si badi che
moite voci vanno pronunciate aitrimenti da quello che sono scrittei Cosî le vo-
cali e, i, 0 finali, ancorchè scritte molto di fréquente a servigio dell' occhio, pure
(salvo certi casi particolari, che qui non si possono annoverare uno per uno)
Romania, Il 8
114 COMPTES-RENDUS
quasi sempre vogliono per apocope essere élise. Quindi, a recar un solo esenipio
fra moltissimi, l'emistichio 7a molto ben Zcntrt consente sembra avère otto sillabe;
ma letto molt ben Zener consent sta sui suoi piedi. Talvolta v'ha ommissione del-
l'intera sillaba finale, 0 sincope aimeno di consonante fra due vocali : 14a e' do
cumiato a l'inverno ha sette sillabe; ma I. cumiao 0 meglio cumià; 97c ê ni'ha
dato quest' offitio; 1. dao, dà; \6ic sempre e abiudo lo dere; poichè e e a mal pos-
sono formare una sillaba sola, 1. s. è abiuo-l 0 abiii-ld. Cfr. 88a quiloga si parla
ogiovre ; I. come in altri luoghi (juilà. Finalmente sincope délia penultima vocale
di voci sdrucciole raddrizza facilmente i versi : 1 13c /j pertega de le caslegne, I.
la pertga del 0 meglio dre. Ed è converso più d'un emistichio, che sembra corretto,
in verità va zoppo. 129c anze l'a per natura, dovrebbe leggersi an: l'a ; ma dividi
anz e' {e'= eo = cgoy — 23b dondc la soa vida; poichè va letto dond, meglio dond'ill'
0 i, G, considerando soa quai monosillabo, anche illi — 27d k'e pezo ka serpent;
I. pez ka n'I serpent — 32a Longo tempo l passao; meglio long temp è [zà] p. —
62a in me tempo se trova; 1. in lo me temp; cosi 75c — 76b in logo ke Zener; I.
in log ke scr Z. — 95a «' paregio li porci; I. e' ge p. 0 e' g' ap. — 98a bon can-
zon no si canta; poichè elisione di ^ è pressochè inammissibile, va letto bona c.
nos c; cosi i64d libcrmente faro si emenderà in libcrament f. — 123a anzi mat e
vilan; I. anz son — 139c ni se meta a bandon; par meglio m-s meta ad ab. —
144a a zà voglio responde; va letto voj, quindi forse voj e.
Di non aver badato a tutto questo noi non facciamo carico ail' editore, per-
ché ciô l'avrebbe condotto a modificare le forme del suo testo, ed egli s'era pro-
posto di lasciarle intatte; ma avremmo voluto che aimeno quel versi fossero stati
0 emendati 0 se non altro notati, in cui la misura eccedente 0 manchevolerichiede
correzioni d'altra natura. Ecco alcuni esempii d'emistichi troppo lunghi. jb ai
poveri dà gran tristeza ; leggi pure povri, ma povr' non potrai, perché Vi deve qui
sorreggere il nesso di consonanti che précède; si cancelli quindi gran. — Sa ke
provo a lui son metudo; I. k' a (0 k' dd) prov li s. m. — 26a ancora indugo a
pemtcnùa, sono otto sillabe che si ridurranno a sei, solo quando si cancelli ancora ;
e potrebbesi premettere al verbo il pronome e\ — 29b dcvrave-lo esser allogado;
i. devrav ess (0 essr') ail. — 52a e' sont acomenzatore ; I. com. — <^']à e per gran
furor me scoldo; cancella gran — 76b ten tute cose in dctrimento ; 1. ten tut in
d. — 85a ê/o ton adovramento, ; 1. ovrament^. — 92a ki a ré! (=reo) segnor se
prend no po aver bon rezimcnto ; forse no à 0 navra b. r. — 97d no mancarà re'
segnor; 1. n'a mancar coi due elementi del futuro ancora staccati. — 101 a Nu
vamo tuti pesinti a corte; 1. nuvam p. a c. — i27d tuta va a la travacada; I. tuto,
cioè tut. — 176c e cosi, meser Zener; basta ser. Emistichii troppo brevi sarebbero
1 . In più d'un luogo l'editore non ha posto debitamente in riiievo il pronome e'. Già
la natura de' varii discorsi, in cui chi parla mette ciô ch' egli fa in opposizione diretta a
quelle che fanno gli altri, ci conduce a dar la preferenza ail' enfatica espressione del pro-
nome sulla fiacca ommissione; ma, che più è, la ragione metrica esige il pronome ;
7c dove porto pur desasio; si leggerebbe dov port; ma 1. dov' e' — S^afortemcnte me per-
cazo ; \. fortment e' — 129c anze l'a per natura sembra andar bene; ma il solo avverbio
sonerebbe anz; 1. anz e'. Cfr. i jyb se fosse deponudo, che del pari non sembra abbiso-
gnare d'emendazione ; eppure, dovendosi leggere/oj5, è più che probabile che la lezione
genuina sia sed e' foss. — Cosi anche loïc inanze ne desdegna; 1. innanz ê (=«/).
2. Ail' incontro i j6b quando fatt ovramento; meglio quand fi adovrament.
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss i 15
i seguenti : 3a de lu per invidia ; forse per grand. — 28c quel mese avenïzo. Il
métro mostra che va letto avenitizo 0 avenedizo; si cancelli quindi dal glossario la
parola avenizo — 42b la pasca significa; I. e la — 87b largo e caritevre; 1. e largo;
cfr. Bonvesin G 38 — 90c dond Zener sta dura; forse scr Z. — io6a con quant
ben ge fam; \. nu ge — 1 17c ma zio k'cl pigliasse speza incontanente; I. ma tut
zo k'el pïass el sp. inc. — 120c Ke vol e ke forza; probabilmente e ke se sf. —
128c ven pur per invidia; I. zo v. — 1 57b paregigo U frugi; paregigo è forma
impossibile; intendi paregio cioè pareg'; dovrassi leggere e ap. — 173b sur bon
fondamento; 1. sur un bon fond. — 178c per re perpétua; torse pernostro re, e solo
ci fa dubitare che nostro nella forma nosso è per soiito monosillabo, p. es. i8ib
Zener sia nostro segnore, che va letto noss s.
Facciamo ora alcune osservazioni sul testo, e per comodo dei lettori teniamo
dietro ail' ordine in cui si succedono le strofe.
1 ad ' MoRESTA da ventag ki vor oldl cantar *,
Eo, Bonvesin da Riva, la voj determinar.
Corn s'iomentan i misi voj and despodestar
Lo so segnor Zener, k'no debia ' plu regnar.
Il ccdice ha mo resta, e l'editore stesso era inchinato a interpretare : « Ancora
ci resta di più ; e se alcuno vuole udire ecc. » Poi gli parve che ripugnasse a
questa interpretazione il pronome la, che non avrebbe (die' egli) parola, a cui
riferirsi. Se non che questa difficoltà gli si sarebbe dimostrata di nessun momento,
a leggere la Gramm. dei Diez 111= ^0, ove si registra il fatto notissimo, che il
pronome la in numerose locuzioni sta da se, riferendosi quasi ad un sostantivo
sottinteso. Il significato è quindi : « Chi vuol udir cantare resti * piij a lungo »,
e dice « più a lungo », perché trattasi di non brève componimento. L'ed. preferi
leggere moresta, voce ch' egli fa venire da moror, e cui attribuisce il significato
di « intertenimento, sollazzo. » Le parole da ventagio non le spiega, ma si vede
ch' egli intende il passo cosi : « Chi (=se alcuno) vuol udire una bella sollazzevole
storia, io B. da R. la voglio esporre. » Ad ammettere la voce moresta l'ed. si
condusse principalmente per averla trovata in altro luogo dei nostro poeta : De
die judicii 337-338 Et intre lor (i beati) ha es s sî confortabel festa ke mainofo
vezudha cosi zentil moresta. Ma délia bontà di questa lezione dubita l'ottimo
amico mio Ascoli, il quale suppone che si debba \Qggtrt movesta « movimento. »
Abbiamo qui uno dei pochi esempii antichi dei participio in -esta, che ricorre in
niolti dei dialetti d'oggidl ; ed è notevole che precisamente movesto si trovi e in
Gidino da Sommacampagna ed. Giuliari e ne! fra Paolino da me publicato ; vedi
Ascoli, Saggi ladini 431 e 459. Cfr. anche comosta in Bonv. A 139.
1. Citando, riduciamo i versi a forma più corretta dal lato délia lingua e dei métro.
2. Non intendiamo d'aver deciso con ciô se la forma dell' infinito con r finale 0 senza
sia la migliore.
3. U Berlinese leggerebbe debla, ma délia genuinità di questa / v'ha chi dubita, ed a
ragione.
4. Spiegando « resti » il verbo è ail' imperativo. Sebbene forma più chiara sarebbe
reste, pure la desinenza in -a alla 3a sing. près. cong. ed imper, è fréquente in Bonvesin
(cfr. canta 4od); ne è quindi necessario mutarla. Resta potrebbe perô essere pur indi-
cativo, ed il preseste avère il significato di « deve restare, ha a restare. » Meglio, sem-
brami, il primo.
Il6 COMPTES-RENDUS
9d mal grao n'abia quel laro kc ne Un in tal stregiura. Febbrajo parla sempre
in persona propria ; leggi quindi ke-m.
lob el a spiàe c.vza k' e sont trop pizinin; cazà è lezione molto sospetta, e
senza grave ardimento si pu6 mutare in catà « trovato. »
14b No jo corn fa Zener kc pur in mal pesevera. In un' annotazione si fa
osservare !a mancanza délia r. Ma già nel testo dovevasi senza più stampare pcrs.
E quelle ch' è detto appena a Sgcd, che père avère assonano con dcsconvenèverc
amorévere (intendi perô -èvre), doveva già notarsi in questo luogo, ove primavcra
s péra éra dissomno con persévra. A 175b incontinent lecovora l'edit. dice che in
rccovora l'accento sta sulla penultima « rimando con desovra desconsora ancora. «
Ciô non è possibile, leggi rccovora, cioè recovra, ed hai nuovo esempio di Voc r
che fa assonanza con Voc vr.
1 5b (Le viti) le que den FU podae pei rnej frutificar. Leggi fir = lat. fieri
« essere potate »; il noto verbo, usato quasi sempre corne ausiliare per la for-
mazione del passivo. Qui v'ha probabilmente errore di lettura da parte dell' edi-
tore; altrove sbaglia il codice : 68c /u passuo, yyd fu tenuo, 161 b fu lezudo e
dapertutto cade meglio in acconcio il présente; 1. ^ — i4od si rémunérai; più
conforme al dialetto p.' rem.
i6a Quel hom e quel femenfa. Non s'esiti a correggere quela fèmena.
17a Quand av parlava Fevrer. Cosl il codice. E l'editore dice che non voile
mutare la lezione, perché a ii6d trovô maza desmesarava =z -ata. Ma, lasciando
stare che la forma -ava non implica necessariamente quella in -avo, la costruzione
ed il métro esigono il maschile; quindi in ogni caso parlav\ 0 meglio parlao 0
parla. — Questa formula ava = ata l'editore non la spiega in verun luogo;
avrebbe dovuto trattarne a pag. 75, ove dice di t, d eliso fra vocali. Quivi era
da aggiugnere che dall' elisione si gênera un iato, il quale si toglie mediante in-
trusione délia v. Altri esempii del nostro testo sono fiava = fiata 1 16c, cova =
cauda 99d, che è altresi nel Cherubini, Dizionario miianese. E quivi pure si regi-
strano da dialetti rustici parecchi derivati in -avô = -atorem ' .
i<)à K'el no cognoss ke // serve e ki-l ten en so honor. Leggi /;/-/ s. E nota
che continua è la confusione nel nostro codice fra ki e ke, mi e me, si e se ecc.
Cosi 67d Beao... ke viv de soa fadiga, 142c contra so segnor ke... s'adasta.
59d Quant bcnfaz a Zener no par ke 5/12 per car; I. ki cioè k'i {quod illi) *.
43b Lo lin ke torno a grande conzo ; 1. torna.
5 jd Scermc spiegato nel glossario scherni. Va letto scernie e ce vale che, cfr,
66c sciva pron. schiva; e l'editore stesso (pag. 77) notô che ge, gi suonano tal-
volta ghe ghi^.. Ora schcrnia è forma cosi nota, che è quasi superfluo regi-
strarla.
1 . Il participio in -ava in un testo di Bonvesin è degno d'attenzione, perché coïncide
con qaello di alcuni dialetti lombardi rustici p. es. di Buste d'Arsizio, la cui testimo-
nianze appunto viene invocata dall' Ascoli per mostrare indigeni lombardi i participii di
Bonvesin in -ao -uo ecc. V. Saggi ladini 306. 310, a cui potrà aggiungersi che anche la
Passione di Como ha squanzava (invece di sgu.) = sguanciata.
2. Anche 8od No i poss venir a grao ni far cosa ki piaza; 1. k'i.
3. Notiamo già ora che sebbene l'edit. s'avveda che uge rappresenta ughe, egli nel
glossario registra il singolare ugia, che nel testo non ricorre, ma ch' egli deduce da uge.
Si puô dire con sicurezza che una tal forma non esistette giammai. — Comète, gi sta per
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss 117
^8b Ove il codice legge benissimo intel fogo, l'editore dice rispetto a int:
a v'ha cagione a dutitare se sia troncatura da intra ovvero errore di penna per
in. » Nel Diez II ' 483 poteva trovare schiarimenti su questa forma.
64c Ki lassa; meglio ki-l lassa.
89a Fruité invernen ge acojo. Cosi, in due parole, par che gc — ghc significhi
M a lui, Gennajo » ; ma leggi invcrncnghc '.
9id E j^oco GE zo rarcvc ke scgo vores contcnde. Leggi : e poc zo ge vanvc, ki
(non ke) seg v. c, cioè : « e se alcuno volesse contendere con lui (Gennajo), non
ne avrebbe alcuna utilità. »
93b Caza potrebbe parère « caccia », ma dev' esser « cade » ; si leggaquindi
caze 0 caz.
1 1 3d Ê molto scorzao ed il glossario spiega : « Scorzao pare significhi scorzone,
uomo rozzo e selvatico. » Leggi scoruzao = scorrucciato ; anzi perché inolt deve
essere monosillabo, potrebbesi proporre descoruzao.
117a La maza era pesât; e a pag. 76 si reca questa voce fra gli esempii in
oui t fra vocali resta immutata — dato, partito, tenuto — ; ma è facile vedcre che
si deve leggere pesant.
i2od Ki vol se jaza inanze ist.v ke son venudo. L'Ascoli, con cui di buon grado
si converrà, mi propone ista nel valore di « ora, adesso », da confrontarsi con
issa (= ipsa) dell' antico italiano e di più dialetti secondarii del settentrione
d'Italia.
I2icd Traetor per traiter (cfr, 142b tractoria) è notevole. Puè essere errore
del codice 0 svista dell' editore, ma puô essere grafia analogica. Perché ci diviene
it p. es. in fniito, puô e converso it essersi scritto cl.
128a Non é necessario correggere domino in dominio. L'i puô elidersi come in
strano\ cfr. l'italiano ant. dimino.
1 3 id Piii ke non dà buon senso ; meglio pui ke 0 pos ke.
i34d Nesun... debia far se no pur quela cosa ke de ga voglio dar. L'editore
non intende de ga e suppone de zà. Va letto ked e ge. Anche altrove il codice
scrive ga invece di gc. Nell' ultimo emistichio suppongo errore, giacchè voj'
(scritto qui voglio) non puô essere che monosillabo.
145a e 172a ancora de-se a voi lavorarecc. Pare che l'editore intenda « si dee »
per « è debito. » Ma si tratta di dese = lat. decct. Vedi nei Mon. ant. desdesc,
e in Bonvesin desevre, non i'it. diccvolc^ ma da decere. In dialetti rustici veneti
(Ruzzante ecc.) dexeva « doveva ». Sard. dèghcrc dcxerc deghî dighl « decere ».
Sic. sdèciri « non essere conveniente ».
148b Tut zà k' e' no lavora ; 1. lavoro 0 lai^or.
149a £' sont mulplicador. Nota l'editore che il copista avrà omessa la sillaba
ti 0 te. Non è inutile perô osservare che l'emistichio é completo. Per la legge
délia sincope sarebbe mult'plicador e il nesso Itpl poté alleggerirsi, fognando la
t. Cfr. ] 6 <)i forment mvectàï fortment, che del resto è di facile pronuncia.
1 57b Dcvenan non istà per deveran ma per deven, e forse il codice ha devenen per
ghe ghi, cosi e converso go gu per gio giu; fregura pron. fregiura = it. freddura, 99c
goton pron. gioton, che nel codice Berlinese sarebbe gloton.
I. Da unirsi aile forme registrate a pag. 71 mazcngo, luUenghe da majiis ejulius;
staenghe da œstatem. Vivono le più tuttogiorno ne' dialetti lombardi.
Il8 COMPTES-RENDUS
ripetizione d'una sillaba, che è errore fréquente nei codici e che trovi anche in
129c antigamcncnu , <)\à uauanvc — varevc. Anzi nell' emistichio kc devcn fi
conscgnai è dato leggere, oltre che k'devcn, anche kc dm colla solita forma con-
tratta.
1600 Lo quai c commzor « ci pare da emendarsi in conicnzaor. » Non è necessa-
rio assolutamente. Cfr. mil. compr6 = comprao[r]. Ad ogni modo giova avvertire
che a-o non possono qui formare che una sillaba.
Al testo segue un saggio grammaticale sui suoni e sulle forme.
§ \. D\ a accent, dicesi che mutasi in e nel su^. -ariu. Non fa d'uopo dire che
qui non si tratta di a semplice, ma di a-i. Ed è singolare che al § 4, ove osser-
vasi che e accent, (intendi ë) non diviene /e, recasi ad esempio sente = se-
mit-arius che spetta al § i. Altro case in cui d-i diviene « è il pron. relat. plur.
masch. que =r quai. Di d-c che diviene c sarebbe il femin. plur. que = quallje,
e forse podest'e — podestat (l'edit. stampa podeste, che potrebbe essereda podcsta;
ma poichè trattasi dei novelli podestà, che entrano a capo d'anno, meglio accen-
tuare la vocale finale) '. Altri esempii reca l'editore di d che si muta : dore in un
luogo alquanto oscuro, ove questa voce significa forse « duole », ma in nessun
caso puô rappresentare dare; lavorcnti che spetta a tutta una série d'esempii in
cui trovasi la desinenza -ente in luogo di -ante ed ove, se pur v'ha un procedi-
mento fonetico, esso si complica con uno derivativo ; maridozi per maridazi ove
Vo non rimpiazza Va, ma v'ha il suffisse -ozzo invece di -azzo (it. aggio). In molti
dialetti usasi maridozzo « matrimonio », in alcuni con leggiera tinta peggiorati va.
Non resta che grève, esempio comune a tutte le lingue romanze.
§ 2. Agli esempii di al m ol potevaaggiungersi^ju in 0/ nella voce oWtr^oppure
loldera *. Non si capisce che cosa voglia dire l'editore, quando dopo « Al si
muta in ol » aggiunge « la stessa tendenza si osserva anche in lamenta. » Quest'
ultima voce è esempio del notissimo procedimento per cui una vocale (per solito
c, i; e per il nostro caso si noti che abbiamo esempii di Icmcnta, che puô consi-
derarsi forma intermedia fra a ed 0) dinanzi labiale diviene 0 od u.
§ 6. Dopo detto che \'i in posizione si cangia in e recansi quali esempii di
ï = £ destende desdegna; ma \'i non è qui in posizione.? Meglio era recar esempii,
se il testo ne offre alcuno, di dis dinanzi a vocale, che sono quasi tutti di forma-
zione novella, romanza. Meno ancora s'intende come l'editore dica che in bene-
detta v'ha è da i.
^ 7. « L'j si traspone in mainerc. » È un caso spéciale, che vuol essere più
minutamente dichiarato. Non si puô dire che *manaria trasponga meramente la /,
perché ciô darebbe manaira manera 0 rr.ainara; qui la / è contenuta due volte,
1. Ciô conferma la congettura da me espressa nella nota al § 85 del mio studio su
Bonvesin, che si debba leggere corporè sozure, temporé figure. Potevo aggiugnere poestè
B 947, anche qui, come nel nostro testo, nel significato di « magistrati. »
2. 4obc leggiamo E i risignol e-l lodere cantan per gran dolzura; ki vor ess coma
/'OLDERA. È lat. alaud-ula, it. lodola; la prima volta colla / conservata eau = 0; la
seconda colla / spiccatane, quasi fosse articolo (cfr. friul. lodule e odule), e au '=ot. L'e-
ditore non spiega in verun luogo la seconda forma, che a primo aspetto non sarà chiara
ad ogni lettore. Ne dice alcunchè di -era = ula. Poteva farlo al § 10, ove si tratta di /
in r, e al § 9 notare Vu atono in e ; tuttodi in milanese lodera.
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss 1 19
prima nell' c = ai, poi dinanzi ad /;. Dovevasi notare apairo i48d = appajo
« accoppio » e fin d'ora rimandare a moira 109c.
Nel trattare délie vocali l'A. non badô a tutti i procedimenti dellc non
accentuate. Poteva con lomcntare, di cui s'è già detto, ricordare ronmn , e pru-
mcr 83c; rt in c in mcnczar per tendenza ad assimiiare le vocali di due sillabe che
si succedono, tendenza che si potrebbe riconoscere anche in pcssedo 151b = pos-
séda, che quindi non si puô dire « senza dubbio » errore di copisla '. Cosi risi-
gnoli, ove u-i diviene i-i; nel cod. Berl. lissinioli. Notisi finalmente nizôle -j^d,
con un' i che è tuttodi di molti dialetti, e che del pari dipende forse dall' / (= e)
di nuccolae.
§ 1 5. II dire che rs si muti in ss in giiardasse reposasse = it. -arsi non sembra
giusto ; la r andô perduta e aggiungendosi ail' infinito in -à l'enclitica se, la s si
raddoppia.
§ 18. Fra le grafie di n potevasi aggiugnere dangio i^dc, che senza dubbio va
pronunciato dagno 0 a dir meglio dagn.
^ 19 c). Potevasi notare receudo Sic, elisa la v.
^ 20. Fra gli esempii di et che diviene g fu inserito per svista dalmagio =
frc. dommage; che vuol essere messo a paro di parentagio citato più sotto. Ed a
proposito di quest' ultimo l'A. si esprime in modo poco chiaro, quando detto
che et si muta in g, soggiunge : « Cosi pure te per trasposizione. » L'editore
par quindi credere che p. es. il suffisso -atieo- sia divenuto -acto-, per poi dive-
nire anche in toscano aggio, anche in francese -âge ecc. Ma in qualunque modo
l'editore l'intenda, egli è in errore : i due procedimenti sono diversi al tutto ".
jJ 21. Sulla inclinazione attribuita aile dentali di m.utarsi in z dopo n c'è da
ridire. Va escluso prima di tutto avanzare che è ab-ant-i-are e quanto ab anze (e
composti) si veda il Diz. etim. del Diez s. v. che lo spiega da ante più 1'^ avver-
biale, quindi z =z ts, E cosi si spiegherà anche sovenzo 84c in luogo di sovenzi
= subinde it. sovente, che si sarebbe potuto citare ancora.
34. « Mérita attenzione il senso littérale del neutro dimostrativo illiui conser-
vato negli esempii seguenti : La soa gran superbia in lo se po eomprende i8d; £
stan in lo comprisi, de ke no pon fuzir, ke no sian tiig' prisi i66cd. » È un' illu-
sione. Va letto inlà = illb — illoga in altro luogo di Bonvesin^ avverbio di
luogo che corrisponde al franc, ant. illueeques e che, come suole, s'usa anche con
valore temporale. Cfr. anche quilb Soa qniloga 5 5a ; e i dialetti attuali conser-
vano moite traccie di questi avverbii; vedi i miei Mon. ant.
3 5. Giugno annovera i servigi ch'egli presta a Gennajo : 76c E'bat segre e forment
e SE LO met in monton. L'editore : « La costruzione... ha molta rassomiglianza
coll' uso spagnuolo... Yo se lo dire. » Avrebbe potuto recare ancora : E'seg
panig e mej e se-l met in graner. Ma anche questa è un' illusione. Qui v'ha di
nuovo il solito vacillare fra 5e e si, di cui fu detto sopra nella nota a i9d; leggi
SI, la particella riempitiva cosi fréquente anche nel nostro testo: e si-l met in m.
56. Al verso 140a ancora digo a voi ke d'mi si lamentai, l'editore si compiace
1. cfr. ancht pestuto .-= posîutto nei Mon. ant.
2. Quanto al g délia formula atic-, che secondo il Diez verrebbe da t'c, piacemi
ricordare l'Ascoli, il quale ci vede un prodotto di ati[c\o adi[c]o.
120 COMPTES-RENDUS
assai di avère trovato un esempio di verbo riflessivo costruito anche nella seconda
persona plurale col riflessivo se; « l'esempio ci pare provare che effettivamente il
dialetto milanese del secolo XIII. andava nello stesso cammino, che avevano
preso da principio la lingua madré ed i dialetti scandinavi per creare di poi una
voce média o passiva.» Duolci dire che noi la crediamo una terza illusione. Verbi
riftessivi usati corne intransitivi sono frequentissimi, e lomcntarc pub essere uno di
questi. Non vorremo quindi che si corregga si-v; diremo che 5( (si) è l'avverbio
sic, qui col valore enfatico di cosl ' .
39. 184c pensono non équivale a /7£rt5flno ma a pensdn[no]=pcnsarono ; e i84d
pentin non a pcnlono ma a pcntin[no]=pentirono ; vanno dunque al § 42.
40. 98d Zcner s'è un de quili ke ten per quel sente; ten non ci pare plurale, ma
singolare. Costruzioni simili, in cui domina la idea di un, sono frequenti. —
i84d vegen non sta per veghen=it. veggono, ma è mala grafia di vegne=venne.
41. S'aggiunga se 57b altra forma di sed 7b.
42. disse i-jhc, dissen i8oc non sono perfetti, ma presenti; pronunch dise disen
colla s dolce. Di perfetti forti che ricorrono nel nostro testo aggiungi, oltre
vegne pur ora ricordato, anche sepie=sapuit 1 16b, che nel cod. Berlinese ricorre
nella forma sopc.
48. La forma -isevo per la 2a plur. del condizionale sembra all'editore « straor-
dinaria, délia quale dobbiamo confessare di non sapere esplicare la ragione
etimologica. » Ma perché non dare un' occhiata al Diez gramm. II ' 144?
L'enimma si sarebbe facilmente sciolto; isevo è [habu]isti[s] + vo[s].
50. Non doveva passarsi sotto silenzio l'uso di son abiudo nel valore di sono
siato, di cui il nostro testo ci offre due nuovi esempii ■. E quest'uso l'editore
doveva conoscerlo, almeno dal Diez gramm. IP 1 50.
Segue un brève glossario, e questa, c'è forza il dirlo, è la parte più debole
del lavoro. Ne cancelleremo anzi tutto le voci moresta, scerma, seorzato, ugia,
che (come fin qui abbiamo veduto) si fondano su lezioni viziate 0 congetture non
accettabili. Non poche sono poi le osservazioni, che accade di fare su quelle
voci, che l'A. registre e tenté di spiegare. Ed anzi tutto notiamo come ecciti
stupore che egli, accingendosi ad illustrare una scrittura di milanese antico, non
abbia pensato a consultare alcun dizionario lombarde, e principaimente le opère
notissime del Cherubini e del Monti. Queste l'avrebbero messo in grado d'evitare
più d'un errore 0 d'illustrare meglio alcune voci, spiegate troppo scarsamente.
Abreg.vre : La festa di nadal abrega a casa mia 1 02a. L'editore spiega « abber-
gare, albergare. » Si puô dubitarne e leggere à brega « ha briga » nel valore di
« avère pratica, praticare » ; ma in ogni caso bregarc — 108c ki brega pressa al
scorpio la ment non à segura — non è aferesi di abregare =^ alb . ma risponde al-
l'ital. brigare, che nei dialetti, particolarmente antichi, ha significazioni variate,
fra le altre « bazzicare, frequentare ecc. »
1. Proponiamo anche un' altra spiegazione : si' lamentai — sietc lamcntati in luogo di
ri s. /., costruzione fréquente nel fr. ant. e che, a cercar bene, si troverà probabilmente
anche in scritture italiane.
2. Ai molti esempii recati da me e da altri di questo costrutto s'aggiunga questo da
un dialetto délia provincia di Como presso il Monti : chi è-l bûtt? = chi è egli avuto =
(( chi è stato ' »
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss 121
Art. Un quarto esempio di quell' impersonale artc, che notammo nello studio
sulla lingua di Bonvesin. L'editore ci vede ardct da confrontarsi d^calct. Di qucsta
voce avremo fra brève occasione di riparlare in altro lavoro.
Gareua. Dal confronto dei tre passi, in cui ricorre la voce, l'editore deduce
bene la significazione di « botte da vino. » Poteva aggiugnere da altra poesia
di Bonvesin bcvcr dd bon vin dra carrera N 203; cfr. anche D 17e. Nel saggio
di antico vocabolario latino-bergamasco publicato dal Grion nel Propugnatore
trovi vcges « la vcza over la carrera. « E il dizionario comasco dei Monti registra
carrera « botte. » In cremon. carer. Anche in sardo carrada, e in ital. il dimin. ca-
ratcllo, più regolarmente carr.^ Diez, Diz. etim. IP 18. A wrerf va congiunto car-
ciroti 84a che l'editore si contenta di registrare, senza spiegarlo. Si potrebbe con-
getturare ci scritto 0 letto maie per cararoii deminutivo di carrera (il Monti regi-
stra in fatti dei bormiese carrarola « botticino portatile »); senonchè dà alcun
motivo di esitare il trovare in Valtellina carcircl « secchietto di legno ad use di
attingere acqua. »
Floreta « mazzo di fiori. » Se l'editore non ha qualche buon appoggio per
questa spiegazione, noi diremo floreta diminutivo di flor, femminile come in piii
dialetti settentrionali, in Bonv. L 206.
Galfion « pare sia per una specie di frutta; ma quale? « Bastava consul-
tare un dizionario milanese, p. es. il tascabile dei Banfi, per ritrovarvi galf. e
sgalfion « ciriegia duracina » ; il Cherubini ha anche la forma sgraffion,
cremasco grafiû. E per il comasco trovi galfion, nelle Tre Pievi anche galbion.
Il Cherubini nota che in dialetti délia Svizzera francese ricorre dei pari galfion ;
nel Bridel non trovo la voce; sarà altrove.
Grepo ; Ki vol mord in ascosso quel de can grepo sente. L'editore confronta il
toscano far greppo « raggrinzar la bocca », quindi can grepo « cane che rag-
grinza la bocca minacciando di mordere, cane maligno, cattivo. » Non è punto
persuasive. Notisi piuttosto che a Poschiavo, a Bormio (Monti) grep significa
« cane » in générale; e dal nostro luogo parrebbe che la voce in sul principio
indicava una specie di cane. Ricorderô ancora scherpi cani nel Contraste éd.
Giuliari, pag. 231.
Leme fu spiegato bene « legumi, civaje. » Giovava confrontare il mil. lemm.
Anche nel gloss. lat. berg. éd. Grion « legumen, ol km. » Il mod. ha limm.
Menudre, biave\ « minuto, minutolo » va benissimo; ma anche qui avremmo
desiderato il confronto col mil. mcnuder {■er = ul come in lodera),ne\ quai dialetto
anzi i menùder, quai aggettivo sostantivato, s'usa nel significato di « biade che
si coltivano dopo mietuto il grano »; cfr. anche corn, miniidar « dicesi di certi
grani — miglio, panico — , per distinguerli da altri — frumento, segale. —
Penzo. Agosto dice 75a e penz l'ughe dre vigne; settembre dice 84b : castegne
e anc maron imprimamente penz. L'editore : « pinzo, pesto » e cita il Fanfani il
quale registra pestare le castagne « dicono in montagna^, il chiudere le castagne
già seccate in tanti sacchetti e batterie poi sopra un ceppo per mondarle dalla
buccia. » Ma se anche un taie ravvicinamento potesse rispetto al secondo
passo contentare alcuno, come s'attaglierà al primo.? Ognuno vede che /;f/2zo
risponde a pingo ; in agosto cominciano a colorirsi le uve. E il Cherubini ci
dice s. V. penciorà (e pcngiorà—pinct-urare, anche penc peng pensg), che questo
122 COMPTES-RENDUS
verbo, usalo precipuamente dell'uve, viene adoperato dai contadini anche par-
lando di altrc derrate volgenti a maturazione; nel nostro luogo di castagne.
PEREcniA. I2d (il freddo) significa'l peccao kc Un l'anima in percgria. Sarà da
cgro, quasi lat. pcr-œgcr? c\\\tàt l'A., e aggiunge: « significherebbe in tal caso stato
mal temperato a sanità, stato pericolante o inducente pericolo. » Ne dubitiamo
assai, sebbene non possiamo dare altra spiegazione, che pienamente sodisfaccia.
Saremmo propensi a leggere impcgria^impigrita, se questa voce non ci paresse
troppo fiacca ad indicare lo stato deU'anima fella, peccatrice. Il Cherubini poi
registra un pereria pcraria col significato di « vitupero «, che, a dir vero, qui
caizerebbe benissimo ; ma non ha ragione il Ch. dicendola voce poco antica,
dallo spagn. perrcria?
Pesinti « lat. petientcs, corne in andar pczzendo=petiendo. » Vediamo il passe.
Décembre a nome suo e dei compagni si duole ch'essi debbano recar mille cose
alla corte di Gennajo, senza che costui se ne contenti giammai : loia nu vam
pesinti a corte e fam k'el l tut picn. Qui nulla c'entra l'andar accattando a corte;
al contrario. Si spieghi pesinti plurale di pesente= pesante « carico di roba. »
PiACO « pago, soddisfatto, ovvero placido, quieto... lat. placatus... corne
pago—pacatus. » Il passo 86b è questo : (juel ingord malastrudo (Gennajo) pur to,
no dà nient a pe del fog sta piaco. La interpretazione dell' editore potrebbe, a
primo aspetto, sembrar taie da contentarsene ; ma vuolsi osservare che dialetti
lombardi rustici hanno un verbo plaça piacà « nascondersi, appiattarsi » onde
l'aggettivo plac piachet e la locuzione de piac « di soppiatto. » Questa voce la
riconosceremo nel nostro testo : « Gennajo se ne sta rimpiattato, accantucciato
al fuoco. » Sull'etimologia si potrà essere in forse; ma che null'abbia a fare con
placatus, si puô quasi con certezza asseverare.
SoRENGO. Parla giugno 57 : A segar e a bâter sostegn fadiga al coldo; e lu se
zo e canta e sta segur e boldo; e quando mi sorengo de questo m'aregordo *, e'mc
gramisco-l cor e per furor me scoldo. L'A. « pare sia per sovvenirsi, rammentarsi,
riflettere. » Non è l'ital. solingo? Il Cher, non ha che sorenghin dal Maggi nel
valore di « selvatichetto », affine a quello di « solitario » ; uomo che se ne sta
solo, romito in selva, è ruvido alquanto, poco accostevole.
Staorina « sarà per estate »; gli esempii sono: agosto dice 75b: La staorina
segue, la stac è andada in fin; novembre dice 96c : la staorina convenme abandonar
c comenzar l'inverno. Dunque non è Vestate, ma Vautunno; cosi stadulina in un
vocab. ital. tedesco del XV. secolo viene tradotto « herbst. »
Tr^vvagada; i27d tut va a la tr. cioè « a rovescio. » La chiosa dell'A. « sarà
per traboccata? » è poco esatta. Questa è voce fréquente, per solito nella
forma str., in molti dialetti nel signifirato di « rinversare, mettere sossopra »,
anche « sdrajarsi ». Non c'è nessuna probabilità che abbia affinità etimo-
logica con traboccare.
Se quello ch'è contenuto nel glossario non sodisfa appieno, più giusto motivo
abbiamo di dolerci del molto, che non ci è. Non si vede dietro quali principii
I . Ambidue gli emistichii di questo verso sono per noi troppo corti; dovendosi leggere
quand e quest.
BONVESiN, Tractato dei mesi, p. p. lidforss 123
l'editore abbia compilato il suo glossario. Vi trovi voci quali bechl « beccajo »,
biava « biada », brega « briga », ceresa v ciliegia », rava « râpa », che ciascuno
intende e che quasi tutte mediante le osservazioni generali sui suoni riescono
chiarissime, e cerchi invano parole , che ad una grande parte dei lettori
offriranno gravi difficoltà. Non è nostra intenzione sopperire qui alla
mancanza dell'editore e dare un glossario completo dei nostro testo ; questo è
cômpito riserbato a chi ci darà una nuova edizione di tutte le poésie di Bon-
vesin ; ma almeno ad esempio vogliamo recare alcune voci di quelle che si dcsi-
derano nella lista fatta dall' editore.
Adunao 1 i4ab. Novembre à pijà 'n man un cartel da bechl, il à pur adunao
ke vor scanà Zcnl. Significato singolarissimo ha qui il verbo adunare; par che
voglia dire : a stabilire seco stesso » e forse anche « esprimere fra se e se la
determinazione presa »; arieggia invsomma a.\Yaduncr dell' inno a S. Eulalia e
délia vita di Leodegario ; v. Romania I 308.
DuRAR MAL : 65b «0 me repos... ma ben mal dur lo pan cioè « stento il pane,
lo guadagno a grande fatica. » Cosi anche H 14 la mosca dice alla formica : In
maldurar lo pan zamai no meto eo cura, senzafadhiga alcuna eo trov la mia pastura,
ove il Bekker meno chiaramente stampa maldurar in una parola.
Fodre; 70c (zener) fodre grande taja. Cosî in altri luoghi di Bonvesin : B 70
pagar fodri e îalie. E B 955 comanda carre et homini e sfrodra a tatavia. \\ jodrum
dei latino dei medio-evo, che anzi tutto significava quell' imposta — ordinaria-
mente in derrate — che serviva al nutrimento di soldati e cavalli, al foraggio.
Ponzigliol; 165a Gennajo ai mesi ribelli : incontra-l ponzigliol verasment
répétai. Mil. ponzirô significa « ripostiglio a prua per uso di riporvi le robe dei
barcajuoli »; qui forse in significato più générale quai deminutivo di poncia=ht.
puncta « prora », lato appuntato délie barche.
Répéta poi è « guizzare, trarre dei piedi » e nel Varon milanes (edizione dei
1606, pag. 19) dicesi che è proprio délie anguille nel fréquente loro moto.
Onde Gei.najo dice : In verità voi mi fate l'effetto di anguille, che, impotenti,
si danno a battere délie loro code contro i fianchi délia barca.
Revelar, 2 1 b quel mal ke fa Zener, el mel conven mendar, zè k'el el tcn suffocao
conven mi revelar. Dunque « ravvivare, richiamare, rieccitare a vita. » È rcbcllare
con modificazione di significato analoga a quellach'ebbe nel francese antico, ove
revel viene a significare persino « letizia, gioja. » E nel milanese d'oggidi trovi la
b nel riflessivo rebellass « rimettersi in buono stato di béni 0 di sainte. »
Revertalie; 1 50a Molt noze e revertalie fin fagie en lo me temp (di gennajo).
L'Edit. molto opportunamente cita dal Du Gange un passo degli Statuti di Ver-
celli, in cui si vieta di mandare 0 portar donativi ad allouas nuptias vcl revertalias
e interpréta « festino, banchetto». Il significato più preciso délia voce lo rilevia-
mo dair eccellente Dizionario bergamasco dei Tiraboschi, il quale ricorda come
in un dialetto rustico s'usi ancora roertaja « il ritorno délia sposa alla casa pa-
terna dopo otto giorni di matrimonio », quindi da re-vertere.
Segheza 1 1 id; l'arme a cui Giugno dà di piglio « faice »; mil. seghe::, berg.
sigès ecc; cfr. anche h.ségolo.
Sema ; 171b zamai ma' questa sema incontra ti no zemo « giammai salve questa
volta » ; sema = scmel conserva tuttodl in alcun iuogo il valore primitive di « una
124 COMPTES-RENDUS
volta », ma ha di fréquente preso il significato di « volta » senza più, p. es.
com. l'aot sem « l'altra volta. »
SoNA ; tutti i mesi sono molto irati contre Gennajo ; cl son.v pur k'i siano
lion dcscàiim. Significa « sembra ». Cosl il Ruzzante: 5t/ moriisi i sona galavron
(1 quest' innamorati sembrano calabroni », e nei canti popolari veronesi raccolti
dal Righi Intel cantar te soni me sorela « nel cantare pari mia sorella. » Non è
probabile che sia il \erho sonarc ; « le tue parole suonan minaccia » potrebbe p.
es. equivalere a «sembrano minaccia», ma ne la locuzione è popolare ne da essa
si sarebbe con facilita sviluppato il significato générale délia voce. Propongocon
tutte le riserve possibili una spiegazione, che a me stesso pare alquanto artificiosa.
Da similare, semcnà (cosî nel rumeno); e come scmenà =. scminarc si muta in so-
menà somnà sonà (le ultime due forme nel contado milan.) cosi anche W semcnà =
similare.
Tro MO 5 ^d « fin ora »; da intro come in prov.; Diez Gramm.. IP 486; inVal-
verzasca usano ancora tro con questo valore. In altri passi di Bonvesin mintro,
secondo il Diez s. v. mcntrc da in [i]n-intro.
Vebende; 133a de moite oltre v. co sont impazao; cosi per « faccende, afïari»
in più luoghi di Bonvesin: D 8, G 44^ L 80. Cfr. genovese invcxcndassc « afïac-
cendarsi ». Corrisponde, dal lato etimologico, a vicenda.
A. MUSSAFIA.
Cancioneiro e romanceiro gérai portuguez, confecçâo e estudos por
Theophilo Br.\ga. 3 vol. in-12. viij-22:, vij-223 et viij-216 p. Porto, typo-
graphia lusitana. 1867.
Gantos populares do archipelago açoriano publicados e anotados por
Theophilo Braga. Porto, typ. da Livraria nacional, 1869, in-12, liij-216 p.
Floresta de varies romances colligidos por Theophilo Braga. Porto,
typ. da Livraria nacional, 1869, in-i2,xvj-478 p. (Les deux derniers ouvrages
portent aussi le titre de Cancioneiro e romanceiro gcral portuguez).
Avant d'examiner en détail les trois collections dont on vient de lire les titres,
il ne sera pas inutile de passer rapidement en revue ce qui a été fait jusqu'à
M. Braga pour contribuer à la connaissance de la poésie populaire portugaise.
Le premier essai d'une collection de chants populaires portugais est, on le sait,
\e Romanceiro d'Almeida-Garrett ', ou plus exactement les second et troisième
volumes de ce recueil seulement, les huit compositions épiques que renferme le
premier volume étant (quoique faites sur un fond populaire) l'œuvre de l'auteur
lui-même qui les intitule : romances da renascença. AlmeidaGarrett mourut avant
d'avoir pu mettre entièrement à exécution son plan, qui était de publier son
ouvrage en cinq livres. Cette publication attira bientôt l'attention des critiques
et, parmi eux, de celui qui, par ses travaux antérieurs, était assurément le
plus capable de l'apprécier, l'érudit Ferdinand Wolf. Il fit du romanceiro d'Al-
meida-Garrett, en même temps que du livre de M. Mila y Fontanais (Obser-
I. Romanceiro pelo visconde de Almeida-Garrett. 3 vol. Lisboa 1863. (La première
édition des deux derniers volumes est de i8ji.)
BRAGA, Cancioneiro c romanceiro gérai 125
vaciones sobre la pocsia popuhn, etc. Barcelona, 1853) un examen approfondi
dans un travail intitulé : Proben portugiesischer und catalanischcr Volksromauzen\
Après avoir fait ressortir avec beaucoup de raison l'analogie frappante que
présente le développement de la poésie artistique ,en Portugal et en Catalogne,
les textes des deux recueils cités lui permirent d'établir de nombreux rapproche-
ments entre les traditions populaires de ces deux pays et celles des autres
nations européennes. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, un grand nombre des
romances chevaleresques publiées par Almeida-Garrett ne sont pas originairement
portugaises, mais ont été importées d'Espagne à diverses époques. Parmi les 37
romances des deux volumes du Romanceiro 14 se retrouvent dans les collections
castillanes. Mais il aurait été injuste de porter un jugement définitif sur la poésie popu-
laire portugaise d'après une collection incomplète et qui ne nous faisait connaître
précisément que la classe de romances dont on aurait presque pu a priori affir-
mer l'origine étrangère. En outre le procédé de publication d'Almeida-Garrett
ne nous paraîtra pas maintenant à l'abri de tout reproche. Un Portugais devait
tout naturellement chercher des modèles en Angleterre, aussi ne nous étonne-
rons-nous pas de retrouver chez notre auteur les procédés de collation des
éditeurs de ballades anglaises et écossaises *. Je ne citerai qu'un exemple. Dans
l'introduction qui précède la romance du conde d'Allemanha {Romanceiro, 11,
80), il dit : (I Collacionando umas copias com outras e corn a licçâo castelhana
segundo Dcpping e Augustin Duran, appurei 0 que me parece 0 texto mais legitimo
e verosimil. » Si l'on songe d'un autre côté que ces lignes ont été écrites en Portu-
gal en 185 1 et qu'Almeida-Garrett a eu le mérite non-seulement de réunir avec une
persévérance peu commune les romances dont il a formé sa collection, mais aussi
d'en éclairer, très-souvent avec succès, les origines, on ne lui marchandera pas
une reconnaissance qu'il a bien méritée.
Une quinzaine d'années après cette première publication parut à Leipzig un
recueil de chants populaires portugais, dû aux soins du savant Bellermann '.
Toutes les romances c/i^'^/^ra^ua de cette collection sont tirées d'Almeida-Garrett,
le texte de quelques-unes seulement a été modifié d'après la tradition populaire.
Cp. e. n" 9 : Donzella que val a gucrra ; n° \2: A bclla infanta; n° 23 : A noiva
arraiana, etc.). Bellermann a ensuite extrait de Vauto da barca do purgatorio de
Gil Vicente {Obras, éd. de Hambourg, I, 246) la romance: Remando vdo remadores
qu'il intitule : Christo 0 capitâo de navio; d'Ercolana, Lendas, I, 259, un ancien
noël. Il a reproduit également une cantiga d'Alphonse X: ComoS. Maria resocitou
en Coira, una aldea de Sevilla, un menyno de morte (n° 4), et les strophes com-
posées par Dona Felipa de Lancaster qu'il avait déjà publiées dans un autre
ouvrage (Die alten Liederbûcher der Portugiesen, p. 31). Du livre de Miguel de
Leitâo de Andrade, Miscellanea do sitio de N. Senhora de Luz, Lisboa, 1629.
1. Dans les Sitzungberichte der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. Philoso-
phisch-historische Classe. XX. Band. I Heft, Vienne, 1856, p. 17-168.
2. M. Lemcke a supérieurement jugé cette funeste habitude (Jahrbuch f. rom. Lit.
IV, 12).
j. Portugiesische Volkslieder und Romanzen. Portugiesisch und deutsch mit Anmer-
kungen herausgegeben von Dr. Christ. Fr. Bellermann. I^chgelassenes Manuskript des
Herausgebers. Leipzig. Engelmann 1864. 8".
126 COMPTES-RENDUS
Bellermann a tiré une curieuse romance sur la bataille d'Alcacer où le roi Sébas-
tien périt et perdit son armée. Andrade, qui prétend que cette romance a été beau-
coup chantée après la mort de ce roi, a joint au texte la musique, que reproduit
également Bellermann. Cette romance ne se trouve pas dans le Romancero de Duran
qui en a donné trois sur Sébastien (n" 1245-1247). Les chants modernes de ce
recueil (modinhas, disparates, saudadcs) n'offrent que peu d'intérêt. Par contre
|a collection de proverbes populaires qui clôt le volume a une réelle impor-
tance.
Avant d'aborder l'examen des ouvrages de M. Braga, nous noterons en
passant un cancioneiro portugais dont le titre seul nous est connu : A. F. Ba-
rata, Cancioneiro portuguez. Com um juizo critico do Ch. Ribeiro. Coimbra,
1866, in- 12.
Le premier volume du cancioneiro e romancciro de M. B., qui porte comme
sous-titre : Historia da poesia popular porlugueza, est divisé en deux livres. Le
premier traite de la formation des langues romanes, de l'influence de la poésie
provençale sur la littérature portuguaise, du caractère populaire des œuvres de
Gil Vicente, enfin des traditions et légendes populaires en Portugal. Dans le
second l'auteur examine le développement des cycles carolingien, breton et
gréco-romain dans la poésie portugaise. Le dernier chapitre, le plus intéres-
sant et le plus nouveau du livre, est consacré à la littérature vulgaire (litteratura
de cordel) ; il se termine par une bibliographie des romanceiros et feuilles
volantes.
On voit par cette analyse que M. B. a fait aussi l'histoire de la poésie artis-
tique et érudite de son pays. Nous aurions préféré qu'il se bornât à la littérature
populaire proprement dite. Il ressort de l'introduction du présent volume que
M. B. avait l'intention de consacrer à ce sujet un livre di'excavaçôes e recons-
truçôes hisloricas, mais la mort de Duran et de F. Wolf lui a ôté l'envie de
justifier ses théories et il se borne à nous en offrir le substractam en 16 thèses
dont plusieurs présentées comme elles le sont prêtent beaucoup à la discussion,
tandis que d'autres restent dans un vague à peu près insaisissable. En géné-
ral M. B., qui possède une connaissance approfondie de la littérature de son
pays, a trop négligé l'étude des littératures sœurs. Ce défaut se fait surtout
sentir lorsqu'il traite de l'influence provençale en Portugal ; il est vrai qu'il restait
peu de choses à dire (dans une étude générale comme celle qui nous occupe)
après les travaux de Bellermann, F. Wolf, et surtout de M. Diez {Ueber die
erste portugiesische Kunst- und Hofpoesie); mais l'auteur, qui ne connaît aucun
de ces ouvrages, n'a même pas pu présenter à ses lecteurs les faits acquis
à la science. M. B. a signalé avec raison l'importance des œuvres de
Gil Vicente pour la connaissance de l'ancienne poésie portugaise et castil-
lane. Avant lui F. Wolf, dans son excellent article sur ce poète dramatique
(Encyclopadie d'Ersch et Gruber, s. v. Gil Vicente, p. 333, n. 29), avait relevé
un certain nombre de romances populaires reproduites ou citées seulement dans ses
drames. Sur le fait que les chansons populaires dans Gil Vicente sont presque
toutes en castillan, M. B. rapporte encore, sans la réfuter, l'opinion de Rapp
qui croit le castillan employé ici comme langue vulgaire et mis dans la bouche
des personnages infimes. Sans parler des raisons générales qu'on peut opposer à
BRAGA, Cancioneiro e romanceiro gérai ' 1 27
cette affirmation, on n'a qu'à prendre la comédie si souvent citée de Rubena :
Gil Vicente y tait chanter la sorcière en portugais (Obrus, II, 26), tandis qu'un
des adorateurs de Rubena lui dit une romance castillane (ib., II, 5?).
Les superstitions populaires sont depuis longtemps l'objet de l'attention des
savants qui s'occupent de mythologie comparée. Ces superstitions se trouvent
consignées soit dans les chants, contes et proverbes populaires, soit dans les
textes des mesures prohibitives qui furent prises autrefois contre les pratiques
qu'elles engendraient; aussi devons-nous être reconnaissants envers M. B. de nous
avoir donné deux extraits d'ordonnances relatives aux coutumes qui paraissaient
coupables aux magistrats du temps. La première est une ordonnance de la
chambre municipale de Lisbonne de 1385 ; la seconde est tirée des Constituçôes
do bispado de Evora (Const., I, tit. 25, éd. de Lisbonne, 1^54). M. B. aurait
pu multiplier ces citations, car les livres qui fournissent des textes ou des rensei-
gnements sur ce sujet sont difficilement accessibles hors du Portugal. Toutes les
superstitions populaires signalées par M. B. se retrouvent à peu de chose près
chez les autres peuples romans (elles ne se rencontrent que rarement en Espagne,
voyez Almeida-Garrett, Rom. II, 19, et F. Wolf, Studien p. 449, note 3) et
les peuples germaniques. M. B. a comparé les camisas fiadas e tecidas em un dia,
que les constitutions d'Evora défendent de revêtir, au Nothhcmd allemand. Il y
aurait bien d'autres comparaisons à faire. L'usage, par exemple, signalé par
J. Grimm (Deutsche Mythologie, p. 442, note 2, éd. de 1835), de jeter l'image
d'un saint dans l'eau lorsqu'il ne répond pas aux espérances qu'on a fondées sur
lui, est consigné d'une façon curieuse dans ces mêmes constitutions :' « nem
levem as imagens de alguns sanctos a cerca de agua, fmgindo que as querem
lançar em ella, e tomando fiadores, que se até certo tempo Ihes nâo der agua,
ou outra cousa que pedem, que lançarâo a dicta imagem na agua. » Une étude
approfondie aussi sur le loup-garou * (lobis-homen), les iées (bruxas), et les aimas
penadas ou encantadas, aurait été ici à sa place, tandis que M. B. se borne à de
simples mentions.
Le deuAième volume de la collection de M. B., intitulé Cancioneiro popular^
débute par ks fragmentas do poema da Cava, la cançâo do Figueiral, la cançâo de
Gonçalo Hermingues, la cançâo de Egaz Moniz Coelho a D. Violante et la cançâo
de ce dernier à sa dame. La valeur de ces compositions, que certains écrivains
portugais, et parmi eux l'auteur de cette collection, s'obstinent à regarder
comme les plus anciens monuments de leur poésie, a été appréciée par Ribeiro,
Bellermann, F. Wolf et enfin M. Diez dont les arguments philologiques ont
confirmé l'opinion de ses prédécesseurs. Il est désormais acquis que ces divers
poèmes, dans leur forme actuelle du moins, ne remontent pas au-delà du XVI'
ou tout au plus de la fin du XV° siècle; aussi est-il superflu d'examiner les argu-
ments par lesquels M. B. cherche à réfuter Ribeiro-.
1. M. Wilhelm Hertz {Der Werwolf, Beitrag zur Sagengeschichte, p. 89), ne connaît
du loup-garou portugais que son nom.
2. iLes faits que M. Braga a réunis depuis, dans ses Epopeas da raça mosarabe (Porto,
1871), ch. IV, pour établir notamment l'authenticité de la chanson du Figueiral, prouvent
uniquement i" que cette chanson était réellement populaire au xvi* siècle, 2° que la légende
sur laquelle elle s'appuie est beaucoup plus ancienne. C'est absolument le résultat auquel
Wolf est arrivé {Studien, p. 69}). — G. P-l
128 COMPTES-RENDUS
Une grande partie du volume, p. 41-134, est occupée par la S}' /va de canùgas
sohûs, c'est-à-dire des couplets d'amour dans le genre des copias andalouses,
quoique avec moins de brillant. Parmi les fastos do anno se trouvent deux jolies
chansons à S. Jean, un des saints les plus populaires du Portugal; l'une est tirée
d'une feuille volante du XVIII* siècle. Ces chansons font allusion aux fogueiras
(feux de joie) faites par les jeunes filles le jour de ce saint avec des artichauts
{alcachofa). C'est au degré de clarté plus ou moins vif de la flamme qui s'en
échappe qu'elles s'assurent de l'amour de leur galant.
Les iiphorismos poeticos da lavoura, c'est-à-dire les proverbes populaires rela-
tifs aux saisons de l'année qui terminent ce deuxième volume, forment une collec-
tion plus complète que celle qu'a donnée Bellermann.
Presque tout le contenu du troisième volume, qui forme le romanceiro propre-
ment dit, nous est déjà connu par la publication d'Almeida-Garrett. Le principal
mérite du romanceiro de M. B. consiste en ce qu'il nous donne de toutes les romances,
à peu près, des versions plus authentiques que celles de Garrett. Une rapide com-
paraison des textes donnés par ces deux auteurs confirme ce que nous avons signalé
plus haut: Garrett refaisait les romances qu'il avait recueillies de la tradition popu-
laire. M. B. au contraire a mis un très-grand soin à publier les romances telles qu'elles
lui ont été dites. Voici du reste ses propres paroles : « Esses sessenta romances
(le volume compte 61 numéros) que a todo 0 custo alcançâmos de pessoas que
nâo sabem dizer sem cantar^ e que logo que as interrompem perdem 0 fio da
cantilena, de outras supersticiosas e que temem de ser escarnecidas, todos estes
romances foram, por assim dizer, apanhados em flagrante delicto do enthusiasmo
popular. Comparâmol-os com as versôes de Garrett, e creio que aonde Ihes sâo
inferiores assenta a sua valia. » Lorsque M. B. a pu recueillir plusieurs ver-
sions d'une même romance, il les donne in extenso les unes à la suite des autres.
Par contre la classification des romances ne nous paraît pas heureuse. M. B.
divise sa collection : 1° en Flor dos romances anonymos do cyclo carlingiano e da
Tavola Redonda; 2° en Vergcl de romances mouriscos, contas de cativos, lendas
picdosas e xacaras. La première partie se subdivise à son tour : r en Romances
communs aos povos do meio dia da Europa; 2° en Romances de supposta origem
portugueza ; et 3° en Romances que se encoutram nas colleçôes hespanholas. Tout
d'abord, des trente-quatre romances que M. B. attribue au cycle carolingien
et à celui de la Table Ronde il n'y en a qu'une seule qui appartienne
positivement au premier de ces cycles : Gerinaldo (M. B. met Gay feras dans la
seconde classe) et aucune au second. Du reste une classification de ce genre, en
supposant même chez son auteur une connaissance complète de tous les chants
populaires romans publiés jusqu'à ce jour (ce qui n'est pas le cas ici) ne pourrait
avoir qu'une valeur tout à fait monicntanée, car la publication d'un nombre
beaucoup plus considérable de textes permettra seule de passer des recherches
spéciales sur tel ou tel chant à des appréciations générales. On a déjà fait
remarquer que la théorie de M. le chevalier Nigra à ce sujet était prématurée'.
M. B., comme Garrett, désigne la province de Beira-Baixa comme la plus
riche en traditions et dans cette province le pays de Covilhâ fournit en générai
I. M. Gaston Paris, Revue critique, 1866, t. \, p. 384.
BRAGA, Cancioneiro e romanceiro gérai 129
les meilleures versions. Les romances qui ne se trouvent pas dans Almeida-
Garrett sont : N° 8, Alferes matador, version de Covilhâ. Un féroce amou-
reux enlève, malgré sa résistance, une jeune fille dans la maison même
de sa mère et la traîne par les cheveux à travers la ville, puis la rend à
sa mère qui aime mieux la voir sans vie que déshonorée. Cette romance n'a
donc que peu d'analogie avec le chant français de la jolit fille de la Garde
auquel M. B. la compare. — N" 39, A moïra ericantada, version de l'Algarve.
M. B. dit en note : « Cette légende a été recueillie par M. Stacio de la
Veiga et publiée dans le n° 12 de VEstrella de Alva... Selon ce dernier, cette
romance est une des plus populaires de l'Algarve et exprime la croyance générale
et ancienne que, la veille de S. Jean, à minuit, apparaissait, dans la citadelle
moresque de Favira, une belle enchantée demandant qu'un chevalier vînt
rompre son charme. » — N° 40 : N. S. dos Martyres, version de l'Algarve
recueillie par M. Stacio da Veiga ; cette romance se chante au pèlerinage de
Caslro-Marim, à la mi-août. C'est l'histoire d'un esclave chrétien maltraité par
son maître more qui finit par lui lier pieds et mains et l'enferme dans une caisse
sur laquelle il reste lui-même jour et nuit. Cette caisse, par un miracle de la
Vierge, est bientôt entourée d'eau et transporte ainsi le maître et l'esclave dans
le pays de ce dernier, ce qui change les rôles. — N" 43. Jésus Mendigo,' ver-
sions du Minho et de Beira-Baixa. Jésus mendiant n'est pas repoussé tout
d'abord comme dans la version provençale (D. Arbaud, I, 59) et française
(Champfleury, p. 5), mais rencontre un bon laboureur qui le soigne de son
mieux dans sa maison. — N° 44. San Antonio e a princeza, version de l'Algarve.
Une mère perd sa fille et ne veut pas la laisser enterrer. S. Antoine, auquel elle
adresse sa prière, lui rend sa fille pour sept jours, après quoi celle-ci remonte
au ciel. — N° 45. Santa Iria, versions de Santarem, Covilhâ et du Minho,
publiée déjà par Bellermann, n" 5. — N° 48. A devota da ermida, version de
Tras-os-montes. Une femme, accusée à tort par une méchante voisine de tromper
son mari avec un prêtre, meurt ou est tuée par son mari (la romance ne le dit
pas). La fin est gracieuse :
Prenhadina de oito mezes Que se chamava Maria.
Para os nove corria; — Perdoa-me oh Mariquinhas!
No cabo dos nove mezes Perdoa-me, oh mulher minha !
Um lindo cantar se ouvia. — Como te heide en perdoar
Abriram a sepultura Se a tu aima esta perdida?
Onde a encontraram parida, A minha esta na gloria
Com uma menina nos braços, Dos anjos bem assistida.
N° 49. Oraçdo do dia de Jaizo, version du Minho, répond au chant catalan :
L'anima condempnada (Briz, Gansons de la terra, III, 209). — N» 50. Romance
do terremoto de Villa Franca do Campo (1 522); extraite du ms. de Gaspar Fruc-
tuoso, historien des Açores, intitulé : Saudades da terra ou Descobrimento dds
llhas. — Parmi les Xacaras e copias de burlas nous citerons les n°' 52 et 55,
Xacara dos conversados, jolie idylle dans le genre de la linda pastorinha, et lafrcira
^/■«/je/iJk/d (n» 61), plainte d'une jeune religieuse qu'on a forcée à prendre le
voile.
Romania, Il Ç)
I 50 COMPTES-RENDUS
La collection des chants populaires des Açores que nous allons examiner
maintenant avait été réunie par M. Joâo Texeira Soares pour le romancdro d'AI-
meida-Garrett. Cette publication étant restée malheureusement inachevée, M. B.
a eu la bonne fortune d'être mis en possession de cette précieuse collection et il
la publie aujourd'hui. La grande majorité de ces chants, surtout des chants
épiques, provient de l'île de S. Jorge. Dans cette île, une certaine localité,
nommée Ribeira de Areia, est une riche mine de chants populaires; elle est au
dire de M. B. pour les Açores ce que Covilhâ est pour la province de Beira-
Baixa. M. Texeira Soares a puisé sa collection dans la tradition orale du peuple
des Açores. Une dame nonagénaire de Ribeira de Areia a, paraît-il, conservé la
mémoire assez fraîche pour apprendre à des jeunes filles une quantité considérable
de chants que celles-ci à leur tour ont répétés à Texeira.
On aurait pu désirer des renseignements plus précis que ceux qui se trouvent
dans la courte introduction et dans les notes de ce livre sur les coutumes popu-
laires de ces îles'. M. B. a préféré se livrer à un commentaire du nom de ara-
vias donné par le peuple des Açores aux romances et xacaras ; pour lui, « cette
désignation n'est rien de moins qu'une révélation historique : l'origine arabe des
romances populaires de la péninsule. » Contrairement à leurs aïeux, pour qui les
Mores n'étaient que des chiens, les Portugais et Espagnols de nos jours
n'éprouvent aucune humiliation à l'idée 5e devoir à leurs anciens ennemis ce qu'ils
ont de plus national dans leur littérature : bien au contraire, ils s'acharnent contre
les faits que d'illustres critiques ont réunis et élucidés plus même qu'il n'était
nécessaire. Il n'y a rien à ajouter du reste aux paroles de Dozy : « Nous consi-
dérons cette question comme tout à fait oiseuse ; nous voudrions ne plus la voir
débattue, quoique nous soyons convaincu qu'elle le sera pendant longtemps
encore. A chacun son cheval de bataille (Recherches, II, LXX). » Le mot aravia,
dans son sens péjoratif de galimatias, baragouin -, a pu s'appliquer dans ces îles
aux chants populaires toujours plus ou moins chargés de formes dialectales, mais
cela ne prouve pas que leur forme ait été prise aux Arabes^.
La partie lyrique de la collection se divise en Rosal de enamorados et sercnadas
do luar, c'est-à-dire les chants d'amour. Le doutrinal de oraçoes comprend surtout
des chants religieux. Cette poésie, quoiqu'assez pâle, est toujours gracieuse.
1. M. B. cite un travail qu'il serait intéressant de connaître de plus près : Superstiçôes
e prejuisos populares açorianos, par F. M. Supico dans son Almanak do archipelago dos
Açores, ann. 1868, p. 106-116.
2. Cf. Dozy-Engelniann. Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe,
s. v. algarabia.
3. |M. Br. est revenu avec de grands détails sur cette question dans ses Epopeas da
raça mosarabe. Il refuse aux Arabes toute influence sur la poésie artistique de la Pénin-
sule, mais leur en accorde une très-grande sur la poésie populaire. Je crois que la ques-
tion, ainsi présentée, prend un nouvel aspect et mérite d'être étudiée à nouveau, /'avoue
que je ne suis pas éloigné de croire à une parenté de la lyrique populaire des Espagnols
et des Portugais avec celle des Arabes, et j'ai relevé jadis [Rev. crit. 1866, t. Il, p. 140)
quelques faits qui viennent à l'appui de cette hypothèse. M. Br. en fournit un grand
nombre d'un autre genre, et il ne faut pas oublier la pénétration incontestable, dans le
peuple espagnol, de la musique arabe, si intimement liée à ce genre de chants. En tout
cas, les Arabes n'ont rien à faire avec les romances épiques, et le mot à'aravia, s'appli-
quant surtout à ces compositions, ne saurait rien prouver pour leur origine. L'identité de
ce mot avec les yaravi qu'on chante dans l'Amérique portugaise, et auxquels on attribue
dans le pays une origine indienne, est aussi très-douteuse. — G. P.j
BRAGA, Cancioneiro e romanceiro gérai i ? i
Parmi les chants épiques nous retrouvons presque toutes les romances qui se sont
conservées sur le continent. Apportées par les marins et les premiers colons por-
tugais au XVe siècle, elles ont continué à vivre dans ces îles, tantôt en gardant
assez fidèlement la forme et le fond qu'elles avaient à cette époque, tantôt en se
transformant tellement qu'il est souvent difficile de les rattacher aux versions
continentales.
Voici quelques-unes des romances [les plus importantes propres aux Açores.
N"" 17, 18 et 19. Joaosinho ou 0 banido, aussi sous le titre de Flores e Ventos et
dona Branca. Joaosinho ou Flores e Ventos, une nuit de Noël, gagne au jeu
cent doublons, tue un prêtre (six dans le n" 18, sept dans le n*" 19), séduit sept
jeunes filles, pille sept châteaux ou villes. Le père (le roi dans les n"" 18 et 19),
touché par les prières de sa mère, le bannit au lieu de le faire mettre à mort.
Dans son exil, tout ce qu'il demande lui est refusé : du pain, du vin, de l'eau,
de l'herbe (dans le n" 18 du pain et de l'orge pour son cheval seulenient). Enfin
il finit par se repentir de ses péchés.
N° 17 Foi tal a dor que Ihe deu Outros sete andou a pé,
Que logo santo acabâra. Foi acabar santamente
N° 18 Sete annos andou em sella, Ao adro de Nazareth.
Dans le n" 19 intitulé : dona Branca, Flores e Ventos épouse celle-ci et, à
partir de là, la romance n'est plus qu'une version portugaise de la romance cas-
tillane : Blanca sois schora mia (Wolf, Primavcra y Flor, n° 136), ou Ay cuan
linda que ères, Alba (Ibid., n" 136)'. — Les n" 20 [dom Alberto) et 21 {Flor de
Marilia) contiennent cette version seule sans la confusion avec la romance précé-
dente. — N" 44-46, romances sur la bataille de Lépante. — Les n°' 48 (dom
Franco) et 49 {dona Inez) répondent à la romance castillane: A caza iban, a caza
{Primavera y Flor, n° uç)).- — N<" 50 (Florbella) et 5 1 (/l pobrc viuva). M. Ama-
dor de los Rios a donné l'analyse d'une version asturienne de cette romance sous
le titre de Filoména (Historia crit. de la lit. esp., VII, 4^2).
Au nombre des romances historiques conservées aux Açores il en est une qui
offre un intérêt particulier; c'est celle qui a pour sujet la mort de l'infant
Aifonso, fils de Joâo II de Portugal. M. Gaston Paris a découvert récemment
dans le ms. de la Bibl. Nat. fr. 12788 une romance castillane sur le même sujet
qu'il a publiée dans ce recueil (I, 373-378) en la comparant à celle de Montesino
{Cancionero de diversas obras, etc.). La romance des Açores, dont M. B. a donné
deux versions de l'île S. Jorge (p. 328-351) sous les titres de Romances da ma
nova, et 0 casamento mallogrado, est restée très-fidèle à la tradition. Dans les
quatre premiers vers qui se rapportent à l'infante Isabel :
Casada de outo dias Viu vir um cavalleiro
A janella foi chegar ; Tâo de contente a mirar,
les outo dias sont les huit mois qui s'écoulèrent depuis son mariage avec Affonso
(novembre 1490) jusqu'à la mort de ce dernier (juillet 1491). La suite :
I. Une version moderne andalouse se trouve dans Fernan Caballero, La Gaviota,
Madrid 1856, 1, 128-13 1, reproduite par F. Wolf, Beitrage zur spanischen Volkspoesie,
etc., p. 134.
1^2 COMPTES-RENDUS
Que novas traz, cavalleiro, Caiu no areal ;
Que novas traz p'ra me dar? Rebentou o fel no corpo
— Novas vos trago, senhora Em duvida de escapar;
Ma nova é de contar... Se o quereis inda vêr vivo,
Vosso marido é morto, Tratae jâ de caminhar!
répond bien au récit de Garcia de Resende et à la romance castillane manuscrite,
tandis que celle de Montesino, quoique reposant également sur la tradition, est
très-délayée. M. B. remarque que la mort de l'infant Affonso a été le sujet de
nombreuses compositions des poètes de la cour de Joâo II qui ont été recueillies
dans le Cancionciro gérai de Garcia de Resende. L'une d'elles, de Luys Anrry-
quez, ao morte do principe dom Affonso (jue deos Um (Cancioneiro gérai , édit. de
Stuttgart, lî, 257), a conservé des traits traditionnels. Dans la strophe intitulée:
Las nuevas que Ihcvaran a la reyna y prinçcsa, on annonce la mort de l'infant à
sa femme comme dans les romances citées. Les autres compositions d'Alvar de
Brito (id., I, 221), de dom Joam Manuel (id., I, 374) et de Jorge Ferreira de
Vasconcellos (dans son Mémorial dos cavalleiros da Tavola Redonda) n'ont de
commun avec les romances que le sujet.
Il nous reste à parler du volume que M. B. intitule : Floresta de varios ro-
mances. Après une introduction où il étudie les transformations de la romance
populaire du XVI" au XVIII* siècle, M.B. nous donne, sous le titre de romances
corn forma litteraria, do seculo XVI a XVII, un certain nombre de ces compo-
sitions tirées du Cancioneiro de Garcia de Resende, des drames de Gil Vicente,
du livre de Jorge Ferreira de Vasconcellos (Mémorial das proezas da scgunda
Tavola Redonda, Coimbra, i <,6j, in-4°) et d'autres encore.
Sous le nom de Balthasar Dias, M. B. donne deux romances, d'abord celle du
marquis de Mantoue d'après une feuille volante de 1665, qui du reste est déjà
connue par le romancciro de Garrett (III, 211 ss.). Notons en passant que,
contrairement à Garrett qui assigne comme date à cette romance la fin du XIV*
ou au plus tard le commencement du XV* siècle, M. F. A. de Varnhagen {Da
Utteratura dos livros de cavallarias, Vienna, 1872, p. 33 ss.) la regarde avec
assez de vraisemblance comme une traduction partielle de la comédie du même
nom de Lope de Vega publiée en 1619 dans la douzième partie de ses comédies,
et qui du reste repose sur les romances castillanes'.
La seconde romance est une version de la légende de Crescentia qui nous a
été conservée dans une feuille volante intitulée : Historia da Imperatriz Porcma,
mulher do Imperador Lodonio de Roma, em quai se trata como 0 dito Imperador
mandon matar esta senhora, etc. Lisboa, 1660, 40*. M. B. a bien reconnu que
cette composition appartenait à la légende de Crescentia, quoiqu'il ait tort de
dire (Romane, I, 189) : « As origens historicas d'esté romance encontramse
nas Lendas AUemâs de Jacob Grimm (II, 120) sob 0 titulo de Hildegarda. »
1 . Elle est déjà mentionnée par Lope lui-même dans la première liste de ses comédies
qu'il ajouta au roman: El peregrino en. su patria, Sevilla, 1684. (Voyez La Barrera,
Catalogo bibliogr. y biograf. del teatro antiguo espahol, p. 422.)
2. Le titre de la feuille volante est cité comme nous l'avons transcrit, par M. B,
{Rom. 1, 202), il a publié la romance {Floresta, 104 ss.)
BRAGA, Cancioneiro e romanceiro gérai 133
Le conte de Hildegard (Grimm, Deutsche Sagen, n" 442) est en effet une version
de la légende de Crescentia, mais elle fait précisément partie de la classe qui s'écarte
le plus de celle de notre romance. M. Adolf Mussafia, dans son excellent travail:
Uebcr cinc hal'unischc nietrischc DarstcUung dcr Crcscciitiasage, Wien, 1866, a fait
une classification si complète des versions de notre légende que nous ne pouvons
mieux faire que d'y renvoyer M. B. La romance portugaise appartient au troisième
groupe, dans lequel M. Mussafia (p. 80-84) compte les versions de Vincent de
Beauvais, de Gautier de Coinci, d'Alphonse X, de Giovanni Briccio, de Timoneda,
etc. Dans un autre travail sur notre légende (Einc altspamschc Prosadmstcllung dcr
Cresccntiasage, Wien, 1866), M. Mussafia a publié un récit castillan dont
M. Amador de los Rios (Hist. de la list. csp., V, 391) n'avait donné que le
titre : Fermoso cuento de una sancta emperatriz que ovo en Roma et de su cnstidat,
tiré du ms. de l'Escorial h. j. 12, de la fin du XIV* ou commencemçnt du XV*
siècle. L'auteur anonyme de ce conte annonce son travail de cette manière :
(I Et desto vos quiero retraer fermosos miraglos asy como de latin fue traslado
en francés et de francés en gallego. » Ce texte est en castillan, mais, comme l'a
remarqué M. Mussafia, la fidélité avec laquelle il suit l'original français (le conte
de Gautier de Conisy dans Méon, Nouveau Recueil, II, 1-128), montre que son
auteur s'est borné à castillaniser la version galicienne, de façon qu'on peut faire
abstraction de cet intermédiaire et regarder le texte castillan comme une traduc-
tion directe du français. Il n'en est pas moins intéressant pour nous de constater
dans un ms. du XIV' ou du XV" siècle l'existence d'une version en ancien
portugais. M. Mussafia n'ayant pas eu connaissance de la romance portugaise,
une courte analyse n'en paraîtra pas inutile. L'empereur Lodonio, marié
à Porcida, fille du roi de Hongrie, va en pèlerinage à Jérusalem ; celle-ci et
son beau-frère gouvernent en son absence. Conduite coupable d'Albano envers
Porcida qui finit par le faire enfermer dans une tour. Délivré au moment
de l'arrivée de l'empereur, Albano se rend auprès de lui et accuse sa belle-
sœur. Porcida est remise entre les mains de trois hommes qui doivent la
mettre à mort, mais qui auparavant veulent la violer. Arrivée du chevalier
Clitaneo qui la délivre et la conduit chez lui. Conduite atroce de son frère
Natao, meurtre de l'enfant. Porcida est envoyée dans une île déserte ; ici,
contrairement aux autres versions du même groupe, elle n'est pas exposée aux
violences des marins, on a pris des précautions.
Com a noite foi chegada Com ella duas mulheres,
A's horas que anoitecia, Para ir em companhia,
Manda que seja levada Para que fosse guardada
Por dois homens de valia. Sua honra, como dévia.
Dans l'île lui apparaît la Vierge qui lui révèle l'herbe dont elle fera un on-
guent souverain. Un navire la recueille; elle guérit la femme d'un seigneur Al-
berto, et bientôt sa réputation va grandissant. Clitaneo lui amène son frère
Natao atteint de la lèpre. Guérison de ce dernier après confession. Porcida se
fait reconnaître. Répétition de la même scène à la cour de l'empereur son mari,
où elle guérit Albano également lépreux. Il n'est pas parlé de son entrée au
couvent. La romance finit par ces vers :
1^4 COMPTES-RENDUS
Foram bemaventurados,
Segundo a historia dizia.
Elle est tout à fait dans le ton des romances vulgares de l'époque comme on a pu
s'en convaincre par les quelques vers cités. — La fin du volume est occupée
par un certain nombre de romances relatives à l'histoire du Portugal, tirées des
collections castillanes.
Nous ne terminerons pas ce long article sans remercier M. B. de sa
publication. Il a accompli une partie importante de sa tâche, qui était de donner
de meilleurs textes que ses prédécesseurs, d'une manière tout à fait satisfaisante.
Par contre nous avons dû souvent contredire les appréciations dont il accom-
pagne les textes et nous aurions pu le faire plus souvent encore, mais son com-
mentaire n'en est pas moins précieux; il contient des vues originales et il réunit
un grand nombre de faits, parmi lesquels ceux qui sont spécialement portugais
ont souvent de l'intérêt et de la nouveauté. En résumé le romanceiro e cancioneiro
de M. Braga nous paraît destiné à remplacer avantageusement l'ouvrage
d'Almeida-Garrett.
Alfred Morel-Fatio.
Deutsche Handschriften aus dem Britischen Muséum. In Anszùgen heraus-
gegeben von D"" Jacob B.echtold. Schaffhausen, Baader. 1875, in-8*, 172 p.
La première partie de ce volume n'a pas seulement de l'intérêt pour les ger-
manistes. Elle est consacrée à l'analyse (avec la publication de fragments étendus)
d'un poème allemand du XIII' siècle, conservé dans un ms. de Londres (et dans
un autre, moins bon, de Karlsburg en Transilvanie), qui raconte les guerres-
de Charlemagne en Bavière, sa victoire sur les païens à Ratisbonne, la fonda-
tion, sous son règne, par des moines irlandais, du couvent de S. Pierre à Ratis-
bonne, et les vicissitudes de ce couvent sous ses deux successeurs immédiats,
appelés ici Lother (comme dans plusieurs autres textes) et Conrad. M. B. mon-
tre que ce poème est la traduction exacte d'un texte latin fort peu antérieur,
lequel avait été composé dans l'abbaye de Saint-Pierre. Avec trois données his-
toriques, la victoire remportée par Charlemagne près de Ratisbonne sur les
païens, sa prédilection pour les moines irlandais et la fondation à Ratisbonne
d'un monastère par des Irlandais^ le chroniqueur monastique a fabriqué toute son
histoire, sans se soucier des 250 ans qui séparaient la mort de Charlemagne de
l'arrivée des Irlandais à Ratisbonne. Il n'a trouvé dans la tradition populaire que le
souvenir de l'endroit où s'était livré la bataille et le nom de Colline de la Victoire
qui lui était resté. Malgré son peu de valeur, cette légende, sur laquelle on
n'avait que des renseignements fort vagues, méritait d'être connue. C'est un
pendant germanique, non pas du faux Turpin, mais plutôt du faux Philomena,
bien qu'il ait moins d'intérêt pour l'histoire de la tradition. M. B. a joint à ses
extraits des remarques intéressantes, et a fait preuve dans tout son travail de
soin et de critique. Les extraits du texte latin sont fort corrompus. P. 56, 1. 18,
il faut lire indui pour vidai, et mettre un point après paritate.
G. P.
BARTOLi, / Codici francesi délia Marciana i j 5
I Codici francesi délia Bibliotheca Marciana di Venezia, descritti
da Adolfo Bautoli. Venezia, Tipogr. del commercio di Marco Visentini.
1872. Gr. in-8", 38 p.
Cette brochure, qui, nous l'espérons du moins, n'est que la première livrai-
son d'un travail d'ensemble sur les mss. français de la bibliothèque de St-Marc
à Venise, est extraite du tome troisième d'une excellente revue historique qui
paraît depuis deux ans à Venise sous la direction de MM. Ad. Bartoli et
R. Fulin : VAichivio Vencto. Les mss. français de la Marciana, signalés au siècle
dernier à l'attention des érudits dans le grand catalogue de Zanetti, ont été
depuis lors bien souvent étudiés. Après Zanetti MM. Paul Lacroix ' et Ad.
Keller * les ont passés en revue et en ont donné des extraits. Puis MM. \.
Bekker ', P. Heyse *, Guessard ", L. Gautier ", l'auteur du présent compte-
rendu \ MM. Mussafia", Grùzmacher", Kœrting'", Rajna", ont fait connaître
tel ou tel ms. en particulier. Venu après tous ces travailleurs, M. Ad. Bartoli
a trouvé le moyen de faire une nouvelle moisson dans ce champ si souvent exploré.
Son mémoire contient la description des mss. XVII et XVIII, qui renferment l'un
et l'autre le roman de Troie de Benoit de Sainte More. Les observations que M. B.
a jointes à sa description de ces deux mss. montrent en lui un savant doué de
critique et parfaitement au courant des travaux modernes sur la légende
troyenne au moyen-âge, qui a été, comme on sait, l'objet de recherches assez
nombreuses dans ces dernières années. Mais la matière principale de la présente
publication a été le roman d'Hercule, ou plutôt d'Hector, selon la dénomination
judicieusement choisie par M. B., car ce titre de roman d'Hercules, adopté
ordinairement dans les catalogues de mss., est peu justifié. C'est un poème
contenant un peu plus de 2,000 vers octo-syllabiques, qui a été composé au
XIII'= siècle (probablement dans la seconde moitié de ce siècle) par un italien,
dans le français italianisé qui a été pendant plus d'un siècle l'idiome littéraire
du Nord de l'Italie. M. B. en signale quatre mss., tous écrits par des copistes
italiens: 1° le ms. n° XVIII de la Marciana, 2° le ms. 2433 de la Riccardiana,
30 le ms. Bib. Nat. fr. 821, à Paris, 4" le ms. Canonici 450 à Oxford'*. Il y
1. Voy. son rapport sur les mss. de Venise, imprimé d'abord dans le t. VII de ses
Dissertations sur qq. points curieux de l'histoire de France, puis avec diverses modifications
dans le t. IV des Mélanges historiques de ChampoUion (collection des Documents inédits.)
2. Romvart, 1844, p. 1-97.
5. Mém. de l'Acad. àe Berlin, 1840.
4. Romanische inedita, 1856, p. 9, extrait du chansonnier provençal n° XI (Pastourelle
de Guill. de Poitiers )
5. Bibl. del'Éc. des chartes, 4, III, 393, ms. n° XIII.
6. Bibl. de l'Éc. des chartes, 4, IV, 217, l'Entrée en Espagne, ms. n° XXI.
7. Gui de Nanteuil, 1861 (ms. n" X.)
8. Alt/ranzcesische Gedichte, 1864: La prise de Pampelune (ms. n" V); Macaire (tiré
du ms. n" XIII). — Le même savant a publié en 1867 dans le Jahrb. f. rom. Liter.,
d'après le ms. n» VIII, une version de la pièce Ar agues iea de Pistoleta.
9. Le chansonnier n° XI tout entier dans VArchiv de Herrig, t. XXXVI (1864).
10. Altfranzœsische L'ebersetzung der Remédia amoris des Gvid, 1871; variantes d'un ms.
des Echecs amoureux, communiqués à M. Kœrtmg par M. Th. Sundby.
11. Nous rendrons compte prochainement d'un travail important de M. Rajna oii sont
utilisés des mss. français de la Marciana.
12. Les deu.x derniers de ces mss. m'étaient seuls connus lorsque j'ai donné de l'ouvrage
qu'ils contiennent une courte notice dans mon rapport sur Oxford (Documents, etc.
p. 158-60 et 245-6, ou Arch. des Missions, 2" série, V. 162-4 et 249-50). Ce n'est
I 56 COMPTES-RENDUS
en a un cinquième au Musée britannique, Bib. reg. 17. E. II (catal. de Casiey
p. 286), qui a été mentionné par Warton, The History of cnglish Poetry, édit. de
1824, t. I p. 142. Peut-être s'en trouvait-il aussi un exemplaire dans la biblio-
thèque du roi d'Aragon Martin (f 1410); du moins on lit dans l'inventaire de
cette bibliothèque, sous le n^ 284, « libre de la istoria de Hercules^ en frances » '.
M. B. s'est proposé, non pas de donner du roman d'Hector une édition criti-
que, dont tous les éléments ne se trouvaient pas à sa disposition, mais d'imprimer
avec exactitude le ms. de Venise. Il a placé au-devant de son texte une courte
analyse du roman et quelques recherches sur ses origines. Si la source unique
du récit est le passage de Dares rapporté par M. B. à la p. 15, il convient de
faire une belle part à l'imagination du poète, et il faut se louer d'autant plus
de voir son œuvre publiée.
Selon M. B. (p. ii) la portion du ms. XVIII de la Marciana qui contient
V Hector remonterait au XIII^ siècle. La vue du fac-simile joint à l'édition ne me
laisse pas cette impression, et je serais plutôt porté à attribuer ce ms. au même
temps que les autres, c'est-à-dire à la première moitié du XIV« siècle. Ils ont
au reste tous, du moins tous ceux que j'ai vus (je ne parle pas du ms. de
Florence qui m'est inconnu), par l'apparence extérieure, un air de famille incon-
testable, ce qui ne les empêche pas de différer par des variantes de mots et de
formes, dont l'examen ne sera pas sans fruit pour un futur éditeur de ce roman
s'il est publié de nouveau, ce qui n'aura sans doute pas lieu prochainement.
M. Mussafia a montré dans un article du C^fra/i/^îf/ (1872 n° 41) que le texte du
ms. de Venise n'était pas toujours correct. Examinant le ms. de Paris compa-
rativement au texte de la Marciana, il m'a paru que le premier fournissait à
peu près constamment les moyens de corriger le second ; que la langue en était
même plus correcte. Par ces mots je veux dire que les formes du ms. de Paris
sont plus françaises que celles du ms.de V^enise; et comme il n'est pas probable
que le copiste italien du premier de ces deux exemplaires ait pris la peine de
franciser la copie qu'il exécutait, il est à supposer qu'au contraire le copiste du ms.
vénitien a forcé dans sa copie le caractère italien que le poëme tient de son
origine. On comprendra ce que je veux dire en comparant le début du roman
dans les deux copies.
Bibl. Nat. fr. 821. Venise.
Nos trovons por escripture Nous trovons pour scriture
Qe Hercules outre nature Che Hercules outre nature
Fu fiers, ardiz sor toz et grans, Fu fier, ardis sour tuit e grans,
Sage, legiers et sorpuisans. 4 Saçe, ligier e sourpuissans;
Ne combati james a nus Ne combati james a nus
Qe briemant ne fust vanchus, Che briefmant ne fust vencus.
De lui tesmoinent petiz et granz De lui tesmonient petis e grant
Q^il sozmetoit trestoz jeianz, 8 Ch' il sotmetoit cescune giant,
Et ocioit ors et lions, E occioit ors e lions,
qu'après la publication de mon rapport que j'ai reconnu l'identité du ms. d'Oxford avec le
ms. signalé comme perdu par M. Bartoli dans ses Viaggi di Marco Polo («86}) p. Ixxij-
Ixxiij.
1. Voy. Mila, Trovad. en Esp., p. 491.
BARTOLi, / Codici francesi délia Marciana 1 57
Serpans, centaures et dragons. Sarpans, centaures e dragons.
Ne fu au suen tans en tôt le mont Ne fu a suen tens en tout le mond
Tant fiers com lui, noires ne blont, 12 Tant fort de lui, noir ne blond,
Fors soulemant Hector le pros Fors seulmant Hector le prous
Q[d'honor querre fu famos, Che d'onour ciere fu famous,
Le fil Prians le noble roi, Le fil Prians le noble roi,
Le miaudre home de nulle loi. 16 Le miauldre hom de nule loi.
Celui fu fils roi de proece, Celui fu fil de grant proeçe^
De cortoisie et de largece. De cortoisie e de larçeçe,
De sens, d'ardimant et de mesure De sens, d'ardimant e de mesure,
Fu voir parant et de droiture 20 E voir parant fu de droiture.
Il n'est personne qui ne voie de prime abord combien le ms. de Venise a
une couleur plus italienne que le ms. de Paris. Il suffit de comparer scriture et
escripture (v. i), che et qe (2 et passim), sage et sage (4), ciere et {juerre (14),
etc. Je le répète, je comprends sans peine que le copiste de Venise ait italianisé
les formes plus françaises de l'original : j'ai peine à m'imaginer que le copiste
italien du ms. de Paris eût francisé les formes italiennes qui se seraient trouvées
dans son texte. J'ajoute que le ms. d'Oxford, dont on trouvera le début dans
mes Rapports, s'accorde assez pour les formes avec le ms. de Paris.
Ce n'est pas seulement pour les formes orthographiques que le ms. de Paris
me semble supérieur à celui de Venise^ mais aussi pour les leçons qui intéres-
sent le sens. Les vingt vers que je viens de rapporter en donnent déjà la preuve.
Au v. 8 la bonne leçon est bien celle de P., comme le montre la leçon d'Ox-
ford trestuit jeant; et de même la leçon de P. au v. 20 (leçon qui fait dépendre
les vers 18 et 19 de 20) est encore confirmée par Oxford. Citons encore quelques
bonnes variantes de P.' V. i^o £ pour fier venjance de Laumedon Ven.; au lieu de
ce vers barbare, P. a: Par cil que ocis roi L. — V. 161, Ne miemant Hecuba sa
mère Ver:. ; dans P. Neis H. que est sa mère. ■ — V. 165, Ven. Alant le jour s'en
veit, la nuit leva, P. Atant li jor la nuit caza. — V. 168, Ven. Quand tretous
furent partis, P. départis. — V. 171, Ven. La plus vil çose che fu dedans, P.
q'est. — V. 180, Ven. Ne tant riçe com est celle, P. estoit. — 184, V. Che
de nuit reluit plus cere, P. Clere. — 138, V. Che flambloier fessait c mont e,
plagne, P. fait mont e p. — 203, V. Pues se mist dous espérons, P. Em Piez.
— Au vers 365 la leçon Atant hcc vous, qui paraît avoir arrêté M. B., est fort
correcte, Atant ec vos dans P. — M. Mussafia a signalé, dans l'article sus-men-
tionné, un vers passé entre les vv. 1813 et 1814; le voici, d'après P. : Mais
vos sor toz avez valor.
Il ne nous reste plus qu'à remercier M. Bartoli de son intéressant travail et
à exprimer le désir qu'il nous en donne bientôt la suite.
P. M.
I. Je cite par vers, mais avec l'édition de M. B. ce n'est pas sans difficulté qu'on y
parvient, les n°' étant placés au haut des colonnes, comme dans la Bibliothèque elzévi-
rienric d'où cet usage incommode et fécond en erreurs est passé au recueil des Anciens
poètes de la France. P.-ê. M. B. a-t-il craint que la justification de ses pages ne lui laissât
pas une place suffisante pour placer les chiffres en marge, mais il y en aurait eu assez, s'il
les avait mis, non pas à gauche des colonnes, comme on fait ordinairement, mais à
droite, comme a fait M. Th. Wright dans son édition populaire des Canterbury Taies.
PÉRIODIQUES
I. Revue des langues romanes, III, 5-4.— P. 265. Alart, Documents sur la
langue catalane des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne. Sous ce titre,
M. A., archiviste des Pyrénées-Orientales, publie, soit d'après les originaux,
soit d'après des cartulaires, un certain nombre de serments inédits de la fin du
X« siècle au XI^ siècle. Ces documents, de même que ceux du même genre qui
ont été publiés jusqu'à ce jour, sont en latin mêlé de mots en langue vulgaire.
Ils ne sont pas moins intéressants pour l'histoire que pour la philologie. Parmi
les formes vulgaires qu'ils nous montrent, il en est qui sont bien proprement
catalanes : fer et non pas /^r ifacere) p. 275, seré, faré, vedaré, etc., et non pas
serai, farai, vedarai. Le catalan avait donc des formes particulières à une époque
où on aurait été porté à croire qu'il se confondait avec les dialectes du midi de
la France. P. 269, note 1, M. A. exprime la conviction que les serments
publiés par Raynouard dans le t. II de son Choix ne remontent pas à 960,
comme l'illustre romaniste l'a prétendu, sinon pour tous, du moins pour certains
d'entre eux, mais qu'ils appartiennent tous au XI<-' siècle. C'est bien possible,
mais il faudrait en fournir la preuve, et il semble qu'à l'aide des noms propres
que renferment ces pièces, on pourrait arriver à les dater approximativement.
— P. 292. IVIontel, Archives de Montpellier (5u\te) . IV, le catalogue des chapellenies.
— P. 311. Boucherie, Fragments d'une anthologie picarde. M. B. a eu l'heureuse
pensée de publier un certain nombre de petites pièces appartenant à la poésie
lyrique française du XIII'' ou du XIV^ siècle, qui ont été transcrites au XV" s.
à la fin du ms. 236 de la Faculté de médecine de Montpellier. Dans le catalogue
imprimé, cette partie du ms. est mentionnée d'une façon aussi sommaire
qu'inexacte : « Il y a à la fin quelques fragments en français d'une pièce sur
y Amoureux jus, etc. » En fait , on y trouve deux pièces d'Adam de la Halle :
Pour coi se plaint d'amours nus, et Puisque je suide l'amoureuse loi, une p3iSlouvelk
à forme de ballctte: L'autre jour juer alai; deux chansons dont l'une. Qui de jj.
biens le millour , est, je crois, jusqu'à présent inconnue, tandis que l'autre est
une nouvelle rédaction assez développée de la pièce attribuée tantôt à Pistoleta,
tantôt à Elias Cairel, Ar agues ieu mil marcs de fin argen. Ce même petit recueil
contient encore diverses petites pièces, à savoir des demandes d'amour, et ce
que, faute d'un nom meilleur, nous appellerons provisoirement' avec M. Berg-
I. Voy. Revue critique, 1868, art. 200.
PERIODIQUES . I ?9
mann des priamèles. M. B. n'a pas toujours bien reconnu le caractère de ces
diverses pièces , et il leur a donné des titres de fantaisie tels que èpigrammcs,
dictons satiriques, l'honneur et l'amour, peines d'amour, etc. Il y a lieu de s'abstenir
de ces dénominations qui ont un caractère trop moderne : il faut s'en tenir aux
appellations adoptées au moyen-âge et les appliquer avec discernement. M. B.
a joint à sa publication un petit glossaire, qui n'est pas complet, si peu étendu
que fût le texte à dépouiller : on n'y trouve pas relevé le mot tarier (beghine
tariant, p. 515; li reveoirs me tarie, p. 327), qui est moins connu que la plupart
des mots enregistrés au même glossaire. Tarier est expliqué dans Diez, Etym.
Wœrt. II c; il signifie irriter, tourmenter; dans le Psautier de Montebourg ',
V, \2, car il entarierent tei traduit (juoniam irritaverunt te. On trouve dans ce
glossaire des étymologies fort contestables. Baut, baude, ne peut aucunement
venir de validas, M. B. aurait àh consulter Diez (I, Baldo) ou du moins
M. Littré au mot èbaudir. Comment gravatus aurait-il formé gravats! Ce dernier
mot paraît contenir le même thème que gravier, gravois, avec le suffixe en at
(= ital. atto). C/ n'est pas au, mais en le. P. 356, M. B. cite bien légèrement,
comme contenant le plus ancien exemple de vies (h. vieux), ce passage tiré d'un
ms. de 754' : « Arbor mala ves homo, arbor bona anima spiritalis. » Ce que
M. B. a lu ves, doit probablement se lire videlicet. — P. 337, Barbe, Acte de
fondation de la confrérie du Saint-Sacrement érigée en l'église Saint-Martin de Buzet.
en mai 1 344; d'après une copie de 163 6. P. 3 3 9,1.10a partir du bas, «o/!C£/am67!, lisez
novelamen. — P. 341 . Chabaneau, Dei diphthongues oi et ui. G. Paris dit dans V Alexis
(p. 75) : « Autant la répartition orthographique des diphthongues ui et oi
dans notre ms. paraît incertaine, autant semble capricieuse leur répartition
phonétique dans la langue moderne... Je suis obligé d'avouer que je n'ai pas
trouvé le fil qui doit permettre de se reconnaître dans ce labyrinthe. » M. Ch.
avait, dit-il, découvert ce fil, depuis longtemps. L'explication qu'il donne est
le fruit d'observations attentives et mérite un examen sérieux. C'est du reste à
G. Paris qu'il appartient de vérifier les assertions de son habile contradicteur'. —
P. 350. De Tourtoulon, Prédictions astronomiques. Correction de quelques fautes
typographiques qui s'étaient glissées dans un art. inséré au précédent n°. —
P. 354. Vayssier, le dialecte rouergat (suite). — P. 356. Poésies de MM. Au-
banel , Bringuier, Tavan et Roumieux. — P. 369. Chabaneau, Grammaire
limousine (suite), mérite les mêmes éloges que la partie précédente. M. Ch.
1. Il me semble plus judicieux de dire « Psautier de Montebourg » que « Psautier
d'Oxford ». Il est assez indifférent que le ms. édité par M. Fr. Michel se trouve à Oxford
ou ailleurs, il est au contraire intéressant de savoir qu'il vient d'une abbaye du diocèse
de Coutances.
2. Ce ms., pour le dire en passant, est celui dont M. Delisle a donné une notice et un
fac-similé dans la Bibl. de l'Éc. des Chartes, 6' série, IV, 217-8.
3. iJe dirai brièvement ce que j'en pense. J'ai certainement eu tort de ranger dans cette
catégorie les mots comme moitent voit doit, où 1'/ appartient à 1'/ et non à l'o (Chab.,
p. 545). J'aurais dû aussi, pour être conséquent, écrire coider. — Pour la langue
moderne, le système de M. Ch., outre qu'il manque de clarté dans l'explication des faits,
laisse encore place à un trop grand nombre d'exceptions : il a d'ailleurs, comme premier
travail sérieux sur la matière, un mérite très-réel. — Pour les questions qui m'occupaient
alors, à savoir l'orthographe à suivre dans l'édition d'Alexis, il n'aurait pu me servir
à rien. — Il est douteux que beaucoup de philologues veuillent voir avec M. Ch. l'adv.
hue dans les finales de lui, celui, autrui. — G. P.J
140 PÉRIODIQUES
aurait peut-être pu tenir un peu plus de compte du limousin ancien. A la
vérité, les textes n'en sont pas communs. Il y en aura quelques-uns dans la
suite de mes Mélanges de littérature provençale. — P. 486. Montel, Contes
populaires (y série). Plusieurs lecteurs de la Revue des langues romanes ont
adressé à M. Montel les contes qu'ils savaient, et de cet ensemble se forme peu
à peu un très-précieux recueil. — P. 458, Bibliographie. Il s'y trouve une
annonce de mes Rapports, pour laquelle j'offre tous mes remercîments à
M. Boucherie. Seulement, il n'est pas exact de dire que le chansonnier Douce
508, avait déjà été <( publié >> par M. de La Villemarqué; il avait été
simplement indiqué, et le caractère et la valeur n'en avaient pas été reconnus. —
La correction que M. Chabaneau propose (p. 444) à une des glosses de Donat
provençal ne me paraît pas probable. — P. 447, Pcriodi(]ues.
P. M.
II. RiviSTA Di FiLOLOGiA ROMANZA, diretta da L. Manzoni, E. Monaci, E.
Stengel, I, 1. — Voici la première livraison de la nouvelle revue de philologie
romane dont nous annoncions la fondation dans la chronique de notre précé-
dent numéro. L'opinion favorable que nous exprimions d'avance s'est pleine-
ment confirmée. Les articles contenus dans ce premier fascicule sont variés : ils
intéressent et la linguistique romane, et l'histoire littéraire; la bibliographie et
la chronique sont faites avec soin et compétence. L'apparence extérieure du
recueil est très-satisfaisante. Si le fascicule n'a que cinq feuilles, grâce à l'emploi
de caractère n° 8 pour les mélanges et n" 7 pour la bibliographie, ces cinq
feuilles contiennent au moins autant de matière que les huit feuilles" de Jahrbuch
de M. Lemcke. Tout n'est pas de première force dans ce n', mais il y a déjà
plus que des promesses.
A la suite d'un avant-propos de la rédaction, nous trouvons, p. 7, des
recherches de M. Canello sur les substantifs romans qui, étymologiquement,
sont des participes, tels que répons et réponse (responsus, responsa), vente, etc.
C'est un sujet très-intéressant, et qui est pour la première fois embrassé dans son
ensemble. L'auteur n'a pas tant visé à rassembler tous les mots de ce genre qui
existent dans les langues romanes (sa liste pourrait être considérablement
grossie) qu'à présenter une explication du fait en lui-même. Si les participes
devenus substantifs présentent une forme plus archaïque que les participes des
mêmes verbes restés participes (cf. tonte et tondue, mors et mordu, etc.), c'est,
suivant M. C, parce que les verbes, étant les rouages les plus actifs dans le
mécanisme du langage, s'usent plus que les autres parties du discours. Mais la
vraie raison est bien plutôt que les participes, une fois qu'ils ont pris le sens
de substantifs, sont soustraits à l'action de l'analogie si puissante dans la con-
jugaison. Un assez grand nombre d'erreurs de détail a échappé à l'auteur; il
lui arrive plus d'une fois de prendre des substantifs verbaux pour des substantifs
participiaux, ce qui est fort différent, et de confondre les mots populaires et les
mots savants, ce qu'il reproche à M. Brachet de faire. — P. 20, Stengel,
Sludi sopra i Canzonieri provenzali di Firenze e di Roma. Ce premier article est
consacré à un petit chansonnier de quatorze feuillets, qui fait partie d'un ms.
de la bibliothèque de Florence, provenant du couvent de Santo Spirito. M. St.
PÉRIODIQUES 141
donne de ce court chansonnier une table exécutée avec soin. A l'avenir, il fera
bien de citer en entier le premier vers de chaque pièce, et non pas seulement
le mot contenant la rime : ce ne sera pas beaucoup plus long, et le premier
vers suffit bien souvent à déterminer la classe à laquelle il convient de rapporter
une leçon. Pour la pièce Ben sai que per aventura, omise dans la table de
M. Bartsch, M. St. trouvera la concordance des mss. dans ma table du ms. La
Vallière, sous le n" 733. A la suite de sa notice, M. St. imprime les pièces qui
lui Ont paru inédites. Celles de R. de Vaqueiras {Valcn marques senher de
Monferrat et Valen marques, ja non dires de no) sont déjà dans Buchon (d'après
le ms. B. N. 1749), Hist. des conquêtes et de l'établissement des Français dans les
états de l'ancienne Grlce sous les Villekardouin , p. 441-4. Je n'ai pas bien saisi
l'utilité qu'il y avait à réimprimer la ballade de Peire Vidal (p. 41). Parmi les
morceaux publiés par M. St. se trouve (p. 44) la parodie grossière et très-
grossière de la première strophe de la charmante chanson de Bernart de Ven-
tadour Quan la douss 'aura venta, strophe qui a été aussi imitée par la dame du
Fayel. La même parodie se trouve dans un ms. de Milan et a été signalée par
M. Bartsch (Jahrb. XI, 2). J'ai sous les yeux le texte de Milan (d'après une
copie de Sainte-Palaye); il diffère assez de celui que publie M. St. — P. 48.
Canello, A propûsto d'un luogo délia Vita nova. — P. 52. Document en sarde,
de I 173, publié par M. Stengel, qui en annonce l'explication pour le prochain
cahier. — P. 54. Sous le titre de communicazione la Rivista publie une note de
M. Bœhmer relative à la critique que la Romania a faite d'un de ses travaux (ci-
dessus, t. I, p. 394)'. — P. 55. Monaci, réfutation (bien superflue) d'une opinion de
M. Vegezzi-Ruscalla sur l'origine celtique de la particule honorable en en
ancien provençal et en catalan. Cette idée bizarre est ancienne chez M. Vegezzi
Ruscalla; il l'avait déjà exprimée en 1857 '^^^^ '^ Rivista contemporanea (n» de
décembre, p. 560-1). — La bibliographie contient des comptes-rendus bien
faits de la Grammatica storica italiana de M. Fornaciari, du roman de Guillaume
le Clerc, éd. Martin, de la brochure de M. Canello sur Diez (voy. Romania,
I, 237), des Codici Francesi délia Marciana de M. Bartoli (voy. ci-dessus, p. 13 5),
et enfin de mes Derniers troubadours ; ce dernier compte-rendu est particulière-
ment bienveillant. Suivent la revue des périodiques et la chronique.
P. M.
in. JaHRBUCH fur R0M.\NISCHE UND ENGLISCHE SPRA.CHE UND LITERATUR,
Nouvelle série, I, 1. — C'est le premier n° du Jahrbuch que publie la maison
Teubner. Rien n'est changé à l'apparence du journal, sinon l'introduction dans
I. |M. B. relève deux de mes critiques. Il croit qu'en n'approuvant pas son système de
transcription de l'hébreu, je parle au nom de ceux / quali non vogliono imparare i venti-
due caratteri ebraici. Mais j'ai dit expressément que ces remarques étaient de M. Darmes-
teter. — M. B. n'accepte pas de bon cœur mes observations sur ses étymologies. Il dit
que je n'ai pas conservé precisamente la propnetâ del vocabolo tacciando d'awcnturiere uno
scrittore, etc.; je n'ai jamais taxé M. B. d'aventurier, j'ai dit que ses étymologies étaient
aventureuses, et il me semble que c'est lui qui ne conserve pas precisamente la proprietâ
del vùcabolo. Il trouve que j'ai raison de dire à mes élèves ce que je lui dis et de difender
loro i salti, mais il réclame pour lui plus de liberté. M. B. a bien le droit de faire tous
les salti^ et même salti mortali, qu'il voudra; si ces exercices sont pour lui un divertisse-
ment personnel, je n'ai rien à dire; mais quand il en publie les résultats, j'ai le droit,
comme je l'ai fait et comme je le fais, de les rigettare gagliardamcnte. — G. P.]
142 PÉRIODIQUES
le titre du mot Sprache à côté de Literatur, et la couleur de la couverture, qui
est maintenant d'un joli bleu clair. Nous remarquons aussi que les articles
commencent où ils peuvent, et non plus comme autrefois en belle page. Cela
pourra bien économiser cinq ou six pages par an, mais c'est fort laid.
Les 65 premières pages de ce numéro sont occupées par le commencement
d'une longue et minutieuse étude de M. Bartsch sur les sources des Vies des
plus célèbres et anciens poètes provençaux de Jehan de Nostre-Dame. M. B. analyse
successivement chaque vie, indique, s'il y a lieu, ce qui s'y trouve de vrai, et
dit que le reste est inventé. C'est un procédé bien long, eu égard au peu de
nouveauté des résultats obtenus. Quand on a déterminé quelles sources Nostre
Dame a eues à sa disposition, quand on a montré par quelques exemples de
quelle façon il en use, s'efforçant de rattacher à la Provence, par toutes sortes
de petites falsifications, tous les troubadours dont il parle, on a satisfait toute
la curiosité qu'il peut être raisonnable de manifester à l'égard de ce procureur
malhonnête. Or, les sources qu'a eues N.-D., à savoir le chansonnier de
Bernart Amoros et celui que M. Giràud a donné à la Bibliothèque Nationale
en 1859, sont connues, et les procédés de N.-D. le sont aussi, et depuis
longtemps (voir par ex. Revue critique, 1867, p. 171-3). On pourrait assurément
vérifier l'application de ces procédés dans chaque cas particulier, et on trou-
verait que constamment la plus lointaine analogie de noms a suffi à N.-D. pour
attribuer à la Provence des auteurs qui lui sont étrangers, mais outre qu'une
pareille recherche ne vaut guère la peine d'être entreprise, on conçoit qu'elle
exige une connaissance de l'histoire et de la géographie de la Provence qu'un
étranger ne peut pas posséder. Je ne m'explique pas pourquoi M. B. passe sous
silence une quinzaine des Vies racontées par N.-D. Il y en a pourtant qui
concernent des personnages parfaitement historiques, Hugues de Lobières, par
exemple, ou Perceval Doi'ia. — P. 65. Fœrster, Li romans de Durmart le
Galois, analyse détaillée et exécutée avec soin, d'un long poème en vers octo-
syllabiques dont on ne connaissait guère que le titre. Le ms. en est à Berne.
Nous n'avons ici que la première partie du travail de M. Fœrster. Une
édition complète du roman de Durmart, exécutée par les soins de M. Stengel
et publiée par la Société littéraire de Stuttgart, va paraître sous peu et nous
donnera l'occasion de faire connaître à nos lecteurs le contenu et la valeur de
ce roman. — P. 104. Tobler, Constantin mari trompé. Le point de départ
de cette recherche est le passage bien connu (Histoire littéraire, XXII, 325)
d'Auberi le Bourguignon où il est dit que Constantin fut « honni par Seguçon,
qui moult ot cort le bu. » M. T. réunit divers passages qui font allusion au
même fait, mais nous renseignent peu sur l'origine de ce récit. — P. 109. Le
même, Jaquemet Saquesep. M. Tobler retrouve ce nom en acrostiche dans les
vers qui terminent le Châtelain de Coucy publié par Crapelet. La question n'est
pas aussi nouvelle que M. T. le suppose, et elle a été résolue précisément à
peu près dans le même sens, il y a plusieurs années (Rev. crit. 1868, p. 79,
art. de G. Paris) \ Cette solution n'est, au reste, pas très-sûre, voici pourquoi :
I. [Seulement le poète s'appelait, selon moi, Jakemon Sakesep et non Jaquemet.
Les hrmes Jakemes au nom., Jakemon au régime, sont très-fréquentes dans les chartes
picardes. Il pouvait bien aussi s'appeler tout simplement Jakeme. — G. P.'
PÉRIODIQUES 14^
le ms. employé par Crapelet est mauvais, et M. T. a raison de souhaiter qu'on
en découvre un autre. Seulement son souhait est déjà accompli, car il y a chez
lord Ashburnham un excellent ms. de cet ouvrage, dans lequel se trouve aussi
« le Regret de Guillaume le conte de Haynau, père a le roynne [Philippal
d'Engletierre et a le contesse de Julers, » poème peu connu de Jehan de la
Motte (1539). Dans le texte d'Ashburnham-place, au lieu de ce vers Sera, mes
quel reçoive en gré, qui fournit la première lettre du nom Saquesep (forme assez
bizarre), il y a Me sera s'il li vient a grc, le surnom étant par conséquent non
plus Saquesep, mais Maquesep (exactement, d'après le ms. d'Ashburnham-place,
Makesep). Cela ne ressemble guère à un nom. — P. 111, Grœber, Notice sur le
ms. de Fierabras de la Bibl. de Hanovre (celui d'où M. Grœber a aussi tiré la
Destruction de Rome, imprimée en tête de notre présent cahier). — La Biblio-
graphie se compose d'une annonce gracieuse de la Remania pour laquelle nous
adressons tous nos remerciements à M. Lemke, et d'un compte-rendu de la
dissertation de M. Pannier sur P. Bercheure. P. M.
IV. Il PnoPL'GNWTOnE, V, 4, 5, 6. — Dans ces trois livraisons, la plupart
des articles sont d'un caractère assez spécial. Nous signalerons, comme offrant
un intérêt plus général, un article fort curieux de M. Teza, Indoportoghcse
(p. I 29), des Canti popolaricalabresi (p. 1 50) publiés par M. V. Imbriani, comme
supplément aux C. pop. délie provincie meridionali qu'il a donnés avec M. Casetti;
une Proposta di una bibliografia de' dialetti italiani de M. Giuliari, le savant
bibliothécaire de Vérone , qui contient d'intéressants renseignements sur
le dialecte véronais; un article développé et substantiel (p. 368) de M. Wesse-
lofsky, htorno ad alcuni tcsti nei dialetti dcll' alla Italia (M. W. fait spécialement
des remarques sur la publication de M. Lidforss dont nous avons rendu compte
plus haut), etc.
V. AncHiv FUR DAS Stud'ium der neueren Sprachen, L, 1-2. — P. 1-38.
Hartung, das griechische Roman (suite). Cette partie du travail de M. H. est
mentionnée ici, parce qu'elle traite de l'influence du roman byzantin sur la
littérature du moyen-âge. Ce que dit M. H. est généralement juste. Sur
Florimont il ne connaît pas les remarques importantes de P. Meyer [Bibl. de
l'Éc. des Chartes, 6^ série, tome II). — P. 39-58, King Horn, publié par
M. Hortsmann d'après le ms. Laud 108; les deux autres mss. de ce poème
sont publiés, et les variantes de celui-ci avaient déjà été données par
M. F. Michel. L'éditeur a joint à sa publication quelques observations philo-
logiques. — P. 123-190. Brinkmann, le Cheval dans les langues romanes et en
anglais, en tenant toujours compte du latin et du grec; ce travail intéresse l'histoire
des idées et des mœurs plus que celle des langues; l'auteur en a fait un
semblable sur le chien {Archiv. XLVI, 425-64); l'étymologie de solive, soli equa,
est trop jolie. — P. 191-214. Meissner, le Mélange des dialectes dans le français,
M. M. a publié un petit livre appelé Palaestra gallica, dont j'ai fait jadis,
dans la Revue critique, un compte-rendu très-indulgent (1868, art. 256). J'y ai dit
en passant que « peser n'est pas une forme normande en opposition au bour-
guignon poids », mais que les doubles formes de ce genre sont différenciées
144 PÉRIODIQUES
d'après l'accentuation, ce qu'on me dispensera de prouver. M. M. me réfute,
ainsi que P. Meyer et Brachet, dans cet article, plein d'erreurs et de confusion,
et nous englobe tous trois dans des appréciations qui ne sont pas précisément
flatteuses. 11 prétend (p. 194) que les philologues français actuels « commettent
sous une autre forme la même faute que faisaient les grammairiens français
avant la naissance de la linguistique. Ceux-là croyaient que l'Académie fait la
langue et la possède en toute propriété ; ceux-ci veulent que Paris fasse la
langue, et que le français moderne soit sorti tout fait du latin comme Minerve de la
tête de Jupiter (sic). » On ne peut mieux caractériser la méthode que nous em-
ployons, et je suis charmé, pour ma part, de voir M. Alfred Meisner me
reprocher de ne pas tenir compte de l'ancien français. — Dans la Bibliographie,
M. Stimming continue ses réfutations de feu Cénac Moncault {woy. Romania, I,
502); nous relevons encore la mention d'un programme du gymnase de Sainte-
Marie-Madeleine (où.?) pour 1871 : Meister, iiber Dares von Phrygien.
G. P.
V. Zëitschrift fur stenographik und ORTHOttRiVPHiE. XIX Jahrg. 1871.
N* 4. — Franzœsisches ai statt des frùheren oi. L'auteur (le D"" Lùcking?
l'article n'est pas signé), après avoir rappelé que la notation ai, dans les termi-
naisons de l'imparfait, du conditionnel, et dans quelques noms, s'est substituée à
la notation primitive oi, se demande comment le son è, noté par ai, a remplacé
la diphthongue oa, ou mieux oui. Il ne peut croire que ce changement dans !a
prononciation soit dû simplement à la cour italienne des Médicis, qui aurait
fait arbitrairement triompher la prononciation plus douce è aux dépens de la
prononciation oè, et il admet que les Italiens ont trouvé et adopté une pronon-
ciation l déjà dominante dans certaines parties de la population , et qu'ils
l'ont introduite dans la haute société Parisienne qui l'aurait définitivement
consacrée. Où dominait donc ce son tf Dans deux dialectes du v. fr.: le bourg,
avait chante-ve, etc., pour la conjugaison en are, le normand dev-i-ie, etc.
pour les verbes en ère, ire. L'action du bourg, est peu vraisemblable parce que
la substitution de c à oi s'étend plus loin qu'à l'imparfait. C'est donc le nor-
mand, qui remplace partout le bourg, oi par ci, e et même ai, auquel il faut
attribuer ce changement de phonétique pour la conjugaison en ère, que l'analogie
transporte également aux imparfaits en abam. En un mot, action du normand
sur le bourg, (le franc, appartenant au bourg.), assimilation de la i''^ conjugai-
son à la seconde, telles sont les causes qui ont amené le triomphe de ai sur 01.
Suivent des réflexions sur la difficulté que présente toujours l'introduction
de changements dans une orthographe traditionnelle et sur l'antagonisme des
deux systèmes orthographiques qui représentent, l'un la tradition étymologique,
l'autre la transcription phonétique des mots. — Laissant de côté ces réflexions,
arrivons à la théorie de l'auteur sur la formation de l'imparfait; elle contient
de graves erreurs. L'imparfait ïvsinç. Vient de abam et de cbam. Abam a donné aua,
aue, oe, dans les dialectes de l'ouest, et tw (non pas h-f) dans ceux de l'est, formes
qui prouvent, soit dit en passant, que le b se vocalisant (v, u) a formé dans
l'ouest avec Va la diphtongue au, avant l'époque où â est devenu é en français,
tandis qu'à l'est, le b s'étant maintenu à l'état de v. Va a pu ensuite devenir é.
PÉRIODIQUES 14)
Dans unioc — ùmaham se trouve un hiatus que la langue cherche à faire dispa-
raître en Normandie par l'Adi/ucissement de ot en ont [amont'), dans l'Ile-de-
France par l'insertion d'un i (amok). Ainsi l'Ile-de-France arrive dès le Xl«siècle
ii l'imparfait ainon poui la !••*• conjug. -■ Pour la seconde, jusqu'au Xll« ?;.,
l'Ile de France dit régulièrement dafi-r:=:deb-ebafn, forme qui se change alors,
peut être sous l'influence bourguignonne, en rfn-o(-f. Ainsi ies deu-x conjugaisons
arrivent, non par une aclioii imalogic,iit de l'une sur l'aulic, mais la première par
un développemera phonétique régulier, la seconde par l'action d'une vaste
influence dialectale, qui transforme partout tl en o/, les deiuc conjugaisons,
disons-nous, ai rivent au XII*- siècle .1 une fùrme commune oi, qui se maiiifleni
dans ses caractères généraux jusqu'au XVI" siècle, époque où elle est arrivée
au son oui Alors se produit une modification qui change le son out en i' dans
les verbes (impaif. et conù.), dans quelques noms de peuples. François, Anç^lon.^
etc., et dans quelques noms isolés, crciie, monnaie, pariùUf, etc. Ce phénomène,
qui ne se restreint pas aux mots où In normand avait «'(cf. chanlaii, contuis. e.tc,),
peut s'expliquer, sans aucune influence étrangère, par le besoin d'une pronon-
ciation plus facile, besoin auquel est dû plus d'un changement dansl.i phonétique de
la conjugaison {par ex. oies pour âtes dans vous aimâtes), et qui a amené la chute
de la voyelle non accentuée dans la diphthongue oui. Dans des formes comme
pi iouèt, criouét, nouiwi'U, on était naturellement conduit à faire tomber la voyelle
ou; de là les tonnes actuelles pn'n, crièl, noylt, écrites avec l'orlhograp'ne
de Bérain priait, criait, noyait, etc., et par analogie les autres. — En résumé,
il n'y a dans la formation de l'impatfdit ni assimilation de la i"* conjug. à la 2^,
m action du patois normand sur la prononciation générale. Quant à la mode ita-
lienne, elle a pu exercer une influence sur la prononciation de certains mots.
A. Darmestktek.
5-6. — F. 1 58- j6o, I.ùcking, iiber dm Lûutmrt der Jranz. an, in, on, un. Pour
nous, ces sons sont des syllabes nasales constituées par deux résonnances
simultanées, l'une dans la bouche, que traverse le flux d'air sortant du larynx,
l'autre dans le nez, où se propagent les vibrations moléculaires du gaz, sans
qu'il V ait nécessairement translation de la masse. M. L. y voit des syllabes
formées de deux sons consécutifs : d'abord une voyelle buccale, ensuite une
consonne nasale n' In" de Brùcke). Cette définition parait exacte pour certains
dialectes, elle est fausse pour le français typique, qui est le parisien. Qu'on
ferme le net en le serrant entre deux doigts, on pourra néanmoins prononcer
(et prolonger indéfiniment) les voyelles nasales parisiennes an in un on, mais
non des groupes tels que an^. Du reste, une oreille parisienne ne peut se
tromper sur l'homogénéité de nos voyelles nasales. L'article, qui traite du
français tout court et non de tel ou tel dialecte, repose donc sur une erreur. Il
contient quelques remarques intéressantes.
L. Havet.
VI. BîIlLlOTHÈQL-E DE l'ÉcOLE DES ChaRTFS , t. XXXIll. — P. 325-364,
L. Pannier, Notice biographique sur le Bénédictin Pierre Bersuire, premier traducteur
français de Tite-Live. Cette notice est la première partie de la thèse soutenue en
1869 par M. Pannier pour l'obtention du diplôme d'archiviste-paléographe.
Romania^ Il 10
146 PÉRIODtQlJES
L'auteur s'y occupe de fixer, le plus souvent d'après des documents inédits, les
principales époques de la vie du savant religieux qu'on a généralement appelé
jusqu'à ce jour Dacheurc ou Berceure (dans ses ouvrages latins Bcrchorius). M. P.
trouve mainte occasion de rectifier et de compléter les travaux de ses devanciers.
Nous reviendrons sur l'ensemble de ce travail, lorsque la seconde partie, où sera
appréciée l'œuvre de Bercheure, aura paru. — P. 386-442, N. de Wailly,
JoinyllU et les enseignements de St Louis. M. de Wailly s'occupe d'abord de
réfuter les vues (qui ne méritaient peut-être pas cet honneur) du P. Gros sur
les Enseignements de Saint Louis à son fils, qui nous sont parvenus en diverses
rédactions, dont l'une est, comme on sait, comprise dans les mémoires du sire
de Joinville. Fuis, il procède au classement de ces rédactions d'après des prin-
cipes fort diftèrent^de ceux qu'avait établis dans un précédent travail (Bibl. de
lËc. des Ch.^ 6' série, V, 129) M. P. Viollet. Nous sommes informés que
M. Viollet se propose de maintenir ses conciusions dans un prochain travail. —
Bibliographie : P. 505, Viilehardouin , éd. de Wailly (L. Delisle); p. 6io,
Hippeau, Glossaire de l'ancien fiançais (P. Meycr); ce prétendu glossaire porte â
chaque page la marque de tant d'ignorance et de tant de négligence, que la
Romania se dispensera d'en rendre compte. — P. 614. Marty-Laveaux ,
Cours historique de langue française. De l'ensetgjument de notre langue (L.
Pannier).
Vil. Gehmanu, XVII, 4. — P. 416-419, IC. Bc.rtsch, Fragments d'an roman
de Tristan en prose (allemande). Ce roman, différent du texte d'Eilhard mis en
prose, est traduit d'un roman en prose français.
VIII. Zeitschbipt fur DRurscHES ALTEnTHîJM, N F. IV, 2. — p. 279-80,
DiJmmler, Epitapke du huitième siècle. Cette épilaphe a été copiée par
M. Wœlfflin-Troll dans le ms. de Paris B. N. 4841, ou elle est indiquée
par le catalogue, et où il est surprenant qu'elle n'ait pas attiré plus
tôt l'attention. C'est l'épitaphe d'un guerrier franc, d'illustre famille, qui,
tout jeune encore, et déjà l'un des premiers à la cour du roi, fut tué
dans i'expédition de Charles en Espagne. M. Dùmmler a reconnu que le
combat où^ péril ce guerrier ne pouvait être que celui qui se livra sous les
murs de Saragosse, ou plus probablement celui de Roncevaux. Il remarque que
si cette dernière supposition est la vraie, cette épitaphe fixe la date de cette
célèbre journée, puisque notre guerrier périt le XVIII des calendes de
septembre. — Or, il n'y a pas i douter qu'il ne soit mort à Roncevaux; en
effet, ce qui a échappé à M. Dùmmler *. VAggiardus de l'épitaphe est slirement
le même que VEggihardus (var. des mss. Eggiardns Aggihardus Aggiardus; cf.
P'œrstemann, s. v. Aggihard) qui est mentionné par Eginhard, avec Anselm
et Hruodland, comme un des plus illustres des morts de Roncevaux. On peut
donc, grâce à cette intéressante découverte , regarder la bataille de Roncevaux
comme s'étant livrée le 1 5 août 778. La Chanson de Roland^ d'accord avec
1. J'ai su depuis que M. D. s'en était aperçu et qu'il donnoait dans le prochain n" de la
leitschrift ce renseignement complcmentaire.
PÉRIODIQUES 147
l'histoire, met en été la scène du combat. Nos lecteurs ne seront pas fâchés
de trouver ici le texte même de l'épilaphe, que j'ai revue sur le manuscrit:
Epitaphiom (ms. Ephataphium).
Pallida sub parvo clnuduntur membra sepulcro,
Arduased caeli spiritus astra petit.
Inclita stirpe satus, Franquorum sanguine cretus,
Hic fueral dudum mittis (?) in omne decus,
j Roscida purporeas lente lanugo genellas
Cingebat : heu me! pulcra juventus obit.
AoGiARDus patrie nomen de nomine dictus
Hic erat, et régi summus in aula fuit.
Hune rapuit ferro mors insatiabilis umbris,
10 Sed lux perpétua vexit ad astra poli.
Tempore quo Carolus Spanie caicavit arenas
Mortuus est mundo : vivit ubique deo.
Hune deflet Italiis, contrite pectore Francus,
Plorat Equitania, Cermaniaque simul.
1 ■> Tu modo cocirca, Vincent! , maxime martyr,
Hune propter summum posce, béate, Deum.
Hc« jacet m tumulo : tantuni sed carne scpultus
Carpsit iter rutiluin, vivit in aula dei.
At vos, Christicole, qui sacri limina templi
20 Luslratis, genitum corde rogate palris :
«Tu pietate, Deus, probrosa >< dicite cuncli
«Aggiardi famuli crimina toile tui.»
Qui obiit die XVIII. klds. Semptembrias. Jn pace féliciter*.
On voit que l'Aggiardus summin in aula est bien VEggihardns regiae mcnsae
pmeposUus d'Eginhard : c'était le sénéchal de Charlemagne. — En dehors de
son importance historique, cette épitaphe suggv^re deux reflexions relatives à
l'histoire poétique. D'abord, les vers latins, fort mauvais et semés de fautes,
dont die se compose, rappellent d'une manière frappante les vers sur
I^oiand, qui sont insérés daii$ la chronique du taux Turpin. Cl. seulement
ceux-ci ;
Non dpcet hune igitur vacuis deflere querelis,
Quem laetum summi nnnc tenet aula poli.
Nobilis antiqua decurtens proie parentuni
Nobilior gestis nunc supev astra manet...
Pro tantis merilis hune ad coelestia vectum
Non premit urna rogi, sed tenet aula Dei.
Ces vers, au nombre de vingt, forment, dans la prétendue chronique, un
petit chapitre à eux seuts, qui a dû avoir dans les manuscrits anciens, au lieu
I. 2 ms. spintus [tint astra, corr. p Wœlftlin -TroJI . — 4 W. suppose mltis. avec
peu de vralseinhlance; ms. omnem. corr. p. W — 6 obiit, c. p. W — 8 sumus , c. p.
W. — Il Jitrpori, wispama, c. p. W. — 14 equitanU. W. lit aquitank et corrige
Aquitania. — jj cocirco c. p. W. - 16 den c. p. W. — 17 W., suivant le ms., ponrfue
après tantum — 18 Cerpsis iur. et non ter comvn^ lit W.— 20 patris corde rogate, remis
tn ofdre par W., qui lit 3 tort rogatis.
i48 PÉRIODIQUES
du titre De nohilUate et nwribus Rolandi celui de Epitaphwm Robndi Ils portent
en eux-mêmes, comme le montrent ceux que je viens de citer, le caractère d'un
témoignage contemporain, que vient corioborer la comparaison de l'épitaphe
d'Aggihard, tombé h. côté de Roland'. Au chapitre suivant du pseudo-Turpin
ou trouve six autres vers, qui suivent, sous la simple rubrique Versus, une
longue lamentation en prose de Charlemagne, et qui paraissent, comme les
précédents, avoir été intercalés après coup dans le texte' : je suis porté à
regarder également ces vers comme détachés de l'épitaphe de Roland, et ils ne
ressemblent pas moins que les premiers à ceux qu'a publiés M. rjiimmler •
Tu patriam repetis, nos tri^ti sub orbe relinquis:
Te tenet aula nitens, nos lacrymosa dies.
Sex qui iustragerens, octa bonus insuper annos,
Ereptus terrae Justus ad astra redis.
Ad paradisiacas epulas te cive reducto,
Unde gémit mundus, gaudet honore polus.
On conviendra que cette mention de l'âge du défunt convient beaucoup mieux
à une épitaphe qu'à une plainte funèbre. Si cette conjecture est vraie, si nous
avons ici deux fragments de l'épitaphe de Roland insérés dans la chronique de
Turpin, nous apprenons J'âge de Roland quand il fut tué, — trente-huit ans, —
en même temps que la date de sa mort. — L'épitaphe d'Aggihard ranime, en
second lieu^ un problème qui se posait déjà. Comment, des trois grands sei-
gneurs qui furent tués à Roncevaux, Hruodland, Aggihard et Anselm, le pre-
mier est-il devenu le héros sans rival de l'épopée, tandis que les deux autres
ont été par elle complètement oubliés.'' La véritable réponse à cette question,
comme à toutes celles du même genre, doit être ceci: la chanson de Roland
est originairement un poème provincial, né chez les compatriotes immédiats de
Roland, et qui peu à peu s'est propagé dans toute la France et est devenu le
noyau d'un cycle national par excellence. C'est un point sur lequel il faudra
revenir. — P. 289-322. Traduction en quatrains latins rhythmiques du poème
français sur S. Brandan, publiée, avec beaucoup de soin, d'après un ms. de
Londres, par E. Martin. L'auteur dit, après avoir fait l'éloge de son protecteur
Alexandre : Modis hec ut pruipit rithmicis expiano, Hune in modum transferens
Tilhmo de romano. Les raisons alléguées par M. M. pour faire regarder l'auteur
comme français ne sont pas décisives : le poème original^ composé en Angleterre,
ne paraît pas avoir été connu en France. — P. 323. M. Martin a copié, — avant
la guerre, — dans un ms. de Strasbourg du XI' siècle, intitulé Propositum
numerantium id acuendos sensus juvenum, deux problèmes d'arithmétique, et le
commencement suivant d'une devinette que tous nos enfants connaissent et qu'il
est amusant de retrouver si anciennement: De lupo et gapra etfascicnlo cauli(s).
Homo quidam debebat ultra fluvium Iransirt lupum et capram et fasciculain cauU{s),
et non potuU aliam navem invenire nisi que G. P.
1. Remarquez que les vers des deux épitaphes sont volontiers léonins, sans l'être
tous, et le sont généralement de la même façon. Elles offrent aussi des fautes de quantité
tout à fait analogues.
2. Les mots qui suivent : « His verbis et similibus Carolus luxit Rolandum quandiu
vixit » s'appliqueraient donc à la lamentation précédente, en prose. Ainsi tomberait le
seul motif qui a fait si souvent attribuer ces vers à Charlemagne lui-même.
PÉRIODIQUES 149
IX. Zeitschru-t pun oeutsche vHiLOiiOGiE, IV, ?. — P. ^49-^05. Braune,
Recherches sur Henri de Veldike. On sait qu'Henri de VeldeJce, par sa traduc-
tion de \'Eneai de lieneoit de Sainte-More, exerça sur la poésie allemande du
moyen âge une très-grande influence. M. B. établit qu'il avait écrit son poème
dans le dialecte de son pays (environs de Maastricht;, c'est-à-dire en bas-alle-
mand voisin du néerlandais, et que la forme haut-allemande sou» laquelle
nous le possédons est un remaniement fait en Thurin?,?.
X. Rrvce cui.TiotîK, publiée avec le concours des principaux savants d*s
Iles Britanniques et du Continent, et dirigée par H. Gaidoz. Cet excellent
recueil, dont le second volume va bientôt commencer à paraître, côtoie toujours
et aborde souvent le domaine propre de nos travaux. La philologie romane,
qui a t>rand besoin de s'affermir et de se compléter du côté des études celtiques,
trouve dans cette publication un auxiliaire depuis longtemps souhaité '.
jsjoi j_^ — p 320-3J1. D'Arbois de Jubainville, Influanr de la diclinaison
gauloise sur In déclinaison lutine dans Us documents latins de l'époque mérovingienne.
Notre savant collaborateur reprend ici quelques-uns des points qu'il a traités
dans son Etude sur la Déclinaison latine en Gauh à t'êpocjuc mciovwgtinnc (cf. ci-
dessous, p. 152). C'est à la critique de cet important travail que nous comptons
donner dans un de. nos prochains numéros qu'il appartient de discuter la thèse
de M. d'Arbois ; mais nous pouvons dire d'avance qu'elle nous paraît plus
ingénieuse que solide.
XI. I.Nf NF.UËN Reich. îSyr, I. — P. 180-187. Rime et rhylhme en allemand et
en lomctn. Dans cet article fort spirituel et )uste en bien des points, M. H.Schu-
chardt conteste \contre M. Delbrùck ; voy. aussi l'Introduction de M.Westphalà
sa Grammaire allemande') que la rime soit d'autant meilleure qu'elle porte sur une
syllabe plus significative, et défend contre le jugement plus que superficiel de
M. Vischer la versification des nations romanes. M. Sch. se moque un peu du
chauvinisme que plusieurs de ses compatriotes apportent dans ces matières.
Remarquons à ce propos que le mot chauvinisme, créé par nous pour nous
railler nous-mêmes, adopté par les Allemands (Chauvmismus) pour nous railler à
notre exemple, devient de plus en plus fréquent dans la littérature allemande, et
que plus d'un écrivain prend la liberté de l'appliquer même à certaines formes du
patriotisme germanique.
Xn. Revue critiqite d'hiktocre et oe littératurh:. octobre-décembre
1872. — 44. Canli popohin dellc isole Eolie, p. p. Bruno (Th. de Puymaigrej.
— 46. Villehardouin, Conquête de Constantawple, p. p. de Wailly (L. Pannier).
— 47. Saint Brandan, p. p. Schrœder (G. P.). Braga, Tableau de la littérature
portugaise (G. P.). — 49. Albert, Histoire de la littérature française jusqu'au XVJl'
siècle (G. P.). — 51. Rambaud, Robert de Clan (P. M.}.
I . La Rtvut celtiqae se publie à la librairie Franck a Paris. On .s'abonne pour un
volume qui paraît en plusieurs livraisons formant ensemble environ 520 pages. Prix
d'abonnement : Paris, 20 fr.; Départements, 22 fr,; Etranger, le port en sus. Les
numéros ne se vendent pas séparément.
I JO PÉRIODIQUES
XIII. BiDLiOQRAPH/A CHrTic.v DE HiSfORiA E UTTERATtJBA, publicada por F.
Adolphe Coelho. Porto, imprcnza portuguesa, 1872.— Cette excellente publi-
cation, qui permet de concevoir les meilleures espérances pour l'avenir en
Portugal, non-seulement des études romanes, mais de l'activité scientifique en
général, ne saurait être trop recommandée à nos lecteurs. Les articles de cri-
tique dont elle est exclusivement composée se feraient remarquer dans tout
pays par leur compétence et leur sévère impartialité (voy. sur l'esprit et la
valeur du recueil le n° 1 de 1875 de la Revue critique^). La BibUographia, diri-
gée par un romaniste des plus distingués (cf. Romania, 1,241), contient souvent
des articles relatifs à l'objet de nos études : ces articles, généralement plus
développés que ceux de la Re\'ue critique ei du Centralblati^ méritent quelquefois
un examen détaillé. Voici ceux que noui relèverons dans les trois premiers nu-
méros.
Art. 2. Romania, fascic. I; M. Coelho trouve que J'article de P. Meyer sur le
Cdncioneiro de M.Varnhagen est trop favorable. — Art. 5. Varnhagen, da Lit-
teratura dos livras de Cavallariûo. Cet opuscule, qui porte le titre à'estudo brève
e consciencioso, ne mérite que la première de ces énithètes, comme le dit M.
Coelho, qui y relève plusieurs erreurs et lacunes graves. — Art. 12. Romania^
fascicules II-III. M. Coelho réfute deux critiques de détail que j'ai adressées à
sa Théorie de la conjugaison portugaise : l'une et l'autre question ne pourrait se
ré;oudre définitivement que par une étude attentive des "nciens documents por-
tugais. A propos de la Porcheronne, M. C. cite trois vers d'une chanson portu-
gaise sur le même sujet, qu'il serait intéressant d'avoir en entier. A propos de
la romance que j'ai publiée sur la mort de D. Alfonso, il donne tout au long le
très-beau récit de la mort du prince par Ruy de Pina, que j'aurais dû citer plu-
tôt que Garcia de Resende.-^Art. 13. Brachet, Dictionnaire des doublets. Je vois
avec étonnement M. C. reprocher à l'auteur de ne pas avoir tenu compte de
t'étymologie nouvelle du mot heur proposée par M. Bœh mer, /<3vor. Il faudrait
lui reprocher de l'avoir mentionnée, s'il l'avait fait. — Art. 14. M. Braga y
juge sévèrement trois ouvrages sur Camôes, de MM. Nabuco,Leoni et Oliveira
Martins. — Art. 16. D'Arbois de Jubainville, la Déclinaison latine en Gaule
à l'époque mérovingienne (Paris, 1872). M. Coelho combat, avec raison, les con-
clusions de cet ouvrage, d'ailleurs utile et intéressant, et dont nous regrettons
de n'avoir pas encore rendu compte. G. P.
XIV. LiTERARiscHEB Gentralblatt, octobre-décembre.— 44 Dict y r C retenu
sis, p. p. Meister (Leipzig, Teubner). - 45. S. Brandan, p. p. Schrœder (cf.
Revue critique, n* 47,).— 46. Historia Apollonii Tyrii, p. p. Riese (cf. Romania, I,
267).
XV. GCF.TTINGISCHE GEI.EHRTE A^•ZEIGEN, 1872. H" 48. — P. 1892-1907. Cet
article important de M. A. Tobler sur le livre de M. d'Ovidio dont il a été rendu
I. La publication de la BibUographia n'est pas rigourensement périodique; il parait A
peu près deux fascicules de deax feuilles par mois. Le prix est de 720 reis (pour l'étranger
le port en sus) pour six fascicules. On peut souscrire à Paris chez Franck, à Londres et
à Derlin chez Asher.
PÉRIODIQUES I 5 1
compte ici (I, 492 ss.) juge et conclut à peu près de même que M. Mussafia,
avec une nuance un peu blus sévère, sans méconnaître toutefois le talent et le
mérite de l'auteur. Ce qui fait le principal intérêt de l'article, c'est l'opinion
nouvelle émise par M. Tobler sur le nom italier : loin d'accorder à M. d'Ovi-
dio que Diez se soit trompé en rattachant à l'accusatif latin le cas-régime du
franco provençal et le cas unique de l'hispano portugais, M. T. croit que le
cas unique de l'italo valaque, qu'on a jusqu'ici, au moins pour le pluriel des deux
premières déclinaisons, rapporté au nominatif, dérive aussi de l'accusatif. Les
raisons qu'il donne sont, comme on peut s'y attendre, extrêmement ingénieuses:
j'avouerai qu'elles n'ont pas suffi à me convaincre. On ne peut que désirer
que l'auteur revienne sur cet intéressant sujet, qu'il n'a traité ici que sommaire-
ment : l'étude du roumain qu'il a provisoirement laissé de côté est notamment
indispensable. A la note de la p. 190», M. T. ajoute un certain nombre de
mots à la liste donnée par Diez (Il ^, 7) des noms qui en français moderne
ont conservé la forme du cas-sujet. J'en retrancherais aluous et résous qui sont
des participti de soUre dinèrents de absoiU et résout, confesse, qui est plutôt
confessa qvii. cnnfersio (de m. v.fr. estorse, comme fr. entorse, vient bien plutôt
du participe). On pourrait contester aussi sur tel ou tel des mots italiens aux-
quels on attribue la forme du nominatit. G. P.
XVI. Mkmouies de l.\. SociÉTè de LiNGnsnouE de Pabis, II, i^"" fasci-
cule, — P. 40-4 j. D'Arbois de Jubainviîle, Du mot franc chramnae ou hramne.
L'auteur interprète ce mot, jusqu'ici expliqué tout différemment, dans la Lex
Salua, par « étable », spécialement « étable à cochons », et le rapproche du
mol « ran » ou « rang à porcs n, usité en Champagne dans le même sens. —
P. 51-65, G. Maspero, Sur queltjues singularités plioniti(jues de l'espagnol parti
dans la campagne de Buenos-Ayres d de Montevideo. Ce travail intéressant, dont
l'auteur a rassemblé les éléments sur les lieux, et qui est appuyé sur de très-
nombreuses citations de textes, forme une sorte de pendant à l'Indo-portoghese
de M. Teza (ci-dessus, p. 144).
XVII. Mémoires ue la Société des Antiquaires de France, t. XXXII.
Dans ce volume, M. Chazaud a publié , avec une introduction de tout point
satisfaisante, un document fort intéressant, à savoir l'inventaire et le compte de
b succession d'Eude, comte de Nevers, mort à. Acre en août 1266. Ce document
tire sa valeur historique des noms de personnages qui y figurent, et sa valeur
littéraire de diverses mentions qui permettent de compléter plusieurs articles do
Glossaire des Émaux de feu le marquis de Laborde. Le comte de Nevers
possédait (§ VIII) un roman » des Loherenz ->, un roman « de la terre d'Outre^
mer » (par quoi il faut entendre le^ chroniques rédigées en Orient, qu'on
embrasse sous le nom de Continuations de OuiUaume de 1 yr) et un chansonnier.
Entre autres curiosités, il possédait <• .i;. coilles de bievre » et « une langue de
sarpant. »>
CHRONIQUE
Le relard que le présent cahier h subi enlèverait ^on pius grand intérêt â
la publication des couri qui se sont faits cet hiver dans les pays étrangers sur
les langues et le^ littératures romanes. Nous donnerons dans noire numéro d'avril,
qui paraîtra très-prochainement, l'indication des cours du «semestre d'été. Nous
annoncerons seulement aujourd'hui les deux cours de M. J, Stonn{a/iacn français,
deux heures; grammaire anglaise: une heure) à l'Université de Christiania. En
effet, dans celle Université, où l'année d'études est autrement divisée que chez
.nous, le semestre d'hiver commence, non pas en octobre ou en novembre, mais
le 1 5 janvier.
— M. Hugo Schachardt, privât- Joccnt à l'Université de Leipzig, est
nommé professeur ordinaire à Halle, en remplacement de M. Bœhmer.
— M. ten Brinic, professeur à Marburg, est nommé à Strasbourg, où il
s'occupera surtout de langue et de littérature anglaise.
— M. F, Slengel , privaî-docfnt à Baie, est nommé professeur ordinaire de
philologie romane à Marburg, en remplacement de M. ten Brink.
— Le premier fascicule (correspondant à la moitié du premier volume
allemand j de la Grammaire des langues romanes, traduits par A. Brochet et
G. Paris, paraîtra à la librairie Franck dans les premiers jours d'avril.
— Le Cancioneiru portugais de la Vaticane va enfin être connu en entier et
dans un texte assuré. M. Monaci, l'un des directeurs de la Rivtsta di filologia
romaïua, l'a copié et le fait actuelleiHenl imprim.er. et les épreuves sont revues
à Porto par M. A. Coelho. On a donc toutes les garanties désirable?.
— M. Ambroise-Firmin Didot vient d'enrichir sa magnifique collection d'un
précieux manuscrit provençal. Ce manuscrit, écrit au XÎV siècle, contient, outre
diverses pièces de moindre importance, un mystère assez étendu de la Passion
du Christ (qui est avec le Ludus Sancii .lacobi et la Sainu Agnes le Iroisié/ne
texte dramatique connu en langue d'ocj, et le début (1200 vers environ] d'une
chanson de geste, évidemment calquée sur un original français , qui contient les
aventures de Béton, fils de Beuve d'Hanstone. M. Léon Gautier a promis à la
Romania une notice du mystère et du poème.
— \J Armana prouvcnçau '^Qw 1875 contient différents morceaux, empruntés
à la littérature populaire, qui ne sont pas sans intérêt pour nos lecteurs. La
Counversion de sant Aloi contient, sous une forme incomplète et, dans le style,
assez arrangée, le conte bien connu du Maître, sur tous les maUres. — La
charmante série des Sormts de ma grand In borgno s'augmente du conte de
bu Pcsou e. la Niero, correspondant au Laiischcn et Flœbckcn de Grimm, et
faisant partie de la classe d'histoire à séries. — Trop grata coui, trop parla noui est
un récit comique qui se retrouve dans les Contes bourguignons de M. Beauvois.
— La Roso de touti li Vent, dressée par le capitaine Negreu, qui figure en tête
du volume, est un document intéressant, et qui mériterait un commentaire.
— II s'est fondé a Fribourg en Brisgau une Société pour l'étude des langues
modernes et de leurs littératures (notamment de l'auglais et du français).
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
UGGERI IL DANESE
NELLA LETTERATURA ROMANZESCA DEGL' ITALIANI.
Pongo in capo a questo scritto un titolo che ha bisogno di chiosa, e
che forse potrebbe trarre in inganno qualche lettore. Perché dunque
nessuno s'abbia a dolere, spiego subito i miei intendimenti , sicchè
chiunque giudica la casa troppo povera e angusta, non venga nep-
pure a patir l'incomodo del passare la soglia. lo non penso menoma-
mente a chiamare ad esame tutta la innumerevole caterva dei nostri
romanzi per osservare quai parte abbia in ciascuno il Danese; non
intendo neppure andar ricercando le trasformazioni del carattere suo,
studio codesto che in grazia délia natura spéciale délia letteratura nostra
cavalleresca, dovrebbe, per riuscire fecondo_, abbracciare ad un tempo
tutti i principali baroni de ciclo di Carlo ; non voglio poi da ultimo, per
non frammischiare cose disparate, uscire dall' età medioevale ne invadere
i dcminii délia pura e schietta poesia d'arte. Esaminare ci6 che di
Uggeri narra un rimatore franco-italiano, studiare le scarse composizioni
toscane che a ragione o a torto hanno nome da lui, o che anche solo
trattano la stessa materia di quelle a cui egli ha dato il titolo, investigare
le relazioni di queste scritture e istituire, dovunque si possa, raffronti
coi poemi e i romanzi stranieri, ecco tutto ciô che io qui mi propongo.
Non sarebbe poco, a dir vero, se l'argomento fosse più felice; invece,
per mala ventura, un nuovo mondo non ci si aprirà di certo; questo solo
posso tuttavia promettere, che su certi particolari verra a diffondersi un
po' di luce, e che la figliazione dei nostri romanzi finira per apparire
più chiara che in addietro non siasi mostrata agli occhi degli studiosi.
A meglio determinare i confini, gioverà principiare coll' enumerazione
dei testi intorno ai quali dovrà specialmente aggirarsi l'esame. L'età
franco-italiana mi fornisce due rame di quella compilazione che ci è
conservata dal ms. XIII délia biblioteca di S. Marco; l'una, intrecciata
colla fanciullezza di Orlando, narra le Enfances Ogier; l'altra gli afFanni
e i patimenti che turbarono la virilità del prode guerriero. Volgendo poi
Romania, II l l
I 54 P- RAJNA
gli occhi alla Toscana trovo due composizioni di ben altra lunghezza, in
prosa l'una, l'altra in ottava rima, le quali délie Enfances non dicono
parola, ma aggiungono poi un' infinità di casi ignoti affatto al testo di
Venezia. In questi casi, a dir vero, il Danese non ha per nulla una parte
più cospicua che Orlando^, Rinaldo, od Ulivieri ; ma poichè la versione
rimata va tutta sotto il titolo di Uggieri il Danese, e poichè da quelle parti
che a rigore s'avrebbero ad omettere vien molto lume aile ricerche délia
critica, a me pare assolutamente necessario comprendere nello studio
ancor queste, a costo di far cosa che poco si approprii ail' intitolazione
messa in fronte al mio lavoro. Il testo in ottava rima ha ottenuto più volte
l'onore délie stampe dal 1498 al 1658' , e costituisce un immane poema
diviso in quarantasette canti, che insieme ci danno la bagattella di più che
tremilacinquecento ottave. Perché il Quadrio^ Tabbiacitatosiccome opéra
di Gerolamo Tromba da Nocera, non so; assai verisimilmente per ragioni
meno solide ancora di quelle che guadagnarono a un Sostegno di Zanobi
l'onore divedersiattribuita la Spagna, lo non avrei posto molta attenzione a
questo poema, se non fosse una circostanza spéciale che lo viene a segna-
lare tra la caterva délie opère del medesimo génère propagate dalla
stampa : una parte di esso ci è pur conservata manoscritta in due codici
fiorentini. L'uno di questi, posseduto dalla Laurenziana (Med. Pal. cod.
xcv), viene a fornirci, insieme con altre scritture, solo il primo cantare e
parte del secondo : non già che il resto siasi perduto in causa di mutila-
zione, ma, non saprei dire per quai cagione, l'amanuense non potè o
non voile procedere più innanzi. Il secondo, magliabechiano (Palch. II,
cod. 31 Strozz.), è mutilo e in principio ed in fme; giunge luttavia al
canto XVII, del quale ci conserva le prime 26 stanze, comprendendo a
questo modo ben 1064 ottave. Ciô che qui manca in principio si riduce
a una sola carta (8 stanze). Il codice Laurenziano è assegnato dal Ban-
dini5 al secolo xiv; ma per quanta venerazione professi a quel dottis-
simo, io non saprei qui far mio il suo giudizio, ne credere il manoscritto
anteriore alla prima meta del quattrocento. Ciô non toglie che tra i due
codici del Danese non reputi questo più antico di parecchi anni,
La versione in prosa si compone di due parti, che costituiscono due
libri distinti nelle Storie di Rinaldo : il terzo, ed un quinto. Perché non
dica senz' altro il quinto, si potrà vtdere più innanzi. Intanto mi giova
avvertire che questo terzo libro va congiunto con quelli che narrano dei
figliuoli d'Amone non già perché ciô richieda la materia, ma perché
1. V. Melzi e Tosi, Bibl. dei Romanzi di Cavaîkm, ed. 2a, p, 150-132.
2. St. t Rag. d'o. P, IV, 545. Dalle parole che ivi si leggono s'avrebbe a
dedurre che il nome dell' autore fosse indicato ne! titolo délie edizioni che il
Quadrio cita. Ma che ciô sia, è negato espressamente dal Tosi (1. c).
3. Bibl. Leop. Laur., III, 267.
UGGERI IL DANESE I55
cosî è piaciuto al compilatore. Pertanto vi si legge in fronte: « Incomin-
cia qui el ierzo libro di RinaUo e in (sic) questo libro si chiama ancho del
Danese perché non tratta quasi altro che del Dancsc per insino alla morte del
re Bravieri. » Conosco questa scrittura da due mss., che entrambi appar-
tengono alla biblioteca Laurenziana; l'uno è il xxxvii» del Pi. xlii,
l'altro il Lxiv del Pi. lxxxix Inferiore. Di quel libro che sopra ho
chiamato quinto il primo tra questi due codici fornisce l'unica copia
di cui io abbia notizia.
Ed ora che per questi nudi ragguagli il lettore sa con quali materiali
specialmente io abbia a costruire il mio edificio, non gli spiaccia che
senz' altri preamboii passi ail' esame e allô studio comparativo délie
narrazioni, le quali di loro propria natura vengono cosî a scompartirsi :
1 . Prodezze giovanili di Uggeri.
2. Morte di Baldovino e casiche intorno ad essa si aggruppano.
j. Avventure estranee aile composizioni in lingua d'oïl.
I.
Intorno ail' origine ed alla schiatta di Uggeri non pare che le tradizioni
romanzesche si trovassero pienamente d'accordo. Le più, quelle in par-
ticolare che ci sono esposte dalla Chevalerie Ogier e da tutta la sua di-
scendenza, fanno di lui il figliuolo di un re di Danimarca, dato e lasciato
in ostaggio a Carlo dal padre istesso, che per le suggestioni di una
seconda moglie non cura punto délia sua vita. Ma altre, di cui appena
rimangono le tracce, sembrano aver narrato le cose in maniera assai
diversa ; e di qualcuna tra queste doveva aver conoscenza l'autore del
Renaud de Montauban, che ci rappresenta il Danese siccome cugino di
Astolfo e dei figliuoli di Amone. In Italia ne di codesta parentela, ne dei
fatti accennati al principio délia Chevalerie ho saputo fmo ad ora trovar
cenno; solo puô dirsi non disconvenire da questi ultimi un passo dell'
Entrée d'Espagne, che assegna al nostro barone il dominio ereditario di
Dainesmarche. Invece troviamo ampiaraente diffusa una versione che fa
di lui uno saracino convertito nella gioventù di Carlo. Io non istarô qui,
per non ripetere cose già discorse altrove ' , ad esaminare ciô che in
proposito si narra dai Reali, 0 si accenna dalla Spagna in ottava rima ;
non potrei peraltro omettere senza colpa, che la compilazione franco-
italiana, in quella rama che avro a studiare nella seconda parte di
questo lavoro, allude a un racconto analogo a quelle esposto da Andréa
da Barberino, ponendo sulla bocca del Danese istesso le parole seguenti :
f° 66 V'. Maximo, fait-il, e' no tel quer noier;
1. V. / Reali di Francia, vol. I, Bologna 1872 ; p. 279 seg.
Ij6 p. RAJNA
Nen fu de France, ni anche de Baiver ;
De ver de Spagne si fu naçu mun per ;
Ma li rois K. si me fe batiçer,
Si m'adobô, si me fe çivaler,
Qe in avant estoia un scuer ;
E son colu qe aucis Karoer.
Cosî anche in questo caso vediamo corne certe narrazioni, le quali a
prima giunta si crederebbero novità introdotte dai romanzieri toscani,
abbiano invece fondamento in quell' antica letteratura délia vallata dei
Po, di cui solo scarsi frammenti sono pervenuti fino ai nostri giorni. Di
questo fatto importante^, che Gaston Paris avanti a tutti ha saputo met-
tere bene in sodo, si potranno raccogliere nuove e manifeste conferme
da ciô ch' io verrô esponendo nel processo del mio discorso.
Il valore del giovane Uggeri viene la prima volta a dimostrarsi splen-
didamente in una guerra che Carlo Magno intraprende per liberar Roma
dalla servitù dei saracini, i quali, cacciato il pontefice Milone, si sono
impadroniti délia città eterna. Il racconto di questa impresa nel testo fr.-
it. non appare per verità gran fatto discorde dalla prima rama délia Che-
valerie Ogier; certi punti anzi riescono somigliatissimi ; ma ciô non toglie
che per poco che s'aguzzi lo sguardo, non si scorgano pur anco diversità
non iscarse ne lievi, le quali ben meritano di essere poste in evidenza. E
tanto più mi sembra che alcune pagine date a questo raffronto abbiano
a parer spese utilmente, perché il testo di Venezia è l'unico tra quanti
narrano le Enfances Ogier che ci offra peculiarità spiccate. Gli altri tutti
per poco non s'identificano ; laslessâ Karlamagnus Saga conserva il racconto
in una forma che solo per la catastrofe si discosta alquanto dalle versioni
dei poemi francesi; i quali dal canto loro si contentano di ripetere sem-
pre i medesimi fatti, sofTocandoli sotto un cumulo di parole che di volta
in volta s'accresce a dismisura. Tanta conformità agevola non poco il mio
paragone, dacchè mi permette di lasciare da canto l'opéra di Adenés e il
rifacimento di un ignoto rimatore del secolo XIV ' , per curare soltanto
1. Intendo parlare di quel testo in dodecasiilabi di cui parla il Barrois a pag.
Ixiii délia sua prefazione (La Chevalerie Ogier de Danemarche par Raimbert de
Paris; Paris, Techener, 1842). Ai due mss. che ivi si ricordano, uno apparte-
nente al Museo Britannico, un altro alla Bibliothèque de l'Arsenal, è ad aggiun-
gerne un terzo che si trova alla Biblioteca dell' Università di Torino,
odiernamente contrassegnato L. IV, 2 (V. Pasini, Catal. etc., 1, 467). È un
codice cartaceo, di fogli 339, inélégante e assai mal conservato. La lezione si
discosta notevolmente da quella di cui il Barrois reca un saggio, secondo pu6
vedersi da ognuno paragonando con quelli ch' egli ci offre questi versi tolti
ail' episodio délia morte di Baldovino :
f° 62 v° Or fu Bauduinet au corage legier
En le court Crlm., l'emprereur au vif (sic) fier;
Moult ly portent honneur sergant et escuier,
UGGERI IL DANESE I 57
del poema più antico, cioè di quelle che nell edizione del Barrois porta
in fronte il nome di Raimbert da Parigi.
Délie differenze minute , che , sebbene utili a rilevarsi , costringe-
rebbero a consumare troppo spazio, ne posso, ne voglio trattare. Se per
es. certi nomi discordano, e nella versione nostra il soldano è chiamato
Ysoré invece che Corsuble, non le son cose coteste che m' abbiano
a trattenere. Ma non devo già omettere che le due versioni pren-
dono le mosse da punti diversi. La francese comincia dal nar-
rarci moite cose di Uggeri stesso, al quale Carlo vuol far pagare
colle forche le pêne délia tracotanza di Gaufrois, suo padre; l'altra
non sa nulla di tutto ciô, e senz' altro si fa a raccontare l'invasione
dei Saracini in Italia. Il Danese sarà qui bentosto introdotto sulla scena,
ma corne un giovane baccelliere che Carlo ha nelle sue grazie; egli ci
verra insomma dinanzi presso a poco come nell' Aspremont il future eroe
di Roncisvalle, e con lui insieme Astolfo e due altri giovani compagni.
Pertanto non si fa qui parola degli amori colla figlia del castellano, onde,
secondo i testi francesi, nascerà poi Baldovino. Tace di cotali amori
anche la Karlamagnus Saga; ma non si potrebbe già argomentare di qui
un legame di parentela fra il testo italiano e l'islandese, dacchè, conte-
nendo quest' ultima tutte le altre circostanze délia prigionia di Uggeri,
non v'ha ragione di supporre che l'incontro sia qui altra cosa che un acci-
dente fortuito.
L'annunzio degli acquisti che i Saracini hanno fatto in Italia è solleci-
tamente portato a Carlo in ambeduei testi, ma per vie ben diverse. Nell'
Ogier lo recano due messaggeri terreni ; nella compilazione nostra Dio me-
desimosi prende la briga di fare avvertito il grande imperatore. Mentreinfatti
egli dorme, ecco penetrare nella caméra un angelo, appoggiarsi al letto,
ed esporre le nuove funeste. La è questa una variante délia quale non so
a chi spetti la Iode; ma Iode le si conviene, giacchè se poteva mai esserci
caso in cui un' intromissione céleste tornasse a proposito,era questo propria-
mente. Roma, la sede precipua del cristianesimo, in potere dei Saracini,
l'altare di S. Pietro e di S Paolo profanato coll' adorazione di Macone e
Trevigante ' , il papa fuggitivo_, ben meritavano che Dio si commo-
vesse e inviasse sulla terra qualcuno dei suoi ministri. Chè nei poemi
Et dames, et pucielles, bourgois et chevalier.
Ensy c' un jour estoit ly enfes sans dangier
A le court du bom roy pour luy [a] sollascier ;
Atant et vous Chariot, qui venoit d'ostoiier.
Bauduines s'avanche pour Chariot aaidier;
Courtoisement li a reçut son esprivier.
Et le mist a le perche, la le va ataquier, etc.
I. f' 54 r*. Su l'alter san Pero, san Polo e san Simon
Fe adorer Trevigant e Maçon.
I 58 p. RAJNA
carolingi siffatte intromissioni délia divinità son tutt' altro che insolite, e
solo vanno scomparendo mano mano che in essi pénétra il meraviglioso
de! ciclo d'Artù; Dio e i suoi messaggeri vengono sopraffatti dalle fate e
dai maghi, il miracolo cède il luogo ail' incantesimo. Presso a poco corne
questa nostra rama délia storia d'Uggeri comincia anche la cronaca del
falso Turpino, e insieme altresi VEntrée d'Espagne.
Carlo dunque non perde tempo, e inviati in ogni parte messaggi ' ,
s'apparecchia ail' impresa, L'andata è esposta più semplicemente dalla
versione nostra, che nulla dice ne del miracolo délia cerva, ne dell'
incontro col papa a Sutri. E la maggiore semplicità non vien già mène
di qui innanzi, poichè, come Carlo è pervenuto sotto Roma, il rimatore
italiano si trova aver raccolto sulla scena tutti quanti i suoi personaggi.
V è dalla parte dei saracini Ysoré, ed ai suoi fianchi due prodi campioni,
Caroer, o Karaolo 0 Karoal, chedir si voglia, e Sadonio, chiamato anche
a volte Sidonio e Sandonio; dall' opposta abbiamo l'imperalore, il Dai-
nesin, Çarloîo, e tutto il resto délia baronia. In quella vece nella versione
francese Carlotto (Callos) da un lato, Caraheu dall' altro, giungono solo
dopo la prima battaglia ; ne sono essi gli ultimi ad arrivare ; chè più tardi
assai vedremo ancora sopravvenire un altro re saracino^ cioè Brunamont,
e con lui naturalmente un nuovo esercito.
La prima battaglia è narrata nei due testi con molta diversità di parti-
colari ; ma siccome dall' istituire un minuto raffronto poco lume trarrebbe
la critica, non istarô io a qui fermarmici di troppo. Va tuttavia notato
che mentre nella Chevalerie Ogier troviamo alla testa dei Saracini un
figliuolo di Corsuble, per nome Danemont, la versione nostra, alla quale
è ignoto cotesto personaggio, assegna di già l'ufficio di capitano a Karaolo,
e con lui a Sadonio. L'esito alla fme è lo stesso, poichè il Danese, alla
testa di una schiera di giovanetti, ristora in buon punto le sorti délia
battaglia, già poco meno che disperate per i cristiani. E qui non solo
conviene la somma délie cose, ma altresi il procedimento dei pensieri,
sicchè quasi solo le parole discordano :
f 57 r° E 11 Daines estoit preso d'un boscher,
Qe sire estoit de lot li scuer ;
Davant da soi elo prist a guarder,
Vi Aleris l'oriaflame traîner.
Segnur, fait-il, se me voles aider,
Colu qe l'oriaflame se valt tralnando rer,
Eo ge l'averô de ses man saçer.
E cl! si li dient : Ne vos estoit doter;
Vlron cun vos et avant et arer.
I. Chev. Og. v" 197. Il fist escrire ses briés et ses cartes.
Ms. XIII, f 55. Fe scrivere Ictre in carte de bergamln.
UGGERI IL DANESE I 59
E cil le dist : Tant o in De bona sper.
Qe toti vos eo far6 çivaler.
Donc li Dainos prist un baston de pomer,
E grant e groso, merveloso e plener,
0 el vi Aleris ven davanti a l'incontrer.
Elo li scrie : Estes malvasio liçer.
Como cuite vos si l'oriaflama porter?
Tosto desendes, si ne da li destrer,
E l'oriaflama cun tôt li corer.
E cil le fait, no li olsô contraster.
E Daineseto s'arm6 tôt enprimer,
Pris l'oriaflame, si la fa redriçer,
Ver qui pain se voit afiçer;
Tanti non fer nen faça trabuçer*.
Anche i pennoni che la giovane brigata reca sul campo sono strani ad
un modo si nel testo francese che nel veneto :
f" 57 r°. Çascun delor avoit una bander
Qe i avont fato sor pertege lever.
Ne son pais mie de palio ni de çender,
Ma de ses camises, qui s'oit fato despoiler,
E de le peçe dont forbe li destrer '.
E corne Carlo scorge la rotta dei pagani, crede alla stessa maniera,
tratto in inganno dalle armi, che colui dal quale li vede inseguiti altri non
sia che Aloris; se non che il vero gli è fatto conoscere, nella versione
nostra da Namo, nella francese dal giovane Richer (v. 703). Cosîlabat-
taglia viene del pari ad avère per conseguenza che il Danese sia armato
ca\aliere dal buon re Carlo.
Nei casi che seguono le diversité sifanno più che gravi. Moite cose sono
nel poema francese che la rima non conosce 0 pensa bene tacere ; tra
l'altre tutto il lungo episodio dell' avventata impresa tentata da Carlotto
{Og. 1 105-1404), il quale pagherebbe a caro prezzo l'avidità di gloria,
se non fosse il pronto ed efficace soccorso del Danese. Ma anche quando
veniamo a fatti comuni ai due cantari, altro non ritroviamo che confor-
mità di contorni. In entrambi vediamo quattro guerrieri, e i medesimi,
venire sul campo per decidere le sorti di tutta la guerra : Uggeri e Car-
lotto da una parte, Sadonio e Karaolo dall' altra; ma i particolari che
hanno preceduto questo doppio duello sono diversi non poco. Trascor-
rendo gli altri in silenzio, non potrei tacere di un brève episodio proprio
del solo testo fr.-it. Quivi l'imperatore non vuole dapprima concédera
al figliuolo di essere uno dei combattenti; perô Carlotto, adirato fuor di
modo, dichiara con risolutezza ch' egli andrà dunque al soldano e par-
1 . Cir. Ch. Og. 546 seg.
2. Cfr. Ch. Og. 600-602.
l60 p. RAJNA
teciperà alla battaglia siccome suo campione. Non ha peraltro bisogno di
eseguire il proposito, giacchè la sola minaccia basta ad ottenergli la licenza
bramata. Ma a tanta fierezza non riesce poi pari la valentia; chè se nell'
Ogicr Carlotto sa reggere a fronte del suo avversario ne ha punto mestieri
dell' altrui soccorso, nella compilazione fr.-it. la sua inferiorità viene
presto ad apparir manifesta, e solo non produce effetti luttuosi grazie
alla singolare prodezza del Danese. Peggio ancora, quando una schiera
di Saracini, rompendo la fede, si scaglia sui due campioni, Carlotto
vigliaccamente si pone in salvo, lasciando nelle maie peste il compagno.
Gli altri incidenti che nascono dal duello turbato e gli tengono dietro
dappresso, sono ancor essi simili nei tratti generali, discordi nelle parti-
colarità. Più semplice anche qui, il testo fr.-it. fa che il prode Karaolo,
preso da generoso sdegno per la perfidia dei suoi, ai quali è riuscito di
aver prigione il Danese, corra senza più a porsi nelle mani di Carlo :
f- 59 v°. Bon rois, fait-il, ie son ves presoner ;
Da pois qe li soidan non est droiturer
A vos me rende cun arme e destrer ;
Qe quelo qe 11 soidan faroit de li ves presoner
Faces de moi, e' vos voio enproier.
Li rois Tintent, molto ie prist aloer;
Al pavilon li fait desendre e desmonter;
A le dux N. le fait aconvoier,
Q_e alta ment le prist ad honorer.
Invece secondo il poema francese Karaheu si toma avanti tutto
entro Roma, e solo l'indomani, non essendogli in alcun modo riuscito di
ottenere la liberazione di Ogier e avendo anzi Corsuble dichiarato aper-
tamente di voler impiccare il prigione (v. 21 17), lascia il campo e si va
a mettere in podestà delP imperatore cristiano.
Da questo punto i due testi battono ciascuno una via propria per
incontrarsi unicamente là dove non potevano più dissentire, voglio dire
in ciô, che ambedue hanno termine colla partenza dell' oste saracina.
L'orditura dei casi nella versione veneta è cosi semplice e naturale, che
a ognuno riesce facile immaginarla. Solo un episodio che tien dietro imme-
diatamente ail' andata di Karaolo a Carlo, ritarda per qualche poco
l'ultimo atto del dramma. La vigliaccheria di Carlotto, fuggito dal luogo
del pericolo, non ha trovato nel padre un giudice indulgente; novello
Bruto, questi lo condanna a morte ignominiosa, e già gli ha fatto porre
sugli occhi la benda fatale. Ma Namo, pietoso sempre e savio ad un
tempo, si volge allora a Karoer, e lo prega di chiedere il giovinetto in
dono alP imperatore. Consente il saracino, e venuto in cospetto di Carlo,
gli demanda il figliuolo, del quale prende a scusare la condotta :
fo 59 v°. Li rois reguarde ferament Karoer,
UGGERI !L DANESE l6l
E si le dist : Ben H val vestra proier.
Non è hom in France, ni Puile, ni Baiver
Qe de ste don se poust vanter.
Or le prendes, si le faites desloier ;
Ma ben se guardi plu de far tel mester ;
Anci se lasi tôt le menbre couper
Q^elo sen fuça par un sol çivaler.
Forse m'ingannerô ; ma a me pare che questa brève narrazione, che
si allontana assai dai soliti luoghi comuni, sia veramente felice e giovi non
poco a mettere in evidenza tre doti caratteristiche : la giustizia di Carlo,
la saviezza di Namo, la generosità di Karoer; di piii essa ci mostra
Carlotto in una condizione della quale non si saprebbe immaginare la più
convenevole alla sua tracotante dappocaggine. Per verità non suol esser
questo lo stampo in cui si gittano le giunte che i rifacitori amano appic-
cicare aile narrazioni, col buon proposito di abbellirle. Qui dentro io
ravviso, sotto la rozzissima veste, forme sane e vigorose, che mi somi-
gliano a quelle create dalle fantasie dei rimatori in un' età non ancora
corrotta. E siccome i caratteri che da cotesto episodio ricevono lume
sono in parte peculiari alla storia d'Uggeri, non so rattenermi dal sos-
pettare che in esso noi ci troviamo dinanzi^ quanto alla sostanza, un
frammento di una versione più antica che non siano quelle pervenute fmo
a noi.
Punita cosî la baldanza di Carlotto, il racconto della compilazione
veneta s' affretta alla catastrofe. Karoer dal campo cristiano manda un
messo a Ysoré, per dichiarargli che se non vien liberato Uggeri con certi
altri prigioni, egli prenderà senz'altro il battesimo. Preferirebbe bene il
soldano dare aile forche, anzichè a liberté, il Danese e i compagni; ma
non potendo altro fare, si piega ed assente. Allora Karoer ritorna al suo
signore, dopo aver fermato accordo perché l'indomani la battaglia inter-
rotta sia ripigliata. Questa volta niuno viene a sturbare i campioni. Il
combattimento è lungo e accanito, e allô stesso modo che nell' altra
prova, Uggeri sa combattere il suo avversario e insieme recare oppor-
tune aiuto al compagno. Da ultimo egli uccide Karoer, s' impadronisce
della sua buona spada Curtana, si gitta quindi sopra Sandonio, che già
stava per togliere di vita Carlotto, e mette a morte lui pure. Perduta cosî
ogni speranza, il soldano si parte, dopo avère ottenuto da Carlo onorata
sepoltura ai suoi due campioni, e i cristiani, fatta prima gran festa,
richiamato il papa, riconsacrati i luoghi santi, s'avviano verso Francia.
L'intreccio è ben altrimenti complicato nella narrazione francese, dalla
quale_, poichè Karaheu lascia il campo di Corsuble, pare che anche il
buonsenso si parta per andare non saprei dove. Ad essa è propria la
venuta di Brunamont e del suo esercito, che riempie di ottime speranze
l62 p. RAJNA
il soldano. Ma a dir vero costui va troppo oltre, quando, dopo un com-
battimento di lievissimo conto, offre al nuovo venuto la Francia e
insieme la figliuola Gloriande, già promessa solennemente a Karaheu, che
l'ama riamato. Per mancare siffattamente di fede Corsuble doveva aspet-
tare da Brunamont qualche prova maggiore che non fosse l'aver abbat-
tuto (v. 2444; 2462), 0 corn' egli mentendo pretendeva, ucciso due
cristiani, e tolto loro i cavalli. È vero che qui c' è di mezzo Tira contre
Karaheu (v. 2520); ma questa non basta a far si che l'operare del sol-
dano non appaia insensato e strano, anche per un uorao perfido e viola-
tore di ogni patto.
Ma questo è il meno. Brunamont, saputo di Uggeri prigione del sol-
dano, vuol misurarsi con lui, a istigazione dell' accorta Gloriande. Al
vanitoso e stolto saracino, ora specialmente che anche l'amore gli gonfia
il petto, cotesto desiderio sta proprio a capello ; ma non s'intende come
Corsuble possa consentire al combattimento, e mettere cosi a repentaglio
senza alcun frutto l'esito dell' impresa, mentre Uggeri è in sue mani ed
egli puô ben famé ciô che più gli piaccia. Ma ammettiamo pure il duello ;
chi mi sa dire quale sia la questione che le armi avranno a decidere ?
Secondo l'autore parrebbero due, per verità; trattasi in primo luogo di
Gloriande, che Ogier vuol conservare a Karaheu in ricompensa délia
generosità dimostrata in suo servigio ; secondariamente poi délia deci-
sione di tutta la guerra. Ora codesta duplicità di fine è qualcosa di
peggio che insolito, e il rimatore stesso pare ci si confonda; ma
potremmo perdonargli, se almeno tra i due scopi ne fosse uno che conve-
nisse coll' orditura délia sua tela. Conservare la donna amata a un avver-
sario magnanimo, è certo una nobile impresa, se si consideri per se
medesima; ma quando Roma, la cristianità, l'impero, sono esposti al più
grave pericolo, non so se in quella vece colle idée dei tempi essa non
diventi un' opéra stolta. Sifïatte cavallerie non conoscono i cantari dell'
età antica, e meno che mai noi ci aspetteremmo di trovarne esempio in
un poema, il quale, considerato ne' suoi fondamenti, appare inspirato
agli stessi principii che animano la Chanson de Roland e l'Aspremont.
Ma poniamo che fine del duello sia la decisione délia guerra. Perché
allora non si fermano accordi tra le ùue parti dacchè si tratta di cosa di
tanto rilievo, e appena si pongono a questo proposito poche parole sulla
bocca del solo Ogier ? E chi ha dato a questi facoltà di promettere che
s' egli è vinto farà giurare a Carlo di tornarsene oltralpe, abbandonando
ai Saracini Roma e l'altre terre, senza poi neppure darsi pensiero di otte-
nere dagli avversarii patti corrispondenti (v. 2586-2591)? Ne vale il dire
che poi nel fatto la vittoria di Uggeri è causa délia partenza dei Saracini;
conveniva ne fosse causa razionale, non già irrazionale. Chè anzi il
vedere le conseguenze discordare dalle premesse, a me, e non forse a
UGGERl IL DANESE l6}
me solo, pare indizio non lieve, raffermato anche dall' assurda dupllcità
dello scopo nel duello, che deve qui aver avuto luogo una perturbazione
profonda, e che, per adornare il raconto, si sono toite ed aggiunte a
capriccio cose che non s'avevano ad aggiungere e non s'avevano a
togliere.
Che poi Karaheu lasci che altri si assuma per lui la battaglia contro
chi gli vuol togliere la dama, è invenzione molto infelice e che mal
s'accorda colle idée e colle costumanze cavalleresche. Ma assurdità più
gravi ancora appaiono nella rotta e nella fuga dei pagani, che ha luogo
subito dopo la morte di Brunamont. Che cosa induca i Saracini ad abban-
donare l'acquisto, non si sa vedere : giacchè, non solo è incolume l'eser-
cito, ma restano tuttavia, il che in questi romanzi significa più assai,
parecchi capitani : Corsuble, Danemont suo figlio, Sadone, pur tacendo
di Karaheu, che il soldano dovrebbe poter riscattare quando più gli piaccia
colla semplice liberazione di Ogier, In campo aperto s'intenderebbe un subi-
taneo sgomento ; ma qui i Saracini tengono in loro podestà una città for-
tissima (v. 3020). Non è a questo modo che si suol rappresentare dai
romanzieri il riscatto délie terre cristiane.
E questo mio giudizio suU' incoerenza di uno scioglimento siffatto
riceve ampia conferma dalla Karlamagnus Saga, la quale, mentre prima
procedeva passo passe di conserva col poema francese, verso la fine dà
al racconto una piega diversa e più logica. Il soldano parte specialmente
in grazia délie proteste e dei consigli di Karaheu, che dopo la morte di
Brunamont si dichiara pronto piuttosto a schierarsi tra i nemici, che a
combattere per lui, se persiste a voler continuare la guerra. E qui le
possibilità sono due, se non più. Poichè è assai improbabile, se si bada
alla natura dell' opéra islandese, che il compilatore racconciasse a senno
suo la narrazione, bisognerà supporre essere esistito un testo in lingua
d'oil diverso in parte dal nostro. E di cotale diversità due potevano
essere le cause : 0 una conservazione più genuina dei racconto primitive,
0 mutazioni introdotte per opéra di taluno, a cui forse la catastrofe quale
prima si narrava ebbe a sembrare incongruente com' è parsa a noi stessi.
Preferirei senza dubbio la prima ipotesi, se alla seconda non venisse
aiuto da una circostanza notevole : dopo i fatti or ora accennati la com-
pilazione islandese narra ancora parecchi casi avventurosi, a cui prendon
parte Uggeri, Carlotto, Gloriande, Karaheu, Danemont ed altri attori, e
che hanno tutta l'aria di una vera e propria giunta. Perô, giacchè non
mi trovo stretto da nécessita di pronunziare un giudizio, altro non aggiungo,
e me ne sto colle mie incertezze.
Ma credasi poi anteriore di tempo la versione compendiata nella Kar-
lamagnus Saga oppur quella dei poema francese quale noi lo possediamo,
ne l'una ne i'altra si vorrà certo assegnare a un' età molta remota. Si
164 P- RAJNA
potrebbe certo disputare quanto al resto : ma il personaggio di Gloriande
deve indubbiamente esser nato quando le narrazioni brettoni già gode-
vano molto favore, e poco a poco avevano avvezze le menti a un nuovo
modo di concepire. In cotesta donna non si vede ne la fierezza, ne la
lascivia, che siamo soliti ritrovare nelle saracine del ciclo di Carlo; ella
è una dama piena di senno e lealtà, fedele al suo cavalière quanto una
donzella délia corte di Ginevra. Si chiederà sedunque il racconto del riac-
quisto di Roma s' abbia a mio credere ad annoverare tra le novità intro-
dotte nel corpo délie narrazioni romanzesche solo in sul fmire del secolo
XII. A questa demanda mi pare si possa dare una risposta, ipoteticasi,
perché fondata sopra induzioni, ma che non s'allontana forse dal verisi-
mile. Senza dubbio le cosî dette Enfances presuppongono noto e popolare
per altre imprese il nome dell' eroe di cui prendono a celebrare i primi
fatti; perô s'hanno solo, 0 quasi solo, dei personaggi principali : di
Carlo, d'Orlando, del Danese e d'altri pochi. Giacchè con codeste
Enfances, invenzioni nuove destinate a colmare certe lacune délie storie
cavalleresche, non sono a confondere quel racconti, che narrano bensi la
prima età di un personaggio, ma costituiscono un tutto indissolubile colle
avventure posteriori. Di questo génère sarebbe per esempio la prima
parte del Buovo d'Antona. Or dunque anche le Enfances Ogier non
poterono essere composte se non quando già esisteva un nucleo di narra-
zioni e di canti intorno al figlio di Gaufroi, e perô, secondo ogni proba-
bilità, quando la lotta da lui sostenuta contro Carlo Magno lo aveva reso
famoso. Ma poichè già antichi documenti, la cronaca di Turpino tra
gli altri, ce lo rappresentano come uno dei personaggi più illustri e gli
assegnano parti importantissime, si potrà stimare verisimile che anche le
sue Enfances non tenessero dietro troppo tardi a quelle dell' imperatore
e del nipote, ossia aile versioni primitive del Mainetto e dell' Aspramonte.
Convien dunque dire che avanti al poema conservato fmo ai nostri giorni
ne sia esistito un altro, che forse alla sua volta non era esso stesso altra
cosa che un rifacimento.
Anche per un' altra via posâo condurmi a questa medesima con-
clusione e determinarla più concretamente. Che l'ultima parte délia
narrazione francese, prendasi pure quaie è conservata nella Karlamagnus
Saga, riesca un tessuto di assurdità, mi pare venga ad apparire chiaro
dalle cose dette innanzi. Si considerino bene coteste assurdità, e non
sarà difficile scorgere che tutte fanno capo ad un solo personaggio, a
quella Gloriande che anche di per se stessa ci è sembrata invenzione di
un' età récente. Sarà mo casuale la rispondenza, 0 non ci darà forse
diritto di sospettare che appunto la nuova intromissione di Gloriande
in un' orditura che già preesisteva, venisse a scomporre tutte le fila délia
narrazione.'' Certo si tratta d'indurre, non di dedurre a rigor di logica;
UGGERI IL DANESE 165
ma ognuno sa che le discipline storiche sono pur troppo forzate spesso
a contentarsi del verisimile, non potendo agevolmente afFerrare il vero,
ne, strappatogli ogni vestimento, mostrarlo nella sua naturale nudità
agli occhi di tutti. Pertanto io non credo di uscir di via se dico che
quanto più mi faccio a studiare queste Enfances e più m' induco a rav-
visarvi due divers! strati ; ad uno più antico ne fu sovrapposto un secondo,
che per la poca perizia di chi lo distese, non potè costituire un tutto
col primo. Separare nettamente ciô che spetta alP uno da ciô che appar-
tiene ail' altro, è impresa di cui mi sento incapace; ma délia narrazione
primitiva questo almeno ardisco affermare, che del personaggio di Glo-
riande non doveva aver conoscenza.
Se dunque troverô una versione, alla quale da un lato sia ignota la
figliuola de soldano, e che dall' altro sciolga il dramma in una maniera
logica e naturale, bisognerà pure mi senta disposto a ritenerla, almeno
in parte, più simile al racconto originario che non sia il cantare francese.
Ora questa versione, corne ognuno vede, esiste, e non è altra cosa che
il testo fr.-it.
Si confronti la sua orditura con quella délie Enfances quali si hanno
nella Chevalerie Ogier e si veda se il paragone non riesce a raffermare
vieppiù l'idea qui manifestata. Lasciando il resto, voglio almeno toccare
di un punto, che insieme col personaggio di Gloriande costituisce la
differenza più ragguadevole tra le due catastrofi. Secondo il testo fran-
cese Karaheu fmisce coU'andarsene, onorato e regalato da Carlo, in com-
pagnia délia sua Gloriande, senza che punto abbia mancato di fede agi'
idoli suoi; secondo il veneto muore sul campo, ucciso da Ogier. Ora mi
permetterô di chiedere, quale tra i due scioglimenti paia meglio convenire in
astratto alla narrazione, e meglio rispondere aile idée onde erano imbevute
le menti nell' età in cui essa ebbe in origine ad essere immaginata. Col
primo veniamo ad avère un idillio, coU' altro una tragedia; quello s'in-
spira a sentimenti di tolleranza religiosa, che suppongono calmato il
primo ardore délie crociate; questo s'informa ail' inesorabile e barbara
rigidezza délia fede medioevale, che vuole dell' infedele o la conversione
0 la morte. Ne vale il dire che l'ammirabile generosità del carattere di
Karaheu puô aver trionfato del fanatismo dei tempi. Anche Almonte è
prode e generoso, tanto da potersi ben chiamare modello d'ogni virtù
cavalleresca ; eppure, solo perché non ha ricevuto il battesimo, conviene
ch' egli muoia, ucciso con un tronco di lanciâ da un giovinetto cri-
stiano. Davvero la manifesta affmità tra le Enfances Ogier e le Enfances
Roland mi cresce fiducia che le cose dette non siano tutte vani sogni.
A questo modo, se, raccohi insieme tutti questi indizi, conchiudo che
il testo fr.-it. non è figlio, legittimo o spurio che dir si voglia, del poema
francese a noi pervenuto, ma bensi d'un altro non poco diverso e più
l66 p. RAJNA
antico, non credo di dir cosa a cui tutti ad una voce i lettori siano per
contraddire. Resta ch'io cerchi di vedere se in qualche parte si possano
stenebrare i rapporti délia nostra versione con quella tra le perdute ond'
essa ebbe origine ' .
Per verità a voler sciogliere il meglio che a me fosse possibile il pro-
blema, mi converrebbe spaziare oltre i limiti di questa rama dell' Ogier,
e soprattutto invadere un terreno in cui non è convenevole ch' io entri
fin d'ora, avendo ad essere campo di ricerche per la seconda parte di
questo studio. Non mi si vieti dunque che per adesso mi contenti di
esporre, insieme con alcune idée generali, quel poco che viene sugge-
rito anche dall' esame délie sole Enfances, riserbando il resto ad un
luogo più opportuno. Comincio dunque dal notare che questa rama, e
per la lingua e per la maniera — di stile non oso qui parlare — non riesce
punto diversa dalle altre colle quali si trova intrecciata. V^è la medesima
prolissiîà, il medesimo vezzo di ripetere fmo a cinque o sei volte une
stesso fatto, senza che ci sia possibilità alcuna di considerare anche solo
una série siccome opéra d'interpolatori. Ripetizioni stucchevoli non
iscarseggiano per certo neppure nei poemi francesi; ma ne il difetto
giunge ivi a quel segno che tocca nell'opera fr.-it., ne in générale ci è
chiusa la via a credere che il giuUare potesse, se cosî gli garbava, dire
una volta sola la cosa, lasciando le altre esposizioni. Ma quel che è
più, a mio giudizio, le rime non sono meno povere che nelle altre parti
délia compilazione; le più facili, quelle in é ed er, prevalgono di gran
lunga fra tutte; che se l'autore si studia a volte d'introdurre una certa
varietà, guai allora alla lingua! Vedesi allora un caso obliquo, Naimon, co-
stretto a far ufficio di soggetto, e toccare ripetutamente a Roma di essere
chiamata barbaramente Ron. Pero a me pare ben difficile separare l'una dall'
altrale rame délia nostra compilazione per attribuire a ciascuna un' origine
tutta sua particolare. In tutte ravviso una stessa mano, uno stesso artefice,
il quale non deve già aver inventato di suo capo nessuno tra i racconti, ma
solo aver dato a ciascuno di essi una forma nuova, esponendoli con sue
parole, con intenzione di essere nel complesso fedele aile cose udite,
e di ripeterle secondo che la memoria gli suggeriva.
Queste induzioni credo poter convalidare con altre prove, se m'ingegno
I . Se il mio studio avesse per oggetto il Danese in générale e non già le sole
vicende délie sue storie in Italia, mi fermerei ancora a discorrere di altri difetti
del teste francese, parte dei quali Io confermano rifacimento, parte vengono a
mostrare che passando di bocca in bocca e di ms. in ms., esso ebbe a soffrire
parecchi guasti, di cui sarebbe ingiusto dar colpa ail' autore. Corrotta a auesta
seconda maniera mi pare per es. la fine del duello in cui combattono Callot ed
Ogier contro Sadone e Karaheu ; chè noi troviamo qui prigioniero il Danese
(v. 1979; 2001), senza che prima ci sia stato detto espressamente corn' egli
rimanesse sopraffatto dai saracini.
UGGERI IL DANESE 167
di guardare un poco addentro nelle Enfances Ogier. Paragonando col
poema francese il testo veneto, trovo che in alcuni casi quest' ultimo
pare aver introdotto alterazioni générale da confuse reminiscenze.
Entrambe le version! parlano di Aloris di PugUa, il codardo alfiere che
nella prima battaglia mette in grave pericolo le sorti deil' oste cristiana;
ma mentre nell' una l'orifiamma viene a lui affidata prima ancora che
si lasci la Francia, nell' altra ciô accade solo in prossimità dei nemici.
Chi badi alla patria di questo vigliacco, designata chiaramente', con un'
intenzione in origine non troppo benevola per noi altri italiani, appena
potrà dubitare di tenere per genuina la seconda versione, cioè quella del
poeta francese ; il quale fa si che Aloris non sia già con Carlo in Francia,
ma cacciato di Puglia, suo ducato, dai Saracini, se ne vada fuggendo
verso settentrione, e s'incontri nelP imperatore, non saprei precisare
in quai luogo, ma certo di là da Sutri (v. 300 segg.). Perô la forma che
il racconto prende nel testo marciano avrebbe per questo particolare ad
essere frutto di ricordanze imperfette.
Ne forse è diversa l'origine di certe altre difformità. lo trovo perfetta-
mente convenevole che Carlotto soprawenga solo, corne appunto narra
il testo francese, dopo il primo combattimento; chè in questo ad altro
non si mirava fuorchè a far risplendere la prodezza di Ogier, contrap-
ponendola alla codardia di Aloris. Par dunque probabile che ram-
mentasse maie la storia il rimatore nostro, che fa venire con Carlo anche
il figliuolo, quantunque poi neppur egli non gli assegni una parte nei
fatti se non quando anche l'altra versione lo introduce sulla scena, e
venga cosi a lasciare che appaia un indizio délia sua propria colpa. Del
pari io ^on ricorrerei ad altra sorgente che a questa délie reminiscenze
mal conservate per ispiegare corne sia che nella compilazione veneta il
soldano determini addirittura di affidare a due campioni la difesa délie
ragioni sue, mentre nella francese un solo cavalière per ciascuna parte
avrebbe a scendere in lizza seconde il primo intendimento, e solo in
grazia délia prepotente baldanza di Carlotto Karaheu s' induce poi a
proporre egli stesso che il numéro dei conibattenti sia raddoppiato. Là
dove due soli guerrieri, Karaheu da un lato, dall' altro Ogier,
spiccavano tra tutti, era convenevole che se alla battaglia si sostituiva
un duello, questo avesse ad essere di uno contro uno; quindi per allon-
tanarsi dalla via piana e naturale bisognava si venisse a porre di mezzo
qualche inciampo, come accade per l'appunto nel solo testo francese. E
l'inciampo sorge ivi cosî naluralmente, riesce cosî opportune a mettere
I. Nel poema fr., v. 442,
Bien sai Romangne, car en Puille fui nés.
E nel ms. XIII di Venezia, f° 5^ V : « Aleris... que de Puilla fu ne. »
l68 p. RAJNA
in mostra il caratlere di Carlotto, che solo disconoscendo le norme délia
retta induzione potremmo pretendere di vedere in ciô una giunta di qual-
che rifacitore.
Dunque per me la versione fr.-it. avrebbe a riposare sopra una tras-
missione orale, che per certo deve, quanto alla forma, averla resa ben
dissimile dal testo originario. A questo invece si conserva probabilmente
più vicino per cotale rispetto il poema francese, del quale possiamo con una
certa sicurezza immaginare i rapporti col suo modello, grazie alla buona
sorte che in parecchi casi ci ha fatto pervenire di uno stesso cantare due
versioni diverse e anche più. Lo stesso rifacimento di Adenés, raffrontato
coir opéra più antica, puô qui servirci di mezzo per raggiungere il nostro
fine, purchè usiamo cautela, e non iscordiamoche in questo caso, insieme
colla lingua, collo stile, e con moite particolarità, fu pure trasformata la
forma metrica. È probabilissimo, a mio credere, che un gran numéro
dei versi che compogono l'opéra attribuita a Raimbert, fosse di già, con
lievi 0 non troppo gravi differenze, nell' originale su cui essa fu rifatta;
e altrettanto mi sembra probabile che ail' incontro ben poco di ciô che
è nel testo veneto si trovasse tal quale, o quasi, nell' antico poema fran-
cese. Chè qui alla poca sicurezza e fedeltà délia memoria s'aggiungevano
altri fattori di trasformazione, forse ancor più efficaci. Il nostro rima-
tore aveva preso ad abbracciare tutîo un ciclo, e per introdurre un po'
d'unità e di connessione tra i racconti, ricorreva volonteroso ad artifici
d'ogni fatta. Non contento d'inscrire una narrazione in un' altra colla quale
non aveva nulla che fare, la Storia di Berta nel Buovo, le Enfances Ogier
nell' Orlandino, si studiava d'intromettere dovunque certi personaggi,
che in origine dovevano appartenere solo a taluno tra questi romanzi.
Cosî noi ritroviamo anche nella nostra rama quel Bernardo di Clermont,
dal quale avrà ad uscire il padre di Rinaldo, e quel ch' è più, v' incon-
triamo anche un Sansoneîo ' , pagano convertito al cristianesimo, del
quale s'era narrato nel Karleto come fosse condotto d'Orienté da Rainero
d'Aviçon. Se a tutto ci6 aggiungo che l'autore, stimolato dalla smania di
condurre innanzi la sua lunga, se anche non troppo ardua impresa,
doveva di nécessita ricorrere spesso al parlito di affrettarsi e di tagliar
corto in certe parti, ben lungi dal meravigliarmi, troverô naturalissimo
che solo pochi tra i suoi versi mostrino qualche somiglianza di parole col
testo francese che noi possediamo, Piuttosto meraviglierei nel riconoscere
in certi luoghi, che già riportai per disteso, una vera conformité di con-
cetti, se non sapessi a prova quanto tra la gente volgare e poco colta
È évidente che auesto personaggio dev' essere una cosa stessa in origine
îldano che nell' Entrée d'Espagne è convertito da Orlando,
con quel figliuolo del soldano che nell' Entrée d Espagne
vien con lui in Occidente, ed è accolto tra i palaaini.
UGGERl IL DANESE 169
soglia essere tenace la memoria. Che se alcuno da questi pochi riscontri
stimi doversi argomentare che tra la nostra versione e le francesi non
siasi mai interrotta la trasmissione scritta, forse s'indurrà ad altra opi-
nione in grazia di ciô che sono per dire. Quando si dà il rarissimo caso
di un verso o di un emistichio, se non identico, somigliante assai nei due
testi, accade per lo più che la disposizione non convenga, ossia che le
parole comuni abbiano trasmigrato in una parte différente délia narra-
zione. Perô, a mio giudizio, 0 il riscontro va reputato fortuito, o con-
vien credere che abbia avuto a soggiacere aile vicissitudini che sono
inevitabili là dove la sola memoria è data per custode aile parole. Cosî
ci dice di Carlotto il poeta francese :
970 E vint de France, de Cologne sor Rin ;
Novelement i et ses adous pris;
e poco diversamente il rimatore fr.-it. :
Non è ancor guaire qu'el oit pris guarnimant ;
ma ecco che quest'ultimo verso précède a quella parte in cui si narra come
l'esercito si muova di Francia, mentre gli altri due s'incontrano dopo il rac-
conto délia calata e délia prima battaglia. Se poi le due versioni s'abbiano a
ricondurre immedialamente a un originale comune, o se invece i legami délia
loro parentela siano meno stretti, non presumo io già di poter dire. Forse
da uno studio più profondo ed acuto ci potrà venire un po' di lume; ma
vera e propria luce, che valga a dissipare ogni incertezza, non temo
sia per ottenersi altrimenti che colla scoperta di qualcuno tra gli anelli
interme di di cui ora possiamo parlare unicamente per via d'induzione.
Pic Rajna.
Romania, Il j2
LE ROMAN
DE BLANDIN DE CORNOUAILLES ET DE GUILLOT ARDIT
DE MIRAMAR
PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS d'aPRÈS LE MS. UNIQUE DE TURIN.
Le seul exemplaire connu du roman de Blandin de Cornouailles
appartient à la Bibliothèque royale de Turin. Ecrit à la fin duxiv'' siècle
ou dans les premières années du xv", il occupe 6 feuillets à deux colonnes
par page d'un ms., d'ailleurs tout latin, coté E, ii , 54 (autrefois
L, III, 5), et dont on trouvera la description dans le catalogue de Pasini,
t. II, p. 150.
En 1825, l'abbé Constance Gazzera, l'un des conservateurs de la
Bibliothèque de Turin, fit faire pour Raynouard une copie de ce roman.
Raynouard s'en servit pour rédiger l'analyse de Blandin de Cornouailles
qu'il a insérée dans le t. I du Lexique roman (p. 31 5-320), analyse qui
contient tout ce qu'on en connaît jusqu'à présent ', En. 1853 ou i8j4,
M. Guessard fit recopier cette copie par M. L. Gautier, qu'il avait alors
pour secrétaire : il emporta en Italie cette nouvelle transcription, la
collationna sur l'original (octobre 1854), et la mit, ou peu s'en faut, en
état d'être imprimée. Tout récemmicnt, il a bien voulu me la donner,
m'autorisant à la publier; ce que je fais présentement.
Ma part de travail dans cette édition se réduit à peu de chose.
Exécutée par un copiste italien assez peu soucieux de la pureté des formes
provençales, cette leçon est pleine de fautes de tout genre. Je me suis
appliqué à corriger, soit dans le texte même , soit en note, celles qui
nuisent au sens ou à la mesure. Les premières ne sont pas très-fréquentes
à cause de la grande simplicité du style, toujours aisé à comprendre,
même pour une personne peu versée dans la connaissance du provençal,
mais celles qui détruisent la mesure sont extrêmement nombreuses. Je
1. Raynouard, Lex. rom., I, 320, renvoie le lecteur aux Mémoires de
l'Académie de Turin, t. XXXIII, 2e partie, p. 6. Fauriel (Hist. litt. XXII, 235)
reproduit cette indication. Il aurait donc été publié de Blandin de Cornouailles
une notice antérieure à celle qu'a faite Raynouard. Malheureusement l'indication
fournie par le Lexicjue roman est inexacte, et j'ai fouillé un bon nombre des
volumes de l'Académie de Turin sans pouvoir rencontrer la notice en question.
BLANDIN DE CORNOUAILLES I7I
n'ai proposé que les corrections qui me semblaient au moins très-
probables, sinon évidentes. Lorsqu'un vers trop court ou trop long m'a
paru admettre plusieurs restitutions sans qu'aucune me semblât plus
vraisemblable que les autres, je me suis abstenu de toute tentative. Quant
aux corrections orthographiques, comme elles eussent été en nombre
infini, je n'en ai fait aucune. En effet, il importe qu'une édhion princeps
fasse connaître exactement la leçon du ms. sur lequel elle est fondée.
J'aurais donc été obligé, si j'avais voulu remettre ce roman en provençal
plus correct, de joindre une longue série de notes à un poëme déjà bien
long pour être publié dans un recueil aussi restreint et aussi encombré
que le nôtre. Et c'eût été sans grand profit : car tout lecteur intelligent
saura bien trouver que aosir est pour auzir, aotre pour autre, chc pour (jue,
ion pour ieu, etc. Du reste, en thèse générale, je trouveplus d'inconvénients
que d'avantages à ces restitutions complètes qui exercent parfois une si
regrettable attraction sur des débutants incapables de les mener à bonne fin.
Abstraction faite des modifications de forme introduites par le copiste
italien, il reste encore dans ce texte un nombre considérable, je ne dirai
pas de fautes, mais au moins d'irrégularités, qui ne peuvent être imputées
qu'à l'auteur. Ainsi, à en juger par ses rimes, il paraît ne s'être aucu-
nement soucié des règles de la déclinaison. Sans doute, dans certains
cas, il est possible de rétablir par de légères corrections l'application de
ces règles; et par ex. rien n'empêche de lire les vers 21 et 22 ainsi
qu'il suit : E montan sobre hon[f\ destrier\_s] |j Cascun\_s'\ corne bon\f\
cavalierl^s], mais il n'est pas besoin d'avoir poussé loin la lecture du
poëme pour se convaincre que son auteur inconnu n'avait nul souci de
règles qui, dès le commencement du xiv** siècle, n'étaient plus observées
que par des écrivains lettrés, et qui ne l'avaient peut-être jamais été dans
le pays où il composait.
Il y a en effet dans ce texte des rimes qui, si elles doivent être
imputées à Pauteur, comme je le crois, conduisent à douter que celui-
ci ait réellement été provençal, sans donner à croire pourtant qu'il ait
été d'origine italienne, comme à première vue les formes orthographiques
pourraient le faire supposer. Le copiste de notre ms. était indubitable-
ment italien, mais l'auteur me semblerait plutôt catalan. Ainsi il fait rimer
dkh et naech (y. 47-8), ou, pour parler sans rien préjuger, les formes
romanes de dictum et de noctem : en catalan dit et nit rimeraient fort
bien. De même, un peu plus loin, v. 5 5-6, pritnieret vezer, rimes impos-
sibles en provençal, mais très-admissibles en catalan. Je n'oserais dire
qu'il en soit de même des rimes cavaliers-randes 917-8, cavalliers-ades
925-6, cavaliers-pres 1 127-8, 1 1 3 5-6, cavaliers-intres 1 329-50, mais elles
sont du moins fausses en provençal. Je ne crois pas non plus qu'à
aucune époque de la langue d'oc aussel (avicellum) et conselh [consilium)
172 p. MEYER
1925-6, aient pu rimer ensemble, non plus que donsdlas-meraveilhas 99-
100. Autre txfauLi 45-6 sont également des rimes bien étranges en pro-
vençal; cf. encore 261-2, 273-4, etc.
De ces faits, et de quelques autres que le lecteur attentif saura
bien trouver tout seul, je n'induis pas absolument que le poëme de
Blandin de Cornouailles soit proprement catalan : je ne crois pas qu'il y
ait assez de traces de l'idiome catalan pour autoriser cette conclusion;
mais j'admettrais volontiers que l'ouvrage a été composé par un Catalan
qui s'est efforcé d'écrire de son mieux en provençal. Les érudits de la
Catalogne verront s'il leur convient d'enrichir leur littérature de Blandin
de Cornouailles. Pour moi, je le leur abandonne volontiers. Quoi qu'il
advienne de cette hypothèse, elle est dès maintenant assez forte pour
commander à l'éditeur une grande réserve, et l'engager à ne pas tenter
de corrections qui conduiraient à faire de l'auteur un écrivain correct de
la langue provençale.
J'ai fait de ce poëme un glossaire assez court, qui n'apportei^a à la
lexicographie provençale qu'un bien insignifiant contingent. Je n'ai
jamais lu d'ouvrage provençal écrit avec un choix de mots aussi pauvre.
La langue de ce roman ne nous présente presque aucun de ces mots
rares ou uniques qu'on est à peu près sûr de rencontrer dans tout ouvrage
provençal d'une certaine étendue. Il est évident que l'auteur n'était pas
parfaitement maître de la langue, et c'est une raison de plus de douter
qu'il ait été originaire des pays de langue d'oc.
De preuves positives qu'il ait été catalan, ce glossaire n'en fournit
guère, et on ne s'en étonnera pas si on admet que l'œuvre a été composée
autant que possible en provençal, mais encore est-il qu'on y trouve
quelques mots qui portent la marque de leur origine. Ainsi ayla, aylla, v.
83, 237, « là bas », me paraît bien plutôt catalan que provençal, et j'en
dirai autant du subst. fém. orîa «jardin », v. 88, 92.
L'auteur ne s'est pas nommé, et je ne vois pas le moyen de l'identifier
avec aucun romancier connu de la Catalogne ou de la France méridio-
nale. Toutefois, je dois signaler dans son style (si j'ose ainsi parler) un
signe particulier auquel ses ouvrages, s'il en existe quelque autre, peu-
vent être aisément reconnus. Ce signe particulier, c'est l'emploi, je devrais
dire l'abus, qu'il fait des adverbes apert et apertament. Il les emploie à
tout propos et hors de propos. On parle, on répond apertament {i S -i, 302),
on se lève apert (202, 394, 41 3), on va d'un lieu en un autre apertament
(305, 384), on chevauche (j/jm (243) ou apertament [i/^^, 571), on s'arme
apertament (294, 433), on se défend apertament (318, 338); enfin tout se
fait apertament^ pourvu que l'autre vers rime en en. Ce pedas n'avait pas
été prévu par les Leys d'amors (III, 368), et j'ai peine à croire qu'il se
soit trouvé deux auteurs capables d'en abuser à ce point.
BLANDIN DE CORNOUAILLES lyj
Jehan de Nostre-Dame a connu notre roman. Il s'exprime ainsi dans
la notice qu'il a rédigée sur Richard Cœur de Lion : « Quelcun a
» escript que l'infante Léonore luy envoya un beau Romant en rithme
)) Provensalle, des amours de Blandin de Cornaille et de Guilhen de
» Myremas, des beaux faicts d'armes qu'il firent, l'un pour la belle
)) Bryanda, et l'autre pour la belle Irlanda, dames d'incomparable
beauté» {Les Vies des plus célèbres et anciens Poètes Provensaux, p. 140-1).
Il n'y a aucune apparence que le roman de Blandin de Cornouailles
remonte au temps du roi Richard : il a au contraire tous les caractères
d'une composition du xiV siècle, et je ne saurais dire quel motif a
conduit Nostre-Dame à nous fournir les invraisemblables notions qu'on
vient de lire, et que diverses compilations ont répétées après lui. Ce qui
me paraît vraisemblable, c'est que notre procureur provençal a été
attiré par le surnom de l'un des deux héros du poème. Miramar est un
nom de lieu assez fréquent ; mais sous la forme que lui a donnée Nostre-
Dame, Myremas, c'est un village voisin de Salon_, la ville où était établie la
famille du peu scrupuleux biographe : Miramas, selon l'orthographeactuelle,
est une station du chemin de fer de Lyon à Marseille, située à l'extrémité
nord de l'étang de Berre.
Peut-être le manuscrit que J. de Nostre-Dame a connu n'était-il point
autre que celui de Turin : je n'ai aucun moyen d'éçlaircir cette question.
Le récit des aventures de Blandin de Cornouailles et de son compagnon
a paru à Raynouard « vif et animé ». Il ne m'a pas laissé la même
impression : toutefois je ne veux pas en dégoûter le lecteur, et je
m'en tais.
P. M.
En nom de Dieu commenzeray
Un bel dictât et retrayrai
D'amors et de cavalaria,
4 Et d'una francha compagnia
Che van faire dos cavaliers,
De Cornoalha bons guerriers,
Che volgron per lo mond annar
8 E lur [a]ventura cerchar ;
E la un [d'els], se Dieu me valha,
Ac non Blandin de Cornoalha,
E l'aotre si fa appellar
12 Giot Arditde Miramar.
E diray vos premierament
Consi eios feron verament :
La fe deis cors elos sy doneron
16 Et sobre sans els jureron
Che els si tenrrien fialtat
La un a l'autre sans barat.
E quant ayso agron promes
20 Cascun va penre son arnes,
E montan sobre bon destrier,
Cascun comme bon cavalier ;
E parten se de leur hosîals.
24 Corne valens, se Dieus my sa!,
Van s'en e tenon lor chamin.
Aysso fu un diluncx ben matin ;
5 Us. far. — 14 Soit dit une fois pour toutes : ici et ailleurs elos fausse le vers et
doit être corrigé el ou els selon le degré de régularité grammaticale que l'on voudra
attribuer à ce texte. — 16 Vers trop court : sobre [cors] sans .' ou els \si\ j. ? — 26 Corr.
So fo.... De même v. 46 et ailleurs.
174
p. MEYER
E intren s'en per los desertz,
28 Com(e) bons cavaliers et apertz
Tôt jorn (lur) avanturas sercan
E de lur novellas parlan;
E bien miech an escavalcheron
32 Che avantura non troberon;
E puis, quant ven un jorn [matinj
Els van tenir lo lur camin
E intren s'en per un boscage
36 Con bons cavalier de parage.
E quant agron gran temps annat
Per lo boscage et cavalcat,
Els viron venir un brachet
40 Che s'en venc a elos tôt drech,
E met se tresto[t lo] primier
E va amb els per lo sendier.
Adonc els se merevilheron
44 Quand lo brachet achi troberon,
E disseron la un a l'autre :
« Aysso es avantura sen[s] fauta. »
Adonchas Blandinet a dich :
48 « Segan lo entro a la nuech,
» E veyron cal chamin tenrra
» Ni cal avantura mostrera. »
Adonc lo brachet tôt corren
52 S'en va entra[r] per un torrent,
E aqui trobet una cava
Che dedins terra s'en intrava,
E met se dins lo cap primier
56 Che depuys hom nol poc vezer;
[Tôt] aysso vi Guillot Ardit
De que fu fort esbaït,
E Blandin non fut avissat
60 Dal can, on s'en fu intrat;
E dis a son companh Guillot :
« Vesses locan achi en loch? »
Respond G. et ha parlât :
64 « Per esta cava es intrat. »
E adonches Blandinet a dich :
« Espéras my, Guilhot Ardit,
» Car iou, per sert, voile intrar
)> Dedins, la vantura cercar.
» Très jours my attendes ayssi,
» Pueys non fasses conte de my. »
Respond G. et a iy dich :
72
68
80
84
88
92
96
104
108
« So che playra a vos, amy,
» Penssas de annar, quant vos
[voires,
« Car vos ayssi me trobares. »
Aqui presseron cumiat;
E Blandinet s'en es intrat
Tôt armât d'armes vermelhas
E [d']aotras a gran[sl merevelhas,
Tôt jort avant per la escura,
Con bon cavallier d'avantura.
E quant ac un gran temps annat
El vi una gran claredat,
E aylla luench ac un hostal
En che ac [un] trop bel portai;
A sel portai el s'en anet
E achi un porter trobet
Che li ubri tantost la porta
E dis : « Intras en sella orta,
» Car vos aqui [certj trobares
» Aventura, si la voiles. »
Adonc Brandin s'en va(n) entrar,
En sella orta s'en va annar.
Aqui trobet, dins aquel ort,
Verayament mot bel desport ;
Desot un bel pomer florit
Achi a l'ombra s'es dormit.
Enmentre che el si dormia
E reysidar non si podia,
Aneron venir doas donsellas
Motbellasagran[s]mer[ajveilhas.
Dis l'una a l'autra : « Bel cavallier
» Dorm lay desot aquel pomier;
M Pregio) te che l'anen reysidar,
I) Car si nos podie conquistar
» D'ayssel jayan cheaysi nosten,
» Nos l'amarian de bon tallen. »
Adonch elas s'en van annar
Vers Blandin e van li sonar :
tt Sus cavalier, annas avant,
» Davant che venga lo jayant,
» Car certas el vos ausirie
« Se consegre vos hi podie,
» Car mot d'aotres [el] n'y a mort
» E fach morir a mala mort
» Che nos volien conquistar
40 Corr. Q^s'en venia a els. — 50 Ici et ailleurs il faut probablement corriger ventura
— 58 Ici et V. 60 remplacer fu par fora ? — 77 d\ corr. ah ? — 79 jort pour jorn, faute
très-fréquente dans ce ms. — loi Be/, corr. Un ?
BLANDIN DE CO
ii6 )) Perfach d'armes [ejrecobrar.))
Adonc Blandin che las aosit,
Tantost d'amors el fu f[e]rit
De ellas doas che eran bellas,
I20 Edislur: «Franchasdamoisellas,
» Voires vos en am my annar
» Si iou vos pode conquistar? »
Respondon elas: « Hocverament,
124 » E faren vostre (com)manda-
[ment. «
(En)mentrecheayssiestanparlan,
Ve vos venir lo gran jayant.
Che dis : « Quai sies tu, desastrat,
128 () Che tant avant t'en sies intrat?
Adonc e[l] li respondet :
« Per sert, iou ay nom Blandinet;
)) Chi sui vengut per conquistar
i32 » Aquestas e ellas en vuelh men-
[nar. »
Adonc lo jayan fu (fort) irat.
Car Blandin li ac ayssi parlât;
E levât una gran massa,
i36 E dis che li fara far plassa.
Adonc Blandin fu fort irat :
Un safl)ut a travers a sautât,
E secodet ly d'una lanssa
140 Che portava de gran fissanza,
E a luy tan gran colp donat
Per miech del cors che l'a tombât.
(Adonch) lo jayan nafrat se senti,
144 (E) gita un gran crit e leva ssi :
Devers Blandin s'en va annar
E tan gran colp ly va donar
Che tôt lo scut li a romput.
148 Blandin per terra est cassut.
Adonc lo jayant chi l(o) sanc perdia
E restanchar non si podia,
Trestot lo cor li va fallir
i52 E achi s'anet esmortir.
Aressom[ambe]dostombat [natz.
Per los grans colps che[s] son do-
(A)donch las donsellas che aqui
[estavon,
RNOUAILLES 175
i56 De jounelhons a Dieu pregavon,
Vessen lo jayan amortir;
E van ss'en vers [lo] lur amich,
A Blandinet de Cornoalha
160 Che lor [a] fâcha la batagla,
E dison li : « Franch cavalier,
» Anas sus per lo vergier,
» Car vos lo jayant aves mort
164 » E faich morir a mala mort;
» Recorda vos de vostra amya
» E de nobla cavallaria. »
E quant B. aus las noellas
168 D'aquestas franchas damoysellas,
Levet si e près corage
Com bon cavallier de parage
E vi lo jayant estandut
1 72 Vay(e) ss'en ver el, l'escut romput,
E senti lo an pauch polsar :
Tantost la testal(i) va levar;
E las donzellas gran gauch agron
176 Quan lo jayan achi mort viron.
(E) dissen li : « Cavalier ardit,
» Fach de nos a vostre délit,
» Car tos temps mais vos serviren
î8o » E lialtat nos vos tenren;
» E prec vos chens volhas gitar
» D'ayssi, senhor, et an vos
[mennar. »
Respon Blandin apertamen :
184 « Doncas, anen nos veramen;
» La fora ha un cavallier
» Chi m'espéra per lo sendier,
» E série mot esbaït
188 » Si non vessie venir amich. »
Adonques Blandinet la pren
Per las mans blanches, et va ss'en.
E va ss'en vers Giot Ardit,
192 E atroban lo che s'es adormit.
Adons Blandin li va sonar : [nar,
« Levas, companch, pansen d'a-
rt Car la vantura ay atrobada,
196 » Che nos avion demandada ;
» Ve vos ayssi doas donsellas,
127 Ms. desustrat. — 129 Corr. Blandin li ? — 132 II y a doas avant e ellas. Corr.
Estas e las en V. — i}i Vers trop court; de même v. 169, 394,446, où se trouve égale-
ment levet. Peut-être lavera? — 159 Corr. Es ./. colp det? — 160 lor, ms. nos. — 162
lo, corr. aquest? — 17s -6 Rimes fautives. On pourrait diminuer le vers d'une syllabe et
corriger agron en agueron, puis au v. suiv. viron en veron, la forme veron semblant autorisée
par le v. 2)i; mais les rimes 603-4 paraissent exiger aguiron. — 186 Ms. maspera. — 192
Corr. El troban che s'er'.
176 p. M
» Franchas, bellas a merevilhas,
» Che ay conquistadas d'un jayan
200 » Che era plen de mar tallan. »
Adonc Gioth che las vis venir
Apert si leva de dormir,
E dis lo : « Très che ben vengut
204 )) Sias vos, companch, si Dieu
[m'ajut;
» Car sertas gran paor avia
» De vos quant venir non vos
vessia,
» Et era en corage de intrar
208 » Dins la cava [per] vos sercar.
» Repaussas vos e parlerem
» En quai partida nos tenrren.»
' Respon Blandin : « Pansen d'anar,
212 » Car iou non vuelh [ja] repausar.
» Portas la una vos davant
» E iou l'aotra ; anem avant. »
E Giot pris una donzella
216 E mes l'a si davant la sella,
E Blandinet feis aytrestal
De l[a] autra, car ben ho val.
Ares s'en van per lo boscage
2^0 Los dos cavaliers de parage,
E las donsellas van amb els
Che cavalcan a myeia via.
224 Achi [lor a] fallit lo dia.
Adonc Blandinet [lor] a dich :
« Che farem nos? Giot Ardit,
» Car lo jorn ven (che) quens vol
[falhir ;
228 » Per lanuechchevass'envenir.»
Respon Gioth : « Iou monteray
» Sus un arbre e regarderay
» Si veyrie qualche message
282 » Ont tengesson nostre hostage. »
Adonques el s'en va annar
Et en un arbre va montar,
E regardet d'amon, d'aval,
236 Si vigra calche hostal.
Ayla [a]val vi un castel
Che a son semblant era mot bel,
EYER
E dis a son compagn(on) Blandin :
240 « Pensen d'anar nostre camin,
I) Car iou ay vist la un castel
» Che jamais no lo vi plus bel.
») Pensen de cavalcar apert ,
244 » Che de jours iscan del désert. »
Apertament escavalcheron
Tant chel désert detrays laseron,
E intren s'en per una prada
248 D'erba frescha che lur aggrada.
E al miech luoch fo !o castel
Che era gratios e bel.
E las donsellas quant viron
252 Lo castel, elas ploreron,
E planhon si mot aygramen
La una a l'autra verayment.
E Blandinet, chi ben amava
256 Las donzellas che [el] menava,
Demandet lur de que ploravan
Ni per que aytal dolor menavan.
Adonc respondet la major: [lor?
260 « Com(me) non menerian nos do-
rt Car sel castel sol estre nostre
» E an lo nos tôt per (lor) gran
[forza,
I) E tenon près tôt mon lignage
264 » E (de) bons cavaliers de (gran)
[parage. »
Respond Blandin :« Nevosplores,
» Car lo castel ben cobrares;
» Respausan nos donque ayssi
268 » E combat(e)ron lo lo matin. »
Disseron elas : « Per Dieu non sia!
» Pensen de tenir nostra via,
» Car sel chi l(o) ten non a pavor
272 » De vos, senhor, ni de major. »
Adonc Blandinet lur demanda :
« Chi es aquel [quel] ten en garda? »
Respondon(elas): « Unjayantmot
[fort,
276 1) Frayre d'aquel che aves mort.»
Respon Blandin : « Iou non par-
t(i)rai [auray
» D'ayssi, per sert, che iou vist
» Si sel jayant es aytant fort
200 Ms. tallen. — 206 Corr. nous v. — 222 Ms. an bels. — 236 Corr. Si veyria. —
246 Le copiste aurait dû écrire detras layseron ; mais ailleurs encore il écrit atrays, même
au détriment de la rime. — 268 Corr. lo bo m.i
BLANDIN DE CORNOUAILLES
177
280 » Com(e) l'aotre frayre che ye ay
[mort.
» Per so descalvachen ayssi
)) E combaterem le matin. »
Ares son els descalvachat
284 E pass(er)on si per miech lo prat.
So dis Guilhot: « Chemangeren?
» Car pauca vianda nos tenen. d
Respon Biandin : « Passeron nos
288 « Alegramen, parlerem nos d'a-
rt Edemannosentrobaren: [mors,
» Per grat 0 per forza n'aren. »
Tota la nuich si repausseren
292 Tro lo matin che si leveren ;
E tantost quand foron levat(z)
Apertamen si son armât,
E van si ben apparelliar
296 Per lo castel a batalhar. [lan
[Donc] dis Guilloth : « De bon tal-
« Volgra combatre an se! jayant,
» Si vos plages a vos, senhor,
3oo )) Che[m] fesseses tanta d'onor. »
Respon Biandin, e a ly dich
Apertamen : « Guillot Ardit,
» Si bon corage vos sentes,
3o4 » La batagla [per] vos prenes. »
Adonc Guillot apertament
S'en va al castel verament,
E trovet lo portai ubert,
3o8 il intra ss'en ben [et] apert;
Et quant el fu dedins intrat,
Tantost le portai fu serat;
E vi la molher del jayan
3x2 Ben plena de maltalhan,
Che destacava dous leons
Che erun malvais e fêlions;
E los leons van venir
3 16 Vers Guilloth et van l'asallir,
E Guilloth comme valen
Defendet se apertament,
E va a l'un tal cop donar
320 Che la testa li va talhar.
Devers l'autre el s'en anet
E un gran temps [s'i] combatet,
Che non lo podia conquistar
324 Per ren del mont che poghes far;
E a la fin s'es avissat,
E a li tan gran colp donat
Che tôt un bras li a romput,
328 E 1(0) leon per terra es cassut.
E adonc lo jayant che aqui estava
E la batalha riguardava,
Vi los leons per terra estar
332 E commanset fort a cridar.
Adonc dos jayans vengheron,
Payre et filh crese che eron;
Devers Guilhot s'en van venir
336 E aqui lo van asalhir;
E Guilloth come valen
Defendet se apertament.
Devers la un el s'en anet
340 E tan gran colp el ly donnet
Che tôt l'escut li va trenchar
Et moût greumen l'anet nafrar.
Adonc aquel aotre jayan
344 Che era plen de maltalan
Devers Guilhot s'en va annar
E tan gran colp li va donar
D'una massa per lo costat
348 Che per terra el l'a tombât.
Adonc Guilhot non pot levar
Per res dou monde che poges far,
Car tan gran colp el avie près
353 Ch'anc no ac poder che s(i) levés.
Adonc los jayans lo presseron
E en fort prisson lo meseron.
Dis un jayant : « Tu pagaras
356 ))Loda[m]pnage che donat m'as!»
Aras es (es) Guilot presoner,
Dieu li ajut, che ben li fa mestier.
E Blandinet, que esperava
36o Guillot Ardit che non tornava,
A las donzellas el a dich :
« Vauc m'en devers Guilhot Ardit,
»Carpaorayche(no)raya(n)mort
364 » Aquel jayan che es plus fort.
» Gardas me aysi los cavals ;
" Far 0 podes, car non son mais.»
Adonc las donzellas ploreron
368 E aqui [eis] gran dol meneron,
288 Corr. A. parlait d'amors? Cf. les rimes de J07-8, jii-2, 817-8. — 297 Ms.
tallen, de même 344, 460. — 312 Corr. Tota p.> — 329 Corr. Quant lo /., et au v. 532
E[l\ c? — 358 Corr. l'ajut... ou l'a mJ
lyS p. MEYER
E cascuna lo va baysar;
E Blandinet s'en va annar.
Blandin s'en va trestot corren
372 E an sa lanssa ben broden. 4'6
Vers lo castel s'en es anat,
E tantost dedins (s'en) es intrat,
Enmentre che el s'en intrava,
376 Un jayan aysso reguardava, 4^0
E adonques son filh sonet
Che avia nom Lionel,
E dis iy : « Vai t'en as aquel
38o )) Che s'en monta per lo castel, 4^4
» E defent ii aqui lo pas,
» Tantchelfasastornaratra(y)s. »
(Adonc) lo fils del jayan s'en anet
384 Apertamen vers Blandinet, 428
E ges non ac tan tost anat
Que Blandinet s'en es intrat,
E aqui andous s'encontreron.
Lo jayant una massa portava,
[Che] un quintals ho pluspessava ;
A Blandinet el ha donat
392 Tantgran colp che [el] l'a tombât.
Adonc B. corne vayllant
Se levé apertament
E fo mont fort[ment] corrozat,
396 E devers el s'en [es] anat :
An la spassa ben bronde[n]t
Levet Ii un pe verament.
Lo jayant ac lo pe perdut
400 E per terra el es cazut.
Adonc Blandin s'en va venir
Devers el et [s'en| va l'aussir.
L'autre jayant vi son filh venzut
404 E per [la] terra estandut :
Vers Blandin [el] s'en va venir
Moult corrozat, et va Ii dir :
« Mal yes [tu] nat, ar[e]s moras
408 » Per .lo da[m]pnage che dat
[m'a(i)s. »
Aqui commansse[t] bella battalha
A Blandin[et] de Cornevalha,
E tan grans colps els si donneron
412 Entr'andous che per terra (Ii) tom-
432
436
440
444
448
4D2
456
E leva ss'en apertamen [beron,
La un e l'autre vera(ye)men.
L'un vers l'autre s'en van venir:
Aqui vigras armes cruzir.
Ares batalhon aspramen
Entr'an[be]dous vera[y]amen.
(E) Guilloth che la batalha aussie
De la presson, las ! el dissie :
<( Ares fusse iou an tu, Blandin,
n Che iou t'ajudes et tu a my! »
Entretant, el si il avisset
Con pogra anar vers Blandinet,
E va ss'en [el] come fellon
Vers la porta de la presson,
(E) am los brasses tan fort tiret
Che per terra tôt ho tombet.
Adonx (hy) issi apertament
De la presson veray[a]ment;
Dins una salla s'en intret
E achi pro d'armes trobet.
Apertamen s'en va armar
E vers Blandin s'en va annar,
E dis Ii : « Cavalier amie,
» Ve vos ayssi Guilot Ardit.
» Recorda vos de vostra amia
» Edenobla cavallaria. »
Adonc Blandin ac trop gran
gauch
Quan vi Guillot, e fi un saut :
Vers lo jayan s'en es anat,
E tan gran colp Ii a donat
Che tôt lo scut Ii va trenchar
E per terra lo fes tombar.
Adonc lo jayan veramen
Se levet apertamen
E volgh annar ver Blandinet ;
En son camin Guilot trobet
Che H donet un colp de lanssa
E pasa lo per miech la panssa.
(Adonci lo jayan se senti nafrat
E per terra el es tombât,
E ges tan tost non pot surgir
Che Blandin sus Ii va venir,
E levet Ii un beroyer
Che portava de fin acier;
388 Vers trop long. — 405 Corr. £/;. ? — 409 Vers trop long. On peut remplacer
bella par un adj. d'une syll. : gran ? — 412 Corr. c'at. t.? — 418 Ms. Am tran dous.
— 427 Am, ms. en. — 454 Ms. surgar.
BLANDIN DE
E Guilhot li va ajudar
E antr'andos lo van matar.
Ares son mors los dos jayans
460 Che eran plen de mais talans.
Apres s'en intren per lo castel
Che era gralios e bel,
(E) puyesses las donzelias soneron,
464 E ellas [aijtan tost vengheron.
Gran gauch agron, non gial parlar,
Cascuna son amis va bayssar.
Adonch(elas) si meron perhostal,
468 (E) regarderon d'amon, d'aval,
E en una presson (a)troberon
Tôt lor lignage de que eron ;
(E) viron aqui lor payre histar
472 E mais lo[r] frayre Baltassar.
Adonc eias [s'en] van venir
Vers Blandinet et van li dir :
« Senhor amie, aysi venes,
476 n E mos amies delieurares. »
Adonc Blandin veray[a]men
S'en va a la presson apertamen
E va los tos d'aqui gittar
480 E de aquella penna desliurar.
Adonc lo senhor del castel
E tôt lor linhnage amb'el
Feron aqui granda honor
484 Als dous cavaliers de valor ;
E las donzelias van bayssar
Tôt iur linage et abrassar.
Tôt enissens, de (gran) gauch che
[avien,
488 Ploravan quant de presson ysien.
Achi feron mot bella festa
[Trasjtot emsems e ben honesta.
E quant elos agron repausat,
492 Aysso fu ben miech jort passât,
Adonques Blandinet a dich :
« Che faren nos, Guiloth Ardit?
» Voles que repausen aysi
496 » Aquesta nuch tro lo matin ? »
Respon Guilhot et a(y) li dich ;
« So che plara a vos, amy. «
Adonques parlet tôt lo linage,
CORNOUAILLES I79
5oo E disseron : « Cavaliers de (bel)
[parage,
» Volres vos en tan tost annar,
» Che non voles plus reposar?
» Per amor e per cortessia,
304 » Per Dieu, senhors, aquo no sia
» Che nos fassas tal desonor,
» Car nos mor[r]ian de dolor.
» Repausas vos un mes 0 dos,
5o8 » Tant quant plaira a vos, sen-
[hors,
I) E dal castel la [s] claus prenes ;
» E si vos plays, senhors, en sares. »
Respon Blandin : « Gentils sen-
[hors,
5i2 » Si a vos plays, perdonas nos,
» Car nos non poden remanir,
n E conven nos ades partir :
» Nos sem cavalliers d'Orien
5 16 » Sercan avantura veramen,
» E conven la nos a sercar
» Per lo désert senz atardar ;
» Car aotrement non sariem pre-
[s(i)at
520 )> Ni per bons cavaliers rep(u)tat;
» Per que reges vostre castel,
» Car, per ma fe, el es mot bel.
» E die vos quel podes gardar
324 » A tôt lo mont per bataglar,
» E randes gracies a Dieu
» Che vos ajudat, non pas iou. »
Ares parleron las donzelias
328 Gratiosamen a mer[a]veilhas:
Ausen (che) non volran remanir
En sospiran elas van dir :
« Gentils cavaliers de parage
332 » Che nos amen de fin corage.
» Che vos en vulhas tan tost
[annar?
)) Per ren del mont non sepot far.
» Nosvospregon, gentils senhors,
536 » Che remangas per nostra amor
» Aquesta nuch tro lo matin
» E puis tenrez vostre camin. »
461 Corr. Pois s'en, ou pel c. — 465 gial pour cal. — 466 Corr. Cascun' a s. a. b.
— 471 Ou bien E v. hi? — 478 Remplacer apertamen par corren? — 488 de presson,
corr. d'aqui' — 500 Corr. Disen. — 510 Lisez sius ; de même jjj, 799, 1801 cheus,
etc. — 519 Car, corr. Qa\ — $26 Corr. ajudet?
l8o p. MEYER
Las donzellas tant los pregeron
340 Que aquella nuch remangeron ;
E puis quant vench lo dia clar,
Els panseron de cavalcar.
Lur camin tengron vers Orient
544 Antr'an[be]dos vera[ya]men ;
E van parlan de l'avantura
Che entr'andos era venguda.
E quant furon lunch dal castel,
548 Els van ausir un can d'aossel,
Chi dissia en son cant :
« Gentils senhors, annas avant,
» C'atrobares un gran désert;
55-2 n Intras vos [en] ben [et] apert,
» E quan seres jus un bel pin
» Che trobares en lo camin,
» La un tenga a la part drecha
556 » Per una cariera estrecha,
» E l'autre tenga a l'autra man :
» Aventura trobares (mot) gran.»
Adonc si van meraviglar
56o Quant ausiron l'aussel parlar.
So dit Guillot : « Aves aussit
» D'ayssel ausel che nos a dich ? »
Respon Blandin : « Hoc veramen,
564 » De que fo merveillat fortmen ;
» Mas per tôt sert nos sercaren
» L'avanturasi trobar lapoyrien.
» Per so pensen de cavalcar,
568 » Veyrem si la poyrem trobar. »
Els cavalcheron tôt apert
Tant che atroberon lo désert.
Apertamen escavalcheron
572 Tro che lo pin trobat agheron.
Adonc dis lo bon Blandin :
« Guilhot Ardit, ve vos lo pin.
» Ayssi coven ayan conselh
576 » De so che nos a dich l'ausel ;
» Ayam lo bon, si nos podem
» Consigouvernar nos poyrem. »
Desot lo pin descalvaqueron
58o E aqui lor conselh tengeron.
So dis Blandin : « Che cogitas,
» Guilhot Ardit, ni vos penssas
» De doscamins? La un prenes,
584 » Aquel que mais vos amares,
» Car forza es che anen sercar
)) L'avantura si la poyren trobar.»
Respon Guillot e va li dir :
588 « Moût irat suy dal départir,
» Totas las ves che nos voliem
[ayssim,
» Mas p(l)us che avantura vol
592 » lou vol tenir lo gran camin.
» Et diray vos che nos faren :
» Si a vos plais, nos enpenrem
» En quai loch nos poyren trobar,
596 » Che non nos qualha fort sercar.»
Respon Blandin: uPersenTomas,
» Guillot Ardit, aysso me plas.
» Troben nos[de]jus aquest pin
600 » Lo jort après de sent Martin. »
Adonch elos si van abbrassar
E en la bocha estrech bayssar ;
Ploran , planhen se despartiron
604 Lo cadaun de dol che agron.
La via estrecha teng Blandin,
Guilhot Ardit lo gran camin.
Guilhot pensa de cavalcar
608 Apertamen senza tardar,
E intra s'en per lo désert
Cum bon cavalier e apertz,
El primier hom che el trobet
612 So fu un pastre ; aqui dinet,
E Guilhot li va demandar :
« Digas, pastre, as che mangar? »
Respon lo pastre : « Se Dieu my
[don,
616 » Hoc iou, un cartier de moton
» Che un mieu frayre m'a trames,
» Bel e rostit, si en voles,
)) E mangias en, si a vos plays,
620 » Car, per ma fe, gran gauch
[n'array. »
Adonc(ques) G. descavalchet
E an lo pastre se dinet.
E mentre che els se dinavam
624 E lur novas aqui contavam,
Viron venir un messagier
Mot fort coren per lo sandier ;
Et devant els aqui passet,
628 Che anc mot el non lur sonet.
566 Sic, cf. 586. — 6o8ÎOn pourrait couper ainsi : senz atardar, mais il faut sûrement
senza au v. 758 et ailleurs.
BLANDIN DE CORNOUAILLES
ISI
Adonc Guilhot si va levar
E al messagier va cridar,
E dis : « Amie, tornas atra(y)s
G32 » E si t(y) plais ammi parleras. »
(A)donc lo mesagier va cridar :
« Gentil senhor, laysas m'anar,
«Car tant grantes la coch[a 1 che ay
636 )) Che per ren dire non la say. »
Respon Guilloth : « Si choja as
» Tolla penras ben a de pas.
» Digas me ta mesageria,
640 » Sinon dire la ti faria. »
Adonc respon lo mesagier :
« lou suy dal nègre cavalier
» Che es mot san et [ben] apert,
644 » E esta en garda d'un désert ;
» E deman deu aver batalha
» An dos cavaliers de Cornialha ;
» Per so, sengor, el my tramet
G48 » A un sien fraire Leonet
» Chi li trameta son caval,
» Carlo sien, senhor,tan non val.»
So dis Guilloth : « Encora mais
65-2 )) Me diras [tu] se a ti plais.
» Digas lo nègre cavalier
» Che tu me fas tant bon guerrier
» En cal loch lo porray trobar,
656 » Car, permafe,la vuelh annar.»
Adonc respon lo mesagier :
« Vos, senhor, noble cavalier,
» Lo trobares en hun désert
660 » Che hon appella Claus cubert.
» Mais volgra vos aconselhar
» Che per ren non vogeses annar;
» Car totz aquelos che passon lay
664 » Per lo désert ont el istay
» Tos, senhor, i los fa langir
» E a mala mort morir. »
Respont Guilhot : « No t'a que far
668 » Si[m] fa langir om fa pennar;
» Aras t'en va en non de Dieu,
» Car, si Dieu plais, ta(u)l faray
[iou. »
Adonch Guillot pren son arnes
672 E cumiat dal pastre près,
E cavaichet trestout apertz
Tant che atrobet aquel désert.
E(n) intren s'en am bon corage
676 Com(e) bon cavalier de parage.
E quant el ac gran temps anat
Per lo désert e cavalcat,
El va trobar un gran vergier
680 Ontavia trop bel pesquier.
Cubert era d'un (bel) pavaglon
Trestot entorn de la viron.
Adonques fort se meravilhet
684 Quant tal pesquier aqui trobet,
E mentre istava regardan
Aquel pesquier et remiran,
El vi venir lo cavalier
688 Che li a dich lo messager,
E vent sus un (gran) caval corrent
D'arnes cubert vera[ya]ment,
E dis : « Cal sies tu, cavalier,
692 » Che sies intrat en mon vergier ?
» Pensa tantost descalvacar
))E de tôt ton armes layssar;
» Car, per ma fe, tu penras mort
696 » P(l)us che sies intrat el mien ort;
» Per sert iou te trayray lo(s) feges
»E te faray mangar a cans,
700 » A mos matins et a mos alans. »
Adonc Guillot enfla las narres
Et cruys las dens entre las beres,
E dis : « Cal sies tu tant malvat,
704 » Chetantvilment m'ais parlât?
» Iou non te presse un boton,
» An [s] ti rump(i)ray ton pava-
» E si tu abre .j. voles far, [Ihon.
708 r> Pensa tantost de batalhar.
» Perso che as dich, iou lo rom-
fp(i)ray,
» E ges per tu non estaray. »
Adonc el s'en va anar,
712 El pavalhon li va trinchar.
634 m'anar, ms. menar. — 637 choja pour cocha. — 638 Sic, le p du dernier mot
est boudé (mais proas ne donnerait aucun sens); corr. Tu la p. bona de pas? — 648,
650 sien, je ne sais si l'écriture du ms. permet de lire siea. — 6j2 ti, ms. tu. — 682
Corr. en aviron? — 694 Corr. arnes. — 696 Ms. en lo m. — 702 barres? — 704 m'ais,
corr. m'agues ? — 707 Faut-il lire abre i ou al re i ^
l82
p. MEYER
755
Adonc lo nègre cavalier
Che era in garda del peschier
Fo moût irat et fort fellon
71G Quan vi romput son pavalhon,
E devers ei s'en va venir, 760
E tan gran colp lo va ferir
Sobre la penna de l'escut
720 Che ben dous pals l'en a romput.
Apres Guillot lo va ferir 764
De colp de lansa sans mentir,
Che tôt lo scut li va trenchar
724 Et mot greu(e)ment l'anet nafrar.
Aqui bien myech jorn combateron 7^8
Che conquistar non se pogheron.
Apres si van tais colps donar
728 Che per terra se van tombar,
Li un de sa, l'autre de la, 77^
Cambas enversas s'en vira.
Esteron tosts amortisit
732 Per miech del sol e esbaït,
E ges levar non si podian 776
Per los grans colps que près
avian.
A cap de temps si van levar
73'3 E torneron a batalhar. 780
Al premier colp che si doneron
Adonques las espasses romperon.
Adons furon ben comminals
740 E meron mans per les ponhals, 784
E trop greument els se nafreron
E gran sanc an[be]dos perderon.
E Guilhot vi che mal annava,
744 Car tôt son sanc el escampava : 788
An gran corage so es près,
Che tôt son coltel li a mes,
Per miech del col(s) ly a donat
748 E per terra el l'a tombât. 792
Adonques G. sus ly montet
E hostet li son bacinet,
E dona li per miech la gorja
752 Che semblet manescalc en forja, 79G
E nafra lo per miech lo col,
Che encor rendre non se vol.
So dis Guiloth : « Tu te rendras
» 0 per tôt sert aras moras. «
Adonc lo cavalier va dir :
« lou suy venzut, senza mantir,
» Epreg(o)techemdonesundon:
» P(ljuschetu vesesquemortsuy,
I) Un pauch a heure my daras.
I) Car, per ma fes, marsi n'aras. »
So dis Guillot : « Che ti daray ?
» Che vin ni ayga iou non ay. »
Respon lo nègre cavaler :
« Das mi de l'aigadel peschier. »
Respon Guilhot de bon talen :
« Aquo ferai iou veramen.»
Adonc Guilhot s'en va anar
E de l'ayga s'en va portar.
Enmentre d'ayga li donava
Aquel cavalier s'en passava.
Achi morit el verament,
De que Guilhot fu mot dolent.
Car mais amera che visches
E a marse el l'ages près.
Adonc dis [li] lo bon Guillot :
« Dieus ti perdon, chi faire 0 pot;
» Ayssi non pode al re far,
» Prec Dieu che en vulha perdo-
Adonc el pris lo cavallier fnar. »
E gitet lo en lo peschier
Per so che chins non lo mangesson
Ho aotres besties che vengesson.
D'aqui s(e) partit lo bon Guillot
Sus son caval tôt de gran trot;
Apert s'en va [tras]tot nafrat.
En son camin el a trovat
Un saint armita verament
Che l'aculhis payssiblament ;
En son hostal el lo menet
E en son liech el io co[llget.
De so che Dieus ly a donat
Le bon prodom(e) l'a confortât,
Achi e lo va desermar
E sas plagas li va megar.
Adonch dis lo bon prodons :
« Digas, vos, noble gentil hom,
)) Cal es aquel che vos a nafrat
714 Ms. paschier, de même v. 766. — 719 penna, corr. poma. — 730 Sen[s] v/rafr].'
— 745 près avec un / au-dessus à\i p. Cela ne donne pas de sens; corr. so empres? —
756 0, ms. E. — 760 Ms. che en d. — 761 suy, corr. son. — 762 marsi pour merce.
— "jG-j de, ms. che. — 780 Corr. chet v.? — 781 Ms. el pris el c.
ELANDIN DE CORNOUAILLES
185
800 » Ni (chi) tant mal vos a adobat ? »
Respon G. et va li dir :
» Aysso a faich senssa mantir
» Un noble cavallier apert,
804
>) E perso car iou [m'en] pa[ssa] va
» Per lo désert ont el [ejstava,
» Podes vesser com(me) m'a ado-
bat. [goassagnat,
808 » Mas (per sert) el non a ren
» Car, per ma fe, e[u] l'ay tôt
[mort
» Dins un peschier, en lo sien ort. »
Dis l'ermita : « Dieu n'aya grat !
812 » Che ben set ans y a istat
» Gardant lo bosch e lo vergier,
» A mort trop nobles cavaliers.
» So era hom de gran corage
8j6 )) e atressis de gran lingnage.
» Per so, senhor, avissa[s] vos,
» Car sos parens son grans sen-
[gnors
» E poyriam vos far otrage,
820 » E per (a)vantura dar dannage,
» Car sapias qu'els ho sav(e)ran
» E puys tantost vos serqueram;
» Per so, senhor, se m'en crezes,
824 » De mon hostal non yssirez,
)) Car els volran tantost sercar
» En loech si vos poyran trobar. »
Respon Guilloth : « Si m(y) van
[sercant
828 » En vostre hostal my troberan,
» Car, per ma fe, non fugeray,
» Pertotquantson,nonm'enyrai;
» Car iou my sente tel corage
832 » Che non feran ges poinch d'au-
)) E si ho fan,nos bateren [trage;
)) E sus los camps batalharen.
» Maspreg(e)vosche vuelhas pen-
[sar
836 » E faich viandes leu comp(a)rar.
» Ve vous ayssi d'aur e d'argent,
» Despandes pro apertament,
» Per so che sia tost garit
840 » Lo bon Guiloth Ardit ;
» E puys vengon ardidament
» Tos sos parens apertament. »
Aqui s'estet G. Ardit
844 Tro che fu sanat e guarit,
E puy un jorn pris cumiat
Del santé ermita ont he stat ;
D'aor e d'argent el li donet
848 E en la bocha [lo] baysset,
Per so car l'avia servit
Dins son hostal et acuglit.
Adons l'armita lo va sengnar,
852 El bon Guillot s'en va annar.
, Guillot s'en va sus son caval
E va sercant d'amont, d'aval ;
E tôt un jorn el cavalchet
856 Che anc avantura no (a)trobet,
E puys quant vench l'autre matin
El encontret en son camin
Un cavaler armât de nègre
860 Che mena va mot gran[da] brega,
Gridant moût fort : « Las! che
[faray?
» De grant dolor per sert moray,
» Si no trove lo cavallier,
864 » Sel chi a mort lo bon garier!»
Adonc G. lo saludet
Et de noves lo demandet ,
E dis : « Cavallier d'avantura,
868 » De que menés tan gran rancura?
» Demandas vos sel cavalier
» Chea mort l'autre al peschier?»
Respon l'autre : « Hoc verament,
872 » De que suy plen de mariment,
» Car lo mienfraire m'a [el] mort
» E faich morir a mala sort;
p Per so lo vogra fort trobar,
876 » E amb el volgra batalhar. »
Respon Guillot apertament :
« Trobat l'aves verayament;
» Car hieu suy sel chel vos a mort
880 » Per gran batalha dins un ort. »
Adonques l'autre cavallier
Che era frayre del mort primier
Annet gitar un fort gran cris :
8ii istat, ms. histich. — 82$ tantost, ms. /an^f. — 846 he, corr. a; stat, ms. staich.
— 86j Ms. la s. — 878 Ms. vrayement.
184 P- MEYER
884 « Sies tu aquel che l'as aossit?
» Pensa tantost de batalhar,
» Car tu non podes escampar.
» Sies tôt cert che ares moras
888 » Perlo mien fraire che mort as.» 9^2
Respon G. : « leu non ho say
» Se per (a)vantura iou moray.»
Adoncha [ei] s'en van intrar
892 En un bel camp per batalhar; g^G
L'un vers l'autre s'en van venir
De colp de lansa se van ferir;
E Guillot li va tal donar
896 (Che) de partenpart le vapassar. 940
(A)donch lo cavallier de con-
[trent (?)
(Si) tombet de caval trestot freit,
Cheanc[un]motnonpochparlar 944
900 Fer ren che Guilhot poges far.
E Guilhot vi che mort jassia;
Sa lanza pren et teng sa via.
Apertament va cavalchar 948
904 Tro che fo hora de dinar.
En una font che el trobet,
Ins un bel prat d se dinet,
E tantost quant el fo dinat, 952
908 Ni sus sum caval fu montât,
El vi venir gran cavalcada
De cavaliers per miech la strada,
Cridant mot fort a gran rimor : gSô
912 « Mora^ mora lo traydor! »
E Guilhot vi tanta de gent
Che contra el venium corrent,
Son bon caval [va] el brochar, 960
916 (E) a una part se va tirar.
Adonc vengron dos cavaliers
Al bon G. che se randes.
Respon Guilot tôt corrozat : 964
920 « No ho feray ges de bon grat,
» Car non es de bon cavallier
» Che se renda al colp primier.
» Ma se aotrage me voles far,
924 » Pensas tantost de batalhar. »
Adonc dison los cavalliers : 968
« Tu ho veyras tantost ades. »
Et tornesson apertament
928 Vers lo senhor(s) veray[a]ment,
E disson li : « Senhor corteis,
» Non se ,vol rendre per nulla
[res. »
(A)donc lo senhor va comandar
Che tos l'anesson batalhar.
D'aqui partiron .xxiij.
Chel bon Guilhot menasson près;
E Guillot chi los vi venir
Brocha[l] caval e va ferir;
Per miech de tos el va passar
E dos per terra en fa tombar.
Aqui s(e) portet come un leon
Guilhot Ardit lo bon baron,
Mais contra tos el non podia,
Car de grans colps el rezevia.
Adonc el, la lansa al punch,
Tiret s[e] atrays un paoch lunq,
E va cridar aytam com pot :
« Un per un venes a Guilhot,
» E non vengas totz avissas,
» Car semblant es paor ayait. »
Adonc respon un cavallier,
Cossin german del mort primier :
« Tu sabes ben per veritat [nat;
» Che gran dampnage tu n'as do-
rt Per so seras ho mort ho preis,
» Si nos poden per nulla res. »
E Guiiloth vi ch'elos venion
Encontra luy tan con podian;
Una autra ves el va ferir
Per miech de totz, senssa mantir,
E lo primier che el encontret
De colp de lanza a mort lo met.
Adonques totz los cavalliers
Li van venir davant darier(e)s,
E disson li : « Ren ti, ren ti 1
» Sinon per sert tu (non) penrras
[fin. »
Respon Guilhos : « Iou dich vos ay
» Che de bon grat non mi ren-
[d(e)ray.
« Si per forza penrre m (y) podes,
» Puyes en fasses so che volres. »
Adonques un li vauc detras
E près lo fort atros de bras,
E puis(ses) un autre s'avansset
927 Corr. tornon s'en? — 927 Pour tornon ss'en. — 947 Corr. ajustât.
corr. aiatz. — 969 vauc, corr. venc. — 970 atros, corr. atras?
948 ayait.
BLANDIN DE CORNOUAILLES
'5
972 E son caval el ly nafret.
Or(a) lo caval se sent(i) nafrat
E per terra el es tombât.
Adonch Guillot fon esperdut
976 E rendet se coma venzut.
Adonch[as] els lo van liar
E en lor castel lo van menar,
E en fort presson lo messeron,
980 Che nulla merci non agheron ;
Ares es Guilot pressoner. [tier!
Dieus l(i) ajut, che (ben) li fa mes-
D'aqui se part lo bon Blandin
984 E va ss'en per l'estrech camin,
E intra s'en per lo boscage
Com(e) bon cavallier de parage.
Apertament el va sercar
988 (A)vantura, si (la) porria trobar.
E quant el ac un temps anat
Per lo boscage ont era intrat,
El va vezer una donzella
992 Moût gratiosa a meravilha's),
Che guardava en un [bel] prat
Un caval blanc tôt ensellat,
Che cantava joliamen
996 Un cant d'amors verayamen.
E quant Blandin vi la donzella,
Apertament s'en va vers ella,
E bellament la saludet,
1000 E d'amors [el] li demandet;
(E) dis la donzella de (gran) pa-
[rage :
« Com es ayssi en tal boscage?»
E li : « De qui es tam bel caval?
1 004 » Preg Dieus che lo garde de mal,
» Car per ma fe el es mot bel
» A cavalchar atot donzel. »
fA)donc la donzella respondet
1008 Cortessament a Blandinet,
E dis : K( Senhor, per veritat,
» Diray vos 0 tôt de bon grat :
» lou suy donzella d'otra mar
10 12 » Che avantura vaoc sercar,
» E vuelh [ar I panr(r)e ma dinada
»> An mou chivai per esta prada ;
» E si dinar am mi vos plaissia,
1016 » Per ma [fe, moltj gran gauch
[n'auria,
» Car de viandes ay (a)bastament
» A mi e a vos verament. »
Blandi, quant aossi la cortessia
1020 Che la donzella li dissia,
Respondet li corteissament
Com(e) bon cavallier verament,
E dix (ensi) : « Donzella de parage,
1024 )) lou penseria de far aotrage
» Si plus avant iou cavalchava
» Et iou am vos non my dinava.
» Si lo convit iou non prenia
1028 » Per sert faria gran vilania.
» Per vostra amor iou lopenrray,
» E an vos iou me dineray. »
Adonc Blandin descalvachet
io32 E la donzella aconpanhet.
La donzella mes tantost taula :
De jus l'ombra de un bel sausse,
[E] estandet blancha toagla
io3G Devant Blandin de Cornivalha,
E commanseron a dinar,
E leur viandas a mangiar.
Adonch Blandinet par[au]let
1040 E a la donzella demandet,
E dis li : « Franch[aJ creatura,
» Preg vos chem(e) digas l'avan-
tura [chan ;
)) Che vos disses che annas cer-
1044 )) Digas m'o leu de bon talen ;
» Carsus ma fevospromet(e)ray
)) Che de bon cor vos serviray. »
Dis la donzella : « Gran merces
1048 » De so, senhor, que dich aves,
» Car vos non podes ajudar
)) A m'avantura sercar :
)) Mais anperho dinaren nos
io52 » Et puysses diray la vos. »
Aqui dineron franchament
Andous ensems veray[a]ment,
Et quant agront de tôt dinat,
io56 Déportant se per miech lo prat.
Adonc Blandin ac gran tallent
978 Corr. E en lor castel enmenar? — loio Ms. a tôt. — 1017 Ou corr. vianda. —
1019 Corr. q. au? — 1040 Corr. A la d. e rf.? — 1041 Ms. E dis li a f ranch c. — 1049
non pour nom. — 105 1 Ms. an per ho, pour empero.
Remania, Il
IJ
i86
loGo
p. MEYER
1064
1068
1072
1076
1080
1084
1088
1092
1096
De [se] dormir veray[a]ment,
E dis : « Donzella , sans mentir,
» Gran tallent ay d'un pauc dor-
mir, [pausem
I) Pregh(e) vos che aysi nos re-
» Per aquest prat et dormiren. »
Dis la donzella : « En non de
[Dieu,
)) Car atressy gran sompn ay iou. )i
Adonquas el s'en va[n] annar,
E sot un (bel) pins'en van paussar.
Aqui dormi lo bon Blandin
Sus lo bel prat desot un pin.
E la donzella quant sentit,
Che Blandinet ton adormit
Tôt [de] plain ella se levet
E près lo caval (de) Blandinet;
Apertament sus va montar
Et mot corrent s'en va annar ;
Va s'en fugent per lo camin
An lo caval del bon Blandin,
E layssa l(o) syeu per mich del
Desot un arbre estachat; [prat
E torna ss'en apertament
Ver sa maysson veray[a]ment.
E quan Blandin a pro dormit
Apert se leva tôt ardit.
Cuget trobar la conpani(lh)a
Che el de primier avia,
E non la trobet verament,
De que fu merveilhat fortment;
E regardet d'amont, d'aval,
Aytan pauch vi lo sien caval,
Mais vis aquel de la donzella
Che sus lo dos porta la ssela.
Adonquas el s'en va annar,
E apertament sus (va) montar;
E quant el fon desus montât
En un bel camp el l'a menât ,
E aqui el lo asaget
E vi che trop ben se portet.
Adonch el dis : « Se Dieu m'ajut,
» Aotre trobat per un perdut. »
Apres tantost d'aqui partit
Quays tresque tôt e[nlfelonit,
E va jurar sobre sa testa
Che [ja] non aura nulla festa
1 104
1108
1 1 iG
1 124
1128
I l32
ii36
1 140
1144
Tro son caval aya trobat
E sella che l'en a menât.
E intre ss'en per lo boscage
Com(e) bon cavalier de parage,
E va sercan de la donzella
Apert si en trobaria novella,
E ben très jours el cavalchet
Che anc avaiitura non (a)trobet;
E puis quan venc lo quart matin,
El encontret en so camin.
Un escudier tôt cavalchant
Che venia mot fort plorant,
Credant : « Catyeu! (my) las!
[che faray?
"Degrant dolour per sert morray.»
Adonc Blandin lo saludet,
E de novas li demandet,
E va li dire (de) que tant plorava.
Ni per che ayîal dol menava?
Adonc respondi lo scuder :
« Diray vos 0, bon cavalier :
)) Debes saber per veritat
» Che mon maistre a batalhat
» Per una donna encantada
» Che en esta terra s'es trobada,
» Quegoardon .x. bons cavalliers
» En un castel che es ayssi près;
» E chi podia conquistar.
» Los cava!lier[s] per batalhar
» Dis si que aurie hom la don-
[zella
)) Che es mot gratiosa e bella ;
» E mon maystre per amor
» Che gazanhes près e honor,
» Vole combatre an los cavaliers,
» Mais, per ma fe, mai li n'es près,
» Q^assi quant el la vol[c] intrar
» Dins lo castel per batalhar,
)) Los cavaliers tos se leveron
» E chi, senhor, mort lometeron.
» Perzo, senhor, hic vaoc plan-
[gent
» La sieua mort verayament. »
Respont Blandin de Cornialha :
« Non vos plores , se Dieus vos
[valha,
)) Car hom deu penrre bon conort
1098 Ms. P. un p. a, t. — 1104 Ms. l'en ammenat. — 1141 Corr. iou v.
BLANDIN DE CORNOUAILLES
.87
)) D'un homme quant ho vey mort;
» Mais faichayssi quant vos diray:
1 148 » An mi yres, si a vos plays,
» E lo castel mi mostrares
» E la donssela, si podes.
» Apres sares mon servidor
II 32 » Et iou seray vostre senhor;
» Car iou feray veray[a]ment
» Che vos en tendresper content.
» E si aysso vos plays a far,
1 156 » Digas cum vos faich appellar.»
Adonc respondet lo scuder ;
« Aquo feray mot volentiers,
)) E die vos [iou] per veritat
1160 » Che Peytavin soy appellat. »
Adonques els trestot corrent
S'e[n] van al castel veramen ;
Et quant foron sus al portai
II 64 Blandin de(u)sent de son caval,
E Peytavin el avisset
E son caval li commandet,
E va ly dir : « Espérai my
1168 » Apertamen tro lo matin,
» E plus avant non m'espères,
M Car vos novellas en sabres. »
Adonc Blandin s'en va anar
1 172 E al castel s'en va intrar;
(E) aqui trobet .x. cavalliers
Che apparian bon guerriers,
[Tras itos armats de fina malha
1 1 76 Com valens gens, si Dieu mi valha.
Et ayssi corne el vole intrar
Los cavaliers si van levar,
E disson ly : « Atras ! atra(y)s !
1180 » Car aysi tu non intraras. »
RespontElandinidSiDieu m'ajut,
« Non vol ma lanssa ni mon escut,
» Che iou torne atras per nulla
[res,
II 84 » Anver[r]ay com vosdefand(a)-
» Per tôt sert iou [i] interrai [res.
» E per tôt quant (s)es nen iste-
Adonquesungran chivaler [ray.»
ii88 Avanset se trestot primier,
E vers Biandin s'en va venir.
E tan gran colp lo va ferir
D'una destral sul basinet
1192 Che fuoch e flamma en salit.
Adonch Blandin s'enfelonit,
E quant aquel l'ac (ays)si ferit
Devers [el] el s'en es anat,
119G E tam gran colp li va donar
D'una lanssa per la peytrina
Che un palm l'en passa tras l'es-
E tombet lo tôt estandut [quina,
1200 En terra mort sus son escut.
Adonques los aotres chivaliers
Li van venir davant et derriers,
E van lo tôt environnar
1204 E de gran colp li van donar,
Adonc Blandin ac gran corage,
Com bon cavalier de parage,
Brandet l'espassa et va ferir
1208 Un cavalier sensa mantir,
E det li tal sul bacinet
Che entro el manton lo fendet,
E tombet lo tôt estendut
12 12 En terra mort se son escut.
Mot corayos e fort sobrier
Devers Blandin s'en va anar
12 16 E tant gran colp li va donar
D'una jusarma sus l'escut
Che ben dous palms l'en a fandut.
Adonc Blandin fu fort irat
1220 Quant aquel l'a ainsy tochat,
^ E tant gran colp el ly donet
Entre l(o) camalh el basinet
Che la testa ly va talhar
1224 E per terra lo fy tombar,
E tombet lo tôt [e]standut
En terra mort se son escut.
Adonch lo senhor del (dich) castel
1228 Mot corrosat s'en vench vers el,
E va Ili dir fellonament :
« Aras mo[r]ras verayament,
» P(l)us che m'ais mors mos
[cavaliers
1232 » Che eron tan nobles guerriers.»
Adonques el lo voch ferir
1146 Corr. q. el lo v. ? — 1202 Corr. Li venon? — 12 12 se, corr. sus? de même v.
1226, 1242 etc. — 121} Ce vers omis était peut-être ainsi conçu : Adonc un autre cava-
lier, ou Donc se kvet un cavalier.
l88 P- MEYER
D'un colp de lansa, sans mantir,
Mas che Bandin[et] s'avisset
1236 Et en lo scut lo paret.
Adon Blandin lo bon baron
Vers el s'en va corne fellon,
E tant grant colp li va donar
1240 Che las jambas li va talhar
E tombet lo tôt estandut
En terra mort se son escut.
Adonch los autres chivaliers
1244 Che vinien trestos derriers
Viron aqui lor senhor mort,
E van penre trop mal conort,
E commansseron a plorar
1248 E mot gran dol aqui menar;
E quant Blandin vi che ploravon
E tam fort se desconfortavon,
Apertament s'en va vers els
1252 E voch ccmbatre mais amb els;
Els cavaliers lo viron venir
E commanseron a fugir,
E intren s'em trestot fugent
1256 Per lo castel veray[a]ment.
E Blandinet l'escut al bras
Apertament los sec detra(y)s.
Enmentre che els s'en intravan
1260 [A] Blandinet ensems cridavan :
« [Gentil] senhor, subre la nostra
[fey,
» Per Dieu, nos prenes a merce,
» Car nos faren com(a) bona gens
1264 «Trestotvostrecommandament.D
Respon Blandin : « Per veritat
» Aquo feray iou de bon grat,
» Sy sus la fey mi prometes
1268 » Che lialtat vos mi tcnrres. »
Respon[don] els: v[ejrayament:
« D'aquo faren bon sacrament,
» Che lialtat nos vos tenrrem
1272 )) E de bon cor vos servirem, «
Adons els se van desarmar
E sobre sans li van jurar
Che els lialtat ly terrien
1276 E de bon cor lo servirien. [men(s)
(A)donc Blandin près lo sacra-
De .vj. che eran verayamen(s),
1280
1284
1288
1292
1296
i3oo
i3o4
i3o8
l3l2
16
E trestoz [.vj.] el(s) los botet
En una presson che (a)trobet.
Apres tantost s'en va anar
E per lo castel s'en va intrar,
E va sercan de la donçella
Apert si en trobera novella.
(Enjmentre ch(e el) anava regar-
Per lo castel e remiran, [dan
Un gran vergier el atrobet.
E tantost el dins s'en intret.
Lo vergier era gratios
E de ramage ben fulhos.
Aqui avia tant(as) d'auzels
Mot mervilhos[es] et bels
Che cantavon mot doussament
En lor langage verament.
Et quant Blandin los va ausir
Tantost el si vol adormir
Per lo gran plasser che prennia.
Adonc[as] el s'en va anar
E sot un arbre s'(en) va pausar.
Enmentre ch(e el) estava escoutan
Aquels ausels che van cantan,
E regardet tôt devant el,
E vi un gratios donzel
Che si estava jus un pomier
E al poinch ténia un esparvier.
Adonc Blandin se va levar
E devers el s'en va annar ;
Cortessament lo saludet
Et de novas li demandet,
E dis |li| : « Donzel gratios,
)) Prec vos che[m] digas per
[amors
» Si sabes per esta encontrada
)> Una donzella encantada.? [can,
)) Car iou, donzel, la va[u]ch ser-
» E vogra [la] fort deliurar. »
Adonc lo donzel respondet
Cortesament a Blandinet,
E va li dir : « Bon cavalier,
» Aquella che vos demandas
» Ma sorre es, si a vos pla(i)s,
» E [es] dedins aquel pallais.
IÎ36 Corr. Et en son escut? — 1253-4 Corr. E quant els lo v. v. \\ Els cJ — I2j6
ns. varayment. — 1261 Corr. sobre ta fey. — 1262 Ms. merci. —1282 Per Io,cqtt. pel c.
i324 » D'aqui no pot ysir jamais,
)i Car nostre paire l'ancantet
» En aquels temps che el perdet
» Tôt son contât et mais sa terra :
i328 )) Ayso fu par la granda gherra.
» E va layssar .x. cavaliers
» En garda c'om(me) non sa in-
[tres ;
» Per 30 suy fort merevilhat
i332 » Com tant avant n'es si entrât,
» Car lossenhorsnon vosan mort
» E fach morir a mala mort. »
Respon Blandin de Cornualha :
i336 M Diray vos [o], se Dieu mi val-
» Deves saber per veritat [ha:
» Che iou amb els ay batalhat,
)) E ay mort .iiij. cavaliers
1340 » E .vj. quen tene presonne[r]s,
» Car no mi layssavon intrar
» Per la donsella desliurar. »
Adonc lo donzel a parla(y)t :
i344 « Gentils senhor, dites ver(i)tat
)) Che siem morts los cavaliers
» Che eran tant marvais mur-
[triers?»
Respon Blandin : « Certanament,
1 348 )i Che mors, che près son vera-
[ment.»
Adonc lo donzel s'anellet
Davant los pas a Blandinet,
E va si fort humiliar^
i352 E tôt ploran lo va pregar :
« Gentil senhor, non vos ânes
» Tromassordeslieuradaaures.»
Respon Blandin : « No plaissa
[(a) Dieu
i356 » Che tan gran fauta fessa iou,
» Che ioupartad'estaencontrada
» Tro che iou l'aya deslieurada !
» Per so pensas la my demostrar,
i3ôo » Car iou la vol[e] deslieurar.
— Gentil senhor, dis lo donzel,
» Intrem nos ci (de)dinslocastel,
» E p(l)us que tant vezer la vos,
1364 « Aqui, senhor, la vos mostray;
BLANDIN DE CORNOUAILLES I 89
» Mais conven vos mais batalhar
» Si [vos] la voles conquistar.
I) Mais iou creze sertanament
i368 )) Che vos aves tant d'ardiament
» Che p(l)us che aves conquistat
)) Los .X. cavaliers malva(i)s,
» Che atressis conquistares
1372 » So per que la deslieureres. »
Respon Blandin : « (Verament iou
[la) conquisteray
)) 0 en la peynna iou morray. »
Adonchas els s'en va[n] intrar,
1376 E aqui el ly va mostrar
Dins una cambra la donzella
Chi era gratiosa e bella,
De (grant) beutat ela resplandia
i38o Tant era bella e jollia !
Et estava se asetada
Sobre un liech tota encantada.
(E) aqui avie .vij. damàysselas
1384 Mot mer[a]veylosâs et bellas
Che nuich e jorn la servien,
E d'ella no si partien.
E quant Blandin vi la donzella
i388 Che era mot blancha et mot bella.
Va s'en tan tort ennamorar
Che el non saup en se che fâr.
E va dire al dich donzel :
1392 « Sabes vos en aquest caste!
» Nulla causa ni nulla res
» Per que hom la desiieures? »
Adonques respon lo donzel :
1396 « Gentil senhor, hoc, un aussel
» Che on appella blanc astor,
» Que es sains dins una tor ;
» Aquel convien che conquistes
1400 » Si ma sor deslieurar voiles;
)) E si vos plais a conquistar
)) Diray vos con aves a far :
)> A la tor, senhor, vos ires
1404 » E très gransporta(l)strobares.
» A la primiera vera(ya)men
» Atrobares un gran serpen ;
» A la segonda un dragon
1408 » Che es malvaitz e fort fellon ;
1349 Pour s'aginolhet, qu'on pourrait rétablir en corrigeant adonc en donc. — 1564
Corr. Lai s. mostraray la vos^ — 1370 Corr. Aquels} — 1374 0 en, ms. E en. — 1381
Ms. esetada. — 1398 Ces s. — 1401 Corr. E si laus p.? cf. 1427, 1655.
190
p. MEYER
1452
I) A la terzia, per ventât^
» Un gran Sarraxin encantat,
» Che es aytal comme vosdiray :
1412 » El ha de golla un palm 0 mais,
» Ealasdensgrans comme verre H^'^
» [E]fort[zJe duras corne ferre,
» E a las narras ben fendudas,
1416 » E (a) las aurelhas ben ponchu-
» E es ben nègre verament [das; 14^0
» E fercios a totâ gent.
» El ha de barba myeya brassa,
1420 » E ten al col una gran maza.
» D'aquel conven sias avissât 1464
» Che el morir no pot jamais,
» O el perdrie undeins dal cays.
1424 » Et quant aura perdut un deins,
» Quai che sia, ardidament, 1468
» Tantost e! perdra sa vertut.
» Per so vos dich che en avisses
1428 » Che un dent dal cais li arabes.
» E puys intras vos en la tor
» E (a)trobares lo blanch astor ; 1472
« E prenes lo apertament,
1432 » Car far lo po(de)ssegurament.
» Tôt aysso vos convent a far
» Si ma sorre vo(le)s deslieurar.» 1476
Respon Blandin de Cornivalha :
1436 « Donzel(et) amoros,seDieusvos
[valha,
)) Aquellas bestias my mostras 1480
» Car iou n'ay ja enflât lo nas
» Per so, (gentil) donzel, che m'a-
[ves dich
i44o » D'aquel Seraxin tant ardit. » 1484
Dis lo donzel : « Mot volontiers
» Aquo feray, bon cavalier. «
Adonques els s'en va annar
1444 E lo donzel li va mostrar 1488
De contenent la dicha tor
En que era lo blanch astor.
Aqui presseron cumiat,
1448 E Blandinet s'en es intrat. 1492
Blandin come bon cavalier
Intret per lo portai primier.
E quant el fu dedins intrat
El regardet vers un costat,
E vi per un gran paviment
De lonc en long lo gran serpent
Che fo salida d'una fossa ;
E fu si granda e si grossa
Cheacdelonc.viij. ou.viiij. passes
E ben de grueyssa dos brasses.
Adonc Blandin tôt corajos
Vers lo serpent s'en va de cors ;
E lo serpent lo vi venir,
Atressi lo vole assaglir,
E venc an gran golla badada
Com(a) si fossa cosa enrabjada ;
Mais che Blandin[et] s'avisset,
E tam gran colp el ly donet
De la lansa per miech del cays
Che bien ly en mes très palm(e)s
[0 mays,
E tent la frem [et] enastada,
Per miech del sol tôt' enversada.
Adonc lo serpent non se po ajudar
An la gola per mal a far.
Mais tantost ela se bosset
Entorn entorn de Blandinet.
Adonc Blandin come valent
Tray la spassa ben [relluxent,
E tant de colp el li donet
Che tôt lo ventre li fandet.
Adonc la serp suflfrir non poch
Vera[ya]ment aquel [mal] joc,
Mais que tantost perdet la vida,
E remas morta esmarrida;
E Blandin vi che era morta
E laysset la detrays la porta,
E puys(ses) s'en va trestot cor-
Al segon portai verament, [rent
E vi lo dragon che dormia ;
Per miech del sol el si jassia ;
E ges non li vole mot sonnar
Mais tôt avant si va intrar.
Avant s'en intra l(o) bon Blandin
Tant che atrobet lo Sarraxin ;
E ayss'i quant el vole intrar
Lo Sarraxin sans mot sonar
Lo vench assalhir e requerre
142; Ms. pendrie; deins, corr. (et au v. suiv.) dent. — 1426 Ms. pendra. — 1427 che
en, corr. cheus^ — 1454 Corr. la g. s. (voy. le v. suivant). — 1463 an, ms. en. —
1471 Corr. Donc lo s. nos pot aidar. — 1476 Ou bel' e luxent. De même v. IJ74. —
1482 Ms. romas. — 1485 Us. carrant.
149*3 An una gran massa de ferre,
E mot gran colp lo vole ferir,
Mais che Blandin si va gandir,
E la masa donet al sol
1 5oo Un tan gran colp, per saint Cristol ,
Che tût l'ostal t'es tremolar
Per lo gran colp che va donar.
Adonc Blandin per gran vigor
i5o4 Brandet la spassa de valor,
E donet li tal per lo cors [dos.
Che un palm l'en passa tras lo
Adonch lo Sarraxin malvatz
1 5o8 Non fes parvent che fos nafrat,
Mas comme fol la lansa prent
E rompet la felonament,
E va levar un' aotra veys
i5i2 Aquela massa de gran peys,
E puys s'en va come fellon
Vers Blandinet lo bon baron,
E vole lo ferir de la massa,
i5i6 Mais che B. li fes plassa ;
E va consegre un pillar
Che per terra l'en va mennar.
Adonc Blandin chi no ac lanssa
ibzo Tras l'espasa de [gran] fisanza
E va si mont fort corrozar ;
E devers el s'en va annar,
E tant gran colp el li donet
i524 Chel bras senestre li rompet.
Apres li donna un altre colp
Chel vezer e l'aosir li tolc.
Adonc lo Sarraxin marit
028 Tombet al sol tôt [ejsbaït,
E mont gran sanc aqui perdet
Dels colps che B. (a) li donet;
Mais [que] morir el non podia,
i332 Car [tal] proprietat avia
Che non pogra morir jamais,
O el perdera un dent del cays.
Adonch B., chi aquo vi,
i336 Montet dousus lo Sarraxin,
E recordet li del coltel
Che li ac dona[t] lo donzel,
E trays la daga soptament
1540 E avisset sobre la dent,
BLANDIN DE CORNOUAILLES 191
E tan gran colp el ly donet
Chedoas caysals li arabet.
Adonc lo Sarraxin sanglent
i544 Senti che ac perdut una dent :
Al re non fis mas un sospir
E soptament el va morir.
Adonc Blandin près ben conort
1548 Quant el vi che el l'avie mort,
E intret s'en dedins la tor
E atrobet lo blanch astor,
E va lo penrre plainament
i552 Sus en son ponch veraiament,
E commenset s'en a salhir
Angrangauch,nonvos quala dir,
Per tal quai avia trobat
i556 Aquel austor e conquistat.
E quant el fu sus lo dragon
Che era malvais et fellon
Atrobet lo per veritat
i56o Denpes, che s'era reyssidat.
Adonc Blandin non poc passar
Per ren del mont che poghes far.
Car lo dragon li defendie
1564 Aquel pas tant quant [el] podie.
Dis adonc B. : « Dieu m(e) don
rendas [das.
« Che tôt jort me crexon fassen-
» Aynsim coven a batalhar
1 568 » Si plus avant vole(s) pasar. »
Adonc el tornet l'astor
De contenent dedins la tor,
E puis(ses) s'en venc come fellon
1372 Apertament vers lo dragon
E an l'espassa flamey[a]n,
Ben [re]lussant et bel talhant,
[E] tan gran colp el li donet
1576 Che doas costas (a) li rompet.
Adonc lo dragon sans mantir
Devers Blandin s'en va venir
Et sautet li sobre lo col
i58o E degorar aqui lo vol,
Mais che Blandin se avisset
E sus l'eschinna li montet.
E dirai vos consi fes el :
1684 El annet trayre son coltel,
i$oo Cristol, ms. cristal. — içoi Ms. tremoral. — 1504 Corr. la lansa. — 1508
parvent, ms. prenent. — 1 524 Ms. senestra. — 1 536 dousus, pour desus. — 1 547 p. bon
c! — I5S5 quai, corr. qu'eP. — 1557 Ms. /a dragon. — 1574 Ou Bel' t /., cf. la note
du v. 1476.
192 p. MEYER
E dona li tal per la gola 1628
Che tôt son sanc achi li colla.
Adonc lo dragon sens mantir
i588 Tantost comanset a morir ;
Blandin[et] vi che el moria :
L'austor el prent e tenc sa via,
E intret s'en en lo caste!, i632
092 E trobet tantost lo donzel
Aqui prest e apparelhat
An las donzellas per ver(i)tat,
Che aqui [trasjtos l'esperavan : i636
1396 Den juvenhols a Dieu pregavan
Che li dones forssa e vigor
A gazanhar lo blanc astor.
Adonc B. dis al donzel : 1640
1600 « Es aquest aquel hostel
» Che vostra sor pot deslieurar?
«Caraotrenonpodetrobar.» [tat
(A)doncdis lo donzel: ((Perver(i> 1644
1604 » Aquo es el, Dieu aia grat! »
Adonquas el s'en van annar
(Ej a la donzella (s'en) val.n'i intrar;
Et quant els li foron davant 1648
1608 Lo donzel[et] de bon tallant
Dis a Blandin : « Gentil senhor,
» Baylas me vos lo blanc astor,
» Car iou sabe de temps passât i632
16 12 » La siena grant proprietat;
» E iou garay de contenent
» La myene sorre verayment. »
Dis Blandin: «Trop ben [0^ disses;
161 6 » Vel vos aysi, vos lo penrres. » i656
Adonquas lo dich donzel
Va penrre lo blanc aosel ;
E dirai vos consi e! fe(i;s :
1620 La man de la donzela près, 1660
E va li mètre plannamens
[L'Jastor desus verayament;
E la donzela quant senti
1624 Lo blanc astor de sobre si,
Tantost ella cobret la vida 1664
Et fo sanada et goarida,
E tôt denpes se va levar
E (tantost de présent) comman
[zet a sospirar ;
E estet fort maravelhada.
Car [hom] l'avia deslieu(e)rada.
Dis (a)donc lo donzel : « Sor(re>
[gentil,
» Ve vos un cavallier humil,
» Che vos es venguda desliurar
» E per faich d'armes recobrar;
» Per que non vos mer[a]veilhes
)) Mais rendes li grandas merces. »
Araus diray de la donzella
Las contenensas che fes ella :
Ela 'adonc) s'en va vers Blandinet
E a SOS pes s'agenolhet,
E dis li : « Noble cavalier,
» Corne la flor de bon gherrier,
« Vos rendde ; iou] grandes merces
» Del servixi che faig m'aves ;
» E preg[e] vos, lo mieu senhor,
B Aytant cum pode per amor,
» Que vos prengas aquest castel
)) E tota la signoria d'el,
» E tôt mon aor et mon argent,
)) Tôt a vostre comandament;
» E totquant ay, si a vos plafy)s,
» Pregvos che trestot ho prenas.
» E per so che iou puesca (re)-
[contar
» Chi m'es venguda desliurar,
)) Iou, Brianda, vos requer
» Chevostrenommevuelhasdir.»
Respon B. de Cornivalha : [ha,
» [Na] Brianda, se Dieus mi val-
» De vos non voile per p.-esent
» Castel, ni terra, ni argent,
» Ni ren al re che vos ayas,
» Mais vostre amor, si a vos
[plafi)s;
» Car sapias per veritat
» Che [iou] suy tant ennamorat
» De vos, Brianda, sans mentir,
» Che d'amors iou cuge morir;
1586 son, ms. sen. — 1588 a morir, ms. amantir. — 1591 Ms. intren, cf. v. 1985.
— 1595 Ms. esperaven. — 1596 Sic, corr. De genolhons? — 1600 Sic, pour auzel. —
1604 aia, ms. alha. — 161 6 Ms. Vel ves. — 1620 près, ms. pris. — 1655 Ms. merveilhas.
— 1637 Ms. Aras vos d. — 1658 Ms. contenansas. — 1640 Ms. s'anjonnelhet. — 1655
Corr, Iou Briandaus voil requérir^
.) Perchenonvolepointd'argent,
1668 » Mais vostra amor soletament.
» E p(l)us che a vos ven a plaser
)) Che vos mon non vulhas saber,
)> Hom m'apella,siDieumivalha,
1672 » Blandinet de Co[r]nivalha. »
Adonc respondet la donzela
Cortesament a merav[e'ilha,
E dis li : « Cavalier plassent,
1676 » La myena amor sertanament
» Es tôt jort vostra sans falhir
» Davant tos ses che n'an désir.
» Per sert, al mont non ha senhor ,
1680 » Duc ni rey, ni emperador,
» Cheiouam(e) tant sertanament,
» E faray vos h® (s) aparvent. »
Adonc ela se va levar,
1684 E vers Blandin s'en va anar,
E hostet li son basinet
E de bon cor lo avisset;
E vi lo blanc e gratios,
1688 Joly, corteys e amoros;
E comanset lo a bayssar
De bon' amor, non quai parlar;
E Blandin [et] fes aytrestal
1692 De Brianda, si Dieu mi sal.
Aqui esteron un gran temps
Abrassas an[be]dous ensems,
E puys s'aneron despartir.
1696 An gran gauch, non vos 0 quai
E la donzella saludet [(0) dir;
Lo donzel e [si] lo baysset,
E atressi [fai] las donzellas
1700 D'una en una, totas ellas.
Si vos ay dich de la doncella
Las contenenssas che fes ella :
Adonc parlet lo donzellon
1704 A Blandinet lo bon baron,
E dis : « Vos ses tôt trebalhat,
«Car vos aves trop batalhat,
» Perche, si vos pla(y)s,anen dinar,
1708 «Car iou n'ai fach aparelhar. »
Respon Blandin : « Aquo mi
[p!a(y)s ;
» Car, per ma fe, iou sui tôt las;
BLANDIN DE CORNOUAILLES IÇ^
)) Mas preg vos che primier annes
1712 I) Fora al portai ont (a)trobares
» Peytavin mon escuder
)) Che achi garda mon destrier,
» E preg vos quel fassas intrar
1716 » E venr(r)a si an nos dinar. »
Dis lo donzel : « Mot volentier
)i Aquoferay, bon cavalier. »
Adonc lo donzel tôt corrent
1720 S'en va al portai verament,
E dis li : « Compahn Pe[y :tavin,
» Aysim(i)trametmosen Blandin,
)) E manda vos queus en intres
1724 » Apertament e non tardes. »
Adonc Peytavin s'en intret
An lo donzel, e non tardet,
E los cavals van establar,
1728 E (lur) sivades lur van donar.
Adonc s'en tornan a Blandin
E lo donzel e Peytavin.
Et quant els foron au bas
1732 Trestot ensems s'en son annas
En lo vergier mot gratios.
Ont cantavan ausel d'amors.
Aqui foron taules drissades
1736 E bonne[s] viandes aparelhades,
E van si trestotz assetar
Et commanseron (si) a dinar.
Tôt jort parlant de lor novellas
1740 Blandin[et] an las damoyselas.
Enmentre che els si dinavan
E (lur) novellas achi contavan,
A Blandin[et] va recordar
1744 De la donzella d'otramar,
D'aquella che r(en)avia menât
Lo caval quant era al prat.
E dis : (( Brianda, una novella
1748 )) Vos diray d'una damoysella
» Che m'afaich [trop] gran vilania
» Mentre che en un prat me jasia.
» Deves saber per veritat
1752 )) Che mon caval m'en a menât ;
» Totas veis, iou no vuelh mentir,
» Mas la veritat vos vulh dir,
» Che un aotre m'en va layssar
1677 Es, corr. Er. — 1678 Corr. D. totz cels ! — 168} levar, ms. lavar. - 1708
n'ai, corr. l'ai' — 171 } Vers trop court ; corr. lo mieu e. ? — 1728 On pourrait garder
lur et corriger d{on]ar.
194
1736
P. MEYER
» lAn] che ioupoghes cavalcar;
» Si che, conpenssant vilania,
n Unpauchm'afachdecortessia.
» Mas(iou)ayiuratsobrema testa
1760 » Che iou non tolray dengunna
» Tromoncavalayatrobat [festa
» E sella che l'en (n'}a menât. »
Adonc Brianda vera(i)ment
1764 Dis a Blandin tôt en rissent :
« Blandin, non vos en corrosses;
» Car vostre caval trobares,
» Car sapias per veritat
1 768 » Che sella che l'en a menât
» Iou, senhor, l'avie tramessa
» Per lo mont e che serchessa
» Qualche noble cavalier
1772 » Vallent e pros e bon gherier,
» Che mi poghessa deslieurar
» E per faich d'armes recobrar.
» Per so ella vos enganet,
1776 » E Dieu 0 vole che vos trobet
» Per tal che l'anessas sercar
» E chen venghesses deslieurar.
« Per que non vos meravilhes, ■
1780 » Mas preg vos che li perdones. ))
Adonc Blandin fu fort gaussent
E mot alegre verament,
Car Brianda li dis novella
1784 D'aquella aotra damoysella.
Dis Blandinet : « Per veritat
» Iou li perdone de bon grat,
» Edic vos[be] chemotmipla(i)s
1788 » P(l)uscheanvostrobadal'ay;
» Car iou l'agra tôt jort sercada
» Tro che iou l'agessa trobada.»
E quant [el] aysso agron dich,
1792 Trestot lur dinar fu complit.
(A)donc de taula si leveron
E per lo vergier s'en intreron
Déportant se alegrament,
1796 Pensar (vos) 0 podes verament.
Adonc Blandin[et] va parlar
E dis: « Donzellacheporrienfar?
» De questosmalastrucz cavaliers
1800 n Che iou tene per presoniers?
» Plagra vos che los deslieuren?
» 0 mi digas che en faren. »
Respont Brianda ardidament :
1804 « Deslieuras los apertament.
» E anon s'en en mal gassan,
» Car, per ma fe, ayssi lur tanh. »
Adonc lo bon Blandin
1808 E lo donzel e Peytavin
S'en va[n] annar als cavaliers
Che tenien per presoniers,
E van los trestotz deslieurar;
1812 E Blandin lur va commandar
Che los .iiij. mors enportessan,
Deforas e los soteressan
Respon[don] els : « Per veritat,
18 16 » Aquo farem nos de bon grat.»
Adonc los jetan de l'ostal
E van lur sarar lo portai ;
E puysses lo bon Blandin
1820 E lo donzel e Peytavin
S'en van tornar a las donzellas,
En lo vergier jugar amb ellas.
Aqui feron mot bel desport
1 824 Tro fon mich jort, dins aquel ort;
E puys(ses) quant venc nuich
[jort passât,
Brianda dis e a parlât :
« Blandinet,lomyen [car] senhor,
1828 » Iou vos prege per [bon'l amor
» Che nos intren dins lo castel
» Vos, e iou, et lo donzel ; [trar
» Car iou, senhor, vos vulh mos-
i832 » Tôt mon tesaur etmonafar. »
Respon B. : « Aquo my play,
» Ardidamen anen non lay. »
Adonques totz très s'en aneron,
i836 En una cambra s'en intreron ;
E Brianda senssa mentir
Trestotz sos cofres va hubrir ;
E puis apelet Blandinet
1840 E aqui ela li mostret
Tôt son tessaur e sos joels
Che eran mot nobles e bels,
E dis li : « Cavalier gentil,
1844 )) Preg vos che sias tant humil
1770 e che, corr. per so che} — 1778 chen pour chem. — 1799 Corr. D'aquestz. —
i8oi Ms. desHeures. — 1805 gassan pour gazan. — 182J Corr. mich jor. — i8}0
Corr. et aqucst d. f — 1834 non pour nos en.
BLANDIN DE CORNOUAILLES
» Che [vos] prengas d'aur e d'ar-
[gent
» Tant quant vos venrra a talent;
» Car, per ma fes, sien prennes,
1848 » Per sert gran plasser my fares. »
Respon Blandin de Cornoa(l)gla
Cortessament:«Si Dieusmi valha,
» [Na] Brianda,iou(vos,~;dichvos
lay
i852 » Che aorny argent non my play,
» Ni ren al re che vos agias,
» Masvostraamor,sia vospla(y)s;
» Car iouaquellavulh servir [tir.)>
i856 » Tant quant viuray, senza men-
Ar vos ay dich de Blandinet
Con(sy) Brianda lo conquistet,
E tôt après iou vos diray
1860 Consy el fes encara mais.
El va estar en lo castel
An Brianda et an lo donzel
Ben un bon mes trestot complit,
1864 Che de aqui non se partit;
E puys quant venc lo mes passât
Blandin va penrre cumiat
De Brianda e del donzel,
1868 E vole se partir del castel.
Car de Guillot li recordet
E !o terme se apropjet. [rar
(Adonc) Brianda se mete [a] plo-
1872 E mot gran dol aqui menar;
E va li dir tôt en plorant :
M Franccavallier, lo myen amant,
» Ben vesse, lo myen car senhor,
1876 » Che vos nonm'amasper amor.
» Car se my volgesses amar,
» De mi non vos volgras lunhar.»
Respon Blandin e a parlât :
1880 « Brianda per veritat,
» La veritat vos voile dir
» Per che me convient despartir:
» Deves saber che en nostra terra
1884 » Per seguir la bonna gherra
» E ben mich an nos cavalquen
» Che anc avantura non troben ;
105
» E puis quant venc un jort matin,
1888 » Anen tenir nostre camin,
» E intren nos en tôt apert
» Dins en un bosch per lo désert,
» E aqui troben avantura
1892 )) Mot aspra et mont dura
» De que non vos voile contar,
>) Mas tôt avant vole parlar :
» Nos [en] intren trestot avant
1896 » Per lo boschage calvaquant,
» E quant foren près d'un castel
» Anen aossir un cant d'ausel
» Che disia en son cant :
1900 » Gentils senhors, anas avant,
)) E trobares un gran désert :
)i Intras la jus ben e apert,
j) E quant sares jus un bel pin
1904 » Che atrobares en lo camin,
>> La un tengha a la part drecha
» Per una cariera estregia,
» E l'autre tencha a l'aotra man ;
1908 » E (a)vantura trobares gran.
» Adonc quant nos agem aossit
» D'aquel ausel che nos a dich,
» Nos cavalchem trestot apert
1 91 2 » Tant che atroben aquel désert,
» E apertamen nos entrem
» Tro che lo pin trobat agem,
» E aqui nos tenghen conselh
1916 » De so che a nos a dich l'aussel,
» E aqui no[s] nos departem
» Che anc depuys non nos vim,
» E prenghem nos en couvenent
1920 » Che n(o)s trobassem certana-
» En aquel loch desot lopin [ment
» Lo jort après de Sant Martin,
» Per que a mi conven tenir
1924 » Aquel terme sanssa mantir. »>
Adonc Brianda respondet.
Mot fort plorant, a Blandinet,
E disly: « Senhor, si vos pla(y)s,
1928 » Un don almens me aotrias :
» Che quant aquel trobat aures
» Andos ensems vos en verres.»
Respon Blandin(et):(iIou tornerai
1870 Ms. aproppet. — 1880 Après Brianda il y a un blanc dans le ms. — 1884 11
doit manquer deux vers après celui-ci. — 188 $-6 Cf. v. }i-2. — 1899 Cf. ci-dessus v.
548 et suiv. — 1902 jus, 1. ins? — 1918 vim, corr. veguem ?
196 p. MEYER
1932 » Breument, per sert^ se a Dieu
Adoncel [a]prescumiat Iplay.»
De totz aqui per veritat;
E pueis Brianda va bayssar^ 1980
1936 E pensset s'en de cavalchar.
D'aqui se part le bon Blandin
An son escudyer Peytavin ;
Apert s'en van tôt cavalcant 19^4
1940 Las lor jornadas caminant ;
E tant lonc temps el cavalcheron
Che nuich ni jorn non repauseron,
Tro che foron desot lo pin 1988
1944 Lo jort après de Sain Martin,
E aqui van descavalcar
El bon Guilhot van esperar.
E Blandin très jors l'esperet 1992
1948 Che anc Guillot gis non tornet.
E quant el l'ac ben espérât,
Tro che fu lo ters jort passât,
Blandin s'en va meravilhar, 1996
1952 E dis che l'anera sercar,
E che jamais non torneria
Tro che novellas en sabria.
D'aqui parti lo bon Blandin 2000
1956 An son escudier Peytavin,
E intret s'en per lo désert
Cum bon cavalier e apert.
E quant el ac gran temps anat 2004
i960 Per lo désert e cavalcat,
El atrobet per [aijtal astre
Aquel bon prodome de pastre.
An qui Guilhot se va dinar 2008
1964 Aquel jort che i va passar.
Adonc Blandin lo saludet
Et de novas li demandât,
E dis ly (0) : « Prodom(e), Dieus 2012
[te sal(ve) !
1968 » Digas, si Dieus ti gart de mal,
» Auries tu vist un cavalier
» De Cornoalha bon garrier, 2016
» Cheper(son) nomse fa appellar
1972 n Guilhot Ardit de Miramar?
» lou te preghe se tu vist l'as
» Che m'o digas, se atupla(y)s; » 2020
Adonc lo pastre respondet
1976 Cortessament a Blandinet,
E dis : « Senhor, per veritat,
» Gran tems a che sa es passât,
» E mais che an my si dinet
» Aquel jort che aysi passet,
» E puysfsas] teng aquest camin,
» E iou, senhor, puis non lo vi. »
Adonc Blandin lo saludet
E tôt avant el cavalchet,
E intret s'en per [lo] sandier
A[n] Peytavin son escudier;
E [va] serca[r] lo bon Guilhot
Per lo désert aytam cum pot.
E quant el ac gran temps anat
Per lo désert (et) ont era intrat,
El esdevenc en lo vergier
Ont era [a]quel bel pesquier,
La ont Guillot avie mort
Lo nègre cavalier tant fort ;
E aqui non va res trobar,
Mas tôt avant va cavalcar.
E tant lonc temps el cavalchet
Tro che l'ermita atrobet,
Aquel che avie garit
Lo bon conpanh Guillot Ardit.
Adonc Blandin lo saludet
Et de novas li demandet, [sal!
E dis : « Bon pordom(e), Dieu vos
» Digas, si Dieu vos gard(e) de
» Aurias[miJ vistuncavalier[mal,
» De Cornoalha, bon gherrier,
» Cheper (son) nom se fa appellar
» Guillot Ardit de Miramar?
» Iou vos preghe se vist l'aves,
» Che m'o digas, et non tardes.»
Adonc l'ermita respondet
Cortessament a Blandinet,
E dis : K Senhor, per veritat,
)> Gran temps a che sa es passât,
» E mais, senhor, se Dieu misai,
» Estet .viij. jort en mon hostal;
» E puissas tenq aquest camin,
» E puys, senhor, iou no lovi.»
Adonc Blandin lo saludet
E tôt avant el cavalchet.
D'aqui parti lo bon Blandin
An son escudier Peytavin,
1948 anc, ms. aoc, de même v. 2026.
V. 2043.
1985 Ms. intren; cf. v. 1591. — 2005 Cf.
•2084
BLANDIN DE CORNOUAILLES
E va serchar lo bon Guillot
2024 Per lo désert aytant cum pot.
Et tôt aquel jort cavalchet
Che anc novellas non trobet.
E puys quant vent lo jort sequent,
2028 El cavalchet apertament ;
Et quant el ac ben cavalcat
Tro che fon [benj miech jort pas-
E[l] vi davant si un castel [sat,
2o32 Che era moût noble e [moût] bel,
E desot a[c] un pauch(de) massage
A la ribeira d'un boscage,
E aqui ac, che bons che mais,
2o36 En (de)viron de .1. hostais.
Dins lo massage s'en intret
E aqui el descavalchet,
E quant el fon descavalchat
2040 Vers un pordom s'en es anat,
E dis li: « Prodom, Dieu vossal!
» Digas, se Dieus vos gard(e) de
[mal,
)) Aurias mi vist un cavallier
2044 )) De Cornoalha bon guerrier,
» Che per(son) nom se fa appellar
» Guilot Ardit de Miramar?
» lou vos preghe(s), se vist l'aves,
2048 » Che m'o digas e non tardes,
)) Car lou, amie, lo vau sercar
» E volgra lo fort atrobar. »
Adonclo pordom(e) respondet
2o52 Iradament a Blandinet,
E dis : « lou vos en say novellas
» Che non son [ges] bonas ni bêlas,
)) Car lo senhor d'aquest castel
205'") ,) E SOS parens che son amb el
» Lo tenon fort près et liât,
I) Ben a dos meis per veritat.
» Car el, senhor, avie mort
20G0 )) Quatre cavaliers mot fort,
» Che eran trestotz parens
» Del dich senhor vera[ya]ment.
» Per que, senhor, si m'en cresses,
20G4 » D'aquesthommenon demandes,
» Car si vos l'anas demandant
» Vos en porres farvostre dan.»
Adonch Blandin[etJ li a dich :
197
2068 « lou vos prege(s), cortesamich,
» Che vos me menés al castel
» Car iou vuelh [cert] parlar amb
[el. »
Respondet el : « Mot volontier
2072 )i Aquo feray, bon cavalier. »
« Adons d'aqui els se partiron
)) E al castel andos anneron,
E Blandin[et], si Dieu mi sal,
2076 Apert va tocar al portai.
Adonc tantost venc lo portier
E dis : « Cal es tu, cavalier,
» Che ayssi venes tant ardit.? »
2080 Respon Blandin e li a dich :
» lou suy B. de Cornoalha,
» E preg[e] te, si Dieu ti valha,
» (Che) digas al senhor del castel
» Che iou li volh parlar amb el. »
Adonc lo portier s'en intret
E a son maystre parlet,
E dis : « Senhor, un cavalier
2088 )) A defora sobre un destrier,
» E a mi dich che vos plages
» Che amb el parlar anesses. »
(A)donc lo senhor s'en va venir
2092 Devers Blandin senssa mantir;
E tantost el lo saludet
E denovas li demandet,
E va li dir : « Che demandas,
2096 » Cavallier^ ni che [a] vos plas.-*»
Respon Blandin e a li dich :
« Iou vene ayssi, car ay aossit
» Che vos tenes per presoner
2100 )) Guillot Ardit lo bon guarrier,
» E volgra [vos] mot fort pregar
» Che vos lo m(y) volghesses bay-
[lar,
» Carde bon drech non lo tenes;
2104 » Per que vos prech chel des-
[lieures. »
Adonc lo senhor respondet
Irradament a Blandinet,
E dis : « Iou tenc per veritat
2108 Guilot Ardit près e liât,
» E vos per tôt vostre poder,
» Per ren non lo podes aver,
2026 Ms. non ha trobat. — 2034 ribeira d'un, ms. ribba don. — 2049 Ms. sercan.
2084 volh, ms. volho ; p.-ê. Che iou vole pj — 2090 Ms. anessas.
igg P- MEYER
>) Si dons am my non batalhas 21 56
21 12 » E per batalha my venssas.
» E vos feray trop bel partit :
» Iouvosniet(e)ray Guillot Ardit
)) A la un corn de la batalha 2160
21 16 )) Moût volentier,se Dieu mi valha;
)» E si vos venser mi podes
» Ardidamen che l'en menés. »
2 1 20 Adonquas lo bon Blandinet 2164
Ambe gran gauch li respondet,
E va li dir : « Bon cavalier,
» Aquo feray mot volentier;
» Epregvosche[us]annesarmar 2168
2124 » E che pensen de batalhar,
» Car, per ma fes, vos non parles
» Jamais de que tal gauch(s)
[agues. )) 2172
(A)donc lo sengnor s'en va intrar
2128 E tôt apert se va armar,
E puis tantost el va salhir
Ambe Guillot sensa mantir, 2176
E intren s'en apertament
2i32 Per miech del camp verayament;
E Blandin fes [tôt] atrestal
Mot valent(e)ment, si Dieu mi sai. 2 180
Adonquas els van commansar
21 36 Tantost aqui a batalhar.
L'un vers l'autre s'en va venir,
De colps de lanssa s(e) van ferir, 2184
E tant grans colps els si doneron
2140 Cheperterraandoussi tomberon,
E tôt apert si van levar
E tant gran colps si van donar 2188
De la spassa sus l[os] escut[z]
2144 Quels [en] brasses los an romputz.
Adonc lo senhor del castel
Un tan gran colp li donet el 2192
De la spassa sul bassinet
2148 Che fuoc e flamma en gitet.
Adonc Blandin coma valent
Vers el s'en va apertament, 2196
E an l'espassa flamejan
2 1 52 Li va dona[r] un colp tam gran
Che tôt l'aubert li va passar
Et mont greument l'anet nafrar. 2200
Aqui batalheron (un) gran temps
Mot asprament andous ensems,
Tant che per forssa lur convenh
A cobrar forssa et alench ;
E quant agron alen cobrat
La un e l'aotre s'es levât,
E fieron se si asprament
An las espassas verament
Che tomberon estaboïtz
Per miech del sol tôt esbaïtz.
A cap del temps els si leveron
E batalhar tantost torneron.
Adonc Blandin corage près,
E dirai vos cumsi el fes :
Vers el s'en va apertament
E f[e]ri lo sy asprament
Che per terra lo fes tombar.
Et mont greument l'anet nafrar;
E encaras lo cavaler
Si vole levar cum bon gerier;
Mais che Blandin fon avissat
E tantost sus li es montât,
E hostet li apertament
L'erme del cap veraiament,
E va li dir en alta vo(i)s :
« Cavaler, tantost rende[s] vos,
» Si non per sert ares mor[r]es,
» Si vos tantost non vos randes.»
Adonc quant el anet aosir
Che Blandin lo volie aucir.
Va se rendre de contenent
A Blandinet verayament.
Adonc Blandin levar le fes
E a mersy aqui lo près,
E fes l'anar, se Dieus m'ajut.
En son castel trop ben batut.
E puysses près Guillot Ardit
Et en après e[l] a ly dich :
« Guillot, pensen nos en d'annar
)) Apertament senssa tardar,
» Car nos non faim plus ren ayssi . »
Adonc tencheron lo lur camin,
E van s'en ben apertament
Tos très ensems veraiament,
E intran s'en per lo desers
Com bon cavaliers el apertz;
E mentre che els s'en anavan
2121 Ambe, ms. An. — 2184 aucir, ms. aueir. — 219J Ms. penses; cf. 1801. — 2196
Corr. comme au v. 2288. — 2197 van s'en, ms. vassen. — 2201-2 Ms. anavam... cavalcavam.
-204
2208
•i6
BLANDIN DE
Per lo desertz e cavalcavan,
Blandinet anet recontar
Al bon Guillot de Miramar
L'avantura che atrobet
Quant Brianda conquistet ;
Et atressys Guillot Ardit
Aqui a recontat e dich
Consy li près dels cavaliers
Che avie mort tam bon guerriers.
Adonquas els tôt cavalchant,
Las lur jornadas caminant.
S'en van tornar en lo castel
De Brianda e del donzel ;
E quant els foron prop d'aqui,
Blandin va dir a Peytavin:
« Petavin, penssa t'en d'anar
)) Tôt drech al castel sans tardar,
» E dicas (a) Brianda novella :
2220 I) Cheieuseray anuch ambella. »
Adonc Peytavin s'an nasset
E drech al castel s'en anet;
[E] tantost trobet lo donzel
2224 Chi s'esbatia per lo castel.
Adonc tantost lo saludet
E dis li : « Cortes donzel[et],
)) Blandin vos manda saludar,
2228 » E mays Guillot de Miramar,
» E seran tantost senssa falha
" Ayssi am vos , se Dieus mi valha . »
(A)ùonc lo donzel lo va (a)culhir
Ambe gran ganch sensa mantir;
E puis s'en va trestot corrent
Devers Brianda verament,
E va li dire la novella
CheBlandm foraanuich amb ella.
Adonc Brianda gratiossa
Fon [mot] allegra e joyossa
Quan lo donzel e Peytavin
2240 Li disson nov(ell)as de Blandin;
E va aculhir verament
Peytavin [mot] alegrament.
Apres tantost s'en voch anar
Devers Blandin sensa tardar ;
E fes adobar las donzellas
2232
2236
2244
CORNOUAILLES 1 99
E als cavals mètre la [s] sella [s],
E montant sus apertament
2248 E van vers el veray[a]ment ;
E quant son del castel ysitz,
Tantost aqui els los an vistz.
Adonc Brianda sans mentir,
2252 Che vi los cavaliers venir,
Tantost son caval va brochar
E devers el s'en va annar,
E Blandinet fes aytrestal
2256 Ver[s] Brianda, se Dieu me sal.
Aqui els s'en va[n] aculhir
An gran gauch, non vos 0 cal dir,
E puys s'en tornan verament
2260 Vers lo castel jugant, rissent,
E quant foron dedins intras
Tantost els son descalva]lchas,
E tos ensens s'en van annar
2264 Lay ont els devion sopar.
Aqui foron taules drissades
E viandas apparelhadas.
E van si trestotz assetar,
2268 E commansseron a sopar;
Aqui soperon verament
[Tras]tos ensems allegrament.
E quant agron de tôt sopat(z),
2272 Blandinet dit et a parlât: [car
« Tôt homme se pens(e) de co[l]-
)> E paussen nos (tos en)tro al jort
[clar,
» E puys doman nos parleren
2276 » Consy nos nos governerem. n
Adonch Brianda e las donzellas
Tantost cochar s'aneron elas ;
E puissas Guillot et Blandin
2280 E lo donzel, et Peytavin,
Dins una cambra van intrar,
E aqui els si van colquar,
E tota (la) nuich si repausseron,
2284 Tro lo matin che si leveron.
E tantost quan foron levatz
Blandin,et)e Guilot son anna^z
Per la muralha del castel,
2288 E aqui teng(he)ron lur conselh.
2217 Ms. penssen ten da anar. — 2221 Corr. s'avisset? — 2226 Ms. C. avenent, mais
avenent est exponctué. — 2232 Ambe, ms. An. —2249 Son, ms. forem. — 2260 Ms.
nssant. — 2267 van si, ms. vanti. — 2275 doman, ms. domen. — 228} si, ms. //.
200 P. MEYER
Adonc [lo bon] Blandin a dich :
« Che conseillas^ Guillot Ardit?
») Ayssi es Brianda gentil
2292 » Che es [mot] francha e humil, 2336
» Che iou ame de fin corage
» Senssa pansar [nul] point d'ou-
» Eayencor,sivosplages,[trage;
2296 » Che per molher iou la presses ; 2340
» E atressi conselheria
» Che se a vos, Guillot, plassia,
I) Che l'autra sorre fremasses
2 3oo » E per molher la presseses ;
» Car mai nos val chens molherem -^44
» Andous ensems p(l)us che po-
[dem. »
Adonc lo bon Guillot Ardit
23o4 Li respondet e a li dich : 2348
« Si vos, Blandin, 0 conselhas
» Ardidament aquo my plas. »
)) Don dis Blandin : « Atras tor-
23o8 » E a Brianda en parlen.» [nen 2352
Adonquas els atras torneren
E a Brianda s'en aneren ;
E Blandin la va saludar
23i2 E a una part la va tirar, 2356
E dis ly : « Brianda, sapjas,
» Che iou voile, se a vos plas,
» Vostre sor(re) prenga per marit
23i6 » Mon conpanhon Guilhot Ardit, 236o
» Car el es noble cavallier,
» Valent e pros e bon gherrier ;
» Humil, cortes et fort leal
2320 » Es atresis, si Dieu me sal; 2364
» Epreg[e] vos,sia vospla(y)s,
» Che vos per my aysso fayssas.
» Apres vos preghe humilmen
2324 )■< Aytant com pode verament, 2368
)) Che vos mi prenghas per marit,
» Car per ma fe tôt mon délit
» Metray tostemps en vos servir
2328 » Tant quant viuray, senssa man- 2372
Adonc Brianda respondet [tir.»
Cortessament a Blandinet,
E dis : « Senhor, per veritat,
2332 » Aquo feray iou de bon grat, 2376
« Car per ma fe al mont vivent
» Non a un altre verament,
» Che iou ame tant com vos Bian-
)) Lialmentambeboncorfm. [din,
» E per ma fe, p(l)us che a vos
» Motvolentiersiouofaray;[p!as,
n Mas preg(e) vos che lo donzel
» Sia appellat en (aqu)est con-
[selh: »
(A)donc lo donzel fon appellat
E d'aysso els ly an parlât;
E lo donzel verayament
Respondet lur cortessament,
E dis : « Senhor, aquomy pla(i)s
« Ardidament che 0 fassas. »
Adonc [el] van sonar Yrlanda
Che era sor[r]e de Brianda,
E Guillot la va [donc] fermar
Devant trestoz e espossar,
E Blandin [et] feis aytrestal
De Brianda, se Dieus me sal ;
E quant si foren esposatz
Trestos quatre, et mais juratz,
Blandinet dis a [na] Brianda
E a sa sorre na Yrlanda
Che convidesson lur parens,
Car els volien verayament,
Che al jort venent de Sant Antoni
Se fes[es]sa lur matrimoni ;
E puys après e el a dich
A son conpanh Guillot Ardit :
« Guillot, fassen justas cridar,
» Tôt hom[e] che vulha justar;
» Car vos et iou vera[ya]ment
» Tenren lataula a tôt vennent.»
Ayssi cum (0) dis ayssi 0 feren.
Tantost las justas cridar faren.
E puys quant vent a la jornada
Che el[a]s lur agron donada,
Veng(he)ron de nobles cavalliers
E gran ren de bons escudiers
Per faire onor a [na] Brianda
E a sa sorre na Yrlanda.
Aqui feron mot bella festa
[Très] totz ensems ben e honesta,
2294 pensar, ms. penser. — 2316 companhon, ms. companhs. — 2336 amhe, ms. an.
— 2366 tôt, ms. tous. — 2368 il faudrait /eren, mais il est difficile que ce mot rime
avec lui-même. — 2376 ben, corr. heV? — 2378 Corr. son /;.?
BLANDIN DE CORNOUAILLES
201
E feron justas e biorst
Che dureron ben .xv. jortz.
(E) quant los biortz foron pasatz,
•238o Tôt hom estranch s'en es anat,
E Blandin[et] de Cornivalha
E Guillot, se Dieu me valha,
Van remanir an lors molhers,
2384 E feron cum bons cavalers ;
E d'aqui non volgron partir,
Ni vogron plus g[ujera segir,
Mas che feron cum bona gent ;
2388 E Dieus lor donet pron de ben.
Aras ve vos che vos ay dich
Cum Biandin e Gulhot Ardit
Atroberon bonas molhers,
2392 Car feron com(a) bons cavaliers;
E pregas Dieu che ayssi vos prenna
E che vos don (a tut e a tute) la
[bona strenna.
VOCABULAIRE
ahaslamcnl ou baslamenl 1017, suffisance.
abrc 707?
'a-jlla 8?, 237, là -bas. Lex. rom. aylai
IV, 8.
ùlans 700, corr. albans? sorte d'oiseau
de proie mentionné dans Guill. de
Tudèle V. 208^. Le vers restant trop
long, on pourrait supprimer et.
al rt 779. 1 545, rien autre; rcn al re
1661, 1853.
amortir 1 57, mourir, synon. à'csmorùr.
an 182, 7o8, 372, 397, 421, etc.,
avec.
anar, va employé comme auxiliaire au
sens du prétérit, comme en catalan,
1329, 1963, 1964.
apcrt 28, 202, 243, 308, etc. cheville.
apenamcnt\%i^2<\^, 302, 305,3 18,358,
384, 394, 413, 429, etc. cheville.
ardidamcnl 1425, 1803, 1834, 21 19,
2306, 2346, cheville.
astor 1430, ISSO, 1 569, autour, oiseau
de châsse.
dVI5W,i'—,JV(iMf, 59,325,423,1235,
1 421, 1465, 1 540, etc., être attentif.
Beres 702 ?
'bcroyer 455, arme «sorte de poignard)
faite en Berry? Un ex. franc, de
1412 est cité par Carpentier, Du
Cange Bcrroerii.
biortz 2377-9, behourt, joute.
'bossar, se — , 1473,56 gonfler; ex. du
part, dans Lex. rom. II, 242.
"brandar 1207, brandir.
"brodent 372, brondent i^-j}
Cadaun 604, chacun.
cays 1467, 1J34, joue.
fâ\i(î/ 1 542, dent molaire. Raynouard,
II, 287 cite l'ex. de Biandin et un
autre tiré de VElucidari qui a été
écrit sur les confins de l'Espagne.
C'est un mot surtout catalan (caixal).
camalh 1222, camail, tissu de mailles
qui s'attachait au bassinet et proté-
geait le bas de la tête et le cou.
C'est la pièce d'armure qui au XIII*
s. et surtout au XIV* remplace l'an-
cienne ventaille.
chins 783, chiens.
cogitar 581, penser. Lex. rom. II, 429.
cominal 739, qui est de pair, au même
point.
contenensas 1638, 1702, contenances,
mines.
contenent,de — 1445, 1 570, 161 3, 2185,
incontinent; Lex. rom. V, 335.
'Daga 1539, dague.
degorar \ 580, pour devorar.
denpes (d'en pes) 1560, 1627, sur pied,
debout.
doman, pour dcman, 2275, comme ro-
maner pour remaner.
Enfelonir, s' — , 1193, devenir furieux ;
enfelonit 1 100.
I. Les mots qui manquent à Raynouard sont précédés d'une *. Je classe \'y avec l'i.
Romania, Il 1^
202
P. MEYER
'enmentre 97, 575, 771, etc., tandis
que.
escampar 744, lâcher, perdre.
escavalchar 51, 245, 571; Raynouard
admet ce mot avec l'exemple du v.
3 1 . Dans tous ces cas on pourrait
corriger c[l]s cavalchcron.
escura, 79, obscurité.
*<;imor/ir 1 52, s'éteindre, mourir; ca-
talan.
cstaboïtz 2163, étourdis, Lex. rom. III,
198.
Far 654, faire, au sens de décrire,
représenter.
*fercios 14 18, fier, farouche.
fissanza, de gran — 140, 1520, che-
ville.
''jorja 752, forge, mot catalan (prov.
farga).
fremar 2299, pour fcrmar, fiancer, s'en-
gager avec une lemme.
Gassan, pour gazan, gain; anar se en
mal — 1806.
grueyssa 14^8, grosseur.
Joël 1841, joyau.
joli, jolia, 1380, 1688, gai, enjoué.
Le\iar 174, 455, enlever.
Mais que 146^, 1481, 1498, 1516, etc.,
paraît employé au même sens que
mais, comme très que pour très.
mar tallen 200, pour mal tallcn.
marvais 1346, mauvais.
massât ge 2033, 2037, habitation; Lex.
rom. IV, 148, mazatge..
matar 458, tuer; castillan et catalan.
molherar 2301, se marier, en parlant
d'un homme.
Narra 1415, narre 701, narine.
no explétif 363.
'Orta 88, jardin ; catal. plutôt que prov.
Parar 1236, parer un coup; pas d'ex,
en ce sens dans Raynouard.
passar, s'en — , 772, passer, mourir.
'pcnna 719 (supprimez la correction
proposée en note), la partie supé-
rieure de l'écu, voy. Du Cange,
t. VII.
perdut, Aotre trobat per un perdut, 1098,
proverbe.
poncliut 1416, pointu.
ponhal 740, poignard, pas d'ex, en ce
sens; dans Raynouard, IV, 669 b.
Quai 1554, pour eal, il faut.
Rcysidar ()S, 103, 1560, réveiller.
remanir (en rime) 513, 529.
resianchar 1 50, étancher, arrêter le sang.
Sausse 1034, saule.
*secodar 139, secouer; Lex. rom. V,
175, secodre.
sort, mala — 874.
Tonibar v. transitif, 142, 348, 392,
428, 748, etc.
*trcsque 203 , i 100, beaucoup, très, mot
d'un assez fréquent emploi dans le
Midi au XIV et au XV^ siècle.
Verre 141 3 verrat, sanglier. Lex. rom.
vianda, les deux premières syllabes
réunies en une, 286, 1017, 1736; au
contraire 1038, 2266.
ERRATA.
P. 178, la première note se rapporte au v. 389 (et non 388). Ce vers peut
être ainsi corrigé Lo j. tal m. — P. 181, note sur le vers 704, lisez : « m'ais,
corr. m'aias «. — P. 182, les notes des v. 759 et 760 sont rattachées à tort
aux vers 760 et 761.
FRANÇOIS VILLON
ET SES LÉGATAIRES.
Parmi nos vieux poètes, il n'en est pas dont la destinée excite autant
la curiosité que celle de Villon, l'écolier du xV siècle. Cet auteur, en
nous révélant quelques-unes des plus tristes circonstances de sa vie,
semble pris dans son dernier ouvrage d'un si vif regret de sa « jeunesse
folle », ses sentiments sont exprimés d'une façon si touchante qu'on ne
peut se défendre d'une certaine sympathie pour lui. On voudrait avoir
des renseignements plus précis sur cette existence dont on ignore la
durée, savoir enfin s'il était véritablement aussi coupable qu'on s'est
souvent plu à le croire. Nous avons entrepris déjà depuis longtemps des
recherches à ce sujet aux Archives Nationales, en vue d'une édition que
nous espérons publier bientôt, et bien qu'elles n'aient pas eu tout le
succès que nous souhaitions, nous croyons pouvoir en faire connaître
dès à présent les principaux résultats.
Les biographes de Villon se préoccupent tout d'abord de connaître
son nom de famille. Pendant plus d'un siècle, on ne paraît pas avoir douté
que Villon n'ait été son véritable nom ; mais il faut dire qu'au xvi'^ siècle,
les savants s'occupèrent peu du malheureux poète. Ce n'est qu'en 1 599
qu'apparaît pour la première fois la question du nom de Villon, dans le
passage suivant du président Fauchet : « Maistre François Corbueil
«< fut surnommé Vuillon pour les tromperies qu'il fit en sa vie, l'épitaphe
« duquel j'à^ dans un de mes livres escrit à la main qui dit :
Je sui Françoys, dont ce me poise,
Nommé Corbueil en mon surnom.
Natif d'Auvers emprès Pontoise,
Et du commun nommé Vuillon.
Or, une corde d'une toise,
Sçauroit mon col que mon cul poise.
204 '^- LONGNON
Se ne fut un joly apel.
Le jeu ne me sembloit point bel '.
Cette épigraphe, ou plutôt cette épigramme, au sens ancien du mot,
semble, on le voit, n'être qu'une amplification du quatrain suivant :
Je suis Françoys, dont ce me poise,
Né de Paris emprès Ponthoise;
Qui, d'une corde d'une toise,
Sçaura mon col que mon cul poise,
qui se lit dans toutes les anciennes éditions de Villon.
Fauchet n'a pas converti tout le monde à son opinion. Le Père du
Cerceau attaqua en 1723 avec une certaine vivacité l'authenticité de
l'épigramme, en raison de l'entrelacement des rimes masculines et fémi-
nines qui s'y remarque, et dont l'emploi régulier est bien postérieur, suivant
lui, à Villon ^ ; mais son objection tombe nécessairement si l'on observe,
avec M. Antoine Campaux ?, que cet entrelacement se retrouve dans
plusieurs des ballades de Villon, et notamment dans la requête au duc
de Bourbon. Dans notre siècle, Daunou a également contesté le nom
Corbuell 4 et tout récemment encore P. Jannet se rangeait à son senti-
ment en formulant une nouvelle objection contre le huitain publié par
Fauchet. « Une preuve certaine, dit-il, de la composition tardive de cette
)) pièce, c'est qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde
» moitié du xv® siècle, et certainement pas dans les œuvres de Villon,
» un huitain dont les rimes soient distribuées comme dans celui-là. «
Et, en effet, tous les huitains de Villon riment 1-3, 2-4, 5-7, 6-8, tandis
que dans celui de Fauchet, les quatre derniers vers riment ^-6, 7-8.
(( Les faussaires, conclut-il, ne pensent jamais à tout 5. » Nous n'aurions
certainement pas songé à répondre à cette judicieuse observation, si
nous n'avions eu le bonheur de retrouver la pièce suspecte dans le
manuscrit autrefois possédé par Fauchet et dont la trace était perdue
depuis longtemps ^. Or, l'objection de Jannet est réduite à néant, car
on discutait sur des vers copiés quelque peu inexactement par Fauchet,
1 . Origines des chevaliers, armoiries et héraux dans les Œuvres de M. Claude
Fauchet, édition de 1610, f"^ 508 V, 509 r".
2. Lettre à Monsieur de *** en lui envoyant la nouvelle édition des Œuvres de
François Villon. Cette lettre est jointe à l'édition de Coustelier, Paris, 1723.
3. A. Campeaux, François Villon, sa vie, ses œuvres, p. 40.
4. Journal des savans, 1832, p. 554.
5. Œuvres complètes de Villon, édition préparée par La Monnoye, mise au
jour par M. P. Jannet, p. vi, note i.
6. Nous utiliserons dans notre édition les variantes que nous fournit ce
manuscrit non encore employé pour les éditions de Villon. Il renferme comme
le ms. 1661 du fonds français de la Bibliothèque Nationale ceux des huitains
du Petit Testament que Prompsault a le premier publiés.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 205
et que nous reproduisons textuellement d'après le manuscrit qui date du
dernier tiers du xv"^' siècle :
Je suis François, dont il me poise,
Nommé Corbeil en mon seurnom,
Natif d'Auvars emprez Pontoise,
Et du commun nommé Villon.
Une corde de demye toise,
Ce ne feusl ung joly appel,
Sceust bien mon col que mon cul poise.
Le jeu ne me sembloit point bel '.
S'il est désormais impossible de nier l'existence de l'épigramme et
difficile d'en contester l'authenticité , nous ne pensons pas cependant
qu'on doive s'en autoriser pour substituer au nom de Villon celui de
Corbeil (et non Corbueilj et faire du poète un enfant d'Auvers. Nous ne
sommes pas en mesure de dire pourquoi dans un manuscrit renfermant
des poésies de Villon et remontant à la fm du xv"' siècle, ce huitain vient
terminer le grand testament de Villon ou, plutôt, a été transcrit à la
suite de ce morceau capital ^ Nous parlerons donc dès maintenant des
pièces authentiques consultées par nous et qui nous contraignent à rejeter
le nom de Corbeil.
On trouve dans le registre du Trésor des Chartes coté JJ 1 87 une
lettre de rémission accordée en janvier 1455 (1456, n. st.) à « maistre
François des Loges, autrement dit de Villon, aagié de vingt-six ans ou
environ» pour un meurtre commis le jour de la Fête-Dieu, au cloître de
Saint-Benoît-le-Bétourné, à Paris, sur la personne de Philippe Cher-
moye, prêtre. Or, si l'on considère le titre de maître que ce document
donne au suppliant et qui est également attribué à Villon par les pre-
miers éditeurs, ainsi que par l'auteur des Repues franches ; si l'on rapproche
le surnom du délinquant du nom de famille de « maistre Guillaume de
Villon ') que le poète appelle son « plus que père « ; si l'on remarque
que, suivant le préambule du Grand Testament, Villon devait être né en
1. Le ms. porte : « Le jeu me ne me sembloit pas bel. »
2. Le copiste auquel on doit le manuscrit Faucnet a consacré au Grand Tes-
tament un gros cahier de papier dont les derniers feuillets sont marqués 62
et 67 ; malgré cette apparente irrégularité, il n'y a pas de trace de feuillets
disparus, car l'avant-dernier (coté 62; correspond avec le second feuillet du
cahier. Ce copiste avait utilisé le bas du f" 62 v" par la transcription de ces
quatre vers, variante peu importante de l'épigramme la plus connue :
Je suis François dont il me poise,
Natif d'Ausoir emprès Pontoise,
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise.
Ces vers ont été barrés et remplacés au folio 67 r" qui suit immédiatement
par l'épitaphe donnant le nom de Corbeil.
206 A. LONGNON
14:; I et avoir de vingt-quatre à vingt-cinq ans en janvier 1455 (v. st.),
il devient presqu'impossible de douter que «maistre François des Loges»
et Villon ne fassent un seul et même personnage.
La découverte de cette lettre de rémission paraîtrait devoir faire
cesser les conjectures sur le véritable nom de Villon : elle ne ferme
cependant pas l'ère des hésitations. La présence dans un autre registre
du Trésor des Chartes (JJ 185) d'une lettre de rémission adressée dans
le même mois de janvier 1455 et pour le même crime à « François de
Monterbier, maistre es ars », vient de nouveau obscurcir la question.
L'âge du suppliant n'est pas énoncé dans cette seconde pièce; mais Fran-
çois de Monterbier ne peut être distingué de Fr. des Loges, car le récit
de la rixe est le même à quelques détails près dans les deux lettres; ici
la victime est appelée Phelippe Sermoise au lieu de Ph. Chermoye.
Nous renonçons à expliquer ce fait d'une double requête adressée par le
même personnage sous deux noms différents et amenant la délivrance de
deux lettres de rémission. Nous nous contenterons de faire remarquer
pour l'honneur de la chancellerie royale que les deux lettres ne furent
pas données au même lieu : la première est datée de Saint-Pourçain, en
Bourbonnais, et la seconde de Paris.
Il est certain, par le fait même de ces deux requêtes, que le poète
était connu à Paris sous l'un et l'autre des noms dont il les signa ; mais
il importe de distinguer son nom patronymique. Il nous a paru que pour
parvenir à résoudre ce petit problème, il convenait de recourir aux
archives de l'Université de Paris, où Villon avait étudié.
Le seul document où nous pouvions espérer trouver quelque renseigne-
ment sur notre poète est un registre des procureurs de la nation de France
pour la faculté des arts, registre sur lequel on inscrivait les noms des
écoliers boursiers qui obtenaient les grades de bachelier, de licencié et
de maître. Nous n'avons trouvé dans ce registre, qui se rapporte aux
années 1444 à 1456, ni François des Loges, ni François de Monterbier, ni
même Corbeil ; mais nous remarquons en revanche, parmi les rares éco-
liers du nom de François, un Franciscus de Moult Corbier, parisiensis,
nommé par trois autres fois Franciscus de Montcorbier. Il figure en mars
1448 (v. st.) parmi les haccalanandi ', et un peu plus de trois ans après,
c'est-à-dire au temps de Jean de Conflans qui exerça les fonctions de
procureur de la nation de France du 4 mai au 26 août 1452, on le
compte au nombre des jeunes gens appelés à la licence , puis à la
maîtrise es arts -. Or, le nom de Montcorbier étant le seul qui puisse
1. Folio 97 v°, du registre des procureurs de la Nation de France conservé
à la Bibliothèque de l'Université. — La bourse de Franciscus de Moult Corbier,
parisiensis, y est estimée deux sous parisis.
2. « ènquiTUR KO.MEN cuJUSDAji LiCENCUTi : Dominus Franciscus de
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 207
être rapproché d'un de ceux que les lettres de rémission attribuent
à Villon, et se retrouvant, du reste, à plusieurs reprises dans un
registre original, ce nom est à notre avis le véritable nom du poète. Le
changement de Montcorbier (ou Moncorbier) en Monterbier résulterait
d'une faute de copiste, car on sait combien est grande dans l'écriture du
xV siècle la ressemblance des lettres c et t d'une part, o et e de l'autre,
et nous ne craignons pas, en émettant cette opinion^ de recevoir le
blâme de quiconque, ayant étudié quelque peu les registres du Trésor
des Chartes, a pu juger combien les noms propres y sont quelquefois
altérés.
Il est possible que le nom Corbeil ne soit qu'une corruption de celui
de Montcorbier. On ne doit pas oublier, en effet, que nous ne connais-
sons du huitain qui le fournit qu'une transcription qui, sans doute, ne se
rattachait à l'original que par plusieurs intermédiaires. Il semble, en
outre, difficile d'admettre que le poète ait pu commettre ce grossier
pléonasme : « Nommé Corbeil en mon seurnom », et on peut dès lors
supposer que les deux premières syllabes de ce vers renferment une
fausse leçon. Or, comme Villon, s'il est l'auteur du huitain, écrivit assu-
rément :
Je suis François, dont il me poise,
De Montcorbier en mon seurnom.
nous nous arrêterons à cette hypothèse qu'un copiste maladroit aura
fait du second vers : « De nom Corbier en mon seurnom », leçon qu'un
second scribe modifia légèrement pour éviter la redondance. Quant à la
différence qui subsiste entre Corbier et Corbeil, les manuscrits offrent
trop souvent des variations analogues en ce qui concerne les noms
propres , pour qu'il y ait lieu de s'en occuper autrement.
Nous ne devinons pas quel motif porta Villon à substituer à son nom
patronymique de Montcorbier celui des Loges, qui ne tarda pas à être rem-
placé lui-même par le surnom ds Villon, ou plus simplement Villon, sous
lequel il devait être plus tard exclusivement connu. L'origine de ce
dernier surnom, grâce aux Testaments, paraît certaine. Il fut sans doute
donné à François en raison de ses relations avec un protecteur de sa
jeunesse qu'il a soin de nommer dans chacun de ses Testaments, avant
Montcorbier, de Parisius, cujus bursa: II s. p. — Sequuntur nomina illo-
RL".M QUI I.NCEPERUNT IN PRESEXTI PROCUR.VTORIA [JOHANNIS DE CONFLANS]:
Dominus Franciscus de Montcorbier , de Parisius , inccpturus sub me
vrocuratorc : Il s. p. » (f" \^\ r" du registre déjà cité). — Cinq lignes plus
bas, Jean de Conflans a reproduit la mention de F. de Montcorbier sous cette
forme : « Dominus Franciscus de Montcorbier, de Parisius, inccpturus sub magistro
de Conflans tune procuratorc : Ils. « On peut tirer de ces mentions la preuve que
Fr. de Montcorbier étudiait alors sous la direction de Jean de Conllans. Le
chiffre qui suit le nom des écolie.'-s est celui de la valeur de leur bourse.
208 A. LONGNON
tous autres légataires. En 1456, il l'appelle d'abord, à cause de sa
mesure du vers, omaistre Guillaume Villon ' », puis plus tard, en 1461,
(( maistre Guillaume de Villon 2. » C'est surtout dans le Grand Testa-
ment que Villon parle affectueusement de ce protecteur, qui l'avait tiré
de plus d'un danger et occupe en retour la première place dans ses
souvenirs :
Item, et à mon plus que père
Maistre Guillaume de Villon,
Qui m'a esté plus doulx que mère
D'enfant eslevé de maillon ;
Qui m'a mys hors de maint boillon,
Et de cestuy pas ne j'esjoye ;
Si luy requiers à genoillon.
Qu'il m'en laisse toute la joye.
Ces vers suffisent à prouver qu'après avoir « toutes ses hontes bues »,
Villon n'était pas entièrement perverti, puisqu'il pouvait encore trouver
de telles paroles pour témoigner sa reconnaissance. On ne peut dire au
juste quels liens unissaient Guillaume au jeune poète ; il parait certain
toutefois que ce n'était pas le maître fripon, auquel il devait les premières
leçons de la pince et du croc, comme l'a supposé un des derniers éditeurs
de Villon 5. Guillaume était sans doute le maître sous lequel Villon avait
étudié, car alors, comme l'observe M. Thurot dans son livre sur i'Or-
ganisaîion de l^ enseignement dans l'Université au moyen-âge, les relations
entre les maîtres et les étudiants étaient plus intimes et plus familières
« qu'elles ne le sont aujourd'hui dans les collèges entre les professeurs
)) et les élèves. L'étudiant était réclamé par son maître au Châtelet; c'était
» son maître qui présidait à ses actes lorsqu'il prenait ses grades, car
» les étudiants s'attachaient ordinairement à un maître de leur pays
» pour conférer plus librement avec lui et lui demander des explications.
» Les étudiants et les maîtres d'une même nation logeaient le plus sou-
)) vent dans le même hôtel, souvent ils mangeaient à la même table 4. »
Quoi qu'il en soit, François de Montcorbier fmit par prendre le nom de
son protecteur.
La question du nom de Villon à peu près résolue, il nous reste à
reprendre le peu que nous savons de ce personnage en suivant l'ordre
chronologique. François de Montcorbier, de Paris, élève boursier à
1. Petit Testament, huitain 9.
2. Grand Testament, huitain 77.
5. P. L. Jacob, bibliophile, Œuvres complètes de Villon, p. 15, note 6.
4. Ch. Thurot, De F organisation de l'enseignement dans l Université au moyn-âge,
p. 38. — Il est bon cependant de rappeler ici que si Guillaume avait^été le
maître de François, il ne l'était plus à l'époque où celui-ci reçut la maîtrise :
le registre de la Nation de France nous apprend qu'il étudiait alors sous
maître Jean de Conflans.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 209
l'Université, arrivait au baccalauréat en mars 1449 (n. st.). Dans l'été de
1452, il devenait licencié et maître es arts, et, comme nous savons par
le Grand Testament qu'il était né vers 14^1, il obtint le grade de maître
à 21 ans environ. Ce renseignement est précieux pour la réhabilitation
de la jeunesse de Villon et montre que quelquefois notre auteur se charge
outre mesure. En effet, il se reproche de ne pas avoir « étudié au temps
de sa jeunesse folle », d'avoir fui l'école ', et on croyait trouver en lui
un écolier n'ayant pu atteindre à aucun des grades universitaires. Tout
au contraire, Villon reçut la maîtrise aussitôt qu'il eut atteint Page régle-
mentaire, car, pour obtenir ce grade, il fallait être âgé au moins de
2 1 ans et avoir étudié en arts pendant si.x ans 2.
A dater de 1452, Villon eut sans doute à son tour des élèves auxquels
il put rendre quelques-uns des services qu^il avait jadis reçus de son
maître. Ces élèves, du moins ceux qui étudiaient sous lui quatre ans
plus tard, paraissent dans ses poésies ; et Villon, après son départ de
Paris, les appelle ses « jeunes orphelins ? ». Ils se nommaient Colin
Laurens, Girart Gossoyn et Jehan Marceau, et les érudits ne les ont
considérés jusqu'ici que comme de jeunes malfaiteurs dressés au crime
par Villon. L'un d'eux figure en 1454 s°"s ^^ ^^^ ^^ " Girart Gossouyn
le jeune, escolier à Paris 4 » et il pouvait être le fils de « Girart Gos-
souyn l'ainsné », alors notaire au Châtelet 5. Villon comptait donc parmi
ses écoliers au moins un jeune homme appartenant à une honorable
famille parisienne, et ce fait peut être invoqué comme une preuve de sa
conduite irréprochable à cette période de sa vie.
Les lettres de rémission accordées par Charles VII à Villon en janvier
1456 (n. st.) marquent la fin de cette période et constatent que jusqu^a-
lors il n'avait « esté attaint, reprins, ne convaincu d'aucun autre villain
» cas, blasme ou reproche ». François demeurait en 1455 dans le
cloître de Saint-Benoît-le-Bétourné, non loin de la Sorbonne, dont il
entendait sonner la cloche en écrivant son premier Testament 6. Or,
1. Grand Testament, huitain 26.
2. Ch. Thurot, De l'organisation de l'enseignement, etc., p. 60.
3. Petit Testament, huit. 2^ et 26. — Grand Testament, huit. 137.
4. Archives Nationales, Y 5231, à la date du 6 août 1454. — Gossemart,
procureur de l'Université, avait mis empêchement à une cause pendante entre
Girard Gossouyn et Jean Wasset, mais cet empêchement fut levé par le Châ-
telet : I' Sera levé et osté, et icellui [empeschement] levons et estons et si disons
» que icellui Gossouyn joyra des previleges, franchises et libériez de ladicte
» Université comme vra) et continuel escalier d'icelk Université et tout selon la forme
» et teneur dud. mandement duquel la teneur s'ensuit. » (Suit la copie d'un
mandement de Guill. Houppelande, recteur de l'Université, en date du 27
juillet 14^.)
5. Archives Nationales, Y 523 1^ aux 10 février, 21 et 28 novembre 14^.
6. Petit Testament, huit. 35.
210 A. LONGNON
ainsi qu'il l'expose, il était assis le jour de la Fête-Dieu '5 juin 1455),
vers les neuf heures du soir, sous le cadran de l'église de Saint-Benoît
en compagnie d'un prêtre et d'une femme, et conversait avec eux,
lorsque survinrent un autre prêtre nommé Ph. Sermoise ou Chermoie et
un jeune maître ès-arts, natif du diocèse de Tréguier, du nom de Jean
Le Merdi '■. Philippe arrivait dans un état d'exaspération furieuse
contre Villon, et bien que celui-ci ait cherché à le calmer en lui offrant
place auprès de lui, il le frappa de sa dague et lui fit à la bouche une
entaille dont Villon conserva la trace. Les deux adversaires étaient alors
complètement seuls, car leurs compagnons étaient partis peur ne pas se
compromettre dans la querelle. Villon, voulant éviter quelque nouveau
coup, tira aussi sa dague et en frappa le prêtre à l'aine ; cependant, il
ne paraît pas qu'il l'ait dès lors blessé. Jean Le Merdi, qui revint sur ces
entrefaites, désarma Villon, et le pauvre maître ès-arts, poursuivi et
menacé de nouveau par son ennemi, jeta au visage de celui-ci une pierre
qu'il tenait à sa main droite et parvint à se retirer chez un barbier pour
se faire panser. Pendant ce temps, Philippe, grièvement blessé par la
pierre, gisait sur la place, d'où il fut porté en l' « ostel des prisons n de
Saint-Benoît. Là, il reçut la visite d'un examinateur au Châtelet de Paris
et, questionné par lui,' il ne semble pas avoir été tenté de charger Villon,
et déclara, au contraire, lui pardonner sa mort « pour certaines causes
qui à ce le mouvoient. » Le lendemain, vendredi, il fut transporté à
l'Hôtel-Dieu où il mourut le jour suivant. Villon, craignant cependant
l'action de la justice, quitta Paris, et, si Pon s'en rapporte à la lettre
accordée au nom de François de Monterbier, il aurait été banni pour ce
fait du royaume de France, et sa supplique n'avait d'autre but que d'ob-
tenir le retrait de cette peine -.
Ce sont certainement les conséquences de ce malheureux événement
qui jetèrent Villon dans la vie d'opprobres qu'il mena jusqu'en 1461. En
effet, il n'est pas probable que notre fugitif ait eu des ressources suffi-
santes pour vivre honnêtement pendant le laps de temps qui s'écoula
entre le 5 juin 1455 et le mois de janvier suivant. On ne sait s'il quitta
réellement le royaume, mais on peut croire que, pendant quelque temps
du moins, il parcourut les environs de Paris, vivant aux dépens des
bonnes gens. C'est du moins ce qui paraît ressortir de ce huitain du
Grand-Testament :
1. La qualité et le pays de J. Le Merdi nous sont fournis par le registre des
procureurs de la faculté des arts pour la Nation de France où il figure pour
avoir obtenu la licence et la maîtrise entre ie 5 mai et le 26 août 145^ (f"^ 207
V et 208 r").
2. Tous les détails que nous donnons sur la lutte entre Philippe et Villon et
sur ses suites sont empruntés aux deux lettres de rémissions dont nous don-
nons le texte en appendice.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 2 1 1
Item, et à Perrot Girard,
Barbier juré de Bourg-la-Royne,
Deux bassins et ung coquemard, .
Puisqu'à gaigner mect telle peine.
Des ans y a demy douzaine,
Q^u'en son hostel, de cochons gras,
M'apastela une sepmaine ;
Tesmoing l'abesse de Pourras '.
Si l'on ajoute quelque foi à cette indication des six ans qui séparaient
la repue franche de Bourg-la-Reine du moment où il écrivait le Grand-
Testament, on arrive à fixer pour date à cet incident le second semestre
de l'année 145^. C'était justement l'époque où il fuyait la justice, et il
est possible que ce soit alors qu'il ait contracté ces liaisons malsaines
qui devaient le conduire à deux pas du gibet.
Parmi ces liaisons, il en est une dont il nous faut parler dès mainte-
nant, puisque la mention s'en trouve au huitain que nous venons de
citer : nous voulons parler de ses rapports avec l'abbesse de Pourras,
témoin de la repue franche faite aux dépens de Perrot Girard. M. Paul
Lacroix a donné du nom de l'abbesse une explication que rien n'appuie -,
L'abbesse de Pourras n'a pas plus que les autres personnages des Testa-
ments un titre imaginaire ; c'était l'abbesse de Port-Royal, au diocèse
de Paris, abbaye dont le nom vulgaire était alors Porrais ou Pourrais ?.
Huguette du Hamel, ainsi se nommait cette indigne religieuse, était
devenue abbesse de Port-Royal à la mort de Michelle de Langres en
1454 ou 145 ^•♦. Il paraît qu'avant son élévation à cette dignité, Huguette
se conduisait déjà d'une façon peu régulière ; mais la connaissance de
ses désordres se répandit surtout en 1465, époque à laquelle la guerre
du Bien Public la força de venir chercher, avec ses religieuses, un asile à
Paris chez maître Baude Le Maistre, procureur de l'abbaye, qui passait
pour avoir des rapports intimes avec elle. Elle fut alors dénoncée par
un religieux bernardin à l'abbé de Chaalis qui, en 1463, avait déjà reçu
mission de l'abbé de Cîteaux, chef de l'ordre, de surveiller sa conduite.
1. Grand Testament, huit. 105.
2. P. L. Jacob, bibliophile. Œuvres complètes de Villon, p. 127, note 2.
j. On ne doit pas s'étonner que Villon ait changé Pourrais en Pourras k cause
de la rime, car on trouve un exemple d'une licence aussi grande dans le Petit
Testament (huit. 34) où N. de Louviers est appelé de Louvimlx. Il faut consulter
sur l'ancien nom de Port-Royal VHisloire de la ville et du diocèse de Paris, de
l'abbé Lebeuf (t. VIII, p. 475-475). Nous devons rendre cette justice à Fau-
chet, qu'il avait reconnu l'abbaye de Port-Royal, sous le nom de Porras que
donne son manuscrit, comme le prouve cette note écrite de sa main : « Port-
Roial, près Trapes. » (f" 54 v).
4. Suivant les auteurs du Gallia Ckristiana, Michelle de Langres est encore
nommée dans une charte du i'"" février 1454, ^t ils n'ont rencontré Huguette
qu'à partir du 12 février 1455 {Gall. Ctir.; t. VII, c. 915 et 916).
212 A. LONGNON
L'abbé de Chaalis la priva de l'abbaye de Port-Royal et la remplaça par
Jeanne de La Fin, d'une famille forézienne, ce qui donna naissance à
un long procès. Huguette, rétablie un moment dans son abbaye, fut
contrainte en 1470 d'abandonner pour toujours le siège abbatial à
Jeanne ' . Parmi les faits allégués contre elle par la partie adverse, il en
est un qu'il importe de mentionner ici, parce qu'il offre un rapport
étroit avec notre sujet et prouve que Villon ne fut pas le seul à mêler le
nom de cette religieuse à ses vers. « Elle aloit aux festes et nopces, dit
» le procureur de Jeanne de La Fin, et se desgoisoit avec les galans, et,
)) aucunes fois la nuit, illec se tenoit telement que les gens d'armes en
» firent une balade, desquelz elle fist tant batre ung qu'il expira et en
» est encore le procès pendant 2. «
Rentré à Paris vers le mois de janvier 1456 (n. st.), Villon tenta sans
doute de reprendre ses anciennes habitudes de travail. Il ne paraît pas
y avoir réussi, préoccupé qu'il était d'un amour sans espoir dont la
pensée le poursuivait encore en 1 461 5 et qui, onze mois après son
retour, amena son départ pour Angers 4. C'est à l'occasion de ce départ,
qui eut lieu vers Noël 14565, qu'il composa son premier Testament.
Nous avons cru un moment que Villon était attiré en Anjou par la
cour du roi René, ce prince ami des lettres et des arts et poète lui-même,
et nous nous fondions sur une allusion à un des pas d'armes tenus par
René <^, allusion par laquelle est annoncée la ballade qu'il donna, suivant
ses éditeurs, « à un gentilhomme nouvellement marié, pour l'envoyer à
» son espouse, par luy conquise àPespée. » Ce «gentilhomme» aurait en
effet, suivant Villon, conquis sa femme à un pas d'armes du roi de Sicile,
et il nous semblait que notre poète avait pu être l'un des sjjectateurs du
tournoi et écrire sa ballade sous l'impression de son souvenir. Malheu-
reusement, le titre que nous venons de transcrire en partie ne remonte
1. L'arrêt du Parlement intervenu en date du 2 juin 1470 n'était pas définitif.
On décida seulement que Jeanne de la Fin jouirait des fruits de l'abbaye
jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par « les gens tenant les requestes
du palaiz » devant lesquels le procès était pendant (Archives Nationales,
X'a 148^, f 64 V"; l'arrêt est transcrit au registre X'^ 102, f^ 245 r° à 246
r°) ; mais s'il y eut une nouvelle décision, ce fut certainement en faveur de
Jeanne qui gouverna l'abbaye de Port-Royal jusqu'en 1513 iGall. Christ.,
t. VII, c. 9161.
2. Archives Nationales, X'a 8311, f' 185 v". — Tous les détails qui pré-
cèdent sont tirés des plaidoiries du 15 décembre 1469 et jours suivants, ana-
lysées dans ce même registre.
3. Cet amour lui a inspiré une double ballade et les huitains ^ à 61 du
Grand Testament, et il prétend dans la ballade finale de cet ouvrage qu'il mou-
rait martyr de l'amour.
4. Petit Testament, huit. 6.
5. Ibid., huit. I et 2.
6. Ibid., huit. 129. Nous croyons que ce pas d'armes est celui de Saumur,
tenu en 1448 (voyez plus loin, p. 224).
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 21 ^
pas à Villon : il est dû à Marot et il se trouve pour la première fois dans
l'édition que ce poète donna en i ^ 5 ^ '. Il ne représente donc que l'opi-
nion de Marot, opinion qui se défendrait difficilement, car deux vers de
la ballade permettent de croire que l'épouse était déjà devenue mère ^.
Rien ne prouve donc que Villon ait assisté à un tournoi du roi René, et
son voyage à Angers ne peut avoir eu pour but de voir ce prince qui,
précisément, résidait depuis quelque temps déjà dans son comté de
Provence 5.
Bien que Villon se proposât d'aller à Angers, on ne peut cependant
assurer qu'il y soit parvenu. On ignore, par conséquent, si c'est à ce
voyage dans l'ouest qu'il se lia aux deux dames poitevines de Saint-
Généroux, auxquelles il devait son peu de connaissance du langage
poitevin. L'indication inexacte qu'il donne de la situation de Saint-Géné-
roux, voisin suivant lui de Saint-Julien-de-Vouvantes, et compris dans
les marches de Bretagne ou dans le Poitou 4, nous autorise à croire qu'il
ne visita pas ce lieu.
On en est encore réduit aux hypothèses pour ce qui concerne la con-
damnation à mort de Villon, condamnation qu'il prétend être le résultat
d'un jugement inique et à laquelle il échappa grâce à un appel au Parle-
ment s. Il est même impossible de rien savoir de l'accusation qui pesait
sur lui. Cependant, en lisant le Grand Testament, on serait tenté de
croire que l'amour seul le perdit ; mais cela semble difficile à admettre.
On trouverait de meilleurs motifs de sa condamnation dans la conduite
que l'auteur des Repues franches lui attribue. Si l'on en croit ce petit
poème, qui doit être considéré comme une tradition presque contempo-
raine, Villon aurait été à Paris le chef d'une bande de compagnons
vivant d'escroqueries continuelles. Cette assertion paraît confirmée, du
1 . Les éditions antérieures, et même celle de Galiot du Pré, qui date de 1532,
ne donnent pas de titre à cette pièce qu'ils font simplement précéder des mots :
« Autre ballade. «
2. Si ne perds pas la graine que je sume
En vostre champ, car le fruict me ressemble.
3. De Villeneuve-Bargemont, Histoire de René d'Anjou, t. II, p. 1 17. — De
Quatrebarbes, Œuvres complotes du roi René, t. I'^'", p. xciv et xcv.
4. Les éditions portent toutes : « Demeurantes a Sainct-Genou, i! Près
Sainct-Julien des Voventes, || Marches de Bretaigne ou Poictou » {Grand
Testament, huit. 94); mais on ne trouve pas de village de Saint-Genou en
Poitou, ni en Bretagne. Nous substituons donc au premier de ces vers cette
variante d'un ms. : « Demeurant a Saint-Generou n, parce qu'il y a dans le dépar-
tement des Deux-Sèvres (arr. de Parthenay, canton d'AirvauIt , une commune
du nom de Saint-Généroox. Il est facile de comprendre que les éditions dérivent
d'un ms. où l'abréviation de Gen[er]ou avait été omise.
y Voyez la ballade de l'appel de Villon dans laquelle le poëte prétend avoir
été jugé M par tricherie. >. Cette ballade est adressée à un certain Garnier, qui,
si 1 on s'en rapporte au titre (La question que feist Villon au clerc du guichet)
donné par l'auteur du ms. Fauchet à cette pièce, devait être le geôlier de Villon.
2 14 ^- LONGNON
reste, par la lecture des six ballades en jargon qui semblent ne contenir
que des instructions de Villon à ses compagnons de brigandage, et l'exa-
men des pièces judiciaires relatives à deux individus dont le poète
rappelle la fm malheureuse aux « enfants perdus « nous permettra de
prendre une idée de la triste société dans laquelle il vécut alors.
Montigny ' et Colin de Cayeux^, tels sont les noms des deux suppliciés
dont le sort doit être évité par les sujets de Villon. Le premier, Renier
de Montigny, appartenait, sinon à une famille noble, du moins à une
honorable famille parisienne ; aussi le Petit Testament le qualifie-t-il
« noble homme 3 ».
Renier était né à Bourges vers 1429 ; il avait donc environ deux ans
de plus que Villon. Son père, Jean de Montigny, fidèle au dauphin
Charles, avait quitté Paris lors de l'entrée des Bourguignons en 141 8 et
n'y rentra qu'avec son souverain après !a réduction de la capitale en
143 5. A son office de pannetier du roi, il joignit alors la charge d'élu de
la ville de Paris ; mais la mort ne tarda pas à le surprendre et il laissa,
outre sa femme Colette de Vaubelon, un fils et deux filles, issus d'un
premier mariage et fort jeunes encore, dans un état voisin de la misère.
Renier, que les registres qualifient de clerc, contracta de dangereuses
liaisons et fut arrêté plusieurs fois. En août 1452, il était condamné au
bannissement par une sentence du prévôt de Paris pour avoir une cer-
taine nuit, en compagnie de deux autres garnements, rossé deux sergents
du guet à la porte de la grosse Margot 4, cette immonde créature dont
Villon, quelques années plus tard, devint le chevalier si l'on en croit une
de ses ballades. Il fut aussi emprisonné à Rouen, à Tours et à Bordeaux.
A Poitiers, Renier commit une escroquerie digne de Patelin : il y acheta
pour vingt écus de drap et se fit donner par le marchand vingt autres
écus, ne lui laissant en retour qu'une boîte où il disait avoir mis vingt
nobles. A Paris, il jouait au jeu de la marelle et fut poursuivi comme
pipeur. Enfin, compromis dans une affaire plus grave, le meurtre de
Thévenin Pensot, commis dans une maison du cimetière de Saint-Jean-
en-Grève, il obtint une lettre de pardon. Rendu plusieurs fois comme
clerc à l'évêque de Paris, il ne tardait pas à recouvrer la liberté. Mais
1. « Montigny y fut, par exemple, || Bien attaché au halle grup. » (Ballade II
du Jargon, str. 2.)
2. Voyez la « belle leçon de Villon, aux enfans perduz » (strophe I""''), dans
le Grand Testament.
3. Petit Testanuiit, huit. 18. C'est sans doute la noblesse de Renier de Mon-
tigny qui porte Villon à lui léguer trois chiens (neuf autres chiens sont aussi
donnés dans le huitain suivant au seigneur de Grigny). Il semble que Renier était
réellement noble, autrement on ne s'expliquerait pas la qualification de « damoi-
selle, » donnée à sa sœur Jeanne dans la lettre de rémission de septembre 1457.
4. Arch. Nation., X^a 25, à la date du 21 août 1452 (reg. crim. du Pari.).
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 21 5
la justice se lassa de retrouver toujours sous sa main ce pécheur incorri-
gible. Dans l'année 1457, Renier participait à plusieurs vols sacrilèges,
faisant le guet pendant que ses compagnons enlevaient deux burettes
d'argent en l'église des Quinze-Vingts, puis un calice et un petit livre
d'heures dans l'église de -Saint-Jean-en-Grève. Emprisonné au Châtelet
de Paris pour la deuxième fois, il était encore réclamé le 24 août 1457
par l'évêque de Paris ; mais cette réclamation n'ayant pas été accueillie,
il fut condamné à mort. Renier en appela au Parlement ; mais peu con-
fiants dans la bonté de sa cause, ses parents intercédèrent pour lui, et,
en considération des services de sa famille et par compassion pour sa
sœur qui allait devenir mère, une lettre de rémission lui fut accordée '.
Il est douteux toutefois que la condamnation prononcée par le Châtelet
n'ait pas été exécutée, car le Parlement parait avoir refusé l'entérine-
ment de la lettre de rémission. Les registres criminels de cette cour
renferment un curieux résumé de la plaidoirie de Simon, procureur du
roi, qui déclarait la rémission subreptice, se fondant sur l'omission de
certains cas graves dans l'exposé des lettres, et de celle de Popaincourt
qui défendait le condamné 2. En tout cas, Montigny était pendu à
l'époque à laquelle Villon composait ses ballades en jargon. En 1470, le
souvenir de ce malheureux était encore vivant dans le monde judiciaire,
et nous voyons alors Ganay, le procureur du roi, le rappeler devant le
Parlement au sujet d'un clerc, prisonnier au Châtelet, et réclamé par
l'évêque de Paris '.
L'histoire de Colin de Cayeux, quoique moins connue, n'est pas plus
édifiante que celle de Renier de Montigny. Fils d'un serrurier. Colin
avait été mis à l'étude, mais il se laissa entraîner de bonne heure dans le
crime. « Larron^ crocheteur, pilleur et sacrilège, être incorrigible, »
1. Les renseignements sur les antécédents judiciaires de Montigny sont em--
pruntés à cette lettre de grâce donnée en sept. 1457 (Arch. Nat., JJ 189, pièce
199, i' 96 v) et aux plaidoiries des 23 août et 10 septembre 1457, relatives
à sa réclamation par l'évêque de Paris et à l'entérinement de la lettre de
rémission. {Ib'ui., X^a 28.)
2. Archives Nationales, Xza 28. — On trouve en outre, dans ce registre, à
la date du 3 novembre 1457, une déclaration de Jean Avenel, prêtre chapelain
de Saint-Jean-en-Grève, oui « se tient content et pour restitué d'un galice
» nagueres malpris et enblé par Renier de Montigny et Nicolas de Launoye en
» lad. église de Sainct Jehan. »
3. Ganay, pour le procureur du roi « allègue de Turgis et de Montigny qui
») estoient clercs non mariez, qui furent requis par l'evesque, in jiidicio contra-
i> dictorio, mais il en fut débouté. — Bataille dit que Turgis et Montigny avoient
» esté plusieurs fois prisonniers, ce que n'a esté le prisonnier dont est question. ><
(Arch. Nation., X^^ 85 1 1 , f» 206 v°). — Nous devons faire observer que le
Turgis dont on parle ici n'est pas Robert Turgis qui figure dans Villon, mais
un certain Christophe Turgis qu'on retrouve dans les registres criminels du
Parlement.
2l6 A. LONGNON
c'est ainsi que s'exprime à son égard le procureur du roi, Cayeux fut
rendu deux fois à l'évêque de Paris, le 9 février 1450 et le 14 septembre
1452. En 1456, il fut arrêté par le guet du Châtelet, Il fut aussi pris en
Normandie, s'évada de la prison de l'évêque de Bayeux, et crocheta de
même pour s'échapper des prisons de l'archevêque de Rouen. A Paris,
aidé de quelques autres bandits, il vola un trésor conservé dans la cha-
pelle du collège de Navarre et enleva à un religieux augustin 500 ou 600
écus, ainsi que de la vaisselle d'argent. Enfin, dans l'été de 1460, Colin
de Cayeux, arrêté dans l'église de Saint-Leu-d'Esserent, au diocèse de
Beauvais, par le prévôt de Senlis, fut d'abord confié à l'évêque de cette
ville, dont il quitta les prisons pour être transporté à la Conciergerie à
Paris. Le 28 septembre, on discutait au Parlement la réclamation de
l'évêque de Beauvais, dans le diocèse duquel on l'avait pris, et celle de
l'évêque de Senlis qui l'avait eu momentanément en garde : le procureur
du roi, Barbin, déclarait Colin incorrigible et lui déniait comme tel le
droit de jouir du privilège de clerc '. Bien qu'un an après Villon nous
apprenne par une ballade du Grand Testament que Cayeux avait subi le
dernier supplice, il ne paraît pas que sa condamnation à mort ait été
prononcée en septembre 1460. Ce n'était pas sa visite à l'église de Saint-
Leu-d'Esserent qui devait le conduire à la potence, mais bien les « esbats»
qu'il allait prendre, se fiant sur l'appel au Parlement, à Rueil, au diocèse
de Paris, et à Montpipeau, au diocèse d'Orléans ^.
On conçoit aisément qu'avec de tels compagnons Villon était sur la
route qui conduisait à Montfaucon. Cependant son cas était certaine-
ment moins grave que ceux de Renier et de Colin, puisque le Parle-
ment se montra miséricordieux à son égard et commua sa peine en celle
du bannissement. Les vers suivants :
Rigueur le transmit en exil,
Et luy frappa au cul la pelle.
Nonobstant qu'il dist : J'en appelle !
qui font partie d'un rondeau du Grand Testament, permettent de placer
sa grande condamnation avant 1461 5.
i. Tous les détails qui précèdent sont empruntés au registre criminel du
Parlement, coté X'a 28, à la date du 27 sept. 1460.
2. C'est du moins ce qui résulte de ces vers de la « belle leçon de Villon aux
enfants perduz » :
Se vous allez à Montpippeau
Ou à Ruel, gardez la peau ;
Car pour s'esbatre en ces deux lieux,
Cuyaant que vaulsist le rappeau,
La perdit Colin de Cayeulx.
3. Villon a employé ici le mot exil dans le seul sens qu'il ait actuellement,
sens qu'il avait déjà au moyen-âge (Du Cange, Clossarium média et in/, latin.,
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 2I7
Mais ici surgit une nouvelle question. Villon était-il banni du royaume
ou seulement du ressort de la prévôté de Paris ? Nous inclinons vers ce
dernier sentiment, déjà suivi par M. Campaux, malgré Rabelais, car il est
certain que les paroles de l'auteur de Pantagruelne doivent être acceptées
qu'avec une grande défiance en ce qui concerne Villon '. On ne trouve, du
reste, dans le Grand Testament écrit postérieurement à ce bannissement,
aucune trace d'un séjour quelconque à l'étranger. Bien plus, il semble
qu'à l'époque qui précéda son emprisonnement à Meung-sur-Loire, il
voyageait sans asile dans le centre de la France. Ce fut dans ces péré-
grinations forcées qu'il participa à un concours poétique ouvert par le
duc d'Orléans : la ballade que Villon composa à cette occasion renferme
un vers :
En mon païs suis, en terre loingtaine
où l'on a vu, avec raison suivant nous, une allusion à son bannissement 2.
On ignore si la ballade de Villon, qui est transcrite ainsi que celles de
ses concurrents dans les manuscrits des poésies de Charles d'Orléans,
attira sur le malheureux fugitif la commisération du duc. C'est, du reste,
le seul document certain qui constate entre les deux poètes des relations
que l'on a sans doute beaucoup exagérées >. Cependant, on ne peut
nier que d'un vers de l'envoi, il semble résulter qu'autrefois Villon avait
touché des gages chez le duc d'Orléans et qu'il en désirait le rétablisse-
ment 4.
édit. Henschel, t. III, p. 151, aux mots Exiliarius et Exiliatio), bien que sa
signification la plus ordinaire fût alors ravage, destruction, ruine.
1. Voyez plus loin, p. 220-221.
2. Profillet, De la vie et des ouvrages de François Villon, p. 29.
3. M. Aug. Vitu, dont l'opinion a été adoptée par M. Campaux {François Villon,
sa vie, ses œuvres, p. 105) et par P. Jannet (Œuvres complètes de Villon, p. x),
a cru cependant devoir attribuer le succès de l'appel au Parlement à l'interven-
tion du duc d'Orléans, que Villon aurait imploré à l'occasion de la naissance de
sa fille Marie (19 décembre 1457) : il s'appuie sur un petit poème, le Dit de la
naissance Marie, dont l'auteur, qui signe : Votre povre escalier Françoys, attribue à
la naissance de la jeune princesse son rappel à la vie. Ce poème, extrait d'un
ms. des poésies de Charles d'Orléans, se rapporte certainement à la naissance
de Marie d'Orléans, et non à celle de Marie de Bourgogne, comme l'avait sup-
posé Prompsault en publiant cette pièce pour la première fois à la suite de son
édition de Villon ; mais il est difficile de croire qu'elle émane de ce poète. Nous
pensons avec Daunou {Journal des savans , 1832, p. 5 58-5 59), qu'il faudrait des
preuves beaucoup plus positives que les mots : « Votre povre escolier Fran-
çoys, « pour attribuer à Villon « des vers où l'on ne retrouve pas un seul de
» ces traits originaux, piquants ou satiriques qui caractérisent ses véritables
» productions, même celle où il loue et remercie ses bienfaiteurs. » Au reste,
il nous semble que l'intervention du duc d'Orléans n'aurait pu être d'un grand
poids pour le succès d'un appel et que le Dit de la naissance Marie doit bien
plutôt être attribué à un écolier qui, condamné ou menacé d'une grave con-
damnation par la justice ducale, aurait obtenu du duc, à l'occasion de la nais-
sance de Marie d'Orléans, des lettres de rémission semblables à celles que le roi
délivrait par droit de joyeux avènement.
4' Que sçay-je plus? — Quoy ? — Les gaiges ravoir.
Remania, Il j r
2l8 A. LONCNON
Les courses de Villon ne se bornèrent pas à l'Orléanais. Une strophe
de son Grand Testament nous permet de marquer une de ses étapes le
long de la Loire, en Berry, car c'est évidemment une épitaphe naïve,
comme il y en avait quelques-unes alors, qui lui a fourni le nom de
«Michault, le bon » qui reposait, dit-il, à Saint-Satur, sous San-
cerre '. La justesse de l'indication topographique relative à Saint-Satur ^
donne à croire que Villon y passa. On peut voir une autre preuve de
sa présence en Berry dans ses récriminations contre François Perdrier,
qui l'aurait dénoncé auprès de l'officialité de Bourges?.
La situation de Sancerre sur la route qui conduisait au Bourbonnais
peut faire considérer le séjour des ducs de Bourbon comme le lieu vers
lequel se dirigeait Villon. Ce fut alors, peut-être, qu'il adressa au duc
Jean II cette requête si fort estimée des poètes du commencement du
xvi'' siècle 4. On sent à la façon dont parle Villon qu'il ne craignait pas
de voir sa demande rejetée par le prince qui lui avait déjà prêté
quelque argent.
Le Bourbonnais ne devait pas être le terme des pérégrinations du
poète fugitif. La ballade fmale du Grand Testament désigne comme tel
Roussillon s que les commentateurs ont pris à tort pour le Roussillon ^,
alors au pouvoir des rois d'Aragon. Cependant, ce nom, n'étant pas
précédé de l'article, ne peut désigner qu'une ville et non une province,
et il est impossible de ne pas reconnaître la ville de Roussillon, en Dau-
phiné, située sur la rive gauche du Rhône, à six lieues au sud de Vienne.
Cette ville appartenait au duc de Bourbon 7 qui la céda en 1 46 1 à son frère
1. Grand Testament, huitain 84.
2. Saint-Satur (Cher) est un village situé à 3 k. de Sancerre, au pied de
la montagne où s'élève cette ville.
3. Combien que Françoys, mon compère,
Langues cuisans, flambans et rouges,
Sans commandement, sans prière
Me recommanda fort à Bourges. (Grand Testant. , huit. 130.)
On comprend que cette recommandation de Fr. Perdrier est une dénon-
ciation. Quant à l'interprétation de Bourges par l'officialité ou plutôt par l'ar-
chevêque de cette ville, il n'est pas besoin d avoir une grande connaissance du
style judiciaire de l'époque pour l'admettre.
4. C'est à tort que Prompsault a attribué le titre de cette requête en forme
de ballade à Cl. Marot. Les anciennes éditions l'appelaient déjà la Requeste cjuc
Villon bailla à Mgr de Boarlon.
^. Et je croy bien que pas n'en ment,
Car chassie fut, comme ung soullon.
De ses amours hayneusement;
Tant que, d'k) à Roussillon,
Brosses n'y a ne brossillon,
Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
Ung lambeau de son cotillon.
Quant de ce monde voult partir.
6. A. Campaux, François Villon, sa vie, ses œuvres, p. 112.
7. Elle provenait de l'héritage d'Isabeau d'Harcourt, veuve d'Humbert VII,
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 219
naturel, Louis, légitimé de Bourbon '. Nous n'osons dire que la pré-
sence de ce prince attira Villon à Roussillon : en effet, la date de la
donation de cette terre au bâtard est trop rapprochée de l'époque à
laquelle le poète en parla. Mais la strophe 1 57 du Grand Testament,
relative à un sénéchal qui paya les dettes de Villon, pourrait bien se
rapporter à Louis de Bourbon que le duc, son frère, avait créé en 1460
maréchal et sénéchal de Bourbonnais * , car l'auteur joue dans cette
strophe sur le double sens du mot maréchal, tout en paraissant faire allu-
sion aux deux offices dont Louis venait d'être revêtu'. En ce cas, Villon
aurait eu un égal succès auprès des deux frères.
Cependant, si le poète reçut des marques de la bienveillance des
princes de la maison de Bourbon, il ne se fixa pas près d'eux : il revint
dans l'Orléanais, où nous le trouvons, dans l'été de 1461, prisonnier
de l'évêque d'Orléans à Meung-sur-Loire. On ignore les motifs de ce
nouvel emprisonnement ; mais si l'on remarque la. proximité de Meung
d'un lieu dont Villon signale la fréquentation comme dangereuse aux
enfants perdus, on ne doutera guère qu'il n'ait commis un délit, un vol
probablement, aux environs de Montpipeau, forteresse isolée située à dix
kilomètres au nord de Meung 4. Dans cette hypothèse, on pourrait le
considérer comme le complice de Colin de Cayeux qui, moins heureux
que lui, en raison sans doute de sa plus grande culpabilité, fut condamné
au dernier supplice.
La prison de Villon était fort dure, si l'on en juge par les diverses
allusions qu'il y fait, et il y eût sans doute péri, si la mort de Charles
VII n'était arrivée sur ces entrefaites le 22 juillet 1461. Alors, en vertu
du droit de joyeux avènement, Louis XI remit leurs peines à divers
seigneur de Thoire et de Villars, qui, par testament du 20 novembre 1441,
avait institué le duc Charles l'"' de Bourbon son légataire universel. (Le Père
Anselme, Histoire généalog. de la maison de France, ?« édit., t. I, p. 305.)
1. Le Père Anselme, Hist. génêal. de la maison de France, t. I, p. 308.
2. Ibid., t. I, p. 308.
5. Item, sera le senechal,
Qui une fois paya mes dettes,
En recompense, mareschal
Pour ferrer oës et canettes.
Je lui envoie ces sornettes
Pour soy desennuyer; combien,
Si veult, face-en des alumettes.
De bien chanter s'ennuye-on bien.
La seconde partie de ce huitain semble indiquer que Villon envoya une copie
de son Testament au sénéchal.
4. La situation de ce lieu, qui joua un certain rôle dans les guerres du
XVe siècle, ne paraît pas avoir été connu des auteurs qui ont étudié Villon;
ainsi M. Paul Lacroix (Œuvres compl. de Villon, p. 166, note 6) suppose, en
raison du rapprochement des noms de Rueil et de Montpipeau chez notre poète,
que Montpipeau est, soit Louveciennes, soit la Malmaison.
2 20 A. LONGNON
prisonniers des villes où il passa après son sacre. Nous le trouvons en
août 1461 accordant par ce motif des lettres de rémission à Pierrart de
Wastines, Girardin le Tourbeur, Henri de La Salle et Jacquemart
L'Espaignol, prisonniers à Reims ', à Regnaud et à Guillaume Le Clerc,
prisonniers à Meaux 2, ainsi qu'à Simon Audry et à Robinet Légier,
prisonniers à Paris K Sept mois plus tard, il usait encore du même droit
à Bordeaux en faveur de Guilhem Saulx 4. La délivrance de Villon dut
avoir lieu vers le 2 octobre 1461, date à laquelle le roi Louis XI signait
deux ordonnances à Meung-sur- Loire 5. Malheureusement, sa lettre de
rémission ne fut pas transcrite dans ceux des registres du Trésor des
Chartes encore conservés aujourd'hui aux Archives Nationales ^ et nous
sommes ainsi privés du document qui pouvait le mieux nous renseigner
sur la vie du poète durant ces dernières années, car il devait contenir
renonciation de ses méfaits antérieurs et nous faire connaître l'époque
et la cause de sa condamnation à mort.
Depuis cette délivrance de Villon, on ne retrouve plus sa trace.
Rabelais rapporte bien, il est vrai, que, banni de France, il passa en
Angleterre au temps du roi Edouard V7, mais cette indication ne concorde
nullement avec ce que l'on sait du poète ^, et certains détails donnés par
le grand satirique prouvent qu'on ne peut faire fond sur son récit 9. Au
reste, ce récit n'est que l'amplification d'une anecdote qui courait dès le
xiH^ siècle sur le compte d'un autre écolier, également banni de France
et réfugié près du roi d'Angleterre '°, L'auteur de Pantagruel nous le
1. Archives Nationales, JJ 198, n"» 250, 24^ et 247.
2. Ibid., n" 237.
3. Ibid., n"^ 241 et 234. — La pièce 234 est datée de septembre 1461.
4. Ibid., n° 300.
5. Ordonnances des rois de France, t. XV, p. 1 18 et 120.
6. Elle figurait sans doute sur le registre JJ 197 du Trésor des Chartes, que
l'inventaire de Dupuy indique déjà comme étant en déficit, et qui avait été
perdu par Du Tillet (Bordier, les Archives de la France, p. 163). La dernière
affaire judiciaire de Villon ne peut pas être non plus éclaircie par des recherches
dans les archives de l'officialité d'Orléans, car, ainsi que nous l'apprend notre
confrère, M. Maupré, archiviste du département du Loiret, celles-ci ne remon-
tent pas au-delà de l'année 1620.
7. Livre IV, c. 67.
8. En effet, c'était Henri VI, et non un prince du nom d'Edouard, qui
régnait en Angleterre à l'époque du bannissement de Villon.
9. Ces mots que Rabelais (1. IV, c. 67) met dans la bouche de Villon : « Et tant
» bien estes servy de vostre docte medicin Thomas Linacer. Il, voyant que naturel-
B lement sus vos vieulx jours estiez constipé du ventre... » renferment au moins
deux inexactitudes. Thomas Linacer, en effet, né en 1460, ne fut célèbre que
sous Henri VII et Henri VIII, et le roi Edouard V n'eut pas de vieux jours,
car il fut, à l'âge de 13 ans, mis à mort par ordre de son oncle le duc de Glo-
cester.
10. Hugues le Noir. — Voici l'anecdote telle que M. L. Delisle la rapporte
d'après un ms. de la bibliothèque de Tours (Notes sur quelques manuscrits de la
bibliothèque de Tours, dans la Biblioth. de l'Ecole des chartes, t. XXIX, p. 604-
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 22 1
montre aussi retiré « sur ses vieux jours à Saint-Maixent-en-Poitou, sous
la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu », nous dit que là, pour
distraire le peuple, il fit jouer la Passion « en gestes et en langage poic-
tevin )) et raconte à ce propos un tour sinistre joué par Villon à un
sacristain des Cordeliers ' ; mais il est aussi démontré que les principaux
traits de cette seconde anecdote se trouvaient déjà dans le Specîrum
d'Erasme *. Force est donc d'avouer que l'on ignore entièrement la date
probable de la mort de Villon ; car M. Campaux, en la plaçant après
1480 3, se fonde sur le Dialogue de Mallepaye et de Baillevent et le Mono-
logue du franc-archer de Bagnolet, pièces qui n'ont pas été composées
par Villon 4.
II
Si les deux testaments de Villon après avoir été aussi souvent réim-
primés de 1489 à 1 $42 sont tombés ensuite dans une sorte de discrédit,
on ne doit pas uniquement l'attribuer à la vétusté du langage : on en
trouve une meilleure raison dans la présence de nombreuses allusions
qui cessèrent d'être comprises avant cinquante ans. Clément Marot l'a
vivement senti ; aussi après avoir rendu toute justice à l'éminent talent
du poète dont il publia une édition en 1533, fait-il cette judicieuse
réflexion : « Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens,
» pour suffisamment la congnoistre et entendre, il fauldroit avoir esté
» de son temps à Paris, et avoir congneu les lieux, les choses et les
)) homnies dont il parle : la mémoire desquelz tant plus se passera, tant
60^) : M Idem [Hugo] manens cum rege Anglie [Johanne] duxit eum cum
» lumine ad caméras. Rex autem fecerat depingi in hostie camerarum intus
)> regem Philippum monoculum, et ait rex : Vide, Hugo, quomodo fedavi
» regem tuum. — Vere, dixit, sapiens estis. — Quare, inquit, hoc dicis ? —
» Quia fecisti depingi eum. — Et quare? — Quia est admirabile quod quando
» videtis eum tjuc vous ne vous ejjourie: touz. » — M. Delisle est revenu depuis
sur ce récit et l'a rapproché de celui de Rabelais {Biblioth. de l'Ecole des chartes,
t. XXX, p. 532-353).
1. Livre IV, c. 13.
2. C'est du moins ce que disent, d'après Demarsy et Génin, MM. Rathery
et Burgaud des Marets dans une note de leur édition de Rabelais (Paris, 1858,
t. II, p. 92, note 2).
j. A. Campaux, François Villon, sa vie, ses œuvres, p. 275-276.
4. Ces pièces, ainsi que les Repues franches, paraissent pour la première fois
à la suite des œuvres de Villon dans les éditions données en 1532 et en 1553
par Galiol du Pré, Bonnemère et Lotrian ; mais les titres de ces éditions les
distinguent soigneusement des « Œuvres de maistre Françoys Villon » et
l'explicit suivant : « Fin des œuvres de Villon, et après s'ensuyt le recueil de
ses repues franches et de ses compagnons, » sépare toujours les deux parties
du volume. Il est inutile de dire que ces pièces ne figurent pas dans l'édition
de Marot, édition qui porte la date de 1533, et que le valet de chambre de
François I*-'"" n'en parle même pas dans sa préface.
222 A. LONGNON
)) moins se congnoistra icelle industrie de sez lays dictz. Pour ceste
)) cause, qui vouidra faire une œuvre de longue durée ne preigne son
» soubject sur telles choses basses et particulières'. » Il importe de
rapprocher ce jugement d'un poète de celui d'un érudit de la seconde
moitié du xvi'' siècle, du président Fauchet qui, après avoir discuté
l'origine du nom de Villon, ajoute: « J'ay fait ceste escapade pour la
» mémoire de Vuillon, un de noz meilleurs poètes satyriques, duquel si
» nous sçavions bien entendre la poésie, nous descouvriroit l'origine de
)) plusieurs maisons de Paris et des particularités de ce temps-là^. »
Nos recherches dans les archives du xv*' siècle ne nous ont toujours
pas mis en état d'expliquer « l'industrie » des legs de Villon, mais il est
probable que des recherches entreprises en ce sens avant la Révolution
auraient produit de meilleurs résultats 3 . Néanmoins nous sommes parvenus
à constater Texistence et la position d'assez nombreux personnages
nommés dans les Testaments.
On comprend sans peine qu'un grand nombre des légataires de Villon
aient été des gens de robe appartenant aux différentes juridictions devant
lesquelles il fut traduit: l'officialité de Paris dont il relevait comme clerc,
le Châtelet où il eut affaire comme parisien, et le Parlement auquel il en
appela. Ses rapports avec la justice ne sont pas cependant les seules
causes de la mention de ces magistrats : plusieurs d'entre eux étaient ou
pouvaient être des amis de jeunesse de Villon devenus, comme il le dit
lui-même, « grands seigneurs et maîtres 4. «
L'officialité de Paris lui fournit au moins deux noms; ce sont ceux de
Jean Cotard, son « procureur en court d'église » et de « maistre Fran-
çoys, promoteur de la Vacquerie. » Le premier est devenu célèbre par la
ballade ou oraison que le poète écrivit pour son âme, appelée à ce
propos « l'âme du bon /eu maistre Jehan Cotard s. « Il y a tout lieu de
croire que cette ballade, qui nous montre en son héros un buveur
émérite, était, ainsi que quelques autres des pièces du Grand Testament,
antérieure à cet ouvrage, et le succès qu'elle eut certainement peut
expliquer pourquoi Villon s'est permis dans le huitain V de parler de
« l'âme du bon feu Cotard, » bien que ce vénérable biberon vécût encore
i . Epître de « Clément Marot, valet de chambre du Roy aux lecteurs, »
dans l'édition de 1533. Cette épître est encore reproduite de nos jours par les
éditeurs de Villon.
2. Origines des chevaliers, armoiries el héraux , dans les Œuvra de feu M. Claude
Fauchet, édition de 1610, f° ^09 r°.
5. Parmi les documents détruits à cette époque et qui auraient pu être con-
sultés avec profit, on peut citer les comptes de la maison du roi, des maisons
des princes et des grands services; ces comptes furent mis au pilon en 1791.
4. Grand Testament, huit. 30.
j. Cette ballade vient à la suite du huitain 1 1 5 du Grand Testament.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 22 ^
comme le prouve le legs qui lui est fait. Jean Cotard, de famille pari-
sienne', paraît fréquemment dans les registres de l'officialité en 1460
et 1461 et il y est qualifié de procurator ou de promotor curie^. —
« Maistre Françoys, promoteur, de la Vacquerie « était un membre du
clergé parisien, et des registres ecclésiastiques de 1450, 1458 et 1459
le nomment magister Franciscus de VacariaK Les paroles du poète
reviennent donc à « maître François de la Vacquerie, promoteur » et ne
renferment pas, comme l'a cru M. Paul Lacroix « une équivoque inju-
rieuse )) pour « promoteur de la vicairie4. » On ne s'explique pas le
legs d'un « haut gorgerin d'écossais » que M. Lacroix considère comme
la corde d'une potence ; toujours est-il que le huitain 1 1 3 représente le
promoteur sous un jour si peu favorable que dans certaines éditions du
xv!"" siècles on a remplacé le nom de maistre Françoys par celui de Jean
François : ce dernier nom est celui d'un autre promoteur auquel la pra-
tique fut interdite le 28 août 1461 après qu'il se fut avoué coupable de
vols commis chez Jean du Lac, dit Baubignon^. Il est presque inutile de
faire remarquer combien la substitution de ce nom était intempestive,
puisqu'elle ne laissait aucun sens au surnom de la Vacquerie.
Les strophes relatives aux deux promoteurs sont séparées par un
huitain qui se rapporte à « maistre Jehan Laurens « dont le nom n'est
accompagné d'aucune autre qualification. Jean Laurent était un des
chapelains de l'église de Paris, et, nommé en 1460 (v. style) à l'office des
anniversaires, il prêtait, le 1 2 janvier, le serment suivant la formule accou-
tumée?. Nous le retrouvons encore au 20 avril 1461 8.
Le Châtelet est représenté dans les poésies de Villon par Robert d'Es-
touteville, prévôt de Paris, et par Martin Bellefaye, P. Le Basanier,
J. Mautaint, Rosnel, P. deRousseville, J. Le Cornu et Genevois, c'est-à-
dire au moins par huit personnages. Le prévôt de Paris n'est désigné ni
1. Jean Cotard avait un homonyme, « marchand orfèvre et bourgeois, » à
Paris, en 1472. (Sauvai, Histoire et recherches des antiquités de Paris, t. III,
p. 412.)
2. Archives Nationales, Z 7764, f°^ 5 r° et 58 v°. — Jean Cotard est encore
nommé, mais sans qualification aux f"^ 14 v°, 46 r°, 82 v°, 98 r°, 99 v»,
102 v° du même registre.
3. Arch. Nat., LL 1 3, f 31 r" ; LL 14, f°* 30 v" et 32 v.
4. P. L. Jacob, bibliophile. Œuvres complttes de Villon, p. 132, n. 8.
5. Ce sont les éditions de Nivert, Galiot du Pré et Bonnemère. Il est
probable cependant que le changement de noms n'est pas l'ouvrage des
éditeurs, peu au courant de ce qui s'était passé cinquante ans avant eux, mais
bien celui de l'auteur du manuscrit dont dérivent ces éditions.
6. Voyez sur cette affaire le registre Z 776^ des Archives Nationales, aux
dates du 25 et du 28 août 1464. Jean François est en outre nommé plusieurs
fois dans les reg. Z 7764 (f'^* 6 r", 39 r", 71 v" et 87 r°) et Z 7765 (f» i r").
7. Archives Nationales, LL 223, f° 125 t°.
8. Ibid., LL 223, f" 178 v°.
224 ^- LONGNON
par son titre, ni par son nom ; cependant il est impossible de ne pas le
reconnaître dans « le seigneur qui sert saint Cristofle ', » le même que le
Petit Testament appelle « le seigneur qui attainct troubles, forfaits, sans
espargnier-. » On a remarqué, en effet, que les deux premiers huitains
de la ballade que Villon composa pour ce gentilhomme et à l'intention de
sa femme donnent en acrostiche le nom à'Ambraise de Lorede et on a
supposé que ce pouvait être le nom de l'époux'. Cette conjecture n'est
pas heureuse, car Ambraise ou plutôt Ambroise^ était alors un nom fémi-
nin dont l'analogue masculin était Ambrois. Or, Ambroise de Loré (il ne
faut pas tenir compte des initiales des vers 1 5 et 1 6 de la ballade) était
le nom de la femme de Robert d'Estouteville, prévôt de Paris depuis
1446, sous les ordres duquel se trouvaient justement P. Le Basanier,
J, Mautaint et Rosnel que Villon indique comme les serviteurs de ce
« seigneur « jusqu'ici inconnu. Suivant notre auteur, Robert d'Estoute-
ville aurait /a/f la conquête d'Ambroise de Loré à un des pas d'armes du
roi René, sans doute à celui de Saumur tenu en 1448 et dans lequel
Robert d'Estouteville était au nombre des assaillants?. Nous avons fait
observer que le titre de la ballade de Robert f ballade que Villon donna à un
gentilhomme, nouvellement marié, pour l'envoyer à son espouse, par luy
conquise à l'espée) n'était pas antérieur à 1535 et qu'il paraissait inexact
en partie 6; mais on peut croire cependant que Villon la composa dans sa
jeunesse, peut-être même étant encore sur les bancs de l'école7. En tout
cas, cette pièce porte témoignage de relations intimes et anciennes du
prévôt de Paris et du poète qui dut être traduit plusieurs fois devant lui.
Les vers par lesquels Villon annonce cette ballade montrent l'estime en
laquelle il tenait Ambroise 8, et, rapprochés de l'éloge que la Chronique
médisante fait de cette dame 9, peuvent faire juger de l'exactitude des
jugements de notre auteur,
1. C'était une croyance alors généralement répandue que la vue d'une image
de saint Christophe préservait de mort subite ; de là la dévotion particulière de
certaines personnes pour ce martyr.
2. Petit Testament, huit. 21.
3. P. Jannet, Œuvres complètes de Villon, p. 271.
4. Cette variante de l'acrostiche est justifiée par certaines leçons de la ballade.
5. De Quatrebarbes, Œuvres complcus du roi Renc, t. I, p. Ixxviii.
6. Voyez plus haut, p. 213.
7. Cette ballade est dans le style allégorique des poètes du XV siècle, et
elle remonte certainement à une époque à laquelle Villon n'avait pas encore
acquis sa manière propre.
8. Auquel (seigneur) ceste ballade donne,
Pour sa dame qui tous biens a.
S'amour ainsi ne nous guerdonne,
Je ne m'esbahys de cela ;
Car, au Pas, conquesté celle a,
Que tint René, roy de Cecille.
9. A propos de la révocation de Robert d'Estouteville en 1460, l'auteur de
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 22 5
« Martin Bellefaye, lieutenant du cas criminel, » l'un des exécuteurs
testamentaires de Villon, avait pu le connaître dans sa jeunesse. Né au
diocèse de Paris, il était sans doute issu de parents pauvres, car nous le
trouvons étudiant boursier à la faculté des arts où il figure parmi les
baccalariandi en mars 14^1 (v. st,)'. Il était quatre ans plus tard, en
novembre 1454, avocat au Châtelet- et nous le retrouvons en juillet
1460, remplissant déjà l'office de lieutenant criminel du prévôt de Paris'.
Il résigna cette fonction le 26 février 146 1 (v. style), date où il fut reçu
conseiller lai en la cour du Parlement4: maître Martin Bellefaye est
qualifié à cette occasion bachelier en lois et licencié en décret. Il
mourut en 1 $02, fut inhumé en l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois
et son épitaphe nous apprend qu'il était seigneur de Ferrières-en-Brie5.
— Pierre Le Basanier ou Basanier était « notaire et greffier criminel »
suivant le Grand Testament. On le voit, en effet, dès 1457, en possession
de l'office de notaire au Châtelet^ qu'il échangea le 50 juillet 146^ contre
celui de clerc criminel à la même juridiction 7, — Jean Mautaint, que
Villon nomme par deux fois à la suite de P. Le Basanier, était examina-
teur au Châtelet, en 1457^. Rosnel paraît avec la même qualité, sous le
nom de Nicolas Rosnel, en 1453 et en 14549. — Pierre de Ronsseville,
ou plutôt de Rousseville, qui, d'après le Petit Testament, était en 1459
concierge du château [royal] de Gouvieux, près Senlis, avait été anté-
rieurement notaire au Châtelet '°. — «Maistre Jehan Le Cornu» ou Cornu
dont parlent les deux Testaments paraît avoir succédé à P. Le Basanier
dans l'office de clerc criminel de la prévôté ; du moins il figure en cette
qualité dans les comptes de l'ordinaire de la ville de Paris de 1470 a
1472 ", permuta cette dernière année avec Henri Perdrier, clerc civil, et
cette chronique dit que sa femme, Ambroise de Loré, « estoit moult sage, noble
et honneste dame. » Plus loin, i! relate la mort de cette dame dans les termes
suivants : « Après ces choses, le lundy cinquiesme jour de may 1468, dame
)) Ambroise de Loré, en son vivant femme de Robert d'Estouteviiie, chevalier,
)) prévosl de Paris, alla de vie àtrespasce jour, environ une heure après minuit;
» laquelle fut fort plainte, pour ce qu'elle estoit noble dame, bonne et honneste,
s en l'hostel de laquelle toutes nobles et honnestes personnes estoient honora-
» blement receues. »
1 . Biblioth. de l'Univ., reg. des procureur de la Nation de France, f" 1 58 r*.
2. Archives Nationales, Y 5231, à la date du 5 novembre 1454.
3. Ibid.; X'a 1484, f" 122 r°.
4. Ibid.; Xia 1484, f" 227 r°. — Conférez U 143 à la date indiquée.
5. Lebeuf, Histoire de la ville et diocèse de Paris, t. XV, p. 309.
6. Sauvai, Hist. et recherches des antiquités de Paris, t. III, p. 356.
7. Ibid., t. III, p. 386.
8. Ibid., t. III, p. 356.
9. Archives Nationales, X^a 25, à la date du j juin 1453; — Y 5231, au
27 nov. 1454.
10. Sauvai, Hist. et recherches des antiquités de Paris, t. III, p. 351.
1 1. Ibid., t. IV, p. 396 et 407. — La Chronique médisante le montre exer-
2 26 A. LONGNON
fut remplacé le i i février 1473 (v. style) comme clerc civil, par Hugues
Regnault'. — Enfin, Genevois qui, suivant les vers de Villon se distin-
guait par la longueur de son nez, et dont le nom est remplacé dans
quelques anciennes éditions par celui d'Angenoulx, doit être reconnu
soit dans Etienne Genevois, soit dans Pierre Genevois, l'un et l'autre
procureurs au Châtelet à la date de 1454^.
Le Parlement n'est représenté chez Villon que par trois légataires :
Andry Courault, Jacques Fournier et Robert Valée. C'est à « maistre
Andry Courault, nommé à tort Jehan par un manuscrit, que Villon
lègue ses Contredits de Franc-Goniier; ce personnage était en 1454
procureur au Parlement». Quant à Jacques Fournier, que Villon appelle
son procureur, c'était un conseiller au Parlement qui mourut le 30 février
1464 (v. st.) et dont la sépulture ainsi que celle de ses deu.K femmes et
de ses trois enfants se voyait dans l'église des Cordeliers de Paris 4.
Maistre Robert Vallée, dont le Petit Testament fait un « povre cler-
geault » à la même cour, pourrait être assimilé à un « Robertus Valée, «
clerc boursier, natif du diocèse de Poitiers, qui était reçu maître-ès-arts
à Paris au commencement de l'année 1449 s; ce maître Robert Valée
devint curé de Villedavray et fut promu le 24 février 1452a l'acolytat et
le 26 novembre 1453 au sous-diaconat^.
Nous remarquons dans les Testaments deux personnes attachées au
trésor royal. L'un, Pierre, de Saint-Amand, dont la femme aurait mis
Villon « au rang de caymant7, » était clerc du trésor du roi en 1447 et
possédait une maison au coin des rues Jean-PainmoUet et de Saint-Bon^.
L'autre, le seigneur de Grigny, auquel Villon léguait en 1456 la garde
du château de Nigeon et neuf chiens, est plus connu sous le nom
d'Etienne Chevalier. Seigneur de Grigny par son mariage avec Cathe-
rine Budé en 14499, Etienne fut en 1450 un des exécuteurs testamen-
taires d'Agnès Sorel et le chroniqueur Jean Chartier le qualifie à ce
çant déjà cette fonction le 4 novembre 1469.
1. Sauvai, Hist. d rech. des antiquités de Paris, t. III, p. 422.
2. Archives Nationales, Y 5251. Etienne Genevois est nommé dans ce registre
au 10 sept. 1454. Le nom de Pierre Genevois y revient trop fréquemment
pour qu'il soit utile de renvoyer à quelques dates.
5. Archives Nationales, Y 5231, au 2 juillet 1454.
4. Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. III,
p. 321. — Ce personnage est appelé Jacques Fournier l'aîné. Il doit par con-
séquent être distingué d'un homonyme qui figure aussi dans les documents du
temps, et qui était sans doute le beau-père du poète Martial d'Auvergne.
5. Bibl. de l'Univ.; reg. des procureurs de la Nation de France, t° 104 r°.
6. Archives Nationales, LL 17, f»^ 68 r" et 81 r".
7. Grand Testament, huit. 87. — Saint-Amand est aussi nommé dans le Petit
Test., huit. 12.
8. Sauvai, Hist. et rech. des antiquités de Paris, t. III, p. 344-345.
9. La Chesnaye des Bois. Dictionnaire de la noblesse, i^ édit., t. IV, p. 434.
F, VILLON ET SES LÉGATAIRES 227
propos de secrétaire et trésorier du roi'. Il avait encore cette dernière
qualité lors de la mort de Charles VII qui le désigna aussi par son testa-
ment comme un de ses exécuteurs 2. Louis XI l'investit également de sa
confiance, car il fut l'un des commissaires que ce prince choisit en 146$
pour traiter avec la ligue du Bien Public?.
Un élu de Paris est placé par Villon au nombre de ses légataires.
C'est « sire Denys Hesselin « qui fut peu flatté sans doute d'être
dénoncé comme l'un des plus francs buveurs de la ville de Paris^;
Villon termine la strophe qui le concerne par cette sévère réflexion :
« Vin perd maint bonne maison ». Denis Hesselin, écuyer et maître
d'hôtel du roi Louis XI, occupa la charge de prévôt des marchands de
1470 a 1474 s.
« Sire Colombel, « que Villon indique comme devant être un de ses
exécuteurs testamentaires, était aussi élu de Paris à la date de 1454''.
Guillaume Colombel devint ensuite conseiller du roi, mourut le 4 avril
1475 et fut enseveli aux Cordeliers de Paris 7. Il avait épousé Isabeau
de Cambrai, fille d'Adam de Cambrai, premier président, dont il fut
séparé de biens par un arrêt du Parlement en date du 3 mai 1465 à la
suite d'un procès scandaleux qui convainquit Isabeau d'adultère et de
détournement des deniers de son mari^.
On trouve dans le Grand Testament trois personnages ayant rempli
antérieurement les fonctions d'échevin. Ce sont Jean de Calais, Michel
Culdoe et Nicolas de Louviers. Le premier était « un honnorable
homme» qui en 1461 n'avait pas vu Villon depuis trente ans et ne savait
pas son nom^, ce qui revient à dire qu'il ne le connaissait nullement. Les
commentateurs l'ont confondu à tort avec un poète de même nom qui
passe pour être l'auteur du Jardin de plaisance. Jean de Calais, auquel
Villon donna plein pouvoir de remanier son testament, avait été échevin
1 . Chroniéjue de Charles VU, roi de France, par Jean Chartier, édit. Vallet de
Viriville, t. II, p. 185.
2. Chroniijue médisante, par Jean de Troyes.
5. Ibid. — L'abbé Lebeuf nous apprend en outre qu'il fut envoyé en ambas-
sade en Angleterre sous Charles VII et à Rome sous Louis XI en 1470 {Hist.
de la ville et du diocèse de Paris, t. XII, p. 94.
4. Grand Testament, huit. 88.
5. Lazare, Dictionnaire administr. et histor. des rues de Paris, p. 299. — La
Chronique médisante parle de Denis comme maître d'hôtel du roi sous la date
de 1479.
6. Archives Nationales, X^a 25.
7. Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. III,
p. 465.
8. L'arrêt du Parlement se trouve dans le registre X^a 34 des Archives
Nationales, f"' 145 r" à 153 v». — C'est à tort que la Chronique médisante
rapporte le procès d'Isabeau de Cambrai à une date postérieure d'un an.
9. Grand Testament, huit. 160.
228 A. LONGNON
de Paris en 1440 •; il est ordinairement qualifié de bourgeois ^ et fut
enseveli dans l'église de Saint-Jean-en-Grève dont il était marguillier».
Il plaida en janvier 14^2 (v. st.), en la Tournelle criminelle du Parle-
ment, contre Denise, sa femmes. — Michel Culdoe appartenait à une
vieille famille parisienne qui avait fourni deux prévôts des marchands s et il
avait été en 1440 le collègue de Jean de Calais à l'échevinage*^. En 1448,
« sire Michel Culdoe » était le prévôt de la grande confrérie aux bour-
geois de la ville de Paris?. — Nicolas de Louviers, échevin en 1444 et
14498, est cité comme receveur des aides de Paris de 1454 à 1 461 9 et
Louis XI , à son avènement, le créa conseiller en la Chambre des comptes '°.
Il mourut le 1 5 novembre 1483 et fut enterré aux Saints Innocents : son
épitaphe le dit seigneur de Cannes et de la Forêt, conseiller et maître
des comptes du roi. Sa femme, Michelle Brice, était morte dès 1450 •'.
Il était père de Charles de Louviers qui, tonsuré le 7 juin 1449'^, devint
depuis échanson du roi'?, et sans doute aussi de Jean de Louviers, maître
es arts et bachelier en décret, qui fut reçu chanoine de N.-D. de Paris le
17 mai '4.
En dehors des personnages que nous venons d'énumérer, les Testa-
ments mentionnent d'autres membres d'honorables familles parisiennes
tels que Michel Jouvenel, Mairebeuf, Ythier Marchand, J. et Fr. Per-
drier, Jean et Jacques Raguier, Ch. Taranne et Volant. — Michel Jouvenel
des Ursins, l'un des exécuteurs testamentaires de Villon, était le
1. Lazare, Dictionn. adm. et hist. des rues de Paris, p. 297.
2. Archives Nationales, Y 5231, aux 28 mai et 24 sept. 1454.
3. Le Mercure de France de sept. 1742 (p. 19^5) contient un texte de 1453 où
« Dominus Joannes Caleti » paraît comme marguillier de Saint-Jean.
4. Archives Nationales, X^a 25, aux 30 et îi janvier 14^2. — Le nom de
Jean de Calais était assez répandu au XV*^ siècle. Nous trouvons en 1460 un
« Johannes de Calais, clericus non conjugatus, » traduit devant la cour de l'of-
ficialité de Paris pour coups et blessures (Arch. Nat., Z 7764, fo^ 16 r", 17 r",
35 r°), et en 1478, un autre de ses homonymes, né au diocèse de Thérouanne,
paraît en 1478 parmi les licenciés es arts de la nation de Picardie (Biblioth. de
l'Université, registre ii,fo88). L'auteur présumé du Jardin de Plaisance est
peut-être l'un de ces deux clercs.
5. Jean Culdoe avait été prévôt des marchands en 1355, et Charles Culdoe
le devint en 1404.
6. Lazare, Dictionn. adm. et histor. des rues de Paris, p. 297. — C'est dans
le huitain 125 du Grand Testament que Villon nomme Michel Culdoe.
7. Sauvai, Hist. et recherches des antiquités de Paris, t. III, p. 345.
8. Lazare, Dictionn. adm. et hist. des rues de Paris, p. 297.
9. Archives Nationales, Y J231 (au 13 déc. 1454) et KK 52, f" 161 v°.
10. La Chroniijue médisante, ae Jean de Troyes.
1 1. Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. I, p. 199.
12. Archives Nationales, LL 13, f' 3 r°.
13. La Chroni(]ue médisante, de Jean de Troyes, sous la date du i j mai 1468.
14. Archives Nationales, LL 223, p. 385.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 229
huitième fils de Jean Jouvenel, prévôt des marchands sous le règne de
Charles VI; il était né en 1408, devint bailli de Troyes en 1455 et
mourut en 1470'. — Mairebeuf, dont Villon ne sépare pas le nom de
celui de N. de Louviers doit être reconnu dans Pierre Merebeuf,
drapier, demeurant rue des Lombards, qui figure dans des docu-
ments de 1454 et de 1458 2, — Maistre Ythier Marchant se rangea lors
de la guerre du Bien Public dans le parti opposé au roi et fut un des
commissaires qui traitèrent de la paix. Après la mort du duc de Guienne,
il se retira près du duc de Bourgogne, conspira en 1473 avec ce
prince pour empoisonner Louis XI et chargea de ce soin son serviteur
J, Hardy, qui fut écartelé?. — Jean Perdrier et François, « son second
frère », paraissent avoir été d'intimes amis de Villon qui pourtant
aurait été trahi par François^. Jean était à peu près de l'âge de notre
poète, car il avait vingt-deux ans « ou environ «, lorsque son père
Guillaume Perdrier, changeur et bourgeois de Paris, l'émancipa le
10 mai 1454 S; il avait le titre d'écuyer et remplissait en 1466 et 1467
l'office de concierge de l'hôtel des Loges, en la forêt de Saint-Germain^.
Nous ignorons la date de sa mort et nous ne trouvons pas trace de son
épitaphe au milieu de celles de la famille Perdrier qui avait sa sépulture
aux Innocents; mais on possède celle de François Perdrier, receveur
pour le roi à Caudebec, qui mourut le 29 août 14877. — Jean et Jacques
Raguier que Villon connaissait dès 1456^ étaient d'une famille origi-
naire de Bavière; leur père, Antoine Raguier, conseiller du roi, tréso-
rier des guerres et seigneur de Thionville, mourut en 14689. Jean, l'aîné
des fils d'Antoine, que Villon nous présente en 1461 comme l'un des
douze sergents attachés à la personne du prévôt de Paris '°, prit part aux
1 . Le P. Anselme, Hist. généal. de la maison de France, 3' édit., t. VI, p. 404.
2. Archives Nationales, Y 5231, au 5 sept. 1454, et ÏCK 409, p. 59.
3. La Chronique médisante, de Jean de Troyes. — Ythier est nommé dans le
Petit Testament, au huit. 1 1 et dans le Grand au huitain 84.
4. Grand Testament, huit. 130.
5. Archives Nationales, Y 5231.
6. Sauvai, Hist. et recherches des antiquités de Paris, t. III, p. 336 et 391.
7. Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, éd. Cocheris, t. I, p. 201.
8. Ils sont nommés dans le Petit Testament aux huitains 18 et 20.
9. « Je, Jehan Raguier, filz ainsné de feu maistre Anthoine Raguier, en son
» vivant conseillier et receveur des guerres du roy nostre sire, commis et
» ordonné par ledit seigneur à tenir le compte du parachèvement de l'office de
» mondit feu père. » (Biblioth. Nation.; cabinet des titres, pièce datée du
14 avril 1469, dossier Raguier.) — Tout en identifiant ici le Jean et le Jacques
Raguier de Villon avec deux des fils d'Antoine Raguier, nous devons faire obser-
ver que la généalogie de la famille Raguier que l'on trouve dans la Recherche
de la noblesse de Champagne, de Caumartin (Chaalons, 1673) donne un rensei-
gnement qui semble affaiblir notre rapprochement : on y lit qu'Antoine se
maria en 1447 avec Jacquette Budé; mais si cette date est exacte, il se peut
aussi que Jean et Jacques soient issus d'un premier mariage d'Antoine.
10. Grand Testament, huit. 95.
2^0 A. LONGNON
joutes de la Tournelle en 1468'; à cette date il était grènetier de Sois-
sons et trésorier des guerres au duché de Normandie. Il remplissait en
1476 l'office de receveur-général des finances au même pays^ et est
qualifié de conseiller du roi et de maître des comptes en 1485 et en
1495 3. Si l'on en juge par la strophe qui lui est consacrée dans le Grand
Testament, Jean devait être un grand mangeur ; quant à son frère Jacques,
c'était un buveur de premier ordre et Villon qui savait que sa première
visite, le matin, était pour la taverne de la Pomme de Pin lui lègue
d'abord pour étancher sa soif l'abreuvoir Popin4, puis le Grand Godet
de Grèves, une des enseignes de la rive droite 6. Jacques Raguier, qui
avait embrassé l'état ecclésiastique, devint en 1483 évêque de Troyes
par cession de son oncle Louis Raguier et mourut dans un âge avancé
en 15 187. Il eut ainsi le loisir de voir, pendant les trente dernières
années de sa vie, l'imprimerie répandre l'œuvre de Villon où son pen-
chant pour le vin était porté à la connaissance publique. — Sire Char-
lot Taranne, dont le nom est associé à celui de Michel Culdoe^, demeurait
près de l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie et fut traduit en 1461
devant l'officialité de Paris pour avoir blasphémé?. — Volant, qui
devait sonner le grand beffroi pour les funérailles de Villon, appartenait
à une famille dont nous trouvons plusieurs membres dans les docu-
ments contemporains '°.
1. La Chronique médisante^ de Jean de Troyes.
2. Bibl. Nationale, ms. 10375 du fonds français.
3. Bibl. Nationale, cabinet des titres, dossier Raguier.
4. Petit Testament, huit. 20.
5. Grand Testament, huit 91.
6. Villon, qui connaissait sans doute moins la rive droite de la Seine que la
rive gauche oi!i il passa une partie de sa vie, paraît s'être trompé en plaçant le
Grand Godet, en Grève. En effet, VEsbatement du mariaige des IIII filz Hémon où
les enseignes de plusieurs hostels de la ville de Paris sont nommez mentionne le
Grand Godet, de la rue de la Cossonnerie, et les Gobelets, en Crî:v£ (Jubinal, Mys-
tères inédits, i. I,p. 372); Villon aurait donc confondu ces deux enseignes. Remar-
quons à ce propos que les legs d'enseignes sont fréquents dans Villon, et que
c'est à cette circonstance que le Petit Testament doit surtout l'obscurité qui
caractérise certaines de ses strophes (notamment les strophes 1 1 et 12).
7. GalUa Christiana, t. XII, c. 516.
8. Grand Testament, huit. 125.
9. « Karolus Tarenne, commorans prope Sanctum Jacobum de Carnificeria,
» citatus, emendavit projecisse contra terram alearium, seu tablier, in despectu
» Dei.... Taxavit ad XV solidos. » (Archives Nationales, Z 7765, à la date du
14 octobre 1461 .)
10. Simon et Guillaume Volant, fils de Guill. Volant, de Paris, reçoivent la
tonsure en 14s i (Arch. Nat., LL 15, f" 40 r") ; Guillaume Volant, marchand
et bourgeois de Paris, est nommé à la date du 18 juillet 1454 f/è;^., ^ ^251);
Jean Volant, également marchand, figure en 1450 dans la Chronique médisante,
et en 1472 (et non 1462) dans un compte du domaine de Paris (Sauvai, Hist.
et recherches des antiquités de Paris, t. III, p. 412). — C'est au huitain 167 que
Villon parle de Volant.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 2^1
Les Testaments contiennent aussi les noms de quelques-uns des pauvres
écoliers que Villon avait rencontrés dans sa jeunesse. Le seul registre de
la faculté des arts se rapportant à l'époque qui nous occupe permet de
compter comme tels Martin Bellefaye, Blaru, G. Charruau, Th. Tricot
et R. Valée. Nous avons déjà dit ce que nous savions de Bellefaye et de
Valée. — Blaru- pourrait être le même que Pierre Blarru, de Paris,
écolier boursier qui obtint la maîtrise vers le mois de février 1455 (v. st.) î.
— Guillaume Charruau, que Villon appelle son « advocat » et dont il
signale la pauvreté 4, était aussi un boursier parisien qui, reçu bachelier
entre janvier et mars 1447 (v. st.), figure parmi les nouveaux licenciés
et les nouveaux maîtres es arts quinze mois plus tard, c'est-à-dire avant
le 2 juin 14495. — Thomas Tricot, ce « jeune prebstre « du Grand
Testament^, également boursier, était natif du diocèse de Meaux et
avait été reçu licencié et maître à la fin de l'année 14527.
Parmi les personnages nommés par Villon, il en est dont la trace, en
raison de l'humilité de leur profession, est difficile à retrouver dans les
papiers du xv siècle; nous avons cependant été assez heureux dans nos
recherches sur quelques-uns d'entre eux. Ainsi, par exemple, Robin ou
Robert Turgis, que les vers de Villon désignent assez clairement comme
tavernier, figure dans les documents contemporains : c'était le proprié-
taire de la Pomme de Pin^, ce fameux cabaret auquel Villon lui-même fait
au moins deux fois allusion9; il nous a paru curieux de rapprocher ici le
nom de la taverne et celui de son propriétaire. La taverne de la Pomme
de Pin, dont le nom paraît aussi dans Rabelais, était située rue de la Juiverie,
en la Cité '°, tout auprès de l'église de la Madeleine 011 la veuve de Robert
Turgis, Marguerite Joly, fonda une chapelle avant 1495". — Le barbier
de Villon, ColinGalerne'^, n'est pas non plus un personnage imaginaire:
Colinus Galerne, barbitonsor, paraît plusieurs fois en 1 460 et 1 46 1 dans
i. Petit Testament, huit. 12.
2. Biblioth. de l'Univ., reg. des procureurs de la Nationde France, f" 216 v°.
3. Grand Testament, huit. 89.
4. Reg. des procureurs de la Nation de France, f^^ 80 r°, 102 r° et 103 v°.
5. Grand Testament, huit. 172.
6. Registre des procureurs de la Nation de France, fo 166 r" et v°.
7. Grand Testament, huit. 88 et 93. — Rob. Turgis est aussi nommé au
huitain 66.
8. « Rue de la Juifverie : .... Robin Turgis, tavernier à la Pomme de
Pin. )) (Compte de la ville de Paris de 1457-1458 aux Archives Nationales,
KK 409, f- 65 r.)
9. Petit Testament, huit. 20; Grand Testament, huit. 91.
10. Cette situation est indiquée dans un compte de la ville de Paris de 1458 ;
voyez la note 2.
11. Archives Nationales, L 610.
12. Colin est nommé au huitain 144 du Grand Testament.
2^2 A. LONGNON
les registres de l'officialité ' . — La Maschecroue, qui fournissait Nicolas
de Louviers et Mairebeuf de perdrix et de pluviers ^, était, s'il faut
en croire une note de l'exact Fauchet, une rôtisseuse voisine du Grand
Châtelet ?. — Jean le Loup, qui dérobait des canards dans les fossés de
la ville et auquel il aurait fallu, suivant Villon, un grand tabart pour
cacher le fruit de ses vols 4, ne doit pas être différent d'un individu de
ce nom, voiturier par eau et pêcheur, que la ville chargea en 1456 du
nettoyage de ses fossés î. Enfin, pour clore cette série de remarques,
nous rappellerons que la grosse Margot, dont Villon semble avoir été le
compagnon, est nommée dans un registre du Parlement en 1452, et
qu^alors sa maison était fréquentée par Renier de Montigny et quelques
sergents au Châtelet ^.
En finissant cette étude où nous avons réuni quelques faits nouveaux
sur Villon et sur ses légataires, nous osons prier ceux de nos lecteurs
qui trouveraient matière à compléter ou à corriger ces notes de vouloir
bien nous faire part de leurs observations. Ils peuvent être assurés
d'avance de notre reconnaissance.
Auguste LONGNON.
APPENDICE 7.
Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons a tous
presens et avenir, nous avoir receu l'umble supplication de maistre Fran*
cois des Loges, autrement dit de Villon, aagié de vingt six ans ou envi-
1. Arch. Nation, Z 7764, f°s 16 r", 94 v°, 95 v% 96 r°, 97 r°, 102 y»
et 1 1 3 v".
2. Grand Testament, huit. 92.
3. Cette note de Fauchet se trouve au f° 55 r° de son manuscrit de Villon.
4. Petit Testament, huit. 24; Grand Testament, huit. 100.
5. « Jehan Le Loup, voicturier par eaue et pescheur, » est condamné à une
amende envers la ville de Paris, le 15 août 1456 (Archives Nationales,
KK. 408, f° 183 r') ; il paraît aussi comme fournisseur de la ville en 1459
(Ibid.; KK. 409, f° 350). — II y avait deux Jean Le Loup que l'on distinguait
par les épithètes à' aîné et de jeune {Ibid., fo 268 v°), et c est à ces deux indivi-
dus {aux deux Loupsi, que l'Hôtel de Ville payait en 1457 une somme de deux
sous parisis « pour une nasselle qui avoit esté mise dedans les fossés, par
» l'ordonnance de sire Philippe l'Allement, pour laver la bonde et icelle
» nettoyer. » (Ibid., KK 408, f" 249 v.)
6. Archives Nationales, X^a 2$, à la date du 21 août 1452.
7. Le cadre de cette revue ne nous permettant pas de publier ici les
documents relatifs aux affaires de Renier de Montigny, de Colin de Cayeux et
de l'abbesse de Port-Royal, nous nous réservons de les imprimer à la suite de
notre édition des œuvres de Villon.
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 2^^
ron, contenant que, le jour de la feste Nostre-Seigneur derrenierement
passée, au soir après soupper, il esloit assis pour soy esbatre sur
une pierre située soubz le cadram de Poreloge Saint-Benoist-le-bien-
tourné, en la grant rue Saint-Jaques en nostre ville de Paris, ou
cloistre duquel Saint- Benoist estoit demourant ledit suppliant, et
estoient avecques luy ung nommé Gilles, presbtre, et une nommée
Ysabeau, et estoit environ l'eure de neuf heures ou environ. Ouquel lieu
survindrent Phelippes Chermoye, presbtre, et maistre Jehan le Mardi,
lequel Chermoye incontinent qu'il avisa ledit suppliant luy dist : « Je
» regnie Dieu! je vous ay trouvé «, et incontinent ledit suppliant se
leva pour luy donner lieu, en luy disant : « Beau frère, de quoy vous
« coursez-vous ? « Lequel Chermoye, ainsi que ledit suppliant se levoit
pour luy faire place, le rebouta très rigoureusement a ce qu'il luy convint
se rasseoir. Voyans ce, les dessusdits Mardi, Gilles ' etisabeau, etsuppo-
sans que ledit Chermoye, et la manière de sa venue considerans,
n'estoit venu que pour faire noise et desplaisir audit suppliant, se absen-
tèrent, et demeurèrent seulement ledit suppliant et Chermoye. Lequel
Chermoye tantost après, voulans sa mauvaise et dempnable voulenté en
propos délibéré acomplir et mettre a exécution, traict une grant dague
de dessoubz sa robe et en frappa ledit suppliant par le visaige sur le
bolievre et jusques a grant effusion de sang, comme il apparut et
appert de présent. Et ce voyant ledit suppliant, lequel pour le serain
estoit vestu d'un mantel et a sa sainture avoit pendant une dague soubz
icelluy, pour éviter la fureur et mauvaise voulenté dudit Chermoye,
doubtant qu'il ne le pressast et villenast plus fort en sa personne, traict
sadite dague et le frappa, comme luy semble, en l'ayne ou environ, ne
cuidant point lors l'avoir frappé. Et persistant ledit Chermoye a vouloir
défaire ledit suppliant, le poursuyvant et improperant [de] plusieurs injures
et menasses, trouva ledit suppliant a ses piez une pierre laquelle il print et
gecta au visaige dudit Chermoye;, et incontinent le laissa et se départit
ledit suppliant et se retraict sur ung barbier nommé Fouquet pour soy
faire habiller. Et habillé, ledit Fouquet, pour en faire son rapport, demande
audit suppliant son nom et lé~hom de celluy qui l'avoit blecié. A quoy
ledit suppliant respondit et nomma le nom dudit Charmoye, afin que le
landemain il fut attaint et constitué prisonnier, et se nomma ledit suppliant
Michel Mouton. Après lequel cas, ainsi advenu que dit est, survindrent
aucuns ou lieu ou estoit ledit Chermoye dedens le cloistre aiant sadite dague,
lequel ilz couchèrent dedans une maison dudit cloistre, et fut visité et
habillé et le landemain mené a l'Ostel-Dieu, ou le samedi ensuivant a
l'occasion desdits coups, par faulte de bon gouvernement et^ autrement,
I. Le registre porte Phelippes au lieu de Cilles. — 2. Corr. ou.
Romania, Il 16
2^4 ^- LONGNON
il est aie de vie a trespassement. A l'occasion duquel cas led, suppliant
doublant rigueur de justice s'est absenté du pais et n'y oseroit jamais
retourner se nostre grâce et miséricorde ne luy estoit sur ce impartie,
humblement requérant que attendu que_, en autres choses, il s'est bien
et honnorablement gouverné sans jamais avoir esté attaint, reprins, ne
convaincu d'aucun autre villain cas,blasme ou reprouche, nous luivueil-
lons sur ce nosd. grâce et miséricorde luy impartir. Pourquoy nous,
attendu ce que dit est, voulans miséricorde préférer à rigueur de justice,
audit suppliant ou cas dessusdit avons remis, quitté et pardonné et par
la teneur de ces présentes, de nostre grâce especial plaine puissance et
auctorité royale remettons, quittons et pardonnons le fait et cas dessusd.
avec toute peine, amende et offence corporelle, criminelle et civille en
quoy il pourroit estre encouru envers nous et justice, ensemble tous
deffaulx, bans et appeaulx qui pour ce seroient ou pourroient estre ensuiz,
et l'avons restitué et restituons a ses bone famé et renommée et a ses
biens non confisquez, satisfacion faicte a partie civilement tant seulement
se faicte n'est, et sur ce imposons silence perpétuel a nostre procureur. Si
donnons en mandement par ces présentes au prevost de Paris ou a nos
lieutenant et a touz nos autres justiciers ou a leurs lieuxtenans presens et
avenir et a chacun d'eulx si com a luy appartendra que de nostre pré-
sente grâce, quittance, remission et pardon ilzfacent, seuffrent et laissent
ledit suppliant joyr et user plainement et paisiblement, sans le molester,
travailler ou empescher en corps ne en biens, ores ne pour le temps
avenir, en aucune manière, mais se son corps ou aucuns de ses biens
sont ou estoient pour ce prins, saisiz, arrestez ou empeschez, ilz les
mettent ou facent mettre incontinent et sans delay a plaine délivrance;
et afin que ce soit chose ferme et estable à tousjours, nous avons fait
mettre nostre seel a ces présentes, sauf en autres choses nostre droit et
l'autruy en toutes.
Donné a Saint-Poursain, ou mois de janvier, l'an de grâce mil CCCC
cinquante cinq, et de nostre règne le XXXI IIl^
Ainsi signé : Par le roy à la relation du Conseil, Disome, Visa
contentor. J. du Ban.
(Archives Nationî>les, JJ 187, pièce 149, fol. 76v«>.)
II
Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons a tous
presens et advenir nous avoir receu l'umble supplication de Françoys de
Monterbier, maistre es ars, contenant que, le jour de la Feste Dieu
derrenierement passé, a heure de neuf heures du soir ou environ, luy
estant en la grant rue Saint-Jacques, a Paris, devant l'église de Saint-
F. VILLON ET SES LÉGATAIRES 2^5
Benoist et dessoubz le cadren de l'orloge d'icelle église, acompaignié d'un
nommé Gilles et d'une femme nommée Ysabeau, ou ils devisoient après
soupper, seurvint ung nommé Phelippe Sermoise, prebstre, acompaignié
d'un nommé maistre Jehan le Merdi, lesquelz ledit supliant requist et pria
de seoir emprès eulx et leur offry place. Auquel suppliant, ledit Phelippe
Sermoise, meu de mauvais courage en détestant Dieu dist et prophera
ses paroles : « Maistre Françoys, je vous ay trouvé, créés que je vous
» courrouceray. » Et, nonobstant, ledit supliant non esmeu luy demanda
s'il se courrouçoit, en luy présentant de recef lieu a soy seoir et luy
disant : (t Messire ' Phelippe, vous courroucez vous? vous tien je tort? que
» me voulez vous? je ne vous cuide en riens avoir mesfait.» Et en des-
cendant jusques a la porte du cloistre dudit Saint-Benoist, led. Phelippe
Sermoise voulant acomplir sa dampnable voulenté, tira une dague de
dessoubz sa robe et en baillia par le visage dudit suppliant, tellement qu'il
luy trancha la baulievre du visage en grant effusion de sang. Et, ce
voyant, ceulx qui estoient en leur compaignie se absentèrent, et demou-
rerent lesdits supliant et Sermoise tous seulz, et a cette ocasion ledit
supliant soy voyant blecé en grant effusion de sang, appercevant la mau-
vaise voulenté dudit Phelippe, voulant obvier a icelle, tira une dague
qu'il avoit soubz ung petit mantel et en baillia aud. Sermoise environ
l'ayne bien avant, combien que ledit supliant ne le cuidast point avoir
frapé. Neantmoins, persévérant l'ung contre l'autre, seurvint led, maistre
Jehan Merdi et voyant ledit supliant avoir mys sa dague en sa main
gauche et tenir une pierre en la droite c'efforça de prendre lad. dague
dud. supliant, lequel soy veant dessaisy et ledit Phelippe le poursuir
lui geta lad. pierre au visaige, tellement qu'il cheut a terre, et lors incon-
tinent se absenta led. suppliant et s'en ala faire appareillier. Lequel
Phelippe fut levé de la place et porté en l'ostel des prisons dud, Saint-
Benoist et illec examiné par certain nostre examinateur ou Chastelet de
Paris; lequel Phelippe interrogué par led. examinateur que s'il advenoit
que, de cedit coup, il alast de vie a trespassement, il voulut que pour-
suite en fust faicte par ses amis ou autres contre ledit supliant, lequel
luy respondyt que non ; mais en ce cas pardonnoit et pardonna sa mort
audit supliant pour certaines causes qui a ce le mouvoient. Et depuis fut
icelluy Phelippe porté en l'Ostel-Dieu de Paris, et illec, par faulte de
gouvernement ou autrement, a l'ocasion desdits coups est allé de vie a
trepassement. Pour lequel cas advenu par la manière que dit est, ledit
supliant a esté appelle a noz drois, et contre luy procédé par bannisse-
ment de nostre royaume, ouquel il n'oserait plus fréquenter, repérer ne
converser, se nostre grâce et miséricorde ne luy estoient sur ce imparties,
I . Le ms. porte : Monss. mess.
2^6 A. LONGNON, F. VILLON ET SES LÉGATAIRES
si comme il dit en nous humblement requérant que, attendu que ledit Phe-
lippe durant sa maladie avoit voulu et ordonné que aucune poursuite en fust
faicte contre led. supliant, amez (corr. ainz)entant que aluy estoit, il avoit
pardonné et pardonnoit audit supliant, et que, en autres cas, il a esté et est
home de bonne vie, renommée et honneste conversation sans avoir esté
attaint d'aucun autre vilain cas, blasme ou reproche, nous lui veuillons
sur ce impartir nostre dite grâce. Pourquoy, nous ces choses considérées,
voulans miséricorde préférer a rigueur de justice, audit supliant ou cas
dessus dit avons quitté remis, etc
Donné à Paris, ou moys de janvier, l'an de grâce mil CCCC LV et
de nostre règne le XXXI II r.
Ainsi signé: Par le Conseil, J. de Bailly. Visa contentor. J. Le Clerc.
(Archives Nationales, JJ, 183, pièce 67, f° 49 r''.)
MÉLANGES
ETYMOLOGIES FRANÇAISES ET PROVENÇALES.
I. Pr. GkZAL, fr. JAEL.
Dans rénumération que le moine de Montaudon fait dans son Enuei
V Be m'enueia, s'o auzes dire » des nombreux objets de son aversion
particulière, on trouve à la huitième cobla, au nominatif :
Velha cazals qu'a trops si gira ;
telle est du moins, d'après Bartsch {Chrest., 132,7), la leçon du
manuscrit B.N. fr. 856, tandis que 854 donne, d'après Bartsch et
d'après Mahn {Ged. 390) : Veilla gaal quels] fai fonnia , et le ms. La
Vallière, d'après Bartsch : Velha gazais can trop s'aura.
Raynouard, dans son Choix, V, 264, a omis cette strophe indécente;
mais il en cite dans son Lexique roman les premiers mots jusqu'à
velha gazais, sous le mot gazai, qu'il traduit par « bavard », comme
plus tard l'a fait aussi Honnorat. Bartsch explique cazal, qu'il avait déjà
admis dans son Lesebuch par « Haus, Weibstdck, malotrue «, et il s'en
est tenu à cette interprétation dans le glossaire de sa Chresîotnathie,
où, pour le passage en question, on trouve l'explication « malotrue,
Weibstiick ». On ne peut contester au provençal casai ou cazal la signi-
fication de Havs (métairie) — ou plus exactement de Hof {cour, demeure),
Heimwesen (domicile) — mais quant à un emploi de cazal dans un sens
qu'on pourrait rapprocher de notre expression toute moderne « altes
Haus, braves Haus » (terme familier pour dire «vieux, brave hommey),
on n'en a pas plus d'exemples que du genre féminin de ce mot, que les
langues sœurs ne connaissent également que comme masculin. L'inter-
prétation de Raynouard ne paraît pas donnée complètement au hasard :
il rapproche gazai d'un verbe gasar qu'il croit pouvoir rendre par
«bavarder» (comme l'a fait, sans doute d'après lui, Diez, qui le rapproche
du fr. jaser), quoique le seul passage qu'il cite à l'appui soit vraiment
peu fait pour conduire à cette interprétation (« attachez-le par les mains
2j8 MÉLANGES
et les pieds à un poteau, afin qu'il ne puisse moure ni gasar»). Je laisse de
côté ce mot peu sûr, et dont on pourrait difficilement dériver à l'aide du
suffixe -al un adjectif signifiant « bavard. » D'un autre côté, Raynouard
rapproche de gazai le verbe gazalhar, qu'il traduit encore par « bavarder » ;
il cite deux textes à l'appui; mais pour le premier il suit une mauvaise
leçon, comme le montre la comparaison du passage d'après les manus-
crits Vat. 5232 {Archiv. 53, 319), B. N. 1 592 (Mahn, Ged. i -^66), 12474
{id. 845) et Laur 43 {Archiv. 35, 365). Ces leçons, les seules impri-
mées jusqu'ici, donnent toutes le \erhe agasalhar; or le contexte empêche
d'attribuer à ce mot la signification adoptée par Raynouard , et montre
bien plutôt d'une manière à peu près certaine qu'il faut l'assimiler au
portugais agasalhar, esp. agasajar (réfl. « se rassemblera), donné par
Diez dans son Dictionnaire sous le vocable gasalha. Le second exemple
(Mahn, Ged. 199, 5) est emprunté à une chanson à bien des égards
difficile à comprendre, et il est à peine possible dès lors de s'en auto-
riser pour établir le sens du verbe guazalhar (c'est ainsi que le mot est
écrit dans ce texte); j'y crois voir le simple du verbe «g^^tj/Zî^r, dont
il vient d'être question. Ainsi s'écroule tout ce qui paraissait appuyer
la signification attribuée par Raynouard à gazai; le substantif gazalha
aussi , qu'il range parmi les mots d'un groupe différent et qu'il a égale-
ment mal compris, mais dont Diez {loc. c.) a donné une explication
définitive, ne permet point davantage de traduire gazai par « bavard, »
et ne peut, à cause de son Ih, être sans réserve rapproché, comme
étant de même origine, de gazai qu'on ne trouve jamais écrit qu'avec /
pur. Pour moi, je vois dans gazai et dans gaal la forme provençale
parfaitement correcte du bas-latin gadalis, cité par Ducange d'après le
capitulaire de Charlemagne de disciplina palatu{PeTtz , Leges 1, 1 58), où
il se trouve dans un rapport de synonymie incontestable avec meretrix.
Les Bénédictins, dans une addition à l'article de Ducange, ont renvoyé
à l'armoricain gadal « libidinosus, impudicus » et aux mots cambriens,
cités par Davies, gadales « meretrix », gadalus « libidinosus », gadaledd
(( luxuria » '.On peut rapporter, avec non moins d'exactitude, au
bas-latin gadalis et aux formes provençales correspondantes un mot du
vieux français, qui n'est, que je sache, mentionné, ni à plus forte
raison expliqué, dans aucun dictionnaire : gaalise, gaelise, jaelise (impu-
dicité, luxure) , mot que j'ai rencontré dans trois passages où il a
fort embarrassé les divers éditeurs. Dans le Chevalier au Lyon, v. 4105
et suivants, nous lisons :
S'areste li jaianz et crie
Au preudome que il desfie
1. Voyez pour ces mots Zeuss, Gràmm. celt. (éd. altéra) p. 161,
ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES ET PROVENÇALES 2^9
Ses filz de mort, s'il ne li baille
Sa fille, et a sa garçonaille
La li verra a jaelise...
et avec quelques variantes dans le manuscrit du Vatican :
que il deffie
Ses quatre fils, se ne li baille
Sa fille por sa garçonnaille ;
Car ne la degnerait mes prendre ;
A ses garçons la fera rendre,
Si la menront en gaalise.
Quant à ce que signifie gaalise, les vers suivants nous l'apprennent :
Par po que li preudom n'enrage,
Qui ot celui, qui a putage
Dit que sa fille li metra;
Ce que Roquefort, cité à ce sujet par Holland, dit au mot galloise est
assez étrange; j'ignore oia il a pu le prendre. Mais nous retrouvons
notre mot employé d'une manière absolument semblable dans Blancandin,
v. $804; nous avons ici une menace analogue :
... les feroit, ce dist, tes pendre,
Et la pucele seroit mise
A ses garçons en gaalise.
Quant l'aroit une fois eue.
Dans le troisième passage, emprunté au Nicolas de Wace v. 95, notre
mot doit être d'abord rétabli par une correction; que le poète n'ait
pu dire des trois sœurs que la libéralité du saint préserve de la
prostitution :
De vivre conseil ne troveient
Se en Galice nen aleient.
Livrassent lor cors, a putage,
c'est ce que Delius lui-même a senti ; il s'en est pourtant tenu à la leçon
de son manuscrit, vu que celle du second qu'il connaissait de ce texte :
Se a/ gaeliz ne se louent
était encore moins intelligible. Comme Delius a lui-même eu l'idée de
lire galantise, qui ne semble pas se rencontrer, et qui ne pourrait
signifier dans Wace ce qu'il suppose, lui du moins n'aura rien à objecter
à la correction gaelise. Je remarque en finissant que le manuscrit de la
Bibliot. nat. , fonds français 902, comparé pour moi par M. Bauer,
donne la leçon insoutenable :
Si a galice nen alouent*.
1. M. G. Paris m'indique un quatrième exemple du mot jaelice, cette fois
masculin ; c'est dans le fabliau de Richmt au vers 507, où il faut le substituer à
tadicc, forme qui ne se trouve pas ailleurs et .est due à une méprise soit du
240
MÉLANGES
IL It. GUASTADA, pr. ENGRESTARA.
Le mot italien ci-dessus est, d'après le Vocabolario domestico de
Caréna, qui en donne la définition suivante : « specie di boccia corpacciuta
col piede, » aujourd'hui peu usité ; les exemples apportés par Manuzzi,
qui le définit « vaso di veîro, corpacciuto, con piede e col collo stretto, »
montrent au contraire que ce mot, avec ses trois diminutifs, était ancien-
nement d'un usage assez fréquent. Je le regarde comme identique avec
inguistara et anguistara; d'abord la signification est la même, comme le
montre Manuzzi, qui explique inguistara par anguistara, guastada; ensuite
les lettres de ces trois mots sont dans un rapport tel que tous trois
peuvent être issus de agrestara, qu'on ne rencontre pourtant pas à ce
qu'il semble. La chute de Va initial atone est très-fréquente en italien
(cf. lodola, bottega, pecchia, rena, lena, Nastagio, etc.); d'un autre côté,
l'intercalation d'un n, surtout devant les gutturales, n'y est pas non plus
chose rare (ancona, fangotto, marangone, anche?, unguanno?, mdndorla).
La confusion entre in et an atones, au commencement des mots, se
présente dans ancudine, anguinaglia, annacquare, annaffiare, et partout de
telle sorte qu'un / primitif tantôt reste, tantôt est remplacé par a. La
substitution de ^ à un r primitif, que je suppose pour le suffixe, a lieu
également dans un grand nombre de mots (jado , proda, armadio, chie-
dere, conquidere, fedire, prudere); elle semble se produire surtout dans
ceux où une syllabe voisine contient déjà un r, et aura de même été
déterminée dans notre mot par ïr primitif de la syllabe antépénultième. Cet
r, à la vérité, a également disparu et a été remplacé par U (v), comme
cela a eu lieu aussi dans plusieurs autres mots après les gutturales :
ainsi squittino est incontestablement scrutiniuni; guitto (bologn. guett)
dont l'étymologie n'a pas encore été trouvée, peut être regardé comme
identique avec son synonyme gretto. Quant au changement de l'e primitif
de la même syllabe, ici en /, là en a, il n'a pas besoin d'être justifié. Si
tout ce qui précède est exact, guastada {agrestara) a signifié d'abord un
vase pour Vagresto, c'est-à-dire pour le liquor agro che si cava dalV uva
scribe soit de l'éditeur. Je dois à l'amitié du même savant de pouvoir ajouter que
le mot français correspondant exactement au pr. gazai se trouve au vers 2769
du saint Thomas de Guarnier, vers inintelligible tel qu'il a été imprimé jusqu'ici,
mais qu'il est facile de rétablir : Bous d'or en gruing (Hippeau ; engring) de
porc sunt e del tut jaal (Bekker : ja al) on voit par là que la signification de
jaal est plus large qu'on ne le supposerait d'après ce qui a été dit plus haut; il
s'emploie en parlant d'hommes et on peut le rendre par mercenaire. Par contre,
p. 227 de Raoul de Cambrai, troisième passage que m'indique M. G. Paris, se
ela estoit une feme jael. Si la prendroie, le mot se présente dans le sens qu'on a
assigné au pr. gazai.
ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES ET PROVENÇALES 24 1
immatura, spremendola collo slrettajo 0 ammaccandola in mortajo , e serbasi
per condimento (Caréna p. 46S; il dit aussi, p. 475 : sugo d'uva acerba e
immatura, tenuto alcuni giorni al sole, poi serbato in vasi turaîi). Agresto,
pr.agras, pr, mod. aigras, etc., sont expliqués étymologiquement par Diez,
Wb., 15 1 1. Quant au dérivé italien, il est identique avec engresîara, mot
provençal ou plutôt qui se trouve dans une cobla provençale, sans être
provençal lui-même. Au suffixe italien ara correspondrait en provençal
eira, iera, et la racine aurait probablement dans un mot indigène la
forme agras ou aigras. Ou cette cobla est l'œuvre d'un Aimeric, qui s'y
attaque à Sordel et reçoit dans une strophe faite sur les mêmes rimes
la réponse qu'il mérite , ou les deux strophes sont l'œuvre d'un tiers
inconnu qui attaque tour à tour, en une strophe _, Sordel et Aimeric; la
première supposition me parait la plus vraisemblable. On peut lire
maintenant dans VArchiv, 50, 26-^, les deux strophes d'après le seul
manuscrit où on les ait trouvées jusqu'ici; le commencement de la
première se trouve aussi dans le Choix, II, 303, où Raynouard la donne
comme preuve de l'existence d'un personnage du nom d'Ara, rapproché
ici d'Artus, mais dans lequel j'aime mieux, jusqu'à plus ample informé,
voir l'adverbe ara. Voici d^ailleurs cette première strophe :
Ane al temps d'Artus ni d'ara
No crei que nuls hom vis
Tan bel colp cum en las cris
Près Sordels d'un' engrestara.
E sel colps noil fo de mort.
Sel qel penchenet, n'ac tort.
Mas el al cor tan umil e tan franc,
Q^el prent en patz totz colps, pois noi a sanc.
Raynouard donne encore les quatre premiers vers dans son Lexique
comme exemple de engrestara, qu'il regarde comme dérivé de l'adjectif
bien connu engres , et qu'il traduit par « agression, félonie ». Il est à
peine nécessaire de dire que d'engres , dont le féminin du moins en vieux
français (je ne le saurais indiquer en provençal) est toujours engresse , on
ne peut tirer un pareil dérivé , surtout avec un suffixe aussi singulier. —
Quant à l'expression temps d'ara , ci-dessus mentionnée, on la retrouve
dans les vers suivants :
Qui se membra de! segle qu'es passatz...
Ni com hom ve malvais et recrezen
Aquel d'aras.
{Choix, IV, 329.)
m. Fr. MIRE, MÉGISSIER, GRAMMAIRE.
Tous les étymologistes modernes rejettent mêdicus comme étymologie
du vieux français mire, Scheler (Jean de Condé, l, 439), même comme
242 MÉLANGES
origine de la forme mie; et la plupart d'entre eux, depuis la soigneuse
recherche de Diez, s'en tiennent à un medicarius, qu'on ne rencontre
pas à la vérité, mais qui semble seul pouvoir rendre raison de l'r du mot
français. G. Paris qui, depuis son travail de début, a gardé un coup d'oeil
plus net pour tout ce qui a rapport à l'accent, n'accepte point cette
explication; il dit en effet, Rev. crit. II, i, 128, en rejetant avec raison
l'opinion qui ferait venir notre mot de « myrrhe » : « l'étymologie
de mire est incertaine », Et de fait, comment expliquer que ce soit
justement la syllabe accentuée de medicarius qui ait été syncopée, et que
la loi établie par Diez, d'après laquelle les suffixes accentués figurent
seuls dans la formation des mots nouveaux, ait été dans ce cas si mal
suivie? Je veux essayer de montrer que mëdicus est une base parfai-
tement suffisante pour toutes les formes, d'ailleurs remarquablement
nombreuses, sous lesquelles se présente le mot qui signifie « médecin ».
Le c guttural entre deux voyelles persiste très-rarement en français :
le plus souvent il s'y change en y (ou / consonne) ; si un i atone précède,
le / ne peut garder sa valeur propre, et se fond avec celui-ci; ainsi
mëdicum et médium peuvent en français produire un homonyme; il en
est de même de Jndia et de indica 'indigo), et des finales de canonicum
et testimonium, apostolicum et oleam, medicum et remedium, et si les
exemples de pareilles transformations ne sont pas plus nombreux, cela
vient surtout de ce que la voyelle atone, précédée d'un c qui disparaît,
est mieux préservée que celle qui suit un i étymologique , sa
persistance n'étant entièrement certaine dans ce dernier cas que quand
cette voyelle est a. D'après cela , les groupes primitifs -'i(c)u,
-'l{c)o, -i{c)a, peuvent être l'objet de modifications différentes. Les
énumérer toutes conduirait trop loin ; qu'il suffise de relever celles qui
peuvent s'appliquer à notre mot, par conséquent d'examiner les cas où
un d, précédé d'une voyelle, se trouve devant le i(c). Il ne peut être
question en français, cela va de soi, d'un mot comme mé-di-e, accentué
sur l'antépénultième. Un premier moyen de modifier cette forme inadmis-
sible est l'attraction de Vi atone par la voyelle tonique : la forme meide qui
en résulte est donnée par Roqueiond'aprèsles Dialogues de Saint-Grégoire,
mais elle est excessivement rare, attendu que d ne peut, dans la règle,
persister en français entre deux voyelles; s'il tombe, nous avons alors la
forme meie qu'on rencontre dans les Sermons de Saint-Bernaid : //' meies
des ainrmes {medicus animarum) 526; si hait meye, 328; sire meies, sanez
vos mismes (medice, cura te ipsum') , $70; elle s'accorde avec les
formes parmei (per médium), preis (pretium), qui apparaissent dans le
même texte, et avec meienuit (mediam noctem), qui d'après Roquefort se
trouve dans Saint-Grégoire. Mais bien souvent aussi l'c et Vi qui s'y est
joint, se changent en i, comme on le voit par avoutire, maistirej
ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES ET PROVENÇALES 245
cemetire; c'est ainsi qu'à côté de meie se trouve la forme très-fréquente
mie (de même saint Mie = Medicus, Vocab. Hagiol.), de même qu'à
côté de meienuit se place la forme mienuit qui Va emponé; {sainte M âîhie)
(Masîidia) peut également en être rapproché. Le second moyen qui con-
duisait de la forme trisyllabique medie à une forme dissyllabique, était
le changement de 1'/ atone en la palatale correspondante, représentée en
français par j et qui absorbe en soi la consonne précédente. De même
que pedica a donné piège, Gemeticum Jumiéges, sedium^ formé sur
ohsidium, siège, de même miege, la forme des Assises, a pu venir de
medicum (jne-di-e); semblablement Antidius est devenu Anîége et Are-
dius {ë?) Arige (Voc. Hag.) ; de hareticum on attendrait aussi eriege; à la
place nous trouvons erege ; cependant le seul passage où je connaisse ce
mot à la rime, le montre accouplé avec siège (Mir. de N.-Dame de
Charîres, ^S). Quant à mege, je ne le connais pas en ancien français;
Roquefort le cite, il est vrai, mais sans en donner d'exemple, de sorte
qu'il est permis d'admettre que c'est une des nombreuses formes pro-
vençales qu'on rencontre parfois chez lui; au reste on peut le supposer
en ancien français avec tout autant de raison que erege. — Dans les formes
substituées à me-di-e qu'il nous reste encore à examiner, nous trouvons
à la place du d disparu un r, que je regarde non comme issu du d, mais
comme intercalé, parce qu'il apparaît aussi à la place de consonnes dont
le changement en rest d'ailleurs inconnu. En effet, nous trouvons non-
seulement pour remedium fort souvent remire [Jeras. 2 5 iS; Ren. de Mont, j 54,
37) 3? 5» '8. etc.; R. d'Alix. 356, 17), non-seulement pour homicidium
omecire (R. d^Alix., 69, 5), pour Illidius Alyre (Voc. Hagiol.), pour
desiderium desirier (lequel aussi à la vérité peut être formé du verbe
desirrer, comme encomhricr, recovrier, remuier, etc.), mais aussi navire, que
j'aime mieux considérer comme forme secondaire de navie (pr. navei,
navlgi, esp. navio), dérivé certainement de navigium, que comme pro-
venant d'une forme nouvelle naviliam ; de plus artimaire ou artumaire
dans Roquefort (mieux que arrumaire, Œuvres de Rutebeuf, 1, 337), forme
secondaire d'artimage, dérivé incontestablement de artem magicam, enfin
grammaire de grammaticum, dont il sera question plus loin. C'est ainsi
qu'à côté de mie pour medicum se place la forme mirie des Livres des
Rois 304, laquelle montre d'un côté l'i atone encore à sa place, et de
l'autre agissant déjà sur la voyelle qui l'attire; et plus tard mire ou aussi
miere, ce dernier avec la même diphthongue que nous trouvons encore
en français moderne dans matière, métier, cimetière; ou mère {Gloss.
7692, 506), forme qui prend place à côté du vieux français matere,
franc, mod. misère. Tout près de la vieille forme mirie se trouve encore
le v. fr. mirgesse, femme médecin (Ruteb. II, 179), et mirgie, médecine
[Ch. au lyon 6493), tandis c[ue miresse, meresse (Livre des Mest., p. lxxvih
244 MÉLANGES
et 585) et mirerie el (par dissimilation) mirenie (Glossaire 7692, 279 et
Voc. Duac. 99} se rattachent à mire ; megeresse {Notre-Dame de Chartres
91), megement (Carpentier s. v. megeicharius) et megeis {avec megeïcier
= fr. m. mégissier), au contraire, viennent du verbe megier (Carpentier
I. G.) et reproduisent les formes medicaîricem (ou medicatri-ssam),
medicamentum, medicaticium.
Grammaticus aurait sans doute pu donner aussi gramage ; mais cette
forme ne se rencontre pas, que je sache, de même qu'à côté de remire
et remirer ne se présentent pas d'autres mots que les formes savantes
remède et remediier; cependant en provençal on appelle celui qui sait
écrire gramddi, gramâzi ou gramatge; et j'espère que le rapprochement
de ces formes avec le masculin vieux français gramaire {fist venir clers et
gramaires, Brut 1 5243 ; Varro qui fu malt bons gramaires, Barl. et Jos.,
175, i) ne fera, après ce qui précède, aucune difficulté. Le français ne
pouvait d'ailleurs distinguer le mot masculin du mot féminin qui désigne
la connaissance de l'écriture. Quant au provençal grammdira, cité par
Diez d'après Raynouard (III, 494), je n'oserais décider si c'est un
emprunt fait au français, ne connaissant pas l'ouvrage (le Catal. dels
Apostolis de Roma') d'où l'exemple unique de ce mot a été tiré.
IV. Fr. SOMMELIER.
Le rapport qui existe entre sommelier et somme a été reconnu par les
étyraologistes, sans avoir pourtant été présenté tel qu'il existe réellement.
Ce n'est pas, en effet, immédiatement de somme (sagma) qu'il faut tirer
sommelier, ni même d'un mot tel que sommula, qui n'existe pas, mais
dont on a conclu l'existence de celle du bas-latin sommularius qu'on n'a
trouvé toutefois que dans des textes très-peu anciens. Sommelier est un
dérivé de sommier (bête de somme) et désigne celui qui a les bêtes
de somme sous ses ordres , et aussi celui qui mène une bête de somme.
A la place de somerier, et pour éviter le son désagréable qui se produisait
tant qu'on faisait entendre encore l'r final, on a dit somelier, comme on
trouve en vieux fr. contraliier pour contrariier, sorcellerie et ensorceler (de
sorcier), pour sorcererie, ensorcerer, où un troisième r aurait encore
augmenté la cacophonie ; dans mirenie (médecine) on a eu recours à n,
pour remplacer l'r, de même que n s'est substitué à / dans cenelier, qui
remplace directement celelier comme ce dernier mot remplace celerier
(cf. ce que le dictionnaire de Grimm dit de l'allemand Kellner, déjà au
x*" siècle kelnâri). A côté de somdier (Percev. 11802) nous trouvons
déjà dans Guill. Guiart, II, 6571, sommetier, à côté de Agnes la soume-
liere (Ordon. Livre des Mest. 38?), Marie la soumetiere {ibid. 379), formes
qui cadrent exactement avec saumatiers, custos saumarii, du Dictionnaire
ÉTYMOLOGIES FRANC. ET PROV. — VARIÉTÉS LORRAINES 245
de rimes provençal. Ici t s'est, au lieu de /, substitué à r, comme dans
papetier, papeterie (à côté de paperasse); t est d'ailleurs aimé du français
comme moyen de supprimer l'hiatus, ainsi que le montrent les mots
bijoutier, cloutier, cafetier, ma-t-ante, chante-t-il, ne voila-t-il pas, et la
tendance des personnes peu instruites à faire ce qu'on appelle commu-
nément des cuirs.
Adolf TOBLER.
II.
VARIÉTÉS LORRAINES
(Supplément au mémoire imprimé dans la Romania, I, 328-51).
Au cours de nos recherches sur le dialecte lorrain, nous avons ren-
contré quelques documents de nature à mettre en lumière certains points
obscurs du texte publié dans une précédente livraison de ce recueil (I,
pp. 340 à 3^1), et à expliquer certaines particularités de forme et de
sens non signalées jusqu'à présent et qui paraissent appartenir en propre
à l'idiome de cette région.
La note complémentaire qui suit portera sur la désinence -en des mots
à terminaison fém., sur la désinence -ont ^^ p. pi. de l'ind. présent et sur
la valeur temporelle de cette forme, enfin sur le sens précis, sinon sur
l'origine formelle, du mot bequehoirs. Nous y ajoutons la copie d'une
quittance relative à une indemnité de guerre réclamée et obtenue par une
victime de la lutte entre les princes de Lorraine et de Bar: les caractères
de la langue employée dans ce document historique sont tels qu'ils
peuvent le faire classer parmi les plus curieux spécimens du parler
local.
I. — Nasalité de L'e féminin en désinence.
Nous avons fait remarquer que, à l'exception de abatuent, tous les
exemples de cette désinence appartiennent à la partie du texte écrite
dans le langage de la Vôge : vaichen (VII, 52), forsen (X, 3) pour les
noms, prisent (VII, 8, 10, 21, 26) pour les verbes'. Cette notation,
pour étrange qu'elle puisse paraître, ne doit pas être regardée comme
une fantaisie de scribe ou une inadvertance de copiste : elle reproduit
au contraire le plus exactement possible la prononciation des paysans
de l'Est dans les cantons montagneux. C'est la seule raison légitime
de cette orthographe. Toutefois, si juste qu'elle fût, l'explication que
nous avons donnée de cette forme risquait d'encourir le soupçon
I. Sur le t de cette finale ent cf. t. I, p. 33 5.
246 MÉLANGES
d'avoir été faite après coup et pour le besoin de la cause. En effet,
aucun autre exemple puisé à une source originale n'était venu s'ad-
joindre aux cas peu nombreux allégués en faveur de notre conjecture.
Le texte qu'on va lire fait passer la conjecture à l'état de réalité : la
véritable valeur de cette notation est mise hors de doute par le nombre
des exemples qui l'affirment et plus encore par l'autorité qui s'attache
toujours à un document original de préférence à une copie, si fidèle
qu'elle soit.
Accord entre les chevaliers du Temple (de la commanderie de Norroy) et l'abbaye
de Flabémont {chanoines réguliers de l'ordre de P remontré) '.
Février 1239-40.
Sachent tut cil qui ces lettres verront que, cum descors fust intre la glise de
Flabomont', d'une part, et les frères de la mayson dor TcmpUin de Noroy *,
d'autre part, suz le ban de Cersez*, pais en fust fayte par conseil de prodomenz
en itel meniere : que ii ecglise de Flabomont enporte la demonure de Auviler ",
qui est in banc de Cersez, enterinnement par davant et la glise ausiment sen
partie dor Temple, et si enporten l'usuare de la grange de Auviler in banc de
Cersez ensi cum Ii grange l'i avoit ; et Ii hommen dor Temple de Mandres * de
latente {sic) dame Margarete enportent lor usuare et les terres et les prés, par
la rente paant ensi cum il l'i suylent avoir et paier; et Ii remenans dor banc de
Cersez en totes choses : in prés et in terres, in box et in awes et in rentes, lor
vait par moytié. Et Ii frère dor Temple de Noroy davant dit ont acompagnié la
glise de Flabomont in trois quartiers de terre qu'il ont ad Osenviler ' en itel
meniere : que Ii ecglise de Flabomont averay la moytié de la rente des trois quartiers,
et Ii frère dor Tcmplen l'autre moitié ; et si par aventure adveni que ii terre achaût,
Ii englise de Flabomont averoit la moitié et Wfreren dor Templcn de Noroy l'autre.
Et en après est ad savoir que Ii englise de Flabomont et Ii frère dor Tcmplen de
Noroy doient faire en banc de Cersez astrait de hommes en bone foy por ville
estufier; et Ii englise de Flabomont ne pust rien adquester in ban de Cersez ensi
1. Sur les possessions du Temple en Lorraine, voy. un article de M. Digot,
dans les Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine, année 1868, p. 258 et
suiv., et notamment, pour la commanderie de Norroy, p. 287.
2. Flabémont, écart de Tignécourt, canton de Lamarche, arrondissement de
Neufchâteau (Vosges).
3. Norroy-sur-Vair, canton de Bulgnéville , arrondissement de Neufchâteau
(Vosges).
4. Aucune localité de ce nom ne se trouve dans la région circonscrite par les
données topographiques de notre pièce. Nous n'avons pu déterminer l'appellation
actuelle de ce village, si tant est qu'il existe encore. M. Digot (qui paraît avoir
eu connaissance de notre document par une copie postérieure ou plus probable-
ment par une analyse sommaire dont ii n'indique point l'origine) n'a pas été
plus heureux que nous sur ce point. Voici ce qu'il dit {op. cit., p. 287) : « une
localité que l'acte nomme Sarcels, et que nous ne connaissons plus sous cette
dénomination. »
5. Oviller, ferme au territoire d'Auzainvilliers, sur lequel cf. note 7.
6. Mandres-sur-Vair, canton de Bulgnéville, arrondissement de Neufchâteau.
7. Auzainvilliers, chef-lieu de canton du même arrondissement.
VARIÉTÉS LORRAINES 247
cum en rentes et in possessionz, sauvez les chosez davant dittes, que li frère dor
Tcmpkn de Noroy n'i aent la moytié ; et li frère dor Tcmplcn de Noroy autel-
ment ne puent rien adquester in ban de Cersez, in rentes et in possessionz, que li
englese de Flabomonl n'y ait la moytié. Et si est ad savoir que li englese de Fia-
bomont ne puet vendre la sue partie ne engagier ne aliéner, ne appeller voé ; et
li freren dor Tcmplcn de Noroy ne puent la lor partie vendre ne engagier ne
aliéner, ne appeller voé ne querre partie, for que par communz concors de la glise
de Flabomont et des frerez dor Tcmplcn de Noroy. Et si est ad savoir que li
englese de Flabomont ne li frère dor Temple de Noroy ne puent fayre grange ne
habitacion en davant dit banc de Cersez. Et si est ad savoir que se li vile multi-
plioit, et li grange de Auviler cressoit et multiplioit en itel meniere qu'elle pressât
la vile par son usuare malement, li sires Huez li Prestez de Forcellez * et li sires
Garins Verraz de Mosturul ■ ont poier de la mesurier. Et por iceu que ces chozes
soient fermes et estaubles, ju frères Freriz de Morehenges ', maistres de la che-
valerie dor Tcmplcn de Lorregne, ay mis mon seau! par lo consentement de nos
frères ad présentes lettres, en tesmognage de vérité ; ky furent faytes en moix de
février, en l'an ke li miliares corroit par mil et deuz cens et trente nouf anz.
Au dos est écrit, d'une main du XIV siècle :
Lettre de l'acort de Cersez entre nous et lez frerez de Noroy.
(Orig. parch. — Arch. des Vosges, série H : Fonds de l'abbaye de Flabémont.)
Sans entrer dans une étude détaillée de ce texte, qu'il n'y a pas lieu
d'entreprendre ici, je ferai seulement remarquer que la notation caractéris-
tique en. s'y rencontre 14 fois (dont une forme verbale, enporten). Quelle
était sa valeur de prononciation : ê Çin) ou â (an) .? Ce que l'on sait de la
manière dont cette voyelle est traitée par le dialecte lorrain en général
et vôgien en particulier, ne permet pas d'avoir la moindre hésitation à
cet égard • en sonne in. Cette valeur, qui est étymologique, s'est main-
tenue dans l'ensemble des dialectes de la langue d'oïl jusque vers le
milieu du xii" siècle 4, A partir de cette époque en s'est assimilé à an,
et ce n'est que dans les dialectes parlés aux points extrêmes du domaine
de la langue d'oïl que en a conservé sa valeur originelle : au nord-ouest
l'anglo-normand, au sud-ouest le poitevin, à l'est et au sud-est l'idiome
1. Forcelles-sous-Gugney plutôt que Forcelles-Saint-Gorgon, tous deux du
canton de Vézelise (Meurthe). Notre attribution se fonde sur ce fait que For-
celles-sous-Gugney était une possession du Temple, relevant de la commanderie
de Xugney (Vosges).
2. Monlhureux-sur-Saône, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Mire-
court (Vosges).
}. Morhange, canton de Gros-Tenquin, arrondissement de Sarreguemines
(Moselle). — Ferry de Morhange est qualifié par notre document de maître de
la Chevalerie du Temple pour la Lorraine. M. Digot, (ibid.) induit en erreur par
des renseignements mcomplets ou inexacts, ne fait de Ferry de Morhange qu'un
simple commandeur de la maison de Norroy.
4. Cf.yliV et EN toniques, par M. Paul Meyer, dans les Mémoires de la Société
de Linguistique de Paris, I, 244 et suiv.
248 MÉLANGES
parlé dans la Lorraine et dans la Suisse-Romande. Pour ce qui est de
ces derniers cantons, le langage actuel qui fait entendre «patiemmmt »,
(( doucem/nt », u achèvemmt », est l'héritier légitime du dialecte parlé au
XIII* siècle.
En ce qui regarde notre texte, la question est résolue par l'écriture
qui représente la prép. lat. in (intcr) par in [intre) jusqu'à 14 fois. Et
comme, dans les faits de ce genre , la fidélité avec laquelle est
rendue la prononciation du crû est en raison directe de la divergence de
la notation dialectale avec la notation usitée dans la langue générale, il
en résulte que les variations orthographiques sont une simple question
d'écriture et ne portent pas atteinte à l'unité de prononciation. Nous
assimilerons donc en à in pour tous les mots qui présentent tantôt l'une,
tantôt l'autre orthographe '. Cette conclusion est d'autant plus sûre en
ce qui concerne le dialecte lorrain que, là où la notation en a pris le son
commun an, ce dialecte fait concorder l'écriture avec la prononciation :
dans le plus grand nombre des cas il écrit an,= lat. in en, oïl en. De ce
fait, la prose et la poésie, les chartes et les chansons, offrent des
exemples à foison ; amans et trouvères marquent leurs productions au
même coin 2.
Pousser plus avant cette démonstration entraînerait dans un détail qui
ne peut être exposé ici. De ce qui précède, il faut retenir que : 1° dans
le dialecte parlé en Lorraine et plus particulièrement dans la Vôge, le
son an représente a latin et ê assimilé à à ; 2° si en provient de /" ou
de è resté pur, il se prononce in, alors même qu'il garde la notation
commune en 3. — Par contre, la distinction entre an et en se fait toucher
comme au doigt dans les exemples suivants empruntés à des chartes de la
fin du xiV^ siècle : « Sez hommes aidans, servens, confortans et receptans, »
« menens et subgiz, » « nos km es pende nz », « leu tenens » (lieutenant),
(.icognissent» (connaissant), « liaient, ayens, cause^^ , etc. Ces exemples sont
d'autant plus frappants qu'ils s'appliquent à des formes départie, présent,
et que c'est précisément par cette classe de mots que l'assimilation de
en à an s'est effectuée en premier lieu : les plus anciens textes de la
1. Pour la même raison, et malgré la divergence d'orthographe, f^m/75 et tans,
savent et savant, et les adverbes en -ment mant, ne font entendre qu'un son unique,
à savoir an.
2. M. Meyer se demande (I. I. 272) si l'assimilation entre en et an était plus
complète en Champagne et en Lorraine qu'ailleurs. Oui; cette assimilation est
l'un des caractères saillants des dialectes de l'Est.
3. Aux exemples qu'on a vus plus haut de l'équivalence en et in, et qui sont
propres à la région de la Vôge, on peut ajouter, parmi plusieurs autres, les
deux suivants, appartenant l'un à la langue du Roman-Pays, l'autre à la langue
de Metz : aïn--=ainde dans le document publié ci-dessous, p. 257; — infer à côté
de enfa, dans un texte du XIV° siècle qui paraîtra prochainement ici même.
VARIÉTÉS LORRAINES 249
langue d'oïl présentent toujours ant au part, de toutes les conjugaisons.
C'est toujours chose délicate que de prétendre noter la prononciation
jusque dans ses nuances les plus fugitives, alors surtout qu'il s'agit
comme ici d'un son naturellement sourd et indécis. On ne s'étonnera
donc pas de voir, dans des cantons divers, les scribes lorrains recourir
à divers procédés pour serrer de plus près la prononciation locale. C'est
ainsi que la notation en paraît appartenir en propre aux textes vosgiens ',
tandis que le même accident de prononciation est noté à Metz par ei en
finale. Dans le premier cas, l'adjonction de n fait passer la sourde pure
^ à la sourde nasale ê ; dans le second cas, l'adjonction de / donne à
cette même sourde c une valeur phonique plus rapprochée du son è.
Quel que soit le procédé orthographique employé ici et là, des deux parts
l'effet obtenu est le même et la prononciation locale fidèlement repro-
duite. Je vais donner un certain nombre d'exemples de cette seconde
notation.
Noms et adjectifs :
« Li princiers n'aura point de legnaz en tote la terre Saint Pol, for le bois de
chaend'-. » — Se de mi defallivet..., li prieurs devant dis seroit quitlcis^. » —
« Li sires Cunes li coustrds de S. Vincent *. » — « Li sirds Thiebaus Boukins,
chiveliiers, et li sirds Ferris Chielairon ^ » — « Li abbds Badowins de S. Vin-
cent de Mes et touz li covans de cest meisme leu \ » — « Li malrds de lai
chiese Deu de S. Vincent ait aquasteit'. »
A ces exemples il convient de rattacher les suivants, dans lesquels
l'interversion des deux voyelles d en ie est une preuve de plus de l'hési-
tation des scribes en présence de ce son spécial :
« Conue chose soit a toz ke li chapittiics de Saint Salveor de Mez...* —
« .XL. s. k'il ont....; ces ont aquasteit por l'^rc/iiWwconfÊ Nicole dou Kanoy ". »
— « Pour faire clairie et lie faice en oile*" {Ut cxhilaret faciem in oleo). »
Verbes et participes :
1. Le Bestiaire publié dans ce recueil par M. P. Meyer (I, 426-445)
présente, entre autres caractères du dialecte lorrain, un exemple de -en iém.
final : gcrmen (v. 1142). Ce fait et d'autres analogues permettent d'assurer (jue
le copiste du traité de Gervaise était originaire d'une localité de la Vôge méri-
dionale, dans la partie traversée par la Saône.
2. Archives de la Moselle, Fonds du chapitre de la cathédrale de Metz; 1220.
3. Ibid., ibid., — 1233.
4. Bibl. Nationale, Terrier de l'abbaye S. Vincent de Metz, FR. 871 1, fol. 9
V, — 1303.
5. Ibid., ibid., fol. 6, — 1 3 1 1.
6. ibid., ibid., fol. 11 v, — 1306.
7. Ibid., ibid., fol. 12 r" et v°, — 1310.
5. Arch. de la Moselle, Fonds de la collégiale S. Sauveur de Metz, — 1232.
9. Bibl. Nationale, Carlulaire de la Grande Eglise de Metz, FR. 11846,
fû. 148 ', — vers 1 500.
10. Bibl. Mazarine, T 798, Psautier lorrain, CIII, 17.
Romania, II 1 7
\
250 MÉLANGES
« Ansi com li escris... lou devisât \ » — « Et se li dis Willames laicvcit cest
sansal » * : — Etc'il neli paieveit larante dezour dite '. » — « Ne ne doient ne ne
s'an puient vanteir de nulle tenour an nulle manière per devant keil justice c'on
l'an pbidixeit *. »
Les cas précédents sont isolés et à l'état sporadique ; mais plus on
avance dans les bas temps et plus ils se montrent nombreux. A l'appui
de cette assertion, nous ne citerons que deux textes dans lesquels la
finale atone ei apparaît dans un grand nombre de désinences féminines.
« .... Et pour tant nous redemandiens des ditcis abbause et covent. . .
Pour ceu que li dis privilegeis tournoit et poioit tourneir ou greif desmaige de
nostre dite abbaiie, nous, abbause et covent. . . desour diteis, ne sommes mies
tenucis ... ai paieirdesme. . . . Tous /?nV;7jgm et testes exceptions osteez. . . .
Renonsons ... a touz plais, a causes meutcis et a muevre . . . pour l'ocqueson
des choses devant ditcis; ains aiverons, tanrons et warderons . . . toutez les
choses dessus dittcis fermes et aggraiaubles a tous jours. . . . Avons-nous . . .
nos saielz de certaine science a ses présentas lettres mis".
» Encor est waigere a soulz de S. Poul .... les .V. jornalz de terre a
poncel de Waipey que fureit Thieba Peti Maiheu. ... — Ancor estwaingere a
signour dessus dis II. pièces de terre ereuce on il ait .1. foucei antre dons,
ou on contcit .XXIII. jornal que gisseit an Goubert Nowe devant lai paisture
don chamin de Waipey entre les dons poncel : des queis .XXIII. jornalz il an y
ait .XVIII. jornalz que ne doient point de dcmey ; et ancor .1. pièce de terre
ereuce ou an contcit .X. jornal °. »
Quoique les exemples de la désinence ei atone finale 7 soient — en
l'état actuel de nos recherches — plus nombreux de beaucoup que ceux
de en en même position 8, on a pu remarquer que la date oià ils appa-
1. Bibl. Nationale, FR. 8711^ f° 11, — 1294 et 1306.
2. Ibid., ibid., fol. 9. — 1306.
3. Ibid., ibid., fol. 11 v% — 1306.
4. Ibid., ibid., fol. 19 v», — 13 16.
5. Ibid., Collection de Lorraine, vol. 975: Cordelières de Metz, n" 1 5, — 1324.
6. Bibl. Nationale, Collection de Lorraine, vol. 972 :MetzII,n° 162, — pre-
mière moitié du XIV« siècle. — A côté de farcit gisseit, qui sont à la 3e p. pi.,
nous rencontrons gesseint, qui a conservé la nasale, mais sans la faire entendre
dans la prononciation, non plus d'ailleurs que la forme commune gessent, qui
coexiste avec les deux précédentes dans ce même texte.
7. Un certain nombre de textes offrent ci pour c dans l'intérieur des mots,
ainsi : deinicrs, samcidy et quelques autres. Mais le cas n'est plus le même qu'à
la finale, et nous n'avions pas à nous occuper de cette notation qui ne touche
pas directement à notre sujet.
8. La notation en paraît avoir aussi essayé de s'implanter dans les textes de
Metz, mais les exemples en sont rares ; jusqu'ici je n'en ai rencontré que deux
appartenant à des formes verbales : aqiiiten (bis) 1230, et matcn (mette) 1299.
Encore sont-ils douteux et faut-il peut-être n'y voir que des 3* p. pi. dans les-
quelles le t final serait tombé : dans l'un et l'autre cas, en effet, le verbe est com-
mandé par un double sujet. — Quoi qu'il en soit, la désinence ei prédomine de
beaucoup, et c'est elle qu'emploient définitivement les scribes messms à l'exclu-
VARIÉTÉS LORRAINES 2$!
raissent est sensiblement la même dans l'un et l'autre cas. Au nord comme
au sud, à Metz aussi bien que dans la Vôge (et sans aucun doute les
autres dialectes présenteraient des faits analogues), toutes les formes
spéciales, les désinences typiques, appartiennent exclusivement aux
périodes chronologiques extrêmes. Entre le moment où elles manifestent
leur existence pour la première fois et celui où elles conquièrent défi-
nitivement leur droit de cité, se place une lacune de temps qui peut
varier au hasard des textes et des recherches, mais qui est toujours
assez considérable. Cette particularité, qui revêt le caractère d'une loi,
grâce à son évolution régulière dans les variations du langage, nous
l'avons constatée à plusieurs reprises dans nombre de faits du même
ordre '. C'est ainsi que, pour ne pas sortir du terrain délimité par le
sujet et par l'époque, on nous permettra de renvoyer le lecteur à ce
qui a été dit précédemment (I, 558) sur les formes verbales bâtait et
abatait ^.
II. — ont, DÉSINENCE DE LA 3^ P. P. DU PRÉSENT DE l'iNDICATIF
AU SENS DU PRÉTÉRIT.
Si, dans les formes précédentes, la modification subie par la désinence
n'entraîne pas le déplacement de l'accent, il n'en est pas de même pour
la question qui s'offre présentement à notre examen. Ici ce n'est
plus une simple adjonction d'un signe sans autre valeur que de
préciser la prononciation locale de e atone final , mais il s'agit du rem-
placement de cette voyelle sourde par une autre voyelle sonore, qui dès
lors attire sur elle l'accent : au lieu de '-ent l'on a -ont.
sion de en et aussi de ae que je note dans terrac 1235 en regard de terrei 1240;
enfin ia désin. cl == l (ci) se rencontre fréquemment dans les bas temps.
1 . C'est un phénomène moins rare qu'on ne serait tenté de le supposer au
premier abord, que des formes typiques faisant leur apparition dès l'origine d'une
langue, puis disparaissant des textes pendant une période plus ou moins longue,
comme si elles étaient enlevées de la circulation, pour émerger plus tard et s'im-
poser d'une manière définitive et absolue après cette éclipse apparente. Ce sont
les premières manifestations de la langue populaire, du patois qui, refoulé pour
un temps par les barrières de la langue classique, finit à la longue par les ren-
verser et monter sur la scène dans l'appareil qu'il tient de ses ancêtres et qu'il
a religieusement conservé. C'est une source qui, arrêtée par un obstacle, chemine
sous terre ponr aller rejaillir plus loin avec une force plus grande. — Ainsi en
est-il du latin archaïque rapproché du latin rustique ; et sans doute les autres
langues n'échappent point à cette loi.
2. Voici un nouvel exemple de cette désinence, fourni par un texte messin de
la première moitié du XIV' siècle, c'est-à-dire contemporain du document publié
dans le vol. précéd. : « Ci est escrips toz li heritaiges que muet don censal que
Matheus Burtadon vandeit a sous de S. Poul Ancor est waingere a
signour desus dis tout l'eritaige que Perrin Burtadon vandeit a Jehan Ancel. »
(Collection de Lorraine, vol. 972 : Metz II, n° 162). — Cf. la même forme ci-
dessous, p. 253.
2^2 MÉLANGES
Nous ne prétendons rechercher ni le motif ni la date de l'assimilation
delà 5" p. à la i'"-' au pluriel du présent de l'indicatif. Ce phénomène
est actuellement commun à tous les patois, et ceux-ci l'ont reçu de leur
dialecte respectif. Mais ce qui appartient en propre au dialecte lorrain
(du moins personne à notre connaissance n'a signalé ce fait, et nous-
même ne l'avons rencontré nulle part ailleurs^ , c'est que le déplacement
de l'accent ait entraîné un changement de sens. La forme ainsi affectée
est sortie de sa catégorie temporelle pour entrer dans une autre, ou plus
exactement elle appartient à deux catégories de temps : la forme est du
présent, le sens est du prétérit ; singulière anomalie que nous ne nous
chargeons pas d'expliquer, mais que le simple rapprochement des textes
va rendre indéniable.
Je rappelle d'abord les exemples du document publié plus haut ; ces
exemples et les suivants, empruntés à divers textes, sont choisis à
dessein parmi les phrases qui contiennent juxtaposées les deux formes de
parfait : l'une à désinence régulière, l'autre à désinence anormale
{-ont). Cette juxtaposition même en dira plus que toutes les théories.
Abatait, cmpourtont, fit, I, 23 ; — sunt venus, ont abatues, ont eues et tenues,
cnmenont, prirent, II, 14; — vinssent, trovont, tuont, II, 19; — vinssent, abati-
rent, debrezirent, empourterent, tuèrent, enmonont, II, 34; — prirent,
decopont, III, 3$; — brizairent, abatirent, deffroxairent, laixont, déferont, tuè-
rent, prirent, IV, 8 ; — brizairent, robonty davestont, brizairent, empourtairent,
prirent, V, 1 1, 12 *.
Li maires de S. -Julien... et autres gens asseiz... an allont a Giaitigney, et
orent .IIII. chers awelz eus, et cherriont .IIII. cherres de bleif an l'osteil lou Roi
et les amenant a S- Julien... Et anportont li abbes et ces comandemens pos
de couvre... Il y allant et maingerent et burent et manant bonne vie... et atcn-
dont toute jor, etc.*
Cest vandaige ait fait Jaikemate... por bezongne de vivre et por pâieir les
dates ke ces peires et ces mairis li hiant devant '.
Dou descort qui estoit dou doiein et dou chapistre de S. Saveur d'une pairt,
et de Jaikemin Porree d'atre pairt : li doiens et H chapistre dissent k'il ne
karoient ke droit et fin, k'il li estaincheroient vollentiers lou plait ; et li estain-
chont,et pues li requissent — ■ Et ancor vit li persolne a cui li deiens et li
chapistres laissant celle maxon por .xxx. s. de mt. de cens... — Et Jaikemins
Porree vous dist... que veirs est ke li dis Jaikemins prist a cens a doien et a
chapistre de S. Saveur la maxon,... et li laixont li doiens et li chapistres
devant dit permey. xx. s. de cens k'il an doveit chac'an ; et ait passeit. xx.
ans et plux... c'onques plux ntV un demandant ne plux n'an devoit *.
1. Extrait du document publié dans Romania, I, 340-551.
2. Bibl. nat.. Collection de Lorraine, vol. 977 : Fonds de l'abbaye de Saint-
Vincent de Metz, n" 7, — avant 1279.
3. Ibid., ibid., vol. 971 : Metz 1, n° 88, — 1296.
4. Ibid, ibid., vol. 983 :FondsdelacollégialeSt-SauveurdeMetz,n°3 1, — 13 1 5.
VARIÉTÉS LORRAINES 2^^
Li sires Joffrois Groignas, li eschavins, et Thiebaus Lorant, li amans, vinxent
devant lou maistre eschaving..., et clamont et dixent an plait que. ; —
vandont (ter), mirent ; — eit paiet, ait tenut, n'en pairlont ne n'i mirent
débet, vandont '.
Ceu est ceu que cilz de Chamenat et dou ban ont meffait a ma dame
l'abbausse ; amenant, prixent, vorent, rescouxent; — rev'mxent, amonont,
prixent, amonont, revinxent, volt; — tornont, furent esxuriez, fust tenue; — avint,
ramonont, pnxent, monont; — %'asamblont, vinxent, anmononl, prixent; -avint,
porchasserent, s'acordont — randont, furent resaixis, vorent '.
Or ait .IIII. ans passeit ki li abbes vandeit Ancey .c. et x. ib., et si walgnont
cil ke l'achetant .XL. Ib. ou plus p[er] lor dit meymes; et si n'estoit mies li tans
si aparans de la moitiet corn il est maintenant, ke Deus voillet wardeir ! — J'ai
veut de mon tans et vivent ancor partie de ceulz ki achetant la court de Clias-
telz singlemant .III. ans por .XII ^-^. Ib. de Mt., et .III. ans après la rachetant
cil meymes por .XVIII '^^. Ib. de Mt.'
Et une foule d'autres exemples dont l'énumération deviendrait fasti-
dieuse.
De la simple lecture de ces fragments et du rapprochement des formes
verbales résulte, avec une évidence invincible, la concordance la plus
parfaite quant au sens en dépit des désinences diverses. On doit donc
tenir pour acquis que la désinence -ont, formée du présent, entraîne le
sens du parfait 4.
1. Extrait d'un jugement du Maître-Echevin : Ibid., ibid., vol. 980; Fonds
de l'abbaye de Saint-Arnould de Metz, n° 21, — 131 5. — Deux lignes plus
bas, le même texte a « pairollent. » Le sens de cette forme, rapproché de celui
de (( pairlon* » rend plus sensible encore la valeur temporelle différente des deux
désinences verbales.
2. Extrait d'un rapport aux « Treize ». Ibid., ibid., vol. 975 : Eglise de
Metz, numéro 28, sans date. — Ce titre n'appartient à aucun des fonds compris
dans le vol. 975 ; il devrait faire partie du fonds de l'abbaye de Sainte-Marie de
Metz, à la date de 1 342.
3. Bibl. nation,, LT 10023, Cartul. de l'abbaye Saint-Vincent de Metz, fol.
144, v* ; — sans date, écriture du XI V^ siècle.
4. Une autre désinence de cette même personne est -ânt, assimilée elle aussi à
la !«•" p. pi. Mais là s'arrête la similitude avec -ont; en effet, les rares exemples
de cette forme, quoique plus fortement frappée au coin du patois, conservent
leur valeur temporelle : ils sont du présent aussi bien par le sens que par la
forme.
« Les. XX. s. de Mt. de censke giexant sus tout l'eritaigedePondeniet.» (B. N.,
FR. 871 1 : Registre terrier de l'abbaye, de S. Vincent fol. 19, — 13 1 1.) Tuitdient
et tcismongnant qu'il y (il s'agit d'une vente immobilière) virant lou bien et lou
prout de Jaikemin « (Ibid- LT. 10023 : Cartul. de Saint-Vincent, fol. 25 v,
26,-1317.) — Ainsi la désinence de la 3" p. pi. de l'ind. pouvait être affectée
de cinq manières différentes. Ces derniers exemples et ceux de la p. 25c nous
en montrent quatre réunies dans le même verbe : gcix-ent-eit-eint-dnt, avec le sens
du présent ; quant à geixônt, s'il avait pu exister, il aurait pris, ainsi que ses
congénères, le sens du parfait. — Enfin, le même rapport qu'on a remarqué
entre « giss£/t » et « giexant » se retrouve entre « furaf » (ci-dessus p. 250)
et « durant » donné par un rouleau de Bans de Tréfonds de 1227, conservé à la
2 54 MÉLANGES
La fortune de cette singularité, que nous constatons sans pouvoir en
donner la raison dès à présent, a été grande dans la langue de Metz ; ce
produit tératologique y a fructifié ainsi que dans un terroir propice:
il s'épanouit surtout à la fin du xiii'' siècle et dans les deux siècles
suivants. Le Journal de Jean Aubrion, naïf et curieux assemblage de faits
et traits de mœurs locaux, en est orné presqu'àchacune de ses phrases. Il
est vrai qu'il ne refuse pas davantage l'hospitalité à mainte et mainte
autre forme plus ou moins irrégulière. La plus souveraine indifférence pour
la grammaire et l'orthographe a fait d'Aubrion le modèle des éclectiques
en son genre : chaque forme, chaque faute, devrais-je dire, vient à son
tour. Voici quelques exemples tirés des premières pages de son
journal :
A la Chandeliour (1464)... s'en allit le s"" Jehan de Heu et emmenit avec lui
et parlit a la bouche de Nostre Sainct Peire le Pappe (p. 3)... Item, tantost ung
pocaprez, la citéenvoiet ung appelles Jehan de Landre... et Venvoiont a Romme
(p. 4)... — Fuit débet entre la cité et l'évescque de Mets. Item... priait mens'
de Lorenne la cité que on volcist ung poc cesser... Et on li octroiont et cirent
trêve..., maix on ne polt avoir acort ; et tant qu'il fallit recommencer à gaigier
... et gaigont on de fait.... Et tant c'on rccommensont a. gzigïer le jour du
Saint-Sacrement, il pluit presque tout le jour... — Et on ne li refusons mie, maix
oit encore true ung moix tout plain... — Et s'y allant lez sodoier (p. 5)...
Maix on se ravisant (p. 6) V — Li sire Anthoine Gremesuelz... qant se vint au
rendre compe, lesdits seigneurs de S.-Salvour le volrent constraindre et le cons-
traindont de fait..., dont il leur costit bien cher... Et y envoient les II dessus
dit, lesquelx rappourtant leur escord et leur absolution (p. 8)... — Passant
parmy la cité et le pais bien V'^ Bourguignon, lesquelx revenoient de France...;
li ung revenoit tout nuit, l'autre tout deiîuz, et l'autre tout à pieds (p. 9)...
Et s'en rallont... et tinrent la journée à Clémery..., et jornont et puis revinrent
(p. 12) etc., etc. 2
Le patois moderne ne connaît plus cette forme, du moins avec le sens
du parfait; elle est tombée au xvi*^ siècle, peu de temps sans doute
après sa période de splendeur sous la plume d'Aubrion. Je n'en ai pas
Bibl. de Metz. Furant est, avec vinin/ ci-dessus, le seul exemple que j'aie rencontré
jusqu'ici de cette singulière assimilation s'exerçant, non plus seulement d'une
personne à l'autre d'un même temps, mais d'un temps à un autre. C'est ce
qu'on pourrait appeler une assimilation du second degré. Ce fait démontre avec
quelle énergie et quelle promptitude le langage populaire, livré à lui-même, aurait
bientôt simplifié, smon rejeté toute flexion, soit casuelle soit temporelle.
1. Remarquer dans tous ces exemples un sujet collectif sing. gouvernant par
syllepse le verbe au plur. ; c'est un fait de syntaxe très-fréquent dans les
chartes de Metz. J'en ai des exemples qui remontent aux plus anciens textes Ci"
quart du XIII" siècle) ; déjà un pareil accord a été signalé dans le vol. précéd.,
P- 339-
2. Journal de Jean Aubrion, bourgeois de Metz, publié par M. Lorédan Larchey.
Metz, 1857, in-S".
VARIÉTÉS LORRAINES 25 5
rencontré un seul exemple dans le Journal de Jean Bauchez ni dans la
Chronique rimée dont le Journal est la continuation, et dont l'ensemble
s'étend sur l'espace d'un siècle ( 1 5 5 1 - 1 6 5 1 ) ' .
Nous terminerons cet exposé en faisant remarquer que cette finale -ont
est essentiellement et exclusivement d'origine et d'usage populaire : en
effet, elle se rencontre surtout dans les pièces officielles (jugements,
rapports, arbitrages, proclamations, atours, etc.) destinées à être portées
à la connaissance du commun, et partant rédigées dans son langage, c'est-
à-dire en patois 2,
III. — SUR bequehoirs.
De tous les mots plus ou moins difficiles à comprendre qu'offre
notre texte, le plus singulier, sans contredit, est le mot « beque-
hoirs ». Dans la note 3 de la p. 3 5 1 , on a précisé le sens de ce terme
d'une façon satisfaisante, en s'appuyant sur le contexte ; et on a essayé
de le préciser encore plus en s'appuyant sur l'étymologie et la compa-
raison des idiomes voisins. Nos recherches à ce sujet confirment la
première partie de la note et modifient la conclusion de la seconde.
Rappelons d'abord le texte :
Encoir [il prirent] de Warrin d'Allainl millier de bequehoirs et .IIII. moluesen
prix de .vi. s. de grois ; et lou tiennent, per seurtei, d'un roncin de charrate^ et
de .II. milliers de bequehoirs, et d'autres hernoix qu'il li rendirent (V, 7).
Le sens de « harengs saurs « attribué à « bequehoirs » est assuré par
les textes suivants :
La malletoste des harans et bucqueholz est vendue pour trois ans, chasc'an
.LXXIIII. Ibz., commanceant iceliuy vendaige en apvril mil V-' cinquante et ung;
et renchoirra a la Ville on vendaige qu'on fera en apvril mil V" cinquante
trois \
Harans et bacqueholz *.
1 . Journal de Jean Bauchez, greffier de Plappeville au dix-septicme sikh, publié
par MM.Ch. Abel et E. de Bouteiller. Metz, M.D.CCCLXIII ; in-8°.
2. Ceci était imprimé quand des recherches postérieures m'ont fait rencontrer
de nombrelix exemples de cette désinence à une date plus reculée que celles qui
viennent d'être rapportées. Je citerai entre autres : en 1269 laissant, en 1268
bestansont, en 1267 vantont, en 1253 vandont, en 1248 aquaslont, en 1245 tcsmoi-
gnont, en 1232 aquestunt. Plusieurs de ces formes et notamment celle de 1232
existent en oridnal. Par là donc une fois de plus est mise hors de doute la
haute antiquité du patois et confirmée à nouveau notre théorie par laquelle le
parler populaire, préexistant avec toutes ses franchises et licences, aurait eu
à subir de la part des clercs un effort de recul tendant à le rendre moins
volontaire et plus classique.
3. Archives de la Ville de Metz, carton 95 de l'inventaire Lemaire, liasse 20:
Etat des revenus et des charges de la Ville de 1551 à 1552.
4. Ibid., ibid., 1 552.
2^6 MÉLANGES
Enfin dans VHistoire bénédictine de Metz :
« Li lay de barrant et de biqueholz (sorets) doit XIIII d. « ■
Nous avons la source d'où Oberlin a tiré l'article de son Vocabulaire
messin : « becqholz, harengs sorets, ail, bùkings. »
Le document publié par les Bénédictins existe aux Archives de la
ville de Metz ; il porte la date de 1230; malheureusement il ne nous est
parvenu que par une copie du xve siècle.
En présence de l'antiquité incontestable de cette forme, il faut, — ou
bien rejeter absolument tout rapport de filiation entre « bequehoirs,
bequeholz « et « Beukelsz», malgré la frappante conformité d'aspect et
de sens entre ce premier terme et les dérivés du second : ail. biicking,
néerl. bœking, pœkel, angl. piklcs, etc. ; — ou bien reculer de presque
trois siècles la date de l'existence de Beukelsz et de l'invention de la
saumure. C'est ce dernier parti que nous adoptons. A considérer, en
effet, la nature même de cette industrie, son origine toute locale histori-
quement assurée, enfin l'identité des termes par lesquels elle est désignée
dans des contrées et des langues diverses, on concevra difficilement que
toutes ces expressions ne découlent pas d'une source unique, c'est-à-
dire du nom de l'inventeur. Une invention portant le nom de son auteur,
quoi de plus commun et de plus juste, alors surtout que, comme celle-ci,
elle a contribué pour une si grande part à la prospérité et à la puissance
de tout un peuple - ? Ainsi « Beukelsz », que Moréri fait vivre seule-
ment au xv^ siècle, doit donc être reporté au moins à la fin du xii^ siècle,
puisque la branche de commerce à laquelle il a donné son nom apparaît
ainsi désignée déjà dans le premier tiers du xiiie siècle et dans une ville
séparée par une grande distance des côtes de la Hollande.
L'origine du mot « bequehoirs » est donc certaine autant qu'elle peut
l'être à défaut d'une date précise. Ce mot existe encore dans le patois
des environs de Metz, m'a-t-on affirmé, sous la forme « bichv^ais,
bechouês », au sens désormais assuré de « harengs saurs ».
IV. — DOCUMENT EN LANGUE VULGAIRE DE LORRAINE
servant d'appendice au texte de 1338.
La Collection de Lorraine renferme un certain nombre de pièces qui
ont trait â la guerre de 1 338. Parmi les titres qui se rapportent à cet
événement et à sa conclusion, divers motifs m'ont fait distinguer celui
qui porte actuellement le n" 67 du III* vol. de la Collection. Le principal
1. Tome III, preuves, p. 173.
2. Par reconnaissance envers Beukelsz ses compatriotes lui élevèrent un
magnifique tombeau (Moréri), et tout récemment une statue a été érigée en son
honneur à Bierviiet.
VARIÉTÉS LORRAINES 257
intérêt de cette pièce est d'être la contre-partie du document publié
plus haut ; c'est une page de la contre-enquête dirigée contre le duc
Raoul à raison des méfaits de ses hommes d'armes. Le « bourc Saincte
Marie » éprouva les effets du passage et peut-être de la rencontre des
deux partis sur son territoire : du chef des Barrois, un des hommes du
prieuré tué « sans cause « (II, 29) ; du chef des Lorrains (bien que
Sainte-Marie fût de Lorraine), des dommages dont la nature et le détail
ne sont point précisés, mais qui durent être considérables, à en juger
par le chiffre d'indemnité alloué au plaignant : 200 écus d'or, grosse
somme pour l'époque.
La langue de cette pièce ne diffère pas, dans ses caractères généraux,
de celle de notre document, à part les trois particularités suivantes dont
les formes analogues ne se sont point rencontrées dans les pages publiées
ci-dessus :
1 . — our, désinence de l'infin. de la 5e conjug. grâce au maintien de
la diphthongue <5t à l'état intensif : 5avour de sapére par savâir-or-our;
la forme pure en or est assez fréquente au sud de la Lorraine et en Vôge;
our est l'allongement de or; des deux formes, celle-ci est donc anté-
rieure à celle-là '.
2. — Eu désinence du part. pas. est encore dissyllabique; la pronon-
ciation fait entendre deux sons distincts, tellement distincts que l'écri-
ture témoigne de cette diérèse par l'intercalation de la spirante h entre
les deux voyelles : haihne, hahuis, recehuis ^.
î. — La théorie exposée dans la première partie de cette note sur
la prononciation de la voyelle nasale en = in se trouve confirmée par
un nouvel exemple : et de la somme des dis deux cens escuiz d'or
rn'ain tien pour bien paies.
Quidance don Priour dou boiir Saincle-Marie^.
Je, fraires Symons d'Apprey, prieurs dou bourc Saincte Marie *,faiz savoir a
tous que comme très haus, nobles et poissans princes Raouls, dux de Loerainne
et marchis, ieùst tenuz a moy en la somme de deux cens escuz d'or pour les
dommaiges que sa gent m'avoient fait en temps de la guerre qu'il avoit haihue
au conte de Bar, les dis deux cens escuiz j'ai hahuis et recehuis dou dit mon
très chier sign[our] ; sy ai acquitey et acquitte pour moy et pour mes succes-
1. Les chartes de Metz connaissent aussi cette désinence : ckaor 1227, saveor
1232, manor 1235, seor 1243, etc. et au XIV' siècle ^vor, dans un fragment d'une
Somme contre les vices qui paraîtra prochainement ici-même.
2. Dans ces deux derniers mots, auxquels il convient d'ajouter escuiz, remar-
quer la désinence ui, signalée dans notre texte p. 333.
3. Cette cote est écrite au dos de la pièce.
4. Sainte-Marie-au-Bois, prieuré de l'ordre de Prémontré; auj. ferme au
territoire de Vilcey sur-Trey, canton de Thiancourt (Meurthe).
258 MÉLANGES
sours au dit mon très chier signfour] et a tous ceulx a cui l'acquittance en puest
app[er]tenir, tous les dommaiges dessus dis, et de la somme des dis deux cens
escuiz d'or m'ain tien pour bien paies. En tesmoing de la quelle chose j'ai mis
mon seel en ces présentes lettres qui feurent faittes et données le juefdi après la
feste Sainct Jeh. Baptistre, l'an mil .CGC. XLV.
(Orig. parch. scellé'. — Bibl. nat., Coll. de Lorraine, III, 67.)
En terminant, nous relèverons une erreur matérielle qui dénature le
sens d'un passage de la p. 341. Dans l'énumération des dommages
causés par les gens d'armes du prévôt de La Chaussée aux habitants de
Prény, ies plaignants accusent le bris ou l'enlèvement de « .ix. lisacouf-
feiz » ; c'est atouffeiz qu'il faut lire, c'est-à-dire « estoffés » ou « gar-
nis » comme nous dirions aujourd'hui. « Atouffeiz « est à joindre aux
autres exemples du changement dialectal de e en a (p. 332), avec
cette différence en regard de astoienî et de ascu que la chute de Vs latin,
cause de la prothèse de la voyelle, fait de atouffeiz un représentant plus
fidèle de la prononciation.
F. BONNARDOT.
Ces notes étaient terminées lorsque j'ai lu le travail de M. Abel Ber-
gaigne sur Vanusvâra sanskrit 2, Y a-t-il lieu d'admettre un phénomène
phonétique analogue à celui de Vanusvâra pour expliquer la désinence
de mots tels que : vaichen, forsen, freren, enporten, Templen, etc. ?
En d'autres termes, le groupe -en final et atone peut-il être considéré
comme une voyelle nasale, dans l'acception rigoureuse du mot ^ Nous
ne l'avons pas pensé ; et si ce détail n'a pas été traité dans notre premier
article, c'a été autant pour ne pas sortir du cadre de la Revue que par
manque d'autres exemples qui pussent servir de points de comparaison.
L'étude des formes nouvelles recueillies depuis et surtout la coexis-
tence d'une autre terminaison -ei substituée à -en pour noter la même
valeur de prononciation, nous ont confirmé dans notre opinion première.
Il est certain que dans tous ces mots l'accent ne porte ni sur -en ni sur
-ei ; dès lors le n ne s'attache pas à \'e pour en faire une voyelle nasale :
il n'a d'autre effet que de prolonger comme par une série d'ondulations
le son sourd de Ve féminin. — M. Bergaigne signale à juste titre (p. 32)
l'existence d'une résonnance nasale dans le patois de Metz pour les
mots terminés par in comme « chemin » ou même par un / pur comme
<( ami )) ; mais précisément cette résonnance affecte ici la voyelle tonique
et n'affecte qu'elle, soit en finale, soit dans le corps du mot. Il nous
1. Le sceau conservé presque en entier porte en légende : [S. fratrjis Simonis
plrioris de] bar go Sec Marie.
2. Mém. de la Soeiétc de Ungidskquc de Pans, II, 3 1-38.
ROMANCES GALICIENNES 259
permettra d'ajouter que cette prononciation n'est pas particulière
aux villages situés au-delà de Metz, mais qu'elle se fait entendre à
Metz même et en-deçà, et qu'elle a été générale dans notre langue
jusqu'au milieu du xvie siècle. Ce que le langage de Metz offre de parti-
culier en ce point, c'est que chez lui cette résonnance est à la fois nasale
et mouillée. Elle apparaît avec cette valeur dès les plus anciennes
chartes du xiii* siècle qui écrivent indistinctement la finale du mot
« eschevin » p. ex.: eschav-in -ig -igné -ing -ingne. De même pour les
mots terminés en / pur : amis devient aitnins ; les part, et les infm. à
même désinence prennent aussi le n de résonnance : mins, veninr. Dans
le patois actuel, l'emploi de cette nasalité spéciale s'est tellement géné-
ralisé qu'elle infecte non-seulement Vi final mais encore i'i accentué
médian, ainsi dans le mot « chemise » :
Rewateux met chcmincke, a-t-elle bêle ou non ?
Eh bien ! v'iet mes cmias, let teulle de Fanchon*.
Elle s'est même glissée dans les mots terminés par le groupe -ier,
dans lequel la première voyelle a éteint la seconde : premier, mouîier,
grenier, etc. se disent preumin, motin, guernin... 2. — - Enfin cette réson-
nance n'est pas spéciale au pays messin ni à la seule voyelle nasale
in ; elle accompagne les autres voyelles du même ordre et se fait
entendre principalement dans les cantons de montagnes (Arrière-Côte
bourguignonne, Morvand, Revermont bressan...) C'est donc un fait plus
général qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord.
F. B.
III
ROMANCES GALICIENNES.
Les deux romances suivantes, dont la première est incomplète, ont
été recueillies par moi àTuy^ sur la frontière, de la bouche de Domingos,
jeune galicien qui s'en allait à Lisbonne pour s'engager comme criado de
servir. J'emploie à peu près l'orthographe usuelle en Galice.
1 . Chan Heuritn, poëme patois messin de la fin du XYIII^ siècle, chant IV,
p. 25. (4' édit., 1841.) — Le titre même de ce poème offre un exemple de
résonnance.
2. La prononciation de cette finale est si délicate à saisir et si difficile à
rendre par les étrangers que tous les éditeurs du Chan Hmrlin en ont fait l'objet
d'une note en tête du poème. Le dernier en date (M. Daras, Metz, 186g a
même fait fondre des caractères spéciaux pour représenter ce son particulier,
ainsi que quelques autres valeurs phonétiques propres au patois messin.
26o
Esta noite de Nadal,
Per ser noite d'alegria,
Caminando vay Xosé
Amais a virxen Maria.
Caininan para Belem
Para xegaren con dia.
Quando a Belem xegaron
Toda a xente dormia;
Arrimaron-se a unha pena
0 pé d'unha fonte fria.
San Xosé foi buscar lumbre,
Até lumbre non tragia :
Bagaron anxos del cielo
Que rico lumbre traglam.
MÉLANGES
I
NADAL.
— Abre las portas, portero,
A Xosé e a Maria.
— Estas portas son de ferro,
Non s'abren até el dia.
San Xosé le perguntaba :
— Que tal esta la parida?
— La parida esta buena,
En su cama recogida.
A MORTE DE XESUS.
Juebes santo, juebes santo,
Très dias antes de Pascoa,
Quando o Redemptor do mundo
Por seus dicipulos xamaba ;
Xamaba por un e un,
Dous e dous se lie xuntaba.
Depois que os tiiia xuntos,
D'esta maneira fallaba :
« Quai de vos, dicipulos mios,
Quer morir por mi manana? »
Miran unos para otros,
Niun lie voltou palabra
Senon San Xuan Bautista,
Padricador da montana.
A roda da meia noite
Xesus Christo caminaba;
Levaba unha cruz a cuestas
De madeira mui pesada ;
C'uma corda â garganta
D'onde ll'os xudeus puxaban :
Cada puxon que lie daban
Xesus Christo arrodillaba.
Xegou ao Monte Calvario ;
Très Marias a xorar :
Unha era Madalena,
Otra era sua irmana,
Otra era virxen pura,
Que mais pasion le daba ;
Unha limpaball'os pés,
Otra limpaball'a cara,
Otra recogia o sangre
Que Xesus Christo derrama.
O sangre que lie caîa
Caia en cal sagrado ;
0 home que o bebese
Sera ben aventurado :
N'este mundo sera rei,
No otro santo coronado.
Quen esta oracion disera
Todos os vernes do anno
Gafiaba un canto no cielo.
Quen a sabe non a di ;
Quen a oye no a deprende.
Dia do noso xuizo
Beras que conto nos ten.
Porto, janvier 1873.
F. A. COELHO.
COMPTES-RENDUS.
Zum normannischenRoIandslîede. Inaugural-Dissertation zurErlangung
der philosophischen Doctorwùrdc der Georgia-Augusta zu Gœttingen, von
Hans LoEscuHURN. Leipzig, Breitkopf und Hasrtel, 1873, in- 18, 35 p.
L'auteur de cet opuscule a été excité à le composer par mes recherches sur
l'Alexis : « Nous avons essayé, dit-il, de rechercher si les doctrines de Paris
trouvaient un appui dans le plus important des monuments littéraires de l'ancien
dialecte normand, et quels nouveaux points de vue ces doctrines ouvraient pour
l'appréciation et la restitution de ce texte. » Le travail est fait rapidement, mais
non sans élégance, et fournit plusieurs résultats intéressants. M. Loeschhorn
aurait dû, avant d'aborder son sujet, se demander jusqu'à quel point il était
autorisé à regarder le Roland comme un texte normand ; c'est là une question
qui est loin d'être aussi décidée qu'il semble le croire. Mais les faits dégagés par
l'auteur n'en restent pas moins acquis, et serviront précisément à déterminer le
dialecte auquel il faut rattacher le poème.
I. Hiatus et Elision. — V. 2777 il suffit de lire viut mille d'adubez (cf. Remania
II, p. 106). — Sur la question des 3*= pers. dusg.,M.L. pense, comme M. Th.
Millier (cité en note) et moi, que le Roland admet également -e et -et, chante et
chantet (voy. Rom. II, 105), tandis que M. Hofmann n'accepte que chante,
M. Bœhmer que chantet. — Je n'admets pas que dans les vers où go est compte
pour une seule syllabe il faille lire ço est, en prononçant une sorte de diphthongue ;
en tout cas au vers 1650 il faut lire Ço ert uns reis k'ocist en Denemarche: la
leçon de M. L. Ço'rt uns reis k'il 0. e. D. détruit l'hémistiche. Les combi-
naisons de ja, ki, u, avec est, qui ne forment souvent qu'une syllabe se pronon-
çaient selon moi ja'st, ki'st, u'st, comme M. L. les écrit'. — L'irrégularité que
M. L. attribue en concluant au Roland, en ce qui concerne l'hiatus et l'élision,
n'est pas si grande qu'il le dit; là liberté du poète est restreinte à un petit nombre
de cas, comme le montre M. L. lui-même.
II. Assonances. — A propos à'é, M. L. me fait pour les mots ert crent une
critique que je ne comprends pas, et que je reproduis en allemand, faute de pou-
voir la traduire. Je dis que ces mots, comme Dcus et autres oià il devrait y avoir
iè, sont les seuls oh on ait un é venant d'e et non d'^, et je le prouve en mon-
trant qu'ils assonent avec les mots où é vient de a; M. L. objecte : « Miissen
wir diesen cas particulier im allgemein zugeben, so erscheint es doch beden-
klich, denselben fur den Alexius und aehnliche Denkmale in Anspruch zu nehmen. »
Mais c'est pour \' Alexis qu'il est constaté. Je n'ai pas contesté d'ailleurs l'exis-
tence de la forme iere, etc. : chaque texte doit être examiné en lui-même. A ce
I. M. L., tout en admettant un son mixte, écrit de même Ço 'st, etc. Il devrait écrire
Çoest ou quelque chose d'analogue.
262 COMPTES-RENDUS
sujet, M. L. laisse échapper une erreur grave, et que j'ai cependant réfutée
d'avance. Il trouve dans Philippe de Thaon et dans Wace ercnt ou crc rimant en
c et non en /V, et comme il veut que la vraie forme soit icrcnt, il dit : « Ces rimes
ne doivent certainement pas être jugées autrement que kçuners : parler, kalender:
muslrer, etc., comme signes caractéristiques du dialecte des poètes. » En
d'autres termes, Phil. de Thaon et Wace faisaient rimer t' avec //. Il est étrange
de conclure l'usage de Wace de deux rimes empruntées à Philippe ; mais elles
ne prouvent rien même pour ce dernier : leçunas (1. Icçuncr) répond à kcûonaris
et n'a pas plus à'ie que baceler piler sengler; quant à mustrer, je ne sais où M. L.
l'a trouvé en rime Sivec kalender : demuster, qui rime (Com;7Uf , p. 21) avec nuncier,
a l'air d'être demustrer, mais il doit être lu de muslier. La confusion de é et ié
n'existe pas en normand et ne commence qu'avec les auteurs anglo-normands
{Alexis, p. 80). — La question la plus difficile, en ce qui touche les assonances
du Roland, celle de Y ai, n'est pas traitée par M. L. Il dit, àl't', que cette voyelle
se trouve en assonance avec a et ai, ce qui est trop dire : è ne se trouve natu-
rellement qu'avec ai. Il n'est pas plus exact de dire que ei et ai assonent : la
tirade 79esten ei.e pur (le v. 963 est altéré; aux deux premiers vers il faut adop-
ter la correction de Bœhmer);à bien plus forte raison Wn'assone-t-il pas avec a :
partout où il semble assoner avec ai, c'est le copiste seul qui en est responsable,
comme Bœhmer l'a déjà reconnu (cf. Romania II, 103). — En examinant de près
les assonances en iè, M. L. a reconnu quelques vers fautifs qui avaient échappé
aux éditeurs ; il corrige p. ex. 135 repairier en reposer (autrement restitué par
M. Gautier), 5 59 chevalier en baceler (comme je l'ai fait Rom. II, 99), 433 ne vole:
otricr en otrier ne volez {Rom. II, 109). — Dans ses remarques suro^, M. L. paraît
n'avoir pas bien compris mon raisonnement, qu'il veut réfuter, et ne s'être pas
rendu un compte exact de l'état des choses. Dire que oc n'est qu'une autre
orthographe pour 0 n'a absolument aucun sens. En fait, la Chanson de Roland
distingue parfaitement les trois sons venus en français de o [oc), de 5 (ô) et de 0
(à). Les str. 23, 262 (Bœhmer) le prouvent: l'o de homo, comme celui de bonus,
hésite entre oc et ô parce qu'il est devant une nasale, et peut très-bien figurer à
la fois à ces deux assonances. Poet 3232 peut facilement être corrigé en pout.
Quant à ficus 315, l'explication que j'ai donnée {feodos - fioe{d)s) peut au moins
être prise en considération : les corrections de MM. Hofmann et Loeschhorn
sont également inadmissibles (quant au soels de M. Bœhmer, voy. Rom. II, 107).
— J'ai remarqué {Alex. 82) que Vo nasal est postérieur dans la langue à Va et à
Ye nasal; M. L. dit, le plus singulièrement du monde, que « cette observation,
qui ne s'appuie que sur le poème artistique de Y Alexis, ne peut prétendre à s'ap-
pliquer à un poème populaire (comme si les assonances de Y Alexis ne repré-
sentaient pas la prononciation vivante aussi bien que celles du Rolandl): aussi le
Roland est-il bien éloigné de la confirmer. » J'attends les preuves, et je trouve
trois pages plus loin que « sur ce point [la nasalisation de Yô] notre texte a fait
un pas de plus [que YAlexis], » En quoi cela infirme-t-il ma remarque? Cette
question des nasales, la plus délicate de la phonétique du Roland, est à peine
effleurée par l'auteur.
Le tableau des assonances qui termine l'opuscule de M. L. en est la partie la
plus faible : les contusions, ou au contraire les distinctions superflues, les
Lœschhorn, Zum Rolandsliede 265
erreurs, les omissions qu'on y remarque font qu'il ne peut guère être utile. Je
crois rendre un service, au lieu de le critiquer par le menu, en le donnant ici
tel qu'il doit être. Je prends pour base l'édition de Bœhmer. Elle nons offre
291 strophes (278 doit être réuni à 277, voy. Rom. II, 102, mais il faut
faire deux strophes de 86) qui se divisent, non en 25 comme le veut M. L.,
mais en 22 assonances. II est vrai que les assonances désignées par a, a.e, è,
an, an.e, ô, ù.c, sont complexes et comprennent des assonances voisines, qui
sont susceptibles de se former en groupes dans l'intérieur des strophes ou de
constituer des strophes à elles seules, mais on ne peut les séparer dans un
tableau, parce qu'elles sont souvent réunies sans aucune distinction. Je ne tiens
naturellement aucun compte des confusions orthographiques du ms. d'Oxford.
MASCULINES. FÉMININES.
a* 57. 71 .87.95. 1 55. 1 58. 238. 247. a.e* 1 3. 20. 28. 52. 58. 60. 86b.
96. 104. 125. 129. 137. 168.
202. 213. 218. 226. 246. 279.
281. 287.
an'19. 22. 24. 30.42.47.63,69. an.e* 1.67.73.863.138.171.207.
76. 85. 90. 100. 109. 112. 121. 224. 261. 267. 290.
123. 128. 133. 137. 143. 164. 173.
179. 183. 191. 195. 201. 216.
219. 225. 229. 239. 242. 250. 253.
289.
en confondu avec an. en.e'' 108. 120. 134. 215. 259. 273,
285.
é 5. 9. II. 27. 33. 40. 54. 72. 81. é.e 34. 55. 106. m. 191. 237.
84. 9:. 146. 148. 159. 178. 182. 257. 268.
188. 198. 203. 211. 227. 284.
1. Deux mots en ai aux str. 57 et 1 55.
2. Admet souvent des mots en ai.e, jamais en l.e ni en an.e ou ain.e. Au v. 1103
devers les pon d'Espaigne, 1. par devers les porz d'Aspe; au v. 3038 1. de la Marche pour
d'Alemaigne : ces deux excellentes corrections sont de M. Hofmann. Au v. 1273 au lieu
de hanste il faut corriger haste.
3. Cette assonance admet ain (compain 24. 42. 76, mains loo. 289), et elle a absorbé
en, qui a cependant encore unetendance marquée à s'en distinguer (cf. Alexis, p. 36-37).
4. Malgré ce que j'ai dit dans l'Alexis (p. 37), je crois devoir distinguer an.e et en.e.
La première de ces assonances comprend an.e, aine elagne. Elle exclut a.e, bien que le
texte paraisse en offrir quelques exemples. V. 839 estrange marche, 1. marche estrange ;
le v. précédent, qui n'est pas à sa place, paraît altéré (Vn. donne une bonne assonance) ;
blasme 1801 et reialme 2914 peuvent rester à cause de leur m ; 184 1-2, au lieu de // reis
Charles et blanche barbe 1. Charkmagnes et barbe blanche. La str. 267 a sale au v. 3707,
marches au v. 3716, semble bien avoir parle 371 5, et offre au v. 3710 prendre, exemple
tout à fait isolé de i'immi.xtion de en.e dans cette assonance {marraines 3982 renvoie à
une forme *matrana;.
5. Cette assonance admet ein.e. Elle exclut généralement an.e : chalenge -^^(^z, 3787
est aussi légitime que chalange : fiance 3786 est une conjecture des éditeurs (enseigne
tante 1400 est une fantaisie de M. Bœhmer pour tante enseigne). Restent sucurance 1405,
contenances 3006, espérance 141 1. On peut douter de ce dernier mot, dont le sens est
ici singulier ; quant aux deux autres, serait-il trop téméraire de les rattacher à continentia,
'succurrentia .'
264 COMPTES-RENDUS
ié 3. 8. 18. 26. 36. 41. 51. 59. 64. ié.e 217. 245.
89. 102. 1 14. 126. 131. 140. 1 53.
160. 162. 176. 180. 184. 192. 199.
280. 282.
è' 46, 107.167.232.269,277.(78). è.ei 4. 25. ^5. 65. 75. 99. 118.
127. 1 56. 166. 181. 189, 208.
221. 236. 244. 270.
ei^6. 38. 43. 79. 196. 235. 245. 249. ei.e 78.
256. 271. 274. 283.
i 10. 12. 31. 35. 49. 88. 94. loi. i.e 7. 14. 21. 37. 39. 44. 56. 77.
139. 1 50. 1 52. I J7. 175. 205. 212. 122. 124. 130. 142. 172. 187.
230. 252. 276. 194. 209. 222. 241. 248. 251.
2^. 165. 291.
0*45.83. 92. 116. 135. 144. 169. ô.e 119.
210. 23 I.
oe''23. 262.
0*15. 17. 32. 48. 61. 66. 68. 70. ô.e' 2. 29. $0. 74. 98. 113. 132.
80.93.97.105. 115. 136. 141. 149.176.190.214.223.233.
161. 165. 177. 185. 193. 204. 255. 258. 263.
206. 220. 228. 234. 266. 272. 275.
u 16. 62. 82. 117. 145. 151. 154. u.e 103. 170. 264.
174. 200. 260. 286. 288.
En résumé, comme travail de début, la dissertation de M. Lœschhorn mérite
d'être signalée. L'auteur, qui a plus d'une fois à me critiquer, me traite avec une
parfaite courtoisie; je relèverai une de ses observations : « A la vérité, dit-il,
Paris, préoccupé de présenter dans son livre des résultats complets et concor-
dants, est entré çà et là dans le domaine de l'hypothèse et a posé des lois qui
appellent un contrôle sérieux : je mentionnerai seulement la théorie de la for-
mation des dialectes de la langue d'oïl, qui manque autant de vraisemblance que
d'analogies. » Voilà un reproche un peu rude, et formulé sans réserves : il m'a
d'abord un peu étourdi ; mais en y réfléchissant, je me suis senti rassuré par
1. Cette assonance comprend ai, et même ain {main 2264) qui peut aussi assoner en
an. Elle n'admet jamais a ni ei.
2. Cette assonance admet ai.e, mais jamais aine. Il en résulte que la ville chimérique
de Gaine, inventée par M. Bœhmer au vers 662, n'est pas admissible, même pour l'asso-
nance. M. Gautier lit Gailne (?). Il faut bien probablement lire avec M. Hofmann Valterne
(voy. Rev. crit. 1869, t. II, p. 175).
3. Cette assonance ni la suivante n'admettent le mélange de ai.
4. Le mélange de ou dans cette assonance [pout sout out Anjou) n'a rien que de natu-
rel : cf. Alexis, p. 78. U en est de même de oi.
j. Sur cette assonance, voyez les remarques faites ci-dessus.
6. J'ai dit un mot ci-dessus de cette assonance. U est certain qu'o pur et on ont une
tendance marquée à se séparer, mais il est impossible de les distinguer tout à fait. Il y a
là une question dialectale, car des textes bien postérieurs au Roland ne distinguent
aucunement 0 de on.
7. Ici la distinction entre o.e et on.e est à peu près insaisissable.
Canti antichi portoghesi, p. p. Monaci 265
une considération bien simple : c'est que je n'ai pas conscience d'avoir rien écrit,
ni dans l'Alexis ni ailleurs, sur la « formation des dialectes de la langue d'oil. »
Je serais donc obligé à M. L. de me faire connaître la théorie invraisemblable que
j'ai soutenue. G. P.
Canti antichi portoghesi tratti dal codice Vaticano 4803, con traduzione
e note, a cura di Ernesto Monaci. Imola, tip. d'ignazio, Galeati 1873 (Paris,
A. Franck). Pet. in-8°, xi-32 p. (Pcr le nozze dcl conte Luigi Manzoni colla
contessa Francesca Ansidci).
Nous annoncions dans la Chronique de notre précédente livraison que
M. Monaci, l'un des directeurs de la /Î(vi5fa di filologia romanza, préparait, avec
l'aide de M. Coelho, la publication complète du Chansonnier portugais du
Vatican, dont les éditions de Mouraet de Varnhagen n'ont fait connaître qu'une
faible partie. Voici que M. Monaci nous donne par anticipation quelques-unes
des plus jolies pièces de ce recueil dans une élégante petite plaquette publiée,
selon le gracieux usage de l'Italie, pour consacrer le souvenir du mariage d'un
de ses amis. Ces poésies, précédées d'une courte introduction et accompagnées
d'une traduction, sont au nombre de douze, dont huit étaient jusqu'à présent
inédites. Les neuf premières appartiennent, selon M. Monaci, au genre populaire,
les trois autres « à l'école formée en Portugal à l'imitation des Provençaux. »
Ces trois dernières pièces sont des pastourelles : on pourrait dire tout aussi bien,
et peut-être avec plus de probabilité, qu'elles ont été composées à l'imitation des
pastourelles françaises. Dans son introduction M. M. discute l'opinion que j'ai
émise précédemment ici même (I, 120) sur le caractère de celles de ces poésies
qui affectent la forme populaire. La différence de nos opinions à ce sujet est une
nuance délicate au point d'être à peine sensible. J'ai dit que ces poésies n'ont de
populaire que la forme; qu'elles n'étaient pas recueillies de la bouche du peuple
puisque nous avons les noms de leurs auteurs ; qu'elles pouvaient être devenues
populaires par la suite, mais qu'elles ne l'étaient pas d'origine. M. M. en con-
vient et reconnaît qu'elles émanent d'auteurs qui ont composé d'autres pièces
d'un caractère tout à fait artistique, dans le goût de la poésie provençale, mais
cependant il les déclare populaires « parce qu'elles sont nées dans le peuple, et
du peuple sont passées dans la littérature. » Pour lors je perds le fil.
Car, si M. M. veut dire simplement que le genre même à l'imitation duquel
elles ont été composées est d'origine populaire, je suis d'accord avec lui, mais
j'ajoute que je n'ai jamais dit le contraire. Je remarque que plusieurs des pièces
éditées par M. M. (n"* III, IV, IX) sont fort analogues, pour le fonds comme
pour la forme, à nos anciennes balhttcs (voir celles que j'ai publiées dans mes
Rapports, p. 236-9) ou aux baladas provençales. Je n'en conclus pas que les poé-
sies portugaises qui ont cette forme soient imitées du français ou du provençal,
mais qu'elles sont conçues d'après un type traditionnel qui a dû être commun à
diverses populations romanes sans qu'on puisse déterminer chez laquelle il a
été créé.
L'échantillon que M. Monaci nous donne de son édition future du cancioneiro
nous le montre parfaitement préparé au grand et utile travail qu'il a entrepris,
et nous en fait vivement désirer la prochaine publication.
P. M.
Romaniay II I g
266 COMPTES-RENDUS
Sacre Rapprezentazioni dei secoli XIV, XV e XVI , raccolte e illustrate
per cura di Alessandro d'Ancona. Firenze, Le Monnier, 1872, in-12, 3 voll.,
^'-47', 469, 527 P-
Le théâtre religieux en Italie a jusqu'à présent été fort peu étudié. Les éditions
du XV* et du XVI* siècle des Représentations toscanes ont été surtout appréciées
comme des curiosités bibliographiques : on ne les a pas réimprimées, et on ne
leur a accordé, dans les histoires littéraires, qu'une place extrêmement restreinte.
Elles ne méritent nullement cette défaveur, et M. Alexandre d'Ancona a été fort
heureusement inspiré en publiant le recueil, depuis longtemps annoncé, dont
nous rendons compte. Sur une centaine de rappresentazioni qu'il a examinées, il
en a choisi quarante-quatre, qui lui ont paru, à des titres divers, le mieux faites
pour donner de ce genre dramatique à ses diverses périodes une idée exacte, et
les a éditées dans ces trois jolis volumes, avec le soin et l'habileté qu'on lui con-
naît. Il a rangé les pièces, — à défaut de l'ordre chronologique impossible à
déterminer rigoureusement, — dans un ordre fort commode et naturellement
indiqué : il donne d'abord celles qui se rapportent à la Bible (Ancien, puis
Nouveau Testament), celles qui sont empruntées à la Vie des Saints, et enfin
celles qui ne reposent que sur des légendes. La courte préface dont chacune est
précédée donne, en dehors des renseignements bibliographiques, des indications
sur les sources et les ouvrages parallèles dans les diverses littératures euro-
péennes, où se montre l'érudition sobre et précise de l'auteur, et qui, notamment
pour quelques-unes des pièces de la troisième série, sont des études importantes
et enrichissent notablement la littérature comparée.
Les rappresentazioni toscanes ont ce caractère semi-artistique, semi-populaire
qui marque tant de productions de la littérature italienne. Leur valeur littéraire
est très-inégale : à côté d'œuvres tout à fait remarquables on en rencontre qui
n'ont guère d'autre intérêt que celui du sujet. Dans leur ensemble, elles occupent
une place à part dans l'histoire delà dramaturgie chrétienne: elles se distinguent
grandement à leur avantage des mystères français (p. ex. ceux qu'ont publiés
MM. Michel et Jubinal) qu'on serait tenté de leur comparer; elles ont une ori-
ginalité, une liberté d'allures, une saveur locale, une naïveté souvent gracieuse
ou pathétique qui en rendent la lecture facile et quelquefois très-agréable; les
traits de mœurs contemporaines dont elles sont semées ne sont pas un de leurs
moindres charmes. La forme est à peu près constamment celle de Voctave, qu'on
trouve en Italie dans les mystères les plus anciens qui nous soient parvenus, et
qui, en elle-même d'ailleurs peu dramatique, contribue à donner à ces drames un
caractère fort différent des nôtres. La langue, incorrecte et négligée dans plu-
sieurs d'entre eux, est dans beaucoup d'autres aussi élégante que simple, et porte
au plus haut degré ce cachet toscan qui suffirait à faire lire avec plaisir des
œuvres moins intéressantes.
Le lecteur est quelque peu désappointé de ne pas trouver dans ce charmant
recueil une introduction sur l'âge, l'origine, le caractère, l'histoire, etc., des
Rappresentazioni, mais il se console bien vite en lisant dans la préface que le
travail de M. d'A. sur ce sujet est devenu trop considérable pour une simple
préface et qu'il le publiera à part. Ce sera à coup sûr un livre aussi intéressant
Comptes du roi René, p. p. Lecoy de la Marche 267
qu'instructif, et nous espérons qu'il ne tardera pas trop à paraître : l'histoire du
drame religieux dans les divers pays de l'Europe est si étroitement connexe que
l'ouvrage du savant professeur de Pise aura pour toutes les littératures romanes
et germaniques une valeur considérable ; quant à la littérature italienne, il com-
blera dans son histoire une grave et fâcheuse lacune.
G. P.
Documents historiques publiés par la Société de l'École des
Chartes. — Extraits des Comptes et Mémoriaux du roi René, pour servir
à l'histoire des arts au xv« siècle, publiés d'après les originaux des Archives
nationales par A, Lecoy de la Marche. — Paris, A. Picard, 1873. —
In-8% xv:-368 p.
Les archives de l'ancienne chambre des comptes de la maison d'Anjou nous
sont parvenues dans un état de conservation relativement satisfaisant. Elles for-
ment aux Archives nationales, dans la série P, trente-neuf registres in-folio d'où
M. Lecoy de La Marche a extrait tous les documents relatifs au roi René qui
peuvent servir à l'histoire des arts. Le choix a été fait très-largement : M. L. a
souvent dépassé les limites que son titre indique, et personne ne le lui reprochera.
Certains documents, particulièrement intéressants (par ex. n°^ 535 et 555) ont
été admis, bien qu'antérieurs à René; et des séries entières se rapportent plutôt
à ce qu'on a appelé l'histoire de la vie privée qu'à l'histoire des arts proprement
dite. Mais il n'y a pas lieu de s'en plaindre. L'important est que les documents
soient intéressants, édités avec soin et présentés d'une façon commode pour les
recherches. Ces conditions sont remplies dans le volume dont nous rendrons
compte. M. L. a réparti ses extraits entre sept séries : I. Édifices d'Angers,
IL Bâtiments et domaines d'Anjou, IIL Édifices de Provence, IV. Travaux
divers, V. Objets d'art, VI. Meubles et ustensiles, VIL Cérémonies. Ces titres
un peu brefs couvrent beaucoup plus de matières que ce qu'ils en indiquent:
ainsi la première division contient une bien curieuse suite de pièces relatives aux
animaux que le roi René entretenait à Angers (lions, léopards, etc.), qui for-
maient toute une ménagerie. Mais la table permet de retrouver aisément la ma-
tière qu'on cherche. Nous exprimerons en passant le regret que M. L. n'ait pas
séparé les matières des noms propres. D'une table consacrée spécialement aux
choses il eût pu faire un petit glossaire qui eût été un utile supplément au
Glossaire, des émaux de feu De Laborde, ouvrage excellent à tous égards, com-
posé à la suite des lectures les plus étendues avec la connaissance la plus exacte
des choses, mais qui à été fait à une époque oià bien des textes, maintenant faci-
lement acceptibles, étaient inconnus.
Nous ne pouvons nous étendre plus longuement sur un ouvrage qui sort un
peu du cadre de la Romania; nous devions pourtant le signaler à nos lecteurs
comme une mine de notions sur l'histoire de la civilisation au XV^ siècle, et
comme un document à consulter pour la lexicographie française. Disons en ter-
minant que ce volume est le premier d'un recueil entrepris par la Société de
l'École des chartes, dans laquelle doivent être publiés des documents de nature
historique trop longs pour prendre place dans la Bibliothlquc de l'Ecole des
chartes. P. M.
PÉRIODIQUES.
I. RE^^JE DES LANGUES liOMANES, IV, i. — P. i, Montel, Archives de Mont-
pellier, Catalogue des Chapellenies (suite et fin). Ce vieil inventaire contient la
mention d'un grand nombre de testaments du XIV° siècle. On aimerait à savoir
si ces documents, ou partie d'entre eux, existent encore dans les archives muni-
cipales de Montpellier. M. M. donne un n° d'ordre à chaque article, et il
fait bien ; mais souvent (est-ce avec intention?) il coupe en deux alinéas un
article, assignant un n° à chaque alinéa. Il y a comme toujours un petit glossaire
qui laisse encore trop à désirer. M. M. est-il bien sûr que estauh (193) signifie
cession? La forme même du mot est suspecte ; ne serait-ce pas quelque chose
comme escambi, qui conviendrait assez bien au sens? Pourquoi M. M. veut-il que
meitat soit pour mitât} meitat est la plus ancienne de ces deux formes. Morrent est
traduit bien peu exactement par « de mauvaise mine», voir Lex.rom. IV, 262,
Paguador n'est pas du tout « celui qui paye», mais «devant être payé, payable. »
— P. 44, Alart, Documents sur la langue ca^ij/a/id (suite). Outre plusieurs extraits
d'anciens censiers en catalan, appartenant aux archives des Pyrénées-Orien-
tales, cet article contient d'utiles observations sur divers textes catalans publiés.
M. A. ne paraît pas savoir que le traité de 1270-1, publié une première fois par
Champollion-Figeac avec toutes les fautes qu'on pouvait attendre de cet éditeur,
a été édité de nouveau, plus correctement, par M. de Mas-Latrie dans ses
Traités de paix et de commerce... concernant les relations des Chrétiens avec les Arabes
de l'Afrique septentrionale au moyen-âge (1868). — P. 62. Chabaneau, Gram-
maire limousine (suite). — P. 112. Contes populaires, communiqués par divers
correspondants de la Société pour l'étude des langues romanes et édités par
MM. Montel et Lambert. — P. 124, l'abbé Lieutaud, Contes populaires proven-
çaux. Ce sont plutôt de courtes pièces rimées, dont plusieurs accompagnent des
jeux d'enfants. — P. 142. A. Guiraud, la Font putanclle, ou Jacques Cœur à
Montpellier ; pièce en trois actes et en vers français, provençaux et languedo-
ciens... représentée pour la première fois à Paris leôoct. 1808. — Bibliographie.
Compte-rendu de l'édition de Villehardouin de M. de Wailly. — Périodiques.
Notice fort détaillée des numéros 3 e\. ^àehRomania. — En terminant ce compte-
rendu, j'ai hâte de relever une erreur que j'ai commise dans notre précédent n°
(p. 140), en disant au sujet d'une note de M. Chabaneau sur le glossaire qui
fait suite au Donat provençal publié par M. Gruessard : « la correction que
M. Chabaneau propose ne me paraît pas probable. » Il y a eu de ma part une
confusion complète, car M. Ch. ne propose aucune correction, mais se borne à
dire que cette glose, « revenir = meliorare », sur laquelle la Romania (I, 235)
avait émis des doutes, est fort intelligible. En quoi M. Ch. a raison, car revenir a
très-fréquemment en prov. le sens de « réparer, ranimer, rétablir » comme tra-
duit Raynouard (Lcx. rom. V, 496).
PÉRIODIQUES 269
IV, 2. — P. 209. Charvet, Les coutumes de Remoulins. Ce sont des règlements
de police. L'éditeur fait connaître (p. 216) l'existence de six textes de ces cou-
tumes, le premier de 13^8, le dernier de 1 500. Il ne nous dit pas pourquoi il a
publié de préférence le plus récent de ces textes. — P. 228, Alart, Un fragment
de poésie provençale du XIII' siècle. M. Alart, répondant à l'appel pressant que
nous avons adressé {Remania I, 401-2) à tous ceux qui ont occasion de manier
de vieux parchemins, a inspecté les reliures de plusieurs milliers de registres
conservés dans les archives des Pyrénées-Orientales, et non tout à fait sans
profit pour nos études, car il y a découvert 200 vers passablement mutilés, qu'il
a publiés avec autant d'exactitude que possible. M. A. n'affirme pas que ce
morceau soit inédit : il se contente de dire qu'il ne l'a pas rencontré dans les
recueils qu'il a eus à sa disposition, et que même supposer qu'il soit connu, un
ms. non encore utilisé peut fournir de nouvelles leçons. En quoi on ne peut que
l'approuver. Le fait est que ce fragment appartient à l'une des nouvelles de
Raimon Vidal de Besaudun, à celle qui a été publiée dans les Gedichte der Trou-
badours de Mahn, sous le n° 341. Le fragment de M. A. correspond aux pages
29 1. 14 à 31 1, 1 1 de cette édition. Cette nouvelle avait été jusqu'à ce jour
trouvée dans deux mss. : le ms. La Vallière (c'est le texte reproduit dans les
Gedichte) et le ms. 3026 de la Vaticane qui n'est pas complet. Le début du
poëme a été inséré par M. Bartsch dans sa Chrestomathie, col. 213 et suiv.
M. A, trouvera dans le texte édité par M. Mahn la solution de presque toutes
les difficultés qu'il a signalées dans ses notes. On a donc maintenant abondance
de secours pour donner une édition critique de ce curieux petit poëme. Je note en
passant que la pièce française Conseillez mi seignor \ D'un jeu parti d'amor, citée
par Raimon Vidal (Mahn p. 29, M. .Mart v. 62) se retrouve dans le chanson-
nier de Berne sous le n° 89 et dans le chansonnier 20050 fol. 117. — P. 240,
Barbe, Règlement sur la conduite des consuls de Bessières (Haute-Garonne) lorsqu'ils
porteront la livrée (1480). — P. 244, Alart, documents sur la langue catalane.
Leude de Colliaoure (1249); leude de Tortosa (1252). — P. 257, Alart,
Annonces et avis de la foire de Montagnac (Hérault) aux préposés des parcurs de
Perpignan (1470-80), — P. 261, Donnodevie, Arnaud Daubasse, ouvrier et poète
du XVII' siècle. — P. 277. Lettres inédites de l'abbé Favre (l'auteur du Siège de
Caderousse). — P- 293 , Martel et Liebich, Contes et petites compositions populaires.
— P. 321. A. Guiraud, La Font Putanelle (fin). — P. 341, Boucherie, Authen-
ticité de la forme ves pour vêtus. M. B. a fait vérifier sur le ms. la leçon ves que
j'ai contestée ci-dessus p. 139. Il paraît qu'il y a bien ves et qu'on ne peut lire
videlicet, comme je l'avais conjecturé. Soit ! j'ignore ce que cela peut signifier,
mais en tout cas il est impossible d'y voir, au VIII' siècle, une forme vulgaire de
vêtus. — P. 343, Bibliographie. Comptes-rendus des 'Ep!ir|V£0|AaTa publiés par
M. Boucherie dans les Notices et extraits des mss. ; — de l'édition d'Adam de la
Halle de M. de Coussemaker (nous rendrons compte de cette publication, et nous
montrerons qu'elle a été faite avec la plus regrettable négligence) ; — àeV Histoire
de la langue française de M. Granier de Cassagnac. M. Boucherie accepte les
théories émises dans cet étrange ouvrage, et trouve que « le livre de M. G. de C.
fait honneur à sa perspicacité et à son bon sens. » Cet éloge ne me surprend
pas autant qu'on pourrait croire, mais ce qui m'étonne au plus haut degré, c'est
270 PÉRIODIQUES
de voir M. B. recommander à M. Granier la lecture du travail de G. Paris sur
l'accent latin dans la langue française, et les livres de Diez et de M. Littré. Car
enfin les vues de M. Granier étant la négation absolue des principes sur lesquels
reposent les recherches de MM, Diez, Littré et Paris, je ne conçois pas quel
usage pourraient faire de leurs livres MM. Granier et Boucherie. Il ne saurait du
reste être question de discuter M. Granier dans la Romania, et nous ne pouvons
que renvoyer les personnes qui désireraient être édifiées sur sa perspicacité et son
bon sens à l'article publié par G. Paris dans le n» 19 de la Revue critique de
cette année. P. M.
II. Il PROPUGXATonE, VI, 1-2. — P. 5-21 et 63-89. Articles (posthumes)
du prof. L. Picchioni sur Dante; p. 22-26, remarques critiques de M. S. Bet-
tini sur la Divina Commcdia. — P. 27-62. A. Ceruti, la Battaglia di Mont'Aperti,
intéressant récit contemporain tiré d'un ms. de l'Ambrosienne écrit en 1440. —
P. 113-120. V. di Giowânni, S pecchio di monachi, volgarizzamcnto dcl buon secolo
(d'un traité latin d'Arnulf de Beauvais). — P. 128- 141. Scella di provcrbi itûliani
tratti dalla raccolta fatta da Fr. Serdonati che si trova nella bibl. Magliabecchiana ;
on annonce à ce propos la publication intégrale du Dizionario dei proverbii de
Serdonati. — P. 142-150. V. Imbriani^ Paralipomcni alla Novcllaja milanese ;
trois contes. — P. 168-235, G. B. G. Giuliari, la Lctteratura veronese al cadere
dcl secolo XV' le sue opère a stampa (suite).
III. RiviSTA FiLOLOGico-LETTERARiA, publicata da F. Corazzini, A. Gemma,
B. Zandonella. Cette revue, qui paraissait à Vérone (librairie d//a Mwrvj), a
suspendu et semble avoir terminé sa publication. Nous avons sous les yeux un
fascicule (vol. II, 2-3) qui contient différents articles de philologie ou de littéra-
ture romane. Une courte dissertation de M. Zandonella est intitulée Esagerazioni
od assurdi intorno alla lingua od ai dialcui italiam (129-132). Est-ce dans une
intention épigrammatique que cet article suit immédiatement celui de M. Coraz-
zini sulla probabile dcrivazione di alcurie forme romanze? Il est sûr que les idées de
M. G. mériteraient une place dans la liste dressée par M. Z. : il nous apprend
par exemple que daro ne vient pas de darc habeo, mais répond au scr. dasjdmi
et au gr. Sâxrw, que sai {di alcun dialetto délia Toscana) ou sci (tu es) répond au
zend hai\ que 0 est un article provençal qui vient du grec 6, etc., etc. — Le
fragment d'une étude de M. G. Galvani sur Arnaut Daniel manque essentielle-
ment de nouveauté, bien qu'il y ait quelques remarques intéressantes. Il est
aujourd'hui démontré que le poëme allemand d'Ulrich de Zazichoven est fait
d'après un poëme français et non provençal {Bibl. de l'Ec. des Chartes, XXVI,
(1865), p. 250), et que Dante n'a connu sur Lancelot que le roman français en
prose [Comptes-rendus de l'Académie de Munich, Classe philos, histor., séance du
1 1 juin 1870). — Il n'est pas besoin de dire que l'article de M. Rajna (p. 65-75),
la Leggenda delta gioventà di Carlo Magno nel decimotcrzo codice francesedi Venezia,
est au contraire parfaitement au courant de tous les travaux sur le sujet. M. R.
donne une analyse aussi utile que bien faite du poëme franco-vénitien, et le com-
pare à tous les autres récits des mêmes aventures. Sa conclusion est que le
rinieur italien a composé son ouvrage d'après des souvenirs plus ou moins confus
remontant sans doute à plusieurs versions françaises. Il fait remarquer les carac-
PÉRIODIQUES 271
tères d'antiquité qu'offre çà et là son poëme, et signale aussi les traités dus,
sans doute, au compilateur vénitien lui-même, où perce sous cette langue et cette
versification informes un certain talent et un art déjà sensible. M. R. fait res-
sortir les liens étroits qui unissent entre elles toutes les parties de- la compilation
du ms. XllI de Venise, et conclut qu'elle est due tout entière à un même auteur,
qui était sûrement italien. Il dit avec toute raison (p. 66) : «Col Guessard non
avrei certo ritradotto in lingua d'oïl il Macario, col Gautier non mi sarei accinto
alla ricostituzione di alcuni luoghi della storia giovanile di Carlo. » J'ai dit à
tort {Hist. poèt. de Charkmagnc, p. 166) que pour le Bcuvt d'Hanslone le com-
pilateur du ms. XIII s'était « contenté de transcrire très-mal un original fran-
çais. )) M. R. a prouvé que ce poëme est italien (dans la même mesure queBa/e
ou Macaire) dans son grand travail sur les Rcali di Frauda, dont je rendrai compte
incessamment ici. Ainsi la compilation du ms. XIII qui comprend Bmve, Berte,
Karkt, Berte et Mllon, les Enfances Ogier, Oglcr, Macaire, et qui est inachevée,
a été tout entière composée en Italie, soit d'après des originaux français très-
librement traités, soit {Berte et Milon) sans le secours de poèmes français. C'est là
un fait qui ressort maintenant avec évidence et qui est d'une haute importance
pour l'histoire littéraire. G. P.
IV. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XXXIV, i. — P. 1-32, L.
Delisle, Anciennes traductions françaises de la consolation du Bo'ccc conservées à la
Bibliothèque nationale. Entre les diverses traductions françaises de la Consolation
de Boëce, il en est une que divers érudits ont attribuée à Charles d'Orléans
(celle qui commence par Celui qui bien bal les buissons). La Bibliothèque natio-
nale en a récemment acquis un ms. qui, par son ancienneté, détruit cette attri-
bution. A cette occasion, M. Delisle a été conduit à passer en revue les mss.
de la Bibl. nat. qui contiennent des traductions françaises de la Consolation, et
son examen a été à divers égards fructueux pour l'histoire de notre littérature.
Ces traductions sont au nombre de huit*. Les deux plus anciennes sont précédées
d'une dédicace de Jehan de Meun à Fhilippe-le-Bel. Cependant elles sont totale-
ment différentes : la première est entièrement en prose, dans la seconde les vers
du latin sont rendus en vers. Même les parties en prose dans les deux versions
sont aussi dissemblables que possible. Ainsi au début :
I II
Endementiers que je tesibles recordoie Quant je me dementoie ainsi et ma com-
tes chosez et senefioie ma plorable corn- plainte de pleur metoie en escript, il me
plainte par office de grâce 2, je vis sus mon fu avis que une dame estoit sur mon chief,
chief ester une famé de moult redoutable de trop grant révérence : les iex ardans et
voult : yeux avoit ardans et regardables dervoians sur touz hommes...
outre la commune puissance des hommes.
La première de ces deux traductions est un pur mot à mot. Je ne m'explique
pas la présence de la dédicace de J. de Meun en tête de l'une et de l'autre,
mais j'aurais plus, de peine encore à les supposer toutes deux sorties de la même
1. On va voir tout à l'heure que ce chiffre doit être réduit à 6, les n"' III et VI étant
de simples remaniements des n'" il et VIII.
2. Styli officio dans le latin, il faut donc lire grafc : le copiste a lu grase et cru bien
faire en corrigeant grâce.
272 PÉRIODIQUES
main. M. D. ne se prononce pas sur ce point. Pour moi je crois que la seconde
seule (dont on a une infmité de mss.) est de J. de Meun. — La troisième des tra-
ductions mentionnées par M. D. me paraît devoir être écartée. La bibliothèque
n'en possède, et il n'en existe peut-être, qu'un ms., daté de 1397. Cette version
emprunte à J. de Meun quelques-unes de ses pièces de vers; et les parties en
prose se tiennent, à en juger par les fragments rapportés par M. D., plus près
qu'il n'est légitime du texte de Jehan de Meun. Ce n'est donc rien de plus
qu'un vulgaire plagiat. — La quatrième traduction, toute en vers, est celle que
M. P. Paris attribue à Jehan de Cis (Mss. français, V, 46 et 52). La cin-
quième traduction, œuvre d'un italien, ne s'est rencontrée jusqu'ici que dans le
ms. Bibl. nat., fr. 821. La sixième traduction, dont M. D. ne signale qu'un
ms. (fr. 25418), est entièrement en vers. Je trouve qu'elle ressemble singulière-
ment à celle que M. D. range sous le n" VIII, les prologues seuls étant différents :
VI VIII
Chançons et dix soloie faire Chançons jadis souloie faire
De toutes joyes et de douceurs ; Quant l'estude estoit en ses flours :
Encor m'y voulsissent atraire Las! or sui contrains au contraire
De science les douces fleurs : De plaindre mes tristes dolours.
Mais contraint suy tout au contraire
Et a faire plaintes et pleurs ;
Par misère ne me puis taire
De plaindre mes tristes douleurs.
Tenu m'a bonne compaignie Au mains m'ont tenu compaignie
En ma douleur, en ma tristesse En ma doulour, en ma tristesse
La science très seigneurie Ces sciences de poetrie
Qu'aprins en ma verde jeunesse ; Qu'aprins en ma verde jeunesse;
Confort m'a fait et courtoisie. pour paour ne merencolie
Quant je pensse a ma flebesse Ne m'ont laissié, ains ma foiblesse
Et a ma dolereuse vie Ont confortée et fait aye
A mon cuer ai très grant tristesse. A ma maleureuse vieillesce.
Plus loin, la similitude est plus grande encore : je crois donc que le ms.
25418 n'est qu'une copie altérée (et par places abrégée) de la version que
M. D. sous le n° VIII. — En septième lieu vient la traduction en vers de frère
Renaut de Louhans, dont on a tant de mss., et sous le n°VIII enfin est classée la
traduction, également en vers, que Buchon et M. Kervyn de Lettenhove ont
indépendamment l'un de l'autre fie second longtemps après son devancier)
attribuée à Charles d'Orléans. M. D. montre que cette attribution, bien qu'as-
sez généralement acceptée, n'est pas admissible. En effet, le ms. que la biblio-
thèque vient d'acquérir de cette version a été écrit par Raoulet d'Orléans,
copiste bien connu, dont la carrière paraît être comprise entre les années 1367
et 1396. Du moins le plus récent des mss. que l'on possède de sa main porte-
t-il la dernière de ces dates. En tout cas, il est de toute impossibilité qu'il ait
vécu assez vieux pour copier un ouvrage de Charles d'Orléans. Le ms. fr.
12459 de la Bibl. nat., qui contient la même version, conduit à la même con-
clusion, puisqu'il est daté de 1414 '. L'ouvrage étant adressé à un roi Charles,
I. Un autre, daté de 1419, se trouve chez lord Ashburnham, collection Barrois n' 266.
PÉRIODIQUES 275
précédemment dauphin, au moment où ce prince échangeait le titre de dauphin
contre celui de roi, M. D. fait remarquer que ces circonstances ne se sont
présentées qu'à l'avènement de Charles V et à celui de Charles VI (1564 et
• 1380), et qu'il faut conséquemment rapporter cette traduction à l'une de ces deux
dates. On voit que le travail de M. D. débarrasse complètement notre histoire
littéraire d'une erreur accréditée. Il a aussi le mérite de soulever le premier
diverses questions embarassantes, ce qui est le meilleur moyen d'en préparer
la solution. — P. 3 3 -46, Ulysse Robert, Un vocabulaire latin-français du XIV' siècle,
suivi d'un recueil d'anciens proverbes. Le vocabulaire et le recueil sont extraits l'un et
l'autre du ms. latin 8653 A de la Bibl. nat., qui est un recueil de notes et de
morceaux variés copiés par un écolier d'Arbois (Jura). L'intérêt de ces deux
documents est surtout dans leur dialecte, qui se présente avec des caractères
très-prononcés. On sait que les documents en langue vulgaire de la Franche-
Comté sont jusqu'à présent en fort petit nombre. D'ailleurs le vocabulaire
abonde en mots difficiles et rares. Les proverbes sont accompagnés d'équiva-
lents, ou si on veut, de libres imitations en hexamètres. On connait déjà plu-
sieurs recueils de ce genre : l'un, tiré d'un msde Leyde, a été mis au jour par
M. Zacher (Haupt, Zeitschrift t. XI). Uu autre se trouve dans le ms. Digby 53
de la Bodieienne et a été décrit dans mon troisième rapport ; et j'en connais
plusieurs autres jusqu'à présent non étudiés, qui figurent dans la longue série
des publications que la Remania projette. L'édition de M. Robert n'est point
accompagnée des commentaires que semblent appeler des documents de ce
genre, mais elle est exécutée avec soin et exactitude. M. Robert aurait bien
fait, pour faciliter les références, de donner un n" à chacun des proverbes
dont se compose son recueil. P. M.
V. Zeitschrift fur deutsche Philologie, IV, 4. — P. 375-400. L.
Tohkr, ùl:r die scheinbare Verwechslung zivischen Nominativ und Accusativ ; dans
cet article fort intéressant, M. T. étudie le phénomène en question, qui tient,
suivant le côté par lequel on l'examine, à la phonétique, à l'histoire de la fle-
xion et à celle de la syntaxe, non-seulement dans les langues germaniques, mais
aussi dans les langues romanes ; on pourrait faire à ses vues diverses objections
et comprendre autrement que lui certains faits (notamment le fr. est-ce moi ? et
autres locutions analogues), mais plusieurs de ses explications sont justes, sa
méthode est bonne, et le travail entier mérite d'être lu.
VI. Germania, XVIII, I. — P. 41-45, der Maler mit der schœnen Frau,
fragment d'un conte publié par M. Bartsch et rapproché par M. R. Kœhler
d'autres versions, notamment du fabliau du Prestre crucifié. — P. 115-6. H.
Suchier, Anspielung an ein unbekanntes Gedicht; une allusion du Willehalm d'Ul-
rich de Tûrlin renvoie à un poème où, parmi d'autres personnages, figure
Segremor ; M. S. pense que l'allusion se rapporte peut-être à un poème alle-
mand dont Segremor était le héros et dont trois fragments se sont conservés.
Ce poème lui-même était s. d. traduit du français.
VII. Philologial Society. Transactions, 1873-4. Part. I. — P. 77-94. On
the old french labial vowels, by Henry Nicol. Cet essaie qui dans la pensée de
274 PÉRIODIQUES
l'auteur n'est qu'une esquisse, contient dans ses quelques pages beaucoup de
choses intéressantes et de bonnes observations. Je regrette que M. N. n'ait pas
connu mon travail sur la phonétique de V Alexis; il est arrivé en plusieurs points
aux mêmes résultats que moi, et mes recherches, en lui épargnant du travail,
auraient certainement été complétées et améliorées par lui. Pour la distinction
en anglo-normand de a et de ù, écrits tous deux u, M. N. reproduit les raison-
nements de Diez et ajoute quelques faits à ceux qu'il trouvait dans la Gram-
maire romane. En cherchant l'époque oiî Vu latin a pris en français le son actuel
iï, M. N. dit, après d'autres arguments : « From French middle Latin MSS.
it would appear that this change must hâve taken place about the eigth cen-
tury; » je serais très-curieux de savoir ce que l'auteur entend par là. — Il faut
remarquer que cour(t) ne vient de cohortem que par l'intermédiaire de la forme
curtcm, seule usitée dès le plus ancien bas latin ; tornarc, au contraire, s'est con-
servé tel quel en bas latin (v. dans Schuchardt un exemple de turnum)^ et n'a
perdu son o que dans le fr. tourner (les mots esp. turno, turnar, pg. lurno,
roum. turnura viennent du français). — Ce paper se termine par la réfuta-
tion de quelques méprises de M. Payne. G. P.
VIII. Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France,
t. X., liv. i et 2. — M. le D"" Noulet, bien connu des amateurs delà littérature
du Midi de la France par son édition des Joyasdel Gay Saber, et par un certain
nombre de précieuses dissertations sur divers points de la littérature toulou-
saine, a fait de ma notice sur le roman de Guillaume de la Barre un examen
critique qui, tiré à part, forme une brochure de 29 pages. M. N. regrette que
je n'aie pas publié le poème en entier. Cela eût mieux valu sans doute, mais
l'unique ms. de ce poème n'est pas dans le domaine public, et des motifs de
convenance m'ont déterminé à me borner à une simple notice. Du reste, je
possède du poème une copie complète, et on en trouvera un fragment dans le
recueil de textes que j'imprime actuellement pour l'usage de mon enseignement
à l'Ecole des Chartes. Les observations de M. N. sont d'une valeur variable ;
ainsi il va un peu loin lorsqu'il annonce qu'il relève dans la fin du poème, telle
que je l'ai publiée, « quelques fautes qui la déparent». Ces fautes se réduisent
à quatre : deux sont des erreurs typographiques ((juas pour ^uar, des mesura
pour desmesura), et dans les deux autres cas la leçon que j'ai adoptée (Nar. où
M. N. voudrait N Ar. et ^uel où il veut ^u'el) peut fort bien se défendre. En
revanche, j'ai commis une faute très-réelle que je m'empresse de signaler : au
8* vers, en remontant à partir de la date, il y a dans le ms. non pas n'esta
vist, qui ne serait pas provençal, mais m'es a vist. Le vers entier doit se lire
Segon que a mi [m')es a vist. Puis j'ai tronqué le dernier vers qui doit être ainsi
rétabli : Amen die pcr far ma fenida. C'est bien à tort que M. N. s'étonne que
je n'aie pas rapproché de Guillaume de la Barre et de Chabert les deux person-
nages du même nom qui figurent dans la chanson de la croisade d'Albigeois.
On aurait eu tout droit de me blâmer si j'avais risqué un rapprochement aussi
peu fondé. Chabert et Guillaume de la Barre sont, dans le poème qui porte le
nom de ce dernier, deux amis ; dans la chanson de la croisade au contraire ce
sont deux ennemis. Chabert est un partisan du comte de Toulouse et Guill. de
PÉRIODIQUES 275
la Barre est au nombre des croisés. Pour le dire en passant, c'est sans la
moindre vraisemblance que M. N., s'autorisant de La Chesnaye-Desbois (!), fait
du Chabert de la chanson de la croisade un Normand. On sait d'ailleurs que
les noms de Chabert et de Guillaume de la Barre sont très-communs au Midi.
Enfin je crains que M. N. m'ait mal compris lorsqu'il a écrit ceci : « M. P.
Meyer nous permettra de nous séparer de lui quand il regrette qu'Arnaud
Vidal n'ait pas marché sur les traces de ses devanciers, en continuant de se
servir de la mythologie surannée du moyen-âge, empruntée aux fables du cycle
de Charlemagne et de la Table-Ronde, n Je n'ai jamais éprouvé ni exprimé ce
regret. — Sur d'autres points au contraire, les observations de M. N. sont
utiles. Ainsi, je n'avais rien trouvé sur le Sicart de Montaut à qui le poème est
dédié: j'avais simplement constaté l'existence d'une famille de ce nom au XIII*
siècle. M. N. en retrouve la mention à une époque plustardive, au temps où vivait
l'auteur de Guillaume de la Barre. Il n'y a là rien que de vraisemblable, encore
qu'on pût souhaiter une autorité meilleure que celle de La Chesnaye-Desbois.
La partie de la notice de M. N. qui se recommande le plus à l'attention des
romanistes est la critique du glossaire que j'ai joint à ma notice de Guillaume de
la Barre. M. N. discute et le plus souvent complète ou rectifie l'interprétation
que j'ai proposée pour trente environ des mots compris dans ce glossaire. Ses
explications, suggérées par une connaissance profonde du patois toulousain, et
souvent appuyées de textes que je ne pouvais assurément connaître, puisqu'ils
sont empruntés à des mss. inédits de l'Académie des Jeux-Floraux, sont généra-
lement fort vraisemblables et j'en accepte pleinement plus des deux tiers. Le
travail de M. Noulet fait voir combien il est profitable de comprendre dans un
glossaire même les mots dont on n'est pas en état de déterminer le sens : c'est
le meilleur moyen de les signaler à l'attention des érudits compétents.
P. M.
IX. Tablettes historiques du Velay, paraissant tous les deux mois.
Tome III, n" 4. i" mars 1873. — P. 233-33 S>Ch. Rocher, les Rapports histo-
riques de l'église du Puy avec la ville de Girone en Espagne. Des traditions fort
anciennes racontent que le premier évêque qui fut établi à Girone quand cette
ville fut enlevée aux Sarrazins (785) fut un chanoine de l'église du Puy : de là
entre les deux églises une alliance qui dura tout le moyen-âge et sur laquelle
M. Rocher a publié de curieux documents. Cette nomination d'un chanoine du
Puy aurait été faite par Charlemagne, ce qui amène l'auteur à traiter la ques-
tion des curieuses légendes relatives au grand empereur qu'avait conservées la
ville catalane. J'ai donné ailleurs {Hist. poèt. de Charl., p. 279 ss.) la tra-
duction des huit premières leçons (plusieurs fois publiées) de l'office composé
en 134^ par l'évêque Armand de Monredon (et non de Montrond)'; M. R. a
retrouvé la neuvième dans un Vidimus du XVI"^ siècle et la donne in extenso.
Cette leçon, plus longue à elle seule que les huit autres, ne s'y rattache que
fort imparfaitement, et paraît plutôt appartenir au récit plus ancien d'où les
leçons ont été tirées. Ce récit remonterait au XII^ siècle, d'après M. R.; ce ne
I . Qu'il me soit permis de rectifier un ridicule lapsus memoriae qui m'a fait transporter
{H. p., p. 64) Girone de Catalogne en Navarre.
276 PÉRIODIQUES
serait pas une raison pour que j'aie eu tort de dire qu'il c porte des traces de l'in-
fluence du Pseudo-Turpin et de falsifications monacales, mais qu'il contient des
traits évidemment anciens. « M. R. lui attribue une valeur historique infiniment
trop haute et va jusqu'à soutenir que « la prise de la ville catalane par Char-
lemagne en personne est un fait incontestable. » Ce qui est incontestable, c'est
que Charles n'alla qu'une fois en Espagne en 778, et que la vraie prise de
Girone eut lieu huit ans plus tard. La tradition le fit de bonne heure assister
en personne au siège', mais les textes historiques contemporains ne laissent
aucune place au doute. Cela ne prouve pas d'ailleurs que le choix d'un cha-
noine du Puy pour gouverner le nouveau diocèse soit imaginaire et ne soit pas
le fait de Charlemagne lui-mènîe. — Ce mémoire est intéressant et contient des
renseignements utiles; mais l'auteur manque parfois de précision. Il m'est im-
possible de comprendre, d'après ce qu'il dit p. 280, si la chronique de Ripoll
(dont je ne connais que le court récit miraculeux indiqué dans l'H/if. poêt. p. 65)
contient une légende identique aux neuf leçons de Girone, si une telle légende
existe autre part que dans ces leçons, et si M. Rocher et l'autorité qu'il cite
la connaissent, ou s'ils en jugent seulement d'après les leçons même, etc. Je ne
vois rien qui prouve qu'on ait une rédaction de cette légende antérieure au
XIV" siècle. ■ — Souhaitons que beaucoup de personnes montrent chez nous ce
zèle pour les antiquités nationales qui a fait faire à M. Rocher des fouilles
heureuses jusque dans les Archives de la cathédrale de Girone.
G. P.
X. Recueil des travaux de la Société d'Agriculture, Sciences et
Arts d'Agen, t. III, 2' série. — Ad. Magen, Une course en Quercy, I. Cambayrac *.
Nous signalons cet article à cause de quelques textes populaires en patois du
pays (16 kil. au nord de Cahors) que l'auteur a publiés : trois récits supers-
titieux sur \edrac, un joli cantique delà Vierge et une berceuse. Il communique
en outre deux légendes, l'une qui se rattache aux nombreux contes des
géants, l'autre à la série non moins riche des fontaines miraculeusement jaillis-
santes. On ne saurait trop souhaiter, disons-le en passant, de voir se multiplier
de semblables monographies, qui nous formeront peu à peu une mythologie
populaire, et nous voudrions que beaucoup de membres de nos sociétés
1. M. R. cite, avec raison je crois, le Fragment de la Haie {Hist. poêt. p. 50, 84, 465)
comme se rapportant au siège de Girone. Je saisis l'occasion de signaler aux lecteurs
l'excellent travail de M. Konrad Hofmann sur ce fragment (Académie de Munich,
Classe histor. philosoph.^ séance du 4 mars 1871). M. Hofmann a remis la prose du frag-
ment en hexamètres qui sont généralement tirés sans peine du texte, et il a fait suivre
cette restitution d'observations fort judicieuses sur le contenu du poème. Je suis tout à
fait de son avis sur l'introduction relativement récente du nom d'Aimeri de Narbonne
dans le cycle méridional, et j'en étais déjà en 1865 : si j'ai toujours appelé Ernaud de
Girone et les autres les fils d'Aimeri, c'est que je ne voulais pas entrer dans une question
très- compliquée qui sortait de mon sujet. Les héros de la geste Aimcri ont eu une exis-
tence poétique propre et indépendante avant d'être tous rattachés à la même famille par
le grand travail cyclique qui, dans cette geste, s'est exercé avec plus d'activité, mais aussi
avec plus de retouches et de contradictions, que dans aucune autre. L'existence de tra-
ditions sur Ernaud de Girone, tout à fait en dehors du cycle narbonnais, est attestée par
un passage de Girart de Rossilho (voy. P. Meyer, Recherches sur l'épopée française,^. 24).
2. Cet article a été tiré à part (Agen, Noubel, 1873, in-8% 44 p.) et est dédie à M.
Tamizey de Larroque.
PÉRIODIQUES 277
savantes de province suivissent l'exemple de M. Magen. Seulement nous devons
recommander à l'auteur et à ses imitateurs une grande prudence dans cette
partie de leur tâche qui semble la plus particulièrement séduisante, à savoir les
étymologies. Il est parfaitement permis de laisser un nom de lieu sans l'expli-
quer, et si on veut absolument aborder ces problèmes ardus, au moins faut-il
se munir des instruments et des méthodes nécessaires. La seule manière de
trouver l'explication d'un nom propre, aussi bien que d'un nom commun, c'est
de remonter aux formes anciennes et de suivre les lois de la langue. Quand
M. M. nous parle, p. 7, des « chênes, d'où sans doute le Quercy tira son
nom, » il oublie que ce nom a pour formes plus anciennes Cacrci, Caorci{n), et
se rattache étroitement à Cadurcum. Quand il cherche laborieusement Cp. 32-
35) l'étymologie de Cambayrac, il s'écarte des règles élémentaires posées par
M. Quicherat dans un livre que pourtant il cite : ac renvoie toujours à un pri-
mitif celtique ac{um) ou iac(um), et la seconde partie du mot ne peut être ni
ayrakj ni eyraudus, ni payra. On ne peut non plus choisir entre Cambayrac et
Campayrac, le p ne se changeant pas en b après l'm. Le nom de cette localité
se décompose très-probablement en un suffixe (i)acum et un mot qui a dû
être anciennement Cambar : c'est le même que Chambcry. Pour aller
plus loin il faudrait des formes anciennes. M. M. ne s'en tient pas à l'étymo-
logie immédiate : il nous offre, p. 17, un petit salmis d'étymologies grecques,
latines, persanes, arméniennes, qui font vraiment de la peine. Espérons qu'un
savant aussi judicieux et aussi spirituel sera désormais plus réservé sur des
matières qu'il n'a assurément pas étudiées à fond. L'étymologie des noms de
lieux est une des parties les plus difficiles de la linguistique : les savants l'ont
jusqu'à présent à peine abordée. Il semble que d'un commun accord on ait
laissé en réserve, pour un temps oià nos connaissances seront plus étendues et
nos méthodes plus sûres, cette tâche aussi compliquée qu'intéressante. Je
comprends qu'on regrette cette abstention des philologues, mais elle devrait au
moins faire comprendre aux personnes qui n'ont pas fait de la linguistique
l'objet propre de leurs travaux qu'il est sage de l'imiter jusqu'à nouvel ordre.
— Un fait curieux de localisation d'une légende se rencontre dans le mémoire,
fut intéressant à divers points de vue, de M. Magen. II me paraît évident que
le S. Pardoux inconnu de Cambayrac est le S. Pardoux de Guéret, populaire
dans la Marche et le Limousin au moins dès le X" siècle (voy. Coudert de Lavil-
latte. Vie de saint Pardoux, Guéret, 1853), et par conséquent Cambayrac n'a
droit ni à être regardé comme le théâtre de sa sainte vie, ni à posséder ses
reliques, que revendiquent Guéret et Arnac (près de Sarlat). Il est donc pro-
bable qu'il y a une fraude à l'origine des processions de la châsse de S. Par-
doux et des miracles qu'elle accomplit encore. Mais le peuple de Cambayrac
a tout à fait oublié ce qu'était le patron de son église, et a peu à peu arrangé au
saint homme une légende toute locale. G. P.
XL Revue critique d'histoire et de littérature, janvier-mars 1873.
— 3. Sagas chevaleresques, p. p. Kœlbing (G. P.). — 5. Viaggio dï Carlo
Magno in Ispagna, p. p. Ceruti (G. P.). — 7. Weigand, Traité de versifi-
cation française. — Variétés : Archivio Vcneto\ Bibliograpkia critica portugucza.
278 PÉRIODIQUES
— 10. Gcsta Romanorum, p. p. Oesterley (G. P.) — 13. Milliet, de l'Origine
du Théâtre à Paris (i}/). — 22. Recueil général et complet des fabliaux, p. p. A.
de Montaiglon (P. M.). — 36. Pitre, Saggio di fiabc siciliane — 46. Macé,
Un procès d'histoire littéraire; Vaschalde, Clotilde de Surville (G. P.).
XIII. LiTÉRARiscHts Gentralbl.vtt, 1873, janvicr-mars. — 6. B. ten
Brink, Chaucer, I (ouvrage qui fait époque dans l'histoire des études sur
Chaucer). — 6. Mùller, Remarques sur la langue des classiques français. —
9. Petzholdt, Bibliographia Dantca ab anno M D CGC LXV (utile complément
de Colomb de Batines ; M. P. a écrit en latin pour faciliter aux Italiens l'usage
de son livre, ce qui fait dire au critique : « Quand donc le sentiment national
allemand (das deutsche Selbstgefiihl) sera-t-il enfin assez fort pour que nos
savants s'abstiennent de semblables égards pour leurs confrères étrangers et les
forcent par là à apprendre l'allemand s'ils veulent jouir des fruits du labeur
allemand?! ») — 11. Mastzner (et Goldbeck), Altenglische Sprachproben. II,
(c'est la première livraison d'un dictionnaire qui ne se borne pas aux mots
contenus dans la chrestomathie même, « mais embrasse toute la littérature de
l'anglo-saxon de la dernière période, de l'ancien-anglais et du moyen-anglais; »
on ne peut que souhaiter avec le critique le prompt achèvement d'une œuvre
aussi utile).
XIII. Bibliographia crttica, fascic. IV-VI. — Art. 20. D. José Godoy
Alcantara, Ensayo histôrico etimolôgico filolôgico sobre los appellidos castcllanos :
a en proposant, il y a deux ou trois ans (dit M. Coelho), un prix pour un essai
historique et étymologique sur les noms propres castillans, l'Académie espa-
gnole a donné un bon exemple et un encouragement pour l'inauguration des
études onomatologiques dans la péninsule; mais en couronnant le livre de
M. Godoy elle a montré qu'elle se contentait de peu En résumé, ce livre,
qui est bien loin de satisfaire aux exigences de la science, offre un certain
nombre de faits intéressants et éveillera peut-être en Espagne le goût de sem-
blables études. » — 21. T. Braga, Historia da littcratura portngueza ; cet article
de M. Coelho, qui n'a pas moins de vingt pages, est extrêmement intéressant
et fait autant d'honneur au critique qu'à l'auteur dont il parle ; en effet, bien
que M. Braga fût et soit resté un collaborateur assidu de la Bibliographia,
M. C. n'a pas hésité à relever et à caractériser avec une sévérité sans réserver
les défauts de sa méthode et les lacunes de son information, et M. Braga, au
lieu de s'en formaliser, n'a vu dan: cette critique rigoureuse que l'instruction
qu'elle contenait. De pareils procédés sont rares partout : ils font bien augurer
du succès de l'œuvre de régénération intellectuelle à laquelle se sont voués en
Portugal, avec autant de courage que de talent, MM. Coelho, Vasconcellos
et Braga. M. C. relève avec raison une exagération qui m'est échappée en
parlant de l'influence attribuée par M. Braga aux Goths sur le développement
de la nationalité portugaise. Il termine en citant une critique du livre de
M. Braga qui montre quelles idées vagues et fausses régnent en Portugal sur
l'histoire, la philosophie et la littérature. L'école critique a à lutter non-seu-
lement contre la malveillance qu'éveille partout une critique indépendante et
PÉRIODIQUES 279
rigoureuse, mais contre une inintelligence satisfaite qui oppose à ses efforts le
plus rebutant des obstacles, l'inertie : mais il est impossible qu'elle n'exerce pas,
par sa science, par sa bonne foi, par son énergie, une influence considérable
sur la jeunesse, et qu'elle ne se trouve pas tôt ou tard en nombre suffisant pour
mépriser les attaques ineptes dont elle est l'objet \ — 25. Romania, n" 4;
M. Coelho, après avoir fait l'éloge de l'art, de M. Joret sur les finales espa-
gnoles et l'avoir engagé à traiter de même les autres parties de la phonétique
espagnole, lui fait quelques objections, et annonce une étude complète sur les
voyelles finales portugaises. — 25. Joly, Benoit de Sainte-More et le roman de
Troie; M. Braga donne d'intéressantes indications sur l'histoire du roman de
Troie dans la péninsule ibérique, plutôt qu'il ne critique le livre de M. Joly;
son article contient un trop grand nombre de petites erreurs (sans parier des
fautes d'impression), dont la plus forte me paraît celle-ci : « M. Joly a une
érudition très-sûre, et sait respecter les textes comme un Guessardouun Paul Meyer.n
Cf. Rev.Crit. 1870, 1. 1, p. 255 ss. — 28. Trausmann (/. Trautmann), Bildung
und Gebrauch der Tempora und Modi inder Chanson de Roland; 29. Bibliographia
daco-romana ; articles d'une extrême insignifiance de M. Cari von Reinhards-
toettner. — 32. Rivista di filologia romanza, I, 1; article intéressant de
M. Coelho, qui juge à peu près comme on l'a fait ici le travail de M. Canello,
et voit avec beaucoup de vraisemblance, de même que M. Flechia, un simple
infinitif dans le chiamarc de la Vita nuova oh le même M. Canello a voulu voir
un parfait du subjonctif. G. P.
XV. Revista G0NTIMPOR.4.NA % livr. 1-3 (mars-mai 1873). — Nous relevons
dans cette revue, qui est généralement en dehors de notre cadre, une étude de
M. V. A. Urechie, sur l'historien Miron Costin, où nous voyons avec plaisir
que la Romania est lue en Roumanie. Nous serions heureux si nous pouvions
contribuer .^ répandre parmi les Romans de l'Est le goût et les bonnes mé-
thodes des études nationales : le domaine de la philologie, de la poésie et de la
mythologie populaire n'a point encore été assez exploité chez eux ni surtout
par eux. Espérons qu'ils rendront bientôt à la science les services qu'elle est
en droit d'attendre de leurs efforts.
1. On ne peut en avoir une idée quand on ne les a pas vues. La plupart des injures
adressées à nos amis sont celles qui servent en tout pays aux défenseurs de la routine :
les auteurs manquent de politesse, de goût, de style, et surtout de patriotisme; ce sont
des « fils adoptifs de l'Allemagne, » ils feraient rougir leurs aïeux, etc. Cependant on ne
va pas partout jusqu'à trouver, comme un critique de Lisbonne dans un livre de
M. Vasconcellos : umuitas banalidades impertinentes, vasta ignorancia, erros crassissimos,
plagiatos, necedades, muita risivel jactancia, e tudo isto adubado de chufas grosseiras,
insolentes, e por veses ignobeis. » M. Vasconcellos est coupable d'avoir trouvé étrange que
M. le vicomte de Castilho eût traduit Faust en portugais sans savoir l'allemand, d'après
des traductions françaises.
2. Bucarest, typ. Cunii, gr. in-8".
CHRONIQUE.
Voici, d'après le Ccntralblatt, la liste des cours relatifs aux études romanes
qui se font en Allemagne pendant le semestre d'été. A Paris_, les cours sont à peu
près les mêmes que ceux du semestre d'hiver.
Heidelberg. Bartsch : Histoire de la littérature provençale.
Marburg. Sccuier, pr. d. : Introduction à l'étude des langues modernes; con-
férence anglo-romane.
Gœttingen. Mùller : Provençal.
Leipzig. EnERT : Grammaire de l'ancien français ; explication de poésies proven-
çales.
Munich. Hofmanx : Explication de Gïrart de Rossilho ; exercices pratiques.
Strasbourg. Bcchmer : Histoire des littératures romanes ; éléments de la gram-
maire provençale et explications dans la Chrestomathie provençale de
Bartsch ; ancien français. — Ten Brink : Histoire de la littérature
anglaise.
Giessen. Lemgkje : Métrique française.
Halle. Gosche : Histoire littéraire du moyen-âge. — Schuchardt : Introduc-
tion à l'étude comparée des langues romanes ; conférence romane.
Bonn. DiEZ : Sur l'ancienne poésie provençale; les trois premiers chants des
Lusiades. — Delfus : Grammaire historique du français.
Tùbingen. Hollaxd : Grammaire comparée des langues romanes; explication
de nouvelles choisies du Dccamcrone; histoire de la poésie fitalienne.
Berlin. Tobler : Histoire de la littérature provençale ; explication de la Divina
Commedia ; conférence romane.' — Steinthal : Sur l'histoire des
langues, et notamment du grec et du latin, en considérant spéciale-
ment le caractère et l'origine du romaïque et des langues romanes.
— Voici le programme du semestre d'été de l'Académie de philologie moderne à
Berlin (nous ne mentionnons que les cours qui se rapportent à la période
ancienne des langues et des littératures romanes) :
Beneke : Prononciation du français étudiée physiologiquement et historiquement. —
Lûcking : Grammaire historique du français. — Mahn : Explication de Girart de
Rossilho ; explication de poésies lyriques des troubadours. — Scholle : Interpréta-
tion de la Chanson de Roland. — Schulz : Sur la langue de /'Ormulum. —
Vatke : Sur les sources des poèmes de Chaucer. ■ — Giubilei : Histoire de la littéra-
ture italienne.
— La Bibliothèque de l'École des chartes donnera dans un de ses prochains
numéros le fac-similé et l'édition d'un document fort intéressant pour les roma-
nistes : c'est une charte écrite en sarde, à la fin du douzième siècle, avec des carac-
tères grecs. Il ne s'agit pas ici d'un papiro d'Arborea ; l'authenticité de ce pré-
cieux texte est absolument inattaquable.
— Trois recueils de morceaux choisis de notre ancienne littérature sont en ce
moment en préparation à Paris. Le recueil que M. Meyer a mis sous presse
comprendra des textes bas-latins, français et provençaux, édités avec un appa-
ratus criticus complet : il en est à sa dixième feuille ; la Chrestomathie historique
du français de M. Brachet, dont l'impression est avancée, embrassera, outre
l'ancienne langue proprement française, de nombreux spécimens des patois de la
langue d'oïl; enfin M. Léon Gautier a entrepris une œuvre du même genre qui,
si nous ne nous trompons, aura un caractère plus particulièrement littéraire.
Nogent-le-Rûtrou, imprimerie de A. Gouverneur.
FORMES DIVERGENTES
DE MOTS PORTUGAIS.
Les linguistes qui, avant moi, se sont occupés des formes divergentes '
me dispensent d'exposer ici des considérations générales sur le sujet. Je
suppose mon lecteur familier avec l'excellent Dictionnaire des Doublets ou
doubles formes de la langue française de M. Brachet, dont j'adopte à peu
près le plan ; comme lui, je ne recueille que les formes qui ont persisté
dans la langue. Dans cet article, je me borne aux formes d'origine
latine ; mais je communiquerai prochainement à la Romania une note sur
les formes divergentes de mots portugais d'origine non latine.
FORMES DIVERGENTES d'ORIGINE SAVANTE.
Je classifie ces formes d'après leurs différences phonétiques.
Les formes savantes portugaises restent généralement fidèles à l'accen-
tuation latine ; au contraire il peut arriver que les formes populaires
s'éloignent du type prosodique du latin classique. Voici quelques
exemples :
Place de l'accent.
a
pop. cadéira sav. cathedra lat. cathedra
intéiro fntegro intégra
b
pop. alvedrio * sav. arbitrio lat. arbiîrium
codéço cytiso cytïsus
pddico pudi'co pudicus
trévo trifdlio trijolium
xofrângo ossifraga ossifrâga
1 . C'est ainsi que j'appelle les formes dites généralement doubles -for mes ou
doublets.
2. Une autre forme populaire est alv'dre.
Romania, Il 9
282 A. COELHO
Cf. Corssen, ïiber Aussprache II ^, 944 ss.
Je ne connais qu'un exemple où la forme savante s'éloigne de
l'accentuation latine, la forme populaire y restant fidèle :
pop. li'nde sav. limite lat. limite.
Un autre cas spécial nous est offert par les formes :
pop. sanféna sav. symphoni'a lat. symphonia (du grec).
Sanfona est accentué à la manière latine ; symphonia reproduit l'accen-
tuation grecque.
2. Modifications des voyelles toniques.
pop. abantesma
sav. phantasma
lat
:. phantasma
agosto
amendoa
bolla
augusto
amygdala
buUa
augustus
amygdala
bulla
bolbo
bulbo
bulbus
celha
cilia
cilia, cilium
cepo
coda
cippo
cauda
cippus
cauda
corso
curso
cursus
costra
crusta
crusta
dobro
ensosso
duplo
insulso
duplum
insulsus
escuso
abconso
absconsus
febra
fibra
fibra
fozes
fauces
fauces
logro
lucro
lucrum .
monco
muco
mucus
papel
papyrum
papyrum
somma
summa
summa
teima
thema
thema
Les changements
de a en Ê dans abantesma,
de e en ei dans teima sont
irréguliers.
3-
Chute de la voyelle atone médiane.
pop. bispal
caldo
sav. episcopal
calido
lat
. episcopalis
calidus
cambra
camara
camara
cavilha
clavicula
clavicula
coalhar
combro '
coagular
cumulo
coagulare
cumulus
composta
composita
composita
I. Il y a aussi la forme pop. comoro.
FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES
285
comprar
comparar
comparare
contar
computar
computare
conto
computo
computum
copia
copula
copula
erguer
erigir
erigere
espelho
especulo
spéculum
esmar
estimar
£stunare
falla
fabula
fabula
fallar
fabular
fabulari
lavrar
laborar
laborare
lealdade
legalidade
legalitate
letrado
litterato
literatus
lembrar
memorar
memorare
molde
module
modulus
mortandade
mortalidade
mortalitate
obreiro
operario
operarius
olho
oculo
oculus
palavra
parabola
parabola
pardo
pallido
palUdus
recobrar
recuperar
recuperare
rezar
recitar
recitar e
rolha
rotula
rotula
sobrar
superar
superare
soldo
solido
solidus
voita
voluta
4. Contraction.
voluta
pop. aprender
sav. appréhender
lat. apprehendere
benzer
bendizer
benedicere
bésta
balista
balista
coentro
coriandro
coriandrum
conego
canonico
canonicus
dedal
digital
digitale
dedo
digito
digitus
dô
dolo
dolus
frio
frigido
frigidus
herdeiro
hereditario
hereditarius
mezinha
medecina
medecina
mister
ministerio
ministerium
ma
mola
mola
nedio
nitido
nitidus
pregador
predicador
predicatore
28^
A. COELHO
prégar
pregar
predicare
prenda
prebenda
prebenda
quaresma
quadragesima
quadragesima
quedo
quieto
quietus
remir
redemir
redimere
se
séde
sedes
sello
sigillo
sigillum
sestro
sinistro
sinistro
sô
solo
5. Attraction.
solus
pop.
. eira
sav. area
lat. area
madeira
malaria
materia
marceneiro
mercenario
mercenarius
primeiro
primario
primarius
solteiro
solitario
solitarius
6, Aphérèse de voyelle ou de syllabe.
pop-
licorne
sav. unicorne
lat. unicorois
pasmo
espasmo
spasmus
sanha
insania
insania
ume
alumen
alumen
xofrango
ossifraga
7. Apocope.
ossifraga
pop.
cabido
a
sav. capitulo
lat. capitulum
mister
ministerio
ministerium
papel
papyro
papyrum
tom
tono
tonus
um
uno
b
sâv. cordato
unus
pop.
cordo
lat. cordatus
fino
fmito
8. Assimilation de voyelles
finitus
pop.
ladainha
sav. litani'a
9. Influence de i\ palatal.
lat. litania
pop.
alhear
sav. alienar
lat. alienare
appreçar
appreciar
appretiare
celha
cilio
cilia (pi.) cilium
pop.
desenho
esbulhar
folha
sanha
nojo
queijo
FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES
designio designium
espoliar spoliare
folio folia (pi.) folia
285
msania
nausea
caseum
insania
nausea
caseum
10. Adoucissement des momentanées sourdes.
abrego
bigorna
bodo
cabedal
codeço
cuidar
dedal
dedo
divida
delgado
empregar
espadoa
fadigar
findo
fogo
grude
im.nudavel
ladainha
ladino
linde
madeira
meda
miga
mudo
nado
pessego
pregador
pregar
redondo
segredo
vagar
sav. africo
bicorne
voto
capital
cytiso
cogitare
digital
digito
debito
delicado
implicar
espathula
fatigar
finito
foco
gluten
immutabilis
litania
latino
limite
materia
meta
mica
muto
nato
persico
predicador
predicar
rotundo
secreto
vacar
lat.
africus
bicornis
votum
capitalis
cytisus
cogitare
digitale
digitus
debitum
delicatas
implicare
spathala
fatigare
finitus
focus
gluten
immutabilis
litania
latino
limite
materia
meta
mica
mutus
natus
persicus
predicatore
predicar e
rotundus
secretus
vacare
1 1 . Syncope de consonne entre voyelles,
pop. alhear sav. alienar lat. alienare
286
A. COELHO
amendoa
amygdala
amygdala
areia
arena
arena
aveia
avena
avena
bainha
vagina
vagina'
benzer
bendizer
benedicere
besta
balista
balista
cabido
capitule
capitulum
cardeal
cardinal
cardinalis
cheio
pleno
plenus
coentro
coriandro
coriandrum
colher
colligir
colligere
conego
canonico
canonicus
cor
color
colore
cuidar
cogitar
cogitare
deâo
decano
decanus
dedal
digital
digitale
dedo
digito
digitus
espadua
espathula
spathula
estiar
estivar
astivare
frio
frigido
frigidus
gear
gelar
gelare
grâo
grado
grâdus
herdeiro
hereditario
hereditarius
imigo
inimigo
inimicus
leal
légal
legalis
lealdade
legalidade
legalitte
lidimo
legitimo
légitimas
limpo (Mimpio)
limpido
limpidus
meio
medio
médius
mézinha
medecina
medecina
miollo
medulla
medulla
miudo
minuto
minutus
mister
ministerio
ministerium
mo [anc. moa)
mola
mola
moimento
monumento
monumentum
moio
modio
modius
nedio
nitido
nitidus
paço
palacio
palatium
pégo
pelago
pelagus
poir
polir
polire
pregar
predicar
pradicare
pregador
predicador
pradicatore
FORMES DIVERGENTES PORTUGAIS
ES 287
prenda
prebenda
pmbenda
quaresma
quadragesima
quadragesima
quedo
quieto
quietus
raiar
radiar
radiare
raio
radio
radius
remir
redimir
redimere
rijo
rigido
rigidus
ruido
rugido
rugitus
se
séde
sedes
sello
sigillé
sigillum
semear
seminar
seminare
sestro
sinistro
sinistro
sô
solo
solus
taboa
tabula
tabula
teia
tela
tela
termo {anc.
termio)
termino
terminus
traiçâo
tradiçào
traditione
trevoso
tenebroso
tenebrosus
ume [anc. aume)
alumen
alumen
velar, vigiar
vigilar
vigilarc
12.
Modifications diverses des consonnci
: simples.
pop. acebo
sav
. aquifolio
lat. aquifoUum
a-devinho
divino
divinus
atrever
attribuir
attribuer e
assemelhar
assimilar
assimilare
bainha
vagina
vagina
busaranha
musaranha
musaranea
escada
escala
s cala ■
fozes
fauces
fauces
lembrar
memorar
memorarc
I. « Escada pg.; altération de scala, lat. scala} ou est-ce une syncope
i'escalada pour remplacer le mot escala passé au sens de « port de mer »? Diez,
etym. Wœrterb., IV, 128. Comment escalada, que nous avons en portugais dans
le vrai sens, arriverait-il à signifier escala} et comment ne point admettre ici sans
hésiter le même changement de / en d que nous observons dans le port, amydo
= lat. amylum (Diez, gramm. V, 190, où sont cités quelques autres exemples
de la même relation phonique dans les langues romanes). Diez, etym. Wœrterb.
IP, 124 ne dérive pas port, deixar de leixar = lat. taxare ; mais du \3Lt.*desitare;
Schuchardt, Vole. d. Vulglat. 111, 74 regarde deixar comme identique avec leixar
et je crois qu'il a raison. Cela me rappelle qu'un linguiste célèbre a nié l'exis-
tence du changement de / en d dans les langues indo-européennes : «Only let it
be borne in mind that although an original d may dvvindiedown to /, no / in the
Aryan languages was ever changed into d, andit would be wrong to say that /
and d are interchangeable (Max Mùller, Lectures on the Science of Language
II, 260. London 1864). » Cfr. Corssen, uber Aussprache, etc. I', 224.
288
A. COELHO
mortandade
mortalidade
mortalitate
movel
mobil
mobilis
nau
nave
navis
nembro
membro
membrum
papel
papyro
papyrus
sarar
sanar
sanare
•3-
Altérations dans les groupes <
de consonnes.
A. Groupes avec r.
pop.
adro
sav. atrio
lat
:. atrium
agro
acre
acris
cadeira
cathedra
cathedra
clina, grenha
crina
crinis
costra
crusta
crusta
crestar
castrar
castrare
esquadrinhar
escrutinar
scrutinare
graxo
crasso
crassus
gruta
crypta
crypta
inteiro
integro
integro
logro
lucro
lucrum
rasto
rastro
rastrum
sagrar
sacrar
sacrare
segredo
secreto
B. Groupes avec 1.
secretus
pop.
, ancho
sav. amplo
lat
. amplus
chantar
plantare
plantare
chamma
flamma
flamma
chave
clave
clavis
châo
piano
planus
cheio
pleno
plenus
inchado
inflado
inflatus
C. Groupes divers, consonnes géminées
pop.
. alvitre, alved
rio sav. arbitno
lat
. arbitrium
bolha (aussi
bolla) buUa
bulla
catrefa
caterva
caterva
colheita
collecta
collecta
carvâo
carbone
carbone
demostrar
demonstrar
demonstrare
direito
directe
directus
ensosso
insulso
insulsus
esburgar
expurgar
expurgare
escuro
obscure
obscurus
FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES
escuso
absconso
absconsus '
escutar
auscultât
aiiscidtare
estreito
estricto
strictus
feito
facto
factum
franzir
frangir
frangere
graxo
crasse
crassus
puxar
pulsar
pulsare
travesso
transverso
transversus
xofrango
ossifraga
14. An ^à.
ossifraga
pop.
châo
sav
. piano
lat.
planus
deâo
decano
decanus
irmâo
germano
germanus
orgào
organo
organum
romà (subst.
; aussi anc.
adj.) romana
1 5. Nasalisation.
romana
pop
. enxame
sav
. exame
lat. tripus
monco
muco
mucus
289
trempe tripode ' tripus
Trempe et tripode nous offrent un exemple rare, peut-être unique, de
formes divergentes, dont l'une, populaire, est fondée sur le cas sujet;
l'autre, savante, sur le cas régime.
II
FORMES DIVERGENTES D'ORIGINE POPULAIRE.
Ces formes se subdivisent en deux classes : formes parallèles et formes
secondaires. J'appelle formes parallèles celles qui ne proviennent pas
l'une de l'autre, mais ont une origine commune ; par exemple port.
diacho e diabo : diacho ne provient pas de diabo, non plus que diabo de
diacho, mais l'une et l'autre forme sont des transformations de diabolus.
diabolus
diabolo
anc. diaboo
diabo
* diablo
1
* diabjo
* diajo
. I
diacho
I. 'Asconso, "ascôso (cfr. esposo de sponsus, etc.); * escôs (cfr. escuro); escuso
(cfr. testemunho ■= testimdniumj etc.).
290 A. COELHO
J'appelle forme secondaire celle qui provient d'une autre, encore con-
servée dans la langue; p. ex., fiarde filar. Les formes parallèles et secon-
daires que nous voyons employées dans une même phase ou même
époque d'une langue s'expliquent par la tendance du langage à distin-
guer phonétiquement les significations diverses d'un mot et par l'exis-
tence d'anciennes phases dialectales confondues aujourd'hui. Là où,
comme en France, les dialectes subsistent et sont nettement distincts,
il n'est pas difficile de déterminer cette cause de divergence dans le
plus grand nombre des mots où elle existe ; en Portugal, au contraire,
où les dialectes ne se sont jamais détachés nettement du fonds com-
mun, et même ont perdu leurs anciennes particularités, s'ils en ont eu,
il est impossible d'affirmer que, par exemple, dans diacho nous ayons
une forme particulière à une province, à une région, et dans diabo une
forme particulière à une autre province ; toutefois il faut avouer que
cette hypothèse est probable. Contentons-nous donc de l'exposition
des faits.
I . Formes parallèles.
artigo, artelho
lat. articulas
sav. articulo
alvitre, alvedrio
arhitrium
arbitrio
bodega, botica
apotheca
calhandro, calondra
cyl indrum
cyiindro '
chantar, prantar
planîare
plantar
diacho, diabo
diabolus
chaga, praga
plâga
chegar, pregar
plicare
coroa;, coronha
corona
fino, findo
finitus
finito
fleuma, freima
phlegma
freire, frade
fratre
ilha, insua
insula
insula
irmâo, mano
germanus
germano
malha, mancha, magoa
macula
macula
mascar, mastigar
masticare
piche, pez
pice
renhir, ranger
ringi
servente, sergente
serviente
sola, solha.
solea
tenro, terno
te fier 0
velar, vigiar
vigilare
vigilar
Les deux formes suivantes ont un emploi grammatical différent :
todo, tudo
lat. Mus
1. CalhandrOf vase de nuit de forme cylindrique; calandra, espèce de cucur-
bitacée.
FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES
2. Formes secondaires.
291
barulho
pour marulho dér. de
lat. mare
bolha
de bolla
bulla
borro
— burro
burrus
capatâo
pour capitâo
capito
caudal
de cabedal
capiîalis
cavalheiro- cavalleiro
caballarius
caveira
— calveira
calvaria
combro
— comoro
cumulus
dom
— dono
dominus
feira
— feria
feria
fiar
— filar
filar e
frei
— freire
fratre
gomitar
pour vomitar
vomitare
goraz
— voraz
vorace
gozo
de gosto
gustus
mae
— madré (anc. mare)
matre
mealha
— medalha
metallea '
nalga
— nadega
*naîica (natis)
pae
— padre '*pare)
pâtre
pesar
— pensar (pop.?)
pensare
pingo
— pingue
pingue
razâo
— raçâo
ratione
ronco
— rouco
raucus
safo
— salve
salvus 2
selva
— silva
silva
sav. bulla
cumule
siso — senso sensus
Les formes suivantes ont un emploi grammatical un peu différent :
cera de cento lat. centum
grâo — grande grandis
mui — muito multum
sào — santo sanctus
3. Formes originaires de cas divers.
Ces formes sont tout à fait exceptionnelles en portugais ; entre les
1. Médias Forai d'Evora an. 1166 {Leges et consuetudines l, 395); var. meda-
lias.
2. Cp. Gonçavo = Gonçalvo (J.-P. Ribeiro, Dissert. chronol. t. I, doc. n" LX,
p. 273) ; mais je ne connais aucun autre exemple du changement de v en / en
port.; au contraire v pour / est assez fréquent en port.: Christovdo = Cbristo-
phorus, Estevdo = Stephanus, trevo = trifolium, proveito = profectus, ourives ==
aurificc.
292 A. COELHO
formes divergentes d'origine savante nous avons déjà recueilli un
exemple ; les seules de ces formes d'origine populaire que nous connais-
sions sont les suivantes :
pô de pubis ' et polvora de pulvere ou pulvera
serpe serpens serpente serpente
virgo virgo 2 virgem virgine
III
FORMES DIVERGENTES D'ORIGINE ÉTRANGÈRE.
1. Formes d^ origine française.
port, chefe
du franc, chef
port, cabo lai
:. caput
jaula
geôle
gaiola
caveola
parola
parole
palavra
parabola
l'man
aimant
diamante
adamante
chantre
chantre
cantor
cantor, cantore
cré
craie
greda
creta
hôtel
hôtel
hospital
Iwspitale
chapiteu
chapiteau
capitel
capitellum 5
quitte
quitte
quedo
quietus
forja
forge
fabrica
fabrica
forjar
forger
fabricar
fabricare
chapeu
chapeau
capello
* cappellum
compota
compote
composta
composita
gênerai
général
gérai
generalis
major
major
maior
major
1. Pubis, * poho (Cfr. esp. polvo), * polio ^ * polo (cfr. Gonsalo = Gon-
salvus = Gundisalvus) ; pô de *polo comme s6 de solo, etc.
2. Virgo m. l'hymen ; mot populaire.
Diabo. Qu'he 0 que haveis d'embarcar ?
Brir. Seiscentos virgos postiços
E très arcas de feitiços,
Que nâo podem mais levar.
Gil Vicente, Auto da Barca do Inferno.
Gil Vicente employé aussi ce mot dans le sens de virgen (vierge) dans une
chanson en espagnol :
Por las riberas de! rie
Limones coge la virgo, etc.
Limones cogia la virgo
Para dar ai su amigo.
Obras, éd. Hamb. I, 84.
j . D'autres formes portugaises se rattachent encore au latin capitellum : cabc-
delloj cabedel (anc), caudcl, coudd, caudilho.
preste
franja
malha
chapa
sargento
timbre
caserna
echalotta
dama
calandra
FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES 29^
preshyieT{s.)presbyter
fimbria {s.) fimbria
medalha metallea
capa cappa
servante, sergente serviente
tympano (5.) tympanum
caderno quaternuin
ascoloniâÇs. )ascalonia
dona domina
calhandro, etc. cylindrum
anc. prestre
frange
maille
chape
sergent
timbre
caserne
échalotte
dame
calandre
cacete ef casse-tête, tous deux du franc, casse-tête.
Le français est de toutes les langues romanes celle qui a exercé plus
d'influence sur le portugais.
2. Formes d^ origine espagnole.
port. Ihano de l'esp. Uano port, chào lat. planus
frente frente fronte fronte
guitarra guitarra (?) cythara [sav.) cythara
3 . Formes d'origine italienne.
maestro de Vital.
opéra
basso
tiinbâl
attitude
dilettante
doge
paladino
cantata
ténor
piano
maestro
opéra
basso
timballo
attitudine
dilettante
doge
paladino
cantata
tenore
piano
mestre
obra
baixo
tympano (iav
aptidâo
deleitante
duque
palatino [sav.
cantada
teor
châo
magister
opéra
bassus
,) tympanum
aptitudine '
délectante
duce
) palatinus
cantata
tenore
planus
4. Formes adoptées par les peuples étrangers.
Le mot portugais feitiço (forme savante facticio) s'est introduit dans
le français sous la iorme fétiche, et ainsi modifié est revenu dans le voca-
bulaire portugais, sans faire aucunement disparaître sa forme anté-
rieure.
Cabeceir, que nous employons pour désigner les chefs de Dahomey,
I. L'ital. attitudine n'est arrivé au portugais que par l'intermédiaire du fran-
çais.
294 '^- COELHO — FORMES DIVERGENTES PORTUGAISES
est le mot portugais cabeceira (de cabeça == capitia, dér. de capite) cor-
rompu par les sauvages d'Afrique.
Il ne serait peut-être pas difficile de recueillir quelques autres exemples
de ce tour curieux accompli par certains mots portugais ; mais actuelle-
ment nous ne pouvons donner que ces deux exemples.
En terminant, je dois déclarer que je ne crois pas avoir épuisé mon
sujet, bien que je le traite pour la seconde fois, car je lui avais déjà
consacré un essai fort imparfait, essai écrit en portugais et ne compre-
nant qu'environ cent exemples en partie mal classés.
F. -A. COELHO.
Porto, mars 1873.
LA PASSION DU CHRIST
TEXTE REVU SUR LE MANUSCRIT DE CLERMONT-FERRAND.
J'ai donné l'année dernière ici les renseignements nécessaires sur le
précieux manuscrit qui contient le Saint Léger et la Passion ' . Le second
de ces deux poèmes, que je publie aujourd'hui, ne se prête pas au travail
que j'ai pu faire sur l'autre. Il n'a pas seulement été transcrit, comme le
Saint Léger, par un copiste qui y a introduit un grand nombre de formes
méridionales : il paraît incontestable que l'auteur lui-même avait
employé à côté les unes des autres des formes appartenant à des dialectes
de langue d'oïl et de langue d'oc. Dans ces conditions, la restauration
du texte primitif est impossible, puisqu'on ne sait à quel dialecte il fau-
drait assigner les formes indifférentes, et qu'on ne peut distinguer ce qui
appartient à l'auteur de ce qui est le fait du scribe. D'ailleurs la langue
de la Passion a été étudiée avec un soin extrême par M. Diez, et j'au-
rais bien peu de chose à ajouter à ses observations. Je me borne donc à
publier It texte exactement tel que le donne le ms., en corrigeant seu-
lement quelques lapsus évidents du calamus du x^ siècle.
La versification du poème est la même que celle du S. Léger. Sur p6
vers dont il se compose, 389 sont construits dans la forme normale,
c'est-à-dire qu'ils ont un accent sur la quatrième et la huitième syllabe,
et que la quatrième syllabe termine un mot. Tels sont les vers de la
deuxième strophe :
Trenta très ânz et alques plus,
Des que carn prés in terra fut,
Per tôt obréd que verus déus,
Per tôt sostég que hom carnâls.
La coupe qui, tout en gardant l'accent sur la 4' syllabe, le fait porter
sur la pénultième d'un mot à chute féminine, et par conséquent supprime
l'hémistiche, se trouve dans 88 vers, p. ex. :
Per eps los nôstres fu auci's 3 b
Si cum prophètes anz mulz dis 7 c.
I. Voy. Romania, I, p. 273-4.
296 G. PARIS
La coupe normale des vers latins rhythmiques qui ont servi de type
aux vers romans (voy. Romania \ 29?), et qui consiste à accentuer la
troisième syllabe, qui est d'ordinaire la pénultième d'un mot à terminaison
féminine, se présente dans les 30 vers suivants :
Cho fud néstra rédemptions 4 b
Cum cel âsnes fu amenaz 6 a
Et a terra crebantaran 1 5 d
Cum la céna Jhesus ac faita 23 b
Melz ti fura non fusses naz 38 c
Si l'ent ménen a passiun 41 d
Mult lez sémper en esdevint 5 3 b
Nol conséntunt fellon Judeu 56 b
Ensems crident tout li fellon 59a
Si tu lai'ses vivre Jhesum 59 c
Ensems crident tout li Judeu 60 c
De purpûre ' donc lo vestirent 62 a
Dune li véstent son vestiment 64 b
Ab les femnes près a parlar 65 d
Audez fiUies Jherusalem 66 a
De me t'membres per ta mercet 74c
De nos aies vera mercet 77 b
Jusque ndna des lo meidi 78 a
Enter mi'rra et aloen 87 c
Donc lo pâusen el monument 88 c
Que contra dmne non a vertud 94 d
Equi éra li om primers 95 a
Veduz fûre veiades cinc 105 b
Ja s'adûnent li soi fidel 108 a
Lingues nôves il parlaran 115c
Et diables encalceran n ^ d
Il non débten negun Judeu i2od
Signes fâzen per podestad 1 2 1 d
Lui que aiude? ne l's vencera 125 a
Mercet âias de pechedors 128 b
Je trouve trois vers où l'accent est sur la troisième, sans que cette
syllabe soit la pénultième d'un paroxyton ; cette coupe détruit tout
hémistiche :
Sant Johdn lo son cher amie 27 d
Barrabânt perdonent la vide 57 a
I . Peut-être ce mot est-il un mot latin, qu'il faudrait alors écrire purpura
et accentuer sur la dernière.
LA PASSION DU CHRIST 297
Mais per vos et per vostres filz 66 d
Dans l'un de ces trois vers (jyaj, il y a un accent marqué sur la
cinquième, ce qui est tout à fait contraire à la règle de ce rhythme. Je
trouve même deux vers où la cinquième est, avec la huitième, la seule
syllabe fortement accentuée du vers et où il ne parait pas possible d'in-
troduire une correction :
Poisses leisarai l'en annar s 8 d
Pilât cum audid tais raisons 6i a
Au contraire dans celui-ci : Si grant près pavors als Judeus 19 b, il est
très-facile de rétablir le rhythme en intervertissant pavors et près.
Malgré ces exceptions fort rares, on voit que l'hémistiche, avec accent
sur la troisième ou quatrième syllabe, est de règle dans les vers de la
Passion. La dernière forme, qui divise le vers en deux parties parfaite-
ment égales, est tellement prédominante qu'on peut l'appeler la forme
normale. Il est naturel dès lors que l'on ait traité de même les deux
hémistiches, et qu'on ait permis au premier, comme au second, l'adjonc-
tion d'une syllabe atone non comptée dans les huit syllabes exigées pour
le vers. On sait que les vers de dix et douze syllabes admettent cette
forme (au moins dans la poésie épique) pendant tout le moyen-âge. Elle
se retrouve, comme je l'ai dit jadis et comme l'a montré M. ten Brink
(voy. Romania \, 295 )_, pour les octosyllabes dans notre poème. Voici
cinq vers où je crois pouvoir l'admettre :
Canted avé\en de Jhesu Crist 7 d '
Pedra sub z\xre non laiserant i6d2
Corona prénde^/ de las espines 62 ?
Davan la porta de la ciptat 67 b 4
S'espaurir^AZ si de pavor 1 00 b s
Il est vrai que ces cas ne sont pas absolument assurés, mais on ne
voit pas pourquoi on se refuserait à admettre cette coupe : ce n'est que
le petit nombre des exemples qui fait hésiter.
Quant à la chute féminine du second hémistiche, elle est fréquente dans
notre poème (20 rimes sur 258), tandis qu'elle est exclue à\i Saint Léger:
cette variété dans la chute des vers devait rendre l'exécution musicale
peu commode ^.
i.Diez (Jahrb. VII, 367) corrige ce vers en lisant avicn, mais je ne puis
admettre cette forme.
2. Diez propose de lire lairant.
j. Diez {Jahrb. VII, 368) lit dcls espines, ce qui peut s'appuyer sur le v. 10 a.
4. Diez conjecture Anz la porta.
5. Ce dernier vers est douteux : on ne l'obtient que par une correction.
6. Pour de plus amples détails sur la métrique de la Passion, voy. Diez,
Jahrb. VII, 369 p.
Romania, Il 20
298 G. PARIS
Diez a exprimé l'idée, qui paraît plausible, que notre poème n'est
qu'un fragment d'une composition plus considérable qui racontait toute la
vie du Christ '. Il est assez difficile de déterminer la source du poète :
il ne se borne pas à l'Evangile, et emprunte certains traits du récit à des
sources apocrvphes (str. 94 ss. à VEvangile de Nicodème) : je suis porté
à croire qu'il a également trouvé dans le texte latin qu'il suivait le fond
des réflexions pieuses, des interprétations symboliques qu'il ajoute au
récit, et de la courte conclusion, sur la diffusion du christianisme et les
devoirs des chrétiens, par laquelle il le termine. Il ne manque pas, dans
son style archaïque, de concision ni de mouvement ; mais on ne peut
aller jusqu'à lui reconnaître un talent poétique auquel il ne prétendait
pas. Son poème est un exemple, et tout à fait louable, des efforts que
faisait le clergé pour répandre dans le peuple, ignorant de la langue
latine, les récits et les enseignements qui constituent la doctrine chré-
tienne. Le caractère de l'écriture et de la langue lui assigne pour date
le xe siècle : mais je ne sais si on serait autorisé, en l'absence de preuves
aussi claires, à conclure cette date, comme l'a fait Champollion, des vers
127 a b :
Quar fmimunz non est mult Ion,
Et regnum Deu fortment es prob.
Il est certain qu'on a -beaucoup exagéré la terreur de l'an mil, et que
les idées sur le voisinage de la fin du monde, si répandues chez les
chrétiens primitifs, étaient au moins aussi courantes au ix^ siècle qu'au x*
et ne cessèrent pas de l'être au xi'^ ^
Le poème de la Passion a été publié une première fois, comme
le Saint Léger et aussi mal, par Champollion-Figeac ; M. Diez en a
donné en 1852, dans ses Zwei altromanische Gedichte, une édition fort
améliorée. En 1855, dans les Gelehrîe Anzeigen de l'Académie de Munich,
M. Konrad Hofmann a proposé une série de corrections. Diez lésa adop-
tées presque toutes dans son second travail sur notre poème (Jahrbuch
fiir romanische Literatur, 1860, p. 561-380), en a communiqué quelques-
unes dues à M. Delius, et en a fait de son chef un certain nombre
d'autres. M. Hofmann est revenu à son tour sur ce sujet dans les
Comptes-rendus de l'Académie de Munich '^séance du 6 juillet 1867), et a
traité encore quelques passages difficiles. M. Bartsch, qui avait remanié
quelques vers dans la première édition de sa Chrestomathie française, a
donné dans la seconde les strophes 30-89 d'après ma collation —
Le ms. a confirmé en un très-grand nombre de cas les conjectures de
1 . Hora vos die semble indiquer le début d'une partie du poème, comme
S. Léger, str. 26 : Hore m oJreiz, etc.
2. Voy. sur ce sujet un bon travail de dom Fr. Plaine dans la Revue des
Questions historiques, 1875, p. 145 ss.
LA PASSION DU CHRIST 299
MM. Diez et Hofmann. Ce dernier surtout a retrouvé souvent, à travers
les altérations étranges du premier éditeur, la leçon du manuscrit avec une
perspicacité véritablement divinatoire. La comparaison du texte
restitué avec ses conjectures fait le plus grand honneur à sa sagacité, en
même temps qu'elle encourage les savants à l'imiter : on voit que des
conjectures qui peuvent souvent paraître hardies ont grande chance
d'être justifiées quand elles sont éclairées par une véritable science philo-
logique et paléographique.
LA PASSION DE JÊSUS-CHRIST '.
Je désigne par Ch. l'édition princeps, par D. celle de Diez, par D'. le travail
de Diez dans le Jahrbach, par H. et H", les deux articles de M. Hofmann, par
Ds. et B. les conjectures de MM. Delius et Bartsch. — Je n'ai pas indiqué les
bizarreries de coupe et de ponctuation de l'édition princeps.
1 Hora vos die vera raizun
de Jesu Christi passiun :
los sos affanz vol remembrar
por quecestmund tota salvad.
2 Trenta très anz et alques plus
des que carn près in terra fu :
per tôt obred que verus deus,
pertotsostegque hom carnals.
3 Peccad negun unque non fez,
per eps los nostres fu aucis :
la sua mort vida nos rend,
sa passiuns toz nos redenps.
4 Cum aproismed sa passiuns,
cho fud no-stra rédemptions,
aproismer vol a la ciutat :
afanz per nos susteg mult greus.
I . J'ai traité les u = v comme en français et non comme en provençal; j'ai mar-
qué par une apostrophe toutes les lettres supprimées dans les enclitiques, et j'ai
séparé les enclitiques des mots sur lesquels elles s'appuient (sauf pour J^/i tials).
J'ai supposé partout en et non ne (inde). Le signe e, à défaut d'autre,
représente l'f cédille que le ms. emploie assez confusément à côté d'e, d'à et
d'ûe; Ch. met toujours un e simple pour e. L'écriture du ms. rend très-
facile la confusion entre t et z d'une part, entre t final et r de l'autre. J'ai mar-
qué d'un ? les cas où j'ai hésité, en choisissant toujours la leçon indiquée par le
sens ou la grammaire. — J'ai indiqué par des italiques les mots entièrement latins
conservés dans le texte roman. Plusieurs de ces mots ne sont pas simplement du
fait du copiste : ils ont été employés par l'auteur lui-même sous leur forme latine,
oui est nécessaire à la mesure (voy. 2c„ 3 d (où l'accent est déplacé), 45 a b, 78
a, 80 d, 87c, 109 b, I lod, 119 c, 122 b, 1291.
2 b. Ch. intcr nos, mais le fac-similé avait déjà permis à H. de restituer
in terra.
3 a. Ch. unijue.
3 d. Ms. tôt? Ch. toi. — Ms. rcdepns, Ch. rcdcnps.
4 d. Ch. afans per nos (y) sustegiiest, D. ; susteguest. — Les mots mult gr...,
oubliés d'abord par le scribe, ont été réintégrés dans l'interligne; j'hésite
pour savoir si on doit lire gran: ou greus.
^00 G. PARIS
5 Cum el perveing a Betfage, lo
— vil'es desoz mont Olivet —
avant dels sos dos enveied,
un asnç adducere se roved.
6 Cum cel asnez fu amenaz,
delormantelzbenl'ant parad;
de lor mantelz, de lor vestit \ i
ben li aprestunt o ss'assis.
7 Par sua grand humilitad
Jésus rex magnes sus monted,
si cum prophètes anz mulz dis ,2
canted aveien de Jesu Crist.
8 Anz petiz dis que cho fus fait
Jhesus lo Lazer suscitet,
clii quatre dis en moniment
jagud aveie toz pudenz.
9 Cum co audid tota la gent
que Jhesus ve lo reis podenz
chi eps lo mort fai se revivere,
a grand honor encontr'exi- 14
[rent.
I ?,
Alquant dels palmes prendent
[rames,
dels divers alquant las bran-
[ches :
encontr'al rei qui fez lo cel
issid lo di le poples lez.
Canten li gran e li petit :
« fili Davit, fili Davit » ;
palis, vestiz, palis, mantels
davant extendent a ssos pez.
Gran foies aredre, gran davan :
gran e petit Deu van laudant;
ensobre tôt petit enfan
osanna semper van clamant.
A la ciptad cum aproismet,
et el la vid e^lla sgarded,
de son piu cor greu suspiret,
de ssos sanz olz fort lagrimet :
« Hierussalem, Hierussalem,
gai te» dis el « per tos péchez !
5 b. Ms. oliucr? Ch. Olivet; cf. 117 b. — Je n'admets pas, non plus que D.,
l'explication de H. pour ce vers et 30 b: u // au lieu de vil (voy. D2., p. 363).
6 d. Ch. apprestunt.
7 b. Ch. Jésus.
7 c. Ch. ant. — Prophètes est du féminin; voy. Diez, Gramnmtik, II, p. 17.
7 d. D2.J p. 67, propose avien pour la mesure; on pourrait aussi lire avren{t)\
mais je crois que le vers peut rester tel quel : voy. ci-dessus, p. 297.
8 a. Ch. petit.
9 b. Ms. lazez? Ch. Lazer.
9 b. Ch. que J. ve l'oreis poderz; D. a déjà restitué lo reis podenz.
9 c. Ch. morzfaise; D. conjecture, mais inutilement, /aii/Vf: 5f est ici explétif.
9 d. Ms. encontraxirent, Ch. eucontr'ixirent. L'a de la forme latine contra a
mangé le e initial de exirent.
10 a Ch. troncs, ms. ranis ; rama pr., raime fr., autorisent ma correction,
nécessitée par la rime.
10 b. Ch. alquant d. 0., ce qui fausse le vers. Ms. alaquant.
10 c. D. encontra l rei. Il me semble qu'après aller, issir encontre, il vaut mieux
mettre le régime indirect.
10 d. Ms. lodit, Ch. lo di.
1 1 c. Ch. vestit. — D2. conjecture, non sans vraisemblance, peliz l'une des
deux fois. — Ms. mantenls.
11 d. Ch. estendent.
12 a. Ch. aredrengan. D. avait conjecturé aredr' et an davant.
12 c. Ch. petiz.
14 b. Ch. z'aite dis et, D. avait conjecturé gai et el. — Ms. pechet? Ch. pechet.
LA PASSION
^ pensar non vols, pensar no 1'
[poz :
non t'o permet tos granz or-
[golz.
1 5 1) Venrant li an, venrant li di
quet t'asaldran toi inimic:
il totentorn t'arberjaran,
et a terra crebantaran.
[sunt
i6 » Los toz enfanz qui in te
a maies penas aucidrant;
en tos belz murs, en tas mai-
[sons,
pedra ssub altre non laiserant.
17 >/ Li toi caitiu per totas genz
menad en eren a torment ;
quar eu te fiz, nu m' cogno-
[guist ;
salvar te ving, nu m' receu-
[bist. »
18 Cum cho ag dit et percuidat
en iemplum deu semper intret ;
los marchedanz quae in trobet
a grand destreit fors los gitet.
[tred
19 Los SOS talanz ta fort mons-
DU CHRIST 501
que grant près pavors als Ju-
[deus :
de dobpla corda l'z vai firend,
tôt lor marched vai desfaz-
[end.
20 Felo Judeu cum il cho vidren,
enz en lor cors grand an en-
[veie :
per mais conselz van demandan
nostre sennior cum tradissant.
2 1 Lo fel Judes Escarioth
als Judeus vengra en rebost :
« que m'en darez ? e 1' vos
[tradran ,
vostres talenz ademplirant. »
[mesdrent,
22 Trenta deners dune li en pro-
son bon sennior que lotradisse:
si chera merz ven si petit !
hanc non fud hom qui magis
[l'audis.
23 Et a cel di que dizen Pasches,
cum la cena Jhesus oc faita,
el sus leved del piu manjer,
a ssos fedels laved lis pez ;
1 5 b. Ms. tjuez^ Ch. ijuez. — Ch. oi inimic (il traduit les ennemis !); D, toi.
16 a. Ms. enfant? Ch. enfanz.
16 c. D. conjecture lairant, mais voy. ci-dessus p. 297.
17 a. Ms. gcnt? Ch. gcnz.
17 b. Ch. tormenz.
17 d. Ch. siggnum; H. (et Ds.) avait conjecturé vig nu m : le ms. donne ving
num, seulement \'n, d'abord oubliée, a été écrite toute petite au-dessus de
la ligne.
18 a. Ch. percridat. Je crois que percuidat est une faute du scribe pour precui-
dat ; cf. 85 d^ et 29 a.
18 c. Ms. marchedant? Ch. marchcdant. D. corrige in en inz.
18 d. Ch. grant. — Ms. gitcz? Ch. gitet.
19 a. Ms. talantf Ch. talant.
19 b. Sur le rhythme, voy. p. 297.
20 b. En manque dans le ms. ; D. l'a déjà restitué.
21 b. Ch. vcnguc] D^. avait conjecturé vcngrc (p. 268).
21 c d. D. propose, et je suis de son avis, de lire tiadrai et adcmplirai.
22 b. Ch. lor, qui serait admissible comme correction.
23 c. Edd. susleved.
23 d. Ms. ped.
302 G. PARIS
24 Et per lo pan et per lo vin
fortsaccramentlor commandez
per remembrar sa passiun, 29
que faire rova a trestoz.
2 5 De pan et vin sanctificat
toz SOS fidels i saciet,
mais que Judes Escharioh, 3°
cui una sopa enflet lo cor :
26 Judas cumog manjed la sopa,
diable sen enz en sa gola ;
semper leved del piu manjar, 3 1
tôt als Judeus 0 vai nuncer.
27 Jhesus lo bons per sa pietad
tan dulcement près a parler;
sobre son peiz fez condurmir
sant Johan lo son cher amie.
28 A cel sopar un sermon fez,
chi cel non sab tal non audid :
contra l's afanz que an a pader
toz SOS fidels ben en garnid.
Alo sanc Pedre perchoinded
que cela nuit lui neiara :
Pedres fortment s'en aduned
per epsa mort no F gurpira.
Christus Jhesus dens'en leved,
Gehsesmani vil' es 'n anez :
toz SOS fidels seder rovet,
avan orar sols en anet.
[menz,
Grant fu li dois, fort marri-
si condormirent tuit ades ;
Jhesus cum veg los esveled,
trestoz orar ben los raanded.
E dune orar cum el anned,
si fort sudor dunques suded
que cum lo sags a terra curren
de sa sudor las sanctas gutas.
5 ] Als SOS fidels cum repadred,
24 b. Le ms. semble bien porter commandez; Ch. commandez; D2. propose (p
375) de lire au vers précédent Et per lo vin ei per lo pan, mais je ne sais
si la rime en serait meilleure.
24 d. Ch. cov p. rova, corrigé par D. en cove, ce qui a induit H^. à proposer
une transposition des vers c et d rendue inutile par !a bonne leçon.
25 b. Ms. tôt? Ch. tôt.
26 b. Ch. diables enenz, ce que D. a corrigé en diables ven enz, Ds. en diables
er : il est plus simple de couper comme je le fais avec le ms. : diabolum
sentit.
27 c. Ms. condurmiz? Ch. condurmiz.
27 d. Ch. sou.
28 c. Ch. contr'alz a. qu'an.
29 a. Le ms. coupe per cho indcd, comme a fait Ch. ; H. a corrigé perchoinded,
mais je crois qu'ici, comme 18 a, il faut lire precoided ; que signifierait ici
« demanda » }
29 c. Voy. sur ce vers, que Diez a essayé de corriger, l'excellente explication
de H2,, dont j'aurais dû me souvenir à propos du v. 16 a du Saint Léger.
30 a. Edd. s'enleved.
30 c. Ch. trovct.
30 d. Ms. euan ; edd. c van, qui ne me paraît pas donner un bon sens ; cf.
Luc XXVI, 39; Marc XIV, 35.— Ms. anez? Ch. anez.
3 ! a. Ch. Granz.
32 a. Ch. Et.
32 c. Ms. Ch. curr; D. curren.
33 a. Ms. Alsos, Ch. Als sos.
LA PASSION
tam bêlement los conforted.
Li fel Judas ja s'aproismed
ab gran cumpannie dels Ju-
[deus.
34 Jhesus cum vidra los Judeus
zo lor demandet que querent:
il !i respondent tuit adun :
« Jhesum querera Nazarenum.-»
51; «Eu soi aquel,» zo dis Jhesus:
tuit li felun cadegren jos ;
terce vez lor 0 demanded :
a totas treis chedent envers.
56 Mais li felun tuit trassudad
vers nostre don son aproismad ;
Judas li fel ensenna fei:
« Celui prendet cui baisarai. »
57 Judas cum veggra ad Jhesum
semper li tend lo son menton:
Jhesus li bons no 1' refuded^
al tradetur baisair doned.
[bons,
58 « Amicx, » zo dis Jhesus lo
« pcr que m' trades in to baisol ?
DU CHRIST 503
melz ti fura non fusses naz
que me tradas per cobetad. »
39 Armad estèrent evirum,
detotasparz presdrent Jesum:
no s' defended ne no ss' usted
a la mort vai cum uns anel.
40 Sanct Pedre sols veinjar lo vol :
estrais lo fer que al laz og,
si consegued u serv fellun,
la destre aurilia li excos.
41 Jhesus li bons benred per mal:
l'aurelia al serw semper saned.
liades mans, cume ladron,
si l'ent menen a passiun.
42 Dune lo i gurpissen sei fedel,
cum el desanz dit lor aveit :
sanz Pedre sols seguen lo vai ,
quar sua fm veder voldrat.
43 Anna nomnavent le Judeu
a cui Jhesus furet menez :
donc s'adunouent li félon,
J3 b. Ch. beulement ; Ms. benlcment ; évidemment le scribe s'était laissé aller à
écrire ben, mot si fréquent, et il a oublié d'effacer \'n ensuite.
33 c. Ms. Judeus; Judas a été restitué par H2.
34 a. Ch. vidrit.
34 b. Ms. demandez? Ch. demande; H. a proposé et D2. (p. 564) a adopté
queretz, mais il semble bien que zo dépende de querent, et la translation de
l'accent sur la finale n'est pas impossible.
3 ^ a. Ch. Jésus.
35 b. Ch. caden ginon los (en rejetant los au v. c); D. proposait : li felun
caden ginolos.
36 d. Ms. bassarai.
37 a. Ch. veggnet.
38 a. Ms. lo bons ihs ; cf. D2. p. 375.
38 b. Ch. Co, qui ne pourrait être admis ici; baizol.
39 a. Ms. Armand.
39 b. Ms. part? Ch. part. — Ch. Jhesum.
39 d. Ms. lar; D. la. '
41 b. Ms. ad; D. al.
41 c. Ms. liadens; D. liades.
42 a. Ch. lo gurpissen. Au-dessus de lo on a récrit oi.
42 b. Ch. desans. — Ms. aveia, corrigé par D.
42 c. Ch. Seguin ; le ms. a, au-dessus de \'a de seguen, un autre petit n écrit
dans l'interligne.
^04 G. PARIS
veder annouent près Jhesum. a coleiar fellon lo presdrent ;
ensobretot si l'escarnissent :
44 De quant il querent le forsfait «dinos,prophete,chit'ofedre?.>
cum il Jhesum oicisesant,
non fud trovez ne envenguz : 48 Fors en las estras estet Petre ;
quar el forsfait no feist neul. al fog l'useire l'seswardevet :
de sa raison si l'esfredet
45 Davant l'ested le pontifex, ^^^ j^ jeu fil li fai neier.
si conjuret per ipsuni Deu
qu'el lor dissest per pura fied 49 Anz que la noit lo jalz cantes,
si vers Jhesus fils Deu est il. terce vez Petre lo neiet :
IJhesus. Jhesus li bons lo reswardet,
46 « Tu eps l'as deit, » respont lui recognostre semper fit.
Tuit li fellon crident adun :
« major forsfait que i querem? 50 Petrus d'alo fors s' en aled,
per lui medeps audit l'avem.» amarament mult se ploret.
[brirent ; Per cio laissed Deus se neier
47 Los SOS sans ois duncques eu- que de nos aiet pieted.
43 d. Ch. annavent. La leçon du ms. montre combien D. a eu raison de ne pas
changer, au vers précédent, adunoucnt en adunavcnt, mais je n'ose écrire ces
formes par v (adunovent) ; Va n'est sans doute qu'intercalaire (cf. cependant
amout à côté à'amot, mais ils sont l'un et l'autre pour amoiiet), ou conserve
un faible vestige du b latin vocalisé puis absorbé avec Va dans \'o (amabant
= amavant = amauant = amoant = amo{u)enl), et il ne s'est peut-être
jamais développé jusqu'au v : le >v qu'on rencontre p. ex. dans le Pi. 0.
(amowcnt) me paraît indiquer le son d'une semi-voyelle plutôt que d'une
consonne.
44 b. Ch. occifesant] D. occir fesant ; H. avait retrouvé par divination occii«anf.
44 c. Ch. cnvengut.
44 d. Ch. de f. n. f. nul. H^. avait conjecturé neul.
45 c. Ms. dissets, Ch. disset.
45 d. D2. (p. 375) propose pour la rime de lire (7 est.
47 a. Ms. Lo. — Ch. dumques.
47 c. Ch. en sabretat (il traduit : Avec joie).
47 d. Ch. to, D. te; H. a parfaitement expliqué le vers en lisant t'o fedre, v t'a
fait cela ».
48 a. Ms. estret. Ch. Fins en las ostias estet. — Je n'ose admettre estret pour
steterat; cf. 83 a, 108 d. — Le mot estres nous offre le plus ancien exemple
du fr. êtres, sur lequel on peut voir l'article de Littré.
48 b. Ms. csuuardouet ; la rime exige ici eswardcvet, que D. a déjà restitué.
48 c. Ms. esfred; Ch. ajoute et au commencement du vers ; H. a supprimé cet
et et a corrigé le vers comme je le fais aussi. — B. esfreed.
48 d. Ch. lo deu silli; D. sa deu si li ; H. avait retrouvé par intuition la
leçon qui est dans le ms.
49 a. Ch. Ant.
49 b. Ms. neiez? Ch. neiet.
49 c. Ch. los. D. et B. ont gardé tos ; voy. le vers suivant.
49 d. Ms. reeognostret ; Ch. recognostre et. D. donne de ce vers (ainsi que du
précédent) une traduction qui n'est pas exacte; il signifie « il le fit immé-
diatement rentrer en lui-même, se repentir. »
50 c. Ch. seu neier; H. avait conjecturé senneier, équivalent àscneier, que donne
le ms.
5 1 Cum le matins fud esclairez,
davani Pilât l'en ant menet
fortment lo vant il acusand,
la soa mort mult demandant.
52 Pilaz Erod l'en enviet,
cui des abanz voliet mel ;
de Jhesu Christi passion
am se paierent a ciel jorn
LA PASSION DU CHRIST JOJ
^6 Pilât que anz l'en vol laisar
no r consentant fellon Judeu :
vida perdonent al ladrun :
« aucid, aucid « crident « Jhe-
[sura. »
57 Barrabant perdonent la vide,
Jhesuminaltacruzclaufisdrent:
« crucifige, crucifige »
crident Pilât trestuit ensems.
5 5 Lo fel Herodes cum lo vid,
mult lez semper en esdevint :
de lui long temps mult a audit :
semper pensed vertuz feisis.
^4 De multes vises l'apeled :
Jhesus li bons mot no l' soned;
Judeu l'acusent, el se tais,
ad un respondre non denat.
5 ^ Dune lo despeis e l'escarnit
li fel Herodes en cel di :
blanc vestiment si l'a vestit,
fellon Pilât lo retrames.
5 8 « Cum aucidrai eu vostre rei ?»
zo dis Pilaz « forsfaiz non es :
rumpre 1' farai et flagellar,
poisses laisarai l'en annar. »
59 Ensems crident tuit li fellun,
entro en cel en van las voz :
u si tu laises vivre Jhesum,
non es amies l'emperador. »
60 Pilât sas mans dunques laved,
que de sa mort posche s'neger ;
ensems crident tuit li Judeu ;
« sobre noz sia toz li péchez ! »
51 a. Ch. fut esclairet.
52 a. Ch. Pilât.
53 b. Ms. abant? Ch. abanz.
$2 d Ch. patiercnt; H. avait conjecturé paierent : « il faudrait sur ce point,
dit D2. p. 365, consulter le ms. » ; il a donné raison à H.
54 c. Ch. judeus.
5$ a. Ch. despers, D. despeis. — Ms. le carnit, Ch. l'ecarnit, D. lescarnit.
Ms. ant? Ch. anz.
Ch. fellun.
c. Ch. Juda^ D. Judeu; H. a deviné vida,
h. Ms. claufrisdrnt.
a. Ch. imprime : Cum aucidrai? cui vos est reizo? Dis Pilaz, etc., et traduit:
Il Comment le tuerai-je? quelles raisons avez-vous ? » D. a d'abord rejeté zo
au second vers, puis il a proposé, une première fois en hésitant, une seconde
fois avec assurance (p. 368J la leçon même qui est dans le ms.
^8 c. Ms. rumplel f.
58 d. Ch. anar.
59 a. Ch. fellunt.
ji) c. Ch. Jhesus.
60 b. Ds. a e.xpliqué neger par « purifier », en le comparant au prov. denear ;
D2., p. 367, n admet pas cette explication. Je pense en effet que negare peut
parfaitement suffire ici pour le sens, mais il n'en est pas moins certain qu'il
a existé en anc. tr. un verbe nier signifiant nettoyer.
<)6 a.
S6 b.
56 c.
S7b.
$8
506 G. PARIS
6i Pilât cum audid tais raisons,
ja lor gurpis nostre sennior ;
donc lo recebent li fellun,
fors l'en conducent en la cort.
62 De purpure donc lo vestirent,
et en sa man un raus li mes-
[drent :
coronaprendentdelas espines,
et en son cab fellun l'asisdrent.
6 3 Femnes lui van detras seguen,
ploran lo van et gaimentan ;
Jhesus li plus redre gardet.
66
67
63 De davant lui tuit a genolz
si s'excrebantent li fellon ;
dune lo saludent cum senior, ^o
et ad escarn emperador.
64 Et cum asez l'ont escarnid,
dune li vestentson vestiment,
et el medeps si près sa cruz, 69
avan toz vai a pasiun.
ab les femnes près a parler :
u Audez, fillies Jherusalem,
per me non vos est obs plo-
[rer;
mais per vos et per vostres
[filz
plorez assaz, qui obs vos es. n
Cum el perveng a Golgota,
davan la porta de la ciptat,
dune lor gurpit sa chamisse
chi sens custurae fo faitice :
Il no l'auseron deramar ,
mais chi l'avra sort an gitad :
non fut partiz sos vestimenz,
zo fu granz signa tôt per ver :
En huna fet, huna vertat,
tuit soi fidel devent ester ;
lo SOS regnaz non es devis,
en caritad toz es uniz.
70 E dels feluns qu'eu vos diz anz
61 a. Ch. rasons.
61 b. Ch. a lor.
62 b. Ch. rams.
62 c. Ch. prendrent. — Voy. sur ce vers ci-dessus, p. 297.
62 d. Ch. la misdrent.— B. la sisdrent.
63 a. Ch. jerwlz.
63 b. Ch. JhcsLim crebantent. — J'avoue ne pas comprendre ce passage : serait-
ce M se crèvent (de rire) » ?
65 c. Ms. gardera Ch. gardet. — On pourrait p.-ê. lire g^nftr en faisant dépen-
dre cet infinitif de près a, comme parler.
66 b. Ms. ob, D. obs.
66 c. Ch. vostre.
67 b. Voy. sur ce vers ci-dessus, p. 297. — B. lit del ciptat, ce qui est inad-
missible.
67 c. Ch. chamisc.
68 a. Le ms. porte aaseT.
68 b. Ms. mais aura sort an gitad (Ch. agitad). Malgré la mauvaise leçon de
Ch., D. a refait le vers tel que je le donne, en s'appuyant sur Jean XIX,
24 : sed sortiamur de illa eu jus sit. H. a proposé : Mais aura sort en an
gitad, où aura p. ora serait plus que douteux.
69 a. Ch. una fet.
70 a. Ces deux vers sont parmi les plus difficiles du poème. Ch. a imprimé E
dels feluns que u vos diz Anz lei dei venir oculai sei (trad. « Et des félons
dont je vous parle, ils paraissent venir le soulager (?) »). Le ms. ne sépare pas
les vers a et b, et donne nettement 0 eu laisei; le seul mot douteux est venir,
LA PASSION DU CHRIST 5^7
lai dei venir o eu laisei : esmes oidi en cest ahanz. »
quar il lo fel mesclen ab vin,
nostrae senior lo tenden il. -^ Envers Jhesum sos olz torned,
si piament lui appelled :
71 Cuml'anlevadsusenlacruz, ^^ ^^ ^^ t'membres per ta
dos a SOS laz penden lasruns ; Pmercet
entrecels dos pendent Jhesum: ^^^ ^^ vendras, Christ, en
il per escarn o fan trestot. r^^^ j.gj^ „
72 Cum ill'anmes sus en la cruz, 75 Respon li bons qui non men
gran fan escarn^ gran cri
[tid,
fduizun- ^^^ ^" ^P^^ "^°^^ 5ém/7er fu
ensobre toz uns dels ladruns
[plus:
el escarnie rei Jhesum. <' eu t'o promet, oi en est di
ab me venras in paradis. «
7 j Respondet li altre : «^ Mal i diz;
el mor a tort, ren non forsfez ; 76 0 deus, vers rex, 0 Jhesu Crist,
mais nos a dreit per colpas tal don nosfai per ta mercet,
[granz chi per huna confession
qu'on pourrait peut-être lire uemr. Voici les corrections et explications
proposées : D. lit eu pour u au premier vers et ajoute : « mais pour le
second je ne sais qu'en faire. » H. lit anz lui doi vcnjro eu l'aisei, « deux
vinrent devant lui avec le vinaigre » ; mais outre que cette leçon prête à de
graves objections (v. D2., p. 565), il ne s'agit pas ici de vinaigre. B.
imprime : E dels feluns (jue eu vos diz ? An: lai dei venir 0 eu laisei, presque
comme je fais aussi. — Je traduis : « Et quant au.v félons dont je vous ai
parlé auparavant, je dois revenir là où j'ai laissé ». Laisei pour laisai a plus
d'un analogue dans le ms., et aussi la rime de a{i) avec an (voy. 44 a b).
Cependant j'ai encore des doutes.
70 d. Ch. Nostre sennior.
71 b. Ch. pendent larruns.
71 c. Le ms. a l'abréviation habituelle ihfn, queCh. rend ici par Jehsum.
72 b. Ch. cridaran, dont D. a fait eridazun. Ce mot est inconnu en roman, et
je crois qu'il faut lire avec le ms. cri duizun, en admettant un déplacement
de l'accent. B. en fait un seul mot, criduizun, qu'il traduit par « cri, Ges-
chrei », mais comment explique- t-il la forme de ce mot?
73 c. Ch. non.
73 d. Ch. es mes. Ces deux fautes de Ch. donnaient à ces deux vers un sens
tout à fait autre que le véritable; H., en suivant le texte de l'évangile, a
restitué la leçon du ms.
74 a. Ms. toned, Ch. torned.
74 c. Ch. par \ le ms. a l'abréviation J», qui plus d'une fois dans notre texte
doit être nécessairement résolue en per.
74 d. Ch. reng.
7^ b. Ch. qu'en e m. se par su p.; le ms. a sep, avec les signes d'abréviation
qui en font sempcr, mais il a bien su, qui est une faute du copiste pour /;/.
76 a. Le second 0 manque dans le ms. ; D. le supplée avant vers, mais le
rhythme s'y oppose ; B. lit comme je l'ai fait ici.
76 b. Ch. aital don fais ; le ms. porte en effet fais, mais il faut Â"' ; quant à
ce que Ch. a pris pour ai, c'est un signe pour moi inintelligible (il ressemble
à«), qui a été écrit au-dessus d'un mot effacé. Le sens et le vers demandent
nos, que je supplée.
Î08 G. PARIS
vide perdones al ladrun ;
77 Nos te laudam et noit et di :
de nos aies vera mercet ;
tu nos perdone celz pecaz g
qu'e nos vedest tua pietad.
78 Jusque nona des lo meidi
trestot cest mund granz noiz
[cubrid ;
fui lo solelz e fui la luna,
post que Deus filz suspensus
[fure.
79 Ad epsa nona cum perveng,
dune escrided Jhesus granz
[criz;
hebraice fortment lo dis :
« Heli, heli, per que m' gul-
[pist ? »
80 Uns dels felluns chi sta iki
82
sus en la cruz li ten l'azet ;
Jhesus fortmen dune recridet :
le spiritus de lui anet.
Cum de Jhesu l'anma 'nanet,
tant durament terra crollet ;
roches fendient, chedentmunt,
sepulcra sant obrirent mult,
Et mult corps sant en sun exut,
et inter omnes sunt vedud ;
qui in templum Dei cortine pend
jusche la terra per mei fend.
De laz la croz estet Marie
decuiJhesusveracarnpresdre:
cum cela carn vidra mûrir,
qualagre dolno l'sab om vius.
84 Ela molt ben sab remembrar
76 c. Ms. hunua, Ch. hum va, d'où D. a tiré humil, et H. humila. B. Wihumla,
mais huna pour una se trouve ailleurs dans notre poëme, et me semble con-
venir au moins aussi bien au sens.
76 d. Ch. omet vide. Ainsi défigurés par Ch., ces vers ont embarrassé les édi-
teurs. D. propose : Chi humil fai conjession Perdones tu cum al ladrum; H'.,
qui lit humila au v. c, supplée colpa au lieu de vide que donne le ms. : il
n'est pas donné à tout le monde de se tromper de cette façon.
77 d. Ms. vetdest. Ch. cjue nos ne dest. D. propose Qu'en nos vedes per tua
pietad; H. rede{n)st. Je comprends « qu'en nous verrait {vidisset) ta misé-
ricorde. »
78 d. Ch. fues. D. avait conjecturé /ureL
79 d. Ch. gurpist.
80 a. Ch. del.
80 b. Ch. trenlazet (qu'il traduit par « le perça de sa lance »). D. s'était
approché de la leçon du ms. en proposant trais azet, Ds. un peu plus en
conjecturant ren l'azet, mais H. l'a retrouvée : ten l'azet.
80 d. Ch. lo.
81 a. Ch. l'anm n'ananet.
81 c. Il me semble qu'on peut conserver la leçon du ms. fendient, que D. et B.
changent en fendirent.
81 d. Ch. sanz (et p.-ê. le ms. a-t-il sanz, cf. ci-dessus, p. 299). H. propose
s'anz; cf. Matth. XXVII, ^2.
82 a. Ch. sans ; ms. plutôt 5i7n5. — Ms. Ch. exit, D. exut.
82 b. Ms. oins, résolu par Ch. en omnis.
82 c. Ch. qu'in.
82 d. H. jusches a terra; je crois qu'on peut garder la leçon du ms.
83 a. Ch. cruz.
85 d. Ch. inls. D. conjecture vils, et H^. remarque : « Il ne semble pas du
tout possible de trouver pour inls une autre correction que 17/5, à moins de
changer toute la rime iD. avait aussi songé à nuls) et alors aussi mûrir
au vers précédent. » Le vius du ms. est vivus.
LA PASSION
de soa carn cum Deus fu naz;
ja l'vedes ela si morir,
el resurdra, cho sab per ver.
8 s Mais nemperro granz fu li dois
chi traverset per lo son cor :
nulz om mortalz no 1' pod
[penser;
sanz Symeons l'ot percogded.
86 Joseps Pilât mult a preiat
lo corps Jhesu qu'el li dones:
a grand honor el l'en portet,
en SOS chamsils l'envelopet.
87 Nicodemus de U'altra part
mult unguement li aportet :
enter mirra et aloen
quasi cent livras a donad.
88 A grand honor de ces pimenz
l'aromatizen cuschement ;
dune lo pausen el monument
G corps non jag anc a cel temps .
89 La soa madré virge fu,
DU CHRIST ?09
et sen peched si portet lui :
SOS munument fure toz nous,
anz lui no i jag unque nulz
[om.
90 Non fuc assaz anc als felluns :
davant Pilât trestuit en van :
« nos te praeiam, per ta mer-
[cet,
gardes i met, non sia emblez ;
9 1 « Quar el zo dis que resurdra
et al terz di vius pareistra :
emblat l'avran li soi fidel,
a toz diran que revisquet.
92 )) Granz enavem agud errors :
or en avrem pece majors. «
Armaz vassals dune lor livret,
lo monument lor comandet.
9^ Christus Jhesus, qui deus es
[vers,
qui semperfn et semper es,
ja fos la chars de lui aucise,
regnet pero cum anz se feira.
84 c. Ch. ja l Vit les ela, ce qui a été conservé par les éditeurs.
85 d. Ms. loi, que D. a changé en lo ; il propose aussi l'og.
86 a. Ms. preiar? Ch. preiar ; D. preiat.
86 b. H2. coupe que lit dones.
88 a. Ms. pimenc.
88 d. H^. lit ant aeel temps. — Ms. corsp.
89 a. Ch. son.
90 a. H. Wtfut.
90 d. Ms. mer? Ch. mer; D. met.
91 a. Ch. dii.
91 c. Ms. emblar? Ch. cmblar; D. admet cette forme ^mi/ar /'dura» et la compare à
l'usage espagnol : dir nos han etc., mais cette construction, qui n'est que le
futur roman résolu en ses éléments, ne peut se composer que d'un infinitif et
du présent de l'indicatif du verbe habere, non du futur de ce verbe, composé
lui-même par le même procédé. On trouve, il est vrai, dans certains textes
romans, des exemples du futur de habere construit ainsi avec un infinitif ;
mais ce sont des textes appartenant à des dialectes, et bien postérieurs au
nôtre.
92 c. Ms. armdaz ; D. armaz.
93 a. Ch. Jthsus (cf. sur 71 c).
95 c. Ch. charn. Les deux dernières lettres de ce mot sont très-peu nettes ; on
peut lire charns ou chans ou chars.
95 d. Ch. regnet pocians(?)se fena. H2. a conjecturé regnet peroc imanz ne fina,
^ 10 G. PARIS
94 Qua e l'enfern dune asalit, mas que son sang et soa carn :
fort Satanan alo venquet : de cel enfern toz los livret,
per soa mort si l'a vencut en paradis los arberget.
que contra omne non a vertud.
98 Et al terz di lo mattin clar,
95 Equi era li om primers cum li soleilz fo esclairaz,
el soi enfant per son pecchiad , ^res femnes van al monument :
et li petit tuit et li gran ^olt cars portavent ungue-
equi estevent per mulz anz ; fmenz,
96 Quarancnonfonulomcarnals 99 Li angeles Deudecel dessend,
en cel enfern non fos anaz, ^i s'aproismet al monument :
usquevenguesqui, senspecaî, ^^^ ^ regard cum focs ardenz,
per toz solses comuna lei. ^ cum la neusblancs vestimenz.
97 Argent ne aur non i donet, 100 Enpasque l'vidren les custodes
leçon qui contient au moins le per (f) du ms. — Le sens est : « il règne
malgré cela comme il fit auparavant (i^ explétif). » La barre du p est assez
effacée dans le ms.; il donne cû.
94 a. Ch. Quand, a salit (le ms. porte asalit). J'avoue ne pas comprendre ce
vers. Si on lit avec Ch. Quand, on a un sens qui ne va guère : le poète
doit naturellement raconter (jue Jésus est descendu aux enfers, et non pas
s'exprimer ici comme s'il l'avait déjà dit. Mais que peut signifier ^ua ?
Salir (cf. it. satire « monter ») ne convient pas trop bien non plus à la des-
cente aux enfers ; au contraire il est dit partout que Jésus attaqua l'enfer,
et le vers suivant est conçu dans le même ordre d'idées.
94 c. Ch. por.
94 d. Ch. not vertud. D. corrige no te.
95 a. Ms.Ch. Et qui; Ds. et H. avaient rétabli E^ui. L'explication donnée par
D. de ce passage est fausse.
95 b. Ms. ens fant. Ch. et soz enffant; D. avait retrouvé soi.
95 c. Ms. omet tmt. D. conjecture petitct, H. et tuit li petit : ces deux correc-
tions ont ie défaut de mettre un accent marqué sur la cinquième syllabe.
95 d. Ms. Ch. et qui; voy. 95 a.
96 b. Ch. /or.
96 d. Ch. sol f es. — Solses est l'imp. du subj. de solre (solvere).
97 c. Ms. deg, D. de. — Ms. liudret : Vu écrit dans l'interligne était destiné
à remplacer le d, mais le scribe a oublié d'effacer cette lettre. — Ms. nos,
mais le vers suivant montre qu'il faut los.
c)-j à. Ch. nos.
98 b. Ms. omet // ; Ch. eum soleil: soes esclairaz ; D. propose cum lo s. sorz e. ;
H2. a très-bien deviné que soc: était verksen pour Joes, mais tro.Tipé par
Ch. qui répète deux fois 6-, et par une autre faute de lecture de Ch. 7S d,
il n'a pas trouvé la bonne leçon.
99 a. Ms. Langelcs. D^. p. 370 admet que l'auteur prononçait <j/îg«/e5 en trois
syllabes ; mais // (qui est la forme normale du nom. de l'art, pour notre
poème) n'éiide pas son / à cette époque (voy. Alexis p. 32).
99 d. Ms. blanc.
100 a. Ce vers et le suivant sont très-difficiles. En supposant que custodes soit
une forme latine pour le mot réel covstou p. ex., il est malaisé d'expliquer
la forme les de l'art., qui est plutôt le féminin. Mâ'S si custodes est custodias,
il n'y a plus de rime. D'autre part le vers b est trop long. Peut-être taut-il.
LA PASSION DU CHRIST 3I I
s'espauriren si de pavor lo^ « A sos fidels tôt annunciaz,
que quaisses mort a terra mas vos Petdrun noioblidez;
[vengren en Galilea avant en vai,
de grand pavor que sobr' els allô l'vetran o dit lor ad. »
[vengre.
, ,j r 1 , 104 Elles d'equicumsunttornades,
ICI Sus en la peddre h angel set, ,u i , j
, , , j. Jnesuslasasenpr encontradas;
SI parlet a las femnes, dis : , '^ , .
*^ . . dune reconnussent le senmor,
« vos, neient ci per que cre- . ,, , ,
r . SI ladorent cum redemptor.
[ment, ^
que Jhesum Christ ben reque- , q 5 lo nostre seindrœ en eps ce! di
[ret. veduz furae veiades cinc :
102 .) Anaz en es et non es ci ; primera l'vit santa Mari»,
tôt a complit quanque vos dis . jg ^ui sept diables forsmedre ;
venez veder lo loc voiant
0 li SOS corps jac desabanz. 106 Empres lo vidren celles duass
en corrigeant au v. a // coustou, lire au v. b, comme je l'ai déjà proposé
{Alexis, p. 52), s'espauriren si de pavor (voy. ci-dessus p. 299). Mais le
meilleur serait sans doute de lire : Les custodes, en pas chc /' vidren. De pavor
SI s'espauriren.
100 b. Ms. Ch. morz.
100 d. Ms. soblel; Ch. sob loi ; D. sob lor.
loi a. Je lis /;' angel(s) pour la même raison que 99 a.
ICI b. Ch. a las femnes si parlet {dis rejeté au vers suivant).
ICI c d. Je reproduis ces vers tels qu'ils sont dans le ms. (Ch. crenient) sans
les comprendre. Les conjectures de D. et de H. me paraissent également
sans vraisemblance. Je reporte au v. b le mot dis, que Ch. met au commen-
cemen* du v. c, mais je ne crois pas que le v. b fût construit comme il
semble l'être ici.
102 b. Ms. cjuunque, edd. qu'unque.
102 c. D. change voi^nf en voiat; mais ne peut-on admettre le verbe voiar au
sens neutre : « être vide, vacarc ? »
105 a. Ms. fidel.
103 d. Ch. verran.
104 b. Ch. senps. Avec cette leçon tombe un des mots nouveaux que D. avait
signalés dans notre texte.
104 c. Ch. reconnaissent.
10^ a. Ch. nostre seinhe : D. s'étonne de trouver aussi anciennement cette forme
abrégée; H. dit : « Dans ce seinhe semble se cacher la forme primitive du
français postérieur sire, à savoir sinre, qui a été provençalisé dans seinke à
l'exception de l'r finale. » La forme du ms. vient se placer désormais à côté
du scndra des Serments ; elle est meilleure en ce qu'elle contient dans sa
première syllabe la représentation du / (senj'r sejn(d)rc) qui a changé 1'^: de
senior en 'dans le fr. sire. Sire est d'ailleurs une forme parallèle, obtenue par
les intermédiaires sejnre sinre, et qui n'a pas passé par les formes à d inter-
calaire.
105 b. Ch. fu ivera des : ces deux mots, dénués de sens, avaient été corrigés
par D. en vegades.
105 c. Ch. Marie.
105 d. Ms. sep, D. sept. — Ch. for medre.
106 a. Ch. duas.
^12
G. PARIS
del munument cum se retor-
[nent ;
Petdres lo vit en eps cel di,
ab lui parlet, si l'conjaudit.
[ser,
107 Envers lo vesprae, envers lo
doi lo revidren soi fidel :
castel Emaus ab els entret,
ab els ensemble si sopet.
108 Ja s'adunent li soi fidel,
ja dicent tuit que vius esteit.
Cum il menaven tal raizon,
Jhesus estet en met trestoz :
1 09 (c Pax vobis siî », dis a trestoz ;
<( eu soi Jhesus qui passas
[soi :
vedez mas mans, vedez mos
[peds,
vedez mo laz, qu'ifuiplagaz.»
iio Fortment sun il espaventet :
il li non credent que aia carn ;
zo pensent il que entre els
le spiriîus aparegues.
1 1 1 Mel e peisons equi manget,
en veritad los confirmet :
sa passion peisons îostaz
et lo mels signa deitat.
I î 2 Alques vos ai deit de raizon
que Jhesus fez pro passion :
tôt no l'vos pose eu ben
[comptar,
no l'podnulom de madré naz,
113 A SOS fidels quaranta dis
per mulz semblanz
ensembl'ab els bec e manjed,
de regnum Deu semper parlet.
106 c. Ms. Ch. Perders.
106 d. Ch. 5/7 con l'audid ; ce n'est pas une des moins heureuses restitutions de
H. d'avoir retrouvé dans ces mots le s'il conjaudit qui est en toutes lettres
dans le ms. — D. lisait si con l'audit.
107 a. Ch. vespre.
107 b. Ms. dune. H. garde dune et change soi en doi : la leçon que j'adopte me
semble plus naturelle.
107 cd. Ms. Ch. el. D. els.
108 b. Ms. era ; D^. conjecture esteit, que j'ai cru devoir mettre dans le texte.
108 d. Ch. en mez.
109 d. Ms. plagas.
1 10 c. Ms. d.
MIC Ms. Ch. passions ; Ch. tostas.
1 1 1 d. Ms. omet et. — Le sens de ces deux vers est évidemment : « Le poisson
rôti fLuc XXIV, 42 : partcm piscis assi et favum mcUis) signifie sa passion
et le miel sa divinité; » signa au v. d sert pour les deux vers. — Ch.
ayant imprimé au v. d lo mels signa de deitat a obscurci cette construction
tort claire. D. voulait d'abord lire testât au v. c pour testas ; il a accepté
ensuite l'explication de Ds. qui reconnaît dans tostaz la traduction Atassus;
seulement i! signale « l'imperfection de la phrase. » H2. rétablit la phrase
en lisant au v. d signave pour signa de, mais, par une singulière contra-
diction, il revient pour le v. c au testât de D.
112 a. Ms. Ch. dedeit ; D. deit.
113 a. Ch. quarante.
1 1 j b. Ch. per mult semblant. — H2. propose de terminer le vers par conversât il;
au moins faudrait-il converset. Je préférerais se monstret il {manifestavit se
Jean, XXI, i).
113 c, Ch. bit, qui étonnait D.
LA PASSION
1 14 E per es mund roa l's allar,
toz babtizar in trinitad :
qui lui credran cil erent salv,
qui no l'cretran seran damnât.
1 1 5 Signes faran li soi fidel
quais el abanz faire soleit ;
lingues noves il parlaran
et diables encalceran ;
1 16 Si alcuns d'els beven veren,
non avra mal, zo sab per ver ;
sobre malabdes mans metran
et sanitad a toz rendran.
1 1 7 Sus en u mont donches montet
que Holivet numnat vos ai :
levet sa man, si l's benedis ;
vengre la nuvols, si 1' coUit.
118 E lor vedent montet en cel :
ad dextris Deu Jhesus se set;
d'equi venra toz judicar,
ad toz rendra e ben e mal.
DU CHRIST 31?
1 19 Li soi fidel en son tornat.
Al dezen jorn ja cum perveng,
Spiritus Sanctus sobr'els chad,
si l's enflamet cum fugs ar-
[denz :
120 II desabanz sunt aserad,
de Crist non sabent mot parlar;
en pas che veng vertuz de cel ,
il non dobten negun Judeu.
1 2 1 Per toz lenguatgesvanparlan,
las virtuz Crist van annuncian;
no lorpodom viuscontrastar:
signes fazen per podestad.
[mund :
122 Espandud sunt per tôt ces
regnum Dei nuncent per tôt ;
per tôt convertent pople et
[gent;
Christs Jhesus est per tôt ab
[elz.
125 Lo Satanas dol en a grand :
als Deu fidels fai durs afanz :
1 14 a. Ms. roal. Ch. coal, ce qui a donné lieu à des conjectures peu heureuses
de D. et Ds.; H2. a retrouvé encore ici la bonne leçon, roah.
14 b. Ch. tôt.
14 c. Ch. l'incredran.
1 1 h. Ms. solia, Ch. soliet.
16 c. Ms. sobret, D. sobre.
17 b. Ch. d'olivet.
17 c. Ms. sil, D. si Is.
18 b. Ms. es set, D. se set. — Ch. Jhcsu.
18 c. Ms. qui ; Ch. (]ui venra nos toz judiear.
19 c. Ch. elz. — Dans la glose où Ch. a lu De ce lodi dicent pentecostem, je
lirais plutôt De glo di (?).
120 a. Sur ce vers et le suivant^ D. remarque : « Le sens de ces vers n'est pas
clair pour moi » ; H. propose aferad (pour esferad), « les disciples sont effa-
rouchés » ; Ds. a indiqué eserar, « enfermer », qui convient parfaitement
au contexte : avant la descente de l'Esprit, les apôtres avaient peur, se
tenaient enfermés, et n'osaient dire un mot du Christ. Seulement, comme le
fait remarquer D . , aserat peut fort bien rester.
120 c. Ch. en Pasche (c. à d. à Pâques); c'est H. qui a restauré ce vers en
coupant simplement e;! pas che, « dès que » ; cf. 100 a.
121 a. Ms. Ch. lot lengatgues, D. lenguatges.
121c. Ch. nuls (ms. uius, comme 83 d et 124 b).
122 a. Ms. Spandut.
122 c. Ms. gent et popu ; Ch. gent et pople ; D. pople et gent.
122 d. Ms. Xpistus.
Romania, II 21
^14 G. PARIS — LA PASSION DU CHRIST
alcans en cruz fai soslevar, que part aiam ab los fidels.
alquanz d'espades degollar,
J27 Quar finimun/.non estmult Ion
124 Et los alquanz fai escorcer, etre^/zumDeufortmentestprob:
alquanz en fogvius trébucher, dontre nos lez, facam lo ben,
et en gradilie l's fai toster, gurpissemmundetsompeccad.
alquanz ap petdres lapider.
128 ChristusJesus,quimansensus,
125 Lui que aiude ? nu l's vencera : mercet aias de pechedors :
cum peis lor fai il creisent en tais raizons si an mespraes,
[mais ; per ta pitad lo perdones.
lo cap a crut et vegurad,
per tôt es mund es adhorad. 129 Te posche vendre graciae
davant to paire gloris !
126 Nos cestespugnes non avem; sant spiritum posche laudar
contra nos eps pugnar devem, et nunc per tôt in secula !
fraindre devem noz voluntaz, Amen.
123 c. Ms. los leuar, Ch. los Icvar, D. soslevar.
124 a. Ms. El.
124 b. Ms. alquant? Ch. alquanz.
124 c. Il faut citer au moins ici la traduction de Ch. Il imprime Et m gradi li
els fait oster, et traduit: « Et au plus grand nombre fait ôter les yeux «; D.
a rétabli facilement le texte et le sens.
125 a. Ms. lui (ou p. ê. liu) que aiude [ou p.-é.anide, amdé) nuls uencera. Ch. iw-
dra^ leçon qui a donné lieu à diverses conjectures. Je comprends: « A quoi
cela lui sert-il (au diable).? il ne les vaincra pas. »
125 b. Ch. crecient.
125 c. Ms. el. — J'avoue ne pas bien comprendre dans ces deux vers le sens de
cap (mais je rejette la con|ecture de H., çap pour cep), ni celui à'adhorad. —
Je ne puis me décider à lire avec D2. p. 366 acrut p. a crut : le parfait ne
me semble pas ici à sa place. Ne peut-on pas admettre un participe fort
crut comme aparut, à côté de creu aparcu ?
126 a b c. Ms. ave, devê; Ch. aven, deven.
126 c. Ms. frainde, nostra ; Ch. nostra ; D. propose nos, qui est nécessaire pour
le vers ; seulement je préière écrire noz.
126 d. Ms. ab nos dcu fidels; H^. propose absos fidels.
127 b. Ch. e l (pour et).
127 c. Ms. drontre. J'ai corrigé le dontre de S. Léger 35 d en dcntro, mais j'ai
eu tort : ce mot et le nôtre se prêtent un mutuel appui. Diez pense que
dontre vient de dum intérim, qui existe en français sous ta forme plus entière
domcntre : drontre n'est donc qu'une faute de lecture. Cf. Diez, Et. VVt.', I,
mentrc. — Ms. facâ, Ch. faça, D. façan.
127 d. Ms. gurpissê, Ch. gurpissen. — Ch. sem.
128 a. Ms. man ; Da. mans (p. 369).
128 c. Ms. raizon, am; Ch. mtspres.
128 d. Ch. pietad. Ms. lo avec un signe au-dessus où je ne reconnais pas l'abré-
viation de r; Ch. lor. — Ces deux vers me paraissent inacceptables pour
l'assonance. Je lirais volontiers : Si an niespres en tal raison, Per ta pitad
perdone lo (ou lor).
129 a. Ch. resdre gracia.
129 b. Ch. gloria.
129 c. Ms. sanz? Ch. sans. Gaston Paris.
DEL TUMBEOR NOSTRE-DAME.
On sait que l'Eglise, au moyen-âge, n'a pas considéré comme au-des-
sous de sa dignité de s'occuper des ménestrels, des jongleurs et des
histrions de divers genres. Tandis qu'elle donnait l'absolution à ceux qui
récitaient des chansons de geste, ceux qui faisaient ces tours de sal-
timbanques, plus ou moins décents, dont se divertissait tant le moyen-
àge, avaient à redouter son excommunication. Mais la grâce ne tient
pas toujours compte des décisions les plus solennelles.
L'un de ces ménestrels, dégoûté du monde, s'était retiré dans le
couvent de Clairvaux. Tout ce qu'il possédait, il l'avait donné pour servir
Jésus-Christ et la Vierge sa mère. La société où il venait d'entrer
devait sans doute lui paraître singulière et pénible ; les règles sévères
de l'ordre, le silence imposé, les messes et les offices, tout cela était
étranger à notre convers. Quoiqu'il fût animé de la piété la plus vive, il
ne pouvait prendre part au service divin, ne sachant ni le Pater nosîer,
ni le Credo, pas même VAve Maria. Tourmenté par la pensée qu'il était
un membre inutile de la congrégation et qu'il mangeait sans rien faire
le pain qu'elle lui donnait, craignant aussi d'être chassé du couvent pour
avoir à retourner dans le monde des pécheurs, il s'adressa à la Vierge
compatissante que jamais on n'implora en vain. Pendant que les cloches
invitaient à l'office, il entra dans une (f croûte « où il y avait un autel
de la Sainte-Vierge. Il lui raconta longuement sa perplexité, lui disant
combien il aimerait la servir et la prier. Mais il ne savait comment s'y
prendre. A défaut d'autres hommages, ne pourrait-il faire pour elle la
seule chose qu'il sût faire? Aussitôt que cette idée lui fut venue, il
s'empressa de la mettre à exécution : il ôte sa robe, et, revêtu d'une
simple cotte, il fait devant la Vierge tous les tours qu'il avait coutume
d'exécuter devant la foule curieuse. Il continua ce même manège long-
3l6 W. FŒRSTER
temps, tant qu'enfin un des frères du couvent, surpris de ne pas le
voir à la messe^ l'épia et découvrit son secret. Après avoir été témoin
de ce singulier service divin, il s'empressa d'aller en faire part à
l'abbé. Celui-ci, qui en croyait à peine ses oreilles, se rendit dans la
crypte et arriva pour voir un miracle touchant: comme le pauvre jon-
gleur, ayant fmi par perdre connaissance de fatigue, était tombé au pied
de l'autel, Marie descendit du ciel accompagnée de sa suite d'anges, et
avec une « touaille » en guise d'éventail, elle se mit à éventer doucement
son ménestrel qui ne s'en apercevait pas '. Bientôt après le jongleur
mourut et les anges emportèrent son âme dans le séjour des bienheureux.
Telle est dans ses traits principaux l'histoire de ce ménestrel méprisé :
elle est remarquable à la fois par sa simplicité et sa candide na'iveté. Si
le sujet fait sourire en lui-même, l'innocence enfantine, la foi ardente, le
renoncement absolu à la vie mondaine dont le récit est empreint, sur-
passent tout ce que peut imaginer l'âme la plus pieuse, et prend la forme
de la plus charmante poésie. Si c'est un témoignage éclatant de foi,
c'est plus encore un* vrai joyau poétique.
Cette pièce se trouve dans le manuscrit de l'Arsenal B. L. fr. n" 285
ff. 1 32' a-i ^^'' b.), et nous avons été étonné de ne pas la rencontrer
dans les Miracles de Marie de Gautier de Coinci, qui pourtant aussi nous
raconte une faveur de la Vierge à un jongleur. N'ayant pas rencontré ce
morceau dans l'édition de l'abbé Poquet, nous l'avons cherché en vain
dans cinq manuscrits que la Bibliothèque nationale possède du même
ouvrage et dans deux textes latins des MiraculaB. M.V., et nous ne som-
mes pas en état d'en indiquer la source, bien que l'auteur prétende avoir
puisé dans les vies des anciens Pères. Peut-être quelqu'un sera-t-il plus
heureux que nous dans ces recherches. Outre ce manuscrit, il doit y
en avoir un autre dans une des bibliothèques de Paris, car Carpentier
cite s. V. tomhare dans ses additions au glossaire de Ducange quinze
vers de la même pièce, « ex manusc. miraculis B. M. V. libro primo )\
mais nous n'avons pas pu le trouver. En tout cas ce ne saurait être le
manuscrit de l'Arsenal dont nous avons tiré notre pièce, parce que
son contenu est en désaccord avec le titre donné par Carpentier et que
déjà ces quinze vers offrent quelques variantes au texte que nous
publions.
Le manuscrit est fort maltraité : environ quatorze feuilles ont été
coupées ^ La plupart des miniatures ont été enlevées, au grand dommage
du texte. On trouvera la table des pièces contenues dans ce volume dans
la notice des manuscrits du Roman des Sept Sages, faite par Leroux de
1. Tel est le sujet de la miniature qui se trouve dans le manuscrit au bas de la
première colonne ija'") de !a page où commence notre poëme.
2. Ce sont les ieuilles 2, 3. 8, 23, 56, 43, 51, 52, 53, 501, 554-357'
DEL TUMBEOR NOSTRE DAME ]\-J
Lincy, qui a aussi déterminé d'une manière certaine la date du manuscrit
en prenant comme année de son exécution celle qui est la première dans
le calendrier perpétuel au commencement du volume, c'est-à-dire 1268.
Il n'y a pas d'indices qui permettent de retrouver l'auteur ni de déter-
miner exactement le lieu et l'époque où il a vécu. La langue nous auto-
torise néanmoins à lui attribuer comme date approximative la fm du
xii" siècle, et le dialecte est celui de l'île de France; mais le copiste, qui
a du reste traité le texte avec respect, paraît avoir été originaire de la
Picardie. A la vérité, il n'a que rarement mis /: au lieu de ch et ch au
lieu de ç dans les cas où le picard emploie ces lettres; mais il a régu-
lièrement, à trois exceptions près, changé en s picard le z du français.
Le glossaire présente quelques mots remarquables parmi lesquels nous
citerons les suivants. Fuster (au vers 112 , qui signifie ordinairement
'ravager', se présente ici dans le sens de 'fureter, fouiller.' On en trou-
vera un exemple dans Ste-Palaye : 'Lors fist fuster tout le chaste!
a scavoir que le chevalier estoit devenu.' Rom. de Perceforest vol. 5,
fol. ICI''» col. 2. — V. 141 îenve (= tenuis) se trouve dans un des der-
niers sermons de saint Bernard. — V. 263 son ses (== satis"), locution
assez fréquente, appuyée d'un grand nombre d'exemples dans Ste-Palaye.
— V. 509 bersaire au lieu de bersail, cf. Ducange s. v. hersa.
Je prends ici l'occasion de remercier M. Gaston Paris, aux lumières
duquel j'ai eu plusieurs fois recours '.
Es vies des anciens pères,
La ou sont bonesles materes,
Nos raconte [on] d'un examplel:
Jo ne di mie c'aisi bel
^ N'ait on oi par maintes fois,
Mais cil n'est pas si en desfois
Ne face bien a raconter.
Or vos voil dire et aconter
D'un ménestrel que li avint.
10
1 1 aia tant et tant revint
En tant maint lieu et despendi.
Qu'en .]. saint ordre se rendi,
Por le siècle que li anoie.
Chevals et robes et monoie
i ^ Et quanqu'il ot trestot i mist,
Et del monde si se demist.
Conques puisnes'i vout ramordre.
Por ce se mist en cel saint ordre.
Si con l'en dit, en Clerevaus.
20 Quant rendus se fu cil dansieaus
Qui si estoit bien acesmes
?.'
I . Je dois à l'obligeance de mon ami M. Cornu le rapprochement d'un conte
ui fait partie des 'Traditions et légendes de la Suisse romande', Lausanne et
'aris 1872. De même que le frère du couvent se scandalise de ne pas voir le
ménestrel à l'oifice et l'epie jusqu'à ce qu'il le trouve servant Dieu et Marie à sa
façon, de la même manière le curé de Naters, dans la Messe à Alctsch, voyant
qu'un montagnard ne descendait jamais à l'office, va un dimanche le visiter à son
chalet, mais ne le trouve pas : il était avec sa femme et une partie de sa famille
autour d'une grande pierre sur laquelle un ange disait la messe. Un récit tout
semblable existe aussi dans la Gruyère.
Leçons fautives du manuscrit. V. 6 cis. — 20 cis.
5'8
Et beaus et gens et bien formes,
Si ne sol faire nul mestier,
Dont on eust laiens mestier;
25 Car n'ot vescu fors de tumer
Et d'espringier et de baier :
Treper, saillir, ice savoit,
Ne d'autre rien il ne savoit,
Car ne savoit autre leçon,
30 Ne 'pater noster' ne chançon,
Ne le 'credo' ne le salu,
Ne rien qui fust a son salu.
Quant en cel ordre fu rendus,
Si vit ces gens si haut tondus»
3 5 QH' P^"" ^'o"^ s'entreraisnoient
Et des bouches mot ne sonoient :
Si quida bien certainement
Qu'il ne parlaissent altrement.
Mais tost en fu hors de doutance,
40 Car bien sot que par penitance
Estoit lor parole en desfois,
Dont il se taisent a le fois,
Si c'a lui meisme revint
Que sovent taire li covint.
45 Et il si debonairement
Se taisoit et si longement
Que ja tote jor ne parlast,
S'on a parler nel commandast,
Si que sovent en eut grant ris.
50 Cil fu entr'eus tos esbahis,
Car ne savoit dire ne faire.
Dont on eust laiens afaire ;
S'en fu moût tristes et covers :
Vil ces moines et ces convers,
55 Cascun(s) servoit Deu cha et la,
De tel office con il a :
Il vit les prestres as auteus,
Car lor offices estoit tex,
Les diakes as ewangilles,
60 Les soudiakes as vigilles ;
Et as epistles, quant lieus est,
Li acolite resont prest,
Li un(s) dist vers, l'autre leçon,
Et as sautiers sont li clerçon,
65 Et li convers as misereles
— Ensi ordenent lor quereles —
Et li plus nice as patrenostres.
W. FŒRSTER
Par officines, par encloistres
Garda partot et sus et jus,
70 Et vit par ces angles repus
Cha .V. cha .iij. cha .ij. cha un.
Bien remira, s'il pot, cascun :
L'un ot plaindre, l'autre plorer,
L'autre gémir et sospirer.
75 Si se merveille que il ont:
« Sainte Marie, » fait il dont [nent
« C'ont ces gens que si se demai-
» Et si faite dolor demainent?
» Trop corecie sontjCeme samble,
So » Quant si grant duel font tôt
[ensamble.
» Sainte Marie, » lors a dit
« He ! las dolans, que ai jodit!
» Je quit qu'il prient Deu merci.
» Mais jo caitis que fas jo ci }
85 » Qu'il n'a chaiens issi chaitif
t) Que tôt ensi con par estrif
» Ne serve Deu de son mestier.
» Mais jo n'eusse ci (nul) mestier,
» Car jo ne fas ne jo ne di.
90 » Bien fui caitis, quant me rendi,
» Car jo ne sai bien ne proiere,
» Chi vois avant et chi ariere;
»> Jo ne fas ci fors que muser
1) Et viandes por nient user.
95 » Se jo de ce sui perceus,
)) Jo serai malement déchus.
» On me metra as cans la fors,
» Et io sui ci un[s] vilains fors,
» Et si ne fas ci fors mangier.
100 » Bien sui caitis en haut solier. «
Lors pleure por vengier son duel,
Bien volsist estre mors son vuel :
« Sainte Marie » fait il « mère !
» Car proies vo soverain père
105 » Par son plaisir que il m'avoit,
» Et que si bon conseil m'envoit
» Que lui et vos puisse servir,
» Si que jo puisse deservir
» Les viandes que chaens preng,
iio rt Car jo sai bien que jo mespreng.»
Quant il se fu démentes tant,
Tant vait par le mostier fus-
21 que. — 22 formez. — 3 5 Et. — 66 queres. — 71. iiij. — 102 mort
DEL TUMBEOR
Qu'en une crote s'enbati, [tant
Près d'un autel si se quati,
115 Et al plus qu'il puet s'i enlorme.
Desor l'autel estoit la forme
De ma dame sainte Marie.
Il n'ot mie voie esmarie,
Quant il ilueques asena,
120 Non voir, que Dex l'i amena,
Qui bien set les siens asener.
Quant il ot la messe sonner,
Si sailli sus tes esbahis :
« Hai, )) fait il « con sui trais !
125 » Or dira ja cascuns sa laisse,
» Et jo sui ci .i. bues en laisse
» Qui ne fas ci fors que broster
» Et viandes por nient gaster.
» Si ne dirai ne ne ferai ?
1 50 » Par la mère Deu, si ferai,
» Ja n'en serai ore repris :
» Jo ferai ce que j'ai apris,
» Si servirai de mon mestier
» La mère Deu en son mostier :
1 3 j » Li autre servent de canter
» Et jo servirai de tumer. »
Sa cape oste, si se despoille,
Deles l'autel met sa despoille,
Mais por sa char que ne soit nue
140 Une cotele a retenue
Qui moût estoit tenve et alise :
Petit vaut miex d'une chemise;
Si est en pur le cors remes.
Il s'est bien chains et acesmes;
145 Sa cote çaint et bien s'atorne;
Devers l'ymage se retorne,
Moût humblement et si l'esgarde:
« Dame,» fait il, «en vostre garde
» Gommant jo [et] mon cors et
[m'ame.
I JO » Douce roine, douce dame,
» Ne despisies ce que jo sai,
» Car jo me voil mètre a l'asai
» De vos servir en bone foi,
» Se Dex m'ait, sans nul desroi.
155 » Jo ne vos sai canter ne lire,
I) Mais certes jo vos voil eslire
NOSTRE DAME JI9
» Tos mes biaus gieus a esliçon.
» Or soie al tuer de taureçon
» Qui trepe et saut devant sa raere.
160 » Dame qui n'estes mie amere
t) A cels qui vos servent a droit,
» Quelsquejo soie, por vos soit. t>
Lors li commence a faire saus
Bas et pctis et grans et haus,
165 Primes deseur et puis desos,
Puis se remet sor ses génois
Devers l'ymage et si l'encline :
« He !» fait il «très douce roine!
» Par vo pitié, par vo francise
170 I) Ne despisies pas mon servise. »
Lors tume et saut et fait [par] feste
Le tor de Mes entor la teste.
L'image encline, si l'aore.
De quantqu'ilonques puetTonore;
175 Apres li fait le tor françois
Et puis le tor de Chanpenois,
Et puis li fait le tor d'Espaigne
Et les tors c'on fait enBretaigne,
Et puis le tor de Loheraine:
180 De quantqu'il cnques puet se
[paine.
Apres li fait le tor romain,
Et met devant sen front sa main
Et baie trop mignotement.
Et regarde moût humblement
186 L'ymage de la mère Deu.
« Dame » fait il « ci a bel geu:
» Je ne le fas se por vos non,
» Se Dex m'ait, ce ne fas mon,
» Et por vo fil trestot avant ;
190 I) Ce os bien dire et si m'en vant
» Que jo n'i ai point de déduit ;
)) Mais jo vos serf et si m'aquit :
» Li altre servent et jo serf.
» Dame, ne despisies vo serf,
!95 » Car jo vos serf por vostre joie.
» Dame, vos estes la monjoie
» Ki racense trestot le mont. »
Lors tume les pies contremont
Et va sor ses .ij. mains et vient
200 Que de plus a terre n'avient.
Baie des pies et des ex plore.
170 seruice. — 171-2 Texte donné par Carpcnder : Lors tume et saut et fait
grand feste. Le tour de Mes fait à la teste.
520
W. FŒ
« Dame » fait il « jo vos aore
» Del cuer, del cors, des pies, des
[mains,
» Car[jo] nesai ne plus ne mains.
20^ I) G'iere avant mais vo menestrex:
» Il Ganteront laiens entr'ex,
» Et jo vos venrai ci déduire.
» Dame, vos me poes conduire :
» Por deu, ne me voillies despire. »
2 10 Lors bat sa cope ; si sospire
Et plore moût très tenrement,
Que ne sot orer altrement;
Lors torne ariere et fait .i. saut :
« Dame « fait il « se Dex me saut
21 5 » Cestui ne fis jo onques mais:
» Cil n'est mie por les malvais
» Ains est trestos por les noviax.
» Dame! con aroit ses avieax,
» Qui avoec vos porroit manoir
220 « En vostre glorious manoir !
» Por Deu, dame, herbergies m'i,
» Jo sui a vos, ne mie a mi. »
Dont li refait le tor de Mes
Et tume et baie tôt ades;
22^ Et quant il ot les cans haucier,
Si se commence a esforcier :
Aine tant con la messe dura,
Ses cors de danser ne fina
Ne de treper ne de saillir,
230 Tant qu'il fu si al défaillir,
Qu'il ne pot estre sor ses pies,
Ains est a terre trebucies,
Si chai jus de fine laste :
A!si con sains ist de haste,
2}f) Ist la suor de chief en chief
De lui, des pies deci al chief.
« Dame, » fait [ilj « ne puis plus
[ore,
» Mais voir je revenrai encore. »
De calor samble tos espris.
240 II a sen vestement repris ;
^ Quant fu vestus, si se leva,
L'ymage encline, si s'en va.
« A Deu, « fait il, « trcs douce
[amie,
» Por Deu ne vos deshaities mie,
RSTER
245 » Car se je puis, jo revenrai,
» A cascune ore vos voirai
» Si bien servir, cui qu'il en poist,
» Se bel vos est et il me loist. »
Dont s'en va regardant l'image :
250 « Dame » fait il « con grant da-
[mage
» Que jo ne sai tos ces sautiers !
)) Jo les desise volentiers
» Por vostreamor.tresdoucedame.
» A vos commant mon cors et
[m'ame. »
2<j<) /^^ele vie mena granment,
V^C'a cascune ore outreement
Aloit rendre devant l'image
Et son servise et son homage.
Car a merveilles li plaiboit
260 Et si volentiers le faisoit.
Que ja jor ne fust tant lasses
Qu'il peust bien faire son ses
D'esbanoier la mère Deu :
Ja ne volsist faire altre geu.
265 On savoit bien sans nule doute.
Qu'il aloit tos jors en la croûte.
Mais hom en terre ne savoit,
Fors Deu, que fu qu'il i faisoit,
N'il nel volsist por tôt l'avoir
270 Que tos li mons peust avoir
Que nus seust son errement
Fors Damedeu tôt seulement.
Car bien croit, lues c'on le saroit,
Con de laiens le chaceroit
275 Et c'on le remetroit al monde
Qui de pechies trestot soronde.
Et il volsist miez estre mors
Qu'es pechies se fust mais amers.
Mais Dex ki sot s'entencion
280 Et sa très grant conpunction
Et l'amor por cui il le tait,
Ne volt mie celer son fait,
Ains volt li sire et consenti
Que l'ovraigne de son ami
285 Fust seufej et maniîestee.
Por sa mère qu'il ot festee,
Et por ce que cascuns seust
210 Lors. — 2 lé cis. — 235 en cief. — 247 qui quil. — 251 tôt. — 266
tôt. — 281 Qui... por qui.
DEL TUMBEOR
Et entendist et coneust
Que Dex ne refuse nului
290 Qui par amors se met en lui,
De quel mestier qu'il onques soit,
Mais qu'il aint deu et face droit.
Quidies vos or que Dex prisast
Son servise, s'il ne l'amast ?
295 NeniiT'ne quant que il tumoit ;
Mais il prisoit ce qu'il l'amoit.
Asses pênes et traveillies,
Asses junes, asses veillies,
A[s]ses plores et sospires^
500 Et gemissies et aores,
Asses soies en diciplines.
Et a meses et a matines.
Et dones quanque vos aves,
Et paies quanque vos deves,
505 Se Deu n' âmes de tôt vo cuer,
Trestot cil bien sont gete puer,
En tel manière, entendes bien.
En plain salu ne valent rien:
Car sans amor et sans pite
]\o Sont tôt travail por nient conte.
Dex ne demande or ne argent
Fors vraie amor en cuer de gent,
Et cex aime Dex sans faintise.
Por ce prisoit Dex son servise.
5'S
Ensi fu 11 bons hom lonc tans.
Jo ne vos sai nonbrer les ans
Que li bons hom fu si a aise,
Mais par tans ert moût a mesaise :
Car .i. moines garde s'en prist
320 Qui en son cuer moût le reprist
De ce c'a matines ne vient ;
Si se merveille que devient,
Et dist que mais ne finera
Dus c'a cel[e] ore qu'il saura
52^ Quels hom il est et dont il sert
Et a coi il son pain dessert.
Li moines tant le portraita,
Tant le sui, tant le gaita,
Qu'il li vit tôt apertement
550 Faire son mestier plainement,
Alsi con jo dit le vos ai :
NOSTRE DAME 52 1
>( Par foi, )> fait il, « cil a bon
[May
i> Et plusgrant feste, ce me sainble,
» Que nos n'aions trestot ensamble.
335 )) Or sont li autre en orisons,
» Et en labor par les maisons,
») Et cil baie alsi fièrement
» Con s'il eust .c. mars d'argent.
» Il fait bien son mestier a droit,
340 » Et si nos paie ce qu'il doit:
» Çou est asses bêle costume :
» Nos li cantons et il nos tume ;
» Nos li paions et il nos paie :
» Se nos plorons, il nos repaie.
34^ » Car le veist or li covens,
» Si con jo fas, par tex covens
» Que jo junaise jusc'a nuit!
» Il n'i aroit nului, je quit,
» Qui de rire se tenist mie,
350 >) S'il veoient ceste arramie
» De cest caitif, que si se tue,
» Qui de tumer si s'esvertue,
» Qu'il n'a de lui nule pitance.
» Dex li atort a penitance,
ji,5 5 » Car il le fait sans mal engien,
» Ne jo certes a mal nel tien(g).
» Car il le fait, si con jo croi,
» Solonc son sens en bone foi,
» Car il ne veut mie estrehuisex.»
360 Ce vit li moines a ses ex,
A totes les eures del jor.
Comment il oevre sans sojor.
S'en a asses ris et jue.
Car il en a joie et pite.
-,(,{ k l'abe vient et se li conte,
/\De chief en chieftotli aconte,
Alsi con vos oi avez.
L'abes s'en est en pies levez
Et dist al moine: «Or vos taisies,
570 » Et si ne l'escandelissies,
» Sorvostre ordre le vos commant,
» Et si tenes bien cest commant
» Que vos n'en parles fors a moi ;
») Et nos rirons veoir andoi,
37^ » Si verrons que ce porra estre,
313 deu. — 314 seruice. — 332 cis. — 346 tel.
!22
» El prierons le roi celestre
» Et sa très douce chiere mère,
I) Qui tant est preciouse et clere,
I) Qu'ele deprit par sa doucor
380 » Son fil, son père, son segnor,
n Qu'il en cest jor veoir me laist
» Celé ovraigne, se il li plaist,
» Si que Dex en soit plus âmes
B Et libons hom n'en soit blasmes,
jSj » Et se il li plaist ensement. »
Lors s'en vont il tôt coiement,
Si se mucierent sans trestor
Près de l'autel en .i. destor,
Si que cil ne s'en donc garde.
390 L'abes et li moines regarde
Trestot l'ofice del convers,
Et les tors qu'il fait si divers,
Et respring[ijer et le baler,
Et vers l'image rencliner,
39^ Et le treper et le saillir.
Tant que il fu al défaillir.
En si grant laste si s'esforce,
Qu'il le covient chair a force,
Si s'est assis si tre[s] lassez
400 Que d'ahans est tos tressues,
Si que la suors en dégoûte
Tôt contreval par mi le croûte.
Mais en brief tans, en terme cort,
Sa douce dame le socort
405 Que il servoit tôt sans mençoigne.
Bien sot venir a sa besoigne.
W. FŒRSTER
Dont s'aprestent de lui servir
Force qu'il voirent deservir
Le servise que fait la dame.
Qui tant est preciouse geme;
423 Et la douce roine france
Tenoit une touaille blance,
S'en avente son ménestrel
Moût doucement devant l'autel.
La france dame deboinaire
430 Le col, le cors et le viaire
Li avente por refroidier :
Bien s'entremet de lui aidier :
La dame bien s'i abandone.
Li bons hom garde ne s'en donc,
43 5 Car il ne voit, si ne set mie
Qu'il ait si bêle compaignie.
l;
'abes esgarde sans atendre
lEt vit de la volte descendre
Une dame si gloriouse,
410 Aine nus ne vit si preciouse
Ne si ricement conree[e],
N'onques tant bêle ne fu née :
Ses vesteures sont bien chieres
D'or et de preciouses pieres;
41 5 Avoec l(u)i estoient li angle
Del ciel amont et li arcangle
Qui entor le ménestrel vienent,
Si le solacent et sostienent.
Quant entor lui sont arengie,
420 S'ot tôt son cuer asoagie :
Li saint angle forment l'onorent,
Que avoec lui plus ne demo-
Et la dame plus n'i sojorne, [rent,
440 De Deu le segne, si s'en torne,
Et li saint angle le conduient
Qui a merveilles se deduient
De regarder lor conpaignon,
N'atendent mais se l'eure non
445 QH^ ^^^ '^ ë^^ ^^ ^^^^^ ^'^>
Et k'il aient s'arme ravie.
Et ce vit l'abes sans defois
Et ses moines bien .iiij. fois ;
Que cascun[e] eure i àvenoit,
450 Que la mère Deu i venoil
Por son home aidier et socorre.
Car ses homes set bien rescorre.
S'en ot l'abes joie moût grant,
Car il estoit forment engrant
455 Qu'il en seust la vérité.
Mais or li a bien Dex mostre
Que li services li plaisoit
Que ses povres hom demostroit.
Li moines en fu tos confus,
460 D'angoise embrase comme fus.
A l'abe dist : « Sire, merci !
» C'est .j. sains hom quejovoi ci.
» Se j'ai de l[u]i rien dit a tort,
» Drois est que mes cors li res-
[tort.
432 socorre. —457 faisoit.
DEL TUMBEOR
46^ » Si m'en cargies la penitance,
» Car proudum esl tôt sans dou-
[tancc.
» Bien l'avommes de lot parchut,
» Ne devons mais estre déchut. »
Dist li abes : « Vos dites voir.
470 » Dex le nos a fait bien savoir,
» Qu'il l'aime de très fine amor.
» Or vos commant jo sans demor,
» Et en vertu d'obédience,
» Que vos ne chaes en sentence,
475 * Qb^ v°s '' ho'"^ "'^" parles
» De ce que vos veu aves,
» Se ce n'est a Deu et a moi. »
« Sire » fait il « et je l'otroi. »
A ces paroles s'en retornent,
480 En la volte plus ne sojornent.
Et li bons hom n'est arestus,
Ains a ses drapieaus revestus,
Quant il et fait tôt son mestier :
Si va juer par le mostier.
CjTant c'un petit après avint
Que li abes manda celui
Qui tant de bien avoit en lui.
Quant il oi c'on le mandoit,
490 Et que l'abes le demandoit,
Si fuses cuers si très plain[s] d'ire,
Conques ne sot qu'il peust dire.
(( He las, » fait il, « encuses sui :
» Jamais n'iere jor sans anui
495 » Ne sans traval [ne] ne sans honte,
» Car mes seruises rien ne monte.
» Jo ne quit pas que a Deu plaise,
» Ha, las! ains quit qu'il li des-
[plaise,
B Car la vérité s'en descuevre.
500 » Quidoie jo que si faite oevre
» Que jo faisoie et [si] fait gieu
» Deuscent plaire a Damedieu?
» Nenil, il ne li plaisent rien.
» He, las! jo ne fis onques bien.
^05 » Las, que ferai .ï* las, que dirai.?
» Bieax 1res dous Dex, que deven-
[drai.?
NOSTRE DAME 525
)) Or serai jo mors et honis,
» Or serai de chaens banis,
» Or reserai mis al bersaire,
510 » La hors au monde al grant mal
[faire,
» Douce dame sainte Marie,
» Con ma pensée est esmarie !
» Ne sai a cui jo me conseil,
» Dame, venes a mon conseil.
j 1 5 )i Très dous Dex, car mesocores !
» N'atargies riens, ne dcmores,
» Et s'amenes vo mère avoec ;
» Por Deu, ne venes point senoec:
» Si me venes andoi aidier,
520 » Car jo ne sai certes plaidier,
» On dira ja isnelement
» Al premier mot : aies vos ent.
» Dolans 1 que porrai jo respondre
» Quant jo ne sai .i, mot des-
[pondre?
525 « Que vaut ce } aler m'i covient, »
Plorant devant l'abe en vient,
Si que ses visages en moitié;
Plorant devant l[u]i s'agenoille:
« Sire, « fait il, « por Deu merci!
550 » Voles me vos chacier de ci?
» Dites quantque vos commandes,
» Jo ferai quantque vos voldres. »
Fait li abes : « Jo voil savoir
» Et voil que vos me dites voir.
55 ^ )i Vos aves ci grant pièce este
» Et par iver et par este,
» Si voil savoir de coi serves
» Et a coi vo pain deserves. »
» He las, » dist il, « bien le savoie
540 1) Que tost seroie mis a voie,
» Puis c'on saroit tôt mon afaire,
» C'on n'aroit plus de moi que
[faire,
« Sire, I) fait il « si m'en irai :
» Caitis sui et caitis serai,
54J » Aine de tos biens ne fis demie.»
Dist l'abes : « Ce ne di jo m.ie,
» Ainçois vos requier et déniant,
» Et après ce jo vos comant
« Et en vertu d'obédience,
486 cum. — 513 qui.
524
^^0 » Que vos tote vo conscience
» Me contes, et de quel mestier
» Vos nos serves en no mostier. »
« Sire » fait il « coin m'aves mort !
» Con cil commandemens me
[mort ! »
5 <) 5 Lors li conte, qu'il que soit grief,
Sa vie tôt en chief de chief,
Si que mot a dire n'i laisse,
Ains li dist tôt a une laisse
Ensi con jo vos ai conte.
j6o Tôt li a dit et raconte,
A mains jointes et en plorant;
Les pies li baise en sospirant.
l:
i sains abes vers lui s'adrece,
(Tôt en plorant a mont l'en
[drece:
56^ Les ex li a ans .ij. baisies:
« Frère, » dit il, « or vos taisies,
» Car jo vos ai bien en covent,
« Que vos seres de no covent.
« Dex doinst que nos soions del
[vostre,
570 )i Tant puissonfs] deservir el
[nostre!
» Moi et vos serons bon ami.
)) Beax dous frère, proies por mi,
» Et jo reproierai por vos.
» Et si vos pri, mes amis dous,
^7^ r) Et commant, sans nule faintise,
» Que vos plainement cel servise
» Fachies, si con vos fait l'aves,
» Et encor miex, se vos saves. «
'( Sire, » fait il, « est ce a certes.?»
580 « Oil » ce distliabes «certes. «
Se li carga en penitance,
Que il ne soit plus en doutance.
Dont fu li bons hom si très lies,
Si con raconte li dities,
585 C'a paines sot il que devint:
A force seoir le covint ;
Tos en est pales devenus.
Quant ses cuers li fu revenus,
De joie el ventre li tressaut
^90 Si aigrement c'uns mais l'asaut,
Dont il morut asses briefment.
W. FŒRSTER
Mais molt très debonairement
Fist son servise sans sojor
Et main et soir et nuit et jor,
^9^ Que onques eure ri'i perdi,
Jusc'a dont qu'il amaladi.
Car si grans max l'i tint por voir
Qu'il ne se pot del lit movoir.
Si l'en fu merveilles a ente
600 De ce qu'il ne paioit sa rente:
C'est ce que plus le destraignoit.
Car son mal mie ne plaignoit.
Mais ce qu'il estoit en doutance
Qu'il ne perdist sa penitance,
605 Por ce qu'il ne se traveilloit
De tel travail con il soloit :
Trop li sanbloit qu'il fust uisex.
Li bons hom qui poi ert visex,
Prioit deu qu'il le receust,
610 Ains c'uiseuse le deceust.
Car si très grant doloir avoit
De son afaire c'on savoit,
Que ses cuers ne le pot porter:
Gésir l'estuet sans déporter.
615 Li sains abes forment l'oneure.
Il et si moine(s) cascun[e] eure
Li vont canter devant son lit.
Et il avoit si grant délit,
De ce qu'on li cantoit de Dieu,
620 Qu'il ne presist mie Pontieu,
Qui tôt li volsist aquiter.
Tant li plaisoit a escouter.
Bien fu confes et repentans.
Mais totes voies fu doutans.
62<j^ Et que vaut ce? a la parfin
Le covint il aler a fin.
L'abes i fu et tôt si moine,
Maint prestre i ot et maint
[canoine,
Quil' esgardent moût humblement,
650 Et virent tôt apertement
Un miracle très merveilleus.
Car il virent tôt a lor ex.
C'a son tenir furent li angle,
La mère Deu et li arcangle,
65 <, Qui entor lui sont arengie.
D'autre part sont li esragie,
5^ cis. — 581 carge. — 597 grant mal. — 601 usex. — 616 ses moines.
DEL TUMBF.OR NOSTRE DaME
Li anemi et li diable,
Por l'ame avoir, n'est mie fable.
Mais por nient i ont atendu,
640 Ne tant coitie ne [tant] tendu,
Que ja en s'ame n'aront part.
Atant li ame s'en départ
Del cors, mais n'est mie dechute,
Car la mère Deu l'a rechute;
645 Et li saint angle qui i sont
Gantent de joie, si s'en vont,
El ciel l'enportent par covens
Et ce vit trestos li covens
Et tôt li autre qui la furent.
6^0 Or sorent il tôt et conurent
Que De.x ne voloit plus celer
L'amor de son bon bacheler,
Ains voloit que cascuns seust
Les biens de l[u]i et coneust.
655 Grant joie et grant merveille en
[orent :
Le cors moût hautement honorent,
Si l'enportent en lor mostier,
Hautement font le Deu mestier.
N'i a celui ne cant(e) ou lise
660 Ens el cuer de la maistre glise.
A
moût grant honor l'enterrèrent,
^25
Comme cors saint puis le garde-
[rent.
Et lors lor dist sans coverture
Li abes tote l'aventure
665 De lui et de tote sa vie,
Ensi con vos l'aves oie,
Et tôt ce qu'il vit en la croûte.
Li covens volentiers l'escoute :
« Gertes « font il « bien fait a
[croire;
670 » On ne vosen doit pas mescroire,
» Gar la vérités le tesmoigne.
» Bien est proves a la besoigne;
» N'i afiert mais nule doutance,
» Qu'il n'ait laite sa penitance. »
675 Grant joie en ont laens entr'ex.
Ensi fina li menestrex :
Buer i tuma, buer i servi,
Gar haute honor i deservi,
A cui nule ne se compère.
680 Ge nos racontent li saint père
Qu'ensi avint ce ménestrel.
Or prions Deu, il n'i a tel.
Qu'il nos doinst lui si bien servir,
Que s'amor puisson[s] deservir.
685 Explicit del tumeoi .
Chi fine li tumbeor (sic) nostrc dame.
Wilhelm Fœrster.
64^ que. — 66 1 A manque. — 679 qui.
MÉLANGES.
I.
ÉTYMOLOGIES ITALIENNES ET ROMANES.
I. VERONE.
(c Vérone, fu già detto per Terrazzo ', Loggia, Andito, Corridojo.
Oggidî, specialmente in Contado, chiamano verone quella specie di ter-
razzino, o pianeroltolo con parapetto, o ringiiiera, in capo ad una scaia
esterna, parallela al muro. » Caréna, Vocabolario Domesîico, II, § 2.
« Vérone. i° Terrazzo ' 0 Loggia. 2° Fra gli uomini di campagna,
si dice ad un piccol terrazzo coperto, nel quale termina la scala di fuori
e PER cui s'entra nel secondo piano della casa. )) Fanfani, Vocah.
d. Lingua Italiana.
Diez, Étym. Wœrterbuch II a dit de ce mot : « Un mot qui a à peu
près le même sens est androne, gr. àvopwv, appartement des hommes, de
àrr,p : pourquoi n'aurait-on pas transporté ce mot en latin en substi-
tuant vir au mot grec, vir-on verone} » Sans méconnaître ce qu'il y a
d'ingénieux dans cette hypothèse de l'illustre maître, je me permets de
proposer ici une autre dérivation de ce mot, qui me semble plus natu-
relle.
Xvoptbv ne signifiait chez les Grecs que « locus domicilii angustior
LONGiTUDiNE, in quo viri plurimum morabantur » (Festus p. 19). En
latin andron a pris le sens de « passage entre deux murs ou deux cours
de la maison » 'Freund) : les Romains furent probablement amenés à
cette altération du sens par la forme étroite et longue de Vi-il^Cr/ grec, et
non par ce que ces passages étaient appropriés au seul usage des hommes.
Les Romains, ne pensant plus à l'étymologie de àvï:wv, ont dû sans
doute encore moins songer à en faire une imitation superflue et barbare.
D'ailleurs s'ils l'avaient faite, on s'attendrait à en trouver quelque trace
I. La première signification est déterminée plus exactement par Tommaséo,D(z.
dci sinonirni n"^ 1690 : " Specie di terrazza scoperta, con spalletta, e che sporge
in fuori dalla parete di una casa, a cui si ha accesso da una 0 pià stanzc. »
ÉTYMOLOGIES ITALIENNES ET ROMANES ^27
en latin ; car elle se serait produite pendant que vir était encore du lan-
gage populaire.
Dans Vérone, qui se trouve déjà en ancien italien (p. e. dans le poème
de VlntelUgenza, Ozanam, Documents inédits etc. p. 358 '), je vois un
précieux reste des anciens idiomes italiques. L'ombrien vero, l'osque veru
signifie « porte » (d'une ville), voy. Sophus Bugge dans la Zeitschrift f.
vergl. Sprachf. XIX p. 456. S'il n'a pas aussi signifié porte de maison,
il a pu facilement prendre ce sens. Or l'idée fondamentale de verone est
probablement « entrée, passage. « L'étymologie italique se prête donc
bien au sens. Le mot veru, porte, étant répandu dans une grande partie
de l'Italie, a pu passer dans le latin populaire ; comme il sentait trop la
province, il ne fut pas admis dans la langue écrite. Le primitif veru ne
put se maintenir longtemps à côté des mots latins veru (broche) et vTrus
(vrai); mais le dérivé ver'on, formé à l'analogie de andron, n'offrait pas
cette difficulté ; il avait surtout sa raison d'être chez, les campagnards, qui
conservent si volontiers les vieux usages. C'est ainsi que le mot verone a
pu survivre à l'extinction des idiomes italiques.
2. voTO (vide).
M. Diez a déjà traité de ce mot, Etyni. Wœrterhuch lia; il avait
reconnu comme le plus naturel de comparer voto, votare à l'anc. fr. vuid^,
vuidier et à l'angl. void ; mais la difficulté de concilier le / italien
avec le d des autres langues romanes et du latin viduus Ç^vuidus] l'a
déterminé à y renoncer et à avoir recours au participe volto, étymologie
qui semble inadmissible pour la forme et peu probable pour le sens.
Voici comment j'explique le t du mot italien. Voto vient de votare
(comme porto pour portatd) et celui-ci de l'ancien voitare (cité par
M. Diez), comme co^^re vient de coiWe (Nannucci , Manuale p. 304),
a. fr. cuidier, romanche quitar, esp. cuidar, et à peu près comme piato
vient de 'piaiîo, romanche plaid (Ascoli, Saggi ladini p. 80). L'ancien
1. Boccace, cité par Tommaséo 1. c. : io fard volcnticri fare un Utticello in sul
verone che è allalo alla sua camcra... e guivi mi dormira.
2. Les formes des dialectes italiens citées par M. Diez, piémontais void, lom-
bard vœid, sarde boidu, correspondent aux formes latines apportées par M. Ascoli,
Saggi ladini : romanche vid p. 27, engadinois uœd (vœd) 181. 234, à Fondo et
a Revô (Val di Non^ vuèid,\erhe vueidar, ncidar, voidar ■^i-j. 528, frioulan vuêid,
ucd 49^. Toutes ces formes remontent à 'vuidus. M. A. hésite avec raison à
comparer vid directement à vuoto : d'abord ; pour ie de uo, lat. «i, est bien rare,
et puis les autres dialectes ladins offrent des traces de l'ancienne diphthongue ui,
commune aux autres langues romanes ; enfin vuoto vient de voto pour voito et ne
contient pas d'o latin. Le toscan offre pour ce mot une formation que ne semblent
pas partager les autres dialectes italiens ni romans, à l'exception du sarde, dont
la forme septentrionale boita (à càié de boiddu) paraît formée d'un verbe *boitare;
Spano ne donne pour le verbe que isboidare (Logudoro), sbuidai (dial. mérid.).
328 MÉLANGES
voitare vient à son tour de 'vuid'tare pour 'viduitare, formé comme
nobilitare, cf. pour le t l'ital. peîare (peditare), l'anc. it. cubiîare (*cupi-
ditarej, le fr. hériter, romanche harîar (hereditare, Ascoli 1. c. 98). Le
français vuidier, vider, le prov. voidar, le cat. vu v^ar semblent venir direc-
tement de viduare. Cependant il y a la possibilité que ces mots remon-
tent également à vuid'tare, puisque d't peut donner aussi d, témoin l'it.
credare, l'esp. heredar =^ fr. hériter.
]. ARGANO grue, crone.
M. Diez, Wœrterb. l, fait venir ce mot roman de ip'^dxr^ç, ergàta.
Comme cette dérivation offre des difficultés, je vais en proposer une
autre que j'ai déjà indiquée dans les Mémoires de la Sociéié de linguistique.
Le grec ^épavo; signifie « grue » (l'oiseau) et « grue » ^= crone (allem.
kranich, krahri), voy. Curtius, Grundziige der Griech. Etym. n" 129. Il
semble que chez les Gaulois ce mot a eu la forme garanos, cf. tarvos
TRiGARANOS dans une inscription conservée aux Thermes de Cluny ; il
faut y voir le mot celtique correspondant à ^épavoc plutôt qu'un emprunt
grec. Ce garanos a pu être connu aussi aux autres pays celtiques. Gdrano
est devenu drgano principalement par l'influence de ôrgano : comme
simple métathèse le cas serait trop isolé; le lat. argentum pour *argentum
(osque aragetud abl., sansc. ragata) ne présente qu'une analogie impar •
faite. — Argano ne peut venir de organo, dont il est toujours distingué
par les dialectes italiens.
4. CAVELLE, COVELLE, cjuidvis.
cf. Diez Wœrterb II a, Blanc, Ital. Gram. p. 335. Plusieurs choses
indiquent dans ce mot une origine pronominale : d'abord le sens qui est
« une chose quelconque », « un rien » ; ensuite le manque d'article qui
empêche de penser à des expressions comme 'non m'importa un cavolo'
Diez Gram. III 2 41 5, ou à l'espagnol 'cuantova\ un cabello' Diez ibid.
Blanc 1. c. se demande si covelle peut venir de 'cosa velles', ce qui a l'air
hybride, mais qui s'approche assez du sens. Je préfère y vokquid velles «ce
que tu voudrais», « tout ce que tu voudras.» On l'aura substitué dans le
langage populaire au classique quidvis. On se serait attendu à 'chevoglia,
"cavogUa, cf. qualsivogUa, cat. quisvulla Diez Gram. II? 454. Mais l'an-
cienne forme velleiS; a pu se maintenir ici précisément parce qu'on ne la
comprenait plus. Au commencement on a dû dire "chevelleo^m^^l devenu
tantôt cavelle par la tendance à prononcer a la première voyelle atone,
tantôt covelle par l'influence de la labiale suivante.
J. Storm.
Christiania, le 17 juin 1873.
PROSTHÈSE EN FRANÇAIS. — M'iCr EN PATOIS ^2Çf
II
UNE PROSTHÈSE APPARENTE EN FRANÇAIS.
Le vocabulaire hagiologique de l'abbé Cl. Chastelain, inséré en tête
du dictionnaire de Ménage, contient un certain nombre de noms de
saints qui ont l'air d'avoir pris en français un ch (ou un g) prosthétique.
Anemundus Saint Chaumond,
Annianus Saint Chignan.
Amantius Saint Chamant.
Hilarius Saint Chelvis, Saint Gely.
Eligius Saint Chelis.
Agatha Sainte Chapte.
Eparchius Saint Chipar.
C'est le groupe et de sanctus qui a pris le son d'un ch et qui est venu
se placer en tête du nom suivant. On a le même changement de et en
eh dans les mots allécher (allectare), cacher (coactare), empêcher (impac-
tare),/Zec/!/V (flectëre). L'orthographe Saincte Apthe, donnée par l'abbé
Chastelain à côté de Sainte Chapte (Sancta Agatha), nous montre le
changement en voie de s'accomplir.
Michel Bréal.
III
MIER (MERUS) DANS LES PATOIS.
Le mot mier, si fréquemment employé en vieux français, existe encore
à notre connaissance en deux patois modernes : le w^allon et le picard.
Le dictionnaire wallon de Grandgagnage nous donne les deux expres-
sions mierseû mierdiseù « tout seul », et mier long dans si stanrer fin mier
long « s'étendre tout de son long ». Les Satires picardes de Hector Cri-
non, laboureur, poète et sculpteur 'Péronne, imprimerie Recoupé,
1863), présentent l'expression mernu (mère nudus) : il s'agit de jeunes
filles trop amoureuses de la danse :
Quand i devrot aller tout fin mernu.
Haut qu'ess fille ail danse el long d'el nu.
Michel Bréal.
IV
NOMS DE PEUPLES PAÏENS DANS LA CHANSON DE ROLAND.
Le grand épisode de la Chanson de Roland qui s'intercale entre le
retour de Charlemagne à Roncevaux et la prise de Saragosse, et qui
Romania^ II 22
^JO MÉLANGES
raconte la bataille entre l'empereur des Francs et Vamiral de Babylone
(c'est-à-dire du Caire, cf. v. 2626), contient, entre autres éléments
étrangers au reste du poème, une curieuse énumération des nations
païennes qui forment les trente <( échelles » de l'armée de Baligant. Ces
noms sont de deux genres : ou bien le poète mentionne le pays ou la
ville d'où proviennent les combattants, ou bien il les appelle par leur
ethnique propre. Dans les deux séries, plusieurs noms sont parfaitement
intelligibles, comme par ex. cels de Jéricho, ou bien les Erinines, les
Mors, les Nigres, les Pers, les Tnrs, les Huns, les Hungres. Mais les noms
obscurs sont beaucoup plus nombreux. Génin a renoncé à les expliquer:
« C'est, dit-il, un problème que je lègue à l'Académie des Inscriptions et
à la Société de Géographie. » M. d'Avril avoue que ses recherches ne
lui ont fourni aucun résultat. M. Léon Gautier, après avoir proposé un
petit nombre d'explications, oppose aux autres une fin de non-recevoir.
« Que penser, dit-il [Ch. de Roi II, 217), des Bios, des Bruns, des
Son, des Gros, des Leus? Ce ne sont sans doute que des sobriquets
empruntés à la physionomie extérieure des païens. D'autres noms sont
encore plus fantaisistes... Les Pinceneis, les Boiteras, les Sorbres, les
Ormaleus et les Eugiez... tous ces vocables me paraissent peu explicables,
et je suis bien loin de partager l'idée de M. d'Avril, disant : « Il n'est
» guère admissible que le trouvère, si exact dans ses mentions géogra-
)) phiques relatives à la France, ait imaginé arbitrairement les noms des
» pays sarrazins. Je crois que ces noms se rattachent tous ' !) à quelque
;) souvenir et à quelque tradition. » Si l'on veut bien relire l'énuméra-
tion précédente, on se convaincra aisément que l'imagination y a eu le
plus grand rôle, n
Je partage l'opinion de M. d'Avril et non celle de M. Gautier, et je
vais l'appuyer en donnant l'explication de quelques-uns de ces noms
jusqu'à présent incompris ou mal compris. Je ferai d'abord remarquer
que la liste de Roland semble bien porter les caractères d'une rédaction
antérieure aux croisades. Les connaissances de l'auteur sur l'Asie parais-
sent des plus vagues, comme le montrent des expressions telles que cil
de Jéricho ou la gent Samuel ; il ne nomme que les peuples les plus
connus, comme ceux que j'ai cités tout à l'heure. Au contraire, il a puisé
une partie de sa nomenclature dans ses connaissances relatives aux
peuples païens qui, à l'orient de l'Europe, étaient, aux \x% x* et
xi'^ siècles, en lutte constante avec les chrétiens. Ces peuples se divisent
pour nous en deux grandes familles, les Slaves et les Tartares : il va
sans dire que notre poète n'y regarde pas de si près. Voulant opposer
à Charlemagne, qui guide toute la chrétienté, toute \a païenie sous les
ordres de Baligant, il a énuméré confusément toutes les nations infidèles
qu'il connaissait. Au milieu des altérations de son texte, voici encore
NOMS DE PEUPLES PAÏENS DANS le Roland J^I
quelques noms qu'il est facile de discerner comme appartenant à l'un ou
à l'autre de ces deux groupes '.
I. Slaves. Le nom même de cette grande race se trouve deux
fois, sous les formes Esdavoz (5225) et peut-être Esclavers (3245,
0. Clauers, Vs. Esclaners) ou Esclamers (cf. Klammen dans Conrad, Cla-
nierse dans le Stricker- : plus tard, à côté de la forme Escler, qui est de
beaucoup la plus usitée, on trouve EscLim et Esclamor. — On ne peut
méconnaître dans les Sorbres et les Sort du v. 3226 le mot Sorabe ou
Sorbe, dans deux représentations différentes. — Les Micenes, dont le
poète fait une description si bizarre (v. 3221 ss.), sont bien probable-
ment les Milceni, Miheni, Milciani {Mihane dans la Descripîio civitatum et
regionum ad septentrionalem plagam Danubiiap. Zeuss, die Deuîschen und ihre
Nachbarsî£inme, p. 600), que nous trouvons aux ix"^ et x*" siècles établis
dans la Haute-Lusace (Zeuss, p. 645) et qui paraissent (sans que je sois
en état de l'affirmer) avoir perpétué leur nom dans celui de la Misnie.
Ce rapprochement explique pourquoi leur nom, écrit en trois syllabes,
ne compte dans le vers que pour deux : il doit être prononcé Miçnes, et
est traité comme imagerie et autres semblables. Il est donc inutile de cor-
riger avec M. Hofmann Micenes en Micene. Quant à ceux qui ont vu dans
ces sauvages des habitants de Mycènes, il est inutile de les réfuter. —
A propos des Leutis (v. 5205, 3360), M. Gautier se borne à dire qu'« on
a prétendu à tort que ce sont des Lithuaniens.» Une explication plus plau-
sible a été donnée il y a bien longtemps par Reiffenberg qui, d'après
Mone, fait des Leutis des habitants de la Lusace ou Lausitz (voy. Phil.
Mouskes, II, xxv;. Ce n'est pourtant point encore la bonne interpréta-
tion ; c'est une confusion qui s'est faite souvent d'ailleurs, en Allemagne
même, et anciennement, entre les Lusici (Lmsizi dans la Descriptio) et
les Lutici (Ljuticzî). Ces derniers, appelés aussi Luîicii, Liuîici, Luiticii,
Leuticii, Lutizi, sont les mêmes que les Wilzes, et habitaient, entre les
Obotrites et les Pomorans, dans le grand duché actuel de Mecklembourg.
Je pourrais citer un grand nombre d'endroits o\x il est parlé p. ex. de la
durissima gens Luticensis (Pertz, IX, 4^), ou des barbari qui Liutici
vocantur (Pertz, XVII, 18). Mais je me bornerai à diux passages d'Adam
de Brème qui établissent l'identité dont il s'agit : Leuticios qui alio nomine
Wilzi dicuntur (Penz,WU, 312), et: ab illis Wilzi, a nobis dicuntur Leutici
(Ib. p. 344}. On voit que le nom et la terreur des Leutis, restés si popu-
laires dans toutes nos chansons de geste ^, avaient pénétré dans les pays
1 . Je ne puis me servir que du ms. d'Oxford, n'ayant pas sous la main l'édi-
tion de Vn. donnée par M. Ho'.mann ; l'épisode de Baligant manque dans la
Karlamagnùs-Saga. Les renouvellements ont complètement transformé le pas-
sage ou défiguré les noms, Çà et là on peut tirer quelque secours de la ver-
sion allemande de Conrad.
2. Les exemples français sont innombrables. Je citerai ce vers de Girart de
332 MÉLANGES
romans, par une phrase de la Chronique du Mont-Cassin (Pertz, VII,
805) où il est parlé de l'empereur Lothaire qui perplura annorum curricula
Leuticos expugnans siib romano imperio redegerat, et par un morceau curieux
de Raoul Glaber, plein d'ailleurs d'étranges méprises, ou^il placeà l'extré-
mité de la Rhétie {sic) la gens Leuticorum barbara, omni crudelitate ferocior
(Pertz, VII, 68). — Au v. 3225, au lieu de de Bruns et d'Esclavoz
M. Hofmann lit de Ros, c'est-à-dire de Russes, et cette correction, fon-
dée sur le ms. de Venise, se fortifie par le fait que Conrad parle égale-
ment de Rosse. — Je suis bien convaincu que les Leus (v. 32 58) ne sont
pas des « loups », mais je n'oserais y reconnaître avec certitude des
Leclis ou Polonais. — J'hésiterais encore plus, malgré la tentation, à voir
dans les Ormaleis 'Ormaleus ^245, mais Ormaleis est assuré au v. 3284
par l'assonance) les Jarmenses ou habitants slaves de l'Ermland, appelé Or-
maland ôâns les textes Scandinaves; 1'/ fait ici partie du mot land et non
du nom ethnique. — Ce qui n'est pas douteux, c'est que le pays de
Bruise (v. 3245), qui fournit la huitième « échelle, )> et où M. Gautier a
eu ridée assez inattendue de reconnaître Brousse en Asie-Mineure, est
la Prusse {Borussia, Bruzzia). Conrad aussi p. 275) nomme die Prussen.
On voit que ce n'est pas d'hier que les Français et les Prussiens se ren-
contrent sur les champs de bataille.
II. Tartares. On a reconnu sans peine les Huns, les Hungres (v. 5254)
et les ^v^r^ (v. 3242). Une autre identification, quoique moins appa-
rente, n'est pas moins sûre ; je veux parler des Pinceneis (v. 3241). Ce
nom, sous des formes assez altérées, se retrouve dans des poèmes plus
récents. Ainsi dans la partie inédite du Partonopeus, qui raconte des
guerres entre les Sarrazins, on lit : Ja l'ont pris Sarrasin ou Pinçonart ou
Rox ' . On parle aussi du pays de Pincernie ou de Pinçonie : Demain venra
le roy de Pyncernie, Qui C. M. Turs a en sa compagnie (Foulque de Candie,
p. 32; add. 124); A la traversera GoUasferir, un roi félon qui Pinçonie
tint fOarin, I, 40); La sesme esciele fist Baudus d'Aumarie, XX. milliers ot
de cels de Pinçonie [Aliscans, éd. Jonckbloet, v. 5356^1; Cette désignation
a passé avec d'autres, des anciens poèmes, et peut-être du Roland même,
Rossilho, que me signale P. Meyer ; on y voit les Leutis à côté de peuples
allemands : Lhi Bûvier et Ihi Saisnc et Ihi Lectïs (éd. Hofmann, v. 2162; le ms.
d'Oxford donne Letis).
1. Carpentier, qui me fournit ce passage, n'a rien compris à Pinçonart. Il
cite le mot sous pencerna : il aurait pu renvoyer à Pincinmiti, qui est un peu
plus loin. Pyncenart est indiqué par Tarbé dans l'index de Foulque de Candie,
mais ne se trouve pas dans les fragments qu'il a imprimés.
2. Le texte du manuscrit de l'Arsenal, suivi dans l'édition de MM. Guessard
et de Montaiglon (p. 153), donne paienk ; mais le texte de ce ms. est ici très-
inférieur à celui des autres : il lit dans notre passage sisme, et xx.>", qui fausse
le vers ; il passe deux « échelles » (après le v. 5079 et après le v. 5081), etc.,
etc.
NOMS DE PEUPLES PAÏENS DANS LE RoUnd ^35
à la tradition postérieure comme un simple nom qui amusait peut-être
par son aspect comique, mais dont on ne devinait plus le sens. Auxix''et
X* siècles, ce nom avait une signification des plus claires pour les habitants
de l'orient de l'Europe : il désignait la plus puissante et la plus féroce des
tribus tartares qui dévastaient sans cesse les provinces chrétiennes. Il
s'agit en effet des Petchènègues (gr. Ua'.T^-.vây.oi), désignés de bonne
heure par une forme nasalisée, et parfois, comme dans Pincernie,
augmentée d'une r intercalaire. Ainsi, dans un discours adressé à un chef
païen, Eckehard de S. Gall fait dire à Otton : Non te Thurcopolomm tuo-
rum vel Pincinnatorum mulîitudo défendit (Pertz, VI, 212) ; l'auteur d'une
chronique de Cremsmùnster nous parle de la Gens Ungarorum... a Pincer-
natis propulsa fPertz, IX, $52) ; la forme Pinciniatiri est donnée par une
chronique polonaise (Pertz, IX, 430). Ce nom avait pénétré en France,
comme le montre ce passage de Hugues de Fleuri (Pertz, IX, 392) :
Imperium Orientale a Tiircis et Pincenatis graviter infestabatur. Mais ce qui
prouve que la terreur inspirée par ces barbares fut bien grande, c'est
que leur nom devint, comme celui des Sarrazins, la désignation géné-
rale des ennemis de la chrétienté: une charte de 1096, citée par Du
Cange, est datée d'Angers, anno qao innumerus populus ibat in Jérusalem
ad depellendam Pincinnatorum perfidiae persecutionem. Les passages aux-
quels Du Cange renvoie à ce propos, et qu'on pourrait accroître, mon-
trent que les pèlerins, dans leur passage par les pays danubiens, eurent
fort à souffrir de ces tribus sauvages qui n'avaient jamais adopté la vie
sédentaire, et qui, toutes réduites qu'elles étaient, faisaient encore de
terribles razzias. Encore au xir' siècle, l'auteur de Vltinerarium Ricardi,
qui, pour la partie de son ouvrage oii il raconte la croisade de Frédéric
Barberousse, a suivi des sources allemandes, réunit, parmi les hordes que
l'empereur eut à combattre dans ces régions, Huni et Alani, Bulgares et
Pincenates ''éd. Stubbs, p. 44). Mais cette mention des Pinceneis (p.-ê.
vaudrait-il mieux lire Pincenas ou Pincenaz) est la dernière que j'aie
rencontrée. Battus à plusieurs reprises par d'autres peuples tartares, et
notamment par les Magyares qu'ils avaient lancés sur l'Europe, les Pet-
chènègues furent peu à peu absorbés par eux ; leur nom n'a laissé aucune
trace ' dans le pays qu'ils ont longtemps occupé (côtes occidentales de
la mer Noire' , et ce n'est pas de prime abord qu'on lui a restitué l'hon-
neur de figurer à la fois dans les Nibelungen - et dans la Chanson de
Roland.
1 . S'il était bien assuré que les Grecs aient appelé aussi les Petchènègues
BÉccroi, on pourrait retrouver leur nom dans celui de la Bessarabie ; mais c'est
ce qui me paraît fort incertain.
2. Dic wilden Pcsancerc (Bartsch, 1340). Je ne sais qui a trouvé cette iden-
tification, que donnent également Bartsch et Zarncke ; ni Mùller ni Lùbben
3)4 MÉLANGES
Les quarante noms ou environ que nous offre la liste du Roland ne
sont encore expliqués qu'à moitié ; il est à espérer qu'on trouvera le
mot de celles de ces énigmes que les bévues de copistes n'ont pas ren-
dues pour toujours indéchiffrables. Le résultat que nous possédons est
déjà intéressant. Il nous montre que la France et la Germanie, après le
démembrement de l'empire carolingien, ont vécu longtemps encore d'une
vie commune : l'armée de Charles , à côté des Bretons, Poitevins,
Auvergnats, Lorrains et Bourguignons ', comprend les Bavarois et les
Alemans ; les « barons de France » sont encore des Francs autant que
des Français 2; les Slaves et les Tartares sont, avec les Sarrazins, les
ennemis communs. Au reste, ce point de vue devait être bien plus sen-
sible dans les formes du poème antérieures à celle qui nous est
parvenue : car il est clair que celle-ci appartient à une époque un
peu plus récente que celle oh l'Europe présentait cet aspect. Je
n'en veux citer ici d'autres preuves que le rôle donné aux Normands
qui, au lieu d'être comptés, comme ils devraient l'être, parmi les pires
ennemis des chrétiens, figurent dans leurs rangs, d'une manière bien
effacée, mais sans qu'on puisse les en exclure, car ils forment à eux
seuls une « échelle «. Le remanieur qui leur a donné cette place
a dû faire subir à son texte, au point de vue ethnographique où
nous nous plaçons ici, bien d'autres altérations. Il est probable que la
plupart des anciens noms ne lui représentaient plus grand chose : quels
sont ceux qu'il a conservés, ajoutés ou modifiés ? C'est ce que nous ne
saurons sans doute jamais. Mais une étude attentive du ms. de Venise,
des traductions allemandes et des textes renouvelés permettrait peut-être
de restituer l'un ou l'autre de ceux qui étaient dans son texte et que les
scribes seuls en ont fait disparaître 3.
G. P.
Wœrterbuch zu der Nib. Not, 1854) "^ '^ connaissent.
1 . Il est singulier que notre poème, ni ici ni dans l'énumération des juges de
Ganelon, ne dise un mot des Lombards ou Italiens. Turpin connaît à Ronce-
vaux « quatre marquis de Lombardie. »
2. Il semble que les diverses mentions des Saisnes ou Saxons appartiennent à
deux couches différentes. Au v. 2921 (cf. 2330) ils sont rangés avec \es Hungrcs
et les Bugres parmi les ennemis, les gen: averses, et aux v. 3900, 3993, ils figu-
rent avec les Baivers, les Alemans, les Prisons et autres Tiedeis parmi les juges de
Ganelon. Des chansons de geste bien postérieures au Roland continuent cepen-
dant la première tradition, et font de Saisnc le synonyme de Sarrazin.
3. On a vu plus haut les Ros. Il y a des raisons de croire que les Pomcranicns
ou Pomorans, ces voisins des Leutu, étaient aussi mentionnés.
UN MANUSCRIT DE GuHlaume d'Orange J55
V
LE MANUSCRIT DE GUILLAUME D'ORANGE
ANCIENNEMENT CONSERVÉ A SAINT-GUILLEM DU DÉSERT.
Le manuscrit des chansons de Guillaume d'Orange qui a été connu le
premier est celui qui se trouvait jadis dans les archives du monastère de
S.-Guillem du Désert. Nous en devons la première notion à Guillaume
Catel, qui en donne la description suivante dans son histoire des Comtes
de Tolose, 1623, p. 50 '). « J'ay rencontré depuis n'agueres, dans les
)> Archifs du Monastère sainct Guillaume le désert, vn grand tome escrit
)) en vers François contenant la vie de sainct Guillaume le désert : ce
» Hure est fort ancien et a esté mal gardé, il est manque de plusieurs
)) cayers, et la pluspart des feuillets sont deschirés. Or il contient quatre
)) traictés, l'vn est appelle les enfances de Guillaume. Apres est le Couron-
» nement de Louys, qui est Louys le Débonnaire ; le troisième est le char-
)) roy de Nismes, et la fm est le Moniage de Guillaume. » Un passage des
Mémoires de l'Histoire du Languedoc par G. Catel, 1633, p. 549, complète
celui que nous venons de citer: « J'ay vn ancien Roman, escrit à la main,
)) de la vie de Guillaume au Cort-nés, qui est nostre Guillaume,
)) qui raconte comme il chassa les Sarrasins tant de la ville de Nismes....
1) que de la ville d'Orenge. Le Roman qui contient vn grand volume,
» escrit de lettre fort antique en vieux François, fort mal-aisé d'en-
» tendre à cause de son antiquité, est divisé en plusieurs liures. »
M. Léon Gautier (Epopées françaises, III p. 47) avance que ce manus-
crit est perdu. Je crois être en état de prouver que , loin d'être
perdu, le manuscrit en question se trouve à la Bibliothèque Natio-
nale sous le numéro 774 du fonds français (anc. 71863, fonds de Colbert
1377). La description de Catel convient parfaitement à ce manuscrit,
où nombre de feuillets sont déchirés ou enlevés. C'est d'après les titres
des branches qui existent encore (fol. 17'^ 3 3*^61 183 ■=) que Catel a
divisé le manuscrit en quatre parties. Il n'a omis que les branches qui
n'ont pas de titres {la Prise d'Orenge, fol. 41'' et le Covenant Vivien i.
71 ^), et celles qui ont perdu leurs premiers feuillets 'les Enfances Vivien,
la bataille d'Aliscans, le Moniage Renoart, Fouque de Candie) lesquels
partant manquaient déjà du temps de Catel. Ce ms. est bien connu
depuis longtemps, et M. Paulin Paris en a donné une soigneuse descrip-
I . Les renseignements de Catel ont été résumés par les auteurs des Acta Sanc-
torum, 28 mai p. 81 1, et par Clarus (Volk), Herzog Wilhelm von Atjuitanien, p.
3j6 MÉLANGES
tion (dans les Manuscrits français VI, p. 135-144). C'est aussi celui
d'après lequel M. Jonckbloet a donné tous les textes de son édition des
chansons de Guillaume (La Haye 1854), et dont M. Conrad Hofmann a
fait usage pour son analyse du Moniage Guillaume. En partie, on peut
comparer les passages du Moniage imprimés par Catel (Mémoires p. 570-
i) à l'extrait de M. Hofmann (Uber ein Fragment des Guillaume d'Orenge
p. 58-59). J'ai comparé le passage entier publié par Catel au Moniage
du manuscrit 774 fol. 223 ^, et toutes les différences que j'ai rencontrées
se bornent à l'orthographe. Mais Catel écrit le même vers une fois Li
Glorieus U Rois de Majesté [Histoire p. 51), l'autre fois Li glorieux li Roy s
de maiesté [Mémoires p. 549), il lit le même mot une fois print [Histoire
p. 51), l'autre fois prist [Mémoires p. 549); donc il n'a pas rendu exacte-
ment l'orthographe de son manuscrit.
La concordance du ms. et des passages cités par Catel est celle-ci :
Ms. fol.
I a = Catel,
Hist. p. 5 1 ;
I c = —
Mém. p. 568;
23^= —
- 567;
25 a= —
- 568;
27C= —
— 567;
28^= —
- 08;
— = —
Hist. p. 5 1 ;
33c= —
— 51, 52 et A/cm. p. 549, 568
71 a = —
— $1 ;
93 ^- —
Mém. p. 568;
J'ajoute en terminant que partout le ms. on lit des remarques écrites par
une main du xvi" ou du xvii^ siècle qui pourrait bien être celle de Catel ;
qu'en outre un certain nombre des passages indiqués dans le tableau qui
précède sont dans le ms, marqués d'un trait de la même encre que les
remarques:
Hermann Suchier.
CORRECTIONS
SUR QUELQUES PASSAGES DES GRAMMAIRES PROVENÇALES.
On ne peut que s'accorder à reconnaître la haute importance des
deux ouvrages publiés par M. Guessard sous le titre de Grammaires
provençales. Ce qui rehausse surtout le prix de la seconde édition (Paris,
1858), ce sont les tableaux de verbes et de rimes qui y ont été ajoutés,
lesquels suivent le traité de Ugues Faidit. Ils rendraient les plus grands
services à la lexicologie romane et par suite aussi à l'étymologie, si le
texte que nous en avons n'était pas dans un état si mauvais que l'atten-
tion la plus minutieuse est nécessaire à celui qui en fait usage. C'est
pour cela que l'on a déjà de divers côtés cherché à corriger ces séries
de mots à l'aide de connaissances acquises ailleurs de la langue pro-
vençale. Mais néanmoins on n'a pas encore tellement fait qu'il ne reste
de nombreux endroits qui éveillent à bon droit la défiance. M. Guessard
paraît s'être borné à reproduire les leçons du ms. bonnes ou mauvaises ;
nous devons quelques corrections excellentes à Diez, dont le Diction-
naire étymologique, dès la seconde édition, et dont les Glossaires citent
souvent Ugues Faidit, en rétablissant parfois tout d'abord le texte allégué
comme témoignage. Le comte Galvani, il y a deux ans, à l'occasion de
sa défense contre l'attaque dont il avait été l'objet de la part de
M. Guessard, a publié un nombre considérable de corrections, qui en
partie du moins méritent l'approbation, et non pas seulement lorsqu'elles
s'accordent avec celles de Diez, qui du reste lui étaient inconnues ' ;
enfin M. Gaston Paris a proposé dans la Romania {}, 234-6) des chan-
gements qui certainement obtiendront une approbation générale, mais
qui en partie déjà avaient été présentés dans l'écrit du comte Galvani.
Il serait bien à désirer que tout ce que l'on a fait pour rétablir un texte
digne de confiance fût recueilli et ajouté à la prochaine réimpression
après une nouvelle vérification sur les manuscrits. L'édition de M. Gues-
I. Difisa Jel conte Giovanni Galvani dalle accuse direttegU dal professorc
F. Guessard, Modena 1871. Estratto dagli opuscoli religiosi, ietterarj e morali,
série III, tomi III e IV.
?38 CORRECTIONS
sard sera, dit-on, prochainement épuisée : il est donc probable qu'on
fera une nouvelle impression de ces deux monuments : puisse-t-elle
répondre au vœu que nous exprimons ! Voici quelques nouvelles correc-
tions que je propose, faites, comme les précédentes, sans l'aide des
manuscrits, mais en utilisant parfois Rochegude, qui a incorporé dans
son Glossaire occitanien le glossaire latin-provençal (ou plutôt proven-
çal-latin) qu'il a trouvé dans un manuscrit de Paris, et qui est une
copie du ms. de la Laurentienne, XLI, 42 (il dit à tort 34), voy. sa
préface p. l. Rochegude ne cite pas le texte latin, mais le traduit toujours
en français. Il a commis certainement quelques erreurs, il est probable
aussi que parfois il n'a obtenu le mot latin qu'il traduit qu'en corrigeant
la leçon du ms. ; malgré cela, aussi longtemps que le contenu des manuscrits
ne sera pas exactement connu, son témoignage conservera de la valeur.
29 b. « Carcelar, portare sarcinam cum asinis ». Il faut lire carreiar,
fr. charrier.
30 a. « Distringar, occasionem omnem dare «. Rochegude a lu de
même. Il traduit un peu librement par « donner du temps i). Honnorat,
selon son habitude, a pris ce qu'il trouvait dans Rochegude comme
argent comptant. Il faut sans doute lire destriguar qui existe encore en
gascon dans le sens de « contrarier, empêcher, arrêter ». Dans le recueil
de rimes, 64 a, destriga est traduit par « impedit». Lisez offensionem^.
^2 a. i( Oscar, ditare». De même Rochegude « enrichir »; néanmoins
il n'est pas nécessaire de voir dans oscar un mot inconnu ; c'est le
terme que Raynouard a traduit justement par « ébrécher » et qu'il est
facile de confirmer par des exemples (voy. Flamenca 7883, las espazas
.... oscan, les épées s'ébrèchent; Gir. de Ross. 2647 los brans oscatz).
Ce mot pouvait être traduit convenablement par dentare.
7,2 b. (.<■ Refiudar, refutare ». Raynouard ayant trouvé refuydar, la
leçon refuidar, selon la lecture de Rochegude 2, est assurée; peut-être
1 . [Je ne crois pas cette correction probable : elle donne un mauvais sens et
laisse subsister omnem où est évidemment la difficulté. La copie que nous avons
à Paris (fonds latin 7534), porte occasione mot darc, au-dessus de moe il y a
un trait. Un paléographe des plus expérimentés me suggère occasionem more,
qui me paraît très-satisfaisant. — Ce ms. de Paris est celui dont Rochegude
s'est servi. C'est la copie du ms. de la Laurentienne XLI, 42. Je ne sais
pas, n'ayant pas vu l'original , jusqu'à quel point cette copie est e.xacte :
je me borne à noter que le Dictionnaire des rimes n'y commence qu'au milieu
de la rime en itz, au mot iransitz (éd. Guessard, p. 53 b.) C'est, comparative-
ment à l'édition, une lacune d'une douzaine de pages ; je ne sais si elle existait
déjà dans l'original. Puis, vers la fin du même dictionnaire, la traduction latine
des mots provençaux est omise. Quoi qu'il en soit, on va voir que cette copie
donne souvent le moyen de contrôler les corrections de M, Tobler et souvent
aussi les confirme d'une façon certaine. — P. M.]
2. [C'est en effet ce que porte le ms. de Paris. — P. M.J
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES 3 39
faut-il expliquer la forme provençale comme formée sur refui (refugium),
de même que en italien fiuîare a influé sur rifiutare.
3 3 a. « Roiicar, turpiter cum gula barrire ». Le mot catalan et espa-
gnol roncar ayant la même signification, de même que le provençal
moderne rouncd, on peut écrire avec assurance roncar [rhonchus, rhon-
chare, rhonchissare).
3 3 è. « Trepar, manibus ludere». L'addition manihus, que Rochegude
ne paraît pas avoir eue devant les yeux et qui ne se retrouve plus à la
traduction du nom et du verbe ireps (47 b), est fort suspecte.
33 b.aTombar, tomareo.Ce dernier mot n'est sans doute qu'une autre
forme du premier, laquelle est d'ailleurs connue ; la traduction cadere
(p. $4!? « ioms, cadas ») a été omise.
35 fl. « Mesprendre, derelinquere ». Il faut lire delinquere, comme on
le voit par de nombreux passages et par le tableau des rimes fp. 49 h)^
où mespres est bien traduit par deliquit; mais reprehensus doit être rayé.
35 a. (.( Antreprendre, ante prendere ». On voit souvent dans nos deux
recueils que an est écrit pour en, comme en français : p. 41 antreval,
p. $0 Valantines et p. 49 antepres, c'est-à-dire entrepres, qui là est rendu
exaciement par interceptas, intercepit. Il est à supposer que p. 35 aussi
ce qui avait été placé d'abord comme une forme parallèle de antreprendre
est devenu, par une erreur facile à comprendre, la traduction '.
35 h. (.i Refrire, resonare ». De même Rochegude; mais nous ne con-
naissons au sens de resonare que refrinher (non pas refrinhar, ainsi que
Raynouard écrit) ou rejrimar (Mahn, Ged. 280, i), d'où le substantif
refrim. Il faut probablement écrire recoquere.
36 ^. « Estremir vel eschovir, tremefacere »; puis « escemir, escernir;
perficere » ; puis «faillir, delinquere. » On cherche en vain dans Roche-
gude ce verbe étrange eschovir^. Peut-on, à côté de estobezirÇstupescere),
estobezens, estobezimen qu'il cite et dont il prouve l'existence par des
exemples, admettre une forme estobir {= lat. stupere, it. stupire), qui
pourrait à la rigueur être mise sur la même ligne que tremefacere (les
traductions doivent ici, comme on sait, très-souvent être entendues cum
grano salis. ? Ou bien a-t-il lu escharir? Il donne pour escarit, je ne sais
sur quel fondement, entre autres sens, celui d'« effrayé, éperdu».
Peut-être faut-il unir eschausir avec escernir de la glose suivante, et y
remplacer perficere par perspicere. Rochegude au reste a trouvé aussi esce-
rnir, mais il le traduit par diminuer, s'évanouir, rapportant probable-
ment à ce mot la traduction delinquere. Le mot provençal est à ma con-
1. [M. de Paris u antcprcndrc, interprendere. » — P. M.]
2. [Eschovir ne se trouve pas dans le ms. de Paris, non plus qu' escernir; il y
a : « estremir tremefacere, escernir perficere ». — P. M.]
540 CORRECTIONS
naissance d'ailleurs inconnu; il appartiendrait à sem, it. scemo, lat. semis.
56 b. « Glotir, glucire », 1. gliitire.
37 a. « Paluezir, paluescere ». Les deux fois il faut lire // au lieu
de lu.
^y b. « Revenir, meliorare ». La glose est à coup sûr correcte. M. G.
Paris (Romania 1,235) ^^ s'est pas souvenu que revenir en beaucoup d'en-
droits signifie « se guérir, se rétablir » ; c'est à cet emploi du mot que
pensait ici l'auteur ainsi que p. 58 1? : « revenguz, melioratus ' ».
41 b. « Caltz, calix», 1. calx. Le latin calix ne se trouve en français et
en provençal qu'avec l'accent déplacé, voy. Diez, Alîrom. G/., p. 113
(Traduction p. 105).
41 b. « Teiralhz, temptorium ». Rochegude a lu avec raison territo-
rium, car il traduit par territoire.
42 a. « Tams, par ». Nous lisons lettre pour lettre la même chose
dans Rochegude, qui ici n'a ni traduit ni même indiqué, comme il aurait
pu le faire au moyen d'italiques, qu'ici par n'est pas un mot français ;
Honnorat ne fait que rester conséquent avec lui-même en disant : « tams,
prép. vl, (c.-à-d. vieux langage), par ». On pourrait penser à tampir ou
îampar, mais il est difficile de mettre par d'accord avec ces mots ; au
nom de Cams (c.-à-d. Cham) on aurait ajouté Cham ou bien nomen
proprium.
42 b. « Mans, mandavit », 1. mandatum.
42 b. « Demans, petitis », \. petas (comme 41 b « entais, in luto mi-
tatis » au lieu de mittas) ou petitio ; de même la traduction de desmans
doit être mandes contra.
42 b. « Tans, ad tentoria paranda, tentes etcotex ambonis ». Ici aussi
on ne peut rétablir la bonne leçon sans quelque violence; tentes est la
répétition oiseuse et de plus corrompue de tantus de la glose précédente ;
le reste sera : cortex arboris ad coria paranda.
43 a. « Tancs, pannum, lignum acutum ». Rochegude dit : tronc
d'arbre, écharde, chicot. J'ignore comment il a obtenu le premier sens;
il est sans doute arrivé au dernier par la leçon parvum lignum acutum qui
s'accorde aussi avec la signification moderne de ce mot. Dans les Leys
d'Am. I, 216, le mot est employé dans un sens tout différent et difficile
à déterminer.
43 b. « Gollarz, ardens in gula ». Qu'il faille lire goliarz, avec Roche-
gude, c'est ce que montrent les Leys d^A. III, 98, qui, d'accord avec ce
que la traduction donne à entendre, considèrent ce mot comme un com-
posé de go/a et de ardre.
I. [Cette observation a déjà été faite par M. Chabaneau dans la Revue des'
langues romanes, voy . ci-dessus, p. 268. — P. M.]
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES J4I
43 b. « artz, ardens », 1. ardes.
43 b. « baucs^ quod ponitur supra manica[m] cultelli ». Le mot qui
est expliqué ici comme garniture ou virole du manche du couteau est en
tout cas le même mot que le français bou. C'est à tort que Diez en nie
l'existence •Wœrt., 3'" éd., II, 232, et Altrom. Gloss., p. 39).
43 ''. « Naiics, illud quod porci comedunt ». En provençal moderne
l'auge aux porcs se dit nau (dérivé naucada, le contenu d'une auge; ; il
faudra remplacer ^uod par in quo.
44 fl. « Blaus, bludus vel aëreus », 1. lividus^ comme Rochegude
semble avoir lu.
44 b. « Escoriatz, scoriatus ». Le / du mot provençal doit être consi-
déré comme/; Rochegude : « Escorgatz, écorcé, scorticatus »; la traduc-
tion devra être excoriatus, le participe du verbe par lequel escortegar est
traduit p. 30 b.
45 a. uBaias, insipidus ». Rochegude a bagas, garçon, insipide; il
confond ainsi deux mots qu'il aurait dû séparer et qui sont en italien
bagascio et baggiano. C'est au second que nous avons affaire ici.
45 a. « Fas, fanum » auraient dû être écrits par M. Guessard avec
des majuscules, étant des noms propres (Fano, ville d'Italie).
45 b. « T^j^ea, insultus », de même Rochegude. Faut-il peut-être lire
tarées, dont la forme et la signification correspondraient exactement au
vfr. tariier, exciter, attaquer ?
45 b. « Bavecs , baveca quod de facili movetur », Rochegude a
« Bareca, barecs, ce qu'on ôte aisément », et plus loin : « Bavec, épi-
lepsie, grand bavard. Bavec roina, peson, romaine. » Il faut ajouter un
adjectif en provençal moderne barec, dont la signification est « niais »
selon Honnorat. Le texte de Bernart de Venzenac que cite Raynouard
(Lex. rom. II 203 ,n'a certainement pas bien été compris par lui et semble
favoriser le sens de balance; malheureusement cette poésie n'est pas
encore imprimée '.
45 b. « Encexs, exsequeris ». C'est exceceris qu'il faut lire : il y a
p. 64 d[ « encega, excecat ».
45 b. « Fleis, fit contentus ». Le mot provençal doit être un subjonctif;
il faut donc lire sit au lieu de fit ; c'est le verbe provençal employé à la
forme réfléchie que l'auteur a voulu traduire.
45 b. « Le/5, lectus ». Le mot qui vient de lectus ne peut pas être
dans la série des rimes où nous trouvons leis; l'endroit auquel il appar-
tient est parmi les rimes en ethz larg, 50 b. C'est legis qu'il faut lire au
lieu de lecîas.
I. [Elle se trouve dans Mahn, Gcdichte, n" 280, d'après le ms. de Sir Th.
Phillipps, dont la leçon, pour le vers en question, est confirmée par les autres
mss. que j'ai vus. — P. M.]
^42 CORRECTIONS
45 b. « Meis, misit ». Rochegude a la bonne leçon : miscet ; au latin
misit correspond mes, qui se trouve aussi 49 1^. La même faute se répète
p. 64 /', où intermisit, qui explique antrebresca, doit être remplacé par
intermiscet; Rochegude a « entrebescar, mêler, entrelacer ».
46 a. « Panelz, parvus panis vel banda »; Rochegude aussi dit « bande
d'étoffe )) ; malgré cela je suppose qu'il faut barda '.
46 a. « Barutelz, stamina ad purgandum farinam », 1. crumina^.
47 a. « Gens, pulcher velpulchra». Le féminin àegensest genta; mais
pulchret de pulchrare (Ugutio) correspondrait au subjonctif de gensar.
48 a. « Moiniers, molinarius )>, 1. moliniers.
48 a. « Saumatiers, custos saumarii». On serait tenté d'écrire savmariers,
cependant on rencontre aussi en ancien fr. sometier à côté de somelier
(= fr. mod. sommelier); voy. Romania II, 244.
48 b. « Colliers, collo ferens ». Il faut sans doute écrire colliers qui en
ancien français signifie aussi porte-faix et n'y a pas 1'/ mouillée. Les
plus anciens monuments distinguent régulièrement coller ''coUare) de
collier (*collarius).
48/7. « Sabtiers, calciamenta faciens », 1. sabatiers.
48 b. « Rainiers, miles qui non habet nisi unum rocinum ». La bonne
leçon est rociniers ou ronciniers, que Rochegude mentionne avec raison
comme un terme de mépris, mais sans le traduire. On doit entendre
unum comme article indéfini ; le rocinus est opposé au dextrarius qui ne
doit pas manquer au vrai miles.
48 b. « Ciriers, cirarius vel citharista ». Le cerisier, que l'on s'attend
à trouver parmi les arbres fruitiers, se dit cerier; pourtant il n'y aurait
rien à objecter à une forme cirier; mais je ne sais pas comment l'un ou
l'autre de ces mots pourrait désigner le joueur de guitare. De cidra ou
sedra (Bartsch, Denkm. 95, 5) peut dériver cidrier, sedrier, mot qui ne
saurait être en même temps le nom d'un arbre, à moins qu'il eût existé
un mot tel que cedrier du même sens que cèdre (citrus) .
48 b « Sorbiers, sorbarius, vel corbellarius ». Il faut probablement
lire sorbellarius ayant le même sens que sorbarius, c.-à.-d. sorbus.
48 b « Mespoliers, vespo vel (/. nespoliers] esculus ». Le glossaire de
Lille traduit aussi nef/lier par esculus.
48 b « Poliers, larius ». M. G. Paris a proposé pullarius; on pourrait
aussi penser à lanius. Rochegude paraît avoir rapproché de ce mot le
mendax qui est à sa place deux gloses plus loin : il traduit polier par
menteur.
i. [Je suis persuadé que la leçon banda est excellente. La bcndcesi, comme on
sait, une partie du costume de la femme, couvrant la partie inférieure du visage;
voy. le glossaire de Flamenca au mot banda, et Romania I, 417, note. — P. M.]
2. [Stamina doit être gardé. Il s'agit de bluteaux laits en étamine. — P. M.j
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES ^4:;
49 a « Verps, lupus d. Je suppose qu'il faut lire guerps : linquis.
49 a « Aderms, inhabitabilem facis », 1. faclas.
49 b « Aertz, inheret ». Rochegude traduit aussi par la troisième per-
sonne; cependant le verbe provençal, à ce qu'il me paraît, ne peut être
qu'à la seconde ; 1. inhœres.
49 b « Ences, incendis ». Il faut lire incendit.
50 i2 « Pôles, Appulli », 1. « Polhes, Apuli ». — Au lieu de « Ter-
tones, Tertonenses » il faut sans doute lire Torîones, Tortonenses, car il
n'est pas probable que la forme latine Dertona se soit conservée aussi
longtemps. Est-ce à notre glose que Rochegude a pris « Tortoira, Tortose
en Catalogne »? Les « Saones, Savonenses » sont les habitants de Savone;
la forme latine doit être corrigée en conséquence.
50 1? « Methz, médius vel contemptus ». Les deux derniers mots
appartiennent à la ligne suivante, où despethz est traduit par dispecîus
(1. despectus). Tout de suite après il faut remplacer expectatum, la traduc-
tion de respethz, par exspectatio, de même que inîricatiin, traduction de
tries, p. 5 1 a, par intricatio.
50 a « Esplethz, habens usum fructum », 1. habeas.
5 1 a « Canzics, increpatio; canzics, increpes ». De même Rochegude
qui traduit cancicz par réprimande, etc. L'existence de ce mot paraît
néanmoins douteuse; au contraire caussigar {de caussa, soulier) « fouler
avec le soulier » est conservé dans un parlimen bien connu et est
encore en usage aujourd'hui ; on a sans doute pour le traduire forgé de
crepida 'qui équivaut pour le sens au prov. caussa) un dérivé increpidare.
Il faudrait donc corriger : « Caucixs, increpidatio » et « increpides. »
<^\ a ((■ Afics, oneraris ». Le mot latin devrait être au subjonctif; mais
onereris serait aussi une mauvaise traduction. Obnitaris au contraire
donne de la manière la plus exacte le sens de ajics dans une construction
réfléchie.
52 ^ « Latis, latine vel latinus ». Après latine il faut intercaler loqua-
ris; comp. 5 1 ^ « latinar, latine loqui » '.
$2 a ciFcnis, debilis». Rochegude a lu de même. Faut-il changer/en/V
enfemnis et lui attribuer la signification, qui n'a pas été relevée, de
« efféminé » ?
53 ^ « Solorius, solitarius ». Rochegude a « solorius, solitaire » et de
plus « solorla, noble, unique, supérieur » ; malgré cela je tiens que
soloriu ne peut être accepté sans un témoignage assuré, et je suppose
qu'il faut écrire « solulius, solutivus ».
53 a « Furius, amens ». Furius est encore une forme impossible que
1 . [La leçon du ms. me paraît très-acceptable sans addition d'aucun genre.
— P. M.]
^4 CORRECTIONS
Rochegude cette fois ne confirme pas, mais il doit peut-être à notre
glossaire « auriu, emporté, fougueux ' »,
5 5 i; (c Vols, voluit «, 1. volvit; de même « sols, soluit », 1. solvit.
5 3 t « Moiols, cifus ^ vitreus ». La signification de vase à boire, qui est
celle du latin modiolus, n'a pas encore été attribuée jusqu'à présent au
mot provençal qui en est sorti; néanmoins elle paraît lui appartenir dans
le passage d'Arnaut Daniel (Mahn, Ged. 425 ou 1284, 3; que cite Ray-
nouard, IV, 244, qui fait à cet endroit deux contre-sens. Si vitreus est
exact ou s'il faut lire vitellus (moyeu), c'est ce que je ne veux pas
décider. Rochegude dit siphon (à tort), sans rien ajouter qui indique la
matière ? .
54^ « Molhz, perfundas, humectes ». Aqua qui n'a aucun sens dans
la glose précédente doit être mis à côté de perfundas, Comp., p. 65
b a molha, aqua perfundit ».
54 fl « rohlz (1. rolliz, lignum cum quo furnus fingitur ». Quel bois
il faut entendre ici, c'est ce qu'il serait difficile d'imaginer, A ce que
je suppose, nous avons ici le mot sur lequel a été calqué le bas-latin
roilla, cité par Carpentier, et dont l'anc. fr, roi7//gr est un dérivé fréquent.
Le premier signifie sans doute « traverse », le second a le sens assuré de
« charpentier », de même roilleïs comme adjectif a la signification de
« charpenté », comme substantif de « charpente ». Le provençal mo-
derne roi « tronc d'arbre » que Carpentier cite et que Honnorat connaît
également, doit vraisemblablement en être séparé. Ce mot se présentant
sous la forme roui, n'a donc pas un 0 lare, comme Ugues Faidit l'attribue
à rolhz, et son / n'est pas marqué comme mouillé. Si ce que je viens
de dire est juste, il faut peut-être mettre murus au heu de furnus et
entendre une cloison 4.
55 fc « ores, quedam herba ». A quelle plante avons-nous à faire? le
mot n'est certainement pas identique avec orge, par quoi Rochegude le
traduit. Honnorat donne ^or_gue? au sens d'« agaric oronge», où d, comme
dans l'ancien provençal dorca « cruche » pourrait être prothétique.
Orchis ne parait nulle part avoir été populaire 5.
55 t « Estorcs, evellas », Rochegude a lu de même; on ne peut
songer à un composé de îorquere, parce que Vo de estorcs est fermé ;
1 . [Assurément : « Aurius, amens, » ins. de Paris. — P. M.]
2. C'est-à-dire scyphus, comme « naps, cifus « 40 a.
3. [Ms. de Paris vitreus, et avant ce mot, des points, pour indiquer un mot
non lu. — P. M.]
4. [Il me semble qu'il ressort de la glose « lignum cum quo furnus fingitur «
un sens excellent : celui de charpente cintrée destinée à la construction d'une
voûte en cul de four. 11 n'y a donc rien à corriger. — P. M.]
5. [Je trouve « orgues, hièble » dans le Catalogue botanitjue de M. G. Azais.
— P. M.]
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES 345
peut-être faut-il lire cscorcs, qui serait le subjonctif de escorgar, mais qui
serait insuffisamment traduit par evellas : il faudrait ajouter pellein.
5 5 /? « Renous, renovus », 1. rénoves. — « Plous, pluit », 1. plais.
5 $ h Parmi les mots en ors lare nous en trouvons deux que nous
aurions rangés parmi ceux qui ont ors estrcit, (iors, orapanni» (normand
ut), et « tors, pars » (it. tàrso,.
55 ^ « Pors, portus ». Au latin portas correspond portz, qu'on trouve
p, 56 /' à la note, et p. 65 b. Il faut lire porrus '.
55 /; « Fors, foras vel punctus. » Fors peut être outre l'adverbe
qu'on connaît [foras), le subjonctif de forar, et doit comme tel être
traduit par pertandas.
56 è « Bortz, manuum sonus. » Rochegude n'a rien de pareil; la litté-
rature ne paraît pas non plus présenter le mot dans un sens de cette
nature ; mais nothas, falsas, sont trop éloignés.
56 b « Borns, pomum tentorii. » C'est aussi ce que l'auteur du Glos-
saire occitanien a lu; peut-être y avait-il à l'origine nomen territorii?
57 a « Coatz, cultus vel paries ». Au lieu du second il faudra
mettre patiens dans le sens du provençal sofren, du vieux fr. soffrant (cocu) .
57 /? (( Potz, potest », 1. potes.
57 t « Regotz, recurvitas capillorum », leçon qui peut être correcte,
mais Rochegude traduisant « tresses, boucles de cheveux », ne saisit
pas la pensée de Hugues Faidit. Le sens sera plutôt « sommet de la
tête ». Pyegotz paraît être pour regortz, qu'on rencontre souvent en ancien
français avec le sens de tourbillon et qui a aussi un 0 ouvert (rime avec fort) .
La forme regot dans Ren. de Mont. 1 09, 1 9, est pour moi un peu douteuse.
57 b « Trebucs, calige tracate »; 1. truncate.
57 t « Claucs, clausus ». Peut-être « cazucs, caducus » ?
S"] b «. Calucs, curtum habens visum ». Diez [Wœrt. II 5) s'en tient à
cette traduction, et avec raison, ainsi que le prouve l'endroit du Brev.
d'Amor (v. 5102) auquel il renvoie. Dans la Grammaire, ^^ éd. II, 512,
il suit Rochegude, qui traduit le mot par camard, sans doute pour avoir
lu nasum au lieu de visam^.
58 fl « Aturs, conaris », 1. coneris.
58 fl « Urcs, partus; Tares, genus Saracinorum ». Rochegude traduit
le premier de ces mots par « cri de l'ours » et comme on rencontre
urgare pour désigner le cri de l'ours (voy. Wackernagel, Voces var.
anim. p. 60 et 104;, ce peut être juste. Dans le texte de M. Guessard,
comme il arrive souvent, la traduction paraît avoir été omise ; partus
(c.-à.-d. Parthus) devra être uni au mot suivant.
1. [Parus dans le ms. de Paris. — P. M.J
2. [Il y a nasum dans le ms. de Paris. — P. M.]
Romania, II 2J
^46 CORRF.CTIONS
58 i? (( Grutz, farrum ». Rochegude traduit « farce, hachis », et paraît
donc avoir lu farsum ' .
59 ti « l'as, unus; us, unus ». Un changement est ici encore indis-
pensable; la première de ces gloses est probablement «/u5, fusus»; peut-
être faut-il lire aussi dans Raimon Vidal, p. 77, à l'avant-dernière ligne,
fus au lieu de lus, parce que ce dernier mot lundi) ne se rencontre guère
au pluriel et, si l'auteur avait trouvé bon de le citer, il n'aurait
pas manqué de l'accompagner des autres jours de la semaine en s^.
59 a « Estancs 0 estanques, liges ». Plus haut, p. 40 a, estacs est tra-
duit par liges; c'est d'après cela qu'il faut corriger ici; tança et estanca,
p. 63 t, sont traduits exactement par)zrmfl/ et rÊ///7da^uflm.
61 b aAcantela, latus déclinât». Rochegude a «.acantelar, recogner»,
ce qui n'est guère admissible : le verbe ne saurait avoir un autre sens
que acanîar, dont le subjonctif acans, p. 42 h, est traduit par in latus
déclines "i.
62 b (.( Anualha, inertia », 1. nualha.
62 b i( Morallia, quod pendet in vecte ». Galvani rapproche avec
raison ce mot du fr. moraillon; ajoutons encore que l'article moralha
du Lexique roman doit être corrigé en conséquence.
62 b « Tartalha, loquitur fréquenter et pretiose », a été admis par Diez
dans son Dictionnaire; le dernier mot néanmoins est certainement faux
et doit être remplacé selon toute apparence par precipitose, ou plutôt,
d'après p. 29 a (bretoneiar), par impetuose.
62 b « Falha, quidam ludus tabularum ». Roquefort donne, au mot
faille, un passage où il y a;oer a totes failles, mais sans l'expliquer.
63 y « Abranca, capit vimen ». D'après M. Galvani le ms. porterait
vimine; c'est peut-être « vi » qu'il faut lire.
63 fc « Manca, mulier amissa », Rochegude « femme perdue », ce qui
fait contre-sens, il faudra intercaler manu avant amissa; comp. mancs et
esmancs (auferas manum), p. 43 a.
64 b « Esca, esca cara cani », 1. data cani (?)
64 b « Escaira, quadrum distrue », 1. in quadrum distribue (partage' .
64 b « Rossa, runcia », 1. ruhida.
Poursuivre toutes les corrections dont le traité de Raimon Vidal a
besoin nous mènerait trop loin ; qu'il me suffise d'en présenter seulement
quelques-unes qui doivent empêcher des erreurs de fait.
1. [La traduction est laissée en blanc dans le ms. de Paris. — P. M.]
2. [Probablement « lus. lucius ». — P. M.]
^. [En effet, le ms. de Paris a « in latus déclinât, n il y a un pâté sur in,
mais on lit tout de même. — P. M.J
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES 347
P. 77, il est impossible que le grammairien ait admis res parmi les
mots qui ont s fixe à la finale ; il faut sans doute mettre à la place ros,
que Faidit, il est vrai, ne comprend pas dans la série, mais que les
Leys, II, 1 58, n'ont pas négligé de citer. Au lieu du mot inconnu gems
il faudra écrire, d'accord avec Faidit, fems dont \'s fixe de même que les
dérivés du vieux irancâis fimbrier, fembroy et le yerhe feinbrer supposent
une déclinaison /mu5, femoris. Il faut aussi remplacer condus par conclus.
Au lieu de Pais, p. 78 il faudra écrire Paris, le considérant ici comme
nom de personne, tandis qu'au commencement de la série établie par
R. Vidal, il doit être pris comme nom de lieu. Faidit, p. 10, ne met
Paris qu'une fois, mais le traducteur dit civitas vel proprium nomen viri.
P. 85. Dicis (1. dis ou ditz) en P. Vidal verge per.... e galisc per galesc.
Après /jer il manque, dit la note, un mot dans les manuscrits; Galvani
pense à verga, mais néglige de vérifier les formes citées comme fautives
dans P. Vidal: il ne les y eût pas trouvées, car elles n'y sont pas;
en revanche nous trouvons galics à la rime dans Peire d'Alvergne, dont
le nom est facile à découvrir dans P. Vidal verge '. Voici le passage :
Per qu' ieu n'am mais so que n'ai qu'esser reis
Ni ducs ni coms d'Escotz ni de Galics.
C'est là qu'il aurait dû dire d'après le grammairien Galecs (pour
Galescs ?) .
Adolf TOBLER.
Berlin, le 21 mars 187^
Le traité de Raimon Vidal de Besalu nous est parvenu en assez
mauvais état, comme le donne à entendre M. Tobler dans les lignes qui
précèdent. Les deux mss. qui nous l'ont conservé, l'un à la Lauren-
tienne, l'autre à la Riccardienne 2, sont passablement corrompus, et
diffèrent à tel point qu'on hésite souvent à corriger l'un avec l'aide de
l'autre. M. Stengel annonce ? la prochaine publication d'un mémoire sur
les grammaires d'Ugo Faidit et de Raimon Vidal, pour lequel il a étudié
les mss. d'Italie : je suis persuadé que de toute façon ce travail fera
1 . [C'est la leçon du ms. de la Laurentienne, sauf qu'il y a ("du moins selon
la copie de Paris, dicis et non pas dicis qui n'est qu'une faute d'impression. La
correction est du reste indiquée par la variante du ms. Riccardi, rapportée p. 86
de l'édition. — P. M.] ^^ ^
2. Je ne compte pas le ms. de Paris, simple copie du ms. de la Lauren-
tienne.
5. Sur la couverture du premier n» de la la Rivista di Filologia romanza.
548 CORRECTIONS
disparaître bien des difficultés, mais je crois pouvoir dire qu'en ce qui
concerne particulièrement Raimon Vidal, le meilleur moyen d'éclaircir
son petit traité, ce serait d'en publier in extenso et en regard les deux
textes, je dirais volontiers les deux rédactions. Il y aurait, à en juger
parles notes de l'édition de M. Guessard, bien des passages inintelli-
gibles, mais des leçons corrompues textuellement reproduites laissent
souvent transparaître le vrai texte, et le traité est assez court pour qu'on
puisse se passer le luxe d'une double reproduction.
Le fait même qu'il existe deux leçons du même opuscule équivaut à
dire qu'il a subi dans l'un des deux un remaniement, et c'est une preuve
de plus du succès qu'il a obtenu au moyen-âge. Ce succès l'a amené
d'Espagne, où il a selon toute apparence été composé pour les beaux
esprits de la cour de Pierre II d'Aragon, jusqu'en Italie, les deux mss.
de Florence étant d'origine italienne. On comprend qu'il a pu subir en
route bien des altérations. Mais il ne faut pas désespérer d'en retrouver
quelque texte en Espagne : si pauvre en manuscrits que soit ce malheu-
reux pays, on retrouvera peut-être le recueil signalé par Jaime de Villa-
nueva comme contenant les « Règles de trobar compuestas por Raimon
Vidal de Besalu, y expUcadas por Jofre Foxa '. n
En attendant, celui qui veut expliquer ce texte, ce que je fais chaque
année à l'École des chartes, est bien obligé d'avoir recours à la critique
conjecturale. Voici donc quelques conjectures que je joins à celles de
M. Tobler. Je laisse de côté bien entendu tout ce qui tient à la correc-
tion grammaticale, me bornant à dire à cet égard qu'on pourrait très-
légitimement corriger les fautes contre la déclinaison qui abondent dans
les deux mss. ; il est même fâcheux de laisser le troubadour grammairien
sous le poids de ces mêmes fautes qu'il savait si bien découvrir dans les
écrits des autres. On pourrait aussi, avec tout avantage, efïacer les traces
d'orthographe italienne, en écrivant quar, que, etc., au lieu de qar, qe;
de même paraula, et non paraola, etc.
P. 69, l. 4, « com devon, segre la drecha maniera de trobar », je
propose deu cm, ce qui n'est mêm^ pas une correction (deuô). A la vérité
devon peut ici se soutenir, à cause à'aquelz qui précède et auquel on peut
le rapporter. Mais la même raison n'existe pas pour les passages sui-
I . Jaime Villanueva, Viaje literario a las Iglesias de Espana, xviii, 232. D'après
Villanueva ce ms. se serait trouvé à la bibliothèque des Carmes déchaussés
de Barcelone, et Terres Amat dit la même chose plus sommairement dans ses
Mcmorias au nom Foxa. Mais il semble résulter d'une note de M. Mila,
Tiovad. en Esp., p. 478, que ce ms. ne se retrouve plus. — On a bien souvent
cité le passage où le marquis de Santillane parle de Raimon Vidal et de la
« continuacion de! trnbar hecha por Jufrc de Foxa « que mentionne aussi le
marquis Enrique de Villena, voy. Wolf, Studien, p. 237-8.
SUR LES GRAMMAIRES PROVENÇALES 349
vants du même traité : même page, dernière ligne du premier alinéa :
« Per qu'ieu vos dig que en deguna ren... non devon ren ostar... »; —
p. 79 I. 6 du bas, « devon dir » (il y a deu hom dans le même cas, deux
lignes plus bas: ; de même p. 8i 1. 6 dizon doit être lu diz om.
P. 70 au milieu de la page, auzion n'est pas possible, il faut auzon, au
présent.
Même page, un peu plus bas : « leu non die ges que totz los homes
)) del mon puesca far prims ni entendenz, ni que fassa tornar de lor
)) enveitz senz plana paraula ». Voilà une phrase qui ne manque jamais
d'arrêter court mes meilleurs élèves. Je crois que le moyen d'en tirer
un sens est de lire cnviîz au lieu à.'envehz^ puis on construira : « ni que
» plana paraula fassa tornar senz de lor envitz », c.-à.-d. : « ni qu'une
» simple parole ait le pouvoir de les rendre sensés malgré eux». Toute-
fois, c'est un peu contourné.
P. 71 au milieu : «... quar non sabon lor lenga; per que mielz lo
conois », corr. la.
P. 72, 1. 1 de l'avant-dernier alinéa: u Las paraulas substantivas son
aiso com... » 1. aisi.
P. 73, au dernier alinéa : (c ... en romans totas las paraulas del
» mont... son masculinas 0 femininas 0 comunas 0 de lur entendemen,
)) aisi com ieu vos ai dig desus. En petitas en fora que pot hom abreu-
» jar... » Il y avait dans la première édition petit us que M. Guessard a
bien fait de corriger en petitas, d'après le ms. Riccardi, mais le passage
n'est tout de même pas clair. Je mettrais une simple virgule, après
desus et je continuerais : « las petitas en fora » c.-à.-d. « à l'exception
des petits mots » ; et en effet, les exemples cités plus loin sont de très-
petits mots : bon, mal, bel. Le en que j'ai souligné est visiblement une
anticipation de celui qui suit à un mot d'intervalle.
P. 74 1. I et 2 je ponctuerais : « ... son masculinas .... en romans,
» d'aquest dos cas en fora... »
Même page, 1. 4 du bas : Si totz n'est pas satisfaisant, il faut sitôt,
« quoique ».
P. 7$ 1. 9 et suiv., ponctuez : « mas, per so que li nominatiu... non
» s'alongan mas per cels que an la drecha parladura, ni li nominatiu plural
» non s'abreujon mas per cels que an la drecha parladura, vos voil... »
Ibid. Le premier vers cité est ainsi écrit et ponctué : « Ben s'estai,
donpna, ardimenz ». Il faut : « Ben s'estai a dompna ardimenz ». C'est
du reste ('sauf estai et non s'estai) la leçon que Raynouard a adoptée en
publiant le texte de cette pièce.
Ibid. Le dernier vers de cette page doit plutôt se lire : « E vos, dompna,
pros franch' e de bon aire. )>
P 76. Le vers de B. de Ventadour : Ar me consilhatz senhor, est le
5 50 CORRECTIONS
premier d'une pièce qui se trouve dans 1 7 chansonniers qui se réduisent
à 1 5, comme le dit en note M. Guessard, si on compte pour un ceux
dont nous avons deux exemplaires. Mais nulle part je ne trouve la leçon
de Raimon Vidal. 856 'fol. 57; poneAcosselhatz mi, LaVallière (pièce 479)
Ar m'acossellialz, Venise f. 62; Ara m'escoutatz, le ms. Giraud fpièce CIV)
Aras consseilhatz, et tous les autres Aram ''ou Eram cosselhatz. C'est, je
crois, la leçon qu'il faudrait rétablir, ou peut-être celle de La Vallière.
P 77 1. I « en entendement en féminin » est une faute qui se trouve
dans la copie de Paris, sinon ailleurs; il faut de au lieu du second en.
Mais, 1. 5 du bas, vol est une faute d'impression pour vos.
P. 78 1. 7 « car son acusatiu singular » ; p. 79I. 12 du bas, « per so
car trobares... Dans ces deux cas le sens exige cant. »
P. 78 I. 20 (( bon sap le venirs j), plutôt bom.
P. 80 I. 8 du bas, cette phrase : « Aquestasson cellas ^paraulas} que
» hom dis plus d'una guiza en totz locs », me paraît aller directement
contre la pensée de l'auteur : je proposerais donc l'intercalation de [non]
avant dis.
P. 82 1. 12 du bas, il faut couper et ponctuer ainsi : « 0 qui dizia :
Acjuel reîrac de vos gran mal ».
P. 84 les quatre vers de Peire Vidal sont presque inintelligibles, rien
n'est plus facile que de les corriger à l'aide del'éd. de M. Bartsch, p. 1 5.
Ibid. 1. 8 du bas « (je dels melhors 'trobadors) n'atrobaria hom assatz
» mais... de malvasas paraulas mal dichas », cette leçon n'est pas
inadmissible, mais pourtant je soupçonne que l'original portait qued sis.
Ibid. dernier alinéa. Il y a de l'obscurité pour moi dans cette phrase :
i( Las autras paraulas del verb, per so car ieu non las poiria totas dir
» sens gran affan, totz hom prims las deu ben esgardar. Et eu cant aug
» parlar las gents d'aquella terra, e demant a cels que an la parladura
» reconoguda e ques gaston, on li bon trobador las an dichas ». La
leçon, assez différente du ms. Riccardi, qui est partiellement citée en
note, donne à croire qu'il y a dans notre texte une omission de quelques
mots. Cependant cela n'est pas bien sûr et on pourrait corriger :
«... las deu ben esgardar cant au parlar... reconoguda, e qu'esgart om
» on li bon...' »
P. M.
\
\
I. Ms. de Paris : c qucs gas bon!
COMPTES-RENDUS.
I Reali di Francia. Volume I. Ricerche intorno ai Reali di Francia per
Pio Raj.na, seguile dal libro délie Storie di Fioravanle edal cantare di Bovo
d'Antona. Bologna, Romagnoli, 1872, in-8°. xx-^éSp. — Prix: 11 fr. 35.
(Collezionedi opère inédite 0 rare dei primi tre secoli délia Lingua.)
Les Reali di Francia, cette grande compilation de romans en prose relatifs
à des souverains plus ou moins historiques de la France, sont encore
aujourd'hui le livre le plus populaire de l'Italie. Cette popularité même les a fait
longtemps dédaigner des savants, qui n'ont reconnu que très-récemment leur
importance pour l'histoire littéraire. On les apprécia d'abord, comme il est
arrivé d'habitude en Italie, au point de vue du langage : la langue, qui chez
nous est ce qui rebute le plus dans les productions du XIV et du XV»^ siècle,
en forme pour nos voisins le principal attrait. C'est comme testo di lingua que
Gamba, en 1826, donna des Reali une édition revue sur l'édition princeps
(Modène, i486). Les critiques allemands, surtout Schmidt et Ranke, étudièrent
les premiers les Reali à un autre point de vue, et en apprécièrent diversement
la valeur pour le développement de la poésie épique en Italie. J'ai essayé, dans
mon Histoire poétique de Charlemagne, de préciser un peu plus la place de ce
curieux recueil dans l'histoire de l'épopée carolingienne. Voici maintenant la
science italienne qui s'empare à son tour de ce sujet qui lui était de droit dévolu.
Les Reali vont être publiés dans un texte reconstitué bien plus soigneusement
que celui de Gamba, c'est-à-dire revu sur les manuscrits, et ce texte est précédé
d'un gros volume, déjà paru, de M. Pio Rajna, qui contient une introduction
développée. Cette tâche ardue et complexe ne pouvait être confiée à de meil-
leures mains qu'à celles du jeune et savant critique dont les études, depuis quel-
ques années, ont déjà renouvelé tant de chapitres de l'histoire de la poésie caro-
lingienne en Italie : on ne pouvait trouver ailleurs, réunies au même degré, l'indé-
pendance des idées et la réserve des jugements, l'érudition spéciale et le goijt
délicat, la patience à toute épreuve pour des recherches souvent fastidieuses et
l'aptitude à en dégager des conclusions d'un intérêt général. Aussi le travail de
M. R. laisse-t-il bien loin derrière lui tout ce qu'on a écrit sur ce sujet et for-
mera-t-il désormais la base de tout ce qu'on pourra en dire encore.
Je me permettrai, avant d'exposer les principaux faits dont M. R. a enrichi
la science, d'adresser à .sa méthode une critique générale. Il me paraît un peu
trop préoccupé de donner à des études qui sont et doivent être arides pour la
majorité des lecteurs une forme littéraire et agréable. Il ne présente pas ses idées
5 52 COMPTES-RENDUS
et ses conclusions dans l'ordre le plus naturel et de la façon la plus simple; il
les dispose avec un art qui se laisse un peu voir et dont le lecteur, si je ne me
trompe, le dispenserait parfois volontiers. Son style, toujours très-élégant, l'est
peut-être aussi un peu trop, et tombe çà et là dans la mollesse. Il me semble
qu'avec plus de décision et de netteté, M. R. aurait non-seulement gagné des
pageSj mais mis en relief plus vivement, à certains endroits au moins, ses pen-
sées et ses découvertes. Des divisions plus marquées et plus nombreuses auraient
aussi rendu plus facile l'orientation dans les chapitres parfois très-longs dont se
compose son livre'.
Les Reali di Francia, dans la forme où ils ont été imprimés mille fois depuis
le XV° siècle, comprennent six livres. Les livres IV et V sont consacrés à Beuve
d'Hanstone ; le livre VI renferme trois romans, Berta, Mainetto et Orlandino ; enfin
les trois premiers livres forment évidemment un tout à part, qui raconte l'his-
toire de toute une race de rois de France antérieure à Pépin, père de Charle-
magne. Ainsi le compilateur a réuni à Beuve d'Hanstone, outre les trois romans
du livre VI, une compilation antérieure.
I
C'est par l'examen de cette première partie que débute M. Rajna, et dès les
premiers pas il nous communique de précieuses trouvailles. II a rencontré dans
deux manuscrits de Florence un roman en prose, intitulé Fioravanie, qui lui
paraît avoir été l'original des livres Mil des Rcali. Les raisons qu'il donne sont
convaincantes. Les Rea/i présentent, il est vrai, des additions et des divergences
considérables : M. R. attribue les unes et les autres à la fantaisie du dernier
compilateur, et ne croit pas qu'il ait eu d'autres sources que son imagination. II
fait exception, naturellement, pour la légende de Constantin et Saint Silvestre,
insérée au début des Reali, et qui est empruntée aux Acta fabuleux Sihestris
papac. Pour le reste, le critique paraît avoir raison, peut-être cependant fau-
drait-il admettre plus souvent qu'il ne le fait que le compilateur avait sous
les yeux un texte du Fioravante autre, et parfois meilleur ou plus complet, que le
nôtre. Ainsi, dans un cas où la divergence entre Fioravante et les Rcali ne vient
pas du caprice du compilateur, M. R. remarque qu'un épisode qui se trouve
dans le Floovcnt français manque dans Fioravante et reparaît dans les Reali ; il
en conclut (p. io6) que le compilateur « avait sous les yeux ou dans la mémoire
un autre texte encore que Fioravanto); n'est-il pas aussi naturel de supposer que
ce chapitre se trouvait dans le texte de Fioravante que suivait le compilateur •}
— Grâce à la découverte de M. Rajna, la question des origines de cette partie
des Reali se déplace, et porte maintenant sur le Fioravante. Ce roman, que M. R. a
publié en entier avec le plus grand soin, en appendice à son mémoire, comprend
1 . Disons en passant que l'absence de tout titre courant ne facilite pas l'usage de ce
volume.
2. Je ne crois guère non plus que le compilateur des Reali ait lu les lais de Marie de
France (p. 82). Ici d'ailleurs M. R. admet aussi qu'on peut expliquer les rapports qu'il
signale entre les Reali et le Lai del fresne en supposant que le compilateur avait sous les
yeux un meilleur texte du Fioravante. Mais en outre ces rapports ne me paraissent pas
aussi frappants qu'à lui; voy. ci-de.<;sous, p. 354.
RAJNÂ, / Reali di Francia 5 5 ^
87 chapitres ; il est écrit dans une langue extrêmement simple et archaïque, et
M. R. ne se trompe sûrement pas en le faisant remonter au moins à la première
partie du XIV° siècle. Il contient (voy. p. 59) cinq grands morceaux : l'histoire
de Fiovo (c. 1-16), — les aventures de Fioravante (17-60), — l'histoire de Dru-
giolina (femme de Fioravante) et de ses fds (61-77), — la guerre d'Octavien
(fils de Fioravante) en Orient (78-84), — la légende du roi Gisbert (85-86), —
plus deux chapitres (83 et 87) consacrés à des généalogies. — Il est extrême-
ment probable a priori que tous ces récits ont une source française, et nous ver-
rons tout à l'heure que nous possédons des textes français pour plusieurs
d'entre eux. Mais M. Rajna va plus loin : il regarde le Fioravante tout entier,*-,
tel qu'il est et se comporte, comme traduit du français, et d'un roman en prose, i
Je ne suis disposé à admettre ni l'une ni l'autre de ces hypothèses. M. R. \\
remarque lui-même qu'on ne connaît pas de romans français en prose du cycle
carolingien antérieurs au XIV siècle, et que la plupart sont du XV° ; « mais,
ajoule-t-il (p. 35-36), l'argument se dénonce comme plus spécieux que vrai dès
que l'on considère que nous trouvons, à partir du Xll^ siècle, plusieurs récits de
la Table-Ronde mis en prose. » Il n'y a point du tout de parité entre les deux cas :
les romans de la Table-Ronde ont été on'gf/ï^iVfmcnf rédigés en prose, et, même mis
en vers, ont toujours été destinés à être lus ; les chansons de gestes n'ont été
dérimées que quand leur véritable vitalité avait pris fin : au XIII^ siècle elles
étaient encore chantées. Les formules que signale M. R. et qui se retrouvent en
effet dans les romans du cycle breton, comme « ara dicie la conto, ora lascia la
conta, etc. » ont dû être empruntées par le compilateur italien aux livres de la
Table-Ronde qui étaient traduits avant lui en italien. — Je dis le « compilateur
italien», car je ne crois pas, comme je l'ai déjà dit, que, même en vers, le F/or*?-
vante tel quel ait existé en français. Ce roman fait une place considérable à cette 1
conception d'une famille de traîtres, continuant ses noirceurs pendant plusieurs
générations, et désignés sous le nom générique des « Mayençais », conception
que j'ai reconnue et que je persiste à tenir pour spécialement italienne. Les rai-
sonnements que m'oppose M. R. (p. 46 ss.) ne me font que peu d'impression :
il ne s'agit pas de savoir si ce nom de « Mayençais « donné aux traîtres est une
innovation plus ou moins considérable et plus ou moins conforme à l'esprit de la
tradition française, mais si elle est caractéristique pour les productions italiennes.
Or c'est le cas, et j'ajouterai que l'innovation ne se borne pas au nom : quelle que
soit la tendance des poèmes français à rattacher l'un à l'autre les traîtres qui
jouent dans un si grand nombre de récits un rôle stéréotypé, ils ne l'ont jamais
poussée aussi loin et développée avec autant de conséquence que le font les Ita-
liens, et notamment l'auteur du Fioravante : dans les chansons conservées qui
correspondent à telle ou telle partie de la compilation italienne, nous ne la trou-
vons pas à beaucoup près aussi marquée. Ce serait donc le compilateur français
traduit, d'après M. R., dans le Fioravante, qui aurait donné dans les récits qu'il
réunissait une importance prépondérante à ce trait. Mais on ne peut l'admettre,
parce que nous le retrouvons tout aussi accusé dans des ouvrages italiens anté-
rieurs au Fioravante (le ms. XIII de Venise) ; ce n'est donc pas un Fioravante
français qui a introduit les « Mayençais » en Italie, c'est parce qu'ils étaient
déjà en possession de la tradition italienne qu'ils ont pénétré dans le Fioravante.
?54 COMPTES-RENDUS
— On est d'autant plus autorisé à regarder le roman italien comme compilé en
Italie qu'il s'y rencontre des traits que M. R. est bien obligé de regarder comme
italiens : il en signale un des plus curieux, c'est une légende toute romaine, qui
se trouve déjà dans les Mirabilb Urbis Romac (œuvre que je crois bien antérieure
au XII' siècle), et qui, par voie de tradition populaire plutôt que par l'inter-
médiaire de ce livre, a été recueillie dans notre roman '.
Je regarde donc le Fioravantc comme une compilation écrite en Italie d'après
un certain nombre de poèmes français. Ces poèmes appartenaient à toute une
série qui ne nous est parvenue en général que sous une forme assez moderne, et
dont plusieurs se sont perdus ; ce sont les poèmes consacrés aux rois de France
antérieurs à Pépin. Nous ne possédons guère que Floovent dans une forme qu'on
peut encore reporter au XII" siècle : les autres, Charles le Chauve, Ciperis de Vi-
neraus, Octavien, ne remontent qu'au XIV'= ; d'autres, comme Mirmant , n'existent
plus qu'en islandais. Le roman italien a l'avantage de s'appuyer souvent sur
des textes meilleurs que ceux que nous avons, ou même de nous représenter
seul des poèmes perdus. Je vais rapidement examiner, à la suite de M. R., les
cinq grands épisodes dont se compose le Fioravanîe.
I. Fiovo. On possède à la Bibl. Nat. (Lat. 8516) une traduction latine, faite
au XYIII' siècle, de la saga islandaise de Flovent, qui est encore inédite ; en tète
se trouvent ces renseignements : Historia hcec neutiquam commentis constat qu'ibus
ingeniosi viri delectari soient, quia Magister Simon invenit eam in urbe Francité Lion*,
camque inlinguam Franciscam stylo admodumelegantitransfudit. Historia hac agit de
primo Francorum rege qui verum Deum coluiî ejusque legibus obtemperavit. Hic
Constantini ex sororc ncpos, nomme Flovent, fuit, etc. On a déjà remarqué que
cette histoire ressemble moins à celle du Floovent du poème français de ce nom,
qu'à celle de son grand-père Fiovo dans les Reali. M. Rajna montre que la
ressemblance entre la Flovent-Saga et le Fiovo est encore bien plus grande si
on étudie ce dernier, non dans les Reali, mais dans le Fioravantc. Les renseigne-
ments très-maigres qu'il avait sur la saga islandaise lui ont suffi pour établir
cette coïncidence, mais ne lui ont pas permis de la préciser absolument.
Le roman islandais et le roman italien ne sont pas tout à fait des traduc-
tions d'un même original, mais de deux rédactions assez voisines en cer-
tains endroits, assez divergentes en d'autres. La comparaison montrerait en
outre que la saga (traduite en latin avec une grande fidélité) se tient, comme le
font d'ordinaire les traductions islandaises, très-près de l'original français, tandis
que l'italien arrange, abrège ou allonge beaucoup. — Malgré ces divergences,
les deux versions remontent à une même source première, qui est siirement,
comme le dit M. R. (p. 63), le poème auquel le troubadour Bertrand de Paris
fait allusion au XIII<= siècle '.
1. M. R. ne raisonne pas aussi bien qu'il en a l'habitude quand, trouvant dans le
roman italien un trait qui lui paraît provenir d'une légende locale française, il en conclut
(p. 85) que l'original du Fioravantc n'a pas été composé en Italie. L'argument ne vaut
que pour le pcème d'où cet épisode est tiré. De même p. 48.
2. M. R. (p. 50) attribue au traducteur latin l'interprétation de magister par « maître
d'école »; elle se trouve dans un seul manuscrit de l'islandais (sur quatre qui contiennent
ce passage) lequel ajoute après Lion : ubi schol£ pr<efuit, d'après les indications fort
soigneuses du traducteur latin.
3. Voy. la préface de Floovant.
RAJNÂ, i Reali di Francia ? 5 5
II. Fioravanie. Tandis que l'auteur des R^a/i, en empruntant l'histoirede Fiovo
au prédécesseur que lui a découvert M. Rajna, l'a remaniée complètement, il a
reproduit avec une fidélité presque constante les aventures de Fioravante telles
qu'il les trouvait dans le livre de ce nom. Ces aventures ne ressemblent qu'en
gros à celles du Floovmt français qui nous est parvenu ; mais ce poème, comme
tant d'autres, a existé sous bien des formes différentes, et ce serait se tromper
que d'attribuer à l'imitateur italien toutes les divergences que son œuvre pré-
sente avec le poème français. C'est ce que prouve le fragment, malheureusement
fort court, d'un Floovent néerlandais, publié par M. Bartsch {Germania, IX, 407
ss.), qui a certains traits en commun avec l'italien : p. ex. le haut baron que
Floovent offense au commencement du récit, et qui s'appelle SfWc/îa/ en français,
se nomme ici Saluaerd, et Sahvdo dans le Fioravante et lés Reali. — M. Rajna
remarque d'ailleurs fort bien que l'histoire de Fiovo et celle de Fioravante ne
sont au fond que des variantes d'un même récit : une ramification aussi abon-
dante et aussi ancienne semble indiquer une souche bien antique.
III. Drugioima. M. R. a très-bien vu que l'histoire de Drugiolina et de ses fils
est une des nombreuses variantes des récits si populaires au moyen-âge sur l'épouse
injustement persécutée, et il a reconnu aussi qu'un lien des plus étroits rattache
ce roman à celui de Florent et Octavien. Le poème français du XIV" siècle, main-
tenant analysé dans le tome XXVI de ['Histoire littéraire, est Mèïement représenté
par le roman allemand en prose que M. R. a comparé au récit italien. Le savant
critique trouve que ce dernier offre en général un caractère plus primitif : il est
en effet probable qu'il remonte à un poème français plus ancien. L'introduction
propre au texte italien, et que M. R. rapproche d'un lai de Marie de France,
se retrouve dans un très-grand nombre de récits du moyen-âge (voy. entre autres
la préface de Reiffenberg au Chevalier au Cygne), et je ne trouve pas les rapports
entre le Lai del Fresne et l'italien assez frappants pour faire croire que le gracieux
poème de Marie ait été connu de l'auteur de Fioravante.
IV. Les guerres d'Octavien en Orient. Inventé par le compilateur italien ou
tiré d'un original français (les parallèles ne manquent pas), cet épisode, assez
court d'ailleurs, est en tout cas d'un intérêt très-mince.
V. La légende de Gisbert. Gisbert au fier visage, roi de France, se sent un
jour tellement orgueilleux de sa valeur, de sa richesse et de sa puissance, qu'il
crie à Dieu : « Je ne te crains plus. » A peine a-t-il prononcé cette parole cri-
minelle qu'il est couvert de lèpre : obligé d'abandonner son royaume, il se retire
au plus profond d'une forêt où il paît l'herbe, nu et bientôt velu comme une
bête fauve. Enfin Dieu, touchéde son repentir, le guérit et lui rend son royaume.
Ce récit est un de ceux qui montrent combien les compilations italiennes con-
tiennent d'anciens poèmes français, disparus chez nous et transportés au-delà des
Alpes à une époque sans doute fort reculée. Aucun poème français n'est consacré
au roi Gisbert, mais il est impossible de ne pas reconnaître une allusion à ses
aventures dans ce passage de Gaidon, jusqu'ici inexpliqué : Gaidon, emporté par
une juste colère, se laisse aller à proférer des menaces contre Charlemagne,
quand le vieux Riol lui adresse de sévères réprimandes et lui dit entre autres :
Vueuls tu sambler un Girbert qui ja fu.
Qui guerroia contre le roi Jhesu,
3 56 COMPTES-RENDUS
Et nostre sire, par la soie vertu,
8i $ Le fist mucier dedens le crues d'un fust?...
818 Plus que Girbert pot guerroier Jhesu
N'avroies tu contre Karlon vertu...
Resambler vueuls Girbert le desraé
Qui guerroia contre meisme Dé,
825 Et quant Jhesus le vit si asoté.
Ne li laissa ne chastel ne cité.
Ne bore ne ville, donjon ne fermeté ;
El crues d'un fust la le fist il entrer,
Puis l'en gieta par si grant poesté
■ 830 Par une foudre qu'il le fist avueugler '.
On voit que cette allusion nous a conservé une forme plus primitive du récit,
et des détails qui ont été adoucis par la version italienne.
En terminant Fexamen de cette première partie des Reali qui répond au Flora-
vante, je dois dire un mot d'une appréciation de M. Rajna et revenir sur une
question que j'ai déjà touchée. Le savant critique, embrassant d'un coup d'œil
tous ces poèmes relatifs aux rois plus ou moins fabuleux de la première dynastie
française, qui délivrent régulièrement la France ou l'Europe des païens qui les
ont envahies et soumettent au christianisme d'innombrables nations sarrazines,
se demande quels sont le caractère primitif, l'inspiration et l'origine de semblables
récits. « Dans l'histoire de France, telle que nous la présente le Fioravante, je
crois, dit-il (p. 56), voir l'expression des sentiments qui animaient la population
romane en face des barbares venus du nord. Latins et Gaulois s'étaient peu 1
peu fondus en un seul peuple, en partie grâce à cette merveilleuse puissance
d'assimilation pour laquelle Rome est unique au monde, en partie par l'effet du
joug commun auquel ils se trouvaient soumis. Il est donc naturel qu'ils ressen-
tissent vivement la honte d'être gouvernés par une race étrangère et moins civi-
lisée, et qu'ils fussent portés à se représenter à eux-mêmes l'histoire du passé,
non telle qu'elle était, mais telle qu'ils auraient voulu qu'elle fût. Cette facilité
à échanger la réalité pour les fantaisies de l'imagination, ce besoin de se faire
illusion à soi-même en caressant des fictions pures dont on connaît la vanité, est
un phénomène bien commun et qui nous donne la clef de beaucoup de légendes.
Dans le cas qui nous occupe, nous voyons que les conquêtes germaniques ont
complètement disparu du récit du Fioravante, ou plutôt, à dire le vrai, nous
nous sentons portés à reconnaître les races du Nord dans l'armée conduite
devant Paris par ce roi de Saxe, qui est défait, privé de ses possessions et fina-
lement tué par celui qui est le meilleur représentant de la race latine. » Il est
bien difficile d'atteindre avec quelque sûreté, dans des récits du genre de ceux
qui nous occupent, le fond qu'a voulu toucher ici M. R. ; combien les mêmes
faits changent d'aspect quand on déplace le point de vue, c'est ce que montre
le jugement tout à fait opposé porté par un savant allemand. M. Koelbing, à
I. 812 c a G., b c Gibert {Girbert et Gibert ne sont que des formes adoucies de Cis-
bert). — 825 Je préfère cette leçon, qui est dans c, à celle de a b : l'ot ainsi malmené.
— 828 a En, c trous, a b le fist aprez e. — 829 c sa gr. p. — 830 a un effondre, c tout
le fist a.
RAJNA, / Reali di Francia ^ 57
propos du poème (perdu en français) de Mirmant, dont il a récemment publié la
version islandaise et qui appartient absolument à la même catégorie que les
romans compilés dans Fioravante, parle de tout ce cycle (qu'il rapproche lui-
même des Reali), comme « essentiellement germanique dans son origine (Ridda-
rasœgur, p. XLVIII). » — Pour moi, je crois que l'opinion de M. Kœlbing est
plus rapprochée peut-être de la vérité que celle de M. Rajna, mais elle devrait
être singulièrement expliquée et restreinte. Les puissants rois mérovingiens ont
donné lieu à des récits épiques qui ont dû exister et en allemand et en roman :
sous les noms de Fiovo, Floovent, Floevier, se cachent, non pas, comme le pense
M. R., Constance Chlore (ou Floriis) et sa famille, mais ks Chlodio,Chlodovech,
Chlotochari que les textes historiques eux-mêmes nous présentent parfois sous les
noms de F/o^/oviu5 Flodoarius, etc.'. Ces récits ont survécu de beaucoup, en
s'altérant sans cesse, au souvenir des circonstances oili ils étaient nés, et, soit qu'ils
eussent d'abord exprimé l'orgueil de la victoire germanique, soit qu'ils eussent
servi aux Romans vaincus à adoucir l'amertume de leur défaite, soit qu'ils
eussent incarné surtout les sentiments de l'église chrétienne devant la conversion
des barbares, ils ne furent bientôt plus que des contes dénués de toute significa-
tion historique. Çà et là quelque trace de l'ancienne idée qu'ils ont incorporée
peut encore se discerner avec beaucoup d'attention. Ainsi, si les premiers rois de
France sont rattachés à la famille de Constantin, on reconnaît là la tendance
des Mérovingiens, et notamment de Chlodovech, à s'allier aux empereurs d'Orient ;
les récits sans cesse renouvelés de guerres contre les Saisnes nous ont conservé
le souvenir de la rivalité perpétuelle entre les Francs et leurs frères restés païens^
comme le mariage avec Justamont(voy. Hist. poêt. deCharkm., p. 221) de la fille
de Floovent rappelle la réelle communauté d'origine qui existait entre les deux
peuples. Mais ces poèmes, renouvelés par tant de générations successives, ont
garoé un très-petit nombre de ces traits primiti.''s, et ne sont, dans leur carac-
tère général, que des romans d'aventure, qui n'ont même pas conservé, comme
les premiers Carolingiens, certaines données traditionnelles immuables ; plusieurs
d'entre eux ne sont même pas des transformations d'anciens écrits : ce sont des
inventions pures et simples, jetées du XII' au XIV* siècle dans le moule banal
fourni par les poèmes antérieurs. Le peu de véritable tradition qu'on peut tirer
de ces compositions aventureuses, en les réduisant dans le creuset de l'analyse
critique, ne saurait être obtenu que par une étude à la fois complète et spéciale.
Ajoutons que pour ceux qui n'existent qu'en italien il y a une difficulté de plus
à retrouver le noyau originaire dans les modifications plus ou moins grandes
qu'ils ont dû subir.
Ceci m'amène au second point que je veux traiter. J'ai dit dans VHist. poêt.
que les Reali n'étaient en somme qu'un recueil de poèmes franco-italiens mis en
prose. M. R. me conteste absolument cette proposition, comme la plupart de !
celles que j'ai avancées dans ce livre sur l'épopée carolingienne en Italie. Pour ce
qui concerne le Fioravante, il veut y voir, comme je l'ai dit plus haut, une simple
traduction d'un roman français en prose, ce qui est inadmissible. C'est très-pro-
I . On sait que hl, hr germanique (■= fr. chl, chr) peuvent donner en fr. fl, fr. Cf.
Diez, 1, 321-2. D'ailleurs à côté de Floevier on trouve Cloevier.
358 COMPTES-RENDUS
bablement une compilation de poèmes isolés, due à un Italien ; mais j'irai plus
loin : je ne vois pas du tout pourquoi ces poèmes n'auraient pas appartenu à la
période franco-italienne, c'est-à-dire n'auraient pas été composés en Italie, dans
cette singulière langue mélangée de français et d'italien dialectal qu'on commence à
connaître assez bien. Tous les arguments que donne M. R. pour rendre ce fait
peu vraisemblable prouvent uniquement ce que personne ne conteste, à savoir
l'origine française des récits. Mais quand on compare un des épisodes du Fioravante
à un récit correspondant hors de l'Italie, le Fiovo au Flovcnt, le Fioravante pro-
prement dit au Floovant, la DrugioUna à VOctavm, on est frappé d'y retrouver
les traits les plus saillants et pour ainsi dire la marque de la fabrique franco-
italienne : à côté de traits qui semblent primitifs, de divergences qui paraissent
parfois reposer sur des erreurs de mémoire, on remarque des altérations voulues,
destinées surtout à mettre en relief ce que j'ai appelé l'idée cyclique. Sans doute,
comme le rappelle M. R., cette idée a existé aussi en France, mais elle n'y
présente pas les caractères que nous offrent le Fioravante et les poèmes franco-
italiens. On ne peut méconnaître p. ex. une main italienne dans la manière dont
l'histoire de Drugiolina est rattachée à celle de Fioravante (auquel elle est primi-
tivement tout à fait étrangère) par le rôle prêté à la fille de Salardo, à Rizieri,
à Balante. J'ai déjà dit que l'intervention perpétuelle des « Mayençais « n'est
pas un caractère moins significatif. En dehors même de ces traits généraux,
l'allure du récit donne la même impression. On essaierait vainement de remettre
en vrai français la prose du Fioravante, et il me semble qu'elle se laisserait résoudre
sans trop de peine en une série de poèmes franco-italiens analogues à ceux du
ms. XIII de Venise. Les transitions même, dont j'ai dit un mot ci-dessus,
empruntées peut-être dans leur forme aux romans de la Table-Ronde, sont
esquissées dans la compilation vénitienne ; voy. p. ex. le début de la Berta que
nous publierons incessamment : Oldu avez de Bovo et cornent avoit fine... en ceste
punto de lui avron lasere, et de li rois Pépin buem est qe vu sage com primamant Jo
marié. La remarque de M. R. qu'on trouve des récits analogues aux nôtres en
France, mais nulle autre part en Italie que dans le Fioravante et les Reali, n'a
pas naturellement grande valeur : il a suifi d'un ms., analogue au ms. XIII de
Venise et contenant les événements antérieurs à Beuve d'Hanstone (par lequel
celui-ci commence), pour servir de guide au prosateur. En somme, je ne donne
pas la question comme tranchée, mais je crois qu'une étude dirigée impartiale-
ment dans ce sens rendra très-vraisemblable la solution à laquelle je m'arrête :
c'est que le Fioravante, — base unique de« premiers livres des Reali, — est une
compilation, faite sans doute en Toscane, d'après une série de poèmes franco-
italiens déjà soumis à un travail cyclique et formant un ensemble analogue au
Pépin etCharleniagnc (ms. XIII de Venise).
Le livre IV des Reali di Francia est consacré à Beuve d'Hanstone. Les poèmes
français sur ce héros, par une bien regrettable disgrâce du sort, ont été jusqu'ici
absolument négligés. Aucun n'est imprimé, et VHistoirc littéraire s'étant occupée de
cette chanson dès son XVIIl" volume, la notice qu'elle lui a consacrée est absolument
RAJNA, / Reali di Francia 559
insuffisante. C'est cependant un des plus beaux sujets d'étude critique et litté-
raire que nous offre notre ancienne poésie : M. Rajna a l'honneur de l'avoir
abordé le premier. Son long travail sur Bcuve d'Hanstone (p. 1 14-218) se divise
en deux parties; dans la première il recherche les origines et les formes
anciennes de ce beau poème, dans la seconde il étudie les versions italiennes.
La première partie nous montre donc l'habile critique sur un nouveau et plus
large terrain, où nous le retrouvons original, attentif et pénétrant. Il
s'est heurté dès l'abord à une question fort compliquée, celle de la nationalité
même du poème. D'après une tradition unanime, Hanstone est Southampton en
Angleterre; le poème français (que M. R. a pu étudier dans un bon ms. de
Venise) place expressément la scène en Angleterre, et des sentiments profondé-
ment anglais (ou anglo-normands) s'y font jour, comme le remarque fort juste-
ment M. R. ; mais d'autre part une foule de circonstances semblent indiquer le
continent comme théâtre de l'action et patrie des personnages : les deux plus
frappantes sont que, dans ces mêmes poèmes où Hanstone est placée en
Grande-Bretagne, Beuve parle à plusieurs reprises de « douce France » comme
de son pays, et que Mayence, où habite le traître meurtrier du père de Beuve,
est située assez près de Hanstone, et qu'on va de l'une à l'autre sans jamais
avoir besoin de passer la mer. M. R. pense que le récit, originaire des contrées
rhénanes, a été transporté en Angleterre, où une fausse assimilation de Hanstone
à Hampton l'a décidément naturalisé ; le poème que nous possédons aurait été
composé en Angleterre sous l'empire de cette idée, mais le poème vénitien que
M. R. a découvert et publié, et qui ne dit pas un mot de l'Angleterre, remonte-
rait à une source plus antique. L'hypothèse est plausible, et toute cette recherche
est fort bien menée ; mais à vrai dire, pour arriver à des résultats décisifs, il
faudrait étendre un peu plus que n'a pu le faire M. R. le champ de l'investiga-
tion. Il existe (chez M. A. -F. Didot) un manuscrit français de Beuve qui paraît
contenir un texte plus ancien que les autres ; le poème anglais de Sir Bevis ne
doit pas être négligé, et il semble surtout indispensable de connaître la version
islandaise, malheureusement encore inédite \ Je suis porté, quant à moi, à
regarder Beuve d'Hanstone, dans ses traits essentiels, comme une forme très-
altérée, notamment dans la géographie, d'un poème germanique d'une haute
antiquité. Mais ce sont ces traits essentiels et vraiment primitifs qu'il faudrait
d'abord établir. — La publication de M. Rajna y aidera beaucoup, par l'analyse
du Beuve du ms. Xlll de Venise, dont on ne connaissait que les rubriques % et
surtout par l'édition d'un autre poème franco-italien, complètement inconnu,
qu'il a découvert à la Laurentienne de Florence, et qu'il a publié à la fin de son
volume avec un soin digne de tout éloge. Il en apprécie fort bien la langue bizarre :
« Cette langue est bien différente de celle de la version contenue dans le ms. de
1. Le conte russe de Bova Karokvitch, dont j'ai parlé dans VHist. poèt., mériterait
d'être examiné. Il a sûrement une source italienne, et c'est probablement le Buovo d'An-
tona en octaves ; cependant, outre les traits qu'il a ajoutés ou altérés, il semble parfois
se rapprocher davantage du Reali ou même du Bovo italien. Je n'en parle d'ailleurs ici
que d'après le souvenir d'une lecture rapide.
2. J'ai dit par erreur [H. poét. p. 166), comme le remarque M. R., que pour Beuve le
compilateur « s'était contenté de transcrire très-mal un original français. » Tous les poèmes
du ms. Xlll sont des compositions proprement franco-italiennes (cf. Romania, II, 271).
■^6o COMPTES-RENDUS
Saint-Marc. Si dans ce dernier on peut dire que le fond est français et que les
formes dialectales, bien qu'innombrables, doivent être considérées comme acci-
dentelles, dans l'autre au contraire le fond est fourni par le dialecte vénitien et
les formes françaises sont accidentelles et rares. C'est en somme un jargon peu
différent de celui du Ramardo c Lesengrimo publié par Teza^, et proche parent du
dialecte que nous connaissons par les documents que M. Mussafia a publiés et com-
mentés avec son habileté accoutumée. » De fait, les poèmes franco-italiens ordi-
naires, le Bovo vénitien et les textes publiés par M. Mussafia nous offrent trois
moments successifs dans l'évolution de cette langue littéraire qui, dans le Vénitien
et le Trévisan, eut au XIV° siècle une sorte de rapide et passagère floraison '.
Ce Bovo n'est pas seulement curieux comme langue : le récit s'y présente avec
une simplicité, une violence, une barbarie, qui peut-être sont en partie attri-
buables au jongleur trévisan qui l'a composé*, mais qui semblent bien remonter en
partie à un antique original français. Comparez avec la scène des Reali où Dru-
siana demande à Beuve de lui donner la guirlande qu'il a conquise au tournoi ',
la même situation dans Bovo ; je cite quelques vers de ce passage pour donner
une idée du style et du langage. Beuve a refusé une première fois (v. 521 ss.) :
E la çentil polçela li à molto cridà :
« Fiol de putana, » ela dito li à...
« Si tu no me averè quela çoia donar ,
Tuti li drapi me vederè squarçar;
Dirô a mio pare che me volivi sforçar ;
El te farà cun' un laro apicar »
La çentil dona prexe Bovo a guardar;
Tanto li plaxe, de lu no se po saciar;
De lu baxar li ven gran voluntà.
« Dio te dia mal, fiai de puta gadal *!
Se la çoia no m'averè in cavo fermar,
Ça me vederi vu tuta straçar. »
Bovo l'olde, non po altro far.
1. Ce poème singulier est presque tout entier rimé en a, et M. R. remarque qu'encore
aujourd'hui cette rime est presque exclusivement employée dans les productions de certains
chanteurs populaires propres à la Vénétie, et connus sous le nom bizarre de torototela-
lorotota. Les distiques qu'ils improvisent sont tous faits sur ce modèle (p. 128) :
Quel signor de quel gran bafi qualche cosa el me darà
L'é un pochino picoleto ma de prima qualità.
Remarquons que c'est le rhythme exact de: anciens vers populaires latins :
Mille Persas, mille semel Sarmatas occidimus ;
Mille, mille, mille, mille mille Francos quaerimus.
2. Des grossièretés comme celles du v. 1282 ne se trouveraient jamais dans un poème
français.
j. L. IV, c. 14 : « E ad ogni parola Agostino (= Buovo) s'inchinava e Drusiana
sospirava. Aveva Buovo la ghirlanda in capo, Drusiana gliela dimandô ; Agostino li
rispose : « Questa ghirlanda non fa per voi, perché ella è da saccomano; » ma alla fine
se la levô del capo e posela sopra una sedia. Drusiana volea ch'egli di sua mano gliela
ponesse in capo, e di questo ella lo pregava, ma egli per timoré e per vergogna ch'avea
non la voile porre in testa ne in mano a Drusiana. Finalmente ella prese questa ghirlanda
e sospirando tornô alla sua caméra. »
4. Remarquez ce mot, qui est la forme romane la plus pure de ce gadalis celtique,
indiqué ici (II, 238) par M. Tobler comme l'étymologie du pr. gazai, fr. jael.
RAJNA, i Reali di Francia 361
La çoia in man elo brancha ;
Apresso la dona ello andà,
E cole man in testa metuda li l'a ;
E la polçela braço al colo li çità,
Estrietamente ch'ela lo baxà.
Une autre trouvaille moins importante de M. R. est celle d'un poème sur
Beuve, dû à un Florentin nommé Gherardo, et conservé à la Magliabecchiana.
Avec le 6fuv« franco-italien, le Bovo vénitien, le poème, populaire en Italie depuis
des siècles, de Buovo d'Antona, et le livre IV des Reali, cela fait cinq versions
italiennes de ce récit *. C'est à étudier leurs rapports qu'est consacrée la seconde
partie du travail de M. R. Il a apporté dans ces récherches arides une patience
à toute épreuve : loin de simplifier outre mesure les problèmes difficiles qu'il
avait à résoudre, il a insisté sur leur complication, parfois peut-être au-delà du
nécessaire. Je ne le suivrai pas dans cette discussion serrée, dont les résultats
sont les suivants : le Buovo d'Antona en octaves est une traduction du Bovo véni-
tien, avec des additions de l'invention du poète toscan et quelques emprunts de
détail faits au Beiivc franco-italien ; l'auteur des Reali s'est servi du poème vénitien, du
poème franco-italien, et en outre du poème français (que M. R. appelle anglo-
normand ') : quant à Gherardo , il aurait utilisé les quatre formes italiennes
antérieures et en outre le poème français. La première de ces conclusions paraît
la plus incontestable, et elle renverse à coup sûr une des propositions de mon
étude sur les poèmes carolingiens en Italie : j'ai pensé, avant les travaux qui
ont éclairé ces questions difficiles, que l'histoire primitive de l'épopée française
en Italie se divisait en trois phases : 1° poèmes franco-italiens composés dans le
nord de la Péninsule ; 2° romans en prose tirés de ces poèmes et dont les Reali
seraient le type; 3" poèmes toscans composés sur les romans en prose. M. R.
conteste ici surtout cette dernière thèse : il démontre que le Buovo d'Antona ne
vient pas du texte en prose, mais directement du Bovo vénitien : c'est, comme
il le dit, un fait important et qui modifie toute notre conception du développe-
ment de la poésie épique italienne. Il attaque aussi, comme pour le Fioravante,
ma seconde thèse, à savoir que les romans en prose viennent des poèmes franco-
italiens : il cherche à établir que l'auteur des Reali s'est aussi servi du poème
français. Je ne conteste pas la possibilité du fait, d'autant plus qu'il a pu exister
du Beuve des textes italianisés comme ceux que nous possédons pour l'Aspremont,
mais je crois qu'en général M. R. prolonge trop l'influence directe des poèmes
français sur les romanciers italiens : c'est une question que j'aurai lieu d'examiner
ici quelque jour en parlant de ses belles études sur l'histoire de la Chanson de
Roland en Italie. Au reste, pour tous ces points où M. R. renverse ou rectifie
ce que j'ai avancé dans VHist. poét. de Charlemagne, qu'il me soit permis de
1. « In verità la mente si confonde a cercare le ragioni di tanto favore », dit M. R.
(p. 217). Je n'en suis pas si surpris que lui : le fond des aventures de Beuve est un des
plus beaux sujets épiques du moyen-âge.
2. Je laisse de côté la question des rapports des Reali avec le Buovo d'Antona; d'après
M. R. il faut nécessairement que le prosateur ait connu le poète ou le poète le prosateur;
mais je n'ai pas pu comprendre à laquelle des deux hypothèses il s'était définitivement
arrêté. Le tableau qu'il donne p. 218 indiquerait que c'est le roman en prose qui a mis
le poème à profit.
Ro mania, II 24
362 COMPTES-RENDUS
répéter ce que j'ai écrit ailleurs' en parlant d'un autre travail de l'auteur, où il
me contredisait avec autant de politesse et de décision qu'il le fait encore.
« Essayant le premier de mettre un peu d'ordre dans le chaos de la vieille
poésie épique italienne, j'ai été obligé de marquer plus fortement qu'il n'aurait
peut-être fallu les points saillants qui devaient servir de jalons aux recherches,
mais je ne me suis jamais dissimulé ce que mon schéma, fait d'ailleurs loin de
la plupart des documents indispensables, avait de hâtif et de provisoire, et j'ai
invité les savants italiens à le compléter et à le rectifier. »
Il y a cependant un point dont j'ai déjà dit un mot plus haut, et sur lequel je
ne cède pas aussi facilement : c'est la question des « Mayençais. » M. R. y
revient encore à propos des contradictions géographiques qu'il relève dans
l'histoire de Beuve. S'étonnant de voir le traître Doon de Mayence parmi les
vassaux d'Angleterre, il dit (p. 124) : « La mauvaise renommée des Mayençais
— j'emploie un mot introduit par nos romanciers — tire sans aucun doute son
origine de la trahison de Roncevaux ; par conséquent tous les récits relatifs à
cette famille félonne doivent appartenir au cycle de Charlemagne. » M. R.
me permettra de lui dire qu'on est surpris de trouver sous la plume
d'un critique comme lui des assertions aussi insoutenables , émises avec
autant de placidité que si elles n'avaient pas été réfutées d'avance. Non, mille
fois non, la mauvaise réputation des Mayençais ne vient pas de la trahison de
Roncevaux, puisque c'est en Italie seulement qu'on leur a attribué cette trahison,
à une époque bien postérieure à la célébrité en France du Doon de Mayence de
Beuve d'Hanstone ; la mauvaise réputation des Mayençais en Italie vient unique-
ment de la confusion de ce Doon de Mayence avec le Doon de Mayence auteur
de la grande geste dont les traîtres font aussi partie, et cette confusion s'est
produite dans la période franco-italienne. Quand on trouvera, en dehors de cette
période et de ce domaine, Ganelon appelé Ganelon de Mayence, je retirerai ce
que j'ai écrit à ce sujet, mais non auparavant. M. R., pour nous prouver que la
conception des « Mayençais » n'est pas absolument italienne, nous dit que déjà
dans divers textes français les traîtres forment une geste à part, qui ne se confond
pas avec celle des vassaux simplement rebelles: sans doute c'est une idée française
que celle de la geste des traîtres, mais elle n'a reçu qu'en Italie le nom de geste
de Mayence, et ce nom ayant dans la confusion que je viens d'indiquer une
explication aussi simple que naturelle 2, je ne vois pas pourquoi on veut la con-
tester sans avoir l'ombre d'une preuve à lui opposer.
Le livre V, le plus court et le moins important du recueil, raconte la vengeance
que les fils de Beuve tirent de sa mort. M. R. est porté à y voir une simple
invention du compilateur : un petit poème en octaves sur le même sujet est tiré
i. Rev. Cr/MSyo, t. I, p. 221.
2. Cette explication peut très-bien être admise sans qu'on accepte pour cela l'hypo-
thèse d'après laquelle la confusion se serait produite pour ta première fois dans le ms.
XIll ; P. Meyer (Recherches sur l'épopée française, p. 43-44) a opposé de bonnes
raisons à cette hypothèse. Mais Beuve d'Hanstone ayant été populaire en Italie de très-
bonne heure, et l'idée de la geste de Doon de Mayence remontant au moins au commen-
cement du XIll' siècle, la confusion des deux Doon, qui a eu pour suite le nom de
a Mayençais » donné aux traîtres, a pu facilement s'y produire.
RAJNA, i Reali di Francia 363
de la prose et celte fois justifie mon opinion, trop absolue, sur le rapport des
poèmes de ce genre aux romans en prose.
III
Le sixième livre des Rcali comprend trois histoires bien distinctes : BerU au
grand pied, Maiiut, Bcrlc et Milon. Ces trois histoires ont été traitées par les
chanteurs franco-italiens, et nous possédons dans le ms. XIII de Venise une
version de chacune. M. R. montre que l'auteur des Reali a eu sous les yeux ces
poèmes franco-italiens, mais il s'attache surtout à prouver qu'il ne les a pas eus
uniquement sous les yeux. Je ne le suivrai pas dans ses déductions, faites, comme
à l'ordinaire, avec beaucoup de soin et de méthode : je ferai seulement quelques
observations de détail.
I. Berte. — Les raisons par lesquelles M. R. essaie d'établir que l'auteur des
Reali a connu le poème d'Adenet ne m'ont point convaincu : je ne crois pas,
en thèse générale, que des oeuvres aussi récentes que celles de ce poète (seconde
moitié du XIII" siècle) aient exercé aucune influence sur le développement de la
poésieépique en Italie. — Dansl'histoiredelaconceptiondeCharles^HfUHf/z^r, relatée
avec une remarquable ténacité par un grand nombre de versions de notre récit,
j'ai vu un trait fort ancien, qui se serait originairement rapporté à Charles-
Martel, et qui aurait indiqué symboliquement une naissance illégitime. M. R.
n'y voit qu'un jeu de mots provoqué, pour Charles-Martel comme pour son
petit-fils, par leur nom même (Karl = carrum). J'ai de la peine à admettre cette
explication en trouvant la mention relative à Charles-Martel, « Iste fuit in carro
natus, » dans une chronique du VIII° siècle, et l'anecdote sur Charlemagne dans
les plus anciennes formes de notre légende : l'étymologie fantaisiste n'est pas si
primitive. — Je puis mètre trompé en regardant l'épisode du pavillon brodé
par Berte (c. IX) comme très-ancien dans son histoire; ce n'est pas toutefois sans
raisons que j'ai émis cette opinion ; mais la discussion de ce point m'entraînerait
trop loin pour le moment.
II. Mainet. — La complication des sources des Reali est ici plus grande que
partout ailleurs; M. R. passe assez rapidement sur ce sujet, mais non sans qu'on
voie qu'il en a étudié tous les aspects.
III. Berte et Milon. — Le poème franco-italien du ms. XIII qui raconte les
amours de Berte, sœur de Charlemagne, avec le duc Milon, leur fuite, leur vie
errante et cachée, et finalement leur réconciliation avec Charlemagne, m'a semblé
ladis être d'invention purement italienne. M. R. est du même avis, et cependant
il m'est survenu depuis quelques doutes à ce sujet. Les aventures du père de
Bernard del Carpio et de sa mère, sœur d'Alfonse le Chaste, ont avec celles des
parents de Roland une ressemblance frappante, qui s'augmente considérablement
si on se rappelle que la mère de Bernard, dans la légende la plus ancienne,
était, comme celle de Roland, sœur de Charlemagne et non d'Alfonse (voy.
Hist. poét., p. 206). Il semble que les juglares espagnols aient ici attribué au
héros national les aventures du héros français. D'autre part, la première ren-
contre de Roland avec son oncle dans Girard d'Amiens (Hist. poét., p. 479) rap-
pelle singulièrement et l'intrusion et l'attitude du petit Roland à Sutri dans les
364 COMPTES-RENDUS
textes italiens; mais tandis que dans Girard cet épisode s'explique mal et n'a
aucun lien avec le reste * , il est dans le ms. XIII et les récits qui lui ressemblent
important et caractéristique. Nous avons perdu un si grand nombre de nos vieux
poèmes que le silence de tous ceux qui nous restent sur cette aventure ne prouve
pas qu'elle ait été inconnue en France; et nous serions d'autant plus portés à
penser qu'originaire de notre pays, elle a trouvé asile en Italie, que nous avons
vu déjà plus d'un poème fort ancien, oublié ici, conservé de l'autre côté des
Alpes, et que Bcrta e Milonc, si ce poème ne venait pas de France, nous offrirait
un exemple unique dans la grande compilation où il figure et dans le premier
âge de la poésie franco-italienne 2.
IV
Le savant critique que je suis pas à pas consacre un chapitre spécial aux
généalogies qui tiennent une si grande place dans le livre singulier qu'il étudie.
Il les compare avec celles que fournit le Fioravante et avec d'autres qui se trou-
vent dans divers ouvrages italiens. Si on embrasse d'un regard toutes ces généa-
logies italiennes (sans tenir compte des Mayençais) et qu'on les oppose aux
généalogies qui se déduisent des poèmes français, on voit que, dès l'origine et
sans exception, elles en diffèrent par deux traits : l'un est la soudure de la geste
de Monglane et de celle de Clermont (distraite de la geste française de Doon de
Mayence) à la geste du roi; l'autre, intimement lié au premier et bien plus impor-
tant, est l'intrusion dans la grande famille des Royaux de France de Beuve
d'Hanstone et de sa famille. Cette fusion du cycle tout particulier de Beuve avec
le grand cycle national est absolument inconnue en France ; on ne la trouve ni
dans les poèmes sur Beuve ni, à plus forte raison, dans ceux qui célèbrent les
héros vraiment français : c'est une innovation italienne, qui atteste l'antiquité de
la transplantation de Beuve d'Hanstone en Italie et aussi celle de la tendance
cyclique chez les Italiens, et qui en même temps fortifie singulièrement, il faut en
convenir, mon hypothèse sur la fusion en un seul, par les jongleurs italiens, du
traître Doon de Mayence dans Beuve et du loyal héros du même nom, chanté
dans les poèmes français comme auteur de la troisième grande geste. — M. R.
remarque avec raison que la généalogie du Fioravante, qui a conservé le souvenir
d'un changement de dynastie entre Pépin et les rois antérieurs, a par cela même
un caractère plus ancien que celle des Reali, qui a effacé ce trait : on retrouve
des vestiges analogues de traditions réellement historiques dans certains poèmes
français, mais déjà isolés et peu conipris (voy. Hïst. poct., p. 221).
Caractères particuliers des Reali. — Valeur littéraire. — Auteur. Date. Tel est le
titre de cette dernière partie du livre de M. Rajna, dont je suis obligé de parler
1. Roland, qui ici est le fils légitime de Milon et de Berte, sœur chérie de l'empe-
reur, se revêt d'habits grossiers pour pénétrer dans la salle oii Charles prend son repas :
pourquoi ? Dans les récits italiens, tout a sa raison d'être.
2. L'Entrée en Espagne et la Prise de Pampelunt, qu'elles soient ou non du même
auteur, appartiennent visiblement à une autre période.
RAJNA, i Reali di Francia 365
rapidement à mon grand regret, car presque tout ce que dit l'auteur mériterait
d'être signalé. Il caractérise fort judicieusement, à mon avis, en la comparant
aux romans en prose français, avec les différences amenées par les différences
de culture dans les deux pays, cette vaste compilation qui a été si diversement
jugée. Toutes ces pages sont à lire et forment un très-bon chapitre d'une histoire
de la littérature italienne. M. R. est sévère pour le compilateur; il lui refuse les
idées beaucoup trop élevées dont l'a gratifié un éminent historien (Ranke) et la
perfection artistique qu'un critique ingénieux (M. Hillebrand) a bien voulu admi-
rer dans son œuvre. Il lui reste, comme titre de gloire, l'immense popularité
qu'il a su acquérir % et qu'il ne doit certes pas uniquement au fond de ses récits,
car dans l'immense matière épique française il n'a pas fait, tant s'en faut, les
meilleurs choix, et a remanié tout ce qu'il a touché. Les causes de cette popu-
larité, et les traits qui donnent à l'ouvrage un caractère si particulièrement
italien, auraient pu, semble-t-il, être étudiés un peu plus subtilement que ne l'a
fait M. Rajna.
En revanche on lui doit la découverte, inespérée mais certaine, de l'auteur de
ce vaste travail. C'était un homme qui ne plaignait pas sa peine, car outre les
six livres des Rcali, il a composé VAspromontc en trois livres, les Narbonnals en
sept, et YAiol (qui, imprimé, forme deux volumes), et Hugue d'Auvergne, et Guerino
il Meschino, et sans doute d'autres encore. Il était Florentin (non point Romain
ou Lombard comme le supposait Gamba), vivait à la fin du XIV siècle et au
commencement du XV', et s'appelait Andréa da Barberino. '< Un plus infatigable
refaiseur de romans chevaleresques n'a jamais existé et n'existera jamais (p. 313).»
Ce qu'il devait connaître de versions antérieures est inconcevable, quand on
songe à toutes les sources que M. R. a découvertes pour les seuls Realh. Il résulte
d'observations que j'ai faites jadis et que confirme la découverte de M. R. que
l'auteur des Rcali regardait VAspromontc comme en étant la suite nécessaire : les
autres romans d'Andréa (plus le Rinaldo, la Spagna, la Seconda Spagna^ mais
sauf Guerin il Meschino) continuent à leur tour ce dernier roman. Est-ce à dire,
comme je l'avais pensé, que deux au moins d'entre eux, VAsprcmont et l'Espagne
(Hist. poét. p. 182), doivent être considérés comme faisant partie intégrante des
Reali et figurer dans les éditions de ce recueil avec le titre de septième et hui-
tième livres? M. R. ne le pense pas, et il donne de bonnes raisons pour ne pas
admettre mon hypothèse dans cette dernière discussion. L'essentiel, c'est qu'on
reconnaisse le lien étroit qui existe entre ces trois ouvrages : quant à la disjonc-
tion où, malgré ce lien, l'auteur paraît avoir voulu les tenir, l'explication à mon
sens la plus naturelle c'est qu'il avait composé VAspromontc antérieurement aux
Reali, et qu'il a écrit ce dernier ouvrage pour servir d'introduction à l'autre;
1. '.( Cette popularité est merveilleuse... Il n'y a pas un coin de l'Italie où Fiovo et
Fioravante soient inconnus ; tous les Italiens que j'ai interrogés m'ont attesté ce fait pour
leurs provinces respectives ; on cite des libraires qui se sont enrichis à force de mauvaises
réimpressions de ce livre ; et il n'est pas rare que sur les murailles de quelque ville suffi-
samment cultivée, comme Modène, on lise une annonce ainsi conçue : o Questa sera il
loro servo burattinaro rappresenta Buovo d'Antona, terza parte dei Reali di Francia
(p. 309). »
2. M. R. les divise en cinq séries : poèmes français, — poèmes franco-italiens, —
poèmes vénitiens, — romans en prose, — poèmes toscans en octaves.
j66 COMPTES-RENDUS
ayant l'intention de le placer en tête, il ne s'est pas fait scrupule de dire : corne
l'historia tocca scgucndo, en parlant, dans les Rcali, de faits qui ne devaient être
racontés que dans VAspromonte '.
En terminant cet article déjà bien long, si je jette un regard sur l'ensemble du
vaste travail entrepris et mené à bonne fin par le jeune savant italien, je regrette
de ne pouvoir insister un peu encore sur le rare mérite et les qualités de tout
genre qu'il a montrées dans une tâche souvent ingrate; je regrette surtout de ne
pas mettre en relief, par quelques considérations générales, l'utilité de cette
tâche et l'intérêt des résultats acquis par cette étude intelligente, patiente et
lumineuse. Mais ces vues trouveront leur place ailleurs, et elles s'applique-
ront mieux à l'ensemble de la littérature épique en Italie qu'à la seule compila-
tion des Reali. Toutefois, celle-ci contient tous les caractères intéressants et
essentiels de cette littérature, si obscure encore, si curieuse dans son développe-
ment que nous commençons à connaître, si splendide aux XV' et XVI<= siècles
dans son triple et suprême épanouissement (Pulci, Bojardo, Arioste). Il y a
quelques années, toutes les périodes de cette littérature, sauf la dernière, étaient
enveloppées dans une nuit et surtout dans une indifférence profonde. Grâce à
quelques travaux tout récents, parmi lesquels ceux de M. Rajna occupent incon-
testablement le premier rang, la lumière se fait peu à peu : au-dessous des
palais charmants de la Renaissance la science découvre des étages superposés de
fondations; on reconstitue anneau par anneau, bien qu'il y ait encore des
lacunes, cette chaîne mystérieuse qui rejoint le Roland furieux à la Chanson de
Roland. La France et l'Italie ont un égal intérêt à ces études qu'elles conduisent
en commun, et nous nous plaisons à trouver dans le passé et à reprendre
aujourd'hui, avec les différences d'allures et de génie qui marquent dans les
deux pays la poésie des vieux temps et aussi la critique de nos jours, la colla-
boration à une même œuvre. Grâce aux efforts loyaux faits des deux côtés des
Alpes, on arrive à des résultats essentiellement identiques, et la brillante
épopée de Florence et de Ferrare, que la France n'a pas produite mais dont
elle a fourni la base, nous apparaît maintenant à tous comme ce qu'elle est
véritablement : la forme italienne de la matière de France.
G. P.
Ganti popolari veneziani, raccolti da Dom. Giuseppe Beuxon'i. Venezia,
tip. Fontana-Ottolini, 1872, in-18 (douze fascicules de seize pages chacun).
Voilà des chants populaires recueillis sans prétention et avec la plus grande
sincérité. Le collecteur n'en a aucunement altéré la forme, il ne s'est pas soucié,
comme il le dit dans un avertissement de quatre lignes, de refaire les vers qui
clochent, d'éliminer les mots toscans, etc. Cette réserve donne à son recueil une
valeur réelle comme document, et elle n'empêche pas que la grande majorité des
I. M. R. termine par quelques remarques intéressantes sur l'Altissimo, cet improvisa-
teur florentin qui versifia les Reali. Il trouve dans une strophe de ce poète la confirmation
d'une conjecture qui lui avait fait antérieurement attribuer la Spagna en vers à Antonio
Pucci.
BERNONi, Canti popolari veneziani 367
pièces qu'il nous donne ne soient excellentes et bien authentiquement vénitiennes.
Elles se divisent en pièces lyriques et épiques. Les pièces lyriques sont des qua-
trains d'une forme assez particulière : le plus souvent les deux derniers vers
(décasyllabiques) riment ensemble, les deux premiers n'ont pas de rime ; assez
souvent le premier est en même temps le quatrième ; on trouve encore d'autres
combinaisons. Voici des exemples qui donnent en même temps des échantillons
de la poésie :
Vustu che te lo diga? te lo digo;
La tua bochina la voria basare ;
E quando t'6 basa la boca e'I viso,
More contento e vago in paradiso.
Vesparo sona, e l'amor mio non viene;
0 che l'è morto, 0 qualchedun lo tiene ;
O che l'è morto, 0 che l'è soterà,
0 una ladra d'amor me l'a robà.
Oh Dio del siel, che lo podesse fare
Un pèto d'oro imbotonà d'arzento !
Che lo podesse aprire e po serare,
Vedar da mi a lu chi è piu contento !
No te fidar de l'albaro che piega,
Ne de la dona quando la te giura !
La te impromete e po la te denega :
No te fidar de l'albaro che piega.
Sta note el mio gardin xè stato averto,
Tute le rose m'è state rubate ;
Ma se credesse ch'el fusse el mio amore,
Ghe donariâ le rose e anca el cuore.
El primo baso che m'6 messo a darte,
Bêla, ti te smarivi i bel colori :
Bêla, no te smarir quel bei colori,
Che i primi basi, xè basi d'amore.
Il y a aussi des huitains, et même des pièces plus longues, comme celle-ci,
que M. d'Ancona a rapprochée de la chanson du Misanthrope :
El grando Turco m'a manda a ciamare,
Assiô che t'abandona, anema mia ;
No te abandonaria, zentil mia dama,
Gnanca s'el me douasse la Turchia ;
Se i me donasse Franzia co Parigi,
El nobile castel de Mont'AlbanOj
La rica ciesa de Santo Luigi,
Co tuto lo tesoro Veneziano ;
Se i me donasse una barcheta e un toro,
Pelo per pelo unâ pezza de pano,
Se i me donasse anca un monte d'oro,
La Zeca, l'Arsenale e'I Buçintoro.
j68 COMPTES-RENDUS
Nous relèverons comme d'un intérêt particulier les chansons contenues notam-
ment dans le 2' fascicule et qui sont toutes vénitiennes ; on y trouve des allusions
à des rivalités parfois assez brutales entre les divers quartiers. — II, 84 nous
remarquons ce quatrain :
E una e do e tre e quatro e sinque ;
E sie e sete e oto e nova e dièse ;
E nove e oto e sete e sie e sinque ;
E quatro e tre e do e una e guente.
C'est à peu près le refrain qui forme la seule partie authentique du fameux
Chant (basque) d'Altabiçar (cf. Revue Critique, 1866, t. II, p. 221).
M. Bernoni nous donne aussi des chansons de jeux d'enfants, des berceuses,
des prières, etc. Les nombreux chants épiques ne sont pas la partie la moins
intéressante de cet intéressant recueil. M. d'Ancona, dans un article de ['Archivio
Veneto, a donné pour la plupart de ces chants des rapprochements avec ceux du
Monferrat et par là avec d'autres. Nous nous bornerons à remarquer que plu-
sieurs sont certainement d'origine française.
G. P.
La Manière de langage qui enseigne à parler et à écrire le français. Modèles
de conversation composés en Angleterre à la fin du XIV^ siècle et publiés
d'après le ms. du Musée britannique, Harl. 3988. Paris, Franck, 1873,
paginé 375-408 (Extrait de la Revue critique, numéros complémentaires de
l'année 1870).
La publication de la Revue critique ayant été suspendue après nos premiers
désastres, les directeurs de ce recueil ont dû en 1871 et 1872 se mettre en
mesure de compléter le second semestre de 1870, dont quelques numéros'
seulement avaient paru. Comme d'autre part la Revue avait repris son cours
régulier à partir du i" janvier 1872, on a cru opportun de compléter l'année
1870 à l'aide de dissertations ou de textes inédits d'une certaine étendue. L'un
des textes choisis a été celui dont nous allons dire quelques mots. C'est une
sorte de traité pratique de la conversation française composé pour les Anglais et
par un Anglais à la fin du XIV' siècle. Il est daté, à la fin, de Bury-Saint-
Edmunds, la veille de la Pentecôte 1396. On ne saurait déterminer avec certi-
tude si le nom Kirnyngton qui se trouve écrit à la fin du traité, est celui du
copiste ou celui de l'auteur. L'unique manuscrit connu de cet opuscule est con-
servé dans la bibliothèque Harléienne, au musée britannique, sous le n° 3988.
C'est un bien curieux petit ouvrage : d'abord au point de vue de la langue, car il
renferme bien des exemples de termes techniques, de noms d'animaux, etc., qui
sont à recueillir pour le vocabulaire de notre ancienne langue; puis, et surtout,
pour l'histoire des mœurs au XIV* siècle. Il est d'ailleurs amusant et les conver-
sations dont il se compose ont un grand air de vérité. L'homme à qui nous
devons ce petit ouvrage n'était dénué ni d'intelligence, ni d'esprit d'observation.
Çà et là sont intercalées quelques pièces de vers dont une ou deux ont assez le
caractère populaire. A la suite du traité, l'éditeur a ajouté quelques extraits
d'un ms. de la fin du XV* siècle, conservé au collège d'Ail Soûls (Oxford) qui
contient des formules de lettres françaises et divers morceaux relatifs à l'étude
BRAGA, Epopêas da raça mosdrabe 569
du français. Le ms. Harléien et celui d'Ail Soûls paraissent être restés ignorés
jusqu'à la présente publication.
Dans une introduction de quelques pages l'éditeur a réuni tout ce qu'il a pu
trouver de renseignements sur les traités composés en Angleterre jusqu'à Pals-
grave, pour faciliter l'étude du français. Cette petite brochure est donc un
document à consulter pour l'histoire de notre langue en Angleterre.
Epopêas da raça mosarabe, por Théophile Braga. Porto, imprensa
portugueza-editora. 1871. In-12, vij-378 p.
M. Braga poursuit avec un zèle des plus louables la grande tâche qu'il s'est
imposée, celle d'écrire une histoire complète de la littérature de son pays. Le
contenu de ce volume est très-varié. En huit chapitres, M. B. nous fait l'his-
toire des différents éléments qui se retrouvent, selon lui, dans la poésie popu-
laire portugaise ; il examine les légendes dont le souvenir est conservé dans la
trop célèbre chanson du Figueiral et expose le développement des écoles pro-
vençale et italienne. Enfin le dernier chapitre est consacré à l'histoire de la
renaissance de la poésie nationale amenée par l'influence du romantisme anglais
et français.
Nous n'avons pas ici l'intention de discuter les nombreuses théories émises par
M. B. dans ce livre. Nous nous bornerons à quelques observations de faits.
Dans le ch. intitulé aVestigios da poesia gothica no povo portugucz^ » se trouvent
des exemples intéressants de coutumes populaires, que M. B. rapproche avec
raison de celles des peuples germaniques. Wolf avait déjà traité ce sujet dans
son Bcitrag zur Rechtssymbolik mis spanlschen Quellcn, Vienne, 1865. M. B.,
qui ne paraît pas connaître ce travail, y trouvera de quoi compléter ses
recherches. — Le mot malato, employé dans une romance portugaise qui répond
à la foib aux deux castillanes : A caza va el cabalkro, et De Francia partiô la nina,
aurait un sens spécial d'homme appartenant à une classe opprimée, d'après
M. B., celle du godo-lite. Il ressort au moins des exemples cités par Santa
Rosa (Elucidario, etc., s. v. malato, malatia), que ce mot s'applique en général,
dans les anciens textes juridiques, à toute personne qui vit sous le nnindium d'un
plus puissant: ainsi soit celui qui vit sur les terres d'un domaine protégé par ce
dernier, moyennant une redevance, soit le mineur qui est encore sous la puis-
sance paternelle. Or, rien de semblable ne se trouve exprimé dans la romance
en question : il s'agit tout simplement pour la niria d'inspirer au chevalier une
vive répulsion, afm de lui échapper et se moquer ensuite de sa couardise. Le
mot est donc bien traduit par «lépreux»-. — Je n'ai rien trouvé dans le ch. III
sur l'élément arabe dans la poésie populaire portugaise qui jetât un nouveau jour
sur la question. Il n'est plus permis de croire aujourd'hui à l'origine arabe du
1. On y voit p. 104 un tableau des mots Scandinaves passés dans le portugais qui sera
supprimé, nous n'en doutons pas, dans une nouvelle édition.
2. |Le sens du mot et de la romance est d'ailleurs mis hors de doute par la compa-
raison des chansons espagnole, française (Gasté, Chansons normandes, n" xliii) et pro-
vençale (Arbaud, II, 90), où il s'agit sans discussion possible d'un « malade », d'un
« méseau ». Cf. Revue critique 1866, II, 290. — G. P.
370 COMPTES-RENDUS
vers octosyllabique espagnol; M. B. ignore ce qui a été écrit de plus élémen-
taire sur l'histoire de la versification romane. — Tout ce qui est dit du mot
aravia n'a aucune portée. Sur ce que, aujourd'hui, on nomme aux Açores tous
les chants populaires des aravias, M. B. a édifié une théorie qui se résume ainsi
(p. 264) : le peuple nommait, au moyen-âge, ses chants, aravias, tandis que les
érudits leur donnaient le nom de romance, à cause du mépris qu'ils leur por-
taient. Les exemples cités à l'appui se réduisent en fait à un seul, tiré de la
relation d'un père jésuite, missionnaire en Inde et au Japon au XVII' s., oi!i l'on
lit : « Elle começou a entoar hua aravia, de que nada Ihe entendemos » (p. 134).
C'est peu : partout ailleurs, aravia ne signifie pas autre chose que la langue
arabe, ou dans certains cas un jargon inintelligible. En résumé, nous pensons
que le sens donné au mot aravia aux Açores est d'introduction récente, et que
ce sont les érudits et non le peuple qui ont appliqué aux romances un nom qui,
dans l'une de ses acceptions, était pris en mauvaise part. En général, l'exposi-
tion de M. B., dans tout le cours de ce chapitre, manque de clarté et de préci-
sion ; que veut dire cette phrase, par ex. : « A forma epica dos romances é uma
niodificaçâo do genio germanico sob a influencia do lyrismo e dos cantos arabes )>
(p. 134).'' — P. 2^4. M. B. reproduit une romance qui a pour sujet l'amour
malheureux de Virgile pour la fille d'un roi, dernière forme prise par la légende
de ce personnage merveilleux*. Dans son histoire de la poésie populaire portu-
gaise, il la donnait comme une traduction de la romance castillane ; on lui
affirme, nous dit-il maintenant, qu'elle se chante ainsi dans la province de
Beira-Baixa. « M. B. fera bien de s'adresser directement à la tradition orale,
car cette version, qui ne présente aucune variante avec celle des romanceros du
XVI^ s., ne laisse pas d'être un peu suspecte.
En résumé, cette nouvelle publication de M. B. est loin d'être sans valeur ;
toutefois nous engageons vivem.ent l'auteur d'un nombre de travaux déjà si con-
sidérable, à écrire avec moins de précipitation et à peser davantage la valeur des
arguments dont il appuie ses théories. Qu'il se garde, en outre, de témoigner
une trop grande confiance à des écrivains qui, trop souvent, l'ont fait tomber
dans de graves erreurs (Edélestand Du Méril entre autres), et il arrivera ainsi à
remplir de la façon la plus satisfaisante le beau programme qu'il s'est tracé.
A. M.-F.
1. Voy. Comparetti, Virgilio nel medio evo, II, 1 57. Ce savant préfère la leçon du vers 9
en mesa à en misa ; je crois le contraire. Lv.'S mots via, corner mis cabalkros — cabal-
leros, via, corner demandent plutôt en misa, qui est du reste dans le Cane. d'Anvers sans
date.
PÉRIODIQUES.
I. Revue des langues romanes, IV, 3. — P. 353, Alart, Documents sur
la langue catalane (suite). Cet article contient plusieurs documents qui servent à
faire connaître l'état du catalan du Roussillon sous le règne de Jacques I" de
Majorque (1276-1311): ce sont des règlements de police, des tarifs de péage,
tous textes dont l'intérêt n'est pas seulement linguistique. Entre autres figure la
leude de Perpignan, document important pour l'histoire du commerce des draps,
dont une mauvaise copie avait déjà été publiée dans la Revue des Sociétés savantes
en 1864. Mais tout en reconnaissant qu'une nouvelle édition était nécessaire, on
trouvera sans doute d'un goût douteux la phrase où M, A. mentionne comme
une « mauvaise chance « pour le document en question le fait d'avoir été com-
muniqué au Comité des travaux historiques. Ce comité a mis au jour dans ces
dernières années un certain nombre de documents en langue du midi, qui, pour
la correction, ne sont peut-être pas trop au-dessous des publications de M. Alart.
L'observation du zélé archiviste des Pyrénées-Orientales a surtout, dans le
cas présent, le défaut de manquer de nouveauté, ayant déjà été faite au Comité
et par un membre du Comité, il y a plus de sept ans'. Je dois ajouter que mal-
gré toute la peine que s'est donnée M. A. il reste encore à faire pour l'interpréta-
tion du tarif en question. Ainsi Albenton (p. 370) ne peut raisonnablement être
Alençon, c'est naturellement Aubenton (Aisne). Les teks del Garb sont des toiles
du Maroc. Roax que M. A. range (p. 382) sous Arras, est peut-être l'anc.
fr. Roais, c'est-à-dire Edesse. Banyoles (p. 382) pourrait bien être Bagnols
(Girà). Mestreviles, Mostivallers (p. 384) doit être Montivilliers (Seine-Inférieure),
Bons draps gris à Montcvillier, lit-on dans le Dict des Pays^. — P. 386. Ch. de
Tourtoulon, Les Derniers troubadours de la Provence, d'après M. P. Meyer. Compte-
rendu très-bienveillant du mémoire que j'ai publié de 1869 à 1871 dans la
Bibliothèque de l'École des chartes. Des observations de M. de T., les unes se
rapportent à l'explication historique des pièces que j'ai tirées du ms. Giraud,
les autres aux textes mêmes qui sont souvent bien corrompus. Entre ces der-
nières il en est une qui me paraît très-sure, c'est l'explication du mot nays que
1. M. Alart en trouvera l'expression assez mitigée mais cependant suffisamment claire
au procès-verbal de la séance du 8 janvier 1866 [Revue des Sociétés savantes, 4" série,
III, 2ij)- Dans un rapport imprimé dans le volume suivant (IV, 76) feu Bourquelot a
proposé diverses corrections au texte édité avec une si incontestable incompétence par
M. Ed. de Barthélémy.
2. A. de Montaiglon. Poésies françaises des XV et XVI' siècles, V, 115.
372 PÉRIODIQUES
j'ai tenté de corriger (g VIII, pièce i, v. 21), ignorant qu'il signifiât « auge »,
sens qui convient fort bien au passage. Pour le reste, les remarques philologi-
ques de M. de T. me paraissent généralement assez contestables. Ainsi les doutes
qu'il émet sur l'origine provençale du ms. Giraud ne sont aucunement justifiés.
M. de T. ne veut pas qu'un copiste provençal du XIV^ siècle ait jamais pu
employer los comme forme de l'article masc. plur. au cas sujet. Cette forme
selon lui est « antipathique » au dialecte de la Provence. Si M. de T. veut bien
vérifier le fait qu'il avance dans n'importe quel texte écrit en Provence du XIV'
au XVIe siècle, il verra qu'il est dans l'erreur*. J'ai aussi bien de la peine à croire
que pendant tout le XIII' siècle le dialecte de Montpellier n'ait eu dans les noms
et les adjectifs qu'une seule forme pour chaque nombre ; cela n'est vrai que pour
la fin du XIII' siècle, et il en a été de même à peu près partout*. Recrezensa ne
peut aucunement signifier « déférence » ; comp. le fr. recréant. Ni ueimais, ni
jamais n'ont le sens négatif que leur attribue M. de T., etc. En revanche les
remarques de M. de T. sur les circonstances assez obscures auxquelles fait allu-
sion la tenson entre Pierre et Guilhem, sont précieuses, et permettent de fixer à
la fin de l'année 1 280 la date d'une pièce que j'avais placée avec moins de précision
« peu après 1276 ». M. de T. a sans doute aussi raison contre moi lorsqu'il
attribue à Pierre III d'Aragon et non pas à Jacques le Conquérant la paternité
du bâtard d'Aragon avec lequel Rostanh Bérenger échange les couplets que
M. Tobler a expliqués avec une si remarquable sagacité'. — P. 403. Charvet,
Deux quittances en langue romane délivrées par les abbesses du monastère de Sainte-,
Claire d'Alais au XIV siècle. Elles sont de la fin du XIV« siècle et présentent peu
d'intérêt. Pourquoi l'éditeur met-il un sic après les mots per l'arma? Dans la
seconde quittance bufici doit évidemment se lire hufici, et n'a par conséquent
rien à faire avec benufici, forme qui, d'ailleurs, serait bien incorrecte. —
P. 407. Chabaneau, Grammaire limousine. Nous espérons que cet excellent
travail sera tiré à part, nous en rendrons compte alors avec le soin qu'il mérite.
— P. 424. Ch. de Tourtoulon, Note sur une variété du sous-dialecte de Montpel-
lier. Sert d'introduction à un petit poème composé par un habitant de Lansar-
gues. — P. 4^9, A. Montel et L. Lambert, Contes et petites compositions popu-
laires. La principale des pièces contenues dans cet article est celle que
M. Damase Arbaud a publiée sous le titre de Serenados*, avec un commentaire
que les nouveaux éditeurs ont reproduit à peu près en entier- sans reconnaître
suffisamment leur emprunt. — P. 475.' La Bibliographie se compose du compte-
rendu de la Remania, n* 5. M. Boucherie y présente des critiques souvent fon-
dées sur le texte de la Prise de Rome, publiée par M. Grœber. Je suis d'accord
1. Ainsi dans un règlement pour la vente du vin, rédigé à Tarascon en 1422, « losditz
depputatz » (Bartsch, Chrest., 388, }8); <■<. los hostaliers » {ibid. 390, 13). C'est la
règle dans tous les textes où l'usage de la déclinaison à deux cas est perdu, aussi bien en
Provence qu'ailleurs. Je sais bien qu'actuellement en provençal on dit li et non pas los
(et c'est là ce qui induit en erreur M. de T.), mais je ne crois pas que cet usage soit
antérieur au xvii' siècle.
2. Abstraction faite bien entendu, de la poésie qui a conservé bien plus tard l'obser-
vation de la déclinaison à deux cas.
}. Voy. Romania, I, 268.
4. Chants popul. de la Provence, I, 220.
PÉRIODIQUES ^75
avec M. B. lorsqu'il pense que le parti le plus sûr pour l'éditeur de ce poème
eût été de n'en point tenter la restitution. Cela dit, je crois que sur deux ou
trois points on peut risquer la défense de M. Grceber. Ainsi, v. 153, M. B. lui
reproche à tort de n'avoir pas corrigé bruit en brusle; certes bruire n'est pas un
mot inconnu. Mais il y a des restitutions à faire dans ce texte, et les meilleures
ne seront pas toujours celles qui changeront le plus la leçon du ms. Ainsi v. 65
le ms. porte : Aine le temps ne fu trovè de Adam ly premier, ce qui n'a pas de
sens. La correction de M. Grœber qui démantibule le vers : Mieldre ne fu trovée
aine Adam li premier, esl inconciliable avec le sens constant de aine. Il faut évi-
demment, avec de faibles changements : Aine tel ne fu trovèe des Adam le
premier. D'autres fois la restitution consiste dans la simple suppression d'une
correction de l'éditeur. Ainsi on lit v. 217: Par x. fois M. payen, autant furent
esmè; alors que le ms. porte pour le second hémistiche a itant sunt esmé, qui n'avait
aucun besoin d'être corrigé. Mais je ne veux pas faire en ce moment la critique
de l'édition de M. Grœber. — En terminant son compte-rendu M. Boucherie se
demande sur quoi je me fonde pour affirmer que « baud qui signifie gaillard,
vigoureux, ne peut aucunement venir de validus. « Je me fonde tout simplement
sur ce fait incontesté que le mot en question venant de l'allemand bald, ne peut
pas venir en même temps d'un mot latin, d'autant plus que ce mot latin convient
médiocrement pour la forme et ne convient pas du tout pour le sens.
P. M.
II. RivrsTA Di FiLOLOGi.\ ROMANZ\, I, 2. — P. 73, Manzoni, il Canzoniere
Vaticano 3214; description de ce précieux chansonnier italien, avec l'impression
du premier vers de chaque pièce et l'indication des recueils où se trouvent celles
qui ont été publiées ; à la fin sont données les pièces inédites, parmi les-
quelles un sonnet de Dante. — P. 91, Mussafia, Osservazioni sulla « Sloria di
alcuni participa, etc. » de M. Canello, article publié dans le n° I de la Rivista
(voy. Romania II, 140) ; M. M. ne discute pas la théorie fondamentale de
M. Canello; il fait sur son travail d'excellentes remarques de détail, et lui
conteste, avec toute raison, le droit de conclure de l'existence de formes
romanes celle de formes latines semblables. Je ne suis pas d'accord avec Diez,
suivi par M. M., sur les mots français fente, pente, tente, ponte, tonte; ce sont
bien pour moi de véritables participes. — P. 98, Cornu, deux Histoires villa-
geoises en patois vaudois. Ces deux anecdotes, composées il y a environ trois
quarts de siècle par le pasteur Bridel, offrent, d'après M. Cornu, un bon spéci-
men du patois vaudois ; il les a réimprimées avec une orthographe tout à fait
bonne et les a fait suivre d'un glossaire complet et soigneux, qui rend cette
publication fort utile. — P. 113, Pitre, Nuovo Saggio di Fiabe e Novelle popo-
lari Siciliane; M. P., qui annonce pour cette année un grand recueil de contes
populaires siciliens, en donne à la Rivista dix qui (sauf un) ne figureront pas
dans ce recueil. Le présent article ne contient que le premier, dont le fond
était déjà connu par M'" L. Gonzenbach, mais dont la forme nous a paru
excellente et bien populaire. — P. 122 ss. Variétés. M. Coelho explique avec
évidence, par le galicien ancien et moderne clie pour te, une forme cha qu'il
faut maintenant lire ch'a (— te a), qui était fort embarrassante dans une vieille
374 PÉRIODIQUES
chanson portugaise'; M. Stengel indique les éditions déjà données du document
sarde publié dans le n° I (voy. Romania II, 141 j et communique à ce sujet quel-
ques observations de M. Delius. — P. 125, Comptes-rendus : articles de
M. Morel-Fatio sur la Biblioteca catalana, bien peu avancée jusqu'à présent
{Romania, I 271); de M. Monaci sur Martin, Examen critique des mss. du roman
de Renart \ de M. Canello sur d'Ovidio, SuW origine, etc. (voy. Romania, I,
492), avec une liste intéressante, bien qu'elle prête à diverses critiques, des
mots italiens qui offrent une double forme reproduisant le nominatif et l'accusatif
latin. — P. 134, Périodiques. — P. 136, Notizie.
G. P.
III. Il Propugnatore, VI, 3. — P. 282, L. Gaiter, il Dialetto di Verona nel
sccolo di Dante, article qui contient, au milieu d'idées parfois vagues ou erro-
nées, des faits intéressants et utiles. — P. 325, F. Zambrini, dei Dialetti roma-
gnuoli in génère e del faentino specialnunte; remarques qui portent surtout sur le
dictionnaire de Morri. — P. 336, XV Canzoni populari in dialetto Titano (Tito,
prov. de Basilicate, district de Potenza), publiées par M. Imbriani. — P. 350,
A. d'Ancona, Venti sonetti inediti del sec. XIII ; M. d'Ancona va publier les
poésies inédites du XIII" siècle que contient le précieux manuscrit du Vatican
3793 ; il en détache ces vingt curieux sonnets, dont il signale ainsi très-juste-
ment le principal intérêt : « Essi appartengono àd autori fiorentini délia seconda
meta del dugento, la cui maniera poetica sta tra la forma sicula e provenza-
leggiante equella del dolce stil nuovo. » Mais en eux-mêmes ces sonnets, publiés
avec tout le soin possible, méritent d'être lus, et ceux de Chiaro Davanzati
sont très-curieux pour les mœurs du temps, en même temps qu'ils ont une
belle et simple forme. — P. 372-406, F. Liverani, Lexicografia italiana; liste
de mots qui manquent dans la dernière édition de Du Gange, tirés pour la plu-
part de chartes italiennes que Henschel n'a pas pu connaître ; il y a dans le
nombre des mots intéressants et même importants, mais beaucoup ne le sont
que comme offrant des formes phonétiques ou grammaticales qu'il n'était pas
dans le plan de Du Gange de recueillir et qu'il ne faudrait pas lui reprocher
d'avoir omises, même s'il les avait connues. Ges formes, — comme par exemple
cambio etc., employés à tous les cas, — seraient d'ailleurs bien mieux à leur
place dans une grammaire que dans un lexique, ou du moins devraient être
rangées dans un ordre grammatical. La liste de M. L. n'en est pas moins utile,
et il serait à désirer qu'on publiât souvent des suppléments de ce genre, qui
prépareraient peu à peu une nouvelle édition du Glossarium. L'auteur ferait
mieux de s'abstenir d'étymologies. — P. 406-431, G. Vanzolini, Somma délie
penitenze di fra Tommaso d'Aquino, ancienne traduction. — On nous permettra
de faire remarquer à nos lecteurs la variété et la valeur des articles qui compo-
sent cet intéressant fascicule. G. P.
IV. Bibliothèque de l'École des chartes, XX, XIV, 2, 3. — P. 232-240,
I . Nous nous apercevons au dernier moment que la même explication a été donnée, et
d'une manière plus complète encore, par M. Mussafia, lahrb.f. rom. lit. VI, 218.
PÉRIODIQUES ^75
d'Arbois de Jubainville, Deux documents latins inédits, IX', VII' siècle. Suite
d'observations sur la grammaire des deux documents publiés par l'Académie de
Berlin qui ont été l'occasion de l'article inséré dans les Mélanges de notre qua-
trième n° (ci-dessus I, 483). Les opinions exprimées par M. d'A. de J. ne nous
paraissent pas toutes à l'abri de la contestation. Son travail était du reste
rédigé avant le nôtre et n'a pas mis à profit les faits nouveaux que nous a four-
nis le texte du ms. de Saint-Germain-des-Prés. — P. 183, compte-rendu par
M. Pannier de l'Histoire des origines de la langue française de M. Granier de
Cassagnac.
V. Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, II, 2. — P. 80-
144, J. Storm, Remarques sur les voyelles atones du latin, des dialectes italiques
et de l'italien : travail d'une grande importance et d'une haute valeur. Dans la
première partie, l'auteur rectifie, au moyen d'un examen des faits plus appro-
fondi, diverses opinions de M. Corssen, et introduit d'une façon toute nouvelle
dans l'appréciation des phénomènes romans l'étude du latin archaïque et des
anciens dialectes de l'Italie; dans la seconde partie, il analyse, au point de vue
du traitement des atones, l'italien avec plus de précision qu'on ne l'avait fait, et
les dialectes modernes pour la première fois (il ne parle pas de ceux de l'Emilie).
Nombre de points intéressants de phonétiqne, de grammaire et d'étymologie
sont abordés chemin faisant. L'auteur est parfois un peu prompt à affirmer,
un peu hardi dans ses conjectures; mais il fait preuve, d'un bout à l'autre de
ce long mémoire, d'une instruction étendue, d'une rare puissance d'attention
et d'un sens philologique très-juste. — P. 171-176, H. Gaidoz, Fagne, fange,
hôte Venn, Finnois. La première partie de cet article a seule de l'intérêt pour
nous ; M. G. y met hors de doute, par des rapprochements de noms de lieux,
la parenté signalée par M. d'Arbois de Jubainville (Mém. de la Soc, II, 70-2)
entre l'ail, fania et les mots fr. fagne, faigne, fange.
G. P.
VI. Zeitschrift fur vergleichende sprachforschu.xg. XXI. Neue Folge, I,
4 et 5, 1875. — P. 289-340. Abhandlungen ûber die romanischen mundarten der
Sûdwcst Schweiz. — Cette publication de M. Haefelin, qui ouvre une série de
recherches sur les patois de la Suisse romane, lesquelles vont paraître successi-
vement dans la Zeitschrift, est le premier travail scientifique qui ait été entrepris
à leur égard. Ces premières études sur le patois du canton de Neuchâtel sont
d'autant plus méritoires que, comme l'auteur le dit (p. 291), l'ancien lanf^age
est sur le point de s'éteindre. Car il lui a fallu déjà interroger les personnes
âgées, qui maintenant seules conservent encore dans sa pureté un dialecte qui
était la langue de presque toute la société au commencement de ce siècle. Comme
M. H. a choisi un journal pour y publier son travail, pensant obtenir par ce moyen
des indications et des conseils de la part de ceux qui s'intéressent à ces études,
je profiterai de cette invitation pour indiquer les modifications qu'il serait bon
qu'il y apportât à l'avenir. L'auteur ne traite pas les dialectes du Jura bernois,
qui suivent, dit-il, des lois toutes différentes dans leur développement. Espérons
qu'après s'être préparé par ses études sur le dialecte de Neuchâtel, il accordera
376 PÉRIODIQUES
son attention aux patois des vallées jurassiennes, tâche qui lui sera facilitée par
les documents littéraires assez importants qu'ils possèdent. — Après nous avoir
parlé de la préparation à son travail, dont il a rassemblé lui-même la plupart
des matériaux, il indique les sources écrites où il a puisé (p. 292, 293) : I, lexi-
ques ; II, textes. Puis il établit les groupes dialectaux, au nombre de cinq,
qu'il sera probablement obligé de modifier avec le temps. Ce sont ceux : I, de
la Neuveville le long des pentes du Chaumont en s'avançant vers Neuchâtel
(patois de Lignières ; patois du vignoble du nord-est) ; II, patois du Val-de-
Ruz ; III, patois des montagnes (les environs du Locle, la Chaux-de-Fonds, la
Sagne, la Brevine etc.); IV, patois du Val-de-Travers ; V, de Neuchâtel en
se dirigeant vers le canton de Vaud (patois du vignoble du sud-ouest ; patois de
la Paroisse). Il est regrettable que l'auteur n'ait pas traité ces cinq variétés d'un
même dialecte d'une manière synoptique comme il l'a fait pour le suffixe ûticum
p. 301 . Cela n'aurait pas fait de difficultés et le travail aurait gagné en clarté et
en brièveté. — Vient ensuite l'exposition de son système orthographique, qui
est ce qui, dans ces recherches, contentera le moins le philologue. Au lieu de se
servir dans ses transcriptions des signes généralement admis dans la science,
comme ceux proposés par Lepsius dans le Standard alphabet, il a mieux aimé
inventer un système de sa façon, qui n'a pas le mérite de la simplicité qui
seul pourrait le justifier : il est au contraire aussi compliqué qu'il peut l'être.
Sans parler de chaque lettre une à une, je remarquerai que 1'^ ouvert est regardé
par M. H. comme \'c normal, puisque c'est de tous les e le seul qui n'ait aucun
signe diacritique. Cet emploi de \'c ouvert est contraire, à ma connaissance, à
l'usage reçu dans toutes les grammaires, où l'on est habitué à ne donner aucune
marque particulière à l'e fermé. On sait qu'en français les diphthongues appa-
rentes sont des sons véritablement simples: M. H. n'a pas manqué d'imiter ce
défaut de l'orthographe française et de rendre eu (= ce ail.) par les mêmes
lettres. Eu étant un son simple devait être représenté par un signe unique. La
même remarque s'applique à ou {= u lat. et des langues rom. méridionales) qui
est pris au français. La diphthongue au étant un son double, c'est-à-dire a -\- «,
pour être conséquent, M. H. devrait l'écrire comme font certaines personnes en
Provence par aou. Pour / mouillé, l'auteur se sert de ly. Il vaudrait mieux
employer un signe unique analogue à celui qui est reçu pour Vn mouillé. Les
signes qui désignent les sifflantes surtout auraient pu être de beaucoup simplifiés.
En un mot, tout le système orthographique est à refaire, et il y a d'excellents
guides qui fournissent, sinon toutes les indications nécessaires, du moins assez
pour en établir un beaucoup plus simple que celui dont l'auteur s'est servi. Si
chacun veut faire une orthographe à sa façon dans les travaux de phonétique,
nous aurons bientôt un désordre qui fera perdre un temps précieux à ceux qui
s'occupent d'études dialectales. — La première partie de l'étude de M. H. traite
de la phonétique des voyelles (p. 297-340) qui sont considérées avec soin selon
les différentes places qu'elles peuvent avoir dans les mots. L'auteur nous avertit
plus haut que le fr. a eu une grande influence sur le dialecte de Neuchâtel. Son
devoir était donc de se garder des mots d'origine étrangère qui introduisent de
l'irrégularité dans la phonétique. Il ne l'a pas toujours fait, ainsi que le montrent les
exemples suivants que je relève, parce qu'ils pourraient faire naître d'autres erreurs.
PÉRIODIQUES
MOTS SAVANTS OU FRANÇAIS.
377
adora 298,
enfirmitâ 298,
acre 299,
animô 302,
/ cède 307,
entyê m., entyera i. 307,
/ n/c, 308,
i nïyo ?09,
yîgue 309, ^10, figa^M, 312,
)> '«/l'nf 310,) 'encline 312,
djustice 311, 312, 2Uif/c£ 313,
avjr/a 311, 312,
familge 311, 312, 313, 314,
parece, pareice, 327 (pigritia),
mervelye 311,
prodize 313,
prodizo 314, prodige 359,
amateur 3 14, 31^, 316,
;7jfe«r 314,
serviteur 315,
amoïireû 3 1 6,
doùloùreu 3 16.
314, 315, 316, 317, 318, il faut
admettre une influence du fr. comme
elle a lieu sur ces mêmes mots dans
le canton de Vaud, où le son eu
n'existe que dans un seul mot. Il
faut ajouter à ces mots ardeur, fa-
veur, vigueur, 315, 3 16 ; neu, demeu-
re 317, tirent leur irrégularité de
l'infl. du fr.
caduc, cadeu 319, 320, 321,
nature 319,
djuste 320, zuste 322,
lutte 320, 322,
purge 320, purze 322,
audo 321.
Les différentes formes de commodus
sont des formes à demi savantes.
ôppëti 327,
ogmatâ, ôgmentâ 328,
admirable 334,
âme, dma 334,
odacheù 338,
Dans les mots cateur, couleur, koneur éloge, eloze 338, 339.
On désirerait souvent des explications plus étendues sur la genèse des formes.
Celles qu'on trouve ne sont pas toutes très-vraisemblables : ainsi, p. 3 1 1, M. H.
pense que dans les formes telles que fam'na, far'na, ep'na, l'accent a passé
d'abord sur la pénultième et qu'ensuite \'i est tombé. L'explication la plus natu-
relle et qui est confirmée par les mêmes mots (p. 3 13) fdmëna, fârëna, épëna, est
que î s'est changé régulièrement en ë (= £ muet), son si faible que, ne pouvant
soutenir l'accent, il l'a rejeté sur la syllabe précédente. On sait qu'en français
aucun e muet n'est accentué. — La forme poaibye, p. 3 18, prouve clairement que
l'antécédent qu'il donne à pubye 3 1 5 ( = populus) et qui serait eu, n'a pas existé.
Il y a eu contraction des deux sons en un seul . — Les mots leivrô, peivrô, baire^
qui sont donnés, p. 312^ 314, comme des formes exceptionnelles, doivent être
regardés comme réguliers. — Gorge, 322, de gurges, étymologie proposée par
Diez, est incertain. — Cauda donnant coua devrait se trouver à 0 long, parce
qu'on sait que de très-bonne heure en latin vulgaire ce mot se prononçait coda
(Comp. le prov. coa). — Un des phénomènes les plus curieux du dialecte de
Neuchâtel serait d'avoir des mots accentués sur l'antépénultième, p. ex. c'ë'nëvo
p. 325. Yena-t-il aussi dans le canton de Vaud? — Cacon, p. 327, àtquisqueunus,
est une étymologie qui n'est prouvée que par celle d'un autre mot d'une incerti-
tude trop grande pour que je puisse l'admettre. — Les formes verbales fouran,
souran, regardées comme des parfaits {=fuerunt, sa puerunt) sont bien plus proba-
blement des plus-que-parfaits. — Je doute que dans foti, hêtre p. 340, le r soit
introduit pour supprimer le hiatus. Comp. le gruérin fogi oh ç = th angl.
correspond à st latin. J. Cornu.
Romania, Il 2 J
378 PÉRIODIQUES
P. 434-461. H. Schuchardt. Romanische Sprachwissenschaft. Aus Zcitschriften.
Le savant professeur de Halle annonce l'intention de dépouiller désormais régu-
lièrement dans la Zeitschrift les principales publications relatives à la linguistique
romane, et notamment les périodiques. Il débute par l'analyse critique d'un
mémoire fort intéressant de M. Zupitza, paru dans le tome XII du Jahrbuch fiir
romanische Literatur, du fasc. II des Romanische Studicn de M. Bœhmer (voy.
Romania I, 394), et des deux premières livraisons de la Romani^î. Je me permettrai
de relever deux ou trois observations qui me concernent. M. Sch, accepte mon
étymologie de faile, mais s'étonne avec raison que je n'aie pas cité le pg. festo,
sous lequel Diez parle du mot français ; c'est que j'ai rédigé ma note sans avoir
encore la troisième édition du Dict. étymologique ; il faut joindre aux formes
indiquées le mot portugais, qui, comme le fr., se présente sous la forme masc.
festo et fém. Jesta, et qui a dû exister aussi en espagnol (où s'est conservé le
verbe enhiestar). — M. Sch. m'avertit que c'est en reproduisant sans faire atten-
tion une phrase de lui que j'ai placé Constantin Porphyrogénète (905-9^9) au
VII* siècle {Rom. I, 10, n. 6). Il réclame contre l'opinion que je lui prête (Rom.
I, i) sur la parenté de Roma et de Ranmes (je la lui ai attribuée, non point
induit en erreur par Corssen, mais à cause de son hypothétique Ravima, qui
semblait créé tout exprès pour produire à la fois Roma et Ramnes). La faute
d'impression continuité pour non-continuité a déjà été corrigée (Rom. I, p, 239,
509). — Espérons que M. Sch. continuera cette intéressante revue.
G. P.
VII. RE^^JE DES Sociétés savantes, Septembre-Octobre 1872. — P. 285.
Rapport de M. Michelant sur la proposition faite par M. Bonnardot de publier
dans les Documents inédits un recueil de textes lorrains*.
Novembre-Décembre 1872. — P. 414. Rapport de M. Rathery, sur une série
de 36 chansons populaires (en français) du Morbihan, recueillies aux environs de
Vannes, et communiquées par M. Rosensweig.
V, Janvier-Février 1873. — P. 67. Rapport de M. P. Meyer sur trois
chartes du Beauvaisis, communiquées par M. Desjardins. L'une de ces chartes
(1308) fait mention deVencis ou ancis (avortement), l'un des cas de haute justice;
une autre (1158) nous donne le plus ancien exemple connu du mot c'cAd/d^ ;
« virgas ad vineas sustentandas que vulgo hescaraz appellantur. »
VIII. Revue de Gascogne, XIV, 7 (juillet).— P. 293-508. P. Meyer, la Chan-
son de Girart de Roussillon, traduite vour la première fois d'après le ms. d'Oxford
(suite). C'est le troisième article : les deux premiers ont paru dans la même
revue en nov. 1869 et avril 1870. La partie traduite s'étend actuellement jus-
qu'au vers 2532 du ms. de Paris, éd. Hofmann (p. 8oderéd. de M. Francisque
Michel). La traduction complète d'un poème d'environ 10,000 vers, qui serait
inintelligible sans de nombreuses notes, ne pouvant prendre place dans une
revue, on a dû se borner pour certaines parties à une simple analyse. Le texte
suivi est, comme l'indique le titre, le ms. d'Oxford, mais les autres mss. n'ont
point été négligés. Les principes qui ont guidé le traducteur dans le choix des
I . Cette proposition a été adoptée par le Comité des travaux historiques.
PÉRIODIQUES n9
leçons sont ceux qu'il a exposés en 1869 dans le Jahrbiichfiir rowanische Litcratur.
Parmi les notes qui accompagnent les morceaux traduits dans le présent n" de
la Revue de Gascogne, il en est une qui offre de l'intérêt pour l'histoire de l'épo-
pée française: celle qui concerne la légende de Senebrun de Bordeaux (éd.
Hofmann, v. 1867).
IX. Petite Revue des Birliophiles Dauphinois, Grenoble, Ed. Allier.
N"* V à Vin (Mars 1870, —Avril 1873). — Cet intéressant recueil, inter-
rompu par suite de la guerre, reprend maintenant sa publication et la continuera,
nous l'espérons, avec régularité. Il renferme presque en chaque numéro des
documents qui sont de nature à intéresser les personnes qui s'occupent de phi-
lologie romane. Ainsi le n* 4 contenait le texte en langue vulgaire de la coutume
de Saint-Vallier (1204), document important pour l'étude des dialectes de la
langue d'oc. Dans le présent fascicule, qui répond à quatre numéros, nous
signalerons p. 95-103, une notice de M. C. U. Chevalier, sur un missel de
l'église de Die, imprimé en 1499, dont on ne connaît que deux exemplaires. II
s'y trouve diverses proses, dont cinq, propres au Dauphiné, sont réimprimées
par M. l'abbé Chevalier. — P. 103-107. Le directeur de la Petite Revue,
M. Gariel, publie les statuts d'un ordre de sainte Catherine, jusqu'à ce jour
inconnu. C'est un document du XIV'' siècle, rédigé en français, mais plein de
traces du dialecte dauphinois. On sait que les textes de ce dialecte sont rares.
X. Revue DE Marseille et de Provence. — Avril 1873. P. 169-187.
V. Lieutaud, Lou Rourtiûn d'Arle. Il y a à la bibliothèque de Méjanes (Aix),
trois volumes du siècle dernier, cotés 809-1 1 , qui contiennent sous le titre assez
approprié de Chaos d'Arles une suite de documents de tout genre sur Arles. Ces
documents paraissent extraits des archives d'Arles*. Entre autres se trouve
« lou rouman d'Arles » que publie M. Lieutaud, et dont il indique le contenu
ainsi qu'il suit : « C'est une espèce de grossier résumé d'un long poëme, qui
» devait contenir la fondation de cette ville (Arles), la Passion de Notre-Seigneur,
» la vengeance qu'en tire Titus pendant que Vespasien habite les bords du Rhône,
)) la mort de Pilate, la prédication de l'évangile par saint Trophime... Puis
» vient Maugis, le sorcier bien connu de l'histoire poétique Charlemagne, qui
» bâtit jadis les arènes*. L'empereur retourne ensuite à Rome accompagné des
» meilleurs d'Arles. Les Sarrasins en profitent pour s'emparer de la ville, et n'en
» sont chassés qu'après moult (51c) combats du grand Charles... «
M. L. pense que ce morceau est extrait d'un poëme en alexandrins, auquel
appartenait aussi l'histoire de Tersin que j'ai mise au jour dans le premier
numéro de la Remania. Ces propositions sont très-vraisemblables. Il est de
fait que les mêmes personnages (le roi Thibaut, le roi Andegier, le roi Carbuyer
et sa femme Borriana', le comte Bigart), figurent dans les deux textes, et que
les deux récits coïncident pour une partie, l'expédition de Charlemagne en Pro-
1. Voy. Mouan, Catalogue raisonné des manuscrits concernant la ville d'Arles (Aix,
1847), p. 59-60.
2. Ceci est fort douteux. Je ne vois guère de raison d'identifier « lo fil de Magin que
las Arenas fes complir » avec Maugis.
3. Loriana dans le Rouman d'Arles.
JSO PÉRIODIQUES
vence ; mais il faut que l'un des deux récits ait été fortement remanié, car dans
la partie où le fonds est le même, les difTérences de narration sont très-notables.
Le récit remanié est évidemment Tcrsin, car le rouman d'Arles suit assez exacte-
ment son original perdu pour en avoir bien souvent conservé des vers entiers.
C'est une copie (une très-mauvaise copie, il est vrai) presqu'autant qu'une tra-
duction en prose. On en jugera par ces quelques lignes du début ; je souligne
les rimes : « Quant Vespasian e Tite ac conquista- la terra d'otre mar o de
» Jérusalem, Gentils li guerregron la villa de Jérusalem, et el va la lur donar et
» autregar ; pueys s'en tornet a Roma a la nobla sieutti/, e cant son paire lo vi
n el li a demander : Digas mi filh, com aves tant esut ? Han vostren las fais
» Jurieux contraster, ni desveddî la terra que non la cias \n\.rat?... » On voit
que la forme originale se devine assez pour qu'on puisse sans témérité en entre-
prendre la restitution. M. L. a donc essayé de remettre en vers ce morceau. Sa
tentative, fort imparfaite dans la Revue de Marseille, a été notablement améliorée,
grâce à des suggestions amies, dans le tirage à part qui a été fait de ce travail.
Néanmoins, il reste encore bien à faire, non-seulement pour la correction
grammaticale, beaucoup trop négligée par M. L., mais pour le sens. Toute-
fois, avant de se livrer aux conjectures, il faudrait avoir épuisé les sources
manuscrites. Et c'est ce qui n'est pas fait. Car enfin le texte sur lequel le com-
pilateur du Chaos d'Arles a fait au siècle dernier sa copie, doit exister encore
dans ces archives municipales d'Arles qui sont si riches et si mal connues. Et en
tout cas, outre la copie du Chaos d'Arles, il y en a deux autres que M. L. men-
tionne en note, p. 175, et qu'il a trouvées pendant l'impression de son travail. Je
reviendrai du reste sur les questions que soulève le rouman d'Arles dans une
notice que j'ai l'intention de publier un jour sur un Arlésien peu connu, et
pourtant fort intéressant, Bertran Boisset. P. M.
XI. Revue critique d'Histoire et de Littérature, Avril-Juillet 1873. —
89. Strùmpell, Die ersten Bibeliibersetzungen der Franzosen (Marie Hyacinthe),
opuscule à tous égards détestable. — 97. Granier de Cassagnac, Histoire des
origines delà langue française (G. P.). — 112. Maspons, Lo Rondallayre (Th. de
Puymaigre), cf. Romania I, 257. — 122. Pitre, Studi di poesia populare (Th.
de Puymaigre). — 129. Adam de la Halle, Œuvres complètes publiées par M. de
Coussemaker (Bonnardot). Le critique montre que dans cette édition le texte et
la transcription de la musique originale laissent également à désirer.
XII. LiTERARiscHES Centralbla'i r , 1873, Avril-Juillet. — 14. Scheler,
Dictionnaire d'êtymologie française, 2« édition. Caix, Saggio sulla storia délia lingua
t dei dialetti d'Jtalia. — 15. Ascoli, Archivio glottologico italiano, vol. I^"". — 16.
Bourguignon, Grammaire de la langue d'oïl (ouvrage de seconde main). — 20.
Ville-Hardouin, publ. par M. de Wailly. — 23. Storm, De romanske Sprog og
Folk. Lœschhorn, Zum normannischen Rolandsliede (cf. ci-dessuse p. 261).
XIII. BiBLiOGRAPHiA CRiTiCA, fasc. VII-VIII. — Art. 54, Musicas c cancôes
populares colligidas da tradiçâo, par Adelino Antonio das Neves e Mello (art. de
M. Braga : le recueil ne comprend que des cantigas soltas). — 42. Monaci, Canti
antichi portoghesi (premier et très-intéressant article de M. Braga).
CHRONIQUE.
La collection des Documents inédits, qui depuis plusieurs années n'avait publié
aucun texte intéressant pour l'étude de nos antiquités littéraires, s'enrichira
prochainement de deux volumes qui seront bien venus des romanistes. Dans le
premier sera éditée par M. Fr. Michel la traduction française du psautier que
contient un ms. bien connu de Trinity Collège, Cambridge. Les variantes du
ms. B N. Lat. 8846 seront, toutes sans exception, données en note. Ces deux
exemplaires, les seuls connus de cette version du psautier % ne présentent au
reste que des différences purement orthographiques. Ce sont l'un et l'autre des
psautiers quadripartita tels que celui de Bamberg, décrit dans k Serapmm du i j
nov. 1865, et la glose française est placée entre les lignes de la version dite
Hebraa. Le plan suivi par l'éditeur est celui qui a été déterminé dans un rap-
port lu au Comité des travaux historiques en décembre 1869 (voy. Revue des
Sociétés savantes, 5" série, I, 11 et 70). L'impression en est arrivée actuellement
jusqu'à la 23* feuille, qui se termine avec le psaume CIL
La seconde des publications romanes que doivent contenir les Documents inédits,
est un poème en vers français de huit syllabes composé par un auteur nommé
Ambroise sur l'expédition de Richard Cœur de Lion en Palestine. L'unique ms.
de ce poème, conservé au Vatican, avait été plus d'une fois signalé à l'attention
des érudits : M. Keller en avait même édité le début dans son Romvart (p. 4 1 1 -24),
mais la valeur historique n'en avait pas été reconnue jusqu'à MM. G. Monod et
G. Paris qui ont récemment proposé au Ministre de l'instruction publique la
publication de ce précieux ouvrage dans les Documents inédits. Cette proposition
a été adoptée par le Comité des travaux historiques dans sa séance du 9 juin
dernier, après lecture d'un rapport dont nous donnons ici un extrait qui fera
comprendre en quoi consiste l'intérêt de l'ouvrage 2.
«( Depuis longtemps on avait signalé un passage du Chronicon Terra Sanctce,
ouvrage anonyme attribué sans raison à Raoul, abbé de CoggeshaP, où il est
fait allusion à un récit français sur l'expédition de Richard : « Si quis plenius
1 . On connaît au contraire un assez grand nombre de copies de la version dont le ms.
d'Oxford publié par M. Fr. Michel en 1860 est le meilleur type. Le rapport dont il est
question un peu plus loin en mentionne cinq mss., mais depuis l'auteur de ce même rapport
en a retrouvé deux autres.
2. Ce rapport paraîtra dans un prochain numéro de la Revue des Sociétés savantes.
J. Voy. Sir Th. Duffus Hardy, Descriptive Catalogue of materials relating to the His-
tory 0] Great Britain and Ireland, II, 456.
j82 CHRONIQUE
» scire desiderat, légat librum quem Domnus Prior Sanctae Trinitatis de Londo-
» niis ex Gallica lingua in latinum, tam eleganti quam veraci stylo, transferri
» fecit'. » Le livre du prieur de la Trinité de Londres, auquel il est ici fait
allusion, c'est indubitablement V It'tnerarium Pcregrinorum et Gesta régis Ricardi,
lasource principale de l'histoire de l'expédition de Richard en Palestine, ou-
vrage attribué, par Gale et par ceux qui l'ont suivi, à Geoffroi Vinsauf.
M.Stubbs, le dernier éditeur de l'Itinéraire % a fait une juste application du
passage précité du Chronicon Terra Sancta, et s'en est servi concurremment avec
d'autres arguments, pour retirer à Geoffroi Vinsauf un ouvrage qu'il convient
de restituer à Richard, prieur ou chanoine de la Trinité de Londres'. Mais il
ne veut pas aller plus loin : il admet avec le Chronicon que Vltinèraire est
l'œuvre de Richard, mais il rejette absolument l'autorité de cette même chronique
lorsqu'elle affirme que Richard n'a fait que traduire en latin un ouvrage fran-
çais '. Pour lui ['Itinéraire est une composition parfaitement originale, et il en
déduit longuement les raisons, parmi lesquelles il en est qui à première vue
semblent assez spécieuses. Tout au plus admettrait-il que l'auteur avait écrit en
français des notes d'après lesquelles il aurait ensuite rédigé son ouvrage en latin.
Ces raisons paraissent n'avoir soulevé aucune objection, et Sir Th. Duffus
Hardy les admet pleinement \
» Si bien déduite, et à divers égards si intéressante que soit l'argumentation à
laquelle s'est livré M. Stubbs, elle est radicalement renversée par l'apparition du
poème dont MM. Monod et Paris nous proposent la publication. De l'examen
auquel votre commission s'est livrée, résulte la confirmation la plus complète de
l'opinion exprimée par M. Monod dans sa lettre, à savoir aue Vltinerarium n'est
autre chose que la traduction élégante et exacte du poème a'Ambroise. Sauf que
le traducteur latin a modifié en certains endroits l'ordre du récit , il lui eût été
difficile d'être plus fidèle. L'auteur du Chronicon Terra Sancta avait donc raison.
C'est ainsi que, selon la juste observation de M. Monod, k une œuvre remar-
quable que l'on croyait jusqu'ici appartenir exclusivement à l'historiographie an-
glaise, est restituée à la nôtre. » Pour constater par une preuve en quelque
sorte palpable le rapport de Vltinerarium latin à son original français, votre
com.mission croit devoir placer en regard l'un de l'autre le texte latin et le texte
français de deux passages pris en deux parties différentes du récit. (Nous n'en
rapporterons qu'un ici.)
» Ce qui suit a trait à l'assaut de Daron :
Ms. du Vatican, fol. 68 c.
Et il se misent, ço me semble,
En la maistre tur tuit ensemble;
Mais de grand mal se porpenserent
Qui lor chevals esjareterent
Et que li crestiens eussent °
Ne que chevalchier les peiissent.
La gent Dieu el chaste! montèrent.
E cil' qui primes i entrèrent
Seguins Barrez fud li premiers.
Hinerarium V, xxxix (édit. Stubbs, p. 354).
Turcos a ruina fugientes raptim nostri
insequuntur casdentes; qui resistere non va-
lentes se intromiserunt in turrim principa-
lem ; nequissimo quidem usi consilio :
universos equos suos, ne alienum cédèrent
in usum , prius subnervaverant. Ipsis
fugientibus, nostri viriliter ingrediuntur in
castrum , quorum primus erat Seguinus
Barrez cum armigero suo Ospiardo*; ter-
1 . Ce texte a été cité notamment par M. de Mas Latrie dans son « Essai de classifica-
tion des continuateurs de Guillaume de Tyr » , Biblioth. de l'École des chartes, j" série,
I, 56.
2. En 1864, dans la collection des Chronicles and Memorials of Great Britain and
Ireland.
}. C/iano(n€ d'après Nicolas Trivet; voy. Stubbs, Introduction, p. xl-xlj.
4. Introduction, p. Iv et suiv.
<i. Descriptive Catalogue, II, J05.
6. Sic, corr. Que li crestien nés eussent.
7. Corr. De cils?
8. Espiardo, dans un autre ms., ce qui s'accorde avec le français.
CHRONIQUE 583
Et Espiarz uns escuiers; tius intrantium Petrus erat de Garstonia»;
Ne se tint pas de Seguin loinz. alii quaniplurimi postea quorum jam no-
Li tierc fud Pieres li Gascoinz ; mina exciderunt. Baneria Stephani de
E d'autres en i pot aveir Longo Campo prima mûris eminebat impo-
Dont je ne poi les nons saveir. sita ; secunda comitis Leicestriï , tertia
Puis i entrèrent les banieres ; Andreae de Chavegni, quarta Reimundi filii
Si n'i ot de plusors manières : principis. Genuenses etiam et Pisani....
Estiene de Longchamp première
I entra, si n'iert pas entière.
Et anceis esteit '- molt depcciée
(E) après icele (i) fud dresciée
La ' le conte de Leicestre ;
E de aseûr mur (mult ?) a destre
Fud l'Andriu de Chavigni mise ;
E ovec celé i fud (celé) assise,
Après, la mon seignor Reimont,
Le filz le Prince, el mur amont .
E cil de Gienne e cil de Pise....
» La traduction latine est partout de cette exactitude. On remarque que le
traducteur conserve presque toujours les noms sous leur forme vulgaire, ne se
hasardant à traduire que ceux dont l'équivalent latin était facile à trouver.
« Il devra donc être admis dorénavant que toute la valeur attribuée jusqu'à
ce jour à Vltincrarium doit être reportée à son original. C'est cet original qui
devient la principale source de l'histoire de la troisième croisade, la traduction
latine n'ayant plus qu'une importance accessoire , et ne pouvant être uti-
lisée que pour aider à l'interprétation du texte français qui, ne nous ayant été
conservé que par un seul manuscrit, présente çà et là des obscurités et même
des lacunes. »
— M. le D"" Fœrster^ de Vienne, l'éditeur du fabliau du Tombcor Nostre Dame,
que renferme le présent n' de la Romania, va publier prochainement une édition
du poème de Richart le bel dont l'unique ms. est à Turin, et qui n'est connu
jusqu'à présent que par les analyses de M. Scheler et de M. Casati ; voy. Revue
critique, '868, art. 269.
— M. de Wailly achève l'impression d'une nouvelle édition de Joinville, qui
contiendra le texte restitué déjà édité par le même savant pour la Société de
l'Histoire de France en 1868, et la traduction littérale qui accompagne l'édition
de 1867. Cette édition sera publiée chez Didot dans le format et avec les carac-
tères du Villehardouin.
— La Société de l'Histoire de France vient de mettre sous presse chez M. Gou-
verneur l'édition de la Chanson de la Croisade d'Albigeois préparée par
M. P. Meyer. Cette édition, avec la traduction, les notes, les tables, se compo-
sera de deux volumes. La Société espère voir paraître le premier au commence-
ment de l'année prochaine.
— Nous avons reçu le prospectus d'une Société qui se forme en Angleterre
pour l'étude des patois anghh (English Dialect Society) *. L'objet de cette Société
I. M. Stubbs rejette en variante la bonne leçon Gasconia.
1. Corr. crt.
3. Corr. Ccle.
4. Nous traduisons à dessein dialect par patois : l'anglais n'a que dialect pour corres-
pondre à dialecte et à patois. Ayant deux mots à notre disposition, il est commode
de réserver l'un (dialecte) à l'état ancien de la langue, et l'autre {patois) à son état
moderne.
384 CHRONIQUE
est d'abord d'établir un lien entre les personnes qui s'intéressent aux patois
anglais, puis de recueillir les moyens de faire des publications qui pourront être
l'œuvre collective de plusieurs membres. Le nom de M. W. Skeat, le secrétaire
de cette Société, l'éditeur avantageusement connu de Piers Plowman et de maint
autre ouvrage en ancien anglais, est un sûr garant de la direction vraiment
scientifique qui sera donnée aux travaux de cette Société. Chez nous aussi, il y
a quelques années, il avait été question de la fondation d'une Société ayant pour
but l'étude de nos patois. M. Burgaud des Marets, qui en avait eu l'idée, n'a
pu, à cause de l'état de sa santé, donner suite à ce projet. Cependant il serait
à désirer que, soit par des travaux collectifs, soit par des publications isolées,
la France se tînt en cet ordre d'études au niveau des pays voisins. Aussi accueil-
lons-nous avec satisfaction la nouvelle, que nous apporte la chronique du dernier
numéro de la Revue des langues romanes, d'une mission accordée à MM. Brin-
guier et de Tourtoulon, « à l'effet de déterminer la limite qui sépare la langue
d'oc de la langue d'oïl. » Ce n'est pas que nous pensions que ce but précis
puisse être pleinement atteint : deux langues de même origine se fondent pour
ainsi dire l'une dans l'autre à leur point de rencontre, de telle sorte que la ligne
de démarcation ne peut être tracée que d'une façon assez arbitraire, mais il est
impossible que la recherche de cette limite un peu fugitive ne conduise pas, en
dehors même du but qu'on se propose, à des résultats intéressants.
— Notre collaborateur, M. le D"" Joh. B. Storm, vient d'être nommé pro-
fesseur des langues anglaise et romanes à l'Université de Christiania. Dans le
semestre qui commence en Norwège, au mois d'août 1873, il expliquera pen-
dant deux heures par semaine la Chanson de Roland, et pendant une heure les
premiers chants de la Divina Commedia.
— La Bibliothèque de la ville de Dijon a reçu récemment (juin 1869) en
don, de M. Queneau d'Aumont, un précieux manuscrit qui contient, malheu-
reusement non sans lacunes, les deux branches principales des Loherains, le
Garin et le Girbert. Ce manuscrit, qui comprend aujourd'hui 97 feuillets à deux
colonnes, et qui garde encore son ancienne reliure en bois recouvert de peau,
a été écrit au XIII« siècle, et paraît, d'après un examen tout à fait superficiel
des formes du langage, avoir été exécuté dans la partie sud-est de la Lorraine.
Le texte semblerait se rapprocher du ms. de Berne plus que des autres. Nous
espérons que le savant et obligeant bibliothécaire de Dijon, M. Guignard, don-
nera de ce manuscrit une notice détaillée.
ERRATA DU PRÉCÉDENT NUMÉRO.
P. 248, ligne avant-dernière des notes : ainde, I. inde. P. 257, r* ligne de
la charte : savoir, 1. savour. Ibid., dernière ligne des notes : Thiancourt,
I. Thiaucourt.
P. 201, Vocabulaire de Blandin de Cornouailles. Il n'y a pas lieu de proposer
aucune correction pour le mot alan. C'est l'esp. alano qui maintenant signifie
dogue ; cf. Du Cange, alanus. Ce mot apporte donc une preuve nouvelle de
l'origine catalane du roman de Blandin.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
LE FONTl DEL NOVELLINO.
Raccogliendo in maggior copia che finora da altri non si facesse ',
notizie risguardanti l'origine délie varie narrazioni onde si compone
l'antico libro detto il NovcUino, stimo non disulile, anzi necessario, pre-
mettere qualche cenno sul tempo in che esso dovette esser compilato, e
se fu opéra di molti o di un solo, e in taie ultimo caso chi questi possa
essere, riferendo compendiosamente le diverse opinioni messe fuori
da quanti fmora ebbero occasione di trattare siffatto argomento.
E prima d'ogni altra cosa è da sapere come il Novellino o Libro di
novelle e di bel padar gentile non sia giunto a noi in una sola ed
unica forma, ma in più e diverse, e come le differenze fra testo e testo
non siano soltanto di frasi e di parole, ne di maggiore o minor ampiezza
del racconto, ma anche talvolta sostanziali e di materia, trovandosi
nell' uno novelle che ail' altro mancano del tutto. E se pochi anni addie-
tro poteva dirsi, che i testi si riducessero a due soli, il Gualîeruzziano
cioè, e il Borghiniano, ora a questi conviene aggiungerne altri due che
denomineremo Panciatichiano-Palatino e Marciano.
Il primo di questi quattro testi è rappresentato dalla stampa fattane
dal letterato fanese Carlo Gualteruzzi, in Bologna nell'anno 152$, nelle
case di Girolamo Benedetti, ad esortazione di Pietro Bembo ^ col titolo :
1. Il Dv^LOP, Gesch.d. prosadicht.ûb. v. F. Liebrecht (Berlin, Muller, 185 1)
è colui che più ampiamente ha trattato l'argomento (pagg. 211-14), ma le
Novelle da lui illustrate neile fonti non superano il numéro di quindici. Noi ne
illustriamo ben novantasette di tre testi.
Cogliamoqui da bel principio l'occasionedi ringraziare il D' Rinaldo Kohler,
bibliotecario di Weimar, in cui la dottrina è pari alla bontà, dell' ajuto che ci
ha porto, comunicandoci preziose notizie sulle fonti di alcune novelle.
2. « 11 quale ne teneva una copia procurataglida Giulio Camillo, e ricavata in
detta città (di Bologna) da un buon testo a penna. Ci manca il mezzo di sapere
se il Gualteruzzi facesse uso nella sua edizione délia copia del Bembo, oppure
de! testo da cui tal copia era ricavata. » Prefazione di G. B. Gmo alla edizione
Romania, Il 26
^86 A. d'ancona
Le Cienîo Novelle Antike. E cotesta è anche la prima edizione del nostro
libro, perché è ormai dimostrato da una Lezione di Vincenzio Follini '
che si ingannano a partito coloro che notano due anteriori edizioni
florentine del monastero di Ripoii, datate del 1482 e 83, laddove invece
trattasi di una sola, e del Decamerone. E i nuovi dubbj risollevati in pro-
posito dal prof. Francesco Longhena ^, furono di récente appieno dis-
sipati dall' esame più accurato che Domenico Carbone 5, ebbe a fare
deir esemplare ambrosiano. Medesimamente l'altra edizione che volevasi
anteriore pur essa alla bolognese 4^ e che si conservava nella biblioteca
dei Conti di Camposampiero in Padova, meglio esaminata risultô essere,
non altrimenti che 1' esemplare ambrosiano, una riproduzione fatta dal
Gualteruzzi 0 da altri, ma senza alcuna nota ne di luogo ne di stampa-
tore ne di anno, délia edizione del 1525 5. Intanto, corne non sappiamo
se il manoscritto del quale si valse il Gualteruzzi era copia di quello del
Bembo, cosî ignoriamo se il codice fiorentino délia Palatina, segnato di
numéro LVII (numerazione vecchia 133-36) e che concorda mirabil-
mente colla edizione del Benedetti ^, sia quello al Gualteruzzi apparte-
nuto : che se non fosse, si potrebbe dire che la stampa del 1525
rappresenta tre codici, dei quali due perduti, uno tuttavia in essere 7.
L'altra forma del Novellino è quella che trovasi nella edizione giuntina
del 1 572, curatada Vincenzio Borghini, econdotta da lui sopra untesto
ch'ei si affanna a gridare migliore del gualteruzziano, ma che riteniamo
soltanto come più récente. Diciotto sono le novelle ^ che mancano in
questa stampa confrontata coU' antécédente, e la lezione di tutte è
di Torino, Morano, 1802, p. XXIII.
La lettera di ringraziamento del Bembo a Giulio Camille è nel vol. III, lib, III
deir Epistolario.
1. Lezione sopra due edizioni del sec. XV. Firenze, 183 1.
2. Vedili in Zambrini, Le opère volgari a stampa dei sec. XIII e XIV. Bologna,
Romagnoli, 1866, p. 267.
3. Prefazione alla edizione del Novellino, Firenze, Barbera, 186S, p. X.
4. Zeno, Annotazioni aW Eloquenza Italiana dtl Fontanini, Venezia, Pas-
quali, 1753, II, 181.
5. Zambrini, op. cit. p. 267.
6. È del sec. XV, e viene indicato dal Sig. Carbone, p. XV. Concorda colla
edizione del Gualteruzzi, seconde nota il Carbone, p. XII, anche il cod. fram-
mentarie magliabechiano in-4'' del sec. XVI segnato dei numeri 10, 194, ma
monce délie ultime trenta novelle.
7. Ai cedici che riproducone la lezione gualteruzziana aggiungiame il 3214.
Vaticane del quale ci dà in queste mémento, notizia il sig. L. Manzoni (Rivista
di Filologia romanza, p. 72), dicendoci che al dritte délia quinta carta di esse
codice « comincia il titole délia prima nevella, cui fanno seguite tutte le altre
cento con l'erdine in che trevansi nell' edizione del Benedetti del 1525. »
8. Cieè la VI, VII, XII, XVI, XVII, XVIII, XXXVI, XXXVII, XXXIX,
LIV, LVII, LXII, LXXV, LXXXVI, LXXXVII, LXXXVIII, XCI, XCIII,
del teste gualteruzziano. La LXII trovasi per5, con qualche varietà di lezione,
dope la Dichiarazione di alcune voci antiche.
LE FONTi DEL NovelHno 387
generalmente diversa dalla gualteruzziana, sia per varietà di testo, sia
per arbitrio dell' editore. Certo il Borghini parla sempre di un alîro
testo, di un nuovo testo venutogli aile mani ' ; ma non pochi dubitano
che egli, pur giovandosi in qualche caso di un altro codice con sole varietà
di lezione^ e (probabilmente pervolere dell' Inquisizione) 3 espungendo
varie novelle , queste rispigolasse poi quà e là in altri libri^ anche meno
antichi del Novellino, per giungere cosi a rifare il numéro délie cento.
Ad ogni modo, un codice che riproduca non solo nel dettato, ma an-
che negli argomenti délie novelle, l'edizione del Borghini, corne pur ve
n' ha tuttavia che riproducono esattamente quella del Gualteruzzi, a
tutt' oggi non si è trovato.
Il testo Panciatichiano-Palatino primamente scoperto dal prof. Ales-
sandro Wesselofsky, fu da noi che ne avevamo preso copia délia parte
inedita, e publicatone qualche saggio 4, indicato ail' ottimo amico ed
egregio bibliofilo Giovanni Papanti. Egli ne trasse ventitrè narrazioni,
délie più che cento che il codice contiene, dando naturalmente la pre-
ferenza aile novelle di lezione raolto diversa dalla vulgata 0 nuove del
tutto, e formandone cosî una bene accetta aggiunta al suo Catalogo dei
NovelUeri Italiani 5.
Finalmente va anche ricordato il codice Marciano(cl, VI, no CCXI),
già posseduto da Jacopo Morelli e trascritto nel sedicesimo secolo, dal
quale il sig. Andréa Tessier, trasse fuori e pubblico per occasione di
nozze 6, alcune novellette inédite. Secondo l'accurato bibliofilo vene-
ziano la lezione di questo codice supererebbe in bontà non solo lastampa
borghiniana, ma anche la gualteruzziana. Noi non possiamo discorrerne
se non per reminiscenze di una rapida ispezione, dalla quale rilevammo
che questo codice conserva il numéro del cento, ne difïerisce dal testo
gualterruzziano se non per lievi varietà di lezione. E quanto aile novelle di
1 . Prefazione a nome dei Giunti, e Lettera CXXVII delle Prose Florentine ;
nella edizione torinese, pag. XLV segg.
2. Il EoLLiNi (Disscrtazione, negli Opuscoli detti di Borgognissanti, vol. V)
sembrerebbe credere poco ail' esistenza di questo codice, quando dice che del
Novellino, il Borghini « fu piuttosto corruttore che correttore. ;>
3. Ci6 congetlura, con rnolta probabiiità, il Carbone, Prcfaz. p. XII. Circa
le stesso tempo, per voler délia Inquisizione, usciva a luce il Decamcrone cz%\vdi\.Q
dallo stesso Borghini.
4. La Novella di Messer Dianese e di Messcr Gigliotto. Per nozze Zambrini-
Della Volpe, Pisa, Nistri, 1868. Due Novelle Antichissime inédite. Pubblicazione
fatta sulla nostra copia dal Prof. Pietro Ferrato, Venezia, Clementi, i868.
5. Catalogo dei NovelUeri italiani in prosa raccolti e posseduti da Giovanni
Papanti, Livorno, Vigo, 1871. L'Appendice ha numerazione a parten di
pagg. LU.
6. Novelluzzc traite dalle cento antiche secondo la lezione di un codice manoscritto
délia r. biblioteca marciana, Venezia, Merlo, 1868. Per nozze Zambrini-Della
Volpe. Edizione di LXX esemplari.
^88 A. d'ancona
altro argomento, questo è da notarsi, che le rubriche rimangono sempre
le stesse, se anche varia il racconto. Cosi madonna Agnesina e il piovano
Porcellino restano protagonisti délie Novelle LVII^ e LIV-', quantunque si
racconti di loro altro che nel testo gualteruzziano : medesimamente la
nov. LXXXVII'' ha sempre l'intitolazione à'uno che si ando a confessare;
ma l'avventura narrata è diversa. Ma e di questo, e dell' intero pancia-
tichiano-palatino potremo meglio giudicare quando il sig' Papanti
metterà in atto il suo disegno di riprodurre il Novellino secondo le
varie lezioni offerteci dai codici che ne sono sparsi per le biblioteche '.
Aspettando dunque maggiori e più minute notizie da accurati raffronti
dei codici, noi opineremmo intanto che il testo Gualteruzziano e i codici
Marciano e panciatichiano-palatino sieno di più remota antichità 2, e che
la stampa borghiniana ci offra una lezione quà e là posteriormente raffaz-
zonata : sicchè la forma primitiva dell' opéra si contenga in quelli, e
specialmente nel gualteruzziano, piuttosto che nella edizione del
Borghini.
Le prove di questa nostra asserzione facilmente si traggono anzitutto
dal confronto del dettato ; e basta invero paragonare fra loro i luoghi
ove la stampa del Giunti differisce da quella del Benedetti e dalla lezione
del codice panciatichiano, per convincersi che la lezione borghiniana è
posteriore e rammodernata. Più difficile puô sembrare l'assegnare una
data précisa aile compilazioni che riteniamo per più antiche ; ma se una
più piena ed esatta cognizione délia nostra letteratura del 15° secolo, e
insieme la sana critica non ci permettono di riconoscere col Gualteruzzi
nel Novellino, « la più antica di tutte le cose in prosa volgare J, » tutta-
via noi riteniamo che indizj certi délia età abbastanza rimota in cui fu
scritto, si possano desumere dai personaggi onde si fa in esso menzione,
nessuno dei quali oltrepassa la fme del dugento. Non sarà forse in vano
speso il tempo e lo studio a ricercare l'età probabile nella quale fu posto
insieme un libro, che puô dirsi incominciare la lunga e copiosà série dei
novellieri italiani 4.
1. Il Carboxe, p. XVI, ricorda anche un cod. laurenziano miscellaneo mem-
branaceo in foglio , del principio del sec. XV segnato di n» 139 (Gadd.
reliq.), contenente solo trenta novelle. A! Papanti noi indicammo un codice
Magiiabech. già strozziano, cl. XXV, n" 513 contenente parecchie narrazioni del
A^ovr/Z/no, Ira le quali talune inédite, che in numéro di dieci furono stampate nella
citata aggiunta al vol. I del Catalogo. Il Vocab. délia Crusca cita un cod. Pier
del Nero già Guadagni n° i63,oraPalatino 312 (V. Tav. dcllc Abbrmal., p. 123.
Firenze, Cellini, 1862).
2. Più sotto diremo le ragioni per le quali al Gualteruzziano facciamo succé-
dera secondo in ordine il cod. Marciano, e terzo il Palatino.
3. Dedica a Mons. Goro Gheri.
4. Alla stessa età mostrano di appartenere anche i cosi detti Conû Martelliani,
o di antichi cavalicri (ediz. Fanfani, Firenze, Baracchi, 1851, e in Nannucci,
Manuale, II 85-93, ^^iz. Barbera). Ma essi sono, conforme osserva anche il
LE FONTi DEL NovelHno ^89
Prendendo, adunque, l'edizione del Gualteruzzi, troveremo nella
novella XXXV'', ricordato maestro Taddeo: ese questi è, corne sembra,
il célèbre medico fiorentino, è noto corne ei morisse nel 1 295 '. Ma di lui
non si parla corne di persona defunta, e perciô non è necessario ritenere
che la novella sia posteriore ail' anno sopranotato ; e trattandosi di per-
sona cosî célèbre ai suoi dî, non parrà impossibile che l'arguta risposta,
poco dopoessere stata pronunziata, si divulgasse anche fuori di Bologna,
ove Taddeo tenne scuola sino dal 1260 2,
La Novella XL-^ ricorda Saladino voino di corte; e se questi è, come
congettura il Manni 5 , una persona stessa con Saladino di Pavia ,
avremmo qui un poeta che allô stile provenzaleggiante délie sue rime
si appalesa del mezzo del secolo decimoterzo ; il che sarebbeci anche
confermato dal notare che la scena del racconto è in Sicilia ove concor-
revano, durante il regno degli Svevi, i poeti che aderivano alla maestà di
quel principi 4 e alla loro forma di poetare.
Ne molto più oltreci conduce l'altro poeta, Migliore degli Abati, men-
zionato nella novella LXXX-', dappoichè Carlo d'Angiô, presso il quale è
fatto riparare, morî, come è generalmente noto, nel 1285, ma tenne il
reame fmo dal 1266.
Nella novella XLI'% è menzionato un Messer Paolo Traversari, che
dallo storico ravennate Gerolamo Rossi, suUa fede di antichi documenti,
è fatto morire nel 1 240 5.
Il Marco Lombardo délia novella XLIV^, è probabilmente quellostesso
Bartoli (I primi duc secoli delta Icttcrat. ital. Milano, Vallardi, p. 293), prette
imitazioni e riduzioni da! francese 0 dal provenzale, ne solo i Conti che trattano
del Re giovane 0 di Folco di Candia, ma anche gli altri del ciclo cavalleresco
trojano e romano.E anche il Libro dci Sctte Savj èda porsi alla fine del dugento:
ma nella edizione nostra (Pisa, Nistri, 1864) crediamo aver provato come csso
sia traduzione dal francese. Nel NovelHno invece, sebbene alcune, anzi moite
novelle,sienc imitâte 0 tradotte da altre lingue, l'idea délia compilazione è origi-
nale, e originali sono pure moite altre délie novelle ond' essoè composto.
1. Il Mazzucchelli nelle annotazioni aile Vite di Filippo Villani lo fa
nascere nel 1225. Giovanni Villani pone la sua morte nel 1303, ma I'Alidosi
vuoi che morisse nel 1299, e il Biscioni « con forti documenti ha sostenuto per
cosa certa (Mazzucch. op. cit.) » che ciô seguisse nel 1296. A Giovanni Vil-
lani si possono contrapporre le autorità di Ricgobaldo Ferraresk (R. It
Script. IX, 143, 2^5) e deirÂNONiMO Cesenate (Id. Id. XIV, 1 1 1 2), che ne pon
gono la morte al 95 : data accolta dal Sarti e dal Tiraboschi. Nel 1293
Taddeo era invitato a Venezia da quel comune, come si legge in Ro.manin
Storia di Venez., II, 397.
2. Sarti, De prof, bonon. I, i, 467,
3. Libro di Novelle e di bel parlar gcntile, ecc. Firenze, Vanni, 1778, I,
169.
4. Dante, De Vulg. eloq. I, 12.
^. « 1240 : sexto Idussextiiis Paulus TraversariusRavennae decessit, sepultus
est in divae Mariae cognomento Rotundae temple, suinma ac pêne regia funeris
pompa. » lib. VI.
jç)o A. d'ancona
uomo di cône introdotto da Dante nel XVr del Purgatorio, e che in quel
canto, a scapito dei tempi presenti, esalta i passati, anteriori immediata-
mente a quelli in che Federigo ebbe briga fra l'Adige e il Po. Sono
codesti probabiimente i tempi délia prima gioventù di Marco, dei quali
egli serbava più bella e cara memoria; e che ci riconducono verso
il 1250. E se vogliasi in questo Marco Lombarde vedere pure quello
stesso uomo di corîe che è nominato dal Villani ', come profetante pros-
sima caduta al Conte Ugolino, perché a lui non mancava se non Tira di
Dio, senza dire che qui puô trattarsi di un aneddoto, appropriato dalla
tradizione a persona célèbre, e fors'anco gia morta, e' converrà sempre
risalire alquanto indietro dall' anno 1288 in cui ilfatto è narrato; poichè
il cronista riferisce la risposta di Marco, come fatta un poco innanzi : e in
niun tempo cadrebbe meglio che tra l'82 e l'84, quando veramente la
potenza di Ugolino fu al colmo.
Nel XIV" del Purgatorio sono pur anco ricordati Lizio da Valbona e
Rinieri da Calboli che danno argomento alla Novella XLVII ; ed è noto
che ambedue sono citati dal poeta a testimonio délia cortesia e dei bel
costumi che regnavano in Romagna nella prima meta del dugento.
Di due vescovi troviamo fatta parola ; delFuno, ed è Aldobrandino
che tenne la sede di Orvieto dal 1271 al 79, nella novella XXXIX-^ ^ ;
diMangiâdoreî, vescovo di Firenze dal 125 1 al 74, nella novella LIV^ 4.
Altrove, nella novella LXXXVIIP si ricorda un potestà di Firenze,
Castellano de' Cafferi mantovano ; e questi fu a taie ufficio condotto,
secondo avverail Manni s, nell' Agosto del 1240.
E del secolo decimo terzo sono pure i protagonisti di altre novelle : il
primo (i 121-H90) ed il secondo Federigo (i 194-1250^, il Re vecchio
(m. 1 189) eil Re giovane d'Inghilterra (i 1 56-1 183), Riccardo cuor di
Leone (11 $7-1 199), il Saladino d'Egitto (1137-9?), Ezelino da
Romano (i 194-1259) "5, il re Currado (1228-1254), Carlo d'Angiô
1. Villani, VII, 120.
2. « Aldobrandinus sive Ildebrandinus e nobilissima Cavalcantia familia...
subletus urbevetanus episcopus anno 1271 ... haud sine sanctimoniaelaude illam
rexit usque ad annum 1279, quo tempère Florentiae e vivis exemptus est,
die 30 mensis Augusti. » Ughelli, Ital. sacra, I, col. 1472.
3. L'edizionedel Tosi, Milano, 1825, p. 73, scrive erroneamente « il vescovo
mangiadore. «
4. Ughelli, liai. Sacra, III, 121.
5. M.VNNI, ed. citât. II, 1 19.
11 Manni, I, 182, vorrebbe che il Giacopino Rangone délia novella XLIII,
fosse un figlio di Gherardo potestà di Bologna nel 1245; ma al Parenti (Scclta
di Novelle Antichc,UoàenR, Soliani, 1826, p. 83), ciô pare incerto « essen-
dovi stato più di un Giacopino Rangone circa il tempo a cui si riferiscono queste
novelle. » Ma potrebbe essere il Podestà di Firenze nel 1260.
6. G. B. Ghioosserva che di Ezelino si tratta nelle novelle XXXI e LXXXIV,
e dali' esser detto nella seconda che Ezelino fu preso 'e morto nella battaglia di
LE FONTi DEL NovelUno 391
(1220-128^), Raimondo di Provenza (1 198-1245), Imberal dal Balzo
(m. 1229?) ', lo Schiavo da Bari^ ed altri assai.
Nel testo borghiniano troviamo invece altri personaggi, appartenenti
al secolo decimoquarto. Tali sarebbero, ad esempio, Corso Donati
(nov. XVa), morte nel 1 308, e Uguccione délia Faggiuola (nov. XV^),
morto nel 1 3 19, dei quali le gesta e la rinomanza spettano più ch' altro
al trecento. Certo potrebbe opporsi che Corso comincia ad apparire
nelle storie colla battaglia di Campaldino (1289) e col tumulto contre
Giano délia Bella (1295), ma la novella parrebbe riferirsi al tempo
(i 300-1) in che il barone fu in esilio ?. Anche di Uguccione cominciasi
a parlare nello scorcio del dugento 4; nel 92, egli è già potestà in
Arezzo, enel 97, capitano générale dei Ghibellinidi Romagna : ma nella
novella vediame Uguccione, non solo padre, ma invecchiaîo, sicchè siam
costretti ad assegnarla al secolo decimoquarto.
Nella stessa novella XV^ borghiniana si dice di un G. da Gamine. E
Cassano, ne arguisce, torse un poco troppo arditamente, che la prima fu scritta
vivante il féroce signore, e l'aitra dope morte : ma che ad ogiii modo, e qui
consentiremmo più volentieri con lui, ambedue furono composte « intorno alla
meta del sec. XIII, poco più poco meno. » Prefaz. ail' ediz. torinese
pag. VIII.
1. Siniscalco del Venasino nel 1233. Vedi Papon, Hist. de Provence, II, 313;
Galvam, Osscrvaz. sulla poesia dei Trovatori, Modena, Soliani, 1829, p. 497.
2. L'Ambrosoli, Manual. délia Letterat. (Firenze, Barbera, 1866, vol. I, p. 50),
per notizia a lui comunicata dal Prof. Nova, ci fa sapere che qui non trattasi
di une schiavo, ma di un Michael Sclavus che nel 925 fu in Bari catapàno e
perciô anche giudice supremo. Il signor Pierotti (Le Ccnto Nov. Ant., Milano,
Bettoni, 1869, pag. 16), osserva che schiavo potrebbe essere corruzione di
scabino, e cita la Cronaca del Volturno dove trovansi menzionati Ansericum scla-
bum, Josephum sclabum. E infatti il Muratori [Antiq. M. Aev. X), scrive : Nisi
alii ibi sclabi sunt, nisi Scabini. L'articolo preposto alla parola e le frasi del novel-
liere, confortano, dice il Sig. Pierotti, questa spiegazione. Certo è che presso i
nostri antichi, lo schiavo di Bari divenne un tipo di perfetta giustizia e di
sapienza, corne si vede dal Barrerino (Re^gimcnti dclle donne, p. I), e dalla
Dottrinadello Schiavo di Bari (ed. Zambrini, in Scella di curiosità n" XI). La cita-
zione storica dell' Ambrosoli e la filologica del Pierotti, sfuggirono al
Wesselofsky quando in un suo articolo intorno ad alcuni testi dei dialetti dell'
Alla Italia (Propugnatore, vol. V.), andô cercando il perché di cotesto epiteto
di schiavo.
3. Anche nelle nov. XXI Va e XXV» del Papanti vien ricordato Corso Donati :
ma dalla XXIIIa in poi coteste novelle sono tratte non più dal panciatichiano-
paiatino, ma dal cod. strozziano-magliab. Dal quale proviene anche la XXXIIa
ove si mcnziona Madonna Felice moglie di Messer Ugo da Ricasoli. Di Ughi
Ricasoli molti sono ricordati dal Passerini {Genealog. dclla famiglia Ricasoli,
Firenze, Cellini, 1861), ma escludendo quello che lU monaco (p. 48), restereb-
bero uno fiorito verso il 121 5, altro morto nel 1310, e un terzo morto nel 1297,
che ebbe in dominio il castello gentilizio di Ricasoli di cui fa parola la novella.
Questo è forse il marito di Madonna Felice : ma bisognerebbe sapere anche
qualche cosa su Guido di Messer Ubertino dei Pazzi e su Monaldo da Soffena,
forse il poeta, de' quali pur dice cotesta stessa novella.
4. Trova, Del veltro allegorico de' Ghibellini, Napoli, Vaglio, 1856, p. 10.
JC)2 A. D'aNCONA
qui molto ha almanaccato il Manni ', traltandosi di designazione fatta
colla solainiziale, e potendovisi nascondere sotto o Guecello o Gherardo
od altri ancora délia illustre famiglia. Di Guecelli sembra che se ne
abbiano due : uno dei quali obiit in mense augusti 1272 ; ma questo non
potrebbe esser il contemporaneo e l'amico di Corso Donati, corne la
novellace'l rappresenta. Ei deve esser dunque, 0 Guecello figlio di Ghe-
rardo e fratello di Madonna Gaja, 0 anche Gherardo stesso. Di Guecello
abbiamo memorie posteriori al 1 3 1 2 2; ma poichè il passo suona a questo
modo : Messer G. da Camino poco innanzi ch' egli morisse avendo dato a
Messer Corso quattromila lib. per ajuto alla sua guerra, egli è chiaro par-
larsi qui di Gherardo il buono, vivo ancora nel 1 300, perché corne taie
ricordato da Dante 3, e in stato perciô, di ajutar Corso, pugnante per
ritornare, corne ei vi riuscî (1301), in patria, fidandosi ai Neri, a
Bonifacio, a Carlo di Valois.
Più sicuri saremmo, seguendo il Manni 4, circa l'età in che visse Ric-
ciardo dei Manfredi délia nov. XVI'^ borghiniana, poichè, ei dice che
dagli storici se ne parla come di Signore di Faenza all'anno 1336 *.
Ma men certe ci pajono le affermazioni dei Manni ^ circa il Cecchino de'
Bardi capitano di guerra a S. Miniato (nov. XVI^) che egli identifica con
un Cecco q. Geri de' Bardi, nominato in un atto dei 13137. E sem-
plici congetture confessiamo esser quelle dello stesso erudito, quando ei
ritrova nel Messer Passuolo, pur délia stessa XVP novella, il Messer
Passa dei fu Zato Davanzati, di cui si parla in atti pubblici dei 1 303 s.
Con maggiore 0 minor certezza per gli anni precisi, ci sembra perciô
1. 1,84; eSigilli, XV, 118.
2. Barozzi, Accenni a cose vende nel poema di Dante, in Dante e il suo secolo,
p. 805.
3. Purgat. XVI.
4- I, ^7- .
5. Diremmo piuttosto 1339, perché se nel 1 329, « diexxvi Augusti, Rizardus,
Tinus et Sichinus omnes de Manfredi reversi sunt Faventiam, » Ricciardo fu, da
solo, tiranno di Faenza nel 1339 : « die vu Januarii 1559, Rizardus de Man-
fredi ascendit palatium Faventiae » (Cronica brcviora, in Mittarelli, Accessiones,
Venetiis, 1771, col. 326). Egli mori nell' « anno 1340, xiii Augusti: D. Rizar-
dus de Manfredis ex hanc vitam migravit {Id. id.). » La novella dice che « avea
si fatto che in Faenza ne in Forli non gli era rimaso amico.» Parrebbe quasi da
queste parole che Ricciardo fosse anche signore di Forli : ma Forli fu sempre in
quel tempo degli Ordelaffi 0 délia Chiesa (Boxoi.i^ ht. di Forli, 1661, p. 140-2):
e perciô, 0 deve dire Imola di cui Ricciardo si era impossessato innanzi, 0 deve
accennare ad amici e fautori che potesse avère in Forli.
Neila Novella si ricorda anche Francesco da Calboli consigliere di Ricciardo,
che potrebbe essere quel « Franciscum de Calbolo episcopum sasenatem, » dei
quale parlano ail' anno 1334 gW Annales œsenates (in Murat. RR. It. SS. xix,
"$9)-
6. I, 89.
7. Manni, SigiUi, XXV, 10 j.
8. I, 89.
LE FONTI DEL Novclllno 395
che per tutti questi personaggi délia versione borghiniana, siamo fuori
del secolo decimoterzo, e ai principj almeno del decimoquarto.
Più lungo discorso richiederebbe il determinare il tempo e i fatti a cul
si riferisce la novella LXV-" del testo borghiniano, nella quale si narra di
due ciechi vissuti a Parigi quando « il re di Francia avea una guerra col
Conte di Fiandra, dove ebbe tra loro due grandi battaglie di campo, là
ove moriro molti buoni cavalieri, ed altra gente dall' una parte e dall'
altra, ma le più volte il re n' ebbe il peggiore ; )> e tanto pur dice, con
poca varietà di dettato, la XIV^ panciatichiana nella stampa del Papanti.
Il Manni qui annota che il fatto avvenne nei 1383 ', e rimanda al
lib. VIII, cap. 7j di Giovanni Villani. Vero è che qui àvvi un errore
materiale di stampa, dovendosi invece di 1385, leggere 1303. Il
Lami ^ poi, appoggiandosi a questa novella per affermare l'anteriorità
dell' Avventuroso Ciciliano di Buson da Gubbio sul nostro libro, porta
una data quasi consimile a quella del Manni, cioè il 1 304, quando ter-
miné per trattato la guerra in che i Francesi furono sconfitti a Cour-
trai, e vincitori a Mons-en-Puelle. Più oltre andrebbe il Robert J,
sostenendo che la novella debba esser stata scritta verso il 1328, dopo
la vittoria di Cassel. Ora, poichè la narrazione trovasi anche nel testo
panciatichiano, che noi riteniamo del secolo decimoterzo, è da vedere
se veramente questa narrazione debba riferirsi invece agli anni del
decimoquarto. Noi vorremmo esser pjù esperti di storia francese, e
poter perciô con tutta sicurezza affermare una data diversa dalle sopra
citate ; :^a pur vediamo che nel 1 296, già ferveva aspra lotta tra Filippo
il Bello e il Conte di Fiandra, e neppur ci meraviglieremmo se la guerra
di che si fa qui menzione fosse quella che arse nel 1 2 1 3 tra Filippo
Augusto e il conte Fernando *, ne ad essa disconverrebbe quel che dice
la novella, che cioè le più volte il re n' ebbe la peggio, corne puô dirsi
infatti che avvenisse innanzi la gran vittoria di Bovines.
Possiamo dunque concludere che nei testi da noi ritenuti per più
i. II, 24.
2. Appendice alla Illustrazione storica del Boccaccio scritta da D. M. Manni,
Milano, Pirotta, 1820, p. 12.
j. Fables inédites, etcc. Paris, 182^, I, p. CCIV. A pag. CXLVIII il
RuHERT assevera che il Romanzo di Renan le contrefait, ove pur trovasi la
novella dei due ciechi, ha due diverse redazioni : l'una del 1322, l'altra poste-
riore al 1328 : nella prima la scena è posta a Roma ed è il Papa che dà idue
pani, nella seconda si tratta di Filippo re di Francia. Il Robert sostiene che il
Novettino ède\h fine del sec. XIV, ed une deisuoi argomenti(p. CCIV) è che il re
^iovjrtc d'Inghilterra non puô essere se non il Principe Nero,morto verso il 1576.
Ora il re Giovane è figlio di Enrico II ; e bastava, per non confonderlo col Prin-
cipe AVro, notare corne nella nov. XIX» si dica che Bertram dal Bornio era suo
consigliere ed amico.
4. H. Martin, Hist. de France, Paris, Furne, 1861, IV, p. 73 e segg.
394 A. d'ancona
antichi, niun fatto e niuna persona sono menzionati che oltrepassino il
finir del dugento : laddove invece dell' età posteriore sono i testi e le
persone del testo borghiniano. Per ciô, gli argomenti addotti dal Lami
a provare l'anteriorità dell' Avventuroso Ciciliano, sicchè il NoveUino sia
a posteriore ail' anno 1311e 1313,6 forse compilato intorno al 1325,0
1 330', » non hanno molto peso, essendo tutti poggiatisul nominare che
si fa nella XV^, Uguccione délia Faggiuola « che fiori nel 1313 e
seguenti_, » e nella LXV», la surricordata guerra tra Fiandra e Francia.
Or queste novelle non appartengono al testo gualteruzziano ; e quanto
ail' ultima, comune al borghiniano e al panciatichiano, abbiam visto che
sia da pensarne.
Ne maggior valore ha un altro argomento proposto dal Lami per la
novella délia cavalleria del Saladino(LIaborghin.), che trovasi anche nel
romanzo di Messer Bosone da Gubbio. Riferiamo qui le précise parole
dell' uomo erudito, nella seconda délie sue Cinque leîtere sd Decame-
rone. « Il racconto délia cavalleria del Saladino, scrive egli, è copiato
colle stesse parole del Romanzo : e se nel NoveUino il nome di chi lo fè
cavalière, e diè la gotata al Saladino, è Messer Ugo di Tabaria, è mani-
festo segno che Bosone non prese quel racconto dal NoveUino, poichè ei
lo fa di Messer Ulivo di Fontana, ed altre cose vi frammischia che nel
NoveUino non sono ; e secondo lui, quello che fece cavalière il Saladino
e che gH diè la gotata, fu Gian di Berrî, e non Messer Ugo di Tabaria.
Imperciocchè chi rubô questa novella, trasferî a Messer Ugo di Tabaria,
corne più alto signore e più célèbre, quello che Bosone dice di Gian di
Berrî. Oltre che non è verosimile che uno il quale compone un lungo
Romanzo, voglia inserirvi un pezzo preso taie quale da un altro : ma
sembra più probabile che uno il quale raccoglie fatti spezzati, prenda
qualche pezzo da un opéra lunga. Arroge, che la dicitura e lo stile di
quel fatto è in tutto uniforme a quello che lo précède e che lo seguita in
quel Romanzo. Onde non si puô dubitare che sia tutta narrativa origi-
nale di Bosone 2, «
Or noi diciamo che davvero non riesce molto facile dal cangiamento
dei nomi rinvenire il « manifeste segno » che sa scorgervi il Lami dell'
anteriorità del romanzo suUa novella : e neanche ci pare che l'esser in
questa appropriato ad Ugo da Tabaria ciô che Bosone riferisce a Gian di
Berrî, abbia sua chiara ragione nell' esser il primo « più alto signore e
più célèbre » del secondo; dappoichè, corne osservô anche G. F. Nott,
editore dell' Avventuroso ciciUano 5, la diflferenza non da altro procède se
1. Op. cit. p. 13.
2. Op. cit. p. 1 2, 13.
3. Fortunatus Siculiis ossia l'avvcnturoso Ciciliano, di Busone da Gubbio. Ro-
manzo storico scritto ne! MCCCXI, ed ora per la prima volta publicato da
LE FONTi DEL NovelHno Î95
non dall' avère l'autore délia novellaseguito strettamenteil testo francese,
dal quale invece si. dilungô il daGubbio, per accrescere le avventure dei
cavalieri da lui posti in scena. E quanto ail' altro argomento, esser cioè
più facile che chi raccoglie fatti spezzati prenda qualche episodio da un'
opéra lunga, anzi che il contrario, noi, senza voler discutere la bontà
assoluta di cotai dottrina, noteremo soltanto pel caso nostro, come
VAvveniuroso ciciliano sia, a confessione pur anco dell' editore ', un intar-
sio, un accozzo di fatti diversi, e di episodj quà e là raggranellati. Ne
migliore argomento si potrebbe ricavar dall' esame dello stile, dacchè
non è esatto ciô che il Lami asseverô circa l'identità di forme fra la
novella e il romanzo; i quali invece^ fraloro differiscono, o convengono
solo in quanto derivano ambedue dal primitivo testo francese -.
Ad ogni modo poi, dacchè la novella délia cavalleria del Saladino
G. F. Nott. Firenze, ail' insegna di Dante, 1832. V. a pag. 274.
1. Pag. 274.
2. Poniamo qui a confronte un brano secondo i! testo francese àtW Ordcnc de
Cha'alerk (m Barbazan-Méon, FiîWwux, etc. Paris, Crapelet, 1808, 1,66), e
secondo le versioni italiane del Borghini, di Bosone, e del Doni.
Testo Francese
Après deus espérons li mist
En ses deus pies, et si li dist :
Sire, tout autressi isniaus
Que vos volez que vos chevaus
Soit de bien corre entalentez,
Quant vous des espérons ferez,
K'il voist par tout isnelement,
Et cha et là à vo talent,
Senefient chist esperon,
Qui doré sont tout environ,
Que vous aiiez bien en corage
De Diu servir tout vostre éage ;
Car tuit li chevalier si font
Qui Diu aiment de cuer parfont,
Adès le servent de cuer fin.
Moult plaisoit bien Salehadin.
Après li a chainte l'espée.
Salehadin a demandée
La senefiance del branc.
Sire, fet-il, chou et garant
Contre l'assaut de l'anemi, etc.
Bosone
Appresso gli calzô un pajo di sproni
d'oro, e si gli disse : Signiore, questi sproni
ci significano che tutti altresi justi e altresi
intalentati come noi vogliamo che i nostri
cavalli siano alla richiesta di nostri sproni,
altresî justo e altresi intalentato dovete
essere voi al nostro Signiore servire, ed
a fare i suoi comandamenti. Appresso ciô
si gli cinse una spada col porno e 1' elsa
d'oro, e poscia gli disse : Signiore, questa
spada ci significa sicurtà incontro al diavolo
etc.
Testo Borghini
Appresso gli calzô uno sprone d'oro ovvero
dorato, e si gli disse : Signore, questo
sprone ci significa che tutto altresi iusti e
altresi intalentati, come noi vogliamo che i
nostri cavalli siano alla richiesta de' nostri
sproni, altresi iusti e altresî intalentati do-
vemo essere a nostro Signore ed a fare i
suoi comandamenti. Appresso ciô gli cinse
una spada,. e poscia gli disse : Signore,
questa spada ci significa sicurtà contro il
diavolo, etc.
Doni
Appresso gli calzô uno sperone d'oro
0 dorato, e gli disse : Signore, questo
sprone ci significa altresi giusti e altresi
intalentati, come noi vogliamo che nostri
cavalli siano, dovete voi essere a nostro
Signore servire, ed a fare i suoi comanda-
menti. Appresso ciô gli cinse una spada, e
poscia gli disse : Signore, questa spada ci
significa securtà contro al diavolo, etc.
396 A. d'ancona
non trovasi nel testo gualteruzziano, a determinare l'età récente del
Novellino non puô certo giovare un argomento tratto dalla compilazione
che provammo seconda in ordine di tempo.
Quando a determinar l'età del Novellino si fosse tenuto il metodo che
fmora abbiamo seguito, curando sempre di distinguere le due prin-
cipali lezioni, coloro i quali intorno a questo stesso argomento scris-
sero finora e disputarono, non sarebbero certo stati tanto discordi
fra loro, e cosî nelle loro sentenze perplessi. Troviamo in fatti, che essi,
presi tutti insieme, alla compilazione di questo libro assegnano un
tempo che va dalla fine del duodecimo secolo alla meta del decimoquarto,
fissandone alcuni la data al 1 193, altri al 1350, altri agli anni intermedj,
e i più con linguaggio sempre titubante ; indizio certo di ipotesi puramente
cervellotiche, non poggiate sopra alcun valido argomento di fatto. E
invero pel Zannetti ' e poi per l'editore Torinese - vi ha nel Cenio No-
velle un racconto scritto vivente Ezelino da Romano, ed altro dopo la
sua morte, cioè « intorno alla meta del sec. XIII, poco più, pocomeno»:
e « tutta la série debbe dirsi venutaalla lucedal 1250 al 1 300, 0 in quel
torno. )) Lionardo Salviati vuole invece che alcune « nascessero in-
nanzi a Dante ; « altre mostrino « del secol d'oro esser fattura, e altre
giudicar si possano dell' età del Boccaccio, e di quelle ve n' ha che scritte
furono dopo la caduta délia favella 3 )> : il che ci condurrebbe fors' anco
più oltre délia meta del trecento. Pel Lami è dimostrato, quai « legit-
tima conseguenza » dei raffronti fatti coU' Avventuroso Ciciliano, che
« iliVovÊ//j/2oèposteriore ail' anno 1 3 1 1 e 1313,6 forse compilato intorno
al 1325 0 1330; e quindl si conosce erroneo il sentimento di Lionardo
Salviati che pensa poter esser anteriore al 1 300, e del sig' Manni che lo
crede nato innanzi sino a Dante Alighieri, vale a dire al 1265, quando
in esso sono tante cose, accadute tutte posteriormente a questo tempo.
Si potrebbe perô forse dire che qualche novella è più antica del 1 300,
per essere stata presa quella délia cavalleria del Saladino dal romanzo
di Messer Bosone,e quindi si verificherebbeche sien più d'uno gli autori
del Cenîo Novcllc^.» Ma di ciô che ha qui detto sul conto di lui il Lami, si
1. Novelliere Ital., Venezia, 1754, I, Prefaz. p. XIV. Il Tirabosghi (Stor.
dclla Letterat. dal MCCC al MCCCC, lib. III, cap. 2, !^ s^), dice, citando
questa prefazione : « ove perô non sembranii abbastanza provato ch' esse siano
scritte poco dopo la morte di Ezelino da Romano. »
2. Pag. VIII-IX.
j. Avvertimenti dclla lingua, lib. II, c. 15.
4. Appendice, etc., p. 13.
LE FONTi DEL NovelHno Î97
difende Domenico Maria Manni, asserendo che le sue parole furono maie
interpretate, e ch' egli mai non disse composto il NovelHno innanzi alla
nascita di Dante : ma bensî aver pensato e scritto « che la maggior parte
degli avvenimenti narrati in quest' opéra erano in iscrittura avanti che
posta fosse in carta la Divina commedia, la quale il Salviati negli Avverîi-
menti crede terminata nel i ?2i '. »
Al Lami che tanto giù scende nei tempi, puô opporsi il Perticari, il
quale, con affermazione, corne tant' altre délie sue, vaghissima e non
confortata di prove, risale assai addietro, opinando che « le più antiche
di tali novelle fossero scritte alla corte dei Ciciliani, quando vi furono
gittate le prime fondamenta délia lingua illustre, di cui è perfetto sino-
nimo il parlar gentile ^. » Marc' Antonio Parenti crede invece che
parecchie fossero scritte « sul declinare del dugento, e tutte l'altre poi
più 0 men tardi, nel secolo successivo, prima che fosse pubblicato il
Decamerone del Boccaccio 5. »
Molto più oltre va l'egregio sig'' Domenico Carbone volendo
provare che più d'uno è autore del NovelHno, e che alquanto novelle
« sono antichissime, e furono scritte suUo scorcio del XII secolo, ed
altre per contrario toccano la fmedeltrecento4.« Ci sia lecito di fermarci
alquanto ad esaminare questa sentenza di un critico cosî assennato e cosî
esperto nelle cose dell' antica nostra letteratura, tanto più che egli fa
ciô che molti altri non han fatto, cioè vuol sorreggere le sue asserzioni
con argomenti desunti dalla storia.
Nota adunque il sig. Carbone come nel cod. Laurenziano n» 139,
dopo le parole : ruppesi la triegua e ricominciossi la guerra, colle quali fmisce
la XXV^ novella gualteruzziana, si leggono ancora queste ahre : la quale
ancora non ha fine. Ora, argomenta il Carbone « le guerre di Saladino coi
Cristiani délia terza crociata ferveano ancora nel 1189, e la novella
dovette esser scritta in quel torno, 0 ad ogni modo prima délia morte
del célèbre Soldano, la quale fu nel 1 193. » Ma ei ci sembra che si
voglia cosî riportare la novella a tempi troppo remoti, e nei quali forse
nessun altro monumento troverebbesi di scrittura volgare in prosa. Or
qui è probabile trattarsi di una glossa introdotta dall' amanuense, scri-
vente in tempo nel quale era guerra fra i Cristiani ed i Saraceni d'Egitto.
1. Prefaz. pag. 5. Proseguendo, dice il Manni : « Maggiormente sembra che
si apponesse circa ail' età controversa di quest' opéra, 0 per meglio dire non
concordemente da ognuno ravvisata, il célèbre Antonmaria Salvim che ha
sommi meriti colla Repubbiicaletteraria, ne' Di5corii Accademici.')) Quai fosse l'opi-
nione del Salvim non è detto : ne mi è riuscito trovarla dando una scorsa ai
titoli dei Discorsi : chè quanto a leggerli non mi ci sento proprio il coraggio.
2. Opère, Lugo, 1822, II, 239.
3. Prefazione ail' ediz. modenese del 26, p. XVIII.
4. Prefazione ail' ediz. fiorentina del Barbera, 1868, pag. VI.
398 A. d'ancona
Non parebbe al Sig. Carbone che, senza risalire alla fine del XII secolo,
coteste parole : la quale ancora non ha fine avrebber potuto uscir dalla
penna di chi ricopiasse la novella verso il 1245, allorquando San Luigi
crociavasi coi suoi cavalieri, contro il Soldano d'Egitto ? Questa nuova
guerra, questa settima crociata non poteva al menante apparire quasi
una continuazione, e un episodio délia lotta incominciata sullo stesso
terreno fin dai tempi del Saladino? Di più ancora : non poteva quella
glossa esser introdotta nei tempi in cui Niccolo IV (1289), invano ban-
diva un' altra volta la croce, e già stavan per cadere Tolemaide e
S. Giovanni d'Acri, ultimi refugj délia cristianità in Oriente, ultimi
baluardi del regno franco di Palestina ?
Andando innanzi, nota il Sig. Carbone come la novella LX^ gualte-
ruzziana, parlando di Messer Alardo concludasi con queste parole :
« E fu diliberato Messer Alardo di ci6 ch' avea promesso, e rimase con
glialtri nobili cavalieri, torneando e facendoarme, si come la rinoineaper
lo monda si carre sovente di grande boutade e d'oltramaravigliose prodezze. »
Queste parole certamente non sono molto chiare : ma accordiamo pure
al Sig"'. Carbone che fossero scritte « vivente ancora il prode connestabile
di Sciampagna, e, come si ritrae da tutto il racconto, certamente dopo
il 1265, quando Carlo d'Angiô era già stato coronato in Roma re
di Sicilia e di Puglia, 0 forse quando più la fama délie prodezze di
Alardo carreva per il manda, eperciô verisimilmente verso il 1268, poco
dopo la battaglia di Tagliacozzo, ave senz' arme vinse il veccbio Alardo.^y
Accettiamo pure la data del 1268 per questa novella, la quale potrebbe
certamente esser stata scritta in taie anno, sebbene l'intera compilazione
del libro sia per noi posteriore ; e seguitiamo a riferire le parole del
Sigr Carbone : « Finalmente in quella di Messer Beriuolo cavalière di
corte (LVIII» G.), è nominato Messer Brancadoria che nel 1308 era
anco vivo, e signoreggiava in Genova con Opicino Spinola. » Eviden-
temente qui il Sig' Carbone è stato indotto in errore da Dino Compagni
che parlando nella sua Cranica dell' entrata di Arrigo VII di Lucem-
burgo in Genova neir Ottobre del 1 3 1 1 scrive, ed è scusabile l'errore in
un florentine, ch' ei fu ricevuto da Messer Branca Doria che tenea allora
la città, « dal quale onoratamente fu ricevuto e giurô obedenza '. )> Il
vero è che fino dal 1 306, erano capitani e rettori di Genova Opizzino
Spinola e Barnaba Doria figlio di codesto Branca, E Branca certamente
viveva nel 1 300, e in corpa parea vivo ancor di sopra quando Dante ne
poneva l'anima nella ghiacciaja infernale e un diavolo in sua vece avea
preso possesso délie membra di lui 2 : ma probabilmente egli era già
1. Libro III, p. 97, deir ediz. del Carbone, Firenze, Barbera, 1868.
2. Inferno, XXXIII.
LE FONTi DEL NovelHno J99
vecchio, se sei anni appresso un suo figliuolo poteva esser capo di
parte e rettore délia Repubblica, e se nell' 82 egli aveva comprato terre dai
Malaspina in Sardegna, e nel 90 dal comune di Genova '. Notisi poi che
nella novella non parlasi punto di lui corne di persona defunta, e proba-
bilmente il fatto avvenne nella sua gioventù, quando più nell' animo
poteva la cortesia e l'onesto costume che non la cupidigia e l'ira ,
consigliato dalle quali si fece poi uccisore del suocero Michel Zanche.
Aggiungasi in fine, che un altro Branca Doria figlio del q. Manuelino, e
non di Niccolô, trovasi menzionato circa questi stessi tempi, cioè
nel 1 287, nelle carte genovesi *. Per tutte queste cagioni non sapremmo
nella présente novella vedere fatti appartenenti indubbiamente al
secolo XIV, e potremmo ritenere invece che quello che vi è narrato
risalga al 1280 incirca.
Segue poi il Sigr Carbone dicendo che nella novella L-' gualteruzziana
«sidiscorredi Maestro Francesco Accorso, ilquale, secondo che si legge
nelle Vite di Filippo Villani, morî in Bologna nel 1309; ne a tal anno
s'acqueta il Mazzucchelli, dotto annotatore di quelle Vite, al quale per
ragionevoli induzioni e riscontri sembra incontrastabile ch' egli vivesseal-
quanio dopo il 1317)). É verissimo che il Villani scrive esser morte
Francesco « nell' anno délia grazia 1 309, e délia vita sua sessantotto ?; »
ed è vero che il Mazzucchelli ne vorrebbe protratta la morte a dopo il
1^17, fondandosi sul fatto che di lui si hanno commentarj a costituzioni
pontificie pubblicate soltanto in detto anno. Se non che, subito dopo,
egli soggiunge il dubbio se cotesti commentarj sieno del nostro, 0 non
piuttosto di « quell' altro Francesco Accorso figliuolo di Accorso da
Reggio,il quale al riferire del Panziroli nel lib. II, al cap. XLII, era pro-
fessore di leggi in Bologna circa il 1 340. » E sebbene il Mazzucchelli si
scusi del portar sentenza definitiva, per non avère avuto sott' occhi quei
commentarj, conclude col dire che « quando si avessero ad avanzare in
questa oscurità le nostre conghietture, diremmo quelle portarci a cre-
derli di altro autore 4. « E più esplicito ancora è il sommo Savigny,
scrivendo che « il sesto e le clémentine sono posteriori a Francesco
d 'Accorso : d'altronde il suo nome non esiste in veruna délie edizioni di
1. Canale, Nuova ht. délia Repubb. di Genova, Firenze^, Le Monnier 1860,
vol. III, p. 108, 373.
2. Debbo questa notizia al cortese Cav. L. T. Belgrano ,egretario délia
società Ligure di storia patria. Il documento è nel Tola, Codex diplom. Sar-
dina, I, 402.
3. Avvertasi che nella edizione del Villani, secondo il teste latine lauren-
ziano pubblicate dal Galletti (Flerentiae, Mazzoni, 1847, p. 23) si legge :
« Hic Benoniae obiit anne gratiae MCCXCVIII, -> e 1' editere malamente ag-
giunge fra parentesi : « imme MCCCIX. » È inutile dunque allegare il teste
del Villani in favore délia data 1309.
4. Nota 80.
400 A. d'ancona
quella raccolta ' . E alP erronea data che farebbe Francesco morte
nel 1 309, si contrappongono le ricerche del P. Sarti * che « ha
provato con sicuri monumenti 5 « esser egli morto nel 1293. Certo
doveva egli esser morto già nel 1300, perché Dante che meglio di
Filippo Villani puà dirsi suo contemporaneo, a torto 0 a ragione, lo
poneva in Inferno fra i sodomiti 4. Resta poi a notarsi che il fatto che
di lui si narra essendo accaduto al ritorno « dinghilterra ove era stato
lungamente, » va posto fra ilfmire del 1281 e il principio dell' 82, poi-
chè in questo tempo ei si congedè da Eduardo I, e fece ritorno in patria.
Osservisi per ulîimo che di Francesco non si parla punto nella novella
in modo da potere inferire che trattisi di persona già morta : e se anche
l'aneddoto possa non esser vero s, sebbene non discordante dall' indole
sua cupida di danaro, è dato supporre che si diffondesse in Italia dal
momento appunto del suo ritorno.
Crediamo con ciô di aver ridotto al loro vero valore gli argomenti del
Sig. Carbone, e mostrato insieme che la compilazione del Novellino non
va portata ne troppo addietro, sino alla fme del XII, ne troppo innanzi,
fino alla meta del XIV secolo. Ripeteremo dunque, per concludere, non
es servi nel Novellino, nella sua più antica e genuina compilazione,
nessuna memoria di fatti e persone che oltrepassi il fmire del secolo
XIII, laddove invece nel Novellino, giusta la sua posteriore rimanipo-
lazione, troviam ricordati personaggi ed avvenimenti délia prima meta
del decimoquarto. E perciô possiamo ritenere, il libro esser stato scritto
0 messo insieme verso la fme del dugento, eforse nel penultimo décen-
nie 6, e poi rimutato, se sono esatte le notizie raccolte dal Manni e più
sopra compendiosamente riferite, verso il 13407: dato sempre e non
concesso, che la lezione borghiniana risponda a un teste.
III
Indicato il tempo nel quale, seconde egni probabilità, fu scritto e
1. Storia del diritto romano nel Medio Evo, traduz. italiana, Firenze, Batelli,
1844. Cap. XLIII, vol. II, parte II, p. 1 56.
2. De Prof, bonon., 181.
3. TiRABOSCHi, St. dell. Lett. It. dal MCLXXXIII, fino al MCCC, lib. II,
cap. IV. § 21.
4. Inferno, XV, 1 10.
^. Savigny, op. cit., pag. 154.
6. Il FoLLiNi (Dissertai, citata), detto di non attenersi al testo del Borghini che
colle sue surrogazioni non permise « ai letterati un poco accorti di poter credere
quella collezione tanto antica n soggiunge : « lo parlo délie vecchie edizioni ge-
nuine, secondo le quali credo che si possa stabilire la sua età verso il 1280. «
E di questo giudizio dà anche la ragione che il Novellino « non hâ punto profit-
tato délia nobilissima ed eccellentissima musa » di Dante.
7. Poniamo questa data média per rispetto a Ricciardo Manfredi.
LE FONTI DEL NoVClUnO 4OI
posto insieme il Novellino, sorge altra dimanda, se cioè, un solo o più
ne siano gli autori. Il Sig'' Carbone avendo ammesso che la novella XX V^
dovesse esser scritta prima del 1193, e che altre spettino al principiare
del 1 300, naturalmente si chiede se « chi metteva mano a queste novelle
fin dai tempi del Saladino, puô egli esser quel medesimo il quale settanta
e più anni dopo novellava di Carlo d'Angiô e di Alardo il vecchio », e
se « pur concedendo ch' ei cominciasse a scrivere da bambino, potè
egli essere ancora tanto longevo da raccattar notizie di personaggi che
varcarono cogli anni il trecento «. Naturalmente ei risponde in modo
negativo a questa dimanda, e precisamente col dire : « non è dunque
uno solo l'autore del Novellino '.« Or tutto ciô cade senz' altro, se, come
noi opiniamo, e come ci sembra vero, le parole mancanti nel testo gual-
teruzziano délia novella XXV», sono glossa di un menante che copiava il
Novellino verso il 1289, ripetute poi dal seconde copista del codice lau-
renziano nel quattrocento. Caduto questo argomento, nuUa vieta che
l'autore del libro sia un solo.
Ma già innanzi al Carbone, e indittivi da altri argomenti, vediamo
altri aver scritto, il Novellino non esser opéra di un solo autore, ma,
per usar le parole del Borghini ^ « di varie persone piacevoli ed inge-
gnose )). Dietro il quale G. B. Ghio, pur notando che parecchie novelle
(( furono scritte intorno al medesimo tempo, e da una stessa mano, »
aggiunge che « la stessa cosa non avviene di tutte, perché se varie sono
quelle che rassomigliansi nello stile, sono anche varie quelle in cui osser-
vasi di stile un gran divario, ond' e' si puô con tutta certezza giudicare
ch' elle ne uscirono tutte ad un tempo, ne tutte di una medesima penna,
e che alcune pajono alquanto più antiche, ed alcune meno 5. » E
più oltre scrive pure che « coloro che tali novelle composero » dovet-
tere essere « varie persone piacevoli ed ingegnose 4. » Cosi anche il
Carbone ritiene che « manifestamente gli autori dovettero essere diversi
e di diverso tempo, non solo per la variazionedello stile, come già notava
il Borghini, la quale dalla novella dello schiavo di Bari a quella di Bito
e Ser FruUi è infmita, ma più ancora perché alquante di esse sono anti-
chissime, e furono scritte suUo scorcio del duodecimo secolo, e altre per
contrario toccano la fme del trecento s. « E, per passarmi d'altri, anche
l'ultimo editore del Novellino, il Sig. Avv. Giovanni Pierotti scrive, pre-
ludendo alla edizione bettoniana, palesarsi « a prima giunta non esser
(il libro; tutto d'una mano e di un tempo •> e conclude che « ad un pri-
l.
2.
3-
4-
S-
P. VII.
Prefazione giuntina (ediz. Torin. p. LUI)
P. VlII.
p. IX.
P. VI.
Romania, II
27
402 A. D'aNCONA
mitivo numéro di novelle possono esser state aggiunte più altre di mano
diversa, del medesimo tempo e di altri '.)>
Adunque, secondo questi critici, la principal ragione per tener il
Novellino opéra di più mani, è la diversità dello stilefra novellae novella.
Vedremo più oltre quanto possa valere quest' argomento ; intanto giova
notare corne sieno stati posti innanzi alcuni nomi di antichi scrittori,
ritenuti probabili autori del libro, o di parte délie novelle ond'esso si
compone.
L'editore torinese del 1802 ricorda come ci fosse chi avesse con-
ghietturato poterne esser stati autori « Brunetto Latini, Dante da
Majano, Francesco da Barberino, e simiglianti altri ; » ma aggiunge
nulla più esser queste che ipotesi senza fondamento, perché se essi
« avesser disteso tutte le cento novelle 0 alcune di esse, sarebbesene fra'
testi a penna délie loro rime e prose trovata qualche traccia, e medesi-
mamente qualche copia...; ma questo segno, ch' io mi sappia, non s'è
ancora osservato *. « Di Dante da Majano non so veramente che alcuno
abbia mai detto esser lui l'autore del Novellino : ripetutamente invece,
ciô fu asserito e di Brunetto Latini e di Francesco da Barberino.
Ma il Ghio segue escludendo il Latini, perché « non avendo egli
lasciato alcune prose in lingua toscana, non c' è ragione che porti a
opinare ch' egli in quella lingua abbia scritto novelle 5. » A questa
ragione, veramente non troppo valida, non saacquetarsi ilSig. Carbone,
scrivendo che « con induzione più sicura » si potrebbe asserire il Latini
aver cooperato alla compilazione del libro, dacchè « i due racconti di
Papirio (novella LXVII^ G.) e di Trajano (novella LXIX^ G.) trovansi con
lieve mutazione, e nelle Cento Novelle e nel Flore dlFllosofi eài molti savj,
grazioso libretto che, secondo il Nannucci4,èindubbiamente del maestro
di Dante 5. )> Cosî, Brunetto non sarebbe già autore 0 compilatore di
tutto il Novellino, ma dai suoi scritti sarebbesi scelto qualche cosa da
inserire nelle Cento Novelle. E che coteste due narrazioni sieno copia
dell' una scrittura dall' altra, lo sostenne anche recentissimamente il mio
dotto e carissimo amico Prof. Adolfo Bartoli, ponendo fra loro a con-
fronto le due lezioni del Flore e del Novellino ^. Tuttavia non sapremmo
con lui convenire, nel negare che ambedue potesser trarre da Paolo
Orosio la designazione di « uomo fortissimo, desideroso di battaglie « o
di « uomo potentissimo e savio e dilettissimo molto in battaglie » con
1. P. XII, XIV.
2. Pag. IX.
?. Pag. XVII.
4. Manuale délia letterat. del primo secolo, Firenze, Barbera, 1858, II, 300.
5. Prefaz. p. VIII.
6. I primi due secoli delta letteratura italiana, Milano, Valiardi, 1873, pag. 293.
LE FONTi DEL NovelUno 40?
che essi traducono quel belUcosissimus ac strenuissimus dello slorico
affricano ', che manca in Macrobio e nei Gesîa Romanorum ^. Quai diffi-
coltà, infatti, che gli autori del NovelUno e del Flore, conoscessero un
autore cosî diffuso corne nell' età média era Orosio, e che circa codesti
tempi era tradotto anche dal volgarizzatore del Tesoro, messer Bono
Giamboni 5 ? Ne anche potremmo, in senso assoluto, accettar la norma
che il testo più ampio sia sempre il più antico, e moderno il più brève,
e che percio il NovelUno abbia copiato il Flore. Ma, anche ammettendo
che la cosa procéda corne vorrebbero il Carbone e il Bartoli, e vera-
mente il nostro sia plagiario dell'altro, resta a sapere, ed è questo che al
présente deve importarci, se l'autor del Flore sia « indubbiamente »
Brunetto Latini, I Codici magliabechiano e laurenziano di che si valse il
Nannucci non portano il nome di Brunetto : lo porta bensî, ma aggiunto
damano posteriore, un codice marciano, indicato dal Morelli4, il quale,
nel Catalogo farsettiano, ebbe a notare come un manoscritto délia
Chigiana, da noi pur veduto, e che ci è parso del secolo XIV J, porti
chiaramente il nome del maestro di Dante. Ma a ciô è da opporre come
il codice farsettiano e ilchigiano portino il titolo di « Secondo filosofo,
volgarizzato da Brunetto Latini ; » e perciô, ammessa anche per auten-
tica la paternità suggeritaci da questi due soli manoscritti, dei quali l'uno
ha copiato l'altro, sarebbe da provarsi che Brunetto sia volgarizzatore
anche del Flore, e che, come sostiene il Nannucci, le Sentenze dl Secondo
e le Vite del Fllosofi, formino tutt' un corpo, sieno fin da principio, e non
per posteriore aggiunta, un' opéra sola. Il Sig. Cappelli, con argo-
menti molto calzanti, ma che qui non è il caso di ripetere, ha dimo-
strato invece, non « esservi titolo valevole a farci credere di ser Bru-
netto l'intera stesura del Flore <'. »
Similmente di poco peso cipajono, a far Brunetto autore del NovelUno
0 di alcune narrazioni in esso contenute, le prove tratte dalP averlo
chiamato Giovanni Villani « cominciatore e maestro in digrossare i
Fiorentini e farli scorti in ben parlare «, e dal confrontare queste parole
col titolo apposto al nostro, di « libro di bel parlar gentile 7; « come
anche dalP avère Filippo Villani chiamato Brunetto « motteggevole... e
1. Histor. III, 15.
2. Ved. Trattato de rcgiminc rcctoris di Fra Paolino Minorita, pubbl. da
Adoifo Mussafia, Vienna, Tendier, 1868, p. 130.
3 . Délie storie contra li pagani di Paolo Orosio, volgarizzamcnto di Bono Giam-
boni, pubbl. dal Dott. Francesco Tassi. Firenze, Baracchi, 1849.
4. Vedi anche un art. del P. Sorio nell' Etruria I, 347.
5. Numerato nella Chigiana, L, VII, 267.
6. Fiore di Filosofi c di molli savi. Bolosna, Romagnoli, 1865, Prefaz.
p. XVI.
7. Vedi la confutazione di questa sentenza nella Prefaz. ail' ediz. torinese^
p. XVIII.
^04 A. d'ancona
di certi motti piacevole abbondante « e « di sermone piacevole, il quale
spesso moveva a riso > : » ché sarebbe dare un troppo preciso significato
a parole che in se medesime hanno soltanto un valore generico, e riguar-
dano non lo scrittore, bensi il parlatore.
Un altro nome è stato per la prima volta messo fuori dal Sig. Carbone,
ed è quello di Ser Andréa Lancia notajo e scrittore Fiorentino del secolo
decimoquarto ^, dappoichè vi ha identità fra tre novelle del teste bor-
ghiniano e tre narrazioni inscrite dal Lancia nel suc « amplissimo e bel
commente » inedito del volgarizzamento del Rimedio d'Amore di Ovidio '.
Queste novelle sono la V^ cioè il conto « corne per subita allegrezza
uno si morîo; » la LIX^, «d'una bella provvedenza d'Ipocras per fuggire
il pericolo per la troppa allegrezza, « e la O, del re, che « per mal
consiglio délia moglie accise i vecchi del suo reame. » Non piccole dif-
ferenze di forma corrono perô fra il testo borghiniano e quello offertoci
dal Sig. Carbone in sostituzione dell' antico 4, ne saprei trovar nessun
argomento, e niuno ne indica neppure il solerte editore, dal quale
desumere l'anteriorità del Lancia sul testo borghiniano del Novellino.
A noi basta notare soltanto come queste novelle appartengano tutte tre
a quel testo che più sopra provammo esser ricompilazione dell'anteriore,
rappresentatoci nella edizione del Gualteruzzi.
Ed è pure una sostituzione del testo borghiniano quella novella (XCIP)
di Tito Manlio Torquato, délia quale il Sig. Carbone 5 assevera che è
presa « a verbo dall' antico volgarizzamento délie prima deçà di
Livio 6; » se non che ciô riguarda più lo studio délie fonti, che non la
1. Prefaz. del Carbone, p. VIII.
2. Vedi neir Etruria, anno I, p. i8, e seg. un articolo biografico e bibliogra-
fico del Colomb de Batines su Andréa Lancia. In esso si citano alti privati e
pubblici del Lancia dal 1515 a! 13^1, e oltre. L' Etruria ha pur pubblicato, I,
367, un volgarizzamento ai legge suntuaria fiorentina del 1355, fatto da! Lancia
nel 56. E nello stesso giornale a pag. 140 e segg. è anche una Lezione intorno
alla opère di A. Lancia di Luigi Bencini.
3. Carbone, Prefaz., p. VIII.
4. Testo Borghini. Testo Carbone.
Fue uno giovane Re in una isola di mare, Uno giovane re fue in un isola di mare,
di grandissima forza e di gran potere, es- di grande forza e di grande podere, ma
sendo molto giovane quanto per terra molto era giovane quanto per terra gover-
governare. E quando cominciô a regnare si nare. Quando cominciô a regnare si toise
toise per moglie una giovane donzella ed per moglie una giovane donzella sottile e
artificiosa e sottile in maie più che in bene artificiosa in maie etc.
etc.
5. Prefaz., p. IX.
6. Veramente vi è qualche differenza fra il volgarizzamento antico edito
dal Dalmazzo, e il testo Borghiniano. Eccone un esempio.
Testo Borghini Testo Dalmazzo (II, 163).
Spesse volte facevano badalucchi per Spesse volte facevano badalucchi per
occupare il ponte che era nel miluogo : no occupare il ponte, e leggermente nol poteano
'1 potea leggermente prendere l'una parte prendere l'una parte né l'altra. Allora venne
LE FONTi DEL NovelHno 405
ricerca dell' autore 0 compilatore del Novellino. Per ultimo notiamo,
corne, seconde il Sig. Carbone ', Mons. Borghini « manifestamente
prese dalle prose antiche del Doni la novella del Saladino, lasciatone il
principio e la fine ^. « Ma ciô non riguarda l'autore 0 compilatore del
Novellino, bensî i libri a cui il Borghini ebbe ricorso per supplire le
novelle del testo gualteruzziano da lui ommesse nella stampa.
Resta adesso che diciamo qualche cosa intorno a Francesco da Barbe-
rino.Ilprimo a porre innanzi il nome di questo autore fu Federigo Ubal-
dini nella Vita del Barberino, preposta ai Documenti d'Amore, e queste
ne sono le précise parole : « Trasse ancora dal Provenzale argomento
da ricrear gli anirai, imitando nel nome e nel soggetto il Flore de' nobili
déni del Monaco di Montalto, con chiamarne un suo Flore di Novelle :
ma smarrito il volume, il titolo ci dà campo da rintracciare qualcuna délie
sue novelle tra quelle Cento^ che, quasi primizie délia politezza toscana,
vanno attorno. Ci avvertisce il Salviati, che quelle sono nate da più
autori in diverse età : abbiam poi sentore che possa esservene intramessa
alcuna del Barberino, dalla denominazione che tra le altre hanno nel
testo di Carlo Gualteruzzi le Cento, di Flore dl parlare : e dal dire Messer
Francesco nelle Chlose, che nel suo Flor dl Novelle fa spesso menzione
délie nuove astuzie di Guglielmo di Bergadam, e non so che di Messer
Beriola, de'quali ambedue si leggono distinte novelle traie Cento. Dipiù
si legge in questo libro del Barberino scritta una Canzone distesa per un
cavalière nell' istesso caso che è la novella ottantesima tra le suddette,
délia damigella di Scalot; poichè il cavalière, siccome avvenne alla
damigella, si morî del mal d'amore. E siccome colei voile aver dopo
ne l'altra. Allora venne uno de' Galli a uno de' Galli a mezzo il ponte, il quale
mezzo il ponte con grande burbanza, che avea il corpo molto bello e grande a
molto era bello del corpo a grande mara- maraviglia, e gridô ad alta voce : Venga
viglia, e gridô ad alta boce : vegna in- innanzi il più forte di tutti i Romani, e
nanzi il più forte di tutti i Romani, e com- combattasi meco, acciô che la fine délia
battasi meco a corpo a corpo, acciocchè la nostra battaglia rnostri quale gente sia più
fine délia nostra battaglia rnostri quale da pregiare in fatti d'arme. 1 principi de'
gente sia più da pregiare in fatti d'arme. giovani si tacettero grande pezza, avendo
Li principi de' Romani si tacenno grande onta di rifiutare la battaglia, e non vo-
pezza, abbiendo onta ciascuno di rifiutare lendosi alcuno mettere innanzi al primo
la battaglia e dottando d'imprendere primo pericolo, etc.
l'ultimo pericolo, etc.
Per spiegare queste differenze, il Prof. D.vlmazzo dice che la novella fu copiata
da un ms.di seconda dettatura 0 recensione.
1. Prefaz. p. IX.
2. È vero che la Novella è più lunga nel Doxi che nel Borghini, ma non si
potrebbe dire che il Borghini i'abbia smozzicata in principio e in fine, special-
mente trovando nel cod. Palat. Panciatich. n° 38, p. 150, una versione anche più
corta che quella borghiniana. Infatti essa comincia dalle parole : « Primiera-
mente il suo corpo e la sua barba ii fece più bellamente apparecchiare » e va
fino alla fine con lievissime differenze dalla stampa. II cod. mostra essere del
sec. XIV, seconda meta.
4o6 A. d'ancona
morta una lettera a lato che propalasse alla corte del re Artù esser ella
trapassata per la poca corrispondenza in amore di Lancellotto; cosî
scorgendosi in mano del defunto cavalière la canzone, fu palesato chi
per sua crudeltà il conduceva a tal fine. Sicchè per la similitudine di
quelli accidenti, corne per l'altre cose, ragionevomente puô la nostra
considerazione circa le dette novelle in affermazione trasmutarsi. Anche
la confessione fatta dal Boccaccio di non esser egli stato l'inventore di
ogni sua novella, e che non iscrisse se non le raccontate da' più antichi
(che si vede in prova da quelle ch' egli estrasse dalle Cento di sopra in-
dicate) ciammonisce,che tra le tolte, ve ne potesse esser parte di Messer
Francesco '. »
L'argomento addotto per primo, che, cioè, parecchi sieno gli autori
del Novellino perché esso ha anche il titolo di Flore, che soleva in quegli
antichi tempi appropriarsi appunto aile compilazioni fatte da libri diversi,
non basta a farci certi che per entro vi sieno anche narrazioni tolte dal
Barberino. Certo il Novellino è un Flore ; basta gettare un' occhiata
aile notizie che seguono intorno aile Fonti del Novellino, per persuaderci
che l'autore raccoglieva, compilava, spigolava da varie parti, attingeva
a diverse sorgenti. Egli è soltanto l'ignoranza di tante e cosî diverse
fonti, quella che probabilmente indusse l'Ubaldinia sospettare una stretta
parentela fra il Novellino e Topera al Barberino attribuita, che sola era
allora nota corne simigliante nella materia, al nostro libro. Del resto,
che il Barberino veramente componesse cotesto Flore dl Novelle, non mi
pare abbastanza provato dalle sole parole dell' Ubaldini : e bisognerebbe
meglio conoscere quel commento latino ai Docimentl che disgraziata-
mente giace inedito nella Barberiniana, non lontano ormai da total dis-
truzione 2.
Poco peso, come ognun vede, puô aver l'altro argomento dell' Ubal-
dini, dedotto dalT esser menzionati presso il Barberino due perso-
naggi che avrebber avuto parte nel suo Flor di Novelle 3, e che si rinven-
1. Dd Reggimento e de costumi dclk donne di M. F. da Barberino. Milano,
Silvestri, 1842, p. 22,
2. Nei brani pubblicatine dal Prof. Bartsch (nel Jarhrbuch /. roman.
Utcrat.Xl, 43 e segg.), vien citato questo Fior di Novelle, ma dal conteste non si
ricava se sia scrittura dell' autore : « Et de hoc scripta aligna in libro Florum
novellanim sepius allegato. » Altrove cita « dicta... domini Guill'i de Berga-
damo » e le « illusionibus domini Guill'i de Bergadam. « P'\h innanzi è detto :
« Dicit... monachus de Montaldo provincialis etcc. Hoc quidem dictum reperii
cum suis multis pulcris circa principium illius libri provincialis cujus est
rubrica talis : Flores dictorum nobllium provincialium. » Finchè non si esamini il
cod. non mi libererô dal sospetto che il Flos novcllarum e i Flores dictorum nobi-
lium provincialium del Monaco non siano la stessa cosa.
3. Negli estratti del Bartsch veggo menzionato il Bergadam e un libre in
oui ne è fatto parola, ma non si rileva se il libro sia del Barberino 0 d'altri,
perché è citazione monca (fol. 9, v°) : « Ut corda eorum crescere facias, recita de
LE FONTi DEL NovelHno 407
gono anche nel NovelHno, dacchè bisognerebbe esser certi che si trai-
tasse non solo délie stesse persone, ma anche dei medesimi fatti : e
neanche questo potrebbe forse bastare ' .
L'altra prova délia somiglianza fra il caso del cavalière e quelle délia
dama di Scalot, ognun vede come non abbia alcun peso ; e cosi anche
l'ultima parte, riguardante il Boccaccio, sebben non appartenga al
proposito nostro, puô servire a mostrare come l'autore non proce-
desse sempre nei suoi ragionamenti, a fil di logica.
Marcantonio Parenti, preludendo alla edizione modenese del Novel-
Hno, riferisce come «notabili » le congeiture dell' Ubaldini : ma annun-
ziando che in fme del volume si leggeranno alquante novelle senza dubbio
composte dal Barberino, nelle quali si potrà « ravvisar la sembianza
délie altre antecedenti che sono scritte con maggior grazia e semplicità »,
soggiunge giudiziosamente : <f ma bisogna avvertire che quanto più si
rétrocède verso la primitiva naturalezza del dire^, tanto è più facile ris-
contrar somiglianza anche fra scritti di autori diversi ; essendo vero sin-
golarmente per que' primi tempi, che parla più spesso il secolo che lo
scrittore 2.
Ma chi più animosamente e ripetutamente sostenne, allargandola,
l'ipotesi dell' Ubaldini, fu il Conte Giovanni Galvani, testé rapito agli
studj délie nostre antiche lettere, nei quali fu compétente ed autorevole
quanto pochi altri dell' età nostra. Egli fmo dal 1840, pubblicava una
sua Lezione 5 intitolata : Del probabile auîore del Centonovelle antico. Note-
voie ci sembra in essa l'aver cominciato col negare di riconoscervi,
come il Salviati e tanti altri dappoi, « una raccolta di novelle scritte da
più autori ed in tempi diversi, mentre esse invece mi sembrano eviden-
temente di un colore uniforme, e di una lingua similissima a se mede-
sima 4. )) Efm qui andiamo perfettamenle d'accordo coU' illustre critico.
Cominciamo invece a discordare alquanto da lui quando ei vi scorge
« nella giacitura del periodo, ne' trapassi e nelle frasi la prosa proven-
magnificis gestis precedentium... et de multis bellis ex TiîoLivio, et de brevibus
dictis Beltram del Born^ Bernaurd del Ventador , Guill'i Aesmar , domini
Raymundi de Andegavia, Giraut de Brune! et multorum, de quibus hoc libro
reperies ex provincialibus mentionem, et de illusionibus domini Guill'i de Ber-
gadam aliquantum. » Non potrebbe 1' hoc libro riferirsi al commente stesso mar-
ginale ?
1. Questo Messer Beriola potrebbe esser lo stesso che Messer Beriuolo nomi-
nato nella Nov. LVII G. Ma non potrebbe anche aver l'Ubaldini equivocato
col trovatore Peirols, se per avventura questi fosse citato, fra i tanti, nei
commento barberiniano?
2. Prefaz. p. XIX.
3. Lezioni accadcmiche del C. Giovanni Galvam, Modena, Vincenzi e Rossi,
1840, II, 195.
4. Id. id.j p. 197.
4o8 A. d'ancona
zale » tanlo da parer di leggere una délie vitedei Trovatori di Provenza.
Opinando dunque che l'aulore dovesse essere un solo, e che questo
fosse da cercare fra quelli che maggiormente ebbero conoscenza délia
lingua d'oc, il Galvani riprende a sostenere l'ipotesi dell' Ubaldini, pur-
chè essa sia applicata al testo gualteruzziano, non ail' altro nel quale
trova non solo « rimutato il colore al linguaggio » ma anche « introdotte
novelle affatto nuove, ed evidentemente posteriori forse di uno o due
secoli aile rimanenti.o Se non che, mentre l'Ubaldini si era contentato di
asserire che nel Novellino si potrebbe trovare « qualcuna « délie
narrazioni raccolte dal Barberino nel suo Flore, il Galvani va più oltre,
e giudica che « l'antico Cenîonovelle n posto a confronto col Reggimento
délie donne, mostri essere « frutto délia medesima mente e dettato dell'
istessissima penna, « E poichè a tal sentenza lo induce sopra tutto la
somiglianza dello stile_, egli porta in prova una narrazione del Novellino
ed una del Reggimento ; e quindi a maggiomente mostrare che il primo fu
« dettato sulla falsariga provenzale, e perô da un intimo e profondo
conoscitore di quella favella, il che varrà forse quanto il dire... che fu
con tutta possibilité dettato da M. Francesco da Barberino' », tras-
ceglie dalle antiche biografie dei Trovatori alcune che ei traduce imi -
tando lo stile del Novellino : e fmisce colle augurarsi di poterlo veder
presto ristampato col titolo di : Fiore di novelle di Messer Francesco da
Barberino. Ma qui egli avverte che per le ripetute testimonianze dei
buoni costumi del Barberino non gli « reggerebbe l'animo » di attri-
buirgli anche le novelle « sozze e villane, e lontane da ogni bella leg-
giadria di costume. » Perciô consigliando che « queste si gettassero al
mondezzajo, » vorrebbe riempire i vuoti che ne risultrebbero, con altre
novelle tolte ai Reggimenti.
Ecco dunque il Barberino fatto autore di tutto il libro, salvo tuttavia
délie novelle oscene, le quali resterebbe a sapere corne e da chi sieno
State introdotte nell' opéra di Messer Francesco, cacciandone altre di
più onesto argomento.
Ma nel 1 870, il Galvani stampando il suo Novellino provenzale, ossia
Volgarizzamento délie antiche vitarelle dei trovatori, scritte già in lingua
d'ocda Ugo di S. Ciro, da Michèle délia Torre e da altri^, e ampliando per
tal modo l'esperimento fatto nella Lezione, sembra contraddire aile cose
in quella ammesse, riconoscendo nel Centonovelle « due parti abbastanza
distinte fra loro, l'una cioè, più antica dell' ahra... e quest' una ricalcata
affatto sul Provenzale ?. » Non sono più dunque soltanto le novelle
1. P. 207.
2. Bologna, Romagnoli, 1870.
3. P. VI.
LE FONTi DEL NovelHno 409
oscene le quali non appartengono al Barberino, ma altre, che non si
dice per quai ragione vi si trovino frammischiate. Non è più dunque,
corne nella Lezione apertamente si sosteneva, un solo l'autore del Novel-
lino ; e il Galvani ritorna cosî senz' altro ail' ipotesi dell' Ubaldini, che
cioè « qualcuna « fra le cento potrebbe esser fattura del Barberino.
A questa sentenza, avvalorata dal nome e dall' autorità del chiaro
modenese, e ormai ritenuta dalla maggior parte degli studiosi e dei
critici;, cominciô ad opporsi il Sig. Carbone ', osservando che le novelle
de' Documcnti d'amore, « a gran pezza non aggiungono la sveltezza, il
candore e la vita che si ammira ne' più de' racconti del NovelHno. E se
pur qualche cosa di Messer Francesco vi ha (chè, essendovi dentro fiori
di più prati, non è inverisimile), è da credere che l'autore del Reggi-
mento délie donne non vi recasse ne i più belli, ne i più odorosi^. »
Ottime considerazioni sono quelle colle quali il Prof. Bartoli respinge
l'ipotesi relativa al Barberino. L' essere il NovelHno scritto secondo
asserisce il Galvani, « suUa falsariga provenzale » non importa, quando
pur cio si debba riconoscere, che Messer Francesco ne sia autore;
dacchè « la letteratura occitanica fu notissima in ItaHa nel secoloXIII. «
Ne puô ammettersi, prosegue il Bartoli, cotesta assoluta sentenza intorno
aile fonti unicamente provenzali del NovelHno, chè dentro vi ha di tutto.
Ne la faccenda va ahrimenti, paragonando lo stile del Cenîo Novelle a
quello del Barberino. Pviportiamo qui per intiero il retto giudicio dell'
amico nostro in questo proposito : « Il Barberino è per il più, assai
largo nei suoi racconti : qualche volta persino ridondante di parole 5 :
egli accarezza il suo argomento, e di più dice in più luoghi chi gli ha
narrato la storiae donde 1' ha tratta. Nel NovelHno, nulla di tutto questo.
Ancora, le novelle del Barberino sentono di letterato : rarissimi vi sono
i costrutti irregolari, corretta la lingua. Il NovelHno invece, per la
maggior parte, ha sapore tutto popolare : ci è quasi sprezzo délia forma,
corre precipitoso, non ha mai vezzi, dice le cose in fretta, e le dice
bene, non già perché chi scrive rifletta ail' arte propria, ma perché
quelle forme gli escono spontanée dalla penna, gli sono naturali, le ha
vive sul labbro, e le lascia andar giù con una noncuranza che diventa il
suo pregio. Che un letterato quale era il Barberino potesse scrivere
1 . Il Sig. PiERROTi invece che misefuori la sua edizione un annodopo il Carbone,
accetta l'ipotesi dell' Ubaldini e de! Galvani, ritenendo che al Barberino « moite
novelle appartengano» e specialmente quelle di stile più vivace, di immagini piii
serene e gentili, che narrano di armi e di amore 0 di nuove cortesie. « Di più
aggiunge che « a ritenere cio ne conforta l'onestà che sempre servô il Bar-
berino nelle sue scritture, e direi quasi un' alterezza signorile (p. XIII).»
2. P. VIII.
3. « Vedi per es. nel principio della novelia di Gioietta, quante parole per
dirci le buone qualità di Corrado ! «
410 A. d'ancona
cosî, a noi sembra impossibile : quella popolarità délia forma, quella
oggettività che sono le qualità più spiccate del libro, diventerebbero un
fenomeno inconcepibile se esso dovesse ascriversi ad un autore solo e ad
un letterato. Il Novellino rappresenta la novella popolare nel suo stato
embrionico : è, quasi diremmo, quello che fu lo scénario per la commedia
dell' arte : è anonimo, perché tutti v' hanno portato il loro tributo, corne
tutti vi attingono argomenti al novellare. Il Barberino invece offre
l'esempio del racconto passato a traverse una mente che pensa, che cura
Tarte, che scrive per un fme determinato. Ci è in lui uno svolgimento ;
egli segna un passo ulteriore nella via dove poi lasceranno orme da
giganti i novellieri del sec. XIV '. »
Queste osservazioni ci pajono giustissime, e noi vi aderiamo intera-
mente. Chi legge le narrazioni sparse dal Barberino per entro l'opéra
sua maggiore, troverà una vera e notevol difîerenza da esse a quelle
del nostro libro, per rispetto allô stile ; il quale sebbene non sia sempre
ad un modo nei varj racconti del Novellino, pure ha sempre un nerbo,
una rapidità, une spigliatezza di cui invece non è traccia nel modo di
narrare di Messer Francesco. Lasciamo stare che le narrazioni del Bar-
berino sono piuttosto esempj che novelle vere e proprie, perché ciô
dériva dall' essere introdotte in un libro didattico, ove non sono vera-
mente se non prove e modelli da proporre altrui, perché si segua una
virtù 0 si fugga un vizio. Ma sopratutto vi è questa differenza, che il
Barberino il più délie volte parla in persona propria, evocando le proprie
rimembranze e citando i luoghi ove il fatto avvenne ed egli ne ebbe con-
tezza, e le persone a cui udî narrarlo 2_, e questa è consuetudine non
1. Op. cit., p. 296.
2. Citiamo, quantunque per esser tirata a soli 26 esemplari,non sia nelle mani
di niolti, la splendida edizione délie Novelle di Messer Francesco da Barberino traite
dal libro del Reggimento e de costiimi délie donne, messa in ordine dal chiaris.
Comm. Fr. Zambrixi, offerta da Giovanni Papanti per le nozze Bongi — Ra-
nalli, nel 1868, e stampata a Bologna nella Tipografia del Progresse. A pag. 17
si legge : « Fui una fiata in Vinegia. Vedemmo una bella donna ecc. » A pag.
22: « lo mi ricordo ch' io vidi una fiata una gentil donna. » — A pag. 31.
« Essendo io alla detta Badia, ecc. » A pag. 54 : « Essendo io una fiata a
Parigi, dissemi uno cavalière, ec. » A pag. 62 : « Passandome per Alvernia,
fummi mostrato presso a N. D. del Poggio un castello del nome del quale non
mi ricorda, ecc. « — A pag. 79 : « Ebbe in quella contrada seconde mi disse
uno canonico délia chiesa maggiore, ecc.» A pag. 91 : « Ricordami che si man-
tenne più bella la madré, ecc. » A pag. 92 : « Io pur la vidi invecchiare, ecc. »
A pag. 95 : « Vid' io questa non so come, divenir bianca. » Altre volte si
citano le fonti : a pag. 38: « Nel libro di Madonna Mogias d'Egitto... si dice
ecc. » A pag. 42 : « Racconta Pietro Vidale... et adduce di ciô un esemplo. »
A pag. 45 : « Leggesi nel libro di Madonna Mogias d'Egitto del quale si fa di
sovra menzione ecc. » A pag. 59 : La contessa di Dio... sicondo ch'ella dice in
un suo trattato ecc. » E notisi che le novelle non sono più di XXII, sicchè
puô dirsi costante l'uso del Barberino di citare 0 un libro 0 le proprie rimem-
branze per autenticar la novella.
LE FONTi DEL NovelHno 41 1
dipendente dalP intreccio délie novelle nell' opéra del Reggimento, ma
usanza propria dell' autore, délia quale nulla di simigliante trovasi nelle
cento narrazioni del NovelHno.
Esclusi adesso dal poter essere autori in tutto 0 in parte, del NovelHno,
gli scrittori dei quali fmora abbiamo fatto ricordo, potrebbe ragionevol-
mente dimandarci il lettore se noi crediamo che il NovelHno sia opéra di
un solo, e se avremmo un qualche nome da porre innanzi.
Valevoli ragioni per negare, 0 almen dubitare, che il NovelHno possa
esser opéra di un solo, confessiamo di non trovarne. L'unico argomento
che potrebbe a ver un qualche peso, sarebbe quello che si trae dallo stile :
e già a sazietà è stato ripetuto dal Borghini in poi esservi « varia-
zione dello stile ' » da una novella ail' altra ; e correre, dice il sig''
Carbone, infmita « differenza dalla novella dello Schiavo da Bari a
quella di Bito e Ser Frulli^; » anzi, aggiunge il sig. Pierotti, «da quella
délia daraigella di Scalot a quella del martore che andô alla cittadeî. »
Il che noi non neghiamo, anzi aggiungeremo che taluna, ad esempio
quella del mercatante che recava berrette (nov. XCVIII^), ha poca piii
ampiezza del titolo stesso di altre narrazioni.
Ma tal differenza fra novella e novella proviene, secondo noi, da altre
ragioni, cioè dalle varie fonti aile quali attinse l'autore. E certo, a chi
ben guardi, tutte le novelle, quai più quai meno, dimostrano la stessa
forma costante di brevità, forse anche perché, come noi abbiamo
sempre opinato, e come altri disse pure recentemente4, coteste dove-
van essere più ch'altro, tracce, appunti offerti al valente novellatore 5,
perché giovandosi di quelli, colla viva voce ampliasse poi, arricchisse,
svolgesse gli aridi sunti, rimpolpasse e rinsanguasse questi scheletri di
racconti.
Ma, nell' esser cosî stringato, chi stendeva in sulla carta queste
novelle, non tanto forse obbediva ad un chiaro e prestabilito concetto^
quanto piuttosto soggiaceva alla propria inesperienza, che non con-
cedevagli di amplificare la tela, ritrarre tutti i particolari del fatto e
allegrarli colle grazie dell' arte. Ricordiamoci che quando il NovelHno
1. Prefaz. alla ediz. giuntina (ediz. torinese pag. LUI).
2. Prefaz. pag. VI.
3. Prefaz. pag. XII.
4. Carbone, Prefaz., p. I, Bartoli, op. cit., p. 296.
5. Nella nov. XXX a dicesi che « Messer Azzolino aveva une sud novellatore
il quale facea favolare quando erano le notti grandi di verno. » E la LXXXIX
dice di una brigata di cavalieri che « cenavano una sera in una gran casa fioren-
tina, et aveavi un uomo di corte il quale era grandissime /<îVd//afor«; quando
ebbero cenato, comiciô una novella che non ne venia meno. »
6. Tuttavia è da notare che lo scrittore nel Proemio quasi si accusa di mis-
chiare i fiori « intra moite altre parole. »
412 A. D'aNCONA
dovè esser scritto, la prosa italiana non era ancora formata. I più degli
scritti in prosa di codesta età sono traduzioni dal latino classico e dal
latino volgare, o da altre favelle neo latine, e più o meno ne ritraggono
l'indole. Più nobile è il dettato o più disadorno, secondo le qualità dell'
originale. Bisogna giungere a Dante, a Dino, al Boccaccio per trovare
una prosa italiana, chenelle sue forme e nellesue movenze, faccia vedere,
anche nell' imitazione, l'intento e il criterio letterario di chi la composue.
Gli altri scritti originali innanzi al Convito, alla Cronica, al Decamerone,
sono, in générale, timidi esperimenti, nei quali manca il periodo, e il
collegamento dei costrutti è cosa ignota.
Uomo di svegliato ingegno ed arguto, ma non letterato, era certo
il compilatore del nostro libro : ed una prova l'abbiamo nelle novelle che
quasi certamente sono sue, ch'ei non trasse cioè, da nessun altro autore,
ma dalla tradizione orale. Quelle infatti di uomini ed usi fiorentini, come
la novella di Messer Castellano da Cafïeri (LXXXVIIP), dell' uomo di
carte che comincià una novella che non venia meno (LXXXIX''), del marîore
di villa che andava a citîade (XCV), e forse ancole altre, d''uno che era ben
fornito a dismisuraÇLXXXVl''), d'uno che siandàa confessareÇLXXXVW'),
d'una buona femmina che avea fatto una fine crostaîa (XCIP), d'un villano
che si andà a confessare (XCIIP), d'un mercatante che porto vino oltre mare
in bottia due palcora (XCVIP), e àdV altro che compero ben etîe (XCYIU^'),
le quali tutte ci sembrano di soggetto fiorentino, sono appunto fra le più
magre narrazioni ', sia ch' ei non sapesse svolgerle, perché Parte man-
cavagli, sia anche perché, pel bisogno proprio e degli altri novellatori,
bastavagli ritrarre i punti principali, la sostanza del racconto, lasciato
ogni inutile ornamento da banda.
Ma questa stessa brevità, trovasi, quasi propria dei tempi e degli
ingegni, anche in altri novellieri di quella età. La Disciplina clericalis e i
Gesta Romanorum, cioè le due più insigni raccolte di novelle dell' età
média, e che al nostro autore non erano certo ignote ^ hanno pur
esse più o meno lo stesso carattere. Or si capisce che, abbreviando uno
novella già compendiata, dovesse il nostro famé una cosa assai magra e
scarna, ma più ampio riuscisse quando avesse innanzi un esemplare
maggiormente svolto.
Fra i tanti esempj che si potrebbero addure, noto uno che mi si offre
primo alla scelta, perché sul bel principio dell' opéra : ed è la novella
del re che « fece nodrire un suo figliuolo dieci anni in luogo tenebroso,
1 . Fanno eccezione soltanto la novella di Bito e ser Frulli (XCVIa) e la bclla
novella d'amore (XCIXa).
2. Ciè si vede dalle notizie sulle fonti délie Novelle. Del reste l'autore indica
implicitamente queste ed altre simiglianti raccolte dicendo ne! proemio di fare
« secondo che per lo tempo passato hanno fatto già molti altri. »
LE FONT! DEL NovelUnO 4I5
e poi li mostrô tutte le cose, e più li piacque le femmine (Nov.XIV). »
Per ammettere questa novella nel suo florilegio poteva l'autore nostro
ricorrere a moite versioni. Anzi tutto eravi il testo latino délia Leggenda
che dice cosî : Quidam rex filios mares habere non poterat. Unde
vehementer tristis erat, et hoc infelicitatem esse non modicam aestimabat.
Qui cum in huiusmodi esset anxietate, nascitur ei filius. Et super hoc
gavisus est gaudio magno. Dixerunt autem ei peritissimi medicorum,
quod si infra decem annos solem vel ignem viderit, omnino lumine pri-
vabitur. Hoc enim oculorum illius positio significabat. Rex itaque ut
audivit talia, fertur speluncam in quadam petra excidisse, et ibi filium
cum nutricibus suis inclusisse, ut nullo modo usque ad completionem
annorum lucis claritatem videret. Finitis autem decem annis, de antre
puer educitur nullam mundialium rerum per visum habensnoticiam. Tune
iubet rex omnia sibi secundum genus exhiberi et ostendi ei : viros qui-
dem in uno loco, alibi vero mulieres. Hic aurum et argentum, ibi mar-
garitas et lapides preciosos, vestes splendidas et ornamenta, currus
preciosos, cum equis regalibus frena aurea habentibus et purpura coper-
tis, et ascensores armatos, et armenta boum et grèges ovium. Et, ut
breviter dicam, omnia secundum ordinem et genus ostenderunt puero.
Interrogante vero ipso, quid horum unumquodque vocaretur, régis
ministri uniuscuiusque appellationem indicaverunt. Cum autem mulierum
nomen discere anxie quaereret, fertur spatarius régis ludendo dixisse,
daemones eas esse quae seducunt homines. Cor autem pueri illarum desi-
derio, plus quam caeteris rébus anhelabat. Ostensis igitur sibi omnibus,
ad regem reduxerunt eum. Tune interrogat rex filium, quid amplius
amaret ex omnibus quae viderat. Quid (inquit) pater, aliud nisi daemones
illos qui seducunt homines ? NuUius enim horum quae mihi hodie demons-
trata sunt, sicut illorum amicitia exarsit anima mea. Et miratus est rex
ille in verbo pueri. Et vide quam tyrannica res est amor mulieris. Et tu
igitur non aliter putes superare te posse filium tuum, nisi hoc modo '. »
A me sembra pero che il compilatore del Novellino dovesse tenere innanzi
agli occhi, non già cotesto testo, del quale invece si valse Pantico vol-
garizzatore italiano ^ del Barlaam e Josafat, ma un altro in che abbiamo
già una vera e propria novella di per se stante, e staccata dal reste
1. Questo testo è auello che va sotte il nome del Trapezunzio, ma il Bar-
THius (Advers, c. 10) I'Oudin (I, 1750) e tutti i critici unanimemente le credono
più antico, e postogli il nome del Trapezunzio dallo stampatore solo per mag-
giormente accreditarlo. Noi citiamo seconde l'edizione : S. J. Damascëni, Hist. de
vilis et rébus gestis Sanctor. B. et J. ecc. (Antverpiae, Bellerum, cap. 30, p. 261).
E il testo concorda abbastanza col greco del Boissonnade, Anecd. graeca., IV,
268, e col posteriore volgarizzamento latino del Billio (in Rosweid, Vitae pa-
trum, Antverpiae, MDCXV, p. 313).
2. Roma, Mordacchini, 1816, p. 105.
414 A. D ANCONA
délia Leggenda.Forse il suo esemplare fu il testo stampato dal Wright' ;
e se non questo per l'appunto, altro che molto lo assomiglia. Ad ogni
modo una di tali version!, separate già dalla leggenda e compendiate, il
nostro ridusse ancora a maggior brevità : e supponendo che il suo
innanzi fosse la novella édita dal Wright, vediamo corne ei dovesse
procedere.
« Legimus de rege quodam, quia filios mares non haberet, tristaba-
tur valde; cui natus est filius, et gavisus est gaudio magno valde. »
Tutto ciô è espresso dal nostro soltanto colle parole : a A uno re nacque
uno figliuolo. «
(( Dixerunt autem régi periti medicî quod filius ejus talis erat disposi-
tionis, quod si solem vel ignem videret infra X annos, lumine oculorum
privaretur. » E il nostro abbreviatore : « I savi strologi providero ch' elli
stesse anni dieci che non vedesse in sole. »
« Quo audito rex, filium suum in speluncas cum nutricibus inclusit,
ita quod usque ad X anno luminis claritatem non vidit. » Al nostro basta
il dire : « Allora il fece nutricare e guardare in tenebrose spelonche. »
« Et tune puero de spelunca educto cum rerum mundialium nullam
haberet notitiam, praecepit rex ostendere ei omnia quae sunt in mundo,
secundum genus suum, videlicet viros seorsum, muheres, equos : in alio
loco aurum, argentum, et lapides preciosos, et omnia quae delectare
possunt oculos intuentium. » Tutto ciô è più brève nella nostra novella :
« Dopo il tempo detto, lo fece trarre fuori, et innanzi a lui fece met-
tere moite belle gioie, e di moite belle donzelle... «
« Cum autem puer quaereret nomina singulorum, et ventum esset ad
mulieres, quidem régis servus respondet ludendo : Istae sunt daemones,
homines seducentes. «
Qui vi ha nelP italiano una differenza la quale potrebbe indurre il
sospetto che il nostro compilatore o non avesse precisamente questo
testo sott' occhi, o più naturale gli paresse che altri al giovinetto dicesse
i nomi délie cose : « tutte cose nominando per nome, e dettoli le
donne essere demoni. )>
(c Cor vero pueri illarum desiderio plusquam caeteris rébus anhelabat.
Cumque rex quaereret a puero, quod magis ex omnibus quae videret
amaret, respondit : magis diligo daemones illos qui homines seducunt,
quam omnia alia quae vidi. Ecce quomodo hominis natura in hac parte
prona est ad lapsum ; et iccirco qui volunt esse continentes, necesse est
ut fugiant mulieres. »
La Novella : « E poi li domandaro quale d'esse li fosse piii graziosa.
I. A Sélection of Latin storics, London, 1842, p. 7.
LE FONTi DEL NovelUno 41 5
Rispose : i demoni. Allora lo re di ciô si maravigliô molto dicendo : che
cosa è tirannia e bellore di donna ' ! »
Ripeto che se non questa versione appunto, il modello su cui lavo-
rava abbreviando il compilatore del NovelUno, doveva essere certo un
altro sunto délia narrazione inserita nella leggenda di Balaam, Se dun-
que le narrazioni del NovelUno sono alcune più ampie délie altre, non è
perché fosser scritte in diversi tempi, e quelle maggiormente svolte in
tempi di maggior coltura, ma perché il nostro, che sapeva restringere
non allargare, aveva dinnanzi a se testi or più corti or più lunghi : e
quando poi faceva di suo, corne nelle novelle di soggetto fiorentino,
seguiva la natura, anzi la possibilità sua.
Ma questo primo getto non contenta tutti i copiatori e lettori dell'
opéra; e in cotesta età, nella quale non avevansi le dottrine che noi
abbiamo sulla propriété letteraria, eil libro era un po' di tutti, ben presto
altri vi poser le mani a ricomporlo e variarlo. Colui che scrisse il codice
Marciano serbô le rubriche del testo primitivo, sostituendo altre avven-
ture dei medesimi personaggi ricordati nei titoli, e nello stile fece sol-
tanto lievi modificazioni. L'autore délia lezione panciatichiana allargô
alquanto le novelle 2, diede loro più ampia forma e maggior svolgimento5,
anzi distrusse l'unità dell' opéra superando il numéro délie cento, e
frammischiando quà e là pezzi del Flore del Fllosofi.
L'autore délia lezione borghiniana si sarebbe invece contentato di
1. Una forma totalmente diversa, che si discosta dalle fonti original! non solo
nelle riflessioni, ma nelle ragioni stesse astrologiche del celare che fa il padre
il figliuolo, sostituendovi un esperimento per sapere « come nasce l'amore tra
l'uGmo e la femmina » trovasi nella nov. XIXa del cod. panciatichiano, seconde
la stampa del Papanti. Tali varietà dal comune testo médiévale, indicano una
posteriore e più libéra versione, che serve di passaggio a quella délie oche nella
introduzione alla gior. IV del Dccamerone.
2. Sono in ci5 discorde dall' amico Prof. Bartoli (op. cit., p. 288-9), che
vorrebbe anteriore il testo panciatichiano appunto perché più ampio. Egli dice
non « potrebbe supporsi che sul testo Gualteruzzi altri in quei tempi medesimi
avesse composto per esercizio rettorico un più diffuso componimento. » Qui perô
non ci ha che fare la rettorica, e io farei torto alla dottrina del Bartoli citando-
gli molti casi, simili a questo ch' egli nega d'ammettere, comunissimi nella
letteratura médiévale. — « Da una parte, prosegue il Bartoli, abbiamo uno
scheletro, dall' altro ci sta davanti una persona viva » Siam d'accordo ; e Io
scheletro riceve via via ossa polpe e sangue : cosî accade in moltitudine di casi,
nelle opère letterarie: far di un uomo uno scheletro e non altro, è opéra di anâ-
tomisti.
5. Vedi ad es. la Novella di Narciso (Gualt. XLVIa) che il codice panciati-
chiano narra due volte : l'una con semplici varianti, l'altra con più ampio svol-
gimento (Nov. Xa, Papanti). Anche la novella tratta dal Barlaam vi è narrata
due volte : una come nel Gualteruzzi, 0 presso a poco, l'altra come si vede nella
XIXa del Papanti. Un' altra, quella di Migliore degli Abati, è pur due volte nel
cod. con variazioni insignificanti. Qualche novella del Gualteruzzi è nei cod.
panciat. divisa in due.
41 6 A. d'ancona
sostiluire alcune novelle ad altre, introducendo lievi variazioni nel rac-
conto ' e nello stile. Ma che veramente vi sia un testo antico il quale
corrisponda alla stampa borghiniana, è cosa di cui molli dubitano, e
maggiore argomento di dubitarne ce lo dà appunto il vedere come le
diversità si riducano a sostituzioni di novelle e a modificazioni di stile
non sempre rilevanti; laddove se esso fosse davvero un Novellino rifatto
del secolo xiv, probabilmente avrebbe una forma anche pii!i ampliata di
quella del codice pancialichiano.
Non vi ha dunque, a parer nostro, autorevol cagione di dubitare che
il Novellino sia opéra di un solo autore. Certo, chi lo compilé prendeva
di quà e di là, metteva insieme un florilegio di esempj e di fatti : ma
come sarebbe venuto fuori il Cenîo novelle, che ha per intento di far
« memoria di alquanti fiori di parlare, di belle cortesie e di belli risposi
e di belle valentie, di belli donari e di belli amori^ )> se uno non avesse
avuto taie concetto, se uno solo non l'avesse messo in esecuzione ? Che
se altri furon dappoi che mularono l'ordine délie novelle, o altre ne inter-
polarono o ne cangiarono il dettato, ciô prova appunto che il libro era
già stato in altro modo messo insieme da uno, chiamisi esso autore o
se vuolsi, compilatore.
È autore lo diremmo, notando come ebbe un intento chiaramente indi-
cato nel Proemio, sobbarcandosi alla fatica « a prode et a piacere di
coloro che non sanno e desiderano di sapere », e augurando, e quasi
profetando, che altri « di cuore nobile e di intelligenza sottile » potrebbe
« per lo tempo che verra per innanzi » prender l'opéra sua a modello.
Or questo proemio, e l'essersi proposto di raccoglier novelle che, con
esso, arrivassero al numéro di cento', determinano chiaramente l'unità
deir opéra, e meritano a chi la scrisse il nome di autore. Non perô gli
1. Vedi ad es. la Novella (LXXXIIJa G.)di Cristo e del tesoro, che nel testo
Borgh. (LXXXIIa) è narrata, e con sostanziaii difFerenze, di un Romito.
2. Novella I.
3. Il BoRGHiNi, Prefaz. (ediz. torin. p. LI) negando ail' opéra il nome pos-
tule dal Gualteruzzi di Ccnto Novelle Antiche, dice : « non pure nello scritto in
penna non abbiamo mai trovato alcuno con tal titolo, ma neanche non abbiamo
in penna perô nessun veduto col nu.nero di cento appunto. » A questo erronea
asserzione risponda il cod. Palat. n" 57 che conticne le novelle numerate dall'
I al 100 e riscontra mirabilmente coH' antica stampa del Benedetti (Carbone,
éd. cit.j p. XVI); e cento appunto sono le Novelle del cod. Vaticano, 3214. Anche
il cod. mutilo magliabechiano concorda, a delta del Carb(jne(p. XII) colla stampa
del Benedetti, salvo la mancanza délie ultime trenta. Tuttavia il Sig. Carbone
accetla (éd. cit. p. X) la supposizione del Borghini, e dice averne avuto « pie-
nissima riprova » dal cod. Laurenziano 139. « dove le novelle sono poco più di
trenta, non seguitano in lulto l'ordine délie stampe, non hanno rubrictie ne
numerazione alcuna, e sono senza fallo da riputarsi tra le più anliche » Esclu-
derebbe il Sig. Carbone l'ipotesi che qui si avesse soltanto una scella del Cento-
novelle primitive?
LE FONTl DEL NoVClUnO 417
disconverebbe quelle di compilatore, chi avverta corn' ei radunasse la
materia da varie parti, e quasi ne facesse un mosaico di pezzi presi quà
e là. Le notizie che seguono a questo Ragionamento sono state, non
senza fatica, da noi raccolte appunto per mostrare le moite fonti aile
quali il nostro dovette attingere. Noi non pretendiamo in ogni caso aver
indicato quella a cui egli dovette precisamente ricorrere ; noi segnaliamo
soltanto la fonte che ci è nota corne anteriore ail' età nella quale il libre
dovette esser composto.
Cominciando dal Borghini ', fu detto e ripetuto che moite délie novelle
provengono dal provenzale ; e ciô veramente è probabile per quelle del
Re Giovane (XIX^), di Riccardo cuor di leone (XX% LXXVP), di Rie-
car Loghercio, grande gentiluomo di Provenza (XXXIP), di Messer Imbe-
ral dal Balzo, grande castellano di Provenza (XXXIIP), di Guglielmo di
Bergdam, nobile cavalière di Provenza (XL!!-"*), del medico di Tolosa
(XLIX^j, di Carlo d'Angiô (LX^), e di Messer Alamanno (LXIV^); ma
nessun testo occitanico ci rimane per approvare cotesta sentenza con
sicuri raffronti. Moite altre ne debbono provenire dal francese^, che gli
studj odierni han mostrato quanto almeno il provenzale, familiare e dif-
fuse in Italia durante il secole xiii°. Ma la maggior quantità dériva cer-
tamente da raccolte latine : délie quali sopravive soltanto una piccola
parte, ma ci è date studiarne la forma e l'indole nei Gesta e nella Disci-
plina. Che se il Galvani? ebbe a dire, esser il dettato del Novellino, nelP
andamento, nel costrutto, nel fraseggiare e nelle parole, provenzale
schietto e maniato, e ciô per la gran simiglianza che in sul loro primo
nascere avevano le due lingue sorelle, aile quali pur potrebbesi aggiun-
gere la lavella d'oil, e' sarebbe più a buon dritto da asserire che tutte
tre queste lingue, ne tante forse nelle voci quanto nella sintassi, rasso-
migliavane in quel prime loro manifestarsi, al latine volgare. Questo che
diciamo latine volgare, e perciô distinguiame dal classico e letterario,
anche dell' età più tarda e corretta, fu durante l'età média con egual faci-
lita inteso in ogni règione delP Europa cristiana, ma specialmente fra le
genti nee-latine. Esse era scritte per tutte, non per una sola di queste
1. Dichiarazionc dellc Voci: iettera S. (ediz. Torin., p. LXXIII).
2. Dal francese probabiimente derivano moite che pur non sono di soggetto
francese. Le novelle traite dai romanzi cavallereschi sono composte probabiimente
su esemplari francesi (IV, IX, XIII, XVIII, XXVII, XXVIII, XLV, XLVl,
LXIII, LXV, LXXXI, LXXXII). Anche quelle del Re Giovane e di Riccardo
d'Inghilterra posson venire dalla lingua d'oc corne da quella d'oil. Soggetto fran-
cese hanno quello del Borghesc di Francia (XXVIa), quella délia costuma che era
nello reame di Francia (XXVIlIa), quella degli astrologi di Parigi (XXIXa),
quella di Messer Roberto Ariminimonte (Remiremont?) in Borgogna (LXIJa),
ecc.
5. Novellino provenzale, p. VI.
Romania, Il 28
41 8 A. d'ancona
schiatte e nazioni, e adoperato particolarmenle nelle opère ascetiche, di
dottrina e di diletto, destinate aile classi popolari o mezzane. Questo
siffatto latino fu il tipo, l'esempio, il modello al quale si conformarono
per lungo tempo gli scrittori volgari délie tre principali favelle uscite
dallo stesso ceppo. Generalmente esso ha quella brevità, anzi quelia
stessa aridità di forme che trovasi nel nostro libro; quello stesso modo
di comporreun periodo colle parole strettamente indispensabili, non col-
legando fra loro i periodi, ma facendo punto ad ogni proposizione. Si
compari qualche narrazione délie Gesta o délia Disciplina, con un rac-
conto del Novcllino, e ciô basterà a persuadere che quest' ultimo con-
fronta assai più col dettato di quelle che non con una prosa contempo-
ranea provenzale o francese : e si dovrà per lo meno conchiudere, che
le manifeste somiglianze fra le tre prose hanno la loro ragione nella
respettiva somiglianza di ciascuna col latino volgare dell' età média.
Ne mancano altri fatti che ci conducano a credere, provenire la mag-
gior parte délie narrazioni del Novellino da testi di latino popolare. Chi
ha letto i Gesta Romanomm avrà certo notato corne i racconti general-
mente vi principino in questa forma : Pompeus regnavit, Titus regnavit,
Quidam imperator regnavit, César regnavit, ecc. Or chi non vede la riprodu-
zione di questo modo di principiar la narrazione, nelle formule colle
quali principiano i racconti del Novellino : « Saladino fu Soldano (nov.
XXV") : Riccar Loghercio fu signor dell' Illa (XXXI Pj, Narcis fu molto
buono e bellissimo cavalière (XLVP); Socrate fu nobile filosofo di
Roma (LXP), Papirio fu romano (LXVIPj», e simili? Cosî anche taluni
passi del Novellino si intendono avendo ricorso ad un testo latino. Veg-
gasi ad esempio questo brano di novella, che par malamente incastrato
in altra nel testo borghiniano : « Moite volte si conduce l'uomo a ben
fare, a speranza di merito o d'altro suo vantaggio, più che per propria
virtù, perciô è senno da cui l'uomo vuole alcuna cosa, nietterlo prima in
speranza di bene, anzi che faccia la domanda. La vecchia consigliô che
non potea riavere un suo tesoro, ecc. (LXXIV). » Chi sia e donde
venga fuori « la vecchia » non s'intende, salvo ricorrendo al testo latino,
donde il compilatore toglieva la materia abbreviandola, e ove è scritto:
(c Vetula jusserit vetula surrexit et inquit, ecc." «
IV
Ma se uno solo dovette essere l'autore o compilatore délia prima forma
del Novellino, chi sarà egli, se non fu niuno di quelli da altri supposti ?
Noi diciamo subito che nol sappiamo, e che ogni congettura ci par
I. Disciplina clericalis, Parisiis, 1824, p. 91-9.
LE FONTI DEL NOVClUnO 419
vana ed inutile. Questo solo ci sembra certo, ch' ei non fu letterato, ma
ch' ei dovette esser native di Firenze, e probabilmente di parte ghibel-
lina.
Diciamo ch' ei non fu letterato, ma intendiamo dire letterato di profes-
sione. Non fu ne un chierico, ne un retore, ne un grammatico,
ne un poeta, come Arrighetto, o Brunetto o Francesco da Bar-
berino : fu un popolano, un mercante, come molti ve n'era allora
in Firenze, che aveva letto quasi tutti i libri sui quali si formava la
cultura in cotesta età '; donde potevansi ritrarre bei fatti di cavalleria e be-
gli esempj di cortesia e di valore, e bei motti. Conosceva la Bibbia, onella
vulgata 0 nei Fioreîti che n'erano stati estratti, come si vede dalle
novelle di Davide (nov. VI-''), di Salomone (VII"), di Balaam (XXXVI"),
di Aminadab (XI P) : conosceva le leggende cristiane, come è chiaro da
quelle di S, Paolino (XVP") e di Pietro tavoliere (XVIP), ne gli erano
ignote le tradizioni spurie che correvano fra il volgo, nelle quali Cristo
si accompagna con un giullare (LXXV) 0 co' suoi discepoli corre il
mondo ammaestrando al bene (LXXXIIP). La Mitologia gli forniva i
personaggi di Narciso (XLVP) e di Ercole (LXX"), e a quella délie
favole mitologiche accoppiava anche la notizia degli apologhi, eredati da
Esopo 0 inventati nell' età média, come quello délia volpe e del mulo
(XCIV^j. La Greciaglisuggerivainomidi Melisus(XXXVIIP),di Socrate
(LXP), di Diogene (LXVP), di Aristotile (LXVIIP), filosofi; di Filippo
(III), di Aulix (VHP) reggitori di popoli : di Roma ricordava egli il
giovane Papirio (LXVIP), Trajano (LXIX''), Seneca (LXXP), Catone
(LXXIP). Rimembranza délie Crociate si trova nelle novelle del Sol-
dano e di Fabrac (IX^), di Saladino (XXV"), del Soldano e il giudeo
(LXXIIPy. Molto più sapeva egli dei varj cicli cavallereschi di cotesta
età, e probabilmente quel ch' ei ridiceva délie cose greche e romane
veniva il più da Romanzi anzichè da storie. Certo la menzione ch' ei fa
délia guerra Trojana (LXXXP) e dei fatti d'Alessandro flV", XIIP,
XXVIP) più che da scritti dell' antichità classica, proviene da scritture
romanzesche dell' età média. Il ciclo carolingio gli parlava con Carlo-
magno (XVI IP), il brettone coi suoi maggiori eroi, Merlino (XXVP),
Lancillotto (XXVIIP, XLV"), Meliadus (LXIIP), Tristano e Isotta
(LXV"j, e la Dama di Scalot (LXXXIPj.
Ma più che tutto conosceva egli i costumi e gli uomini dell' età précé-
dente a quella nella quale viveva, e dei quali i pregi e la fama si erano
andati col tempo accrescendo, tanto da famé l'età eroica dell' impero e
I. Qualche cenno sulla cultura popolare nel 300 e sui fontidi essa, applicabile
del resto anche ai tempi antécédent!, ho dato nello scritto : Una pocsia ed una
prosa di Antonio Paca, inserito nel Propugnatore, 1870, disp. V, VI.
420 A. d'ancona
del feudalismo. Allora infatti l'autorità impériale erasi mostrata in tutta la
sua forza, specialmente per opéra del primo e del secondo Federigo, ne
l'avevano fiaccata i contrasti délia Chiesa e dei Comuni. Alla fine del
dugento l'età précédente era conosciuta nelle tradizioni che n'eran
rimaste e che la poesia aveva illeggiadrite. Dante pur esso, esalta volen-
tieri i magnanimi principi svevi'; vorrebbe veder rinnovarsi una Corte
come quella di Federigo, ove i dotti fossero accolti ed onorati, e si for-
masse una lingua culta, aulica, letteraria, e rifiorissero i bei costumi che
regnavano in Lombardia prima che questa si sottraesse ail' autorità cesa-
rea^. Anche il nostro autore, quantunque popolano e fiorentino, ma pro-
babilmente perché Ghibellino anch' esso', ripetutamente esalta le belle
imprese, la saviezza, la cortesia, la magnanimità dei due maggiori Svevi
{U% XXP XXIP, XXIIP, XXIV% XXX% LIX% XC% O) e del Re Cur-
rado (XLVIIP). Ammiratore délie regali costumanze, volta in favella
volgare e diffonde anche fra noi le memorie sulla larghezza e sul valore
del Re Giovane (XIX'', XX-"*) e sulla prudenza e l'ardire di Riccardo
d'Inghilterra (LXXVP) ; ne l'esser partigiano degli Svevi gli vieta di
ricordare le usanze cavalleresche di Carlo « quando era conte di Angiô »
(LX"). In un ordine inferiore, ma partecipando per nascita o per costumi
0 per ufficj a cotesta splendida famiglia feudale, stanno i tiranni, i
grandi signori, e i rettori délie città come Ezzelino da Romano (XXP,
LXXXIV''). Paolo Traversaro (XLP), Giacopino Rangone (XLVP),
Lizio di Valbona e Rinieri da Calboli (XLVIP), Castellano de' CafFeri
LXXXVIIP); i baroni e cavalieri, come Riccar Loghercio (XXXIP),
Imberal del Balzo (XXXIIP) e Roberto d'Ariminimonte (LXIT') ; i prelati,
come il Vescovo Aldobrandino (XXXIX''), e il Vescovo Mangiadore
(LIV*); gli uomini di corte, come il Saladino (XL* , Marco Lombarde
(XLIV% LV»), Beriuolo (LVIIP'), e Bito fiorentino XCVP) ; i giurespe-
riti, come Bulgaro e Martino (XXIV) e Francesco d'Accorso (L*) ; i
medici, come Mastro Giordano (XP), Mastro Taddeo (XXXV*) e quel
da Tolosa (LXIX*); gli astrologi délia scuola di Parigi (XXIX"), e
infine, i trovatori e poeti, Guglielmo di Bergdam (XLIP), Messer Ala-
manno (LXIV"), e Migliore degli Abati (LXXX*). A compiere la descri-
zione di cotesta società, non mancano altri personaggi degli infimi gradi,
le donnicciuole, come Madonna Agnesina (LVIT'), e la comare délia
crostata (XCII*); il prête spicciolo, come il piovan Porcellino (LIV);
1. Vulg. Elocj. I, 12, Purgat. 3.
2. Purgat. XVI.
5. Abbiam supposto che il Novellino potesse esser scritto tra il 1280 e il 90.
I Ghibellini furono pacificati coi Guelfi e rimessi in Firenze nel 78 e 79, e furono
fiaccati soitantOj come parte politica, colla battagiia contre i Ghibellini d'Arezzo
neir 89 a Campaldino.
LE FONTI DEL NoVClUnO 42 I
gli studenti (LVl-'"), i mercanti (XCVII% XCVIIP), i popolani (XCVP),
le genti di contado (XCV^) , e perfino la cortigiana (LXXXVI-^).
Cosî questo libro che, a primo aspetto, potrebbe parère nulla più che
un repertorio di bei fatti e di motli arguti, è anche un ritratto délia vita
dei tempi, fatto da un popolano di vivace ingegno e di svariate letture,
quali erano gli artieri di Firenze al tempo délia sua maggior prosperità
e cultura. Ch' ei mettesse insieme il suo libro pel popolo, corne opinô il
Ghio', e per far passare altrui piacevolmente il tempo, non credo : direi
piuttosto volesse con esso compilare, corne già avvertimmo, un manuale
pei bei favellatori, un memoriale per gli uomini di corte, sicchè special-
mente ne ricevessero incremento i bei costumi e le usanze cortesi délie
residenzeprincipesche^. Più che alla letteratura popolare, WNovdlino spetta.
alla cortigiana, E se appartenesse alla prima, vi si parlerebbe più di mira-
coli che di negromanzia (XX P), ne certo vi avrebbe luogo la novella
dai tre anelli (LXXIII^), e quella di Dio e del giullare (LXXV^')- Ne il
supporre popolano e fiorentino il nostro autore puô farci ritenere impossi-
bile che ei scrivesse a preferenza pei grandi ; o almeno soltanto perché
il popolo s'ingentilisse ed émulasse i grandi : e il crederlo anche Ghibel-
lino 5 induce a congetturare che ei volesse cogli esempj raggiungere lo
stesso fine a cui Francesco da Barberino tendeva colle dottrine e coi
precetti. Del resto, più tardi noi vediamo Franco Sacchetti, sebbene
fiorentino e guelfo nell' anima, trarre argomento aile sue novelle sopra-
tutto dai costumi dei signori e dei tirannelli, e mettere invece in burla
l'inesperienza e la rozzezza dei popolani chiamati al governo délie armi
e al reggimento délie pubbliche faccende^.
Che l'autore fosse di Firenze parmi potersi desumere anche da questo,
che le poche novelle di costumanze non cavalleresche, ma popolari e
casalinghe (LIV% XCV^, XCIX»), sono di argomento fiorentino. Ne la
sana critica e la retta conoscenza délia nostra storia letteraria ci lasce-
1 . « Sarei inclinato a credere che colore che tali novelle composero, fossero
varie persone piacevoli ed ingegnose che le scrivessero nello schietto e bel modo
che in' quel felici tempi délia Repubblica fiorentina parlavasi, non per farla da
letterati, ma per contarle al volgo, e porgergli cosi materia di trattenimento
nelle ore vote e nojose, e massimamente nella sera in tempo d' inverno. n Pre-
2. « Meglio che al popolo si volge ai baroni ed ai cavalieri, e dalle loro avven-
ture più spesso tragge argomento di novelle e di esempj. » Pierotti, prcfazione,
p. XIV.
3. Ghibellino lo riconoscono i più : v. fra gli altri, Ferr.vrio, Prcfazione ail'
ediz. dei classici, 1804, p. VIII.
4. Vedi ad es. le Novelle di Castruccio (Va), di Ridolfo da Camerino (Vlla,
XXVIIIa, XLa, XLIa), e di molti altri capitani di ventura e signorotti ; e per
contro, le novelle degli ambasciadori senesi (XXX) di quelli del Casentino
(XXXIa), dei tre fiorentini al tempo délia guerra di Pisa (XXXVIa;, di Agnolo
di Ser Gherardo (LXIVa), di Messer Rinaldello dell' Oreno (CXXVII^), ecc.
422 A. D'ANCONA
rebbe supporre dettato fuori di Firenze al finir del dugento, un libro
scritto come il nostro. Certo le altre citlà d'italia, e neppur quelle di
Toscana, possedevano ancora un linguaggio come questo, povero bensi
nei suoi congegni grammatical! e sintattici, ma preciso, schietto, efficace,
naturalmente élégante. Nel che ci pare che tutti vadano d'accordo gli
scrittori ed i critici, riconoscendo unanimemente la fiorentinità dell'
autore': e se taluno sognô esser il Novtllino opéra di fra Guidotto da
Bologna^, fu questa una supposizione campata per aria, e dettata proba-
bilmente soltanto da boria municipale.
Ed ora il lettore che ci ha fm quà pazientemente seguîto, voglia gettar
un' occhiata sulle notizie che seguono, lequali non saranno inutili adargli
un chiaro concetto del Novellino e del modo com' esso venne dal suo
autore composto.
A. d'Ancona.
{La suite prochainement.) .
1. Prcfaz. torinese, pag. XIII-XV, XIX. Prcfaz. del Ferrario alla ediz.
Milanese, p. VIII.
2. Il Zambrini a pag. 266. del suo Catalogo dcllc opère volgari a stampa, ecc.
ci da la notizia che il Sig" Giansante Varrini in un suo discorso su Jacopo
dclla Lana voile sostenere che il Novellino fosse di fra Guidotto. Ignoro quali
fossero le ragioni addolte in favor di questa ipotesi, anzi se pur se ne adducano:
dirô soltanto come è perfin dubbio se Guidotto scrivesse in volgare il suo Fiore
di Rettorica. V. la citata op. del Zambrini, p. 213. Ne dubitarono, come
avverte il Na>nucci, Mcmualc II, 116, anche il Salvini, il Salviati, il Co-
lombo : anzi un codice citato dal Nannucgi, accusa il frate Bolognese di pla-
gio deir opéra scritta primamente dal Giamboni.
\
EXPLICATION
DE LA PIÈCE DE PEIRE VIDAL
DROGOMAN SEINER S'AGUES BON DESTRIER.
Si le lecteur veut bien se reporter au t. I, p. 104, de la Romania, il
y verra que j'explique par le catalan la forme îornau qui se rencontre
dans le texte imprimé d'une pièce de Peire Vidal. Je renonce à cette
explication. Ce n'est pas qu'en elle-même elle soit erronée : il n'est point
douteux que si tornau est la vraie leçon, on ne saurait y voir autre
chose que ce que j'y ai vu, à savoir une forme catalane, mais il me
paraît certain aussi que cette leçon n'est pas la bonne. C'est ce que j'es-
saierai de démontrer. Et pour réparer plus complètement ma faute, je
donnerai de la poésie oi!i figure cette forme contestable un texte nou-
veau, tel qu'il résulte de la comparaison des mss., et j'y joindrai une
traduction et un commentaire détaillé. On verra que cette pièce présente
un certain nombre de difficultés qui jusqu'à présent n'ont point été réso-
lues ni même aperçues. Comme elle a pris place dans la Chrestomathie
provençale de M. Bartsch, il y a lieu de croire qu'elle passe souvent
sous les yeux des personnes qui se livrent à l'étude du provençal.
Les professeurs qui ont l'habitude de l'expliquera leurs élèves ne me sau-
ront pas mauvais gré de leur avoir fourni une leçon toute faite".
La pièce de Peire Vidal Drogoman seiner stagnes bon destrier nous a été
conservée par onze manuscrits, à savoir :
B. N. fr. 854f. 45^ — Laur. xc f. 67.
— 8$6f. 35. — Riccardi2909f. 71 ^w.
— 12474 f. 61. — Modène pièce 49 1 .
— i$2iif. 143. — Mac Carthy (à Chelten-
— 22543 pièce 389. ham).
— Vat. 5232 f. 213. Ms. de l'abbé Plà p. 85.
1. C'est du reste pour le fonds, avec quelques développements de plus, une
de mes leçons de l'été dernier.
2. Je ne compte pas 12473, identique à 854.
424 P- MEYER
Je ne connais pas le texte des trois derniers de ces mss. Le premier
vers de la leçon du ms. de Modène m'est connu par la notice que
M. Mussafia a publiée de ce ms. en 1867, et je constate qu'il y a pour
ce premier vers identité entre ce ms. et le ms. 854. L'un et l'autre ont
la bonne leçon, qui est plus ou moins corrompue ailleurs. Les huit
autres textes, dont j'ai des copies sous les yeux', se répartissent entre
deux classes ainsi qu'il suit :
>1 I = B. N. 854. B 1 =B. N. 856.
/l 2 = B. N. 1)21 1. fi 2 = B. N. 22543.
A 3 = Vat. 5232.
i4 4 = Laur. xc.
A 5 = Rie. 2909.
y4 6 = B. N. 12474.
Les six premiers mss. vont bien ensemble. C'est sans hésitation que
j'en forme une seule classe, d'oii peut se tirer, comme on le verra tout à
l'heure, un texte de beaucoup supérieur à celui que présentent les deux
autres mss. Je ne suis pas aussi sûr que 6 i et fî 2 forment bien réelle-
ment une classe à part. Ce qui est certain, c'est qu'ils diffèrent notable-
ment de la classe ^, mais ils sont loin d'être d'accord entre eux deux.
Ce qui me conduit à les mettre ensemble, c'est qu'ils offrent a peu près
la même leçon, et une leçon évidemment fautive, pour le passage que
j'ai tenté l'an dernier d'expliquer par le catalan. Il y a dans B i Que
cridon tug : Ad espazas îornau ! et dans B 2 Que îotz cujon ad espazas tor-
nar. Assurément, ces deux leçons ne sont pas pareilles (la seconde fausse
la rime), mais toutefois elles ont, si on les compare à la leçon des mss.
de la première classe, un air de famille qui ne peut guère être dû au
hasard.
Le texte donné par M. Bartsch dans son édition de P. Vidal (p. 60),
puis dans sa C/ir«?omâ!f/z/ê (col. 107), n'est que la reproduction, avec
quelques corrections insignifiantes, du texte donné par Rochegude
[Paru, occit., p. 187), et Rochegude avait suivi principalement, pour
l'ordre des couplets comme pour les leçons, le ms. 856(01). C'est, comme
on le verra tout à l'heure, une leçon très-remaniée, qui n'a aucune
autorité. L'édition qui suit est faite d'après les mss. de la première
famille.
B. N. fr. 854 f. 45 {A\), 1 521 1 t. 253 (.42), Vat. 5232 f. 213 (^3), Laur, xc
f. 67 (/44), Rie. 2909 f. 71 bis{A<^), B. N. Ir. 12474 fol. 61 (.46), 856 f. 35
(61) 22543 P'^ce 389 (B2). — Les couplets V et VII manquent dans A6 et
I. Je dois à l'obligeance de M. Guessard les copies tirées des ms. du Vatican,
de la Laurentienne et de la Riccardienne.
PEiKE v\D^L, Drogoman seiner 425
dans A6 et dans Bi ; l'ordre des couplets dans Bi est 1, V, II, III, VII,
IV, VI, et dans B2 I, IV, VI, III, II. L'envoi ne se trouve que dans Bi.
I Drogoman seiner, s'agues bon destrier
En fol plag foran intrat mei guerrier :
C'aqui mezeis cant hom lor me mentau
Mi temon plus que caillas esparvier,
E non preson lor vida un denier,
6 Tan mi sabon fer e salvatg' e brau.
11 Cant ai vestit mon fort ausberc doblier
E cent lo bran quem det En Gui l'autrier,
La terra crola per aqui on vau ;
E non ai enemic tan sobrancier
Que tost nom lais las vias el sentier,
1 2 Tan me dopton can senton mon esclau.
III D'ardimen vail Rotlan et Olivier,
E de domnei Berart de Mondesdier ;
Car soi tan pros per aco n'ai bon lau.
Que sovendet m'en venon messatgier
Ab anel d'aur, ab corde blanc e nier,
18 Ab tais salutz don totz mos cors s'esjau.
IV En totas res semble ben cavalier ;
Sim soi, e sai d'amor tôt son mestier
E tôt aisso c'a drudari' abau.
Cane en cambra non vitz tan plazentier
Ni ab armas tân mal ni tan sobrier ;
24 Don m'ama em tem tais que nom ve ni m'au.
V E s' eu agues caval adreit corsier,
I A^ se a., A2 A^ A6 Bi B2 s'eu (ou s'ieu) a. ; A^ s'a. mon b. — 2 Bi
omet fol; A\-<) foron ; A-^ AG Bi tuich (ou tug) m. g., ôi li m. g. — 3 Bi
C'aisi m., Bi Aissi m., A] Que aqi eus, A2 Ce qex c, A6 Com tôt aqo. —
4 Al A2 A6 B2 cailla. — 5 /16 Ni non p.
7 A6 m. bon a., Bi B2 m. blanc a.; A2 C. ieu ai v. m. a. — S Ai E tenc,
A] E teing ; A2 Bi 62 d. Gigo. — 9 /I2 ylj Bi B2 on ieu v. — 10 A\ A2
A^ Bi E (/I3 Ni) non ai ges e. t. sobrier, 62 Qu'el mon non ay e. t. sobrier.
— Il A^ A6 Bi la. via, 62 lo cami. — 12 >16 mi temon.
14 fi2 be part de Monleydier; Bi E de donas Bernât de San Lesdier. —
15 Bi E quar sui pros, B2 S' ieu me soi près ; A2 per aico, A4, p. aicho, Aj
p. aisso; A6 tan bons p. aiço. — 16 ^14 Qe soven me v.; Bi Moût mi venon
soven li m., B2 Que l'autre jorn me venc un m. — 17 AiA2A]Ah anels ; ^3
AG e c, A2 et ab cordons blanc e niers, Bi b. 0 nier; la place de ce vers à été
laissée en blanc dans B2. — 18 /l 5 tal salut; B2 que t.; A4 A^ Bi tôt mon
cor; AG E .m. s. de qe m.
19 A2 seblieu b. — 20 A2 d'amar ; AG Bi t. lo m. — 21 A\ c'a drechura.
— 22 A4 non vi ; A2 C'a. en c. non ac, i A^ Ane en c. non ac. — 23 A4
B\ Bi tan fer. — 24 AG B\ B2 Don tais mi tem q'aras n.
426 p. MEYER
Suau s'estes lo reis part Balaguier
E dormis se planamen e suau ;
Qu'eul tengr' en patz Proens' e Monpeslier,
Que raubador ni malvatz rocinier
30 Nol rauberan mais Autaves ni Grau.
VI E sil reis torn' a Tolosa el gravier,
E n'eis lo coms e siei caitiu dardier,
Que tôt jorn cridon : Aspa! et Orsau !
D'aitan me van qu'eu n'aurail coip premier,
E i ferrai tan queis n'intraran doblier,
j6 Et eu ab lor, qui la porta nom clau.
VII E s'eu consec gelos ni lauzengier
C'ab fais conseil gaston l'autrui sobrier
E baisson joi a presen et a frau,
Per ver sabran cal son li colp qu'eu fier :
Que s'avian cors de fer 0 d'acier
42 No lur valra una pluma de pau.
VIII Na Vierna, merce de Monpeslier,
En raina sai amaretz cavalier,
45 Don jois m'es mais cregutz per vos, Deu lau.
I. Seigneur Drogoman, si j'avais un bon destrier, mes ennemis se trouveraient
en une mauvaise passe ; car à peine ont-ils entendu mon nom, qu'ils me craignent
plus que les cailles l'épervier, et ils n'estiment pas leur vie un denier, tant ils
me savent fier, sauvage et féroce!
II. Quand j'ai vêtu mon fort haubert double, et ceint l'épéequeGuim'a donnée
naguère, la terre tremble sous mes pas ; et je n'ai ennemi si orgueilleux qui ne
me laisse promptement chemin et sentier, tant on me redoute quand on entend
mon pas.
26 ^4 A^ Bi per B.; ^14 A<^ Balaguer, A-} Balaugier, A2 Balancier. — 28
Bi Quieulh, A} Qeil, Ai A2 A4 ^4$ Quel. — 29 .4 1 resoiner. Ai rasonier. —
30 /Il A2 Non raubeson. A-} Non rauberen, Bi Non rauberon ; A\ A^ r. ni
autaves, A2 r. mataves ; A^ r. vias altas, A^ r. mais altavez,fîi mais Venaissi.
51 i43 fîi Sil r. torna a. — 32 ^2 E vers, Bi El c. eix fors ; A6 ni siei c.
^4 e li c, A^ ab ses c, Ô2 ab son cortes d. — 33 A<) Dune t., /I3 Qe t. c.
i4spara A6 Q. t. j. c. e ^spa; Ao Ossau, A^ deorsau ; Bi Que c. tug ad
espazas tornau, B2 Que totz cujon ad espazas tornar. — 34 i4i .42 De tan,
A6 D'aqest mi v. q'aura lo, B2 De tant me lau per colps premiers (avec un
blanc avant per) ; A() q'eu n'agra colps. — 3 5 /16 E ferrai. Ai A^ E ferai ; .42
Bi B2 E farai ; Ai A2 A^ que n'intraran (.42 intreran), A6 quez entreran, A^
que nesparan Bi queis n'intren a d., B2 que n'iesco a d. obliers. — 36 B2 Et
ieu meteis; Ai A2 A6 que (qe, c).
37 .4 1 E ieu ; Bi E si c. janglos. — 38 /I2 A5 Bi sabrier, .44 A<^ saber.
— 39 Al A^ A5 Et abaisson, Bi E gaston ; A^ joi e joven a f., Bi ab cnjan
et ab f. — 40 Bi sabra. — 41 A^ A<, col, Bi Q^s'i avia col defrer(iic). — 42
A3 valran, A5 valeran, Bi Noilh valria.
44 Corr. En Rainiers ar ?
PEiRE VIDAL, Drogoman seiner 427
III. Pour la hardiesse, je vaux Rolant et Olivier, pour la galanterie Berart
de Montdidier'. Ma prouesse me vaut si bonne renommée, que souvent il me
vient des messagers, avec un anneau d'or, avec un cordon blanc et noir 2, avec
des saluts' qui me remplissent le cœur de joie.
IV. En toutes choses, je me montre chevalier. Aussi le suis-je, et je sais tout
ce qui convient à druerie, car jamais vous ne vîtes si charmant en chambre [de
dame], ni, les armes à la main, si terrible ni si puissant; et pour cela m'aime et
me redoute tel qui ne voit ni ne m'entend.
V. Et si j'avais un cheval qui tût bon coursier, le roi [Alphonse] vivrait
tranquille vers Balaguer, et dormirait doucement et paisiblement, car je lui main-
tiendrais en paix la Provence et Montpellier; tellement que brigands et cavaliers
de rencontre* ne lui dévasteraient pas l'Autaves ni la Crau :
VI. Et si le roi marche sur Toulouse, dans la grève, et si le comte en sort
avec ses misérables dardiers qui ne cessent de crier Aspa ! Ossau ! je me vante
1 . Bérart de Montdidier figure en plusieurs chansons de geste ; mais ce n'est
guère que dans les Saisncs de Jehan Bodel qu'il justifie par ses amours avec
Helissent de Cologne, la réputation que lui attribue P. Vidal. Toutefois, quel-
ques vers de Fkrabras (2124 et suiv., cf. 3281), nous le présentent comme le
type du chevalier aimant à dosnoier.
2. Cf. Daude de Prades, En un sonet (Parn. occit. p. 87) :
Ja no i man letra ni sagel
Nim done cordon ni anel...
et Ugo Brunenc, Pois l'adreitz tems (Mahn, Ccdichte, t. I", n" 84, et p. 200) :
Qu'ieu vi d'amor quel gaug el ris el sen,
Coblas e motz, cordo, anel e gan,
Solian pagar los amadors .j. an.
Voir encore P. Vidal lui-même en une autre de ses pièces {Bartsch,9, 37-8),
Raimou de Miraval, dans Lex. rom. \, 424, etc. Ces cordons ont pu être
(rien de plus naturel) ceux que les dames portaient à leur cou. Matfre Ermen-
gaut dit dans sa chanson Drcg de natura comanda, qu'il veut aimer la dame la
plus belle
Que a son col portes cordo
Ni en son cap velh ni benda.
Mais il est sûr aussi que les dames savaient faire de jolis cordons brodés pour
ceux à qui elles désiraient marquer leur bienveillance. Nous possédons encore un
de ces gages d'amour. Il sert d'attache au sceau de Richard cœur de Lion,
appendu à une charte de 1 190. M. L. Delisle l'a décrit dans la Bibliolhcquc de
l'Ecole des chartes, 3, IV, 56 ss., et a publié, en la complétant, l'inscription
suivante qui est brochée dans la soie même de ce cordon :
Je sui druerie,
Ne me dunez mie.
Ki nostre amur deseivre.
La mort pu[ist receivre].
M. Delisle a donné des raisons très-plausibles, tirées des circonstances rappor-
tées dans la charte, pour justifier l'emploi de ce cordon comme attache de
sceau .
5. Des lettres d'amour, peut-être des pièces de vers analogues au salut dont
il question dans Flamenca.
4. Mot à mot, M gens montés sur des roncins, » qui étaient aux chevaliers,
montés sur des destriers, ce que les francs-tireurs sont à l'armée régulière.
428 p. MEYER
de porter le premier coup, et j'y frapperai de telle façon qu'ils rentreront deux
fois plus vite', et moi avec eux si on ne me ferme pas la porte.
VII. Et si j'atteins quelqu'un de ces jaloux, de ces intrigants qui en dessous
attaquent la supériorité d'autrui, et, ouvertement comme en cachette, abaissent
joie, vraiment ils sauront quels sont les coups que je frappe, car leur corps fût-il
de fer ou d'acier, ce ne leur vaudrait une plume de paon !
Dame Vierna, la merci de Montpellier, et vous seigneur Rainier, maintenant
vous aimerez un chevalier*, et de ce que par vous mon bonheur s'est accru, je
rends grâces à Dieu.
Je veux maintenant revenir sur quelques-unes des leçons nouvelles
que j'ai adoptées, afin de montrer que non-seulement elles sont autorisées
par les mss., ce que montre suffisamment la série des variantes, mais
encore qu'elles présentent le sens le meilleur.
Mais tout d'abord, un mot sur la métrique. On remarquera que dans
cette pièce, l'hémistiche n'est point régulièrement placé, comme c'est
l'usage presque constant des troubadours qui ont employé le vers déca-
syllabique, après la quatrième syllabe. Ainsi les vers i, 2, 9, sont
coupés après la cinquième syllabe. Il en est autrement chez M. Bartsch,
qui imprime ces trois vers ainsi qu'il suit :
Drogoman senher, s'eu agues bon destrier,
En fol plag foran intrat tuit^ mei guerrier...
La terra crotla per aqui on eu vau.
Ce sont là des vers de chanson de geste, ayant à l'hémistiche une
syllabe atone qui ne compte pas dans la mesure. M. Bartsch signale
justement ce fait (voy. sa préface, p. lxxiii) comme tout à fait excep-
tionnel. En réalité, c'est une faute des mss. auxquels il s'est fié.
M, Bartsch lui-même a cité (Préface, l. /.) toute une série de vers qui
présentent exactement la même coupe que le premier vers de mon
texte : Drogoman seiner \ s'agues bon destrier. D'une façon générale
on peut dire que P. Vidal, bien qu'il observe en général la règle qui
dans les vers décasyllabiques, place l'hémistiche après la quatrième syl-
labe, coupe souvent son vers après la cinquième ou même après la
sixième, sans jamais admettre (ce que font les chansons de geste) une
syllabe atone en surcroît à l'hémistiche.
1. Doblicr est ici une expression proverbiale, dont le sens général, au moins,
est assez clair. Peut-être faudrait-il adopter la leçon de B a doblier ; cf. ces vers
de la chanson de la croisade d'Albigeois (7888-90J :
Senher coms de Montfort, cent merces vos refer
Car en tant pauca d'ora m'avetz fait thesaurier
De l'aver de Tholoza quem donatz a doblicr.
2. Je traduis d'après la correction proposée en note.
3. Tuk dans le texte (p. 60), mais li dans la préface (p. Lxxni).
PEiRE VIDAL, Drogoman seiner 429
La forme strophique de cette poésie (six vers décasyllabiques rimant
en aab aab) n'est pas commune. Aussi est-il intéressant de la rencontrer
dans une pièce qu'un ms. (856 fol. 44) attribue à P. Vidal : Aissi
m'ave cum cet qu'a senliors dos. Comme trois autres ms. (854 f. 147,
Cheltenham f. 105 et Riccardi 2814 p. 243) la placent sous le nom
de Peire Milon, on ne peut qu'approuver M. Bartsch de l'avoir rangée
(p. 130 de son édition) parmi les poésies dont l'attribution à Peire
Vidal n'est pas certaine. Toutefois il faut convenir que la forme du
couplet fournit un argument en faveur de ce troubadour. — Un sirventes
de Sordel, Qaan qu'icu chantes d'amor ni d'alegrier {Archiv, xxxiv, 197)
nous ofïre non-seulement la même disposition strophique, mais les mêmes
rimes {ier, au). On ne peut hésiter à y voir une imitation de la pièce de
de P. Vidal.
Maintenant examinons le fonds de cette pièce qui a grandement besoin
d'un commentaire historique. Bien qu'elle ait été traduite en totalité ou
en partie, et commentée par MM. Diez', Bartsch 2, Milâ3, on verra
qu'il y restait encore bien des points à éclaircir, et le lecteur pourra juger
par là de ce qui reste à faire pour parvenir à une intelligence complète
des poésies des troubadours.
Le premier mot, Drogoman (drogman, truchement) est un nom de
convention, et nous ne savons pas quel était le personnage que Peire
Vidal désigne ainsi au premier vers4. Mais nous savons très-bien ce
qu'il lui demande. Il lui demande un cheval, un vrai cheval de che-
valiei", un destrier, non pas un palefroi. Il ne faut se faire d'illusions là-
dessus : toutes ces démonstrations belliqueuses, toute cette éloquente
bravade reviennent à ceci : Je voudrais bien avoir un beau cheval. Plus
tard, après son voyage enterre sainte avec Richard Cœur-de-Lion, on voit
notre poète mener un train de vie qui suppose qu'il n'a plus besoin de se
mettre en frais d'imagination pour obtenir un cadeau : à la mort du comte
de Toulouse Raimon V (i 194) il a des chevaux, plusieurs chevaux,
puisque sa biographie nous apprend qu'en signe de deuil il leur fit cou-
per à tous la queue et les oreilles. Mais à l'époque où fut écrite la pièce
Drogoman seiner, vers 1 181, notre troubadour n'était pas encore lancé.
La date de cette pièce se déduit en efïet, avec exactitude, on l'a remar-
qué depuis longtemps s, des allusions fort claires de P. Vidal à la guerre
1. Leben u. Wcrkc d. Troub., p. 155.
2. Peire Vidal's Lieder, p. xiv.
3. Los Trovadores en Espana, p. 106.
4. Il figure encore dans une autre pièce, voy. Bartsch, P. Vidal's Lieder,
p. XV.
j. Diez, Leben u. Werke d. Troub., p. 155.
4^0 p. MEYER
qui eut lieu de 1 179 à 1 181 entre le roi d'Aragon Alphonse II et Rai-
mon V, comte de Toulouse', le même de qui la mort, douze ou treize
ans plus tard, inspira à notre troubadour une si vive douleur. Cette
guerre, dont les faits sont assez mal connus, exerça ses ravages en des
endroits fort distants : d'une part sur les confms des États du roi d'Ara-
gon et du comte de Toulouse, notamment dans le sud du Toulousain, et
d'autre part sur les bords du Rhône, du côté de la Camargue. C'est
qu'en effet le roi d'Aragon avait pour allié son frère, le comte de Provence
Raimon Berenger III, qui périt dans une embuscade en 1 181, et de la
sorte le comte de Toulouse avait à se défendre au sud et à l'est. Ces
remarques sont utiles pour l'intelligence de ce qui va suivre.
Les allusions de P.Vidal à la guerre du roi d'Aragon sont précisément
contenues dans les passages où mon texte diffère le plus du texte reçu
jusqu'à ce jour. On va voir que les leçons nouvelles que je propose se
justifient non-seulement par l'autorité du plus grand nombre des mss. ,
mais encore par des arguments géographiques et historiques. Au
deuxième couplet des éditions de Rochegude et de M. Bartsch, on lit
(d'après fîi) :
Que raubador ni malvat ^ rocinier
No rauberan mais Venaissi ni Crau.
Venaissi est bien peu autorisé, n'ayant pour lui qu'un ms. De plus il en
résulte un sens qui n'est pas satisfaisant. Le Venaissin ne confine point
à la Crau : il y a entre les deux tout le territoire de Château-Renard,
de Tarascon, d'Orgon, de Saint-Rémy, etc. De plus, contre les incur-
sions des bandes d'aventuriers venant du côté de la Camargue (ce qui
est le cas ici), le Venaissin était protégé par la Durance et par les villes
que je viens de citer, qui toutes étaient plus ou moins fortifiées. La leçon
que j'adopte d'après le plus grand nombre des mss., Autaves ou Altaves 5,
satisfait au contraire pleinement au sens. Je ne peux pas faire un grave
reproche aux éditeurs de ne l'avoir point adoptée, car il ne leur était
guère possible de se rendre compte de ce nom de lieu. Il ne figure pas
dans le cartulaire de Saint-Victor; je ne l'ai rencontré dans aucun livre
imprimé, et si je suis en état de le déterminer c'est grâce à des circons-
tances assez étrangères à mes études actuelles. L'Autavès est le nom
d'une partie /^proprement d'un des clos) du territoire de Tarascon, située
à l'est de cette ville. Il figure à la première page du Tarif du prix des
1. Vaissète, éd. orig. III, 55-6.
2. Malvat est une mauvaise correction des éditeurs : il faut garder le malvatz
des mss., ce mot conservant le r à tous les cas ; voy. R. Vidal dans Guessard,
Grammaires provençales, p. 76.
3 . Il est à peine besoin de faire remarquer que matavcs >A^ et vias allas (/!*)
sont des corruptions de ni autaves^ ni ataves.
PEiRE VIDAL. Drogoman seiner 4^ 1
biens fonds du Terroir de la ville de Tarascon, ensuite de l'estimation faite
dans le cadastre de 1718, clos par clos, m.d.cc.xxiii, 27 pages in-80.
Actuellement encore ce nom est conservé, avec une altération dont les
exemples ne sont pas rares, par un mas appelé le Tavez qui est situé à
deux kilomètres environ de la route de Tarascon à Saint-Remy, à peu
près en face de Laurade. VAutavès paraît avoir été au moyen âge un
territoire assez étendu, dont les habitants formaient une communauté à
part, tout en dépendant, pour la juridiction, tantôt de Tarascon, tantôt
de Saint-Remy. Je trouve dans l'inventaire imprimé des archives de
Tarascon :FF i) la mention de « Lettres de Louis et Jeanne, comte et
» comtesse de Provence, au sénéchal de Provence, lui exposant que
i) les habitants d'Autavès, de la viguerie de Tarascon, ont demandé à
» être distraits de la juridiction de Saint-Remy et réunis au ressort de
)) celle de Tarascon' ». Je publie ci-dessous en note le plus ancien texte
que j'aie rencontré sur VAutaves : c'est une charte d'Alphonse II, comte
de Provence. On n'en possède guère, et le lecteur sera sans doute bien
aise d'avoir l'occasion d'en lire une 2.
1 . Entre 1346 et 1362, dates extrêmes des pièces comprises dans la liasse
FF I. La date précise se trouve dans la charte, et se trouvait aussi dans mon
inventaire manuscrit, mais naturellement, les commis du ministère de l'Intérieur
ont eu, selon leur usage, l'intelligente attention de la supprimer lors de l'im-
pression. Voir ce que je dis là-dessus, Bibliothcqut de l'Ecole des chartes, 6^ série
(1865), I, 65 et suiv.
2. In Dei nomine, anno incarnationis ejusdem millesimo, ducentesimo octavo,
mense febroarii, presentibus et futuris sit manifestum quod nos Ildefonsus, Dei
gracia comes etmarchio Provincie, concedimus, donamus et titulo perfecte dona-
cionistiadimus, par nos etperomnessuccessoresnostros in perpetuum, vobis omni-
bus militibus etprobis hominibusde Laurada et vestris successoribus, et ibi {inibi?)
modoet in anteacommorantibus, franchitatem et libertatem omnium empremiarum,
scilicet toltarum, albergarum, quistarum, et omnium aliorum, exceptis calvacatis
quas nobis et successoribus nostris facere tenemini quomodo alla terra à'Altavts
ipsas nobis faciet, et exceptis justiciis tamen justis quas nobis et nostris succes-
soribus retinemus. Et est sciendum quod propter franchitatem albergarum, quis-
tarum et empremiarum et omnium aliorum, vos predicti et vestri successores
dabitis nobis et nostris successoribus annuatim in festo Sancti Michaelis .do.
solidos illius monete que in Ahavcs eril curribilis pani et vino. Et mandamus
firmiter quod nullus noster bajulus, quicumque sit et fuerit, sit ausus ibi magis
accipere nisi quod supradictum est; et ab omnibus illis, illud salvent, custodient
et deffendant. Et si quis hanc cartam predicte libertatis infringerit, iram et indi-
gnacionem nostram se noverit incursurum. Et ad majorem securitatemet auctori-
tatem hanc franchitatem fecimus sigillo nostro corroborari. Actum est hoc in
Castro Tharasconis, in via publica ante scalerium staris domnicomitis. Testes :
Rostagnus de Carboneriis, hoc temporis bajulus dicti comitis in Altaves,
Alfan (}) de Carboneriis, Raymundus Gaucelm claudicans, Poncius Gaucelm,
Hugo Gaucelm, Guilhermus de Tharascon, Hugo de Lobeiras, Poncius de
Lobeiras, Guillelmus de Rosso, R. Maurel, Guillelmus Ranoli, etego Guillelmus,
domni comitis notarius, [qui] mandato ejusdem hanc composui et scripsi et sigillo
suo sigillavi, et hoc meum signum posui. Et hoc factum fuit quando Gasaudus
Manstot, Benedos et Dodo erant consules illo anno.
Archives de Tarascon AAi {Livre rouge) fol. cxxxij.
4^2 p. MEYER
Couplet VI. C'est ici que se trouve le cri de guerre ad espazas tornau
que j'ai essayé d'expliquer par le catalan. Mais, dans cette hypothèse,
j'étais obligé de placer le cri de guerre (que je croyais catalan) dans la
bouche des adhérents du roi d'Aragon, tandis que la construction de la
phrase amène plus naturellement à l'attribuer aux caitius dardiers du
comte de Toulouse, lesquels apparemment ne parlaient pas catalan.
Puis, comme je l'ai dit plus haut, ad espazas tornau est la leçon d'un
seul ms. (61), tandis que la leçon Aspa et Orsau est donnée par la ma-
jorité des mss. Enfin Aspa et Orsau est un cri de guerre qui est ici parfai-
tement à sa place, comme on va le voir. Les cris de guerre (voy. la
xi*^ dissertation de Du Cange) étaient en général des noms de lieux.
Celui-ci rappelle les vallées d'Aspe et d'Ossau. Orsau est bien la forme
ancienne du nom, comme on peut s'en convaincre en recourant au Dic-
tionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées de M. Paul
Raymond, au mot Ossau. Or rien ne paraîtra plus naturel qu'un tel cri
de guerre dans la bouche des dardiers, si on considère que la Navarre, à
laquelle on pouvait rattacher les vallées voisines d'Aspe et d'Ossau, a été
renommée au moyen âge pour ses guerriers combattant avec le dard.
Ainsi, dans Girart de Rossillon :
Mentre Girarz paraule dels Escharrans
Qui portent catre dars entre lor mans
E sunt plus acorsat que cers per plans...
(Ms. d'Oxford, fol. 41, Mahn., Ged. II, 86; ms. de Paris, éd. Hofmann, v. 1708-9,
éd. Michel, p. J4).
Les Escharrans, ce sont, comme le nom l'indique, les Basques. On voit
par ce texte, non-seulement que le dard était leur arme favorite, mais
aussi qu'ils étaient renommés pour leur vitesse à la course. Et de fait,
nous disons encore « courir comme un basque ». On lit encore dans le
même poème :
Iste bataille fu a un dimarz,
Quel Nâvar e li Bascle lancent lor darz.
(Ms. d'Oxf., fol. 92; ms. de Paris, éd. Hofm., v. 4567-8, éd. Mich., p. 144; ms. de
Londres, éd. Mich., p. 346).
Guillem de Tudèle parle des Gascons du comte de Toulouse « que
« son bon dardasier, » (v. 115). D'autres textes réunis par M. Fr.
Michel dans ses notes sur le poème de la guerre de Navarre (p. 430)
L'original de cette pièce n'existe plus. Dans le Livre rouge, elle est précédée de cette
rubrique : Quod albergua de Laurata exigatur de moneta curribili publiée in Autavesio.
C'est un document bien intéressant et sur lequel on pourrait faire un curieux commen-
taire. Ainsi le Rostagnus de Carboncriis mentionné comme témoin est le même
qui figure dans la chanson de la croisade d'Albigeois (v. 4254) au nombre des partisans
du comte de Toulouse. Hugo de Lobeiras, connu par bien d'autres documents, doit avoir
quelque rapport avec le Hugues de Lobières de J. de Notre-Dame (Vies des plus célèbres
et anciens poètes provençaux, p. 84), etc.
PEiRE VIDAL, Drogoman seiner 43?
nous montrent la réputation des arbalétriers gascons persistant jusqu'au
xvi« siècle.
Envoi (coupl. VIII). Pour ne se trouver que dans un seul de nos
mss., l'envoi n'en est pas moins parfaitement authentique. Seulement
l'unique leçon que nous avons me paraît corrompue en un point. Je ne
comprends pas du tout le en raina du deuxième vers. M. Bartsch traduit
dans le glossaire de son édition raina par « streit » ; mais quel sens peut-
on faire sortir de là ? Rainier c'est d'après la vie de Peire Vidal, le nom
que le poète et l'un de ses protecteurs, Barrai de Marseille, se donnaient
mutuellement. Ils s'appelaient l'un l'autre « Rainier, » tout comme
Guilhem de Saint-Didier, la marquise de Polignac et un troisième per-
sonnage s'appelaient entre eux « Bertran ». Cet usage de désigner par
le même nom deux ou trois personnes n'est certainement pas fait
pour faciliter l'intelligence des poésies des troubadours, mais ce n'était
pas là non plus le but auquel on tendait. Barrai, autrement dit Rainier,
était l'époux de Vierna dont le vrai nom était Alazais, à'o\x il résulte
que ces deux pseudonymes se montrent souvent ensemble dans les
pièces de P. Vidal'.
J'ai maintenant quelques explications à fournir au sujet du nom même
Vierna. J'écris avec M. Bartsch et ses devanciers na Vierna, et non pas
comme le voudrait M. Suchier n'Avierna. C'est ici même [Romania, II,
96) que M. Suchier a émis son opinion : je crois qu'il s'est trompé, et je
vais le lui montrer. M. Suchier a trouvé dans une pièce de la fin du
X" siècle publiée par D.Vaissète Avierna (édition originale. II, preuves,
pièce cxxvi), d'où lui est venue l'idée de faire entrer cette forme dans
P. Vidal. Mais d'abord, avant de condamner Vierna, M. Suchier aurait
dû chercher si ce nom ne se présentait pas en des cas où il fût impos-
sible de lire n'Avierna. La moindre recherche lui aurait fourni des
exemples à foison. En voici quelques-uns que je recueille dans les pre-
miers cartulaires qui me tombent sous la main : Cart. deBeaulieu, n" xciv,
acte rédigé entre 10^2 et 1060: « Geraldus et uxor mea Vierna. )>
— Cart. de Domène (Lyon, 1859), n" 183 : « ... cum uxore Bosonis
nomine Viernay); n° 200: «... Humbertus miles et uxor mea Vierna. »
Ces deux pièces sont de la seconde moitié du xi= siècle. — Cart. de N.-D.
de Saintes (dans les Car/u/^/r^s inédits delà Sizinfo/zge publiés par M. l'abbé
Grasilier), n° 167, vers 1 1 17 : « pro filia sua Vierna nomine.» —
Cart. de Saint-Guillem, aux archives de l'Hérault, fol. 1 5 3 r° (cf. Gall.
Christ.., VI, 591 B), pièce de 1 170 : « Sacramentum Vierne. Zai aujas,
» om que as num Bernad, abbas de saint Guillem de Gello, eu Vierna
» de Breisac... » — La même dame (je crois du moins que c'est
I. Voir édit. Bartsch, n°s 20, 32, 43.
Romania, Il 29
4M P* MEYER
la même) est mentionnée dans un acte de 1204 conservé au Trésor
des chartes (Teulet, n" 722) : « ... quam medietatem mater mea Vierna
» ...vel ex successione matris mee Vierne:..» — Une autre Vierna figure
dans une pièce de 1208 (Teulet, n" 862). — Une « Vierna monacha »
est mentionnée dans le nécrologe de Saint-Robert de Cornillon (publié
par M. l'abbé C.-U. Chevalier, Grenoble; 1868) à la date du 25 mai.
C'est au point que Vierna paraît avoir été un nom. des plus fré-
quents dans le Midi de la France au moyen âge. Dans aucun des cas
que j'ai cités il n'est possible de lire Avierna. Je suppose donc M. Suchier
revenu de son erreur et disposé à admettre la légitimité de Vierna^.
Reste Avierna fourni par D. Vaissète : « Sicardus vicecomes, filius
Avierna... « Eh bien! si la lecture de D. Vaissète est bonne, il faut
écrire en cet endroit, non Avierna, mais Aujerna avec un j consonne 2.
Ceci me fournit ^occasion d'exposer un point de phonétique provençale
qui jusqu'à présent n'a pas été complètement étudié, quoiqu'il y ait à
cet égard de très-bonnes choses dans Diez {Gram., 3* édit. 1, 185, 274.)
Le type latin du prov. Aujerna, mal à propos écrit par D. Vaissète
Avierna, c'est Audierna, le même nom, sauf le suffixe, qu'Audiardis. Or
Audierna a été prononcé de deux façons différentes : 1° Aud-i-erna, le i
comptant pour une syllabe, et le d se conservant parce qu'il est origi-
nairement précédé d'une consonne (A/diardis) qui s'est ultérieurement
vocalisée (Andiardis) ; cette forme se rencontre en provençal, et
M. Suchier en a cité un exemple tiré d'une pièce d'Arnaut Daniel ; —
2° Audjerna, comme audiam = auja, diurnum = jorn, et tant d'autres
mots où le groupe di, suivi d'une voyelle devient) consonne?. Dans ce
cas le d est virtuellement compris dans le j, mais ne s'écrit pas. On
1. Vierna figure encore dans un nom de lieu : 0 le pont de Vierna », près de
Saint-Gilles, est mentionné dans la traduction provençale d'un acte de 1257 (A. de
Lamothe, Coutumes de Saint-Gilles, Alais, 1873, p. 72). Je ne trouve pas ce lieu
dans Cassini, et il n'a pas été relevé par M. G. Durand dans son Dictionnaire
topographi(jué du département du Gard. — Enfin, il y aussi, comme nom d'homme,
Viernus; par exemple un Natalis Vicrnus dans un état des redevances de l'abbaye
de Notre-Dame de Saintes, n° 253 (Grasilier, Cartul. de la Saintonge).
2. Si l'on veut, / palatal, ou 4-
3. En français, il faut établir pour ce groupe di, suivi d'une voyelle, une
distinction qui n'a pas lieu en provençal, sinon en béarnais et en gascon, qui me
paraissent se comporter à cet égard comme le français. C'est qu'en français,
pour que le susdit groupe di prenne le son y, comme en prov., il ne suffit pas
qu'il soit suivi d'une voyelle : il faut encore qu'il vienne à la suite d'une con-
sonne. C'est le cas de viridarium, qui donne vergier aussi bien en français qu'en
provençal". Mais que di soit précédé d'une voy.,et aussitôt une différence se ma-
nifeste entre la langue d'oc et la langue d'oil, la première, admettant le /' con-
sonne, et la seconde le i semi-voyelle (ou y), ainsi :
lat. audiamus, prov. aujam, fr. oyons,
* On a aussi en prov. verdier, mais c'est viridarium {' viriderium.)
PEiRE VIDAL, Drogoman seiner 45^
m'objectera peut-être que cette prononciation est purement conjecturale,
que je n'en ai pas de preuve directe. Je réponds que si cette preuve me
manque pour Audierna-Aujerna, je l'ai pour Audiardis, ce qui vaut autant:
la prononciation Au-di-arîz, en trois syllabes est assurée par plusieurs
textes, entre autres par un vers de P. Vidal (édit. Bartsch, pièce 46, v.
46); et d'autre part la prononciation Aujartz l'est par la forme Augiardis
(inter pratum Augiardis Brune, ex parte una...) que je relève dans une
charte à moi appartenant, rédigée en 1299 à Barbezieux ou dans les
environs. J'ajoute que ce n'est pas seulement après le d que 1'/ peut dans
les mêmes mots ou rester i voyelle ou devenir; consonne, mais que
la même dualité de prononciation s'observe aussi bien en d'autres cas.
Ainsi on a sapia et sapja (ou sapcha), apropiar et apropjar (ou apropchar)
cambiar et camjar, enrabiar et enrabjar, comiat et comjat, etc.'
Mais, me dira-t-on, s'il faut dire Aujerna et non A-vi-erna, comment
expliquez-vous Vierna ? — Par une aphérèse à^Audierna. Les aphérèses
sont, comme on sait, fréquentes dans les noms de personnes 2, aussi la
difficulté n'est-elle pas là. Le point délicat est le passage de Diema à
Vierna. Je crois cette mutation possible, sans oser cependant l'affirmer
absolument, car je n'en ai que ces deux exemples assez faibles : un
ruisseau du Gard, appelé maintenant l'i4;2^/o/e, figure sur la carte des états
de Languedoc sous ce nom La Vionne : son nom latin, conservé par une
inscription antique, est diIona. Un mas du département de l'Hérault est
appelé tantôt Mas de Vianne et tantôt Mas de Diane J,
Une autre question est de savoir si le prov. Audierna est le même nom
que le fr. Odierne. M. Suchier ne paraît pas concevoir le moindre doute
là-dessus. Il tient tellement les deux noms pour identiques qu'il emploie
indifféremment l'un pour l'autre. Ainsi il nous dit que l'épouse de Rai-
mon l'ancien, comte de Tripoli (f 1 1 5 1) s'appelait Audierna: Guillaume
— videamus, — vejam, — voyons,
— radiare, — rajar, — rayer,
— mcdia, — meja, — meie, moie.
— medianum, — mejan, — moyen.
Je ne cite pas gladiolum, fr. glaïeul, parce que la forme prov. glaujol, et
même l'anc. fr. ghgel (voir Littré) semblent renvoyer à un intermédiaire glavioliim.
— Je suis assez porté a croire que dans certains cas, le nom propre Mcyer,
qu'il conviendrait alors de prononcer Meyè (comme au reste on fait dans le
midi), vient de mediarlus (plus exactement "medierius), et correspond au prov.
megier, colon partiaire.
1 . Cette dualité de prononciation est constatée pour sapia et cambiar dans les
Leys d'amors, III, 46. Pour comiat, comjat, voy. le glossaire de Flamenca, sous
camiat.
2. Voy. là-dessus les remarques de M. Mowat dans les Mémoires de la Société
de linguistique de Paris, I, 181, ou ses Noms propres anciens et modernes (Paris,
1869, p. jî.
j. Voy. les dictionnaires topographiques du Gard et de l'Hérault.
436 P- MEYER
de Tyr dit Hodierna^. L'identité des deux noms est probable, mais non
tout à fait hors de doute. Dans Audierna comme dans Auda, Audiartz, le
rfvient à la suite d'un / vocalisé [A\diardis, etc.) et c'est pour cela qu'il
subsiste pur : placé entre deux voyelles d'origine il se serait affaibli en
z comme dans audire = auzir. Pour ce cas les lois phonétiques sont les
mêmes en français, d'où il suit que dans les provinces de langue d'oil
nous devrions avoir Audierne : non pas Odierne, car l'o français ne peut
se tirer du latin al. Et par le fait Audierne se rencontre dans le Nord*.
Il serait donc possible ({u'Odierne ou Hodierne eût une autre origine.
Mais laquelle ? Si ce nom est simplement l'adj. latin hodierna devenu nom
propre, comment expliquer la persistance du d? Ce serait d'ailleurs, au
point de vue du sens, une étymologie bien bizarre pour un nom qui
paraît avoir été usité dans tous les pays de langue d'oïl 3 . Ce sont là
des difficultés que je soumets aux méditations de M. Suchier.
Paul Meyer.
I L. XII, ch. IV ; I. XXI, ch. v. — Je ne sais pas sur auelle autorité se
fonde Du Cange, pour appeler cette dame « Odiartc ou Hodierne », Familles
d'Outremer, p. 482.
2. « Audierna, uxor Ricardi Coc », en 1207 dans les jugements de l'Échiquier
de Normandie, n° 20 du Recueil formé par M. Delisle {Notices et Extraits des
mss. t. XX).
3. Il y a jusqu'à huit Hodierne dans l'Index des Familles d'Outremer de Du
Cange publiées par M. Rey ; mais ici comme en beaucoup d'autres cas, l'éditeur
a dédoublé des personnages, et, vérification faite, ces huit femmes se réduisent
à six. — Une Hodierne de Nogent figure dans un acte de 12 12 (Delisle, Catal.
des actes de Ph. Aug. n° 1372). — Une Odierna est mentionnée dans une enquête
faite en Bretagne entre 121 1 et 1230 environ (Teulet, Layettes du Trésor, n°
1061, la classe sans raison suffisante à 121 3). — Je trouve à Reims deux Ho-
dierna (Varin, Arch. admin. de Reims I, 859, et Arch. lêgisl., Statuts I, 81, a);
— une près de Chartres (Cartul. de Saint-Père de Chartres p. 569); — une autre
près de Palaiseau {Cart. de N.-D. des Vaux de Cernay, n^^ 382 et 384), etc. Enfin
Hodierne a été employé comme nom d'homme : il y eut à Reims à la fin du XIV«
siècle et au commencement du XV« un bailli de ce nom (Varin, Arch. de Reims,
Table des matières).
VOCABULAIRE
DU PATOIS DU PAYS MESSIN
TEL qu'il est ACTU-ELLEMENT PARLÉ A RÉMILLY
(Ancien département de la Moselle, canton de Pange).
Ce petit vocabulaire ne contient pas tous les mots du patois de
Rémilly. J'ai dû faire un choix et j'y ai seulement admis :
1° Les mots qui n'existent pas dans la langue française (prenant le
dictionnaire de Littré pour base).
2° Un certain nombre de mots qui, ne différant du français que pho-
nétiquement, peuvent à première vue n'être pas reconnus, et qui,
rapprochés les uns des autres, peuvent servir à faire comprendre la
phonétique de ce patois.
3° Un certain nombre de mots dont les sons ou combinaisons de sons
peuvent intéresser les linguistes.
4° Un petit nombre de formes de flexion.
J'ai recueilli tous ces mots de la bouche de personnes de la localité',
et j'ai cherché à les rendre exactement en me servant du système ortho-
graphique suivant, dont les principes sont que toute lettre écrite doit
être prononcée et qu'un seul son doit être rendu par une seule lettre
(à ce dernier principe j'ai cru devoir faire deux ou trois exceptions
pour ne pas introduire trop de signes nouveaux).
VOYELLES.
a, é, è, i, 0 ont la même valeur qu'en français.
à a un son intermédiaire entre a et è. (C'est un son particulier dont je
ne connais pas d'équivalent dans d'autres langues.)
e se prononce partout comme e français dans chemin,
u = ou
I . M, Nicolas Butin, particulièrement, m'a prêté un concours utile.
4î8
ii = u
â, 1, ô, U = â, î, ô, où
à, ï, ô = an, in, on
ROLLAND
CONSONNES.
b, chy d, /, y, /, m, n, p, r, v, y, z ont la même valeur qu'en français,
de même que /, // mouillées précédées d'un i
c a partout la valeur de k
g a partout la valeur de gu
h est toujours aspirée
hh est une h très-aspirée, se prononçant comme le hha arabe. On
l'obtient en essayant de prononcer deux h consécutives.
n =gn
-~ représente une résonnance nasale, correspondant à l'anusvâra sans-
crit ' ; résonnance analogue à celle que font entendre les méri-
dionaux dans aman, les anglais dans mutton.
s a partout la valeur de ç
âb'éhh individu maladroit, embar-
rassé.
âbiaut'é éblouir.
âbuié éparpillé, répandu.
achat' mal venu, chétif (se dit des
enfants).
àciap' courroie qui sert à attacher
le cheval de dehors avec le che-
val qui est à la main.
âcral'é (s') enfoncer dans un terrain
humide.
àdi'é aider.
âdi'é chenet, landier.
âdro endroit.
afâ enfant.
âfé enfer.
àfohlin'é enrager, endiabler {j'àfo-
hcn\ j'enrage).
àgô gond de porte.
àhh aise.
àh'ié aisé.
ahô ourlet.
àhôché mettre dedans avec force.
alï aller (jï vrà, j'irai, /a vrà, je
m'en irai.
âlè ainsi, comme ca.
àlhhat' oseille.
aliaf aHse.
aliaîi alisier.
àlir' choisir.
alôdrèl' hirondelle.
aluaf alouette.
an ânesse; âne en général.
ànay'é (s') s'ennuyer.
âpâf allumer.
âpri" allumé.
âprem' seulement.
âptë emporter.
àr air.
araill' oreille.
I. Cf. Abel Bergaigne, De /rt valeur phonétique de /'anusvara sanscrit {Mé-
moires de la Société de hnguistique. Tome II, i*"^ fasc).
VOCABULAIRE DU
àrièy' aire de grange.
àfnë éreinter, (j'àr'én' j'éreinte).
art'élw mite, artison.
artis' vétérinaire.
âsan' ensemble.
às'écomme ceci, de cette manière-ci.
âîër entre.
âtonii entonnoir.
âtr'é entrer (y 'â/èV j'entre).
âtrèfq'é dessaisonner, cultiver en
trèfle.
àtrèy' cimetière.
àtun' bêta.
auèn' avoine.
auoy' aiguille.
auo, auc avoir (/' a, j'ai; V é, tu
as; /' ë, il a; ;' èvà, nous avons;
v' èvo, vous avez; /' ô, ils ont;
y a èviï, j'ai eu.
ay' oui.
âz' on (avec le verbe au pluriel,
âz' ô, on a).
B
ba crapaud
bâ baiser (mot enfantin).
bacal' belette.
bacè; bacès' boiteux; boiteuse.
bacès' bécasse.
baccsië hoher {je bacès\ je boite).
bacli' bô pic, pivert.
bâché frapper.
baciu bûcheron.
bacô lard.
bâgard' garde champêtre.
bàhië baiser.
baluaf charançon
bàsèl' fille
bau trou d'eau, mare.
bauë aboyer.
bé beau.
bëg'naf cuiller en bois.
bèhh (a) en bas.
PATOIS MESSIN 4J9
bèilié donner.
lûrèt' {i n' ië bel) il y a longtemps.
bcn' bien.
bën' coup à la tête, claque.
bënô paroi latérale d'un tombereau
ou d'une voiture de fumier,
remplaçant l'échelle.
bërïi bélier.
bèra baril.
bèrbi brebis.
bèrboillâ mauvais discoureur.
bèrèn rosse, mauvais cheval (ce mot
s'emploie comme injure).
bès'në bassiner ; faire un charivari
aux veufs qui se remarient.
bès^nûf bassinoire.
bèîom' baptême.
bctiï lieu où l'on bat les denrées.
bcvrô bavette.
bcyar verrat.
b(ë)zâ besoin.
biâ blanc.
biàm' blême.
bia ; bias blet; blette.
biasi lieu où l'on fait mûrir les fruits
cueillis.
biaatë léz ëil cligner les yeux.
Bibi, Bibich', Bichô Barbe, prénom.
bic è boc hermaphrodite.
bicaué têtard de grenouille ou de
crapaud.
blé bœuf.
bié blé.
bièmë blâmer.
bihië bercer.
bihh berceau.
bioc' boucle.
bô, bon bois.
bobard' espèce de salsifis sauvage
dont on mange la racine crue.
boc bouc.
bocat' chèvre; petite meule de
foin.
boci" jeune bouc; giboulée d'avril.
sur la
le
440
bodat' nombril.
bodic bonhomme (en terre, etc.)
bodië étui du faucheur avec la
pierre à aiguiser et de l'eau.
bôdô bourdon.
bohh bouche.
bohhlu bûcheron.
bôlày' troupe, bande (par ex. :
d'enfants).
bôié troubler l'eau.
bolo, boléf bois pourri dont on fait
une espèce d'amadou.
bôi? orvet.
bosèf gros homme ; saligot.
bovu. buveur.
bozaV croûte qui se forme
tête des jeunes enfants.
bozfé barbouillé.
bracï rompre le chanvre,
bracii instrument pour rompre
chanvre.
bràf pleurer. Mot employé sans
nuance de plaisanterie.
brè bras.
br'écnôdd' espèce de cerise aigre.
br'éhfi brosse.
brèm' fragile.
brèzô brasier.
brica oie mâle.
brichtu gilet.
brigalé bigarré.
brîj'é hameçon.
brob' bourbe.
brôv^ brave, bien mis, bien habillé.
briiya jeu composé d'un os percé
que l'on fait tourner avec bruit
au moyen d'une double ficelle.
buày' lessive.
bïïch' botte de paille ou de foin.
buér' boire (j'é buo, je bois; j'é bovâ,
nous buvons; i buon\ ils boi-
vent.
buï bon.
busié pousser.
ROLLAND
b'zan'
(au plur.) vêtements.
C (= K partout).
cacalijô coq (onomatopée ; expres-
sion enfantine); coquelicot.
cach' truie qui a subi l'opération
de l'ablation des ovaires.
cachày' action d'enlever les ovaires.
cachu celui qui fait l'oblation des
ovaires.
cacië chatouiller (Je cacëill', ou, je
cacill' , je chatouille.
caciu chatouilleux.
caf cosse (de fèves, etc.).
cafw~ n' citrouille,
caill' éclat de bois.
caramuna rétameur ambulant.
eau queue.
cauchèt' prêle, plante.
cauyèn' petite queue d'étang; bout
de champ.
càuo animal qui a la queue coupée;
lièvre.
càya celui qui louche; qui a les
yeux de travers.
cayë secouer.
càyë loucher.
cëlih cuisse.
cëill'raf petite cuiller pour les en-
fants.
cëmë écumer.
cèn' canard en général.
cèn chienne.
cëna petit coin.
cënôl' quenouille.
cëriu curieux.
cëzàsië renvoyer, chasser brutale-
ment.
cèsat' refus de donner en mariage
(auo le cèsaî' , être refusé en
mariage, bèillë le cèsaf refuser
en mariage.
cèsiô casserolle.
VOCABULAIRE DU
Cèîich', Cètô Catherine.
cevé cuveau.
châ viande.
châ Jean.
chà côcnô homme qui s'occupe des
affaires qui regardent habituelle-
ment les femmes.
chà cocof idem.
châ horà chat huant.
châbri treille.
chach' sec, sèche.
châchèn^ stérile.
chalUn' chanoine.
charchï chercher.
charpaff espèce de panier.
chaa cheveu.
chauat' chouette.
chàvaf chaîne sur laquelle tirent les
chevaux de devant à la charrue.
ch'é chez.
ché char.
chècr chacun.
chef chevalet à scier le bois.
chef mue, cage à poulets.
ch'émhhh chemise.
chèmnày' cheminée.
chëntré espèce de goufre.
chèn' chanvre.
chènélc' dà grincer des dents.
chèpé chapeau.
chèpoilié (so) se disputer.
chèrgat'é jouer à la bascule, jouer à
la balançoire.
chèrgatu]e\i de bascule, balançoire.
chéri charron.
chèrigàgo-n escargot.
chèrigôgat' coccinelle.
chèrd, cher ou charrue.
chèrvelii brin de chanvre qui reste
après qu'il a été broyé. Autre-
fois on enduisait ces brins avec
du soufre et on s'en servait
comme d'allumettes.
chèsô petit chat.
PATOIS MESSIN 441
chèsu chasseur.
chèsiif mèche de fouet.
chef chat en général.
chètri rucher.
chètru châtreur.
chèîiïf ruche.
chic'é (5'a ben) c'est bien tombé,
c'est arrivé à point.
chîj'é changer.
chi" chien.
chir' chaise.
chiraf petite chaise.
chôciï pressoir.
chôdroni'é chaudronnier, chardon-
neret (dans d'autres villages le
chardonneret porte le nom de
chètronurië).
chof tomber.
chîâfiï insecte aquatique, l'hydro-
phile(?).
chuchèf cheveux en accroche cœur.
chvô cheval.
ciach' cloche.
cibuF culbute.
cibulé culbuter.
cicâbul' (JafVe) faire la culbute,
faire de mauvaises affaires.
cicpaV crachat, salive.
ci'ép'c cracher, saliver.
ci'étô bardane (plante).
c^màs^ (féminin) commencement.
co cour.
cô coup.
cocôb' concombre.
cohèl petite cour, espèce de ruelle.
colâbri colombier.
comi'cl' cornouille.
conaf espèce de gâteaux que font
les Valentines à leurs Valentins.
cd~n' couenne.
conahh connaître.
conVihïi connu.
con'hhé chausson aux pommes.
cop' trouble (engin de pèche).
442 ROLLAND
côptii chaîne qui soutient la cliàvat'
(voir ce mot).
cof courir.
corchiï écorchoir, abattoir.
cor'cs' mènèy' échine.
coriaf cordon de soulier.
corjèy' fouet en cuir.
cosô marchand de volailles ambu-
lant.
cof coude.
coîâp prix d'une chose.
cova chaufferette.
covéf couvercle, couverture.
cov'ras' poule couveuse, cône de
sapin.
cozèn' cousine.
cozi" cousin.
côzi, côzimà presque.
crap' mangeoire de cheval.
cràîi desséché.
crèbô corbeau.
crée cruche.
crëcaf petite cruche.
crëc'niô cruchette, petite cruche.
crèmô crémaillère.
crèn' veillée.
crèpô crapaud.
crëpsô (a) racoquillé.
crevé crever (je créf, je crève).
créy' craie.
crônaf sommet d'un arbre.
crof croire (y' crèyo, vous croyez,
i crôn' ils croient).
cru croix.
cruày' corvée.
eu pierre à aiguiser la faux.
cuàl' caille.
cuaraiW cercle de personnes où l'on
bavarde.
cudiïr' culture.
cuèché cacher.
cuèf chercher.
cucrom' carême.
cuèt' quatre.
cuè/'/rw'jiézard, salamandre.
cueîcîrcpay \
cuèîur quatorze.
cuha gilet, camisole.
ciïhèn' cuisine.
cùhhnif cuisinière.
cuhié [so) se taire.
cUn corne.
cuo {so mat o) se mettre à l'abri.
c'ûf cuire ije cil, je cuis, je ciïhâ,
nous cuisons).
curi noisetier.
cuz' cause.
D
dà, dia, dio se dit aux chevaux pour
les faire appuyer à gauche.
dà dvà se dit aux chevaux pour
les faire tourner à gauche.
dan' excédé de fatigue ; qui ne voit
plus clair à force de fatigue.
dariï dernier.
dàyë c'est aller pendant les veillées
d'hiver frapper aux fenêtres pour
faire avec les personnes de l'in-
térieur et sans se faire connaître
une conversation sur toute es-
pèce de sujets, souvent en vers
rimes par assonance.
dày'mâ action de dàyë. Ecrit en
vers rimes par assonance, qui
résume ce que l'on a pu dire dans
ces veillées sur le sujet du jour.
déhâcarë taché de petite vérole.
dëgrèmonë enlever le chiendent.
dëgrcmonë [so) se démener.
dëlé auprès.
dèm'' dame.
démhhal' servante.
d{ë)mmzèl' demoiselle.
dëpènë dépenser.
déva vers (pré p.).
dëvé, dëvès' ouvert, ouverte.
VOCABULAIRE DU PATOIS MESSIN
44J
dévér' ouvrir.
déye derrière.
d'fràié abîmé, abattu, dérangé.
d'groboill'é (so) chercher à sortir
d'embarras, se démener.
d'grôlc (io) se démener.
d'Iihâd' descendre.
diàl' diable.
di'émàch* dimanche.
dihh dix.
dïn' dinde.
dlnaf petite dinde.
dlnô dindon.
dir' dire {je d'hhâ nous disons,
/ dihh ils disent, j'é d'hho je di-
sais.
djmé déjeuner.
djùnô le déjeuner.
do dé à coudre.
dô du {dô bacô, du lard).
Dôdich', Giôda Claude.
dôné damner.
dosér€]t\ de terre sur le bord d'un
fossé.
doté craindre (verbe actif).
doy^ doigt.
doyô endroit resté non labouré par
suite de la maladresse de celui
qui conduit la charrue.
dôz' douze.
drahaf demi-porte d'écurie, de jar-
din.
dràhé idem .
dràhh idem.
drasiï dressoir.
dr'cmi- dormir (j'é dr'ém\ je dors).
drô droit.
du, dus' deux {va du mî, vos deux
mains, j'aîi^nadus', nous étions
nous deux.
d'và tablier.
diïhh dur.
écrié écureuil.
ègiès' pie.
èhô hier.
éil [léz) les yeux.
éilla liseron.
ëillô dà dent œillère.
èmé, èmày' aimé ; aimée. — Re-
marque : les participes passés en
é font leur féminin en ày\
emi" ami.
èmoru amoureux,
èmrcl' camomille.
èmïïf amour.
ènày' année.
ènê anneau.
ènii aujourd'hui.
èiié agneau.
ënôognon.
èpayé {s') s'appuyer.
èpté apporter.
èrâîol' toile d'araignée.
èrèn' araignée.
èrjâ argent.
érsô hérisson.
èsiété (5') s'asseoir.
èsiétii siège, endroit pour s'asseoir.
éf être {je sii je suis, V a tu es, /' a
il est, /' atà nous sommes, v' atô
vous êtes, / sô ils sont, j'a ètii
j'ai été.
ëtéil outil.
èfo aussi, tout de même.
ètoné étourneau.
è va avec.
èvô, tôt èvd partout.
èviil aveugle.
èyu où ?
far' faire {v'feyo vous faites, fa fait.
fas' perche.
444 ROLLAND
fauén' îonïne.
fay' foie.
fày* fée.
fë fils.
fé fer.
fèhi" fagot.
féiW fille.
fémir' fumée.
fin' fourche,
fend fenaison.
férg'cillé farfouiller avec un instru-
ment quelconque.
/(25e tourniquet d'une voiture à foin.
fèyèn' faîne.
fhhô putois.
fiàhh flasque.
fiàr'é puer.
fié, à' fié dehors.
fiéhh fier.
fiéf fièvre.
fièyé fléau à battre le blé.
fi~ très, beaucoup (s'a fi" bai =
c'est très-bon).
fiôs^ galette.
fiôv^ conte, histoire.
fiûta sifflet.
fiiité siffler.
fd hêtre.
fâché fâché.
/0/2A four.
folà frelon.
/om' femme.
fomro fumier.
foné fourneau.
fonûr' pelle à four.
fràhhniô cornouiller sanguin (ar-
buste).
framé fermer.
frémi-' fourmi.
frèpoilP fripe, friperie.
frér* frère.
fri (mè) ma foi, par ma foi.
frô,frôd' froid) froide.
froillô fourche de bois servant à re-
tourner les fagots dans le four.
fromjô mauve sauvage.
friï fruit.
fii feu.
fuày^ charge de bois.
fuèb' faible.
fUn' tige de pommes de terre.
fiiné fouiller, chercher en fouillant.
fur fort.
fuyà taupe.
G (= Gu partout).
gadi" taurillon.
gâgié aller de travers (je gàgéill' je
vais de travers.
gàgié le ciach' sonner les cloches.
gajaf fente d'une blouse, poche de
robe de femme.
gas' gorge.
gày chèvre.
gèyi- fromage sec et salé du pays.
gèhô garçon.
géiW quille (régéillé = renvoyer les
boules au jeu de quilles.
géilié donner un coup de pied.
gén' grenier au-dessus d'une grange.
génich' guenille.
gérni" grenier.
giès^ glace.
go goût.
go d'ié dire go d'ic à quelqu'un,
c'est lui donner le droit de vous
jeter un œuf à la figure pour
vous en faire sentir le goût (go),
gôày' averse.
goîra avant-toit.
goviô goujon.
gral' grêle.
gràl' collet de chemise.
gravis' écrevisse.
grèmô chiendent.
grézcl' groseille.
grî culture mélangée d'orge et
d'avoine.
VOCABULAIRE DU
gria grillon.
grif grive.
grô groin.
grôd'bif pomme de terre.
griï (au plur.) du son.
grille trembler, grelotter.
giin' bouloir, perche à battre l'eau
(terme de pêche).
giïné se servir du bouloir.
H (= H aspirée).
hâ droit d'entrée, droit d'usage.
hàdé fatigué.
hâdié balayer.
hâdliir' balais.
Iialày' pluie, ondée.
haie secouer (par ex. ': un arbre
pour en faire tomber les fruits).
halér' buse, oiseau de proie en gé-
néral.
hàlèt' chapeau des femmes du pays.
hal'ras' espèce de prune printa-
nière.
harô héron.
Iiauat' pioche, houe.
Iiauë, nauo piocher (je hau je pio-
che).
hàyë marcher.
hèchë tirer, attirer à soi.
hèchru mauvais ouvrier.
hédi berger.
lûla têtard ou chabot (petit pois-
son).
hëla hanneton.
hèn' semaille.
hèn'é semer.
hépày' poignée.
hèpày' pas, enjambée.
héf chevelure (se dit par plaisan-
terie).
hèraf rosse, mauvais cheval.
h'ér'és^ (par' pè le) prendre par la
tête.
PATOIS MESSIN 445
héf troupeau.
hètré foie de cochon.
hèyà ennuyeux, tourmentant.
hèyèn' haine.
hèzi trop cuit, brûlé.
Hi-bé Humbert.
hofië porc en graisse.
hop' huppe (oiseau).
hopHâd' fausse avoine.
hdsi'c lever, ramasser.
hôtô résidus de la denrée vannée.
hiïo manche de fouet, fouet avec un
manche en bois.
huû cesser.
huyé appeler, dénommer.
HH = H très-aspirée.
hhâ entaille, cran, passage à tra-
vers une haie.
hhala noix,
hharëm mot que l'on adresse à un
cheval pour le faire tourner à
gauche.
hhar'êmô idem,
hharr (J) mot adressé aux chevaux
pour les faire appuyer à gauche.
hhauîr'c pincer la vigne.
hhay'é goûter, essayer.
hhèdé brèche-dents.
hhihh six.
lihilP morceau d'une bûche de bois
fendue.
hhi-sië exciter (un chien, etc.)
contre quelqu'un.
hhlon'é battre quelqu'un à coups de
bâton.
hho , lihof sourd, sourde.
hhdd'ùf ortie.
hhôjé grande scie des scieurs de long.
hhofié souïûev (jehhofdli]e souffle).
hhôillà glissoir.
hhdill'é glisser.
hhôillé à làdrichô glisser accroupi
sur les talons.
446
hhôilUi glissoir.
hlwl' échelle.
hhotXO mot adressé à un cheval
pour le faire appuyer à droite.
Iihot'cm idem.
Iihotii idem.
hhôuo laver, lessiver.
hhrôiW érable champêtre.
hhuày' (e) à couvert.
hhûb'é faire sortir le grain des ger-
bes en frappant celles-ci contre
une table ou autre chose.
fihiilà gourmet, fin bec.
hhuo essuyer.
hhûtvohiï mot adressé à un cheval
à la charrue pour le faire tour-
ner à droite.
hhiïr sûr.
hhiïf suivre.
I
iàc quelque chose (5' n'a uà iac =
ce n'est pas grand chose.
ica encore.
ié, nié œuf.
( , en' un, une, (article indéter-
miné).
i~c, i'én' un, une (nombre).
ir' carreau de légumes.
irp' herse.
iut' outre, au-delà.
iut' juif.
J
jàbi'é chanceler (J'é jàball' je chan-
celle).
jac (t') accroupi, assis sur les ta-
lons.
jàc geai.
jaciï perchoir des poules.
jala jeune coq.
jalày' gelée.
jal'hhô échelle de devant d'un char-
riot.
ROLLAND
jali joli.
jaluât' girouette; dévidoir d'un
écheveau.
jân' jeune ; oiseau en général ; petit
d'un animal.
jan' d'crsô enfant d'hérisson, in-
jure.
jan' de lu enfant de loup, injure.
jan' de m'éch' gamin (se dit par plai-
santerie) .
jàf gendre.
jau joue.
jauày' gifle.
je, j' ']e, nous, j'é ptâ nous portons.
jcdi- jardin.
jclnir' poulailler.
jèma jamais,
jémâ jument.
j{e)nè genou.
j'éni- génisse.
Jëzô Joseph.
jénujlày' giroflée.
jo jour.
jô jamais.
jô coq.
jof (mot féminin) chou.
juif juif.
/' il, elle, ils, elles.
là se lait.
làtèj' laitage.
làtié donner du lait.
làtrénat' feu follet.
làyé laisser [là me laisse-moi) ,
lazar lézard.
le la.
lèhié laisser.
iémé palonnier.
lèsô collet pour prendre le gibier.
levé lever {je Icf je lève).
Icy' elle, elles Qva lèy' avec elle).
lèy' lie.
VOCABULAIRE DU
// lui {èva li avec lui) .
li'éf lièvre.
linèt' lunette, linotte.
lîsi'é drap de lit.
Uûf purin.
/oie.
lô loin.
lôj' long, longue.
lôs' tarière.
luf louve.
liirèl' langes.
liïriô loriot.
M
ma mot.
ma pétrin.
ma mais.
macaiW grumeau.
macé {s') se moquer.
mac'hhô gesse tubéreuse dont on
mange les racines cuites sous la
cendre.
màhày' viorne (arbuste).
mahhr'c mâchurer.
màiW maladie d'yeux.
mal' poche.
mal'é mêler.
mail- méchant.
mamâ moment.
màrni- grand'mère;
mâf misérable, malheureux.
mariî pousse, tige de vigne de
l'année.
màsiô (far') faire semblant.
mat' mettre.
mât' maître.
mât' mensonge.
matô menton.
maîô (au plur.) lait caillé.
mâtrèy' mensonge.
mâtu menteur.
m'ch'é mieux.
më moi.
PATOIS MESSIN 447
më, m' pas ; négation qui s'emploie
après un verbe (je n'vié-m' je ne
veux pas).
mé jardin.
mèctT^i mercredi.
mëch' miche.
mëhh humide.
mil' merle.
mélù miroir.
mëm' mamelle.
mën'sië menacer.
mèfièy' jeune fille, jeune femme.
mér' mère.
mèrâdë goûter (à quatre heures de
l'après-midi).
mèrahli marais.
mèrchô maréchal.
mëri mourir.
mèsâhay' roitelet, troglodyte (?).
met' vilenie, saleté.
mèté marteau.
Mèyat' Marie.
m'hho tas, amas (de foin, de pier-
res, etc.)
miel miel.
miel' meule à aiguiser.
miëlë nager.
mïm' même.
mirée miracle.
mirgë lilas.
mirgë d'bô muguet (plante).
mis' rate.
mita milieu.
miu meilleur.
m'mà mère, maman {me m'mâ, ma
mère).
mo, mn', m' mon (mn devant les
voyelles, 5'^ mn ovrcj' c'est mon
ouvrage).
mo la mort, mort.
mô mal (/'a mô drcmi" j'ai mal
dormi, j'a mô /' pie j'ai mal au
pied).
mo, mëy' n'est-ce pas ?
448 ROLLAND
môgré malgré.
molia moineau.
mohé morceau.
mohô moisson.
mûhô maison.
mohiï mouchoir.
mohh mouche.
mohhn'c moissonner.
momâ maman.
morahhniôl' maussade.
mos' mousse.
môsé monceau.
moîi- église.
motïj' culture mélangée de deux
denrées différentes.
moîot' loche franche Cpoisson).
m'ti métier.
mil beaucoup, très.
mûd' mode.
muïn'é mener.
rnultië moitié.
mUr dé tri meule de foin.
muo mois.
mUrihh grimace.
mnrvéhh ver luisant.
N
na nos.
na {lo pur) le pauvre garçon.
/zacre les quatre doigts d'un poing
fermé.
naf neige.
nafiô trognon.
n'a'm n'est-ce pas ?
nàni non.
nas' noce.
naf notre.
nâV excédé de fatigue.
naui noyer (arbre).
nauyô noyau.
nay'c noyer.
nép^ nèfle.
nèyèl nielle (plante).
ma non.
Nicliô, Nancf Anne.
nié; niôv' neuf; neuve.
ni'éf neuf (noveni).
nid œuf artificiel que l'on met dans
les nids des poules pour les y
faire pondre.
no nous {cva no avec nous).
/2ô~/2' heure de midi {cprc nd-n' =
après-midi).
nô^naf épingle.
nonô oncle (terme de familiarité).
nor noir.
nos' morve.
nov'lat' agneau femelle.
niï nuit.
nïï nœud.
niihaf noisette.
ôbaî' ablette.
obsô champignon.
vchchë {'fa) j'ai autant, ça m'est
égal.
ôci~ oncle.
odiV imbécille.
ôgm heureux.
ohh porte.
ôhh orge.
vfd'ù aujourd'hui.
ô/' aile.
ômaf armoire.
ôpéti appétit.
ôs\ osé aussi [l'a ôs' b'én' tolè il est
aussi bien là, è mè ôs'é et moi
aussi).
ds'îâ autant.
ôtèl (/') celui-là (cias' Vdtèl ? qu'est-
ce que c'est que celui-là ?)
ou eau.
ouày' soupe pour les vaches, les
cochons.
oui dressoir au-dessus de l'évier.
VOCABULAIRE DU
ovr'é travailler (j'ov'ér\ je travaille).
ovri ouvrir.
ovri, ovrif ouvrier, ouvrière.
pa pot.
pa pet.
pâ, pas' épais, épaisse.
palië pêcher.
pâdaraill' boucle d'oreille.
pahh pêche.
pàlih paix.
pàhh omoplate.
paie parler.
palô pelle de bois dont on se sert
pour prendre du blé, de l'avoine
en grain.
pâpi" grand-père.
par' prendre (pri- pris).
paroli bavardage.
patch' fruit rouge de l'aubépine.
pau peur.
p'cha bichet, mesure de capacité.
pe, pcf laid, laide.
pë relia (lé) ceux qui ne vont à une
noce que le soir et en habit de
travail.
pé peau.
pè par.
pè pas (passas) .
pêd' perdre (je pé je perds).
p'cdii, p'édau perdu, perdue. — Re-
marcjue. Les participes passés en
iï font au au féminin.
pché échalas.
pëhi'é pisser.
pèhô-n' personne.
pèiW balle (d'avoine, etc.)
pérri^ pomme.
pélat' poêle.
pëmat' pomme sauvage.
pèn' épine (biâch' pcn' aubépine,
nor' pèn' épine noire.
Romania, Il
PATOIS MESSIN 449
pcnabo nerprun purgatif ou raisin
de chien.
pcnày' pièce de toile.
pcncl' prunelle.
pën' de miel rayon de miel.
pér' père.
pèrail pareil.
pèsày' pas, trace de pas, allée et
venue.
pët' punaise.
pèteré pâtureau ou petit pâtre qui
garde les chevaux et les vaches.
pctrô pâturai.
p'hhé cochon.
pVihô poisson.
pia, piaV petit, petite.
piàhi plaisir.
p'w, piou pluie.
pië pied.
piè plat.
piëmàr plumet.
pics' place.
pihaf bluet.
piï plein.
pion' bouvreuil.
piôr' pleuvoir.
pirch' perche.
pldr' pouvoir (plov' lo far' pouvez-
vous le faire ?y ë pië je peux, je povâ
nous pouvons, j'a povii j'ai pu).
pd pour.
pô pieu.
pocè pourquoi.
pohën'ray' cochonnerie, chose gri-
voise.
poili poule.
poillat' petite poule.
pôl' pelle.
pola tige, brin de paille, tube.
pôm' épi.
pon poing.
pôpië papier.
popU peuplier.
porjô (au plur.) ciboulette.
450
posiâs' patience.
pdf lèvre.
pof porte.
potat' petite porte.
potaf agrafe.
poyat' nuque de la tête.
p'pa père, terme de familiarité (s'a
m'p'pa c'est mon père).
prëmi- premier.
prop'cliôr' petite vérole.
pt'é porter (je pût, je porte).
pu. peu.
pii plus.
pûhi'é puiser.
pûhh puits.
puo pois.
fuo ^'c/;/~ chiendent,
puo de p'hhi espèce de macaron que
l'on fait à l'occasion des Valen-
tins.
puo d'sëc dragée.
puohh poix .
puohô (mot féminin) poison.
pï7r pauvre.
pusaî, (au plur.) bouillie.
piïsi- poussin.
putiïf mélange de sons, de pommes
de terre, d'eaux grasses, etc.,
que l'on donne aux cochons.
R
ràbië arrête bœuf, plante.
râbrcsi'c embrasser. — Remarque :
ce patois ajoute volontiers un r
prosthétique qui ne change rien
au sens du verbe simple. Ainsi
on dit : rècrif en' lat' = écrire
une lettre.
rahô raison.
râmûr' aiguiser un couteau, etc.
ràpâ lierre.
ràpô qui a le même nombre de
points qu'un autre joueur au jeu
de quilles.
ROLLAND
rau'é courir les filles.
rau'c retirer.
râvailié réveiller.
raya ruisseau, rigole.
rayé arracher.
rayé léz éil regarder d'un air fa-
rouche.
fbolé rabattu, renfoncé.
rcha habit à queue, habit.
rè rat.
rébusié repousser.
reés' grommeleur.
règâ crapaud.
r'égolis' réglisse.
réhh âpre, rude.
rèhh reste.
remis' vif, remuant, difficile à éle-
ver (en parlant d'un enfant).
rèmô espèce de perche pour ramo-
ner les cheminées.
remué remuer.
rèn' grenouille.
répë roter.
r'ésanë, rsanë ressembler (/ rsan' so
péf il ressemble à son père).
rësénë, rséne souper pour une se-
conde fois; faire réveillon.
réîuillé remettre du blé dans un ter-
rain où il y en avait déjà l'année
précédente.
rèy' rave.
rhhi- raisin.
ribà ruban.
rigaga {fdf) c'est faire en passant
l'index de la main droite sur ce-
lui de la main gauche un mouve-
ment qu'on accompagne en fran-
çais des mots : je t'en ratisse, et
en ce patois-ci des mots rigaga^
rigaga.
ridy' roue.
r'iûj' horloge,
rô chat mâle.
ro roi (lojo de ro le jour des rois).
rdaf ruelle.
roch' rouge.
roch^ gas' rouge-gorge.
rdciô restant de quelque chose, ré-
sidu. — Injure adressée à des
enfants.
rôda rondeau.
roj'cUdr' rougeole.
rôlih ronce.
rôill' fourgon crochu.
rôsi~ cheval entier.
rosiô roux.
rofla roitelet.
roza roseau.
r'sior recevoir {j'é fsië je reçois).
fté râteau.
rii ruisseau.
ruàti'é regarder.
rabat' blouse.
rue roi.
rucsinol rossignol.
ruèyi- regain.
riïn' ruine.
rUté ôter.
ruz' rose.
ruzi rosier.
r'vé {a) en arrière.
sac soc de charrue.
55c cercle.
san'é sembler.
sàrmà serment.
sarp' serpe.
satré lutin des chevaux.
sauo savoir (/ sèn' ils savent).
sàv' sable.
sav'nô sureau.
say' scie.
sayë scier.
se si (conditionnel).
se, s' si, aussi, autant.
se sel.
VOCABULAIRE DU PATOIS MESSIN
scë sucre.
45»
Sicâf Qn') un grand nombre.
s'édii sarcloir.
sëgia hoquet.
scj' sage.
SLtc l' ceWe-h.
sévir' civière.
sèy' seau.
sia si, mais si.
si~c cinq,
sigô~n cigogne.
si'é sœur.
Sis', Sisa, Sisô François.
sitèl celui-là.
sitscl celui-ci.
siv' sève.
siyë couper le blé.
sla soleil.
sla mësà soleil couchant.
slihh cerise.
slilii cerisier.
snë sonner (Je sën' je sonne).
so, sn, s' son, sa [sn devant une
voyelle).
so s' se.
so soûl.
so soif.
sol' seigle.
sole soulier.
sole, slè cela.
somâ jachère.
somë semer.
sdni~ boîte au sel.
sop' soupe.
sôt'sri chauve-souris. Jeu dans le-
quel un enfant cherche à toucher
de son doigt mouillé le pied d'un
de ses camarades qui sont sur
une voiture, tandis que lui est à
terre.
sovâ souvent.
sôvii trou d'eau où l'on fait rouir le
chanvre.
sô\ô maladie des cochons.
452
5ôz' seize.
^rif/" sevrage.
Sri souris.
sti, soti à la maison, chez soi.
su, sus' ce, celui, ceux {su c'é s'a
ce que c'est; lé sus' ce ceux que).
sii sur.
siïrcrut' choucroute.
ta tard.
îac tronc, souche.
îacày' trochée.
îâciaf planchette.
tacré vieux balai usé.
tahô blaireau.
taie abîmé (se dit des fruits qui se
détériorent par la chute).
tanë étendu.
tàt' tarte.
taté petite tasse, petite cruche (lé
taté au plur. = la vaisselle en
général).
tàti'^ tante.
té, f toi, tu.
tè courtilière.
tèch' poutre de support.
téhô tison, bûche.
ter ételles, éclats et copeaux de
bois.
tèlày' (vèch') vache qui ne donne
plus de lait.
té me verser (verbe actif).
tëp'này' les légumes cuits dans la
soupe.
tértiircl', tiirtiïrcl tourterelle.
tésié tousser.
tîdiï éteint.
tira tiroir.
tiîa (au plur.) les seins.
îo toi.
to, tôt' tout, toute.
to le tour.
ROLLAND
to d'elle partie du chariot dans la-
quelle entre le fésé.
tobcc tabac.
tocsô brutal, homme grossier.
tofic étouffer.
■ t'oill' table.
toi' toile.
tolc là.
tonis' qui a le vertige, dont la tète
tourne.
toné tourner,
top' étoupe.
?o/)/r beaucoup.
/or/o tout, toute.
tosc ici.
tût' pèr lèy' à part elle.
tôt' pèr m à part lui.
tôt' pèr mé à part moi.
t'pi- pot, cruche.
tra trop.
tra très.
trâbié trembler (je tràbéill' je trem-
ble).
trâné étrangler.
tràtsér chaînette du timon.
trécat' jarretière.
trécos' tenailles.
trèfté poutre transversale.
trénauo éternuer.
trèpcha trébuchet.
trèpché trébucher.
trêve trouver (je tréf je trouve, j'
tréviïrô je trouverai.
trèvé (ô) au travers.
trèyi- train de culture.
trèyi" train, bruit.
trèyô écheveau.
trï paille.
tridèn' tire-taine.
trisûr' seringue.
trîgèlt' pourboire.
tro, trbhh trois.
troillc flâner, aller çà et là.
trdpuo femme malpropre.
VOCABULAIRE DU
trôz' treize.
trvâ paresseux, fainéant.
triiy' truie; espèce de jeu qui tient
du jeu de barre et des quatre
coins.
iriïy* crampe dans le poignet.
triïyaf ivraie.
îriïyat' petite truie.
tiïcô torcol, oiseau ; torticolis.
Tuènô Antoine.
iuill' chaume.
tiil' tuile.
tuna homme qui a le cou de travers ,
sournois.
tuo, îuë tuer.
U ( = Ou).
uà guères.
uaràbô excroissance de chair.
uârch' mauvaise herbe dont les
grains ressemblent à ceux du
seigle.
uàt' garde, attention.
uàtra geai.
uca oie mâle.
uéca caillou.
uéd'é garaer.
uèj'é gager quelqu'un ; lui faire un
procès-verbal.
uèné gagner.
uép' guêpe.
uér' verre.
uèré taureau.
uèf sale.
uèté gâteau.
uètèn saleté.
uèyu ? où ?
uhô gazon.
nhé petite auge qui se met sur les
épaules pour porter du mortier.
nhiô oisillon ; l'iihiô dTe mô l'oiseau
de la mort, celui qui se pose sur
le toit de la maison d'une per-
sonne qui doit mourir bientôt.
PATOIS MESSIN 4^J
Til', dl' huile.
uohh gui.
ur heure.
usa oison.
lit' huit.
iïvér' hiver.
uy' oie.
uyi entendre (j' uy' j'entends).
va vos.
vâciô volet.
vadif verdière.
vSdom' vendange.
vaf veuf, veuve.
vahh vert.
vahh rèrC grenouille verte.
val voilà.
vàrdi vendredi.
varné cheval ou animal dont le mu-
seau est d'une couleur et le reste
du corps d'une autre.
vas' voici.
vat' votre.
vàtri" tablier.
vay^ (a) en route,
vay' fois.
vë, vo, v' vous {vëfèyô vous faites,
v' fèyô vous faites, èva vo avec
vous) .
vé veau.
vèch' vache.
vèci vivre (/ vcc' il vit).
vèhaf colchique d'automne.
vèl' ville.
vèn' clématite brûlante , plante
grimpante dont on se servait au-
trefois pour faire des paniers ;
les gamins en fument les tiges
desséchées.
vèn' vigne.
vcrmcrC chenille.
vcrm'csô limaçon.
454
vèy' vie.
vèyi pelle à four.
vialat' violette.
vies', vicill' vieux, vieille.
vldr vouloir (j' vie je veux, i vicn
ils veulent).
VAî/ -venir; venu (ivèn' ils viennent)
vogâ vagabond.
vôgâd'c vagabonder.
vortô hanneton.
ROLLAND
vor voir {je uo je vois).
vra vrai.
viidië vider.
vue voir.
zill sureau, yèble.
zu eux.
zut' leur.
Eugène Rolland.
CHANTS DE PAUVRES
EN FOREZ ET EN VELAY.
Mauvais riches. — Bonne dame. — La passion. — Le chant des trépassés.
— Un miracle de saint Jacques.
Les pauvres aujourd'hui sont rares dans nos campagnes et ils deman-
dent sans chanter. Le morceau de pain ou le petit sou reçu, ils s'en
vont comme ils sont venus, en silence.
Mais il fut un temps où les pauvres étaient nombreux et s'annon-
çaient en chantant. En mon enfance — je parle de quarante ans —
chaque lundi, jour consacré aux aumônes, il ne se passait pas une heure
sans qu'on entendît aux portes des maisons, même les plus m.odestes,
marmotter des prières ou murmurer des complaintes. C'était une façon
de demander et une façon de remercier.
Quelles complaintes murmuraient les pauvres, je ne saurais exacte-
ment le dire. Ils n'étaient sans doute pas difficiles sur le choix, et pour eux
chanter devait être la grande affaire. Mais parmi les chants de toute nature
qui coulaient de leurs lèvres, il en était certainement de préférés, de
particulièrement familiers, et ceux-là ne sont peut-être pas bien difficiles
à deviner : ceux où ils étaient comparés à Jésus, ceux où Jésus se
faisait un des leurs en devenant mendiant comme eux, ceux où le riche
avare était puni de l'enfer, le riche compatissant récompensé par une
prompte entrée au ciel, ceux où le ciel se fermait devant le riche pour
s'ouvrir devant le pauvre, ceux, en un mot, qui excitaient la pitié et
flattaient la misère, voilà les chants que les malheureux devaient répéter
avec une prédilection marquée.
M. Damase Arbaud dit qu'en Provence la parabole du mauvais riche
était et est encore le chant favori des pauvres ' . Nous l'avons aussi cette
parabole, et elle est si bien appropriée à leurs besoins, qu'on ne peut dou-
ter que, dans nos Cévennes, au temps où les mendiants chantaient, elle
I. Chants populaires de la Provence, 1, 58.
456 V. SMITH
n'ait été un de leurs récits d'adoption les plus usuels et les plus redits.
Cette complainte, sous le titre de parabole de saint Luc, nous la sou-
mettons au lecteur, et nous la faisons précéder de chants de même
famille, que nous avons cru pouvoir, sans trop de témérité, placer
dans la bouche des mendiants d'une époque évanouie quoique récente.
LE CHANT DU DAMNÉ'.
1 Le mauvais riche vient à mourir, Sa femme va prier sur sa tombe.
« Mon Dieu! rendez-moi mon mari, C'est de bon cœur que je le dis!
2 — Ma pauvre femme, reviens demain. Reviens demain à la même heure.
Tu trouveras un feu ardent Et ton mari sera dedans.
j — Mon mari, si vous êtes là. Dites-le moi, je vous en prie,
— Oh oui! ma femme là je suis^ Pour toi, pour moi me faut souffrir.
4 Ma femme t'en souviens tu pas De la mesure qu'il y a dans la grange?
Si tu ne la fais pas régler Dans les enfers tu viendras brûler*.
5 Ma femme t'en souviens tu pas Des pauvres qui venaient à la porte .?
Au lieu de leur avoir donné, Les avons toujours rebutés.
6 Ma femme t'en souviens tu pas Des livres qu'il y a dans ma chambre^.''
Si tu les as pas plus lus que moi Dans les enfers tu brûleras.
7 Ma femme t'en souviens tu pas Du premier jour de nôtres noces.?
Le premier jour des ribotés Nous l'avons pas encore payé.
8 Ma femme t'en souviens tu pas Des bagues d'or que je t'ai données?
Les bagues d'or que je t'ai donné's Je les dois encore aux orfévriers.
9 Ma femme t'en souviens-tu pas Des beaux souliers que je t'ai données?
Les beaux souliers que je t'ai donnés Je les dois encore au cordonnier.
10 Ma femme t'en souviens tu pas Des beaux habits que je t'ai données?
Les beaux habits que je t'ai donnés Les marchands n'en sont pas payés.
1 1 Adieu, ma pauvre femme, adieu. Je m'en vais dans un pays étrange.
Adieu pour toute l'éternité. Adieu pour toujours je suis damné. »
La chanteuse ne s'est plus souvenue du couplet final. J'ai cru pouvoir
réparer son oubli, en empruntant le couplet que je donne comme le der-
1. Communiqué par Pierre Salichon, de Saint-Didier-la-Séauve. Il l'a écrit
en août 1875, à Sainte-Sigolène, sous la dictée de Marie Pètre, âgée de 84 ans.
Ce chant est reproduit tel qu'il m'a été transmis ; je ne change rien à la façon
d'écrire de mes correspondants, et quand j'écris moi-même, j'essaie avant tout
d'imiter par la forme au mot l'impression de la voix. Dans la poésie populaire,
le mot, toujours docile, se raccourcit ou s'allonge, se masculinise ou se féminise,
se termine par des voyelles accentuées ou éteintes, suivant les besoins de la
mesure ou de l'euphonie.
2. Dans le guerz, en dialecte de Vannes, que chantent, au milieu de la nuit
du 1" au 2 novembre, les mendiants bretons, un mort paraît et dit en l'un des
couplets de son chant : « Quand vous irez au marché, portez une bonne mesure;
mort, vous trouverez ici la mesure de Dieu.» (E. Souvestre. Les derniers Bretons.
M. Lévy, I, 174.)
3. Livres de piété, presque les seuls qu'au siècle dernier possédassent les
maisons de riches paysans ou de petits bourgeois.
CHANTS DE PAUVRES 457
nier à une variante à peu de chose près semblable au chant ci-dessus.
Le chant qui suit m'a été transmis ' décapité. Il sera aisément reconstitué
si on lui prête pour début le premier couplet de la leçon qui précède.
1 Un ange est descendu du ciel, Un ange est descendu par terre,
Lui dit : « Femme retournez vous en, Votre mari est au flambeau %
Mais à midi vous reviendrez, le flambeau-z-est allumé. »)
2 Oh ! la femme n'a pas manqué De revenir à la même heure.
Mais elle n'a vu un feu si ardent, Que son mari y était dedans.
3 « 0 mon mari, si tu es là. Viens moi parler, je te n'en prie,
Viens moi parler et dites-moi La cause que tu es damné.
4 — O femme, t'en souviens tu pas. Que le grand jour de noutre nouce,
La bague d'or que je t'ai donné. Elle n'est pas encore payé.?
5 O femme, t'en souviens tu pas Que la grand'messe qu'on doit dire
Est la messe de refolie' ? Elle n'est pas encore dite.
6 O femme, t'en souviens-tu pas. Quand les pauvres venaient à la porte.
Qu'au lieu de leur avoir donné, Les ai tant de fois bâtonnés?
7 Adieu ma femme, je m'en vas Dedans un grand pays de flammes,
Adieu ma femme, je vas brûler^ Brûler pour une éternité. »>
LE PAUVRE HOMME ET LE MAITRE DU DOMAINE.
(Les Beaux, près Yssingeaux)*.
1 Un pauvre homme n'ayant pas de quoi vivre,
Chez son maître Si s'en va demander,
En lui disant : « Dieu de bonjour, mon maître,
Prêteriez vous une quarte "^ de blé?
1. Par J. B. Riocreux, de Marihes.
2. Au feu, dans la flamme.
3 . On appelle « messe de refolie » la messe que, dans ce haut plateau forézien
et vellavien, connu sous le nom de la Montagne, on avait l'habitude de faire
dire le lendemain des noces pour le repos de l'âme des défunts des familles de
l'un et l'autre époux. Les conviés de la veille assistaient à cet office en grand
deuil. Cet usage subsiste aujourd'hui, mais moins respecté qu'autrefois. Notre
pays n'est pas le seul qui l'ait pratiqué et conservé ; il est encore vivant en cer-
tainesparties de la Lorraine (Richard, Traditions populaires, p. 214).
4. Écrit sous la dictée de Marguerite Garnier, femme Soulier.
5. Une chanteuse de Retournaguet dit : Mine de blé. — La quarte était une
mesure de capacité fort variable. A ne prendre qu'une étroite circonscription, je
trouve difTérant l'une de l'autre, la quarte de Feugerolles, la quarte ae Saint-
Didier, la quarte de Monistrol. Nous avions autant de variétés de mesures que
de variétés de patois. La contenance de la quarte de Feugerolles donnait un
poids de seigle d'environ 30 livres, poids de Lyon, c'est-à-dire petit poids. Elle
ne valait pas notre décalitre, qui donne environ 29 livres, grana poids ou poids
de 500 grammes, de seigle, net de poussière, 30 livres de froment purgé.
Je n'ai pu jusqu'ici savoir la contenance de la mine de blé, A Firminy, on
use de l'émine seulement pour la vente du sel. Elle représente un sac d'une
forme déterminée contenant un quintal de sel.
A Vorey, l'émine ou l'humine désigne une mesure de vin. Elle représente un
4^8 V. SMITH
2 J'ai quatre enfants, suite* ma pauvre femme,
J'en ai grand'peur Qui n'en mourront de faim.
— Si tu en as quatre, Mets-en un à l'arche 2
Les autres trois Tu les soulageras.
3 — Oh, malheureux! Quoique vous soyez mon maître,
Vous me dites De manger mon enfant,
J'aimerais mieux Cent fois ronger des pierres.
Que de manger Un de mes propres enfants. »
4 Le pauvre homme Si s'en va, s'en retourne
Chez ses enfants Et bien mal content.
Dans son chemin N'a rencontré un homme,
Lui pense bien Que Dieu l'a envoyé.
5 « Tiens prends ce pain, Puisque Dieu te le donne
Tes quatre enfants Tu les soulageras.
Et puis demain Tu prendras ta voulane'
Car tous tes blés Sont prêts à moissonner. »
6 Le pauvre homme Si s'en va, s'en retourne
Chez son maître Et bien joyeusement.
En lui disant : « Dieu de bonjour, mon maître,
Car tous mes blés Sont prêts à moissonner*.
7 — Retire-toi De ma chère présence.
Car, je crois bien. Tu te moques de moi,
Car tous mes blés Sont encore en herbe,
Et toi les tiens Sont prêts à moissonner!
8 Valet, valet, Bride-moi mon chevale,
Car tous mes blés Je vais les visiter. »
Il va les suivre D'une pièce à l'autre,
Au dernier pas Son cheval s'enfonça.
9 « Adieu, adieu, Bourgeois de cette ville
Adieu, adieu Pour tout temps et jamais,
Moi, je m'en vais Et dedans l'autre monde.
Pour y brûler Durant l'éternité! »>
double décalitre. La quarte de Vorey, mesure de grains, est d'un double déca-
litre aussi.
1 . Pour ensuite.
2. Vaisseau de bois où l'on renferm.cles provisions de ménage : farine, avoine,
lentilles, fromages, porc salé, etc.
Les petits enfants qui chantent cette complainte, fort répandue, disent le plus
souvent :
« Si tu en as quatre, — Mets-en un à la broche. »
3. Faucille.
4. Le miracle de la croissance soudaine du blé se retrouve dans un noël qui
se chante en Catalogne, en Provence et dans nos Cévennes. — On le rencontre
à diverses reprises dans les Apocryphes, Pas n'est besoin pour cela d'érudition.
Il suffit de feuilleter le Dictionnaire des Apocryphes, de Migne, pour le lire, au
tome 1", dans l'évangile de Jésus, suivant Thomas, colonne 1 14b; au tome II,
dans le livre de {'Enfance de Notrc-Seigneur, colonne 376.
CHANTS DE PAUVRES 459
LE MENDIANT ET LA SERVANTE DU CURÉ.
(Vorey)'.
1 Un curé de paroisse, Près de Lyon,
S'en va dire la messe, En dévotion.
2 Tout en passant la place, Il a rencontré
Un pauvre Ma-Tristessez, Tout déchiré.
3 « Venez-moi servir la messe, Si vous le savez.
Nous dînerons ensemble, Sitôt après. »
4 Quand la messe fut finie. Le curé sortit,
Le pauvre Ma-Tristesse Qui le suivit.
5 « Servante, bonne servante. Mettez nous à table.
Mettez nous sur table De quoi dîner.
6 — Monsieur, vous n'aurez pas honte Pour un curé,
De voir-z-à votre table Qu'un pauvre gueux. »
7 La servante, la plus fine. S'en va dîner,
S'en va dîner seulette, Dans le jardin.
8 II ne fut pas à table, Se mit-z-à parler,
Parlant d'un côté et d'autre. Dont lui venait.
9 « Monsieur, je viens de Flandre, Si vous le savez.
Que la misère est grande Dans ce quartier.
10 On a semené d'orge Parmi les champs.
Et Dieu, par sa puissance, Y a mis de froment'.
1 1 Monsieur, c'est véritable, Sûr et certain,
Comme votre nièce est morte. Dans le jardin. »
12 Le curé s'en va vite. Le croyant pas,
La trouve roide morte, Tout étendue.
ij Le curé s'en retourne Dans sa chambrette.
Croyant trouver le pauvre, Y trouve qu'un crucifix*,
14 Y trouve qu'un crucifix, Et qui est rayé de sang
Et toute la chambrette N'était rosé^.
1. Dictée de Marie Farigoule.
2. Sobriquet de pauvre.
3. Le miracle de la transformation de l'orge en un précieux froment touche
de près aux miracles de la croissance soudaine du blé et à ces^ miracles, plus
nombreux encore, que relatent les Apocryphes, de moissons d'une abondance
merveilleuse, nées d'un petit nombre de grains de blé tombés de la main de
Jésus.
4. Les apparitions de Jésus en pauvre sont fréquentes dans les vies légen-
daires des saints. Jacques de Voragine nous montre Jésus se présentant sous
figure de mendiant à saint Jean l'aumônier, à saint Julien, à saint Martin. —
La légende de la vie de Jésus, maintes fois imprimée à la fin du XV" siècle,
sous le titre de Vita Christi, dit que Jésus, quittant la Galilée pour aller visiter
Jean-Baptiste en Judée, fit le chemin en demandant l'aumône.
<,. Pour arrosé. Même dans la conversation, on supprime quelquefois la syl-
labe initiale. On dit, par exemple : « il va racher de mauvaises herbes. »
460 V. SMITH
LE MENDIANT ET LA DAME DU CABARET
(Retournaguet)*.
1 A la porte d'un cabaret,
Mais si y avait un homme fort joli, bien fait.
En leur disant : « J'ai faim.
Oh! donnez-moi, madame, un morceau de pain!
2 — Dans Grenoble y a point de blé,
En Italie est tout gâté,
Nous achèterons le pain,
A dix-huit sous la livre l'annéie qui vient.
3 — Oh ! madame, à quoi pensez-vous,
Oh ! pensez à votre âme. Dieu n'est pas à vous 2,
Oh ! pensez-y sans fin,
Je vous promets, madame, vous mourrez demain! »
4 La dame s'est mise à crier:
« O gens de la justice, voici-z-un sorcier ! »
S'ils l'ont pris, l'ont emmené,
Dedans une chambrette ils l'ont enfermé.
j Mais quand il vient sur la minuit.
Croyant de trouver un homme, trouv' un crucifix,
Son sang n'avait coulé.
Par toute la chambrette, l'avait arrosé.
6 Le fils du roi fut averti
De venir à l'église voir ce crucifix.
Si n'ont fait la procession
Tout l'entour de l'église, en grand'dévotion',
LE MENDIANT ET LA DAME DU CHATEAU. .
(Roche-en-Régnier) *.
1 Si le pauvre s'en va Si s'en va chez la dame
Si s'en va chez la dame: « Dame, donnez moi du pain,
Car y a bien trois jours ou quatre Que je n'ai pas mangé pain. »
2 La dame lui respond D'une tant rude parole,
D'une tant rude parole : « Oh ! va-t-en chercher-z-ailleurs.
Car je connais à ta mine Que tu n'es qu'un alendeur^ ! »
3 Si le pauvre s'en va, Si s'en va->à l'écurie",
Si s'en va-z-à l'écurie : « Laquais, donne moi du pain,
1. Dictée de Mariette Chambefort, femme Monchalin.
2. Pour, en vous.
3. Cf. Lou Crucifix, Arbaud, II, 47.
4. Dictée de Véronique Girard.
5. Câlin, cajoleur, rusé, trompeur. — Les mères disent quelquefois aux enfants
qui leur font des minauderies et des caresses pour obtenir d'elles quelque frian-
dise : « Ah ! petit alendeur ! »
6. La chanteuse dit tantôt escurie,' tantôt écurie.
CHANTS DE PAUVRES 46 1
Car y a bien trois jours ou quatre Que je n'ai pas mangé pain. »
4 Si le laquais s'en va. Si s'en va chez la dame.
Si s'en va chez la dame : « Dame, donnez moi du pain,
Vos chevaux sont tant malades Peuvent pas manger le foin,
Et peut-être que, madame, I mangeraient mieux le pain, «
5 La dame lui respond D'une tant douce parole :
a Prends la clef de la dépense, Et prends en ce qu'il t'en faut.
Retourne toi-z-au plus vite Et panse bien mes chevaux. »
6 Si le laquais s'en va, Si s'en va-z-à l'écurie.
Si s'en va-z-à l'écurie, N'a trouvé le pauvre mort.
7 Si le laquais s'en va, Si s'en va chez la dame.
Si s'en va chez la dame : « Dame, vous avez eu grand tort
D'avoir refusé l'aumône A ce pauvre qu'il est mort ! »
8 La dame lui respond D'une tant douce parole,
D'une tant douce parole : « Nous le ferons' enterrer.
Nous ferons sonner les cloches. Et Dieu nous en saura bon gré. »
9 Si le laquais s'en va, Si s'en va-z-à l'écurie.
Si s'en va-z-à l'écurie. N'a trouvé tous les chevaux morts.
« Ça vous fait voire, madame, Que Dieu vous en sait pas gré ! n
Dans une variante de Dunières^, ce ne sont plus les chevaux qui
meurent, c'est la dame elle-même qui s'enfonce en terre, comme le
maître du domaine dont nous avons lu tout à l'heure la fm. Voici la
variante. Elle diffère de dénoûment et de rhythme.
1 Un pauvre garçon étranger A une dame s'en est allé,
A une dame s'en est allé, Disant : « Madame, je vous prie.
Donnez-moi un morceau de pain Pour me secourir de la faim. »
2 Elle lui dit : « Retire-toi Tu ne peux rien avoir de moi,
Tu ne peux rien avoir de moi. » S'en est allé à l'écurie,
Aqui n'a trouvé le valet. De compassion n'en fut touché.
j Le valet en le regardant Lui dit : « Tu as bien l'air mourant, »
Lui dit : « Tu as bien l'air mourant. — Je viens de demander à votre dame,
Elle m'a refusé du pain. Pour me secourir de la faim. »
4 Le valet plein de charité A la dame s'en est allé,
A la dame s'en est allé : « Un de vos chevaux est malade.
Il ne peut manger de foin. Peut-être il mangerait le pain. »
5 Elle lui dit : « Prends le couteau. Coupe lui en ce qu'il en faut,
Coupe lui en ce qu'il en faut, Coupe-z-en qu'il y en ait de reste,
Car j'aime beaucoup ce cheval ; Ah ! j'ai bien regret de son mal ! »
6 Le valet n'a pris le couteau, N'a coupé un petit morceau.
N'a coupé un petit morceau. Quand n'en fugué à l'écurie,
1. La chanteuse dit tantôt : nous le ferons enterrer, tantôt nous le ferons-n-
enterrer.
2. Dictée de demoiselle Jeanne Depeyre.
462 V. SMITH
Trouve qu'agué rendu l'esprit A notre sauveur Jésus-Christ.
7 Le valet, plein de charité, A la dame s'en est allé,
A la dame s'en est allé : « Madame, vous êtes damnée,
Car vous avez laissé mourir Un des membres de Jésus-Christ. »
8 Elle lui dit : « Mon cher ami. Ne me parle plus de ceci,
Ne me parle plus de ceci, Va-t-en vite chercher les prêtres,
Les pénitents pour l'enterrer. Et moi j'irai l'accompagner. »
9 Le pauvre, on l'allait enterrer, Et la dame l'accompagner,
Et la dame l'accompagner. Quand n'en fugué au cimetière.
De l'eau bénite lui a jeté. Jusqu'au cou elle s'est enterré.
10 Le spectacle n'est arrivé Dans la Bretagne, en vérité,
Et vous, riches qu'avez de bien. N'abandonnez jamais les pauvres :
Sont les membres de Jésus-Christ, Dieu leur don'ra son saint paradis.
Autant de variantes, autant de dénoûments divers. Dans une leçon de
Lapte, ni la dame, ni les chevaux ne meurent. Au retour de l'enterrement,
la dame trouve sur la table l'argent qu'elle a donné pour la messe et le drap
qu'elle a fourni pour ensevelir le pauvre. Dieu n'accepte point cette
rançon de son avarice. Mais il est temps de quitter cette laide compa-
gnie de femmes impitoyables et de saluer enfin un visage qu'éclaire la
charité.
LA BONNE DAME.
(Roche-en-Régnier j ' .
1 Dieu s'est habillé-r2-en pauvre, L'aumône n'a demandé.
2 « Monsieur donnez-moi l'aumône Du restant de vos soupers
3 — Je ne donne pas l'aumône Du restant de nos soupers.
4 Les miettes sont pour les poules. Les morceaux sont pour les chiens.
5 Les chiens m'apportent des lièvres. Les pauvres m'apportent. rien.
6 Les poules me font des œufes Et les pauvres me font rien. »
7 La dame qui est en fenêtre. Qu'entendit tous ces discours :
8 a Entrez pauvre, le bon pauvre, Entrez, venez vous chauffer.
9 — N'auriez-vous pas un lieu d'étable Pour me faire reposer?
10 — Oh non! pauvre, le bon pauvre, Dans ma chambre vous coucherez. »
1 1 Tout en montant l'escalier. S'aperçoit d'une clarté :
12 « Oh ! le pauvre, le bon pauvre. Je crois que la lune est levé!
15 — Oh non! ce n'est pas la lune, Sont vos bonnes charités!
14 Madame, allez chercher un prêtre. Pour venir vous confesser,
1 5 Vous ne tarderez pas une heure. Vous serez morte et trépassé,
16 Vous ne tarderez pas deux heures. Dans le paradis vous serez'! »
1 . Dictée des demoiselles Mathieu et Girard.
2. r, consonne servant de liaison, comme l'n, le t, le z, mais moins fréquem-
ment employée que ces deux dernières lettres.
}. Conférez La ballade de Jêsus-Chrisl (Champfleury, Ch. pop., p. 5); Lcgendo
de Jésus-Christ (Arbaud, 1, 59;.
CHANTS DE PAUVRES 463
La variante qui suit, donnée au même lieu et par les mêmes per-
sonnes, punit de l'enfer le mari en même temps qu'elle envoie la femme
au ciel. Le chant n'annonce point Jésus au début, c'est seulement au
dernier couplet qu'il le révèle.
1 Dans Paris y a-t-une dame, Faite pour Jésus-Christ,
2 Son mari la querelle Et le jour et la nuit :
3 « Tu n'as tant fait l'aumône, Que tu nous as ruinés.
4 — L'aumône que j'ai faite, Mari, n'est pas perdu,
j Par la porte je donne, Par la fenêtre entré \
6 Je vois venir un pauvre, Qui demande à loger.
7 Entrez, entrez le pauvre, Avec nous vous souperez.
8 — Trop de bonté, madame, Je demande pas à souper ;
9 Vous n'auriez pas un lieu d'étable, Pour me faire reposer? »
10 S'ille n'appelle sa servante : « Marie, écoute ici,
1 1 Va-t-en coucher cet homme, Fasse lui bien son lit. »
1 2 Quand il vient sur les onze heures, Onze heur' ou la minuit :
13 « Oh! dites moi, le pauvre, Êtez vous bien couché.?
14 — Oh oui! oh oui! madame, Très-bien couché je suis;
rj Je vous dirai, madame. D'aller vous confesser;
16 Je vous promets, madame. Dans trois heures vous mourrez.
17 Je vous promets, madame, En paradis vous irez!
18 — Oh! dites-moi, le pauvre, Mon mari ira-t-il?
19 — Oh non! oh non! madame. Au profond des enfers,
20 Son lit sera de braise, Son couvert 2 de charbon!
21 — Oh ! dites-moi, le pauvre, Mes valets iront-ils?
22 — Oh oui ! oh oui ! madame, La servante-z-aussi.
23 — Oh! dites-moi, le pauvre, Êtez-vous Jésus-Christ?
24 — Oh oui! oh oui ! madame, Grand roi du paradis! »
Une variante de Saint-Maurice-en-Gourgois? semble amalgamer les
deux chants précédents. Elle y ajoute la dureté de la servante et la pré-
diction de son châtiment. Elle se termine par le miracle du crucifix dont
nous avons eu antérieurement plusieurs exemples.
1 Jésus s'habille en pauvre, L'aumône va demander.
2 « Oh! donnez-moi les miettes Qui sont dessus vos tables.
3 — Les miettes sont pour mes poules. Les morceaux pour mes chiens.
4 Les poules me font des œufes Et les pauvres me font rien.
5 Mes chiens m'apportent des lièvres Et les pauvres me font rien. »
6 La dame qui est en fenêtre. Qui écoutait tous ces discours :
7 « Entrez pauvre, le bon pauvre, Entrez, venez vous chauffer. »
1. Pour rentré. Une variante dit : rentré par la croisé'.
2. Sa couverture.
3. Dictée de femme Champagnac.
464 V. SMITH
8 nie n'appelle la servante : « Servante Jeanneton !
9 Va-t-en chercher une écuelle Pour ce pauvre, le bon pauvre.
10 — Je n'apporte pas d'écuelle Pour ce pauvre, le mendiant. »
1 1 La dame se prend, se lève. En va chercher une promptement.
12 « Soupez pauvre, le bon pauvre, Pour ce soir, vous coucherez.
1 3 Dites pauvre, le bon pauvre, Je crois que la lune est levé. »
14 — Oh non! ce n'est pas la lune, C'est votre bonne charité!
1 5 Demain, avant que les cloches sonnent, En paradis vous serez,
1 6 Votre mari et votre servante. En enfer iront brûler ! »
17 Tout en montant dans la chambre, Il se fit une grande clarté,
18 Tout en montant dans la chambre, Ils virent un grand crucifix.
Ces derniers chants ont certains couplets communs avec le plus popu-
laire des chants de mauvais riches , celui qui traduit la parabole de saint
Luc. Celui-là, on le trouve fréquemment, soit en français, soit en patois.
Il ne paraîtra peut-être pas superflu de le donner ici en l'un et l'autre
langage. Le chant patois, le plus complet que j'aie obtenu, et, qu'à ce
titre, il m'a paru préférable de transcrire ici, n'appartient ni au Forez,
ni au Velay. Il a été appris en Vivarais, à Sainte-Eulalie d'Ardèche,
commune limitrophe du Velay ; le territoire d'un collecteur de chants
n'a pas des limites si rigoureuses qu'elles ne puissent être quelquefois
franchies, et j'espère du lecteur qu'il pardonnera une ou deux incursions
en pays voisin.
LA PARABOLE DE SAINT LUC*.
(Retournaguet)2.
La Sainte Vierge pleure Sur un tableau' d'argent,
1 Les anges lui vont dire: « Mère, quoi pleurez-vous?
2 — Je n'en pleure les pauvres Qui ne meurent de faim.
3 — Pleurez pas tant, ma mère, Riches leur donneront. »
4 « Donnez, riche*, au pauvre. Au nom de Jésus-Christ! »
5 Le riche répond au pauvre : « J'ai rien de quoi donner.
1. Évangile, XVI, 19-31.
2. Communiqué par sœur Sainte-Claire.
3. On me dit que tableau veut dire table. Une femme, pour m'exprimer le
sens du vers, s'accoude sur une tabîe, s'abouche et feint ae pleurer. Presque
toutes les variantes de ce chant disent tableau, une cependant dit tombeau,
l'autre loyer. Toyer signifierait, me dit-on, sans l'affirmer, trône.
Il serait intéressant de pénétrer, non moins que le sens d'un mot, le sens du
vers lui-même. Était-ce une croyance populaire, qu'au ciel, par une solidarité
merveilleuse, la Vierge pleurait quand soufTrait un pauvre, et cette croyance, le
premier vers de notre complainte la rappelle-t-il et en témoigne-t-il à la fois ;
ou bien ce vers fait-il allusion à quelque statue miraculeuse, qui versait de temps
à autre des larmes, sous l'émotion, croyait-on, que lui faisaient éprouver le
dénûment et les souffrances des pauvres? Je laisse la réponse à de plus érudits.
4. Pas d'élision : Ve garde sa valeur. Cela se voit fréquemment, et nous
aurions déjà pu en faire plusieurs fois la remarque.
CHANTS DE PAUVRES 465
6 — Les miettes de votre table Pour me rassasier.
7 — Les miettes de ma table, Je les donne à mes poules,
8 Mes poules me font des œutes. Les pauvres me donnent rien.
9 — Les morceaux dessous votre table. Car je n'en meurs de faim .
10 — Les morceaux dessous ma table. Je les donne-z-à mes chiens,
1 1 Les chiens m'apportent des lièvres. Les pauvres m'apportent rien. »
1 2 Mais au bout d'un quarre d'heure, Le pauvre n'a trépassé.
13 II frappe à la porte, A la porte du paradis.
14 Jésus dit à saint Pierre : « Regarde qui a frappé!
15 — Ah! c'est cette pauvre âme. Qui demande paradis.
16 Oh! viens ici, pauvre âme, Tu seras bien ici,
17 Ta place est préparée Depuis mercredi matin! »
18 Mais au bout d'un quarre d'heure, Le riche n'a trépassé.
19 II frappe à la porte, A la porte du paradis.
20 Jésus dit à saint Pierre : « Regarde qui a frappé!
21 — Ah! c'est ce grand richard Qui demande paradis.
22 Oh! va-t-en toi, grand riche, Tu ne seras pas d'ici:
23 Tu veux que je te donne Ta part en paradis,
24 Tu as refusé l'aumône Au nom de Jésus-Christ.
2 5 La part que je te donne Sera l'enfer pour toujours,
26 Les portes sont ouvertes Depuis mercredi matin! »
27 Le riche lui demande Une seule goutte d'eau,
28 Lazare la lui montre Mais à la pointe du doigt,
29 Le riche la regarde, Mais jamais ne l'aura.
30 Le riche est dans l'enferré, Le pauvre en paradis.
MÊME PARABOLE'.
(Sainte-Eulalie d'Ardèche).
1 La Sainta Vierdza ploura Soubre un tablé d'argen,
2 Son cher fils li vient dire: « Mère, que pleurez-vous?
I. Cette complainte a été écrite sous la dictée d'une vieille femme, Nanette
Lévesque. Elle dictait d'une façon désespérante. Je faisais répéter, elle changeait
sans cesse la forme du mot. Vers 3, elle disait tantôt fon, tantôt faim; — vers
4, tantôt dounarai, tantôt donarai; — vers 5, donarai et dounarai ; — vers 6,
quon é et quon y; pauro et pauros; vers 7, douna et dono; — vers 8, amasson,
z-amasson, ramasson; mo tsi et mo tsis, en faisant siffler l's terminal; — vers 9,
vostro et vostros; — vers 1 1, d'ati ou d'aqui; le quer ou le quar; — vers 12,
on ne sait s'il faut écrire demande ou demanda, ou demando. Le son patois qui
répond à l'e muet français, contient il est vrai, la triple note de le de l'a de
l'o, et complexe comme il est, i! est intraduisible par aucun de nos signes, mais
si la chanteuse avait un son de voix uniforme, on se déciderait à adopter ou
l'e ou l'a ou l'o; elle change si souvent qu'on ne sait à laquelle de ces trois
lettres s'arrêter. J'ai choisi l'o, sans que je puisse justifier ce choix.
Les variantes de la chanteuse altèrent parfois non seulement la forme mais
encore le sens du mot. Un moment elle dit (26^ vers) naulé, un autre nou lé.
Nau lé signifierait haut là. Mais comme nous sommes à la porte du paradis, il
est peu probable que le mauvais riche en parlant de la terre ait pu dire haut là
Romania, II 3 I
466 V. SMITH
3 — Ne ploure né lous pauros Que né mourron de faim.
4 — Pleurez pas tant ma maëra, Lieur dounarai de pain,
5 Ne dounarai au ritse, Ritse ne dounaro. »
6 « Douna tiu quon è pauros, Pauros de Jésus-Christ?
7 — Que vos que io li douna? N'ai rien pour lui dona,
8 N'ai rien que quoquos croustos, Ramasson per mo tsis.
9 — Et do d'aquelos croustos, Que dona-t-à vostro tsis?
10 — Mo tsi von à la tsassa, Tiu me serves à rien. »
1 1 D'aqui le quar d'uno houro, Pauro véye à mouri,
1 2 S'en vai devant Saint Pierre, Demando paradis.
1 3 Seigneur dit à saint Pierre : « Aviso qu'avé-z-aqui !
14 — Seigneur quou é lou pauro, Que demando paradis.
1 5 — Los portas li sont diubertes Dunpé dillun mathi.
16 — Vailo, vailo, pauro orne. Que tiu so bien d'ici! »
17 D'aqui le quar d'une autro, Ritsar véye à mouri.
18 S'en vai devan saint Pierre, Demando paradis.
1 9 Seigneur dit à saint Pierre : « Aviso qu'avé-z-aqui !
20 — Seigneur quou é lou ritsa Que demando paradis.
21 — Lous portos lui sont serradas Dunpé dimar mathi.
22 — As-tiu dona-t-è pauros, Pauros de Jésus-Christ?
23 Asvesti lous déniuses, As tsaussa lous détsaus?
24 As pris d'aigua bénita Les soirs et les matins?
2$ — N'ai pas, n'ai pas saint Pierre, Io n'ai pas tant saupu.
26 Si dzamais mai nou lé tournavo, Vou forio de ségur.
27 — Paras pas, tiu pauro orne. Lé tournaras pas plus ;
28 Avaye una citerna Tant fore et tant prigo;
29 Cinquante mille piquos Toutsorion pas lou founs;
30 Lé mondon éna peyra. Lé ys pas de no dzours;
31 Si sera bé tiu pauro orne. Lé sera-z-à mé-dzour;
32 Lé yun coussi de ploumes Et l'autre de velours,
33 De tant que né sont roudze, Ne brûlon gnuit et dzour;
34 Ainsi faras tiu pauro ome Ne brûleras toudzoursM »
ou là haut. C'est là-bas qu'il aurait dit. Il m'a paru préférable d'adopter nou,
qui a la forme d'une négation, mais qui n'en est pas une ici.
Nou ne semble pas avoir plus de valeur que ne ou ne qu'on rencontre si souvent
dans ce chant. Ce sont desimpies particules insérées dans le vers pour la mesure
ou l'euphonie. On peut les enlever sans que le sens souffre. Par exemple, au
vers 5 : Ne dounarai au ritse, ritse ne dounaro.
la suppression du ne laisse la pensée intacte. S'il fallait absolument donner à ce
monosyllabe une signification, on serait tenté de lui prêter un rôle affirmatif. Il
semble appuyer le sens du verbe, loin de l'exclure comme le fait la négation. Il
rappelle cette autre particule, qui s'enlève et se replace sans péril pour le fond
de la pensée, qu'elle a pour office d'accentuer et de fortifier, le si, dont le lec-
teur a constaté la présence dans les chants du Forez et du Velay, et dont,
pour le dire en passant, il a pu remarquer le retour régulier dans la vieille et
naïve complainte du Mendiant et la dame du château.
I. Conterez Lou marri riche (Arbaud, I, J3); Lo mal rich (Briz, Cants
populars catalans, II, 239).
CHANTS DE PAUVRES 467
La passion était, non moins que la parabole de saint Luc, un chant
fait pour attendrir les cœurs et disposer aux dons. De vieille date, les
mendiants l'avaient adoptée comme l'une des plus sûres formules de
leur demande. César de Nostre-Dame dit qu'en Provence c'était plaisir
de la leur entendre chanter'. Naguère encore elle était l'auxiliaire habi-
tuel des musiciens ambulants du Bessin normand 2. Les pauvres la
savaient aussi en Bourgogne et se plaisaient à la répéter 5. En Velay et
en Forez, ils durent souvent la redire. On la chantait, en notre pays,
sous deux formes, et j'ai le regret de n'avoir trouvé de l'une et de
l'autre que des fragments. Ces fragments, je les ai entendus bien des fois,
chantés par des jeunes filles qui les avaient appris aux assemblées'^, sous
l'œil de la Demoiselle^. Je préfère les présenter au lecteur tels que les
donne Nanette Lévesque, l'octogénaire de Sainte-Eulalie; ils paraissent,
dans leur mélange de patois et de français, se rapprocher davantage du
chant originaire,
1 La passion de Jésus-Christ Si vous plait de l'entendre,
2 Entendez la grands et petits Toutes gens d'ordonnance*.
3 D'élai ne viguéron vegni Un grand nombre de mounda,
4 Di iiour chapeaux et iiour rameaux Faisant grand' révérence.
5 O don so dit' lé bon Jésus: « Ici trahison grande! »
6 So dit' Saint Pierre è' Saint Jean : « Je ne le peux pas croire! »
7 O don so-dit lé bon Jésus : « Te lé faudra bien croire!
8 Avant qui soit vendre vegni Tiu verras mon cueur" pendre,
9 Tiu verras mon cueur étendu Le long d'une croix blanche,
10 Tiu verras mes pieds clavelés Et mes mains tout ensemble,
1 1 Tiu verras ma tête coronné Avec d'épignes blanches,
12 Tiu verras mon coté parce Avec un coup de lance,
1. Histoire et clironique de Provence (in-lolio, Lyon, Simon Rigaud, 1614),
p. 584,
2. Rathery, Moniteur universel du 27 avril 1853.
3. Ch. Nisard, Chansons populaires, I, 447.
4. Nom qu'on donne, en certaines parties du Velay, aux réunions que, jour-
nellement, en dehors des heures de classe, les filles et femmes tiennent à la mai-
son d'école. Elles y portent leur carreau, tablette de carton bombé sur laquelle
se tisse la dentelle. Elles travaillent et en même temps causent, prient en com-
mun ou chantent. Plus d'une chanson religieuse devra à ces réunions sa conser-
vation.
5. Sorte de titre honorifique qui désigne l'institutrice, fille de l'ordre de
Jésus, dont le costume se distingue à peine de celui des paysannes. Sur quel-
ques points, on accentue sa déférence pour elle en la qualifiant de dame. Il y a
30 ans, elle n'était partout connue que sous le nom de Blate, qui équivalait à
pieuse fille, pieuse célibataire.
6. Gens de vie réglée, ordonnée, correcte.
7. Dit-il.
8. A.
9. Cueur ou queur, corps.
468 V, SMITH
ij Tiu verras mon sang déceler Tout le long de mes membres,
14 Tiu verras mon sang acampé Par quatre de mes anges,
1 5 Tiu verras la mer surmonter Et les poissons descendre,
16 Tiu verras la terre trembler Et les pierres néfendre,
17 Le soûler perdra sa clarté La lune tout ensemble. »
18 Qui la saupra, qui la dira QVante dzours d'indulzence V
AUTRE CHANT.
1 Lou vespres de Tsalendaz Jésus n'a fait qu'un plaint.
2 Saint Pierre i li vient dire: « Jésus que plaignez tant.?
3 — J'ai bien de quoi me plaindre, Ma mort s'approche tant.
4 N'ai tré din ma compagnio Que mé volon trahi,
5 Gnia vun dzuze et fa dzuze L'autre est mon faux témoin,
6 Gnia vun Dzudas lou traita Que m'a vendu mon sang,
7 Si l'a vendu-t-à Pilata Trente deniers d'argent. »
8 Quon Jésus demande à boire Bien pitoyeusement,
9 Dzudas li porte à boire Bien vitoyeusement,
10 De fève et de vinaigra De suzo to mescla.
1 1 Quon Jésus n'a vi ce boire N'a perdu le parler,
1 2 Les peiras partiguèron La terre tout trembler.
13 L'souler perd sa lumière La lune sa clarté.
Ces fragments de passion devaient se chanter d'autant plus souvent
qu'ils retraçaient et pour le pauvre et pour le riche une partie de l'histoire
la plus vivante qui fût dans leur esprit. Elle leur était remémorée cette his-
toire à chaque instant et par ce qu'ils voyaient et par ce qu'ils entendaient.
Chaque dimanche, la messe et le sermon la leur rappelaient. A l'église,
les images du Christ qui dominaient l'autel et peuplaient les chapelles la
reproduisaient à leurs yeux ; dans les vieux bourgs du Velay, des niches
pratiquées à l'angle des maisons leur montraient des vierges dolentes te-
nant sur les genoux le corps inanimé de Jésus; dans la campagne, deux
chemins ne se rencontraient pas sans qu'à l'un des coins ne s'élevât une
croix, le plus souvent rouge, comme si elle était teinte du sang du
1. Conférez D. Arbaud , Ch. pop. de Provence, II, i ; la passicn, G. Ferraro,
Canti monjcrrini, p. 129, Passione di Gesu Cristo.
2. Les variantes commencent, les unes par :
« A la semaine sainte — Jésus poussa trois plaints »
les autres : « Au jardin des olives, Jésus... »
je n'ai entendu que Nanette Lévesque débuter par : « Lou vespres de tsa-
lenda... » Ce début n'est pourtant point une invention de sa part. « A St-Ger-
main-Laprade, m'écrit M. l'abbé Badiou, une vieille femme de Sainte-Eulalie,
comme Nanette, emploie le même hémistiche. >' Tsalenda, dans notre pays,
désigne Noël, je ne l'ai jamais vu exprimant un jour de la semaine sainte. Une
autre particularité à noter est que cette passion : « Lou vespres de tsalenda... »
Nanette Lévesque l'appelle un noc, un novc, c'est-à-dire un nocl, et elle appelle
tout simplement passion le chant qui précède celui-ci.
CHANTS DE PAUVRES 469
Christ. Le souvenir de la passion saisissait Thomme de tous côtés. Il se
présentait non-seulement aux heures actives du jour, mais encore au
milieu du repos. La nuit, plusieurs fois l'an, dans les hameaux les plus
isolés, en entendait une voix qui disait :
Gens qui dormez, réveillez-vous Petits et grands écoutez tous.
Pensez une heure de la nuit A la passion de Jésus-Christ*!
C'était le Réveilleur qui passait. Il venait quelquefois de loin, le réveil-
leur 2, Il parcourait un rayon de trois ou quatre lieues autour de sa rési-
dence. Muni de sa sonnette, il allait sonnant et chantant.
La sonnette que j'ai en main Ne sonne pas pour d'autre fin,
Sonne que pour vous avertir Que de ce monde il faut sortir'.
Son chant, en même temps qu'il invitait à prier pour les défunts,
montrait aux vivants la constante imminence de la mort et l'inflexible
justice du dernier jugement^.
1 Réveillez-vous, gens qui dormez, Priez Dieu pour les trépassés.
Pour vos parents, pour vos amis, Que Dieu les mette en paradis.
2 On vous mettra dans un tombeau Comme un enfant dans son berceau,
Et la terre vous couvrira, La vermine vous mangera.
3 Quand la trompette sonnera L'ange du ciel n'en descendra,
Il criera : « Morts, levez vous Venez au jugement de tous! »
4 Quand vous serez dedans un bois Vous y trouverez une croix
Vous y trouverez par écrit Le nom du Sauveur Jésus-Christ.
5 A la vallée de Josaphat Tout le monde y paraîtra,
Y aura ni princes, ni barons, Chacun répondra pour son nom.
Voilà le réveilhez de Chamalières5. Un pauvre l'y chantait, il y a
quarante ans. Son nom de famille était Laniel ou Olanier, mais selon un
usage fort répandu dans nos pays, on ne le désignait que par le nom de
la maison qu'il habitait. Il habitait la maison Gabe, on le nommait Gabe
ou Le Gabe. Tous les quinze jours, la nuit, il chantait ses couplets dans
le bourg ; le lendemain matin, il faisait sa cueillette, et il n'est personne
qui ne lui donnât menue monnaie ou comestible.
Il visitait les hameaux quatre à cinq fois Tan, et avait pour ainsi dire
dans son domaine, aux deux côtés de la Loire, tous ces petits groupes
1. Couplet de Nanette Lévesque, de Ste-Eulalie, le seul qu'elle ait retenu.
2. On le nomme aussi Réveilhez. Rèveilleur évite toute confusion entre le chan-
teur et le chant.
3. Couplet de Vorey et de plusieurs autres points.
4. Sous le titre de Jujomen dûrnier, M. Louis Lambert a publié un réveilhez
reconstitué à l'aide de divers fragments, recueillis dans le département de l'Aude.
Revue des langues romanes, III, 123.
j. Dû à Marie Joubert.
470 V. SMITH
de maisons placés sur les degrés du mont Gerbison et du mont Mionne.
Dès qu'on entendait sa clochette et sa voix, on quittait son lit, on
s'agenouillait, on priait pour ses morts, et quand il passait devant la
porte, on ouvrait, on lui disait : « Merci ! » en lui présentant un mor-
ceau de pain.
A Vorey, venait quatre à cinq fois par an, et toujours une fois au
moins dans le voisinage de la grande fête des trépassés du 2 novembre,
un réveilleur du nom de Lhermette, qui habitait, les uns disent le Céaux
d'Allègre, les autres Saint-Just-près-Chomélix. Il arrivait la nuit. Sa
première visite était au cimetière. Là, il sonnait et chantait son réveilhez.
Il parcourait ensuite les rues du bourg, s'arrêtait devant les principales
maisons, chantait en donnant pour refrain à chaque couplet trois coups
de sonnette; puis, le matin venu, repassait pour faire une quête qui
n'était jamais inutile.
La variante que j'ai recueillie à Vorey est à la fois incomplète et
altérée. La chanteuse lui a prêté le refrain d'un cantique d'un mission-
naire du commencement du xviii° siècle, le père de Montfort :
A la mort, pécheur, tout finira,
Le Seigneur à la mort te jugera !
Mais elle n'a pas borné là sa générosité. Elle a de plus glissé dans le
chant un couplet entier du cantique. Pour trouver un réveilhez plus
homogène et moins défiguré, nous n'avons pas besoin d'aller loin ; montons
à une heure et demie de Vorey, dans la commune de Saint-Maurice-de-
Roche, au village de Roche-en-Régnier, et écoutons Marie Mathieu :
1 Réveillez-vous, gens qui dormez, Priez Dieu pour les trépassés,
Pour tous vos parents et amis. Que Dieu les mette en paradis.
2 Quand la trompette sonnera Un ange du ciel descendra,
Il dira aux morts : « Levez-vous, Venez au jugement de tous! »
3 La Ste Vierge de piété Toujours y pleure nos péchés,
Elle n'en prie son cher fils De nous donner son paradis,
4 Là-bas, là-bas dans ce grand bois Vous y trouverez une croix,
Sur cette croix y aura par écrit La passion de Jésus-Christ.
5 Vous autres grands riches marchanr^s Qu'avez tant d'or et tant d'argent.
Que vous servira ces trésors Quand i viendra l'heure de la mort.?
6 Si vous aviez des ennemis Pardonnez leur dès aujourd'hui,
Le Pater nostcr nous apprend De pardonnner entièrement.
7 Quand de ce monde nous partirons Qu'un mauvais drap nous porterons*,
Nos tombeaux seront nos maisons Hélas, pécheurs, pensez y donc!
I. « Un drap blanc, cinq planches, un oreiller de paille sous la tête, cinq
n pieds de terre par-dessus : voilà tous les biens de ce monde. » Couplet du
Gucrz précité p. 456. Voir un même couplet au Chant des Trépassés du Barzaz-
Breiz.
CHANTS DE PAUVRES 47 I
Marie Mathieu a appris ce réveilhez dans l'un des hameaux de sa
commune, à Orsignac. A Orsignac, me dit-elle, quand une personne
mourait, six jeunes filles veillaient le corps, et, la nuit qui séparait le
décès de l'enterrement, à minuit, quatre d'elles quittaient la chambre
mortuaire, faisaient quelques pas en silence par respect pour le mort,
et à une certaine distance entonnaient le réveilhez, qu'elles allaient
répétant de porte en porte. On ne les laissait pas achever ; le maître de
la maison leur criait : « Merci! » et se mettait à dire un De profundis. Il y
a, ajoute Marie Mathieu, environ trente ans que cet usage a cessé. C'est
à peu près à la même date que, dans le Velay, voisin ou peu distant du
Forez, s'éteignaient les derniers réveilleurs des campagnes ' .
Peu d'années auparavant avait disparu un mendiant d'un autre genre,
le Sainî-Jacijuaire^. Il n'avait pas celui-là de résidence fixe. Il habitait
partout et nulle part. Son apparition était toujours imprévue. Son cos-
tume indiquait ses états de service. Il avait vu la mer, et, sur ses bords,
il avait enrichi de coquilles, cousues avec soin, son chapeau et le col de
son manteau. Son long et fort bâton lui avait servi d'appui en un rude
voyage; il le gardait comme un souvenir et comme un témoin. Que
chantaient ces pèlerins, qui n'avaient peut-être pas tous un certificat
de route bien régulier ?
Chantaient-ils quelque variante du chant patois qu'on prête aux pèle-
1. Les bourgs et les villes avaient leurs réveilleurs, mais ce n'étaient point
des mendiants. Ils remplissaient régulièrement une sorte de service public, rému-
néré par l'église ou la municipalité. D'ordinaire, le réveilleur était ou le son-
neur ou le fossoyeur, quelquefois le sacristain.
Le réveilhez se chantait d'abord au cimetière, puis dans les rues, à chaque
coin, et sur les places, au pied des croix.
Il se composait d'un ou de deux couplets; en certains lieux, il en avait
quatre ou cinq et n'était qu'une variante des chants ci-dessus donnés.
Il se chantait toujours la nuit; à Saint-Galmier, une fois l'an, du i" au
2 novembre; à Saint-Rambert-sur-Loire, la nuit qui précédait chaque grande
fête; à Saint-Didier-la-Séauve, la nuit qui précédait les quatre fêtes dames,
célébrées en Velay; au Puy, un couplet unique se chantait toutes les semaines,
la nuit du dimanche au lundi.
En un bourg du Lyonnais, Saint-Symphorien-Ie-Château, le réveilhez se
chantait aussi chaque huitaine, au même moment qu'au Puy.
A Saint-Rambert-sur-Loire, le réveilleur était costumé. Il l'était aussi à
Ambert d'Auvergne. Ici et là, il portait bonnet carré blanc et dalmatique noire
rayée d'ossements de morts.
Le réveilhez a disparu, en quelques villes ou bourgs, à la fin du siècle der-
nier; en d'autres, aux environs de 1850. On le chante encore aujourd'hui, dans
la soirée de la Toussaint, aux hameaux de Margoutou et du Moulin-du-Prieur,
tous deux dépendant de la paroisse de Saint-Anthême, en Auvergne.
Médicis en ses Mémoires (I, 265) donne l'année 1484 comme la date oijfut créé
au Puy. par le Consulat de la Ville, le service de VÙche des âmes du purgatoire;
c'était le nom sous lequel on désignait le réveilleur.
2. Nom populaire du pèlerin de Saint-Jacques.
472 V. SMITH
rins de la Haute-Auvergne ' ou du chant français qu'on attribue aux
pèlerins champenois*, lesquels tous deux rappellent, en chaque couplet,
une étape du chemin, et de cette étape, un trait de mœurs, une image
miraculeuse, une relique vénérée. Je n'ai entendu qu'une fois en notre
pays un chant qui leur ressemblât, et la rédaction m'en parut si moderne
et si artificielle, que j'ai — je le regrette aujourd'hui — négligé de le
transcrire. Peut-être ce chant, comme celui des confrères de Champagne,
et d'autres qu'avec lui donnaient les livrets sortis des presses de Troyes?,
signalait-il le miracle de Saint-Dominique :
Quand nous fusmes à Saint-Dominique,
Entre le coq et la géline,
La Justice de l'enfant.
Où tous les pèlerins qui passent
En ont le cœur fort dolent*.
Le miracle de Saint-Dominique est l'objet d'un chant qui fut très-
populaire au sud du Forez et dans le Velay de l'est. Le père, la mère,
un jouvenceau font route pour Saint-Jacques de Compostelle. Ils ont
franchi la frontière. Ils ne sont pas très-loin de la Galice. Ils s'arrêtent
en une auberge. L'adolescent était charmant, on eût dit une image.
Touchée de sa beauté, la chambrière le veut séduire. Il se récrie. Que
dirait monseigneur saint Jacques ! La femme déçue se venge. Elle glisse
une coupe d'argent dans la besace du trop pudique Joseph, et au départ
des pèlerins, elle les accuse d'avoir volé la coupe. On les poursuit, on
les atteint, on les fouille, on trouve la coupe sur le plus jeune; il est
jugé et pendu. Le père et la mère continuent leur pèlerinage. Mais voici
qu'à leur retour, repassant par le même chemin, ils aperçoivent l'enfant
qui rit du haut de sa potence. Ils l'interrogent. Ils apprennent qu'une
colombe vient lui apporter la nourriture et que saint Jacques tient sous
ses pieds une table invisible. Ils vont informer le juge. Ils le trouvent à
table devant un coq rôti. Le juge leur répond : (.< Je vous croirai quand
j'entendrai chanter ce coq ! n II n'a pas achevé que le coq chante. Il est
éclairé. Il va à genoux demander pardon au condamné. On dépend
l'innocent, on pend la chambrière.
1 . Il est reproduit dans le Dictionnaire statistique et historique du Cantal^ Auril-
lac, 1853, II, p. H5-
2. P. Tarbé. Romancero de Champagne, I, 164.
3. M. A. Socard, dans son volume de Noëls et cantiques imprimés à Troyes,
indique deux éditions d'un petit livre de chansons de pèlerins de St-Jacques.
L'une est approuvée en 17 18, l'autre est sans date.
Le volume de M. Socard reproduit six chansons de l'un de ces livrets. La
première des six avait déjà été publiée par M. Rathery, en 1853 (Moniteur du
27 avril); la sixième, en 1863, par M. Tarbé (Romancero, I, 164).
4. Couplet extrait de la chanson donnée par M. Tarbé et M. Socard.
CHANTS DE PAUVRES 473
Ce récit est en substance rapporté par Jacques de Voragine ' et par
d'autres légendaires avant lui 2. Il a fait le sujet d'un miracle provençal 5
et d'un miracle italien4. Sous forme de chant, il est permis de croire que
les pèlerins souvent le redirent, lui qui attestait à un si haut degré la
puissance de leur patron.
Si le chant du pendu sauvé par saint Jacques n'a pas été encore
publié en France, il l'a été déjà deux fois dans un pays qui a avec le Velay
bien des chants communs et bien des rapports de langage : la Catalogne 5.
Divers chants bretons ressemblent au nôtre par maintes particularités ;
le drame en diffère légèrement, mais le cadre est à peu près le même ;
on dirait de tous ces chants de petites pièces, parentes entre elles, qui
se jouent au milieu de décors à peine changés 6.
Il n'est que l'heure d'arriver à notre complainte. Faute de pèlerins,
c'est à des bergères ou des laboureurs que nous la demanderons.
I (St Romain-la-Chaltn) 1.
1 Si n'en sent trois roumior Qui s'en vent à St-Jacques,
2 N'emmènent un enfant Qui ressemble une image,
5 S'en vent loudza A St-Doméniquo.
4 N'oguéren pas entré L'enfent demande à bioro ;
5 Chambrièro prend le pot Et l'enfant la chandèlo,
6 Tout en quirant du vin D'amourette le pryo,
7 La tasse de l'argent L'a mis' dans sa besace.
8 Quand vient le lendemain Que lou roumior n'en parton^
9 Chambrièro de l'hotoeso N'en pluro et n'en soupiro :
1 . Légende de St Jacques le Majeur, apôtre.
2. Vincent de Beauvais et Césaire d'Heisterbach, cités par Victor Le Clerc,
dans son article sur Aimeric Picaudi, l'auteur présumé d'un chant latin de
pèlerins de St-Jacques, où figure le miracle du pendu, au nombre des titres du
saint. Histoire littéraire de la France, XXI, 272.
3. M. C. Arnaud en a retrouvé et publié les 705 premiers vers. Ludus sancti
Jacobi ; in-12, Marseille, 1858. Extrait dans Bartsch, Chrestomathie provençale,
col. 599-406. Je saisis l'occasion de remercier M. François Simon, de Marseille,
à qui je dois la traduction de ce curieux fragment.
4. Reproduit par M. d'Ancona, Sacre Rappresentazioni, Firenze, Le Monnier,
1872, III, 465.
5. Une première fois par M. Milà y Fontanals. Observaciones sobre la poesia
popular, p. 106; une seconde par M. Pelay Briz: t. I" des Cants populars
catalans; p. 70. Dans les deux leçons catalanes, un coq et une poule reprennent
vie en même temps. Les chants des livrets troyens rappelaient cette double
résurrection.
6. De la Villemarqué : Barzaz-Breiz , Notre-Dame du Folgoat. — Luzel :
Guerziou, les deux versions de Marguerite Laurent; Anne Cozic; Françoise
Coric; M. de La Villeblanche et la petite servante.
7. Transcrit en 1868, par J.-B. Poulin, sous la dictée de Claude, son grand-
père, alors nonagénaire.
474 V- SMITH
10 « 0 maître, mou nomi, Lou roumior nous déroubon,
1 1 La tasso de l'argent Lou roumior lo n'emporten, »
12 leus ent couru après Au chomi de St Jacques.
13 « Caou que l'o n'ouros Pourvu que lo nous sachan! »
14 Ils ont pris cet enfant L'ont pendu dans un arbre*.
1 5 « Paëro, quand tournoris Possas dessous mou nabri.
16 — Hé! enfent, mou nomi, Que ces viendrions nous faire,
17 De voir ces douleurs Et ces malencounyo!^
18 — Partout inqun possoris Fasé mous roumioge,
19 Partout inqun loudzoris Pauya coumo si iou yèrous. »
20 Mais à bout de trois mois Que lou roumior n'en tornen,
21 De tant loin que les 0 vus I s'est métus à rire.
22 « Eh! enfent, mou nomi, Qui t'a sauvé la vioya?
23 — N'es Mousieu St Michas Qui me tient sur so trablo',
24 La coulombe du ciel Qui m'a porté-z-à vivre.
25 — Eh! enfent, mou nomi, Te pourrions-nous descendre?
26 — Nanni, paëro, nanni, Faut avoir la Justice. »
27 Le père i s'en va Trouver monsieur le juge :
28 « 0 juge, mou nomi, Noutre-z-enfent nous parlo.
29 — Histoire ! je te crois Que tou nenfent te parlo,
30 Jeté croirai autant Comme ce poulet qui chante! »
3 ! Mais le poulet se mit A chanter sur la table'.
32 Le juge i s'en va Les deux genoux en terre :
33 « Hé! enfent, mou nomi, Pardon je te demande! »
34 0 n'ent descendu l'enfent L'ent mis dans la chambrièro.
3 5 Et les roumior s'en vent Mènent jouyeuse vioya.
H [St-Genest-Mallifaux) 4.
1 Si n'en sont tré roumios Que s'en vant à St-Jacques ;
2 N'emmenavon un éfant Que semblavo-z-un ange.
1 . Une variante de Marlhes dit : « Si l'ont pris, l'ont monté — à l'échaffaud
de guerre. »
2. Ces mélancolies, ces tristesses.
3. Dans son Voyage au levant, imprimé en 1665, Thévenot, 1. II, ch. 75,
parlant des Coptes, s'exprime ainsi : u lis disent qu'au jour de la cène on ser-
» vit à Notre-Seigneur un coq rôti, et qu'alors Judas étant sorti pour aller
» faire le marché de Notre-Seigneur, il commanda au coq rôti de se lever et
» de suivre Judas; ce que fit le coq, qui rapporta ensuite à Notre-Seigneur que
» Judas l'avait vendu, et que pour cela ce coq entrera en paradis. »
Parmi les manuscrits rapportés d'Ethiopie par M. d'Abbadie, il se trouve un
volume dont le titre a pour équivalent : Actes de la passion. Un chapitre de ce
volume, intitulé : Le livre du coq, développe la légende indiquée par Thévenot.
Catalogue raisonné des manuscrits éthiopiens, appartenant à M. A. T. d'Abbadie,
in-4'', imp. impériale. Paris, 1859. _ ,
4. Transcrit par J.-B. Riocreux, de Marlhes, sous la dictée de la veuve Clé-
ment.
CHANTS DE PAUVRES 475
5 Le premier logis qu'ont fait S'appelle Dominique.
4 N'aguéron pas entré L'enfant demande à boire.
5 Chambrière prend le pot Et l'enfant la chandelle;
6 Tout en tirant du vin D'amour elle le prie.
7 « Siou pas venu si loin Pour rompre mon voyage*,
8 Ni pour déplaire à Dieu Ni à Monseigneur Saint Jacques. »
9 Elle a pris les tasses d'argent Les a mises dans sa besace.
10 Quand lou roumios s'en vant Maître tait que chanter,
1 1 Quand lou roumios s'en vant La chambrière n'en plure.
12 Lui ont dit : « Que pleurez vous Que tant vous chagrinée?
1 3 — Les tasses de l'argent Les roumios lou n'empourton.
14 — Attends, attends, roumios. Attends, vouleurs de tasses!
1 5 — Que n'en sièsen pendus Ormi(?) que nous lé sachat! »
16 N'ont visité les grands N'ont point trouvé de tasses;
ï-j N'ont visité l'enfant Les ont trouvé dans sa besace.
18 Mais si n'ont pris l'enfant L'ont mené pendolère;
19 Trois fois ils l'ont monté Trois fois corde a brisée;
20 Mais la quatrième fois I li ont mis-t-une chaine.
21 « Allez, père, allez Faire votre voyage,
22 Partout onte passaris Faisez comme si ly èrou,
25 Et onte loujaris Étrènna lo chambrièro,
24 Et quand retournaris Ecchi tourna passa, »
25 Quand son père revient De faire son voyage,
26 Tant loin que l'enfant l'a vu L'enfant s'est mis à rire.
27 « Enfant, mon bel enfant. Qui t'a sauvé la vie?
28 — C'est le grand Dieu du ciel Et la vierge Marie.
29 — Enfant, mon bel enfant. Qui t'a porté à vivre?
30 — Un petit oiseau blanc Qui m'a porté à vivre.
3 1 — Enfant, mon bel enfant Couperai-je la chaîne?
32 — Nanni, père, nanni, Faut quérir la Justice.
33 — Justice de cions L'enfant est encore en vie!
34 — Sitôt je le croirai Comme poulet rôti chante! »
35 Le poulet vole au ciel Trois fois n'a battu l'aile.
36 Ont descendu l'enfant Y ont monté la chambrière.
37 La chambrière se pend Avecque trois fils de laine 2.
III [Fraisses] 3.
1 I-z-en sont trois romios ; Tous trois s'en vont à Saint-Jacques,
2 Premier logis qu'ils font, L'enfant demande à boire;
3 La chambrière prend le pot, L'enfant-z-et la chandelle;
4 Tout en tirant du vin Parlant du mariage.
i. Le pèlerinage de St-Jacques était inefficace, si l'on commettait un péché
mortel, soit en allant, soit en venant.
. 2. La chanteuse dit parfois: avec un fil de laine, d'autres fois: avecque sa
jarretière.
3. Chanté par Jean Civet.
476 V. SMITH
5 « Oh non! z-oh non! z-oh non! Faut faire nos voyages. »
6 Dau temps qu'ils dormiont La chambrière mit les tasses
D'argent fin dans sa besace.
7 Quand vient au lendemain Que les romios départent,
8 L'hôtesse se mit à chanter La chambrière pleuravo.
9 « Que pleurez-vous chambrière Que tant vous soupirez ?
10 — Pleure les tasses d'argent fin, Les romios les emportent.
1 1 — Arrête, arrête ici, Romios, voleurs de tasses !
12 Pendus, par saint Jésus ! Pourvu qu'il se sache! »
1 3 N'ont visité père et mère N'ont trouvé point de tasses,
14 N'ont visité l'enfant Les ont trouvé' dans ses besaces.
1 5 N'en sont allés trouver De là monsieur le juge.
16 Mais si n'ont pris l'enfant L'ont mené pendolère,
1 7 Trois fois ils l'ont monté Trois fois la corde casse,
18 Et la quatrième fois Ils li ont mis-t-une chaîne.
19 « Allez, père-z-et mère Faites votre voyage,
20 Recommandez me bien A monseigneur saint Jacques,
21 Et quand vous reviendrez Passez dessous mes fourches.»
22 N'ont bien resté six mois Pour faire leur voyage ;
23 Tout à bout de six mois L'enfant les voit venire ;
24 Tant loin les a vus venir L'enfant s'est mis à rire.
2j « Enfant, mon bel enfant, Qui t'a sauvé la vie.''
26 — C'est mon grand Dieu du ciel Et monseigneur saint Jacques.
27 — Enfant, mon bel enfant, Ne coupons nous la chaîne .^
28 — Oh non ! z-oh non ! z-oh non ! Rompriez votre voyage ' ;
29 Z-en faudra aller quérir Monsieur de la justice, »
30 Père-z-et mère s'en vont Trouver monsieur le juge :
3 1 « Bien le bonjour z-à vous Monsieur de la justice :
3 2 Venez descendre notre enfant Car il est encore en vie.
33 — Votre enfant il est en vie
Comme ce chapon rôti I chante sur la table!'»
34 Trois fois il a chanté Trois fois l'a battu l'aile.
3 5 Le juge alors n'en dit : « Z-ici quelque miracle ! »
36 N'ont descendu l'enfant N'ont monté la chambrière.
37 La chambrière a pendu Par un cheveu de tête.
A peine le chanteur à qui je dois ce dernier chant avait-il terminé qu'il
me demanda si je connaissais le dicton de Saint-Jacques. « Non, fis-je,
quel est-il ? — Tout va à Saint-Jacques, mort ou vif. — Eh ! qu'est-ce
que cela veut dire ? — Cela veut dire qu'autrefois le pèlerinage de Saint-
Jacques était d'obligation ; si on ne le faisait pas de son vivant, à la mort,
l'âme le faisait elle-même avant de pouvoir monter au ciel. »
Victor Smith.
I. Une infraction à certaines procédures judiciaires était sans doute considé-
rée comme une faute grave annulant les grâces attachées au pèlerinage.
MÉLANGES
LES PARFAITS EN -DIDI.
M. Schuchardt a réuni dans son Vokalismus des Vulgarlateins, t. I, p. 55,
plusieurs exemples de parfaits en -didi (-dedi) de verbes en -dere, traités
comme s'ils étaient composés de dare : ascendideraî au lieu d'ascende-
raî, etc. Ces exemples appartiennent à la basse latinité. Mais ces parfaits
remontent beaucoup plus haut. La preuve nous en est donnée par Aulu-
Gelle, VII, 9, dans le passage suivant :
(( Valerius Antias, in libro historiarum septuagesimo quinto, verba haec
scripsit : Deinde, funere locato, ad forum descendedit. Laberius quoque in
Catulario ita scripsit : Ego mirabarquomodomammaemihi descendideranî. »
On sait que Valerius Antias, un des historiens latins mentionnés par
Tite-Live, paraît avoir vécu au temps de Sylla ; et que le poète Laberius
était contemporain de César et de Cicéron.
H, D'A. DE J.
II
POSTILLA AD UNA DELLÉ « ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES
ET PROVENÇALES » DI Adolfo TOBLER
{Remania, II, 237-245).
It. guastada, prov. engresîara.
Il Tobler per queste voci e per le forme italiane inguistara, anguisîarà
propone quai étimo : agresî-ara. Quest' opinione combatte un' altra uni-
versalmente accettata, e che quindi voleva almeno essere ricordata.
Lascio stare Ottavio Ferrari, il quale, spesso acutissimo, questa volta
sbagliô la via, iacendo venire inghistara inguist. da hemisextarius vel
potius ab unus sextarius, ma ricorderô come i lessicografi tedeschi s'oc-
cuparono di questa voce, che penetrô altresî nella loro lingua nelle forme
Angster JEngster Engster, e vi significa 'fiasco di vetro con collo lungo e
stretto', il che coïncide esattamente col valore délia voce italiana. Già il
Fritsch confronte le due parole, se non che dicendo délia tedesca : 'diè-
ses Wori kommt von eng, angusîus\ pare volerle attribuire origine nazio-
478 MÉLANGES
nale. L'Adelung invece ci vede un' importazione straniera : 'questo
nome, die' egli, è dal latino angustus, 0 piuttosto viene direttamente dalP
'\X2X\3x\0 anguistara inguist. anghist. inghist.' Non altrimenti il Grimm s. v.
Angster 'dall' ital. anguistara inguist., che riconducono al lat. angustus\
Un po' più riservato lo Schmelier P 105 : « probabilmente dall'it. angu-
stara;dâangosîo (sic)». Dubita quindi rispetto alla voce tedesca, ma gli è
chiaro che la italiana viene da angustus. E questa è, a parer mio, la vera
etimologia.
Quale délie due derivazioni s'accetti (0 da angrest- 0 da angust-) sta
che le forme, le quali incominciano da an-, sono le primigenie ; in- n' è
una modificazione. Il Tobler non reca esempii che del procedimento
diverso {in- primigenio mutato in an- per la tendenza notissima a sosti-
tuire l'a aile vocali e, i nella prima sillaba âtona d'una parola), il quale
nel nostro caso non ebbe luogo. Era necessario quindi recare esempii
di quel mutamento che si opero nelle voci che qui ci occupano, cioè di
an- in in-; p. es. ambasciata imh. e molto di fréquente in dialetti setten-
trionali, specialmente emiliàni e lombardi, p. es. impolla, ingossa,
inguilla per ampolla, angoscia, anguilla. È facile ravvisare in questo muta-
mento l'influenza del prefisso in-.
Quanto al gui di anguistara da angrestaria il Tobler dice : 'r a disparu
et a été remplacé par u (r) comme cela a eu lieu aussi dans plusieurs
autres mots après les gutturales : ainsi squittino est incontestablement
scrutinium; guitto (bologn. guett), dont l'étymologie n'a pas encore été
trouvée, peut être regardé comme identique avec son synonyme greîto'.
Lasciando stare che due esempii soltanto non sono 'plusieurs', dobbiamo
notare che ne l'une ne l'altro è conchiusivo. Quanto al primo esempio il
confronte fra gui [gué) da gre (in anguist. da angrest.) e qui da cru (in
squitt. da scrut.^ non è esatto in tutte le sue parti. Di squittino parla già
lo Schuchardt. Nel vol. II, p. 274 esegg., reca numerosi esempii di ky
e eu, che in latino si mutano in cui (gui), e nel vol. III, p. 2 58aggiunge:
'Del tutto conforme è l'italiano squittino = scuttino = scrutinio' '. Ora,
come in tutti gli esempii latini, cosi anche in questo italiano, Vu dopo
k (g) è la vocale decisiva ; da essa soltanto puô svilupparsi il suono u',
ui^. In angrest-ara quando pure (0 a togliere lo scontro délie due r 0
1. Dell' omissione délia r egli non parla; probabilmente precedette metatesi ;
da scrutinarc prima scutrinare {^spagn. escudrinar); poi torse per dissimilazione
{r-r = .-r) la r sparî. In questo caso squittino sarebbe sostantivo verbale di
s^uittinare. Notiamo anche la forma sanese scontrirurc, che ha la metatesi; l'ag-
gmnta délia n fa perô supporre immistione del verbo scontrarc riscontrare 'rive-
dere il conto se torna bene, collazionare una scrittura, ecc.', significazione
abbastanza affine a 'fare il computo délie voci'. Onde la / nel port, escoldrinhar?
2. Come si spiega il francese aiguille, pron. c-gùi-W? Littré dice da acicula,
che non puô essere ; i più dicono : immeaiatamente da acucla, come l'ital. agu-
iT. guastada 479
senza questo motivo) la r del tema sia sparita e questo si sia ridotto ad
anghest-, il nesso ghe mal si sarebbe mutato in gui. Ma c' è greîto e
guitto, sinonimi. Le due voci sono ben lontane dall' avère significazione
cosî vicina da formare sinonimia ' ; tutt' al più i loro significati si toccano
in alcun punto. Ma ciô rileva poco; il rappresentare idée, che non sieno
se non leggiermente affini, non escluderebbe da per se la comune origine.
Quello di cui ora si tratta è la questione fonetica : a conferma dell' asser-
zione che angui- possa corrispondere a angre-, il Tobler cita guitto da
gretto ; ma a rendere alquanto probabile l'improbabilissima identità di
queste due voci, fa d'uopo precisamente cominciare dal dimostrar possi-
bile l'equazione gui=^gre. L'argomentazione perde quindi o interamente
G almeno in grandissima parte il suo vigore^.
Se invece ammettiamo quai étimo angust-aria tutto procède benissimo.
Anzi tutto notiamo che la forma primigenia angustara ricorre, seconde
l'Adelung, in un dizionario italiano-tedesco stampato a Roma del 1 501 5.
Da gu senza veruna difficoltà si sviluppô gui. La formola ghi 0 da gu
immediatamente, o forse meglio da gui; cfr. chi da quis. C'è anche ghe^\
modificazione di ghi. La Crusca cita ingastara 5 ; e ga si collega più facil-
mente alla formola ghe che a verun' altra. Nella visione di Tundalo éd.
Giuliari abbiamo agnistara^; gni da nghi nginji. Finalmentevuolsi ricor-
dare che la forma ingrestara, corrispondente alla provenzale, trovasi
nel Vocabolario ecclesiastico del 1489, di cui il Biondelli diede un saggio.
È inghestara con intrusione di r.
glia agocchia, lo spagn. agiija ecc. Ma acacia acocla non puô dare che ai-go-W
0 ai-gou-'l' ; cfr. nei dialetto attuale picardo agouillc. L'Ascoli fu il primo (mi
pare) a notare la difficoltà che offre la forma francese (Archivio glottologico, I,
76 nota), e chiede se forse non risalga 'ail' antico agugilla (acucilla) cosi larga-
mento rappresentato fra i Ladini'. Ne dubito; io già da più anni spiego ai
miei allievi fr. aiguille da acucla acukla ; il dittongo dovrebbe naturalmente essere
disteso, cioè m;, poi per la tendenza délia lingua francese divenne raccollo : ui
corne in lui, lui.
1. Vedasi p. es. il Tommaséo sotto le due voci.
2. C è altrove guitto? dizionanetto lorenese del Jaclot trovasi ouëtlne; poichè
ou qui rappresenta gu {= w germ., v lat.) p. es. ouade 'garde', ouëyn 'gain,
saison d'automne', oué 'voit', abbiamo in on'ctene un derivato da un supposto
(0 esistente?) ouet = guet. La significazione , vilenie, ordure' corrisponde perfet-
tamente. — Nell' aragonese e catalane c' è guito guit, che il Diez registra senza
indicarne l'origine e la sig. Michaelis (Jahrb. f. rom. Lit. XIII 210) fa venire
dal basco.
3. Senza dubbio una délie tante ristampe di quel dizionario, di cui io trattai
nel Bcitrag zur Kundc der norditalienischen Mundarten. Io di edizioni romane non
registrai che una del 400, stampata probabilmente a Roma e una del 1521.
4. Nell'ediz. C'del m'ioBellra^ an gestera ; nel codice B ingestera (in ambedue i
luoghi g rappresenta la gutturale).
5. E nel cod. A' del Beitrag engastera.
6. Il Gaiter nel Propugnatore, VI, 309 l'annovera fra le voci tuttodl in use a
Verona.
480 MÉLANGES
Che guastada sia altra délie tante forme délia nostra voce, è fuor di
dubbio', e forse è di quelle modificazioni alquanto arbitrarie in cui non
è da cercare rigorosa corrispondenza di ciascun suono*. Il Tobler con-
fronta questa voce col primigenio agresî-, immune ancora dall' intrusione
di n, e ci vede per conseguente la solita aferesi di a. Noi cominciamo
dal notare le forme intermedie citate dalla Crusca inghestada = inghe-
stara, e ingastada = ingastara. La sillaba iniziale in- andô facilmente
perduta, come quella che simula il prefisso in-. Quanto alla desinenza,
il Tobler, che nell' étimo da lui proposto aveva la formola r-r, poteva
ammettere r-d quai prodotto di dissimilazione. A noi ciô non riesce pos-
sibile; e mancandoci esempii di r, che da per se si sia mutato in d,
vediamo in -ada in luogo di -ara uno scambio di suffissi?. Giova notare
finalmente la forma sanese guastarda, registrata dal Politi, col suffisso
-arda, che abbiamo in chiavarda, leccarda, scafarda ecc. Quanto alla
sillaba gua, essa dérivera (come il Tobler stesso nota) da gui 0 gue;
origine immediata da gu sarebbe e foneticamente 4 e storicamente (poi-
chè angustara avrà ben tosto ceduto interamente aile forme con -gui-i)
molto raeno probabile.
Ad. Mussafia.
III
NOMS DE PEUPLES PAÏENS DANS LA CHANSON DE ROLAND.
M. Joseph Haupt a bien voulu m'envoyer, à propos de l'article de
notre dernier numéro dont je viens de reproduire le titre, un mémoire
qu'il a publié à Vienne en 1870 et oi^i plusieurs des identifications que
j'ai proposées avaient déjà été faites. Je suis excusable de l'avoir ignoré,
car le titre de ce mémoire, le Palais et le temple dace sur la colonne Tra-
jane, ne faisait guère supposer qu'il y fût parlé de nos chansons de
geste, mais je m'empresse de reconnaître la priorité qui appartient à
M. Haupt. Il a expliqué avant moi les noms de Sorbres, Leutis, Bruise et
Pinceneis. Je suis assez embarrassé pour dire qu'en dehors des résultats
qui nous sont communs, toutes les interprétations de M. H. me semblent
fort aventureuses, la plupart dénuées de toute espèce de vraisemblance.
Il n'y a que l'identification de Gros (v. 3219, oublié par M. Gautier dans
son glossaire) à Grudi qui me semble mériter d'être examinée.
G. P.
1. Cosi anche il Ferrari, il quale dal suc unus sextarius fa venire ^inghistara
et guastada' ; aggiugne per6 che il Monosini traeva la seconda voce da ya^rpo-
etôïi; ed altri dal germ. Watcr 'aqua'. Si vede che molti si sono occupât! délia
nostra voce.
2. Che ci fosse immistione d'altra voce? Non saprei di quale.
3. Çfr. contrada, masnada ecc.
4. È nel portoghese esijuadrinhar il i]ua immédiate successore di eu in scutri-
nare ?
COMPTES-RENDUS
Johannis de Alta Silva Dolopathos, sive de rege et septem sapientibus.
Herausgegeben von Hermann Oesterley. Strasbourg, Trùbner, 1873, in-8",
xxiij-100 p.
Dans la préface qu'il a mise en 1856 en tête de l'édition elzevirienne du Dolo-
pathos français d'Herbert, M. A. de Montaiglon a solidement établi que ce
poème était la traduction, non pas de l'ouvrage latin intitulé Historia septem
sapicntum, mais bien d'un original composé, dans les dernières années du
XII« siècle, par un moine de l'abbaye de Haute-Seille, dans le diocèse de
Toul, nommé Jean. L'habile critique s'appuyait d'une part sur les déclarations
du traducteur français, lequel écrivait au commencement du XIII° siècle, d'autre
part sur la dédicace de l'ouvrage de Jean de Haute-Seille à l'évêque de Metz
Bertrand (1 179-1212), dédicace publiée par D. Mârtène dans son Amplissima
Colkctio d'après un manuscrit de l'abbaye d'Orval, dans le diocèse de Trêves.
Martène n'avait d'ailleurs donné aucun renseignement sur l'ouvrage même de
Jean, et M. de Montaiglon remettait aux érudits allemands le soin de rechercher
ce qu'étaient devenus les manuscrits d'Orval et de vérifier, par l'examen du
texte de Jean, l'exactitude de ses raisonnements.
Quand même ils eussent dli rester privés de confirmation matérielle, ces
raisonnements en eux-mêmes étaient convaincants. Le roman indien de Sindibâd
se présente dans la littérature du moyen âge sous deux formes absolument
différentes, le poème des Sept sages (dont ne diffèrent pas sensiblement le roman
en prose français et le livre latin appelé Historia septem sapicntum) et le
poème d'Herbert, le Dolopathos. Herbert déclare qu'il a traduit un récit latin
du moine Jean de Haute-Seille (ou Selve) ; on a la dédicace mise par ce moine
en tête de son livre ; donc Herbert a dit la vérité. Ce livre n'était sûrement pas
VHistoria septem sapicntum, car ce récit a avec celui d'Herbert si peu de points
de contact qu'il est impossible de considérer l'un comme une traduction de
l'autre. Il était donc évident, d'après les remarques de l'éditeur d'Herbert, que le
moine Jean avait composé un roman latin dont on n'avait plus que la dédicace,
qui était extrêmement différent de VHistoria septem sapicntum, et qu'Herbert avait
dû traduire fidèlement. C'est ce que la plupart des savants qui parlèrent du
Dolopathos après l'érudit français reconnurent sans difficulté.
La question, amenée à ce point par M. de Montaiglon, fut reprise en 1864
par M. A. Mussafia, qui découvrit à la Bibliothèque de Vienne un manuscrit
du XV° siècle contenant un texte latin qu'il reconnut pour l'original d'Herbert.
Il en publia {Mêm. de l'Acad. de Vienne, t. XLVIII) quelques fragments avec les
Remania, Il 3^
482 COMPTES-RENDUS
passages correspondants du français, et les donna sans hésiter comme apparte-
nant à l'ouvrage de Jean de Haute-Seille. Le manuscrit de Vienne manquait
cependant du caractère qui y aurait le plus sûrement fait reconnaître cet ouvrage :
il ne contenait pas la dédicace du manuscrit d'Orval, et, chose plus curieuse, il
commençait par les mots Cum igitiir, ce qui indiquait, comme M. Mussafia sut
l'induire de diverses circonstances, qu'il lui manquait également un prologue. On
s'accorda généralement à admettre avec le savant professeur de Vienne que ce
manuscrit, sous le nom d'Historia Lucinii, contenait bien l'œuvre de Jean et
l'original d'Herbert \
M. Mussafia revint sur ce sujet en 1867 {Mêm. de l'Acad., t. LVII) pour
annoncer qu'il avait découvert à Prague deux autres manuscrits de l'Historia
Lucinii, et pour imprimer trois des récits de l'ouvrage latin, confrontés en partie
avec le poème français et avec une ancienne version allemande. M. Mussafia
faisait pressentir qu'il publierait prochainement, d'après ces trois manuscrits,
l'œuvre du moine lorrain.
Cette promesse n'a pas été réalisée. Cependant l'appel adressé aux savants
allemands par M, de Montaiglon avait donné à M. Hermann Oesterley l'idée de
chercher à suivre la piste du manuscrit d'Orval d'où Martène avait tiré la
dédicace. Ses efforts furent d'abord infructueux : il apprit en effet que l'abbaye
d'Orval, avec sa riche bibliothèque, avait été pillée et complètement détruite
par les Français en 1793. En même temps qu'il aboutissait à cette impasse,
M, Oe., guidé par une singulière interprétation de M. Karl Gœdeke, concevait
l'idée que l'ouvrage de Jean devait être en vers. Il exprimait sa conviction
dans un article de la Gazette d'Augsbourg (février 1872) : le texte contenu
dans les trois manuscrits de Prague et de Vienne, ainsi que dans un quatrième
découvert par M. Oe. à Insbruck, n'était suivant lui qu'un remaniement
en prose du poème de Jean ; il indiquait même divers passages 011 les vers
originaux lui semblaient avoir été conservés, et il annonçait l'intention de restituer
le poème d'après la version en prose. Je signalai cet article ici (Rqmania I 399)
pour dire que cette hypothèse ne s'appuyait sur rien et que les passages allégués
ne ressemblaient nullement à des vers.
M. Oesterley devait lui-même se charger de détruire sa dernière conjecture.
En effet, peu de temps après l'article de la Romania, il apprenait que lors de la
destruction d'Orval les moines s'étaient enfuis par un souterrain en emportant
ce qu'ils avaient de plus précieux, et que beaucoup de manuscrits provenant de
cette abbaye se trouvaient à Luxembourg dans la bibliothèque de VAthcnaeum.
Les recherches faites à la prière de M. Oe. par le docteur Schoetter, bibliothé-
caire de cet établissement, amenèrent la découverte du manuscrit en question,
qui contient la dédicace et la préface manquant aux quatre autres, et qui est
incontestablement celui que D. Martène a vu au siècle dernier. Ainsi la
question de l'original d'Herbert a été définitivement résolue, et le résultat que
M. de Montaiglon avait obtenu par le raisonnement a trouvé une confirmation
1 . Les circonstances qui viennent d'être mentionnées et la date récente du ms. permet-
taient encore de douter : M. Landau [Qucllen des Dccamerone^ p. 129) et M. Comparetti
[Virgilio nel medio evo \ 306) étaient l'un et l'autre portés à croire que le texte
découvert par M. Mussafia était une traduction du français.
JoHANNES, Dolopaîlios, ligg. voti Oesterley 483
positive. Chacun des trois savants qui ont provoqué, commencé et mené à bien
cette recherche, participe au mérite du succès, que le dernier a plus particuliè-
rement remporté.
Le texte du ms. d'Orval, généralement meilleur que celui des manuscrits
secondaires, n'en diffère d'ailleurs pas sensiblement (sauf l'omission dans ceux-ci
de la dédicace et du prologue), et M. Oe. exagère la distance qui les sépare.
Il dit par exemple à M. Mussafia, auquel il dédie son livre : « Il ne vous a pas
été donné, à la vérité, de ramener à la lumière l'ouvrage même de « dam Jehan »,
longtemps cherché et cru perdu, mais vous avez pourtant le mérite, par la
découverte de plusieurs dérivations (ausflùsse) de l'original dans des manuscrits
autrichiens, d'avoir établi le premier le rapport du Dolopathos français à son
modèle latin, et d'être devenu par là le phare qui a éclairé, pour un chercheur
plus heureux, la route vers le trésor disparu. » Ces paroles pourraient induire
en erreur : les copies autrichiennes ne sont pas des « dérivations » de l'original,
c'en sont de véritables manuscrits, moins anciens seulement et moins complets que
celui d'Orval, et M. Mussafia a découvert et reconnu, non pas des imitations
de l'ouvrage de Jean, comme on le croirait presque en lisant M. Oe.,
mais cet ouvrage lui-même. Cette opinion de M. Oe. sur le rapport des
mss. l'a conduit à n'en faire pour la constitution du texte qu'un usage trop
restreint : « Je pouvais, dit-il, imprimer le ms. d'Orval, sans qu'il semblât utile
de tenir compte des dérivations, beaucoup plus modernes, dépourvues de toute
autorité, et avec cela incomplètes ou effroyablement fautives. » Il est vrai qu'il
ajoute : « Cependant j'ai exactement comparé le ms. d'Insbruck d'un bout à
l'autre, et les trois mss. découverts par Mussafia pour les extraits qu'il donne,
mais je n'ai pas trouve de variantes dignes d'être mentionnées. » Cette dernière
phrase nous montre ce qu'il faut entendre par les « dérivations » autrichiennes ;
quant à la collation des quatre mss. autrichiens par M. Oe., il est permis de
douter qu'elle ait été aussi soigneuse qu'il le dit, et en tout cas il aurait pu en
mieux profiter. Des leçons mauvaises de son texte se trouvent corrigées par
les fragments de M. Mussafia, sans qu'il s'en soit jamais aidé. En voici quelques
exemples. P. 4, I. 21 cai, M. (]ui ; 47, 30 uteres, M. utere; 48, 16 iacturum, M.
iactaram; 51,21 pertitus, M. partitis; 6c), 1 1 apruta, M. abrupta; 81, 36 dimisso,
M. démisse. Je ne cite que des fautes évidentes, dont la correction était indiquée
même sans le secours des mss. secondaires^ mais avec ce secours on aurait
souvent pu améliorer le texte. Ces mss., que la commune suppression du début
classe dans une même famille, paraissent à leur tour différer de valeur : celui de
Vienne est le plus rapproché de celui d'Orval, avec lequel il semble même avoir
des fautes en commun (p. ex. 81, 25 seque au lieu de se). Leur date récente les
a trop fait mépriser par l'éditeur, — Un autre secours qu'il a négligé pour la
constitution critique de son texte, c'est la traduction d'Herbert. Si le roman
latin peut servir en maint endroit à nous faire discerner entre les variantes des
mss. la bonne leçon des poèmes français, celui-ci à son tour peut, en nous
faisant connaître le texte qu'Herbert avait sous les yeux et qui était plus
ancien que tous les nôtres (et sans doute, comme on le verra plus loin, particu-
lièrement sûr), nous indiquer quelquefois la vraie forme de l'original. M. Oe. n'a
pas non plus employé cette ressource.
484 COMPTES-RENDUS
Au reste, indépendamment de ces observations, le texte du Dolopathos n'a
pas partout été revu avec toute la minutie désirable. Quoique bon en général,
et quoiqu'il ait été anciennement revu par un correcteur intelligent, le manuscrit
d'Orvalades fautes comme tous les manuscrits ; M. Oesterley s'est permis avec
toute raison de les corriger quand elles rendaient le texte inintelligible, mais
il ne l'a pas fait assez souvent, et il l'a fait parfois à tort ou à faux.
Je dois appuyer cette critique de quelques exemples. Dans le nombre se
trouvent certainement comprises quelques-unes des trop nombreuses fautes d'im-
pression, que l'éditeur excuse par son éloignementde l'imprimerie, et dont il corrige
lui-même une trentaine. — P. 3,1. 14 ss., on ne comprend rien à la phrase telle
qu'elle est imprimée. Je crois qu'il faut mettre après conucrunt un point et non une
virgule, lire dum aut pour cumautcm, aut (1. 16) pour ut et même pour ut dum. —
La phrase qui se lit p. 5,1. 26, 29, est également obscure, et elle a été refaite
dans les mss. secondaires. Elle devient plus claire en lisant solebat pour soUbant,
et en transportant après ingratus la virgule qui est avant. — P. 6, 1. 2 peperat,
I. pcpererat (M. pcpcrit); 1. 3 boîronibus, 1. botrionibus ; 1. 18 vino meram, M. v.
et mero, 1. vino mero ou plutôt mcraco. — P. 7, 1. 16 quidcm, 1. quidam ; I. 3 1
hoc saltem in occultis linguis efficiunt vcnenosis, 1. occulta, ejficiant ; 1. 31-32
Exacucrunt, 1. Exacuunt; 1. 35 curam, 1. curiam. — P. 8, 1. 13 vestrequc,'\z
garderais vo;^UÊ, en supprimant la virgule après Cwar ; I. 22 il doit manquer
après Augusti le mot immemor (cf. Herbert, v. 375). — P. 9, 1. 36 rcspondi,
1. respondendi. — P. 11, 1. 9-10, phrase évidemment altérée, il faut peut-être
soronm pour sororis ; \. 17 laudis, 1. ludis. — P. 12, 1. 51 anna, M. Oe.
corrige annuis, 1. antea. — P. 13, 1. i Luscino, \. Luscinio (en général il
aurait mieux valu adopter la forme Lucinius); 1. 34 augustia, I. an-
gustia. — P. 14, 1. 28 àluti, M. Oe. corrige astuti, 1. acuti (Herb., v.
1430). — P. 15, 1. 35 evaderat, 1. évadent. — P. 16, I. 34 esse, 1. esset. —
P. 17, 1. 25 Virgilio ad deducendum corpus egresso, M. Oe. change corpus en
tempus inutilement : c'est le français « déduire son corps » ; cf. Hèrb. 1856. —
P. 18, 1. 5 callidam, 1. calidam. — P. 20, 1. 18 la leçon repedas donne un sens
étrange ; ce mot étant suppléé par l'éditeur, il n'y a sans doute qu'une faute
d'impression pour repedes. — P. 21, 1. 25 il était tout à fait inutile de changer
Levé en Bene. — P. 27, 1. i i-i 5 la phrase ne reprend de sens qu'en mettant
deux points après omnes et en changeant offcrebatur en offcrebantur ; 1. 37, il faut
un point d'interrogation après conor. — P. 28, I. 32 facto, 1. jato ; en outre
après ce mot il faut intercaler une épithète comme mobili. — P. 31, I. 32
après virtutis suppl. rncmor. — P. 32, 1. 36 manum, 1. manuum. — P. 34, 1. 27,
suppr. la virgule après item. — P- 3S> '• ^^ séparez ingcnas en in gcnas. —
P. 37, I. 18 colubrum, 1. colubrarum. — P. 38, I. 14 il faut un point après
expeto. — P. 39, I. iÇ) fortuna n'a nullement besoin d'être corrigé en infortunio.
— P. 40, 1. 31 ss. la ponctuation est mauvaise, 1. Dolopatos autem, cum regibus
principibusque ac regina cum puellis suis omnibus onustis vcpribus, ad locum pedes
venicbat. — P. 41, I. 4 loca, suppléé par l'éditeur, est inutile; 1. 13 suppr. la
virgule après miscriam. — P. 42^ 1. 30-31 remplacez par une virgule le point
après possis et 1. brevi pour brcvis. — P. 43, 1. 6 tcmperarit, 1. temperavit ; I. 10
catho, 1. cantlio. — P. 44, 1. 24 penitendi, i. penitendum. — P- 45, '• 27 quia,
JoHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 48$
\. quod. — P. 55, 1. 2 dictum, 1. dktu ; 1. 30 tantum, 1. taniam. — P. 56, 1. 20
iudicium, 1. indicium (cf. Herb. 6445 ss.). — P. 61, I. 23-24, suppr. la virgule
après /orf et I. impudcntem pour impudcntum. — P. 62, 1. 17 £/5, I. 5/5. —
P. 65, 1. 24-25 suppr. les virgules après eligendi et 5/^1 et placez-en une après
vdict (cf. la rédaction un peu différente de M.). — P. 6j, I. 1 1 cacabrum,
1. cacabum. — P- 71 deluserat, 1. dduserit. — P. 72, 1. 19 servituti, I. scrvitutc.
— P. 76, 1. 34, il s'agit des enfants transformés en cygnes : Tune casum suum
ut fata illa suprema molorum morem suarum dulcedint vocum... dcflentcs; M. Oe.
change tout simplement molorum morem en disposucrunt (!), et lit : Tune casum
suum, ut fata illa suprema disposucrunt, suarum etc. Il est clair qu'il faut in
olorum morem (cf. Herb. 9693 Comme cigne criant aident) : c'est une allusion au
« chant du cygne «. — P. 77, 1. 34 sonori, I. sonore. — P. 79, I. 18 insolitam,
\. in solitam; I. 20 peperat, 1. pepererat; 1. 29 tu, 1. tui. — P. 83, I. 25 mutc-
tur, 1. imitetur. — P. 86, 1. 14 Pcrjusa, 1. Persuasa. — P. 87, i. 14 trans-
feretur, 1. transferretur ; confirmaretcjue, 1. confirmareturquc. — P. 90, I. 7
citropee, I. Cecropee\ I. 34 passum, 1. passim. — P. 91, 1. 35 suppr. la virgule
après sententia. — P. 92, le vers (je ne sais de qui il est) cité I. 20-21 est
ponctué de façon à être incompréhensible , il faut : Sum quod eram, nec eram
quod sum, modo factus utrumque; I. 24, 1. corruperat ^o\xv cornperatyS\x^^v.\2i
virgule après baptisma, et placez-en une après imposuit et scilicet ; 1. 27 castri-
margiam, I. gastrimargiam. — P. 94, 1. i dominare, I. dominari; I. 4 simpH-
citer, 1. subtiliter; 1, ^0 sternentcm, 1. stertcntcm. — P. 99, I. 5-5 Luscinius...
baptizatus est, nomenque Priscum sibi retinuit; il semblerait qu'il s'est appelé
Priscus , tandis qu'il faut lire nomen priscum; cf. Herb. 12831 : Et si ot nom
Lucimiens, Conques ses nons ne fut changiez.
Jean de Haute-Seille, comme tous les écrivains latins de son temps qui se
piquent d'élégance, fait de très-nombreuses citations, surtout de la Bible et des
poètes classiques ; il eût été bon de les indiquer : M. Oe. l'a fait à la fin pour
quelques passages des Pères, et une fois seulement (p. 2) pour un vers de
Juvénal. Les vers cités auraient dû être imprimés comme tels ; l'éditeur en aurait
au moins ainsi fait disparaître les fautes qui les déparent quelquefois. Ainsi
p. 9, les deux vers d'Ovide, Principiis obsta etc., n'auraient pas été séparés par
un point, mais par une virgule; on ne verrait pas, p. 8$, dans un autre
célèbre passage du même poète. Os homini sublime dédit etc., une virgule entre
videre (1. tuerï) et jussit ; on ne lirait paS;, p. 42, Conticuerunt omncs intentique
ara tacebant ; un passage bien connu d'Horace ne donnerait pas, m. p., entre
autres fautes qui détruisent le sens, corruens pour cereus; un autre, p. 91, I. 6-
1 0, ne serait pas défiguré par une virgule de trop, l'omission de et avant precc
et la substitution de rapidos à rabidos ; enfin deux vers de \'Art Poétique n'auraient
pas été rejetés du texte (p. 88) comme un locus desperatus.
Malgré ces quelques négligences, on doit savoir gré à M. Oe. d'avofr mis
entre les mains du public un texte en somme satisfaisant de l'ouvrage du moine
de Haute-Seille. Dans une intéressante introduction, l'éditeur traite différentes
questions que je vais aborder après lui. La première concerne les sources de
l'auteur. M. Oe. établit très-bien qu'il ne doit pas en avoir eu d'écrites, et que
c'est oralement qu'il a sans doute recueilli tant le cadre de son roman que les
486 COMPTES-RENDUS
histoires qu'il y a intercalées. Mais il va trop loin, à mon avis, en disant à
plusieurs reprises qu'il a puisé « dans la tradition populaire [ans dan volks-
mundc) ». Cela peut être vrai pour telle ou telle des histoires du Dolopathos,
mais rien n'invite à l'admettre pour l'ensemble. II est à peu près certain aujour-
d'hui, pour tous les savants qui se sont occupés de ce curieux sujet (voy.
notamment Comparetti, // Libro diSindibâd\ cf. Revue critique, 1869, 11,327),
que le roman indien de Slndibâd a été transmis aux nations de l'Europe occiden-
tale, au moyen âge, non par une traduction directe d'une des formes qu'il avait
revêtues en Orient, mais par des narrations orales qui ont abouti au roman
français des Sept sages et à VHistoria septcm sapientum, quel que soit d'ailleurs
le rapport de ces deux textes l'un à l'autre. C'est sans doute sous une forme
analogue à celle de ces deux ouvrages, et avant la rédaction de l'un et
de l'autre% que le moine Jean a entendu raconter l'histoire. Il est certain,
comme l'a remarqué M. Landau (die Qucllcn des Dccamerone, p. 19), qu'il n'a
pas puisé directement à une source orientale, car il intercale deux histoires
{Gaza et Puteus 2) qui ne se trouvent que dans les versions occidentales, et une
troisième (Canis), commune à toutes les formes, ressemble plus dans le Dolo-
pathos au récit de l'Historia qu'à celui des livres orientaux*. De son côté, M. de
Montaiglon a fait remarquer que Virgile, devenu le personnage principal du
Dolopathos, figure dans un des récits de VHistoria, et que c'est sans doute ce
qui a suggéré à Jean l'idée du rôle prépondérant qu'il lui a donné*.
Mais si le roman, tel que l'a entendu raconter Jean, ressemblait à VHistoria,
il y a cependant un trait par lequel il s'en distinguait nettement. Tandis que
VHistoria et toutes les autres versions occidentales font confier à sept sages
l'éducation du jeune prince qui est le héros du drame, les récits orientaux ne
lui connaissent qu'un seul maître, Sindibâd, et les sept sages n'apparaissent que
comme de prudents conseillers *. Jean, en substituant Virgile à Sindibâd, se
conforme à ces récits, et M. Comparetti, auquel on doit cette remarque, en
conclut (Virgilio nel medio cvo, I, 507) que « le moine de Haute-Seille avait sous
les yeux un texte, ou plus probablement avait entendu une narration de cette
fable plus fidèle à la forme qu'elle avait en Orient. » Ainsi la version de Jean
nous renverrait à une forme du roman intermédiaire entre celle des versions
orientales et celle qui fut plus tard écrite en français dans les Sept sages et en
latin dans VHistoria. Cette observation est d'un grand intérêt pour l'histoire du
roman, et j'aurai lieu d'y revenir tout à l'heure.
Le fait que le roman des Sept sages avait été raconté à Jean explique fort
bien l'état assez altéré dans lequel il le recueillit. Mais comme il est incontes-
table qu'il a fait de son chef des changements importants au récit qu'il avait
1. Il est certain que Jean n'a pas eu sous les yeux l'Historia, comme on l'a plus d'une
fois supposé, puisqu'il présente quelques-uns des récits qui leui^sont communs sous une
forme plus complète ou plus ancienne.
2. Je donne aux histoires, pour plus de commodité, les noms qui leur ont été assignés
par MM. Gœdeke et Mussafia {Mém. etc., LVIl, 90).
3 . Dans le Dolopathos et dans VHistoria, le berceau se renverse pendant la lutte du
chien et du serpent, et cache l'enfant qui y est couché.
4. Le nom des sept sages de Rome est également commun à Jean et à VHistoria.
j. H y aurait quelques restrictions ou nuances à apporter à cette proposition, mais elle
est vraie dans sa généralité.
JoHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 487
entendu, il est difficile de discerner ce qui lui appartient de ce qui se trouvait
dans ce récit. Rappelons en deux mots le sujet de ce livre si extraordinairement
célèbre. Un roi a un fils d'une femme qu'il perd ; il confie ce fils à un sage
précepteur, qui le lui renverra quand son instruction sera terminée : le précep-
teur a prévenu son élève, après avoir consulté les astres, qu'il doit, en revenant
auprès de son père, rester muet pendant sept jours sous peine des plus grands
malheurs. La seconde femme du roi s'éprend du jeune prince muet, et, se voyant
repoussée par lui, l'accuse d'avoir voulu lui faire violence. Le roi ordonne le
supplice de son fils ; mais sept sages, en racontant des histoires qui mettent en
évidence la perfidie des femmes ou les dangers de la précipitation, font retarder
chacun l'exécution d'une journée : les sept jours accomplis, le prince parle, et la
belle-mère convaincue de mensonge est punie. — Dans la forme la plus ancienne
du récit, il est probable, comme l'a montré M. Comparetti, que chaque sage ne
racontait qu'une histoire, à laquelle la reine répondait; dans les romans orien-
taux, chacun des sages en raconte deux ; dans les romans occidentaux, ils n'en
disent plus qu'une ; dans le Dolopathos, non-seulement ils n'en disent qu'une,
mais celles de la reine sont supprimées. Je n'attribue cette suppression qu'à une
défaillance de mémoire delà part de celui qui raconta l'histoire au moine de Haute
Seille'. Ce narrateur avait retenu le cadre général, il savait que chacun des sages
racontait une histoire, mais il avait oublié que la reine en racontait aussi. Il
devait donc fournir à Jean, outre le cadre, sept histoires racontées par sept
sages, et même huit, car il en faisait dire une aussi au précepteur, mais il ne paraît
s'en être rappelé que trois, celle du maître qui tua par erreur son chien fidèle
(Canis), celle du voleur de trésor (Gaza), et celle de la femme qui fit semblant
de se jeter dans le puits pour rentrer chez elle {Putcus)^. Encore la seconde de
ces histoires était-elle mise avec toute raison, dans le récit originaire, dans
la bouche de la reine : « Celle-ci, dit M. Oe., la raconte comme un exemple de
la méchanceté des fils envers leurs pères et des serviteurs des rois envers leurs
maîtres, et on n'a pu qu'à l'aide d'amplifications variées la rendre applicable au
but que se propose dans le Dolopathos celui qui la raconte, à savoir de
persuader le roi des nombreuses tromperies auxquelles les souverains sont
exposés. » J'avoue que je ne vois pas trace, dans le récit de Jean, d'ampli-
fications faites dans cette vue : l'auteur s'est contenté de tirer la morale en
question d'une histoire qui se prêtait bien mieux à l'autre application.
Si on compare ces trois histoires, telles qu'elles se lisent dans l'ouvrage de
Jean, avec les récits correspondants de VHistoria, on constate facilement une
grande divergence, mais on est assez embarrassé de dire ce qui, dans les traits
propres au Dolopathos, doit être attribué à l'auteur de ce qui se trouvait déjà
dans sa source, La première histoire, Canis, est une des plus connues du
recueil : c'est la seule qui se trouve dans toutes les versions orientales et
occidentales, occupant dans celles-ci uniformément le premier rang. En voici le
sommaire : un chien, laissé seul auprès d'un enfant au berceau, le défend contre
1. Ou de celui — ou d'un de ceux — de qui la tenait ce narrateur. Cela est sous-
entendu.
2. Il faut y joindre celle oii se trouve le nom de Virgile, et dont il n'avait peut-être
retenu que ce nom, sur lequel Jean de Haute-Seille a refait tout le cadre du livre.
488 COMPTES-RENDUS
un serpent qu'il tue ; dans la lutte le berceau se renverse et cache l'enfant ;
le père revient, et voyant seulement le berceau renversé et le chien encore
sanglant, croit que son chien fidèle a dévoré son enfant ; il tue le chien et le
regrette amèrement quand il trouve plus tard l'enfant sain et sauf à côté du
serpent mort. Les traits qui diffèrent dans le Dolopathos et dans IHistoria sont
tous à l'avantage de celle-ci. Le long et inutile préambule est sûrement l'oeuvre
personnelle de Jean, et il faut sans doute aussi lui attribuer l'inepte idée de faire
tuer au chevalier, outre son chien, le faucon et le cheval qui formaient sa seule
fortune. Cette malencontreuse addition a également gâté la morale si naturelle-
ment offerte par ce conte. — Le récit de la femme qui se jette dans un puits
est trop connu par Georges Dandin pour que je l'analyse. Un trait qui lui est
essentiel est que le mari, une fois mis à la porte, soit accusé publiquement
par sa femme d'avoir découché et soit puni de ce méfait imaginaire. Ce trait,
qui se trouve dans les versions orientales, et, sous une forme altérée, dans
VHistona, manque dans le récit de Jean, qui perd ainsi beaucoup de son sel. —
Le dernier des contes qui se trouvent à la fois dans VHistoria et dans le Dolopathos
soulève des questions plus compliquées. Ce conte est bien connu, c'est celui
du trésor de Rhampsinit, qui figure déjà dans Hérodote comme conte égyptien,
et se retrouve, à l'état populaire, chez un grand nombre de nations modernes :
il n'existe dans aucune version orientale des Sept sages. Les différences qu'on
remarque entre la version du Dolopathos et celle de VHistoria sont profondes,
et presque toutes donnent à la version de Jean un plus grand caractère d'anti-
quité. Ainsi l'aveugle qui conseille le roi est préférable à l'officier avare de
VHistoria; la douleur du jeune homme et de sa famille en voyant qu'il s'est coupé
le pouce est plus naturelle (cette mutilation l'empêchant de travailler) que
s'il s'est légèrement blessé à la cuisse ; le récit d'Hérodote, évidemment plus
authentique en cela, nous représente le voleur comme étant l'architecte même de
la tour où est le trésor, et comme ayant laissé exprès une pierre non jointe, qui
tourne sur elle-même et permet à qui connaît ce secret de pénétrer dans la
tour : ce trait a disparu de nos deux versions, où les voleurs brisent le
mur avec des instruments de fer, mais le souvenir en est visiblement conservé
dans le moyen qu'indique l'aveugle au roi, d'après le Dolopathos, pour savoir
par où est entré le voleur (il lui dit de brûler du bois vert dans la tour et de
regarder si la fumée trouve une fissure pour s'échapper). Mais ce qui est le plus
digne de remarque, c'est que le récit de Jean contient deux épisodes de plus que
VHistoria; le premier a peu de valeur : c'est une répétition tout à fait superflue
de l'épisode du pouce coupé, et je l'attribuerais volontiers à l'invention du
moine lorrain. Le second, au contraire, est curieux, et comme on le retrouve
dans un grand nombre des contes parallèles^ on peut affirmer qu'il n'est
pas inventé par Jean. Ce qui est surtout important, c'est que, tout en présen-
tant des circonstances différentes, le fond de ce récit (ruse employée par le jeune
homme pour retirer du gibet le cadavre de son père) se retrouve dans Hérodote.
D'autres additions, comme le préambule sur la mauvaise conduite du fils, sont
certainement le fait de Jean. — En somme, si l'examen des récits Canis et Puteiis
ne mène qu'à constater l'état d'altération où ils étaient quand ils parvinrent au
moine de Haute-Seille, l'examen de Gaza permet au contraire de conclure qu'il
JoHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 489
a connu ce conte comme faisant déjà partie du roman des Sept sages, mais sous
une forme plus ancienne et plus complète que celle qui nous est parvenue dans
VHistoria et les versions qui s'y rattachent.
Nous avons vu qu'il manquait à notre auteur cinq histoires pour compléter
le nombre de huit qu'il avait à fournir. Celles qu'il a intercalées sont les
suivantes : r Histoire de l'empereur qui fit tuer les vieillards et du chevalier
qui sauva son pire malgré cet ordre. M. Mussafia a récemment étudié avec sa
science et sa critique accoutumées toutes les formes de ce récit (cf. Romania,
I, 245), que notre moine a assez fortement modifié. — 2° Histoire de la jeune fille
qui éprouvait ses prétendants et de celui qui emprunta en promettant une livre de chair
à son créancier. Ce récit célèbre, qui est, comme on sait, le sujet du Marchand
de Venise, apparaît peut-être pour la première fois dans le Dolopathos, mais comme
les autres versions, orientales et occidentales, ne dérivent pas de celle de Jean, elles
doivent avoir une source commune, et il est possible que pour notre moine cette
source ait été la tradition populaire. La morale qu'en tire dans le Dolopathos le qua-
trième sage, c'est que peut-être^ en relisant bien les lois, le roi pourra sauver son fils
comme la femme du débiteur a su le sauver de son féroce créancierau dernier moment*.
— 5» Histoire de la justice de Trajan (ou d'Hadrien), mise ici sur le compte de
quidam rex Romanorum. Jean a pu puiser dans des livres, mais sa version diffère
assez des autres pour qu'on croie qu'il l'a recueillie oralement, non certes dans
le peuple, mais parmi les clercs ses confrères. — 4° Aventures d'un célèbre voleur.
Un voleur retiré du métier, pour sauver ses trois fils qui, en voulant marcher
sur ses traces, se sont fait prendre, doit raconter à une reine les trois aventures
les plus terribles qui lui soient arrivées. La première est, sous d'autres noms,
celle d'Ulysse chez Polyphème, mais avec des traits si différents que l'auteur ne l'a
certainement pas puisée dans Homère (d'autant plus que plusieurs de ces traits
se retrouvent dans des variantes de ce récit, populaires chez diverses nations).
Il est vrai que Jean, qui ne nomme pas dans le récit le géant que son voleur
aveugle et terrasse, dit ensuite, dans la morale, quotiens. . . Poliphemum illum
gigantem fefellerit, mais il ne le connaissait sans doute que par le court récit de
Virgile (Aen. III, 616 ss.) et a mis ce nom parce qu'il a été frappé de la ressem-
blance de ce récit avec celui qu'il recueillait 2. La seconde aventure du voleur,
sur laquelle M. Oe. ne donne que peu de détails, et à laquelle on doit sans
doute reconnaître avec M. Landau une origine bouddhique, le montre se suspen-
dant à un gibet et se laissant couper des morceaux de chair pour sauver l'enfant
d'une femme que des striges vont dévorer. Enfin la troisième aventure n'existe
réellement pas : elle a évidemment manqué à l'auteur, qui Ta remplacée par
une suite insignifiante de la seconde. M. Oe. cite à ce sujet un excellent article
de M, Reinhold Kœhler {Or. und Occ, I, 120), qui rapproche de notre récit un
conte gaélique. Seulement ce conte est complet, tout y est motivé et logique, et
il présente évidemment une forme plus ancienne que celle du Dolopathos. Je croirais
1. Herbert, qui a trouvé cette application un peu vague, y ajoute des remarques sur
la ruse des femmes, mais elles sont peu à leur place ici, oii cette ruse ne sert qu'au
bien.
2. M. Oe. admet qu'il «connaissait très-bien le récit de l'Odyssée», mais comment
l'aurait-il connu? M. de Montaiglon parle des «imitations qui furent faites d'Homère
dans les bas-temps»; lesquelles? Il faudrait préciser davantage.
490 COMPTES-RENDUS
volontiers que toute cette histoire, avec son cadre et ses épisodes, faisait partie de
VHistoria septcm sapkntum telle qu'elle s'était formée en Europe quand la recueillit le
narrateur (ou la série de narrateurs) qui la transmit à Jean ; et comme la morale
qu'on en tire assez naturellement est plus propre à pousser le roi à la rigueur envers
son fils qu'à la clémence, je ne serais pas étonné qu'elle eût anciennement figuré
dans la bouche de la reme. Le narrateur aurait donc apporté à Jean cinq
histoires au lieu de quatre, mais on reconnaîtrait encore ici, dans l'altération qu'a
subis la cinquième, le peu de sûreté de sa mémoire. — Ç Histoire des enfants
changés en cygnes. Cette histoire est la seule dont on puisse affirmer qu'elle
a été puisée dans les traditions populaires. Elle a dans le Dolopathos, par son
rapprochement avec la légende du Chevalier au cygne, un caractère spécialement
lorrain qu'a déjà signalé M. de Montaiglon. Ajoutons qu'elle est racontée par
Jean avec beaucoup plus de simplicité et de goût que les autres, et qu'elle a
dans toutes ses parties une suite et une logique qui montrent qu'elle n'a pas été,
comme plusieurs autres, gravement altérée en passant par des intermédiaires
infidèles ou inintelligents.
La part du moine de Haute-Seille dans son oeuvre ne s'est pas bornée à
l'insertion des quatre ou cinq contes qui manquaient dans le récit tel qu'il lui
avait été transmis. Il a fait subir, tant au roman lui-même qu'aux histoires qui
y sont insérées, un remaniement qui ne touche guère le fond, mais qui consiste
surtout en additions ou intercalations. Ces additions ont à peu près toutes le
même caractère : l'auteur veut étaler sa science, se poser en moraliste et en
théologien, et donner à son roman un caractère historique. Il est dominé par
les doctrines qui régnaient alors dans les écoles, et cherche à doter son récit
des ornements que le goût puéril du temps avait mis à la mode. Au reste,
on voit, et M. Comparetti l'a déjà remarqué avec sa pénétration ordinaire
(Virgilio, I, 308), que son idée de faire de Virgile le précepteur du jeune prince
a eu sur toute l'œuvre une influence considérable : « Le cadre chronologique du
récit a été inventé par lui comme l'exigeait l'introduction de ce personnage. »
Mais la science du moine de Haute-Seille était aussi vague que bornée. Il savait
bien que Virgile était contemporain d'Auguste, aussi place-t-il son histoire au
temps d'Auguste, mais il suppose que sous Auguste il y avait des rois qui étaient
ses vassaux, et il n'hésite pas à faire établir Dolopathos sur le trône de Sicile
par le neveu de César. Ses connaissances en géographie sont encore plus vagues :
il sait que Palerme est la capitale de la Sicile', mais il paraît ignorer que la
Sicile est une île : au moins, dans le retour de Lucinius de Rome à Palerme,
qui est minutieusement décrit, ne parle-t-on jamais de passer la mer ; il sait que
Virgile est né à Mantoue, mais il croit que Mantoue est en Sicile*. Je trouve
donc que M. Oe. va un peu loin en parlant de « la science dont il fait
preuve », et en disant qu'il peut passer pour « un des moines les plus cultivés
de son temps » . Il possède, il est vrai, ce savoir creux et stérile, fréquent chez
1. H l'appelle Paterne (II, 29), comme Herbert et tous les auteurs français de ce temps.
On parlait beaucoup, à cette époque, de Palerne, à cause du séjour qu'y faisaient sou-
vent les croisés qui allaient par mer.
2. M. Comparetti (l''/r5:(7io, I, 306) lui attribue d'autres bévues dont il est innocent et
qui sont le fait d'Herbert.
JOHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 491
ses contemporains, qui se compose uniquement de formules et de citations,
mais il y avait à la fin du XII» siècle des hommes et notamment des moines
qui étaient bien autrement instruits : le savoir de Jean est un vrai savoir
d'écolier de cloître.
Le nom qu'il a donné à son héros est expliqué par lui-même : Dolopathos
i. e. doliim vcl dolorcm paticns, ex grcco latinoqiic sermonc compositum. Il n'y a
pas là de quoi conclure, comme on l'a fait (Landau, 1. 1., p. 133), qu'il «semble
avoir eu quelque connaissance du grec»; le mot pathos était un de ces termes
courants dans l'école que tout le monde savait sans avoir jamais vu un livre grec '.
Ce nom bizarre a-t-il été suggéré à Jean , au moins en quelque mesure, par le
récit qu'il a entendu? Il est difficile de le dire. Ce qui paraît certain, c'est que
sa belle étymologie nous a valu tout l'ennuyeux préambule de son livre, qui a
pour but de nous montrer comment Dolopathos souffrit de la ruse de ses envieux.
A cette fade histoire il a joint le portrait idéal d'un bon roi, tracé d'après les
formules courantes, après quoi il nous donne, également d'après les idées les
plus banales de son temps, l'idée de l'éducation que Lucinius reçoit près de
Virgile, il insère une anecdote sans aucun intérêt sur les talents de Lucinius en
astrologie -, et s'étend d'une façon insupportable, en intercalant sans cesse de
longs discours, sur le retour du jeune prince chez son père. Son ouvrage a cent
pages, en voilà déjà vingt-cinq d'occupées, et comme il y en a seize à la fm qui
sont prises par un hors-d'œuvre plus inutile encore, et qu'avant le récit du premier
sage il y en a encore seize à lire, c'est au moins la moitié du livre qui est non-
seulement inutile, mais tout à fait nuisible à son effet. Que nous importent les
aventures antérieures et postérieures du père et du fils ? tout l'intérêt du roman
est évidemment dans l'accusation portée contre le fils et dans l'incertitude qui
renaît chaque jour sur son sort.
L'histoire de la tentative de séduction exercée sur le jeune prince par sa
belle-mere est longuement traitée par le moine. Il a motivé un peu mieux,
à l'aide de réminiscences classiques, la conduite de la reine ; on peut seulement
relever quelque niaiserie dans le procédé qu'emploie Dolopathos pour faire parler
son fils (ajoutons que lui-même ferait mieux de se taire que de débiter ses longs et
insipides discours), et surtout une indécence gauche dans la description des ten-
tations auxquelles est soumis Lucinius (Herbert a été obligé d'adoucir certains
détails trop grossiers). Enfin la reine porte sa plainte perfide, le roi condamne
son fils, qui continue a se taire, on dresse le bûcher, on va l'y jeter, quand se
présente le premier sage, à l'intervention duquel il va devoir le salut pour un jour.
Notre auteur se trouvait à ce moment dans une situation assez embarras-
sante. Dans VHistoria, comme dans les versions orientales, tout le nœud du
drame est dans l'effet que produisent sur le roi les récits qu'on lui fait entendre.
Le premier jour, comme il hésite à faire mourir son fils, la reine, pour le déci-
1 . Il ne faut pas rapporter dolo au grec, puisque Jean dit expressément que le grec et
le latin entrent dans la composition de ce nom,
2. Si au moins ces talents servaient au prince, — comme dans d'autres versions, —
à prévoir lui-même ce qui le menace ! Mais non : c'est Virgile qui lui impose le silence
sans lui dire pourquoi. — Jean aura-l-il remplacé par cette aventure dramatique la
preuve bizarre que le jeune prince donne de sa sagesse dans VHistoria, et qui lui aura
semblé trop invraisemblable ?
492 COMPTES-RENDUS
der, lui raconte l'histoire du jeune arbre auquel on sacrifia le vieux, et, pour
qu'on ne le traite pas de même, il donne l'ordre d'exécuter le jeune prince.
Le premier sage lui apprend alors l'aventure de celui qui par une funeste méprise
tua son chien fidèle, et il fait remettre, crainte de pareille erreur, le jeune homme
en liberté. Mais le lendemain matin la reine le décide à redonner l'ordre fatal en
comparant les manœuvres des sages aux ruses par lesquelles un pasteur sut endormir
et mettre à mort un sanglier. Il délivre une deuxième fois son fils sous l'impression
de l'histoire du deuxième sage (Hippocrate et son neveu), le condamne une troisième
fois après la troisième histoire de la reine (le Voleur du trésor royal), et ainsi de
suite, jusqu'à ce qu'arrive le huitième jour où le prince rompt le silence. Jean
de Haute-Seille, dans la source duquel manquaient les histoires de la reine, ne
pouvait procéder ainsi. Si en effet le récit du premier sage avait décidé le roi
à la clémence, le roman était fini, tandis qu'il fallait faire durer la situation
pendant sept jours. Aussi dans le Dolopathos n'est-ce pas la morale du conte
qu'il entend qui décide le roi à faire grâce : chaque sage à son tour offre au roi
de lui raconter une histoire et lui demande en échange du plaisir qu'elle a dû
lui faire, et comme une faveur personnelle, de remettre d'un jour le supplice du
prince*. Le biais est assez ingénieux, mais les contes, qui dans le récit primitif
appartiennent essentiellement au drame, ne sont plus ici que des hors-d'œuvre :
les sages pourraient demander un don au roi pour n'importe quel autre motif.
Le caractère du roi, qui dans le récit primitif modifie deux fois par jour, sous
l'influence d'un conte, ses résolutions les plus graves, est à coup sûr peu vrai-
semblable, mais il est tellement dans le goût oriental 2 et il donne tant dépiquant
au récit que ce dernier perd beaucoup à la modification introduite dans le
Dolopathos. Les romans indiens de ce genre, qu'on peut appeler à tiroirs, sont
admirables pour l'habileté avec laquelle ils rendent inséparables de l'action qui
fait le cadre du récit les contes qui y sont intercalés. Il s'en faut que les
imitateurs occidentaux aient en cela aussi bien réussi ; quant à notre auteur, l'état
fragmentaire où le récit lui est parvenu peut lui servir d'excuse.
Nous avons dit plus haut qu'en d'autres points cet état devait être intermédiaire
entre la forme purement orientale du roman et la forme occidentale que nous offre
VHistoria, et nous en avons vu une preuve dans le personnage de Virgile, seul pré-
cepteur du prince comme le Sindibâd oriental, tandis que les sept sages sont tous
ses maîtres dans VHistoria. Dans le récit que Jean avait entendu, ces personnages
semblent avoir été pour ainsi dire à mi-chemin de la transformation qu'ils ont
subie en Europe. Dans les récits orientaux ce sont les conseillers du roi qui,
par pur souci de la justice et des intérêts de leur maître, s'efforcent de soustraire
le jeune prince à un supplice qu'ils croient immérité ; dans VHistoria ce sont les
précepteurs du prince, qui défendent leur élève dont ils connaissent l'inno-
cence et les motifs cachés. Dans le Dolopathos on ne sait au juste ce que c'est :
1 . L'Historia, à vrai dire, est auSsi entrée dans cette voie, mais les contes ont encore
sur les sentiments du roi un effet direct qu'ils n'ont plus ici.
2. M. Comparctti, dans un excellent travail {Intonio al libro dci Settc Sain di Komu,
Pisa 186 s), que je n'avais pas sous les yeux en écrivant cet article, croit que ce roi ridi-
cule n'est pas primitif; mais je ne saisis pas très-bien le caractère que le roi aurait eu,
d'après lui, originairement.
JOHANNES, Dolopallios, hgg. von Oesterley 493
chacun d'eux déclare qu'il est « un des sept sages de Rome » ; ils arrivent tous
les jours à point nommé sur le lieu du supplice au moment oi!i on va brûler
Lucinius ; ils content leur histoire, obtiennent un sursis d'un jour et dispa-
raissent ; on n'en parle ni après ni avant. On devine vaguement qu'ils sont
sous l'autorité de Virgile et envoyés par lui, mais voilà tout. L'auteur semble
avoir su seulement que « sept sages » venaient raconter des histoires pour
sauver le prince, et qu'ils étaient subordonnés à son précepteur*. II a évité de
nous donner sur eux des renseignements qu'il n'avait pas, et les a laissés dans
le vague où il les avait reçus.
Quand les sept sages ont fait leur conte, les sept jours sont écoulés* : Virgile
arrive, l'enfant parle et la vérité se fait jour. Ce trait rattache encore directe-
ment le Dolopathos aux récits orientaux. L'arrivée du maître, qui jusque-là s'est
tenu à l'écart, ne peut naturellement être ainsi racontée que dans les versions
où le prince n'a qu'un précepteur, et où les sages ne sont pas ses maîtres.
Aussi manque-t-elle dans VHistoria, tandis qu'elle figure à^ns \e Sindibdd^
(il est vrai qu'elle n'y a pas l'importance que lui donne le Dolopathos) et dans
Jean : preuve nouvelle que le récit qu'il a connu offrait une forme de VHistoria
plus ancienne que celle qui nous est parvenue. Au reste, Virgile, dont la
seule présence, en déliant la langue du prince, met fin au drame, raconte
ici, comme les sages, une histoire, qui, bien que destinée à mettre en lumière la
perfidie des femmes, n'en est pas moins absolument inutile et déplacée en un
pareil moment.
Le prince délivré, la belle-mère punie, on permettrait à l'auteur de nous dire en
deux mots que le roi et Virgile moururent cette année, et que Lucinius eut un
règne long et heureux. Mais notre moine ne s'en tient pas là, il fait suivre le
récit, qui est vraiment fini, de deux appendices qui lui sont tout à fait propres.
Le premier n'a que vingt lignes, mais il n'est pas sans importance, parce qu'il
nous montre, surtout si on le joint au prologue, l'esprit dans lequel Jean
écrivait et le genre d'intérêt qu'avait pour lui le récit qu'il mettait en latin.
Le moyen âge scholastique n'a jamais eu l'idée du beau pour lui-même, non pas
même celle de l'agréable en littérature : aux yeux de tous les clercs de ce
temps on n'écrit que pour être utile, pour dire la vérité, pour enseigner.
M. Comparetti a fort bien développé ce point de vue dans son livre sur Virgile :
le mot de grand poète n'a pas de sens pour les hommes de ce temps ; un grand
poète est pour eux un grand savant, un homme qui a enseigné aux autres des vérités
utiles, des secrets précieux. Aussi, pour avoir le droit de faire entrer dans la
littérature latine le roman qu'il avait entendu raconter, Jean l'envisage au point
de vue de l'utilité. Il oublie, de bonne foi peut-être, que ce sont les aventures
merveilleuses dont il est plein qui l'ont amusé et charmé ; il croit ou il prétend
faire œuvre d'historien et de moraliste. Son prologue, à travers les fleurs de
1. Ce nom des Sept sages de Rome, qui est tout à fait propre à VHistoria, montre bien
que la source de Jean avait déjà reçu une forme voisine de celle de VHistoria.
2. Ces sept jours n'ont pas l'importance que leur donnent les autres versions dans la
nôtre, où le prince doit se taire jusqu'à ce qu'il ait revu son maître.
3. Je désigne sous le nom de Sindibâd l'ensemble des récits orientaux, envisagés dans
ce qu'ils ont de commun, tel que M. Comparetti l'a restitué.
494 COMPTES-RENDUS
rhétorique qui le parsèment, se résume ainsi : les anciens auteurs n'écrivaient
que la vérité, les modernes ont le tort d'avoir écrit des mensonges ; lui, Jean,
qui lit sans cesse les anciens, en les parcourant s'est souvenu d'un roi sub quo
et cui mira contigcnmt, et dont les historiens n'ont pas parlé, peut-être parce
qu'ils ne le connaissaient pas. Alors, pour que l'oubli n'efface pas peu à peu
tanta îanti régis opéra, il s'est résolu à les écrire, tout en sachant qu'il n'a pas le
talent que demanderait une pareille tâche. — Arrivé à la fin du roman propre-
ment dit, il nous en donne la morale : cette morale, c'est l'admiration que
doivent exciter en nous la justice du père et la constance du fils. Voilà une
singulière conclusion ! Le roman indien aussi était originairement un ouvrage de
morale, mais la morale qui s'en dégageait ressortait plus clairement que celle de
Jean : il enseignait à se défier des femmes et à ne pas précipiter ses résolutions.
En chemin, l'application s'était perdue : celle que le moine a inventée n'est pas
heureuse. — S'il est moraliste, il est historien, et cette seconde qualité nous
vautj tout à la fin du livre, une autre petite digression. Lui qui a si vivement
reproché aux « modernes » leurs mensonges, ne doutera-t-on pas de la vérité
de son récit? ne lui reprochera-t-on pas d'avoir imité ceux dont il blâme les
défauts dans sa préface ? A cette accusation il fait deux réponses, la première
excellente, et même spirituelle : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit non comme vu,
mais comme entendu' par moi, pour le plaisir et l'utilité des lecteurs, et si les
événements que j'ai racontés n'ont pas eu lieu, il suffit qu'on croie qu'ils ont pu
avoir lieu. » La seconde est fort étrange : « Si quelqu'un ne veut pas croire ce
que je raconte, qu'il me dise comment les sorciers de Pharaon changèrent leurs
verges en serpents, créèrent des grenouilles, ensanglantèrent les eaux du Nil ;
qu'il me dise comment la Pythonisse évoqua Samuel, et comment Circé changea
les compagnons d'Ulysse en différents animaux, ce que saint Augustin et Isidore
de Séville attestent être vrai ; et puisqu'il ne peut nier tous ces faits, il faut
bien qu'il reçoive aussi pour vrais ceux que je raconte. » De pareils raisonne-
ments ne choquaient pas à cette époque. — Cet homme qui prouve si hardiment
la vérité de ses contes par les miracles de la Bible n'est certes pas un railleur
sceptique. Il consacre tout un long appendice de son roman à une exposition de
la doctrine chrétienne. Cette idée lui a encore été suggérée par l'introduction
de Virgile dans l'histoire des sept sages : nous avons vu qu'à cause de cela il
avait mis son récit à l'époque d'Auguste. Il ne pouvait oublier que cette
époque était celle de la venue du Christ, et, obligé de laisser vivre et mourir
dans le paganisme son Dolopathos, ce modèle des rois, il a trouvé queLucinius
avait trop de vertus pour ne s'être pas fait chrétien du moment que la chro-
nologie le lui permettait. Il termine donc son histoire en racontant qu'un
disciple des apôtres vint en Sicile, et, tant par ses arguments que par un
miracle éclatant, convertit Lucinius, qui quitta son royaume pour aller en
pèlerinage aux saints lieux, d'où il ne revint pas. Cette dernière partie, où
M. Mussafia a indiqué avec raison des réminiscences du roman pieux de
Barlaam et Josaphat, est un tissu de lieux communs. Le miracle est calqué sur
tous ceux qui émaillent les légendes des apôtres et de leurs successeurs ; la
I. Non ut visa, sed ut audita. Preuve nouvelle que Jean avait entendu raconter et
non pas lu le roman.
JoHANNES, Doiopathos, hgg. von Oesterley 495
prédication est un ramassis de toutes les banalités qui constituent l'apologétique
chrétienne du moyen âge. C'est d'ailleurs une marqueterie de passages
empruntés aux Pères de l'Église, et je pense que peu de phrases appartiennent
en propre à l'auteur, dont à cause de cela la latinité paraît ici supérieure à
elle-même. M, Oe. a relevé, après M. de Montaiglon, plusieurs de ces emprunts;
il aurait assurément pu, s'il l'avait jugé utile, en grossir notablement le
nombre.
J'ai dit un mot plus haut de ceux des contes intercalés dans le Dolopathos,
qui ont un pendant dans VHistona. L'auteur y montre les mêmes traits distinctifs
que dans le roman qui sert de cadre. Il éprouve le besoin d'allonger, d'arrondir
de motiver le récit qu'il a recueilli. Il s'acquitte de cette dernière tâche, qu'il
est honorable pour lui d'avoir entreprise, avec une certaine habileté ; mais il
perd trop souvent de vue, dans sa préoccupation du détail, le sens et le but du
conte. Ainsi, comme on l'a vu, le récit des aventures préalables du chevalier
qui tua son chien est ennuyeux, inutile et même préjudiciable à l'effet ; il en
est de même de l'exposé des mauvais déportements du jeune homme qui, avec
son père, vola le trésor du roi. — Les contes qui ne sont pas dans VHistona
paraissent traités à peu près de même : notre auteur les a connus sous des
formes plus ou moins altérées, il a cherché à les rendre plus complets et plus
vraisemblables, mais il les a souvent délayés et mal à propos amplifiés. Dans
l'histoire de l'empereur qui fit tuer les vieillards, il a eu l'idée assez ingénieuse
de supposer que celte mesure atroce avait été prise dans un siège où les
bouches inutiles étaient dangereuses ; seulement il a par là affaibli l'effet du
récit : car il est clair qu'une fois le danger passé, l'empereur n'en voudra pas
beaucoup au chevalier qui a sauvé les jours de son père, tandis que dans les
autres versions l'empereur, qui a voulu détruire les vieillards comme tels,
a prononcé la peine de mort contre qui en soustrairait un à son sort. L'histoire
est d'ailleurs agréablement et, dans sa partie essentielle, spirituellement contée.
— Le conte de la jeune fille qui éprouvait ses prétendants et de celui qui
donna en gage une livre de sa chair, est en lui-même tellement merveilleux que
Jean n'a guère essayé de le rendre plus vraisemblable : il l'a rédigé avec une
certaine brièveté, et s'est seulement trouvé embarrassé, comme je l'ai noté plus
haut, d'en tirer une morale convenable pour la circonstance. — L'histoire
de la justice de Trajan est accommodée ici au goût du moyen âge : le fils de
l'empereur tue le fils de la veuve, parce que celui-ci a mis à mort son faucon,
qui avait étranglé la seule poule de sa mère. A part ce trait, l'anecdote offre
avec les autres versions (du moins avec celles oi!i figure le p.ls de la veuve) une
grande similitude, et tout en admettant que Jean l'a recueillie oralement (voy. ci-
dessus, p. 489), on pourrait peut-être déterminer la source d'où elle lui est
venue. Au reste, c'est encore ici un récit dont la moralité est singulièrement
forcée pour servir à persuader le roi de ne pas faire mourir son fils. — La
longue histoire du voleur manque d'un épisode, et nous avons vu par quel artifice
Jean avait essayé de combler cette lacune. Le peu d'imagination qu'il y a déployé
montre au moins qu'il n'a en aucun cas inventé les récits qu'il a rédigés. —
Enfin le conte des enfants changés en cygnes est le meilleur : on voit que l'au-
teur a eu à sa disposition des matériaux excellents et vraiment populaires.
496 COMPTES-RENDUS
Après avoir apprécié les sources auxquelles a puisé le moine de Haute-
Seilie, l'esprit dans lequel il a écrit son livre et le talent avec lequel il l'a
composé, il resterait à parler de son style. Cette étude, faite dans le détail,
nous mènerait trop loin. Bornons-nous à dire qu'il sent l'école, comme
l'ensemble de l'ouvrage. Jean était jeune quand il écrivit son roman : il parle
avec reconnaissance de son maître, et prie l'évêque de Metz d'accepter avec
bienveillance primas fructus plante quam plantavil amicus vcstcr Hcnrkus, monas-
terii mci venerabilis dispensator. On peut moins se fier aux protestations de
modestie et aux aveux d'ignorance, que, suivant l'usage de ses contemporains, il
enveloppe dans les phrases les plus prétentieusement entortillées : Presumpsi ta
igcsta), quamquam elinguis et idiota, quamquam nullius discipline scientiam asse-
cutus, saltcm qualicumque stilo describere, non tam materiam phaleratis verborum
pompis cupicns colorare (vel ut verius decolorare dicam), quam materie veritatem,
prout rcs geste sunt, simplici pedestrique calamo satagens declarare ' . Ceterum rogo
te, 0 lector, si quid incullum vel minus apte positum reppereris, doncs veniam,
sciasque me non multum in Prisciani regulis desudasse, necdum me in florigeros Quin-
tilliani TulUique ortulos récépissé '. S'il faut prendre à la lettre cette dernière
phrase, on en conclura qu'il n'avait encore fait que des études gramma-
ticales et n'avait point abordé la rhétorique. Mais on en doute en lisant son
ouvrage, qui est écrit, sinon toujours avec clarté et correction, du moins
toujours avec recherche, et qui est muni, notamment dans les parties où il
parle en son nom et dans les discours qu'il prête à ses personnages, de tous les
ornements de la rhétorique d'alors. On remarquera notamment, dans la dédicace
et la préface, le soin avec lequel il conforme les chutes de ses phrases aux
règles rhythmiques en vogue au XIII' siècle' et qui certainement remontent
beaucoup plus haut. Presque toutes se terminent par un dactyle et deux
trochées rhythmiques, comme les deux que je viens de citer (satagens declarare,
hôrtulos récépissé). Au reste, il serait injuste de le juger d'après cet échantillon :
dans la narration proprement dite, il est heureusement moins fleuri, et il a des
pages qui, sans être tout à fait exemptes de maniérisme monacal, se font
lire agréablement. M. Oe. me paraît l'apprécier avec quelque peu de partialité,
mais il a raison de dire que son œuvre lui fait surtout honneur si on
considère que c'est son début littéraire. On ne voit pas d'ailleurs qu'il ait écrit
d'autres livres.
Quoi qu'il en soit du mérite de Jean de Haute-Seille, son ouvrage ne manqua
pas d'un certain succès. 11 se répandit en Allemagne, où on le transcrivait au
XIII" siècle dans le ms. d'Orval, et particulièrement en Autriche, où on en faisait
au XV' siècle les quatre copies qu'ont découvertes MM. Mussafia et Oesterley.
A peu près à la même époque (d'après la langue) on en traduisait six contes
en allemand*. Mais ce qui a surtout fait connaître l'œuvre de Jean c'est la
1. Cette phrase est inintelligible dans l'imprimé, où on lit notam pour non tam,
colerare pour colorare, et où l'éditeur a changé en decorare le decolorare du ms., et mis
une virgule après satagens.
2. Ms. éd. Cipriani, recubasse.
3. Voy. Thurot, la Gramm. au moyen âge, p. 480 ss.
4. Ces contes ont été traduits sur le latin, mais avec l'intention de les détacher du
JOHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 497
traduction qui en a été faite avant 1225' par le poète français Herbert.
Signalé dès le XVII« siècle par Fauchet, abrégé en partie au XVIIl" siècle dans
le Conservateur, analysé en 1838 avec de longs extraits par Le Roux de Lincy,
le poème d'Herbert a été publié en entier il y a dix-sept ans par MM. Ch. Brunet
et A. de Montaiglon. Il a, dans cette édition, 12904 vers 2 et suit fidèlement le
texte latin: M. Mussafia a déjà fait remarquer qu'il est un peu plus court dans
l'appendice théologique de la fin, tandis qu'il décrit plus au long les fêtes, les cos-
tumes, etc.; ce qu'il abrège surtout, ce sont les réflexions morales. Il passe aussi
la dédicace, bien qu'il l'ait connue ', et supprime un assez grand nombre des cita-
tions bibliques ou classiques de Jean. Mais ce qui offre dans son poème la question
la plus intéressante à la critique, c'est la circonstance suivante : la deuxième
histoire (Gaza) contient des épisodes qui ne se trouvent pas dans le latin ; et la
dernière [Puteus) a pour préambule un conte (Inclusa) qui se retrouve dans
VHistoria septcm sapientum, mais qui manque également dans l'original. On peut
expliquer cette différence de deux manières : ou Herbert a eu sous les yeux un
texte plus complet du roman latin, qui contenait ces deux épisodes et cette
histoire, ou il les a ajoutés de son chef. M. Mussafia s'est prononcé pour la
première opinion , et a trouvé dans le texte même de Jean une confirma-
tion de sa thèse. En effet, d'après Herbert, la femme qui, dans le conte
du puits, joue le rôle d'Angélique dans Georges Dandin, s'est fait enlever une
première fois par son mari actuel, grâce à une ruse dont je reparlerai tout à
l'heure. Le latin ne dit mot de cette première aventure, mais en racontant la
seconde, il dit de cette femme : Illa vero, artiiim suarum non immemor, sur quoi
M. Mussafia remarque : « Ces paroles font évidemment allusion au récit anté-
cadre et de les présenter isolément ; voy. notamment le début de Puteus dans Mussafia,
1. 1., p. 79.
1. M. de Montaiglon fixe la date entre 1222 et 1224 ou 1225, parce que Loeis,
auquel il est dédié, appelé au début fils de roi (il s'agit de Louis VIII), est appelé roi à
la fin, et que, couronné en 1223, il mourut en 1226. Mais le vers Au bon roi Loeis le
livre me paraît une fabrication de copiste. Le ms. de Fauchet portait : Herbert define ici
son livre, A l'evesque de Meaus le livre; M. de M. conjecture fort ingénieusement que
« Jehan, ayant mis en tête son épître à l'évêque de Metz, a pu à la fin le nommer
de nouveau, et Herbert traduire cette mention par inadvertance », en rendant
d'ailleurs Metensis par de Meaus et non de Mes, ce qui amènerait à conclure qu'Herbert
était de l'Ile-de-France. — Mais comment la mention de l'évêque de Metz ou de Meaux
et celle du bon roi Louis pourraient-elles toutes deux être d'Herbert ? Comment, se
nommant, s'adresserait-il à cet évêque? L'inadvertance serait un peu forte. — Voici mon
explication. Herbert, en arrivant à la fin du roman qu'il traduisait, a ajouté, se référant
au début de son poème et à la préface du livre latin : Jehans define ici son livre, A
l'evesque de Mes le livre (c'est d'autant plus probable que les réflexions qui suivent sont
encore traduites de Jean). Un premier copiste, qui avait oublié le Jehan nommé au
début, a remplacé ce nom par celui d'Herbert, et, par erreur, changé Mes en Meaus :
c'est ce que donnait le ms. de Fauchet. Un second copiste, voyant qne le poème était
dédié non à un évêque, mais à Loeis fils au roi de France a changé le vers pour en faire
Au bon roi Loeis le livre. Donc ce vers ne peut servir à rien pour la date.
2. L'édition en indique 12901, mais il y a dans le chiffrage une erreur de trois vers.
On a récemment {Rev. Crit. 1873, I p. 61) indiqué l'inconvénient du système qui consiste
à ne marquer le numérotage des vers d'un poème qu'au haut de chaque page. Le Dolo-
pathos, qui est publié avec soin, montre bien les erreurs dans lesquelles ce système induit
(un écart de jooo vers, comme celui de M. Fr. Michel dans son Roman de Roncevaux,
est rare). Il y a dans ce poème neu/ erreurs de chiffrage (pp. 84, 106, 122, 196, 241,
267, 347, 348, 405), qui se compensent ou s'aggravent l'une l'autre, de manière à donner
à la fin une différence de trois vers.
3. Voy. la n. i ci-dessus.
Romania, Il î 3
498 COMPTES-RENDUS
rieur de VEnlivemcnt, que ne contient aucun de mes trois mss. La femme qui a
dupé son premier mari trompe maintenant le second. » — La découverte du ms,
d'Orval ne favorise pas cette hypothèse ; en effets ce ms., plus ancien de deux
siècles que les mss. autrichiens, et dans lequel, à cause du prologue et de la
préface, on ne peut méconnaître l'œuvre bien authentique de Jean, est absolu-
ment conforme aux textes du XV siècle. C'est ce qui a porté M. Oe. à dire :
« Je ne puis me résoudre à admettre avec Mussafia que la fusion de ces deux
contes (Inclusa et Putcus) ait déjà été faite par Jean, car notre texte ne
fournit aucun indice, externe ou interne, à l'appui de cette conjecture. Les mots
artium suarum non immcmor, où on en a trouvé un, se rapportent plus naturellement
à la ruse des femmes en général qu'au récit d'une ruse spéciale, qui aurait été
retranché du conte sans aucun motif et sans y laisser aucune trace. » Et il
conclut : « Les additions du texte français doivent donc toutes être mises sur
le compte d'Herbert. »
Cette solution paraît en effet au premier abord aussi sûre que naturelle ;
cependant si on l'examine de près elle offre de grandes difficultés. Il est peu
probable que les deux morceaux qui ne se trouvent que dans le poème français
(deux épisodes de Gaza et première histoire fondue avec Putcus) aient un
caractère différent : ils doivent être considérés ensemble ou comme ayant été
ajoutés par Herbert ou comme ayant été trouvés par lui dans son original.
Examinons-les en eux-mêmes pour voir s'ils présentent quelque trait qui puisse
nous aider à résoudre cette question délicate. — Nous avons déjà remarqué
que le récit Gaza est plus développé dans le Dolopathos que dans VHistoria.
Dans les deux textes nous voyons que le voleur se blesse pour pouvoir pleurer
sans éveiller les soupçons quand on traîne devant sa maison le corps de son
père ; mais dans YHistoria le récit s'arrête là et le roi renonce à découvrir le
voleur. Dans le Dolopathos (après une répétition de ce premier incident) nous
trouvons le récit de la ruse employée par le voleur pour retirer du gibet le
corps de son père, et nous avons vu que cet épisode avait dû figurer dans une
forme de VHistoria plus ancienne que celle que nous possédons. A plus forte
raison pouvons-nous dire la même chose de l'un au moins des deux épisodes
qui ne se trouvent que dans Herbert : le roi, pour prendre le voleur, lui tend
un piège où il place comme appât sa propre fille, et celui-ci, après avoir joui
des faveurs qu'on lui abandonne, sait déjouer encore une fois la ruse qu'on a
crue infaillible pour le prendre. Après une autre tentative que je laisse ici de
côté, le roi plein d'admiration pour son habileté lui pardonne et lui donne sa
fille en mariage. Or, à quelques circonstances près ', ce dénouement est celui
qui est dans Hérodote* ; il appartient au conte dans sa forme la plus authen-
tique, et Herbert ne l'a certainement pas inventé. S'il l'a ajouté de son chef au
récit de Jean, il faut admettre qu'il a, lui aussi, indépendamment de sa source,
connu une rédaction de ce conte plus ancienne que celle de VHistoria. Mais
1 . La ruse du jeune homme pour ne pas être reconnu par la princesse est autre ;
mais celle qu'emploie ici le voleur est également bien ancienne, et, comme le fait remar-
quer M. Landau (1. 1. p. 24), se retrouve ailleurs dans Hérodote, 1. VI (et non Vil),
c. 68-69.
2. Et dans plusieurs contes populaires sur le même sujet.
JoHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 499
alors cette version offrait certainement des traits différents dans la première
partie du récit ', et comment se fait-il qu'on ne trouve pas la trace de ces variantes
dans le poème français? — La supposition qu'Herbert a connu Gaza, indépendam-
ment de son original latin, sous une forme plus ancienne que VHistoria, devient
encore plus invraisemblable si on doit admettre qu'il a connu ce conte comme
faisant déjà partie du roman, et c'est pourtant ce qui semblerait ressortir de
l'examen du second épisode propre au poème français. En effets cet épisode se
retrouve dans VHistoria : c'est le récit Inclusa^, et il est fort peu probable que,
par une coïncidence fortuite, Herbert, qui l'aurait connu comme conte isolé,
l'ait également introduit dans le Dolopathos. Il faudrait donc admettre pour
tout l'ouvrage l'invraisemblance qui nous choquait tout à l'heure pour Gaza :
Herbert aura connu, indépendamment de Jean, une forme de VHistoria plus
ancienne que celle qui nous est parvenue ; mais il se sera borné à emprunter
à cette version deux épisodes de Gaza et le récit Inclusa, sans qu'on trouve
dans tout le reste de son livre aucun vestige des variantes considérables que
cette version devait contenir. Notons que le récit entendu par Jean était, comme
on l'a vu plus haut, étrangement altéré, et qu'il est impossible qu'Herbert
l'ait entendu de son côté autrement que sous une forme très-différente. — Enfin,
si on lit les épisodes propres au Dolopathos français, on est frappé, dans l'allure
et dans le ton du récit, d'une similitude parfaite avec le reste, qui ne permet
guère de croire qu'ils ne soient pas traduits également'. Et comment Herbert,
si fidèle traducteur dans tout le cours de son poème, aurait-il pris tout à coup
une liberté aussi grande que celle de fondre, de sa propre autorité, un autre
conte avec le dernier récit? s'il l'avait fait, comment s'en serait-il tenu là? —
Examinée uniquement au point de vue d'Herbert, la question ne peut recevoir
que la réponse donnée par M. Mussafia : le poète français a eu sous les yeux
un manuscrit latin qui contenait les deux derniers épisodes de Gaza et le récit
Inclusa fondu avec Puteus.
Mais si nous passons à l'examen du latin, nous ne pouvons nous défendre
d'être du sentiment de M. Oesterley : le texte, tel qu'il est, est complet ; non-
seulement, dans le récit Puteus, il n'offre aucun point d'attache pour Inclusa*,
mais il est clair que l'addition de ce second conte est maladroite. Celui qui doit
être le mari dans le second épisode ne se prête pas du tout à jouer le rôle d'amant
dans le premier ; les précautions qu'il prend contre sa femme dans Puteus
conviennent très-bien à son caractère de philosophus, auquel répugne absolument
la singulière façon dont il se marie dans Inclusa ; en comparant le début du
récit de Virgile dans le latin et dans le français, il est impossible de ne pas
reconnaître qu'il y a, dans le second de ces textes, une interpolation. —
Examinée au point de vue du latin, la question doit être résolue ainsi : la forme
1 . Ainsi nous avons vu que la fumée employée pour découvrir comment on est entré
dans la tour est un souvenir de la forme primitive du conte : le trait dont nous avons
ici un vestige devait être conservé intact dans une version parallèle.
2. Ce conte ne se trouve pas dans toutes les formes de VHistoria ; sa présence dans
une version aussi ancienne assure, à mon avis, la priorité aux formes qui le contiennent
(cf. Mussafia, 1. 1. p. 89-91).
3. La scène d' Inclusa mise en Grèce est encore un trait qui indique un modèle latin.
4. Je crois comme M. Oe. que les mots arîium suarum non immemor peuvent s'expli-
quer sans qu'il soit besoin d'y voir une allusion au premier épisode.
JOO COMPTES-RENDUS
du Dolopathos, telle qu'elle est dans les cinq mss. latins connus, est complète
et n'a point subi de suppression.
Ces deux résultats, également assurés, nous amènent à ce résultat commun ;
Herbert a eu sous les yeux un manuscrit latin qui contenait des m.orceaux qui
actuellement ne se trouvent que dans son poème, mais ces morceaux ont été
ajoutés postérieurement au texte latin que nous possédons. — Reste à savoir par
qui ils ont été ajoutés. Je n'hésite pas à répondre : par Jean de Haute-Seille
lui-même. Ils ressemblent trop au reste pour provenir d'un autre auteur, et si
nous'voulions supposer un interpolateur distinct de Jean, nous nous retrou-
verions en présence de l'invraisemblance signalée tout à l'heure : deux personnes
auraient connu, indépendamment l'une ^e l'autre, deux versions de l'Historia
sensiblement conformes, quoique toutes deux fort altérées, et la seconde, en
revoyant le travail de la première, se serait bornée à y ajouter deux épisodes
et un récit négligés par elle, sans introduire d'ailleurs aucune variante. — Au
contraire, rien n'est plus simple et plus naturel que l'hypothèse suivante : Jean
avait pris, sur le récit qu'il avait entendu, des notes d'après lesquelles il a écrit
son roman. Plus tard il a regretté de n'avoir pas utilisé, dans ces notes, les
derniers épisodes de Gaza et le récit Inclusa^ et il les a ajoutés, assez malheu-
reusement ; car Inclusa^ outre les défauts indiqués plus haut, nous montre la
même femme enfermée deux fois dans une tour', et les derniers épisodes de Gaza
rendent ce conte tout à fait impropre à être raconté au roi pour l'empêcher de
faire mourir son fils. Mais les récits en eux-mêmes étaient agréables, et il ne
put résister au plaisir de les insérer.
Il y a donc eu du Dolopathos latin deux rédactions successives : la première
nous est parvenue dans nos cinq manuscrits, la seconde est celle qu'a connue
Herbert. J'irai plus loin, je crois qu'il la tenait de Jean de Haute-
Seille lui-même. II paraît en effet posséder sur lui des détails plus précis que
ceux que nous donne son livre. Uns blans moines de bone vie, dit-il en parlant de
lui. Admettons que notre poète fût assez versé dans la géographie ecclésiastique
pour savoir que la petite abbaye lorraine dont il s'agita était de l'ordre de
Cîteaux (les moines blancs) ; comment savait-il que « dans Jehans » était « de
bonne vie » ? Mettons, ce que je ne crois pas, que ce soit un cpithetum ornans \
il y a un autre argument à tirer des vers de la fin. J'ai dit plus haut que la
leçon originale d'Herbert doit être : Jehans define ci son livre, A l'evesqae de Mes
le livre ; or ces vers sont suivis de celui-ci : Gui Dex doinst honor en sa vie, qui
s'applique à l'évêque de Metz Bertrand auquel Jean s'adressait, et qui a par
conséquent été écrit avant 1212, date de la mort de Bertrand, par quelqu'un
qui savait que ce personnage n'était pas mort. — II est donc permis de croire
qu'Herbert reçût de Jean lui-même^ qu'il connaissait personnellement, le manus-
crit de son ouvrage, dans une rédaction augmentée, et qu'il le « trest en
romans» avant 1212. — Herbert était-il lorrain? C'est ce que je ne saurais
dire. II est certain que l'un des manuscrits de son poème, celui même qui a
1 . C'est précisément cette tour, commune aux deux récits, qui a donné à Jean l'idée de
les réunir, tandis que d'abord il en avait supprimé un.
2. Il ne faut rien conclure de la forme Haute-Selve, employée par Herbert. On disait
ainsi même en Lorraine de son temps : Haute-Seille est une forme moderne.
JoHANNES, Dolopaîhos, ligg. von Oesterley 501
servi de base à l'édition, a été exécuté par un copiste lorrain, mais les formes
dialectales qu'on y rencontre (p. ex. ait== k.a) sont le fait de ce copiste et non
de l'auteur*. Toutefois au commencement du XlIIe siècle, un poète lorrain
pouvait parfaitement écrire en fort bon français. Résumons les dates acquises :
Jean a écrit entre 1 1 79 (date où Bertrand fut évêque de Metz) et 1212 (date où
cet évêque mourut) ; Herbert, qui a reçu de Jean une rédaction amplifiée,
a écrit avant 1212; la manière dont il parle de Louis, fils du roi Philippe
(... H fils Dm le volt doer Del dojire de vassclaigc ; Moût est millans de son aaige)
indique que ce prince avait au moins vingt ans, et il les eut en 1207. C'est
donc entre 1207 et 121 2 qu'il faut sans doute placer la composition du Dolo-
pathos français 2.
Les recherches qu'on vient de lire ne s'accordent pas toujours avec les
opinions qu'exprime M. Oesterley. Ainsi on a vu qu'il regarde les derniers
épisodes de Gaza et le récit Inclusa comme appartenant en propre à Herbert.
Il croit aussi que Jean n'a emprunté à la version de VHistotia qu'il a entendue
que le cadre du roman, et que les contes qu'il a insérés ont tous été recueillis
par lui à l'état isolé et insérés dans son roman. Il s'appuie sur ce que le conte
Gaza est, dans VHistoria, mis avec raison dans la bouche de la reine, tandis
qu'Herbert, ne faisant pas raconter de contes par la reine, a dû puiser dans
une version où elle n'en racontait pas non plus. Mais si les contes de la reine
manquent dans Herbert, c'est sans doute, comme on l'a vu, par suite de l'état
altéré où il a reçu le roman ; il a connu au moins deux de ceux que VHistoria lui
attribue, à savoir Gaza et Virgilius (voyez plus haut). Ce dernier n'a servi qu'à
lui fournir quelques traits pour l'histoire-cadre, tandis qu'il a inséré le premier,
en cherchant à en tirer la morale dont il avait besoin. — Il est inadmissible que
cinq histoires, Canis, Gaza, Virgilius, Inclusa, Puteus, se trouvent à la fois, par
le simple effet du hasard, dans VHistoria et dans le Dolopathos.
En tel minant son introduction, M. Oesterley soulève une question des plus
intéressantes, qu'il résout à mon sens un peu vite. Après avoir parlé de la
traduction française, il ajoute ces paroles que je veux reproduire intégralement :
« Ce qui a plus d'importance et d'étendue, c'est l'influence médiate du Dolopathos,
l'action que cet ouvrage a e.xercée en tant que ses éléments sont rentrés dans la
vie du peuple, d'où ils avaient été tirés, et où ils se sont répandus dans des
cercles de plus en plus grands. Il faut chercher l'origine de cette expansion
dans les poésies des trouvères (?) français, qui ont servi à propager ces contes en
Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Hollande, en Hongrie, en Russie,
jusqu'aux steppes asiatiques. Car l'accord des récits du Dolopathos, pour une
longue série de traits isolés, mais caractéristiques, avec des contes populaires
qui pour la plupart n'ont été connus que de nos jours, et qui se retrouvent
1. C'est ce que montrent des rimes comme Dejanirait : tuait p. ^^i, lai : semblait
p. 370, etc. D'ailleurs ces formes lorraines sont beaucoup plus sensibles dans la seconde
moitié de A que dans la première.
2. Trompé par une fausse notice de D. Brial {Hist. de Fr. XVII, 8j), j'avais cru
d'abord pouvoir rapporter la dédicace d'Herbert à l'entrevue de Vaucouleurs entre Fré-
déric 11 et Louis, fils de Philippe-Auguste (nov. 1212); mais l'évèque de Metz Bertrand
était alors mort depuis six mois, et c'est non pas lui, comme le dit D. Brial, mais son
successeur, qui fut le médiateur de cette entrevue.
502 COMPTES-RENDUS
chez les nations les plus éloignées comme les plus voisines, cet accord est trop
frappant pour qu'on puisse révoquer en doute l'influence de notre roman sur la
naissance ou au moins sur la forme de ces contes ; et ce fait vient prouver une
fois de plus que le grand courant qui a porté de l'orient à l'occident des récits
vivant et se perpétuant dans le peuple, a été suivi d'un courant inverse, plus
faible, il est vrai, allant de l'ouest à l'est et qui s'est fait sentir jusqu'en Asie.
A ce point de vue le Dolopathos restera toujours un document important et
instructif au plus haut degré. »
Le savant critique nous dit ensuite qu'il aurait voulu donner en détail les
preuves de la « place exceptionnellement importante » du Dolopathos dans la
littérature narrative en entreprenant « un tableau comparatif du développement
des récits contenus dans ce livre », mais qu'il y a renoncé, parce qu'il n'aurait pu
que répéter ce qui a déjà été dit soit par lui-même, soit par d'autres. Je ne suis
pas de son avis : on a rarement, trop rarement essayé ce « tableau comparatif
du développement » des contes ; on s'est borné le plus souvent, M. Oesterley
presque toujours, à des rapprochements qui ne sont en réalité que les matériaux
d'un semblable travail. Je ne crois pas d'ailleurs que l'éditeur de Jean de Haute-
Seille eût réussi à démontrer sa thèse, qui de prime abord est peu vraisemblable.
Comment n'a-t-il pas vu l'étrange contradiction dans laquelle il tombe? Il nous dit
d'une part que Jean a puisé ses contes dans des récits populaires, et quand il retrouve
des traits pareils à ceux de ces mêmes contes dans d'autres récits populaires, il
veut qu'ils aient été empruntés à Jean ! Pourquoi n'auraient-ils pas continué à vivre
dans le peuple et ne se présenteraient-ils pas aujourd'hui à nous comme ils se
sont présentés il y a sept siècles au moine lorrain? Il faudrait prouver que des
traits de l'invention de Jean, comme par exemple le préambule du récit Canis
ou l'idée, dans ce même conte, de faire tuer au chevalier son faucon et son
cheval, se retrouvent dans des récits populaires, et c'est ce qui serait difficile.
— M. Oe. passe en revue les huit ' contes du Dolopathos en signalant rapide-
ment ce qui peut venir à l'appui de son assertion : je n'y trouve rien qui la
justifie le moins du monde. Les traits qui sont communs au Dolopathos et à tel
ou tel conte européen ou asiatique proviennent de la source où tous deux ont puisé.
Cette source au reste a été pour Jean un récit, mais non un récit populaire pro-
prement dit, sauf pour les Cygnes et peut-être pour la Livre de chair. Je ne crois
donc pas qu'on puisse même conclure de la présence d'un conte dans le roman
de Jean qu'il fût populaire en Lorraine au XII' siècle ; on doit se borner à dire
qu'à cette époque il avait déjà pénétré en Europe. Quant à la question de savoir
si un conte vient ou non de l'Orient, le Dolopathos ne peut aider beaucoup à
la résoudre, puisqu'à côté de récits certainement orientaux, il en offre qui,
comme les Cygnes, paraissent bien avoir été recueillis dans la tradition popu-
laire occidentale *, et d'autres, comme la Justice de Trajan, qui remontent à
l'antiquité classique. Je n'attribue donc pas au roman du moine de Haute-Seille
l'importance exceptionnelle que lui accorde l'éditeur. II ne peut servir beaucoup
à éclaircir l'origine des contes qu'il renferme, il ne les présente pas sous une
1. En y comprenant le conte Indusa, dont M. Oe. dit aussi quelques mots.
2. Ce ne serait pas d'ailleurs une preuve que ces contes ne vinssent pas d'Orient; il en
était venu d'Asie en Europe bien avant le xii'' siècle.
JOHANNES, Dolopathos, hgg. von Oesterley 503
forme très-pure, et rien n'autorise à croire qu'il ait exercé sur le développement
subséquent de la littérature narrative une influence marquée. Ce n'en est pas
moins un ouvrage des plus intéressants : il nous conserve la trace d'un état
de VHistoria Scptcm saficntum plus ancien que celui oi!i elle nous est parvenue ;
il nous donne, pour tel ou tel conte, une forme plus voisine de l'original que
celle de VHisîoria ; et par sa date reculée il prend une place à part dans l'histoire
de la transmission des contes. Tout récit oriental qui se trouve dans le Dolo-
pathos a nécessairement été apporté en Europe antérieurement au XIII" siècle ;
c'est un point qu'il ne faut pas perdre de vue dans les discussions auxquelles
donne lieu le curieux problème de la propagation des contes indiens. Il est clair
que ces récits au moins n'ont pas pénétré en Occident au XIII" siècle par
l'intermédiaire des Mongols.
On voit à quels points de vue divers la publication de M. Oesterley présente
de l'intérêt pour la science. Par la découverte du manuscrit d'Orval, par
l'impression de l'œuvre de Jean de Haute-Seille, et par l'étude dont il l'a fait
précéder, le savant et laborieux éditeur de Pauli, de Kirchhof, de Romulus et
des Cesta Romanorum s'est acquis un nouveau titre à la reconnaissance du
public lettré.
G. P.
P. S. Les éditeurs du Dolopathos n'ont fait usage que de deux manuscrits
(dont un seul complet) du poème d'Herbert. Il en existe un troisième à Mont-
pellier, dont je dois moi-même la connaissance à une lettre de M. Oesterley.
J'avais pensé que ce ms., coté 436, pourrait être celui de Fauchet, mais il n'en
est rien. Je me suis adressé pour avoir des renseignements à cet égard à
M. Boucherie, à l'obligeance duquel je dois la copie des vers de la fin et du
commencement qui sont intéressants pour la question traitée ci-dessus (p. 497,
n. :). Ceux de la fin sont conformes au ms. de Paris; ceux du commencement
aussi, malgré les fautes grossières qui les défigurent, sont d'accord avec le texte
imprimé ; seulement l'éloge du jeune Louis est bien plus long ; entre les vers
32 et 33 sont intercalés les suivants : Li bolns arbres doit boin frut randrc, Et
qui raison i doit antendrc Bien puct legieremcnt savoir Ke plus grant valor doit avoir
Lofjs c Alexandre n'out : Phelipes fut peire Alexandre, Mais moût par fut sa valour
(ms. volour) maindre Ke la Phelipe a roi de France ; Et ben saichiez tôt sen doutence
C'Alixandres estoit paiens^Mais Loeys est (ms. iert) crestiens, Et s'ait millour commen-
cement : Dex li dont boin defincment. Ce ms. paraît avoir été écrit dans les pro-
vinces de l'Est.
PÉRIODIQUES
I. Jahrbuch fur Romanische und englische Sprache und Literatur.
Nouvelle série, I, 2, p. 122, Bartsch, Die Qucllcnvon Jehan de Nostradamus (sic).
Fin du travail dont nous avons annoncé le commencement il y a quelques mois
(Romania, II, 142). M. B. y traite des poètes qui ne sont connus que par
Notre-Dame, et il analyse longuement un certain nombre de vies que j'avais été
étonné de lui voir passer sous silence. On y trouve comme précédemment une
grande connaissance de la poésie des troubadours, mais aussi la même absence
de résultats nouveaux. Encore une fois je ne crois pas que le sujet méritât d'être
traité avec autant de détail, mais assurément il ne pouvait l'être avec fruit que par
une personne très-versée dans l'histoire de la Provence, et ayant à sa disposi-
tion quantité de sources que M.B. n'a probablement pas à sa portée. Ceux qui
savent l'histoire de la Provence ne comprendront pas qu'on ait pu aborder ce
sujet sans citer une seule fois César de Notre-Dame. Çà et là des conjectures
bizarres, p. ex. que le surnom de Hugues de Lobieres est le Lobeiras qui figure
dans une pièce de Guirautde Borneil {Parn. occit.,p. 128)! Ce rapprochement
n'aurait aucune valeur alors même qu'il y aurait en effet Lobeiras dans la pièce
de Guiraut, car ce nom de lieu est assez répandu au midi de la France ; mais il
n'y a pas Lobeiras. Si M. B. veut bien vérifier sa citation il verra que le texte
porte Lobeira : la leçon est assurée par la rime. Il est très-facile de déterminer
ce lieu. La pièce de Guiraut est une pastourelle; or le poète raconte une aven-
ture qui arriva près d'Alais (part Alest, v. 2). Or la Loubiere, dans les textes
latins Lobieria (voir G. Durand, Dict. top. du Gard), est un hameau dépendant
d'Alais. Quant à Hugues de Lobieres, il tirait son nom d'un faubourg de Ta-
rascon appelé maintenant Lubières (au moyen-âge Lobieras, ou en latin Luperi^).
Il y a eu réellement à Tarascon un homme de ce nom qu'on voit figurer dans
tous les actes importants de la cité pendant le premier tiers du xiii* siècle; cf.
ci-dessus p. 43 1-2, note. — P. 1 50, Horstmann, Die légende des h. Michael nach
ms. Laud (Oxford) 108. Fin d'une publication commencée dans YArchiv. f. d.
studium d. neueren Sprachen (voy. Rom. I, 502.) — P. 181. Fœrster, Li romans
de Durmart le galois. Fin de l'analyse commencée dans le précédent numéro.
L'édition du roman de Durmart, faite par M. Stengel, vient de paraître. Nous en
rendrons compte prochainement. — P. 202, Carolina Michaelis. Etymologiches.
Série d'étymologies espagnoles, qui paraissent en général assurées, et qui attestent
chez l'auteur autant d'érudition que de critique.
La Bibliographie consiste en un compte-rendu de VEtym. Wcert. de Diez, par
M. Liebrecht. L'article est long, et riche en textes et en explications nouvelles.
Les seules citations intéressantes sont celles qui ont rapport à l'histoire des mœurs
et des coutumes ; les explications sont trop souvent inutiles ou erronées. Ainsi
PÉRIODIQUES 505
dans cette phrase : « Les Sycambiens ne porent la citeit avoir ne cmpcrier »,
M. L. se figure qu'empcrier veut dire « s'emparer, d Empcrkr est une forme
dialectale de l'ancien français empirier, empirer^ mettre à mal. — P. 236-38,
Zeilschriften. Sommaires de la Romania et de la Rivista dï Filologla Romanza.
P. M.
II. Il Propugnatore, VI, 4-5. — P. 3-30, Gaiter, suï Dïalcuï italiani (cf.
Rom. II, 374). — P. 31-47, Somma délie penitenze, etc., suite (Rom. ibid.). —
P. 48-73, Lcggcnda di S. Tccla, publiée pour la première fois par M. Isola;
texte du xiv" siècle. — P. 84-122, Otto Fiabe e Novclle Siciliane, raccoltate ed
annotatc di G. Pitre; variantes de contes qui paraîtront dans un prochain
recueil annoncé par l'auteur ; elles justifient toutes les espérances qu'on avait le
droit de concevoir (cf. Rom. II, 373), — P. 184-248. Giuliari, la Letteratura
veronese, etc., suite (Rom. IIj 270).
III. Germania, xviii, 2. — P. 147-153, Kœhler, Einc Sage von Theoderichs
Ende in dem « Libro de los Enxemplos »; le récit espagnol, outre une variante de
la légende connue qui montre Théodoric emporté par le diable sous forme d'un
cheval, contient une anecdote presque tout à fait semblable, comme le montre
M. K., à un chapitre de Salomon et Marculf. — P. 153-1^9, Kœhler, Die
Schwctncke vom Bauer Einhyrn und vom Bauer Grillet; deux variantes de ces
histoires connues, accompagnées de rapprochements. — P. 220-233, ^^t^loye
und Alcxander, petit poème déjà publié par M. Haupt, réédité ici par M. J.-V.
Zingerle, et dont le sujet — il s'agit d'un nain qu'Alexandre rencontre dans
l'Inde — est proprement, comme le remarque l'éditeur, étranger à l'histoire du
héros macédonien. L'auteur l'y a rattaché en se servant d'un passage de VAle-
xandreis de Gautier de Châtillon. — P. 235-242, article intéressant de M. K.
Maurer sur les Riddarasœgar de M. Kœlbring, où il combat à bon droit et avec
des arguments très-solides l'hypothèse de ce savant sur l'origine « foncièrement
allemande » du poème de Mirmant et d'autres ouvrages analogues (cf. Rev. Crit,,
1873, p. 6-8; Kom. II, 357).
IV. Zeitschrift FiJR DEUTSCHE PHILOLOGIE, V, 1 . — P. 69-73, Kœhler, ^'^
deutschcn Volksbiicher von der Pfahgrafin Genovefa und der Herzogin Hirlanda;
remarques sur les anciennes éditions de ces deux livrets populaires, traduits tous
deux du français de René de Cerisiers, et, — ce qu'on ne savait pas, — par le
même auteur, le capucin Martin de Cochem, qui les inséra dans un grand recueil
d'histoires édifiantes, dont ils ont été plus tard extraits.
V. Revue Celtique II, i. — P. 126-29, articledeM. d'Arboisde Jubainviile
sur les dictionnaires de Littré et Brachet. M. d'A. revendique la forme beber
(— fiber) d'où viendrait le fr. bicvre pour le gaulois, parce que les lois de la pho-
nétique latine l'excluent; en effet, bcbrinus, employé par le scholiaste de Juvénal,
est sans doute un terme technique de fourreur et peut fort bien avoir un radical
étranger; mais s'ensuit-il qu'il soit gaulois .'' L'allemand dit biber, le slave bebru;
l'adj. même en question se retrouve dans le lith. bcbrinis, le v.-h.-all. bibirin :
506 PÉRIODIQUES
pourquoi donc s'en tenir au gaulois? Les Romains tiraient surtout des bords du
Pont leurs peaux de castor (on a appelé le castor canis ponticus), et il est probable
que bcbrus, à côté de l'indigène ^kr, est un mot empruntée quelque idiome des
pays d'où provenait cette fourrure. — M. d'A. remarque avec raison que boule
(d'où bouleau) ne vient pas de bctula, mais de bctulla, qui est un mot gaulois
cité par Pline; Diez a déjà expliqué, comme M. d'A., bouleau par* beoukau
' bedoulel. — P. 139, le même savant, à propos de la Romania (II, 80), pro-
pose de rattacher le cata roman au cata gaulois qui figure dans plusieurs noms
propres et vit encore dans le gat armoricain'.
VI. Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, année
1871-2, 4* livr. — P. 1 1 1-8. Un règlement pour la saison thermale des Eaux-Chaudes
en 1576 (Communication de M. Raymond, archiviste du département). Ce
règlement du gouverneur de la province, le baron de Miossens... « purmer gen-
tilhomme de la crampa (chambre) deu Rey », est en béarnais et c'est pourquoi
nous le mentionnons ici. On sait qu'en Béarn l'usage de la langue vulgaire dans
les actes publics ou privés s'est conservé bien plus tard que dans aucun des
autres pays de langue d'oc. L'intérêt de ce document consiste en ceci qu'il est
probablement l'un des plus anciens en son genre. Ce n'est pas que les eaux
minérales, et surtout les eaux thermales, aient été négligées au moyen âge : des
témoignages innombrables prouvent que depuis l'antiquité on n'a pas cessé d'en
faire usage avec plus ou moins de discrétion, mais il ne paraît pas qu'on ait eu
de bonne heure l'idée de taxer par arrêté le prix des objets de consommation ou
des logements à l'usage des baigneurs. Et tel est l'objet de ce règlement qui
passe en revue toutes les « cabannes » du village, taxant le prix des chambres
dans chacune, déterminant les conventions à intervenir entre le propriétaire et
le locataire, etc. P. M.
VII. Revue critique d'histoire ET de littérature. Juillet-septembre 1873.
148, Ticknor, Histoire de la littérature espagnole, trad. p. Magnabal (A. Morel-
Fatio). — 163. Deschamps, le Traicté de Getta et d'Amphitryon, p. p. de Queux
de Saint-Hilaire. — 175. Longnon, François Villon et ses légataires; Vitu,
Notice sur Villon (G. P.). — 194. Collection de livres espagnols rares et
curieux (A. Morel-Fatio).
VIII. Gcettinger Gelehrte Anzeigen, n° 38. — Gautier; la Chanson de
Roland ; long article de M. K. Gœdeke, qui contient une analyse de l'introduc-
tion, quelques critiques, beaucoup d'éloges, et un certain nombre de gentillesses
anti-françaises fort lourdes.
I . Supposition inadmissible pour un mot commun à toutes les langues romanes, et que
d'ailleurs nous voyons sortir clairement du grec dans les exemples rapportés ci-dessus
p. 82 et 8}. — P. M.
CHRONIQUE.
Voici les cours de langues et littératures romanes qui se feront cet hiver à
Paris :
Collège de France. G. Paris : les Contes orientaux dans la littérature française
du moyen-âge et spécialement le Roman des Sept Sages ( i h. par semaine) ;
explication de textes (i h.).
Ecole des chartes. P. Meyer : Grammaire comparée de l'ancien français et du
provençal ; explication de textes (2 leçons).
Ecole des hautes études. Premiïrc année. G. Paris : Exercices pratiques. —
A. Darmesteter : Grammaire des langues romanes (introduction et
lexicologie).
Deuxième année. G. Paris : Etudes critiques sur les renouvellements de
la Chanson de Roland; — A. Darmesteter : Grammaire des langues
romanes (morphologie et syntaxe).
— Cours relatifs aux langues romanes dans les Universités allemandes pen-
dant le semestre d'hiver 1873-74 :
Leipzig. Ebert : Histoire de la littérature française au moyen-âge; explication
du Chevalier au lion et de la Chanson de Roland.
Munich. Hoemann : Grammaire de l'ancien français avec explications.
Strasbourg. Bceh.mer : Grammaire comparée des langues romanes ; exercices
pratiques.
Breslau. Mall : Exercices pratiques.
Heidelberg. Bartsch : Grammaire provençale avec explications ; exercices pra-
tiques pour l'ancien français.
— Grceber : Histoire de la littérature française au moyen-âge ; explication du
Romanceco dcl Cid; exercices pratiques.
Bonn. DiEz : Histoire des langues romanes ; sur la plus ancienne poésie ita-
lienne.
— Delius : la Divina Commedia; histoire de la littérature française.
Marbourg. Stengel : Grammaire française ; VInferno de Dante ; exercices pra-
tiques.
— SuciiiER, pr. doc. : Explication des plus anciens textes français.
Gœttingen. Muller : Histoire de la langue française ; explications provençales.
Berlin. Tobler : Explication du Chevalier au lion ; syntaxe de la langue fran-
çaise; exercices pratiques.
508 CHRONIQUE
Giessen. Lemcke : Syntaxe de la langue française ; grammaire italienne ; exer-
cices pratiques.
Halle. ScHUGHARDT : Ancien français, avec explication àthChanson de Roland ;
ie Dccamcron de Boccace ; exercices pratiques.
Kœnigsberg. Schipper : Explication du roman ancien français la Chanson de
Roland^ avec introduction grammaticale et littéraire.
Vienne. Mussafia : Histoire de la littérature italienne aux xin^, xiv" et xv* siè-
cles ; grammaire historique de la langue française.
— Dans le programme des cours de V Académie de philologie moderne à Berlin,
pour le semestre d'hiver, nous relevons les suivants :
Lùcking, les Traits caractéristiques des anciens dialectes français (2 h. par
semaine) ; Matzner, Syntaxe de la langue française (2 h.); — Marelle, Histoire
des variations du langage et du style en France (i h.) ; — Benecke, la Pronon-
ciation française avec explications historiques et physiologiques : Voyelles (i h.) ;
— Scholle, Introduction à l'étude de l'ancien français, avec exercices pratiques
d'après la Chrestomathie de Bartsch (2 h.); — Mahn, le poème provençal de
Cirart de Rossilho (2 h.); poésies lyriques des troubadours (i h.); Grammaire
italienne (2 h.) ; — Buchholz, le Paradiso de Dante (2 h.) ; histoire de la litté-
rature italienne (2 h.) ; — Brinkmann, Grammaire espagnole (2 h.).
— Le premier fascicule du Recueil d'anciens textes bas-latins, provençaux et fran-
çais de M. Paul Meyer paraîtra à la libraire Franck dans le courant de décembre.
— MM. G. Paris et G. Raynaud ont mis sous presse une édition du Mystlre
de la Passion, d'Arnoul Gresban, qui paraîtra dans le courant de l'année 1874.
— Le mystère de la Vie de Monseigneur Saint Louis, qui formera le second
volume des œuvres de Pierre Gringore, publiées par MM. Moland et d'HéricauIt,
est actuellement sous presse, et paraîtra prochainement chez M. Daffis, pro-
priétaire actuel de la Bibliothlque elzevirienne.
— Le deuxième fascicule du tome P'" de la traduction de Diez, par MM. A.
Brachet et G. Paris, va être incessamment mis en vente. Le premier fascicule
du tome II, traduit par MM. A. Morel-Fatio et G. Paris, paraîtra au prin-
temps de 1874.
— La Bibliothèque de l'École des Hautes Études contiendra, dans deux de
ses plus prochains fascicules, le travail de M. Darmesteter sur la Composition des
mots en français, et celui de M. Joret sur le c latin dans les langues romanes.
— M. L. Pannier a présenté à l'examen, pour obtenir le titre d'élève diplômé
de l'École des Hautes Études, une édition critique de l'ancienne traduction en
vers du Lapidaire de Marbode, accompagnée d'une introduction sur les Lapi-
daires au moyen-âge.
— L'impression du Lexiijue de Froissart, par M. Auguste Scheler, est avancée.
Le même savant a mis sous presse une édition du renouvellement des Enfances
Ogier, par Adenet.
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
p. 7, V. 46, montée, 1. monte.
P. 83, 1, 31, cbâ-in, 1. châ-in.
P. 8j, 1. dern., Va, 1. que l'a.
P. 99, 1. 29, rfue/e, 1. duel e.
P. 112, 1. 29, Pauli, dans son recueil intitulé Schimpf und Ernst, 1. Kirchhof, dans son
recueil intitulé Wendanmuth, et 1. 34, Pauli, 1. Kirchhof.
P. 268, 1. 12, Morrent, 1. Morrut.
P. 277, 1. 32, fut, 1. fort.
P. 299, n. I, l. 12, 3 d, 1. 34 d.
P. 306, V. 8, sa, 1. soe.
P. 310, note sur 98 b, 1. 3; e, 1. es.
P. 311, note sur 100 a, 1. 6, 299, 1. 297.
P. 311, note sur 105 a, 1. 3, seinke, 1. seinhe.
P. 318, V. 55, cascun(s), 1. cascun[s]. — V. 63, un(s), 1. un[s].
P. 320, note sur le v. 210, Lors, 1. Lor.
P. 321, V. 300, gemissies, 1. gemiss(i)es. — V. 370, escandelissies, 1. escandelis(s)ies.
P. 324, V. 554, la leçon « cis » du ms. est à conserver. — V. 555, qu'il que soit, 1. cui
que soit, et mettez en note la leçon du ms.
P. 324, note sur 301, 1. 307.
P. 325, Wilheim Foerster, 1. Wendelin Foerster.
P. 357, 1. 29, premiers, 1, poèmes.
P. 360, 1. 27, fiai, 1. fiol.
P. 427, note I, ajoutez ces vers de R. de Vaqueiras en l'honneur du marquis de Mont-
ferrat {Honratz marques) :
Alexandres vos laisset son donar.
Et ardimen Rotlans elh dotze par,
El pros Berartz domnei e gent parlar.
TABLE DES MATIÈRES.
La destruction de Rome, première branche de la chanson de geste de Fierabras, Page
p. p. G. Grœber I
P. Rajna, Ricordi di codici francesi posseduti dagli Estensi nel secolo xv . . 49
Chants de quêtes et chants de mai du Forez et du Velay, p. p, V. Smith . . 59
H. ScHUCHARDT, de l'Orthographe du roumain 72
P. Rajna, Uggeri il Danese nella letteratura romanzesca degl' Italiani (r'art.). 13}
Blandin de Cornouailles, p. p. P. Meyer 170
A. LoNGNON, François Villon et ses légataires 20}
A. CoELHO, Formes divergentes de mots portugais 281
La Passion du Christ, texte revu sur le ms. de Clermont-Ferrand, par G. Paris. 295
Del Tumbeor Nostre Dame, p.p. W. Fœrster. . . JiJ
A. d'Ancona, le Fonti del Novellino 38J
P. Meyer, la pièce de Peire Vidal Drogoman seiner 423
E. Rolland, Vocabulaire du patois de Remilly 437
Chants de pauvres du Velay, p. p, V. Smith 455
MÉLANGES.
Quisque et cata dans les langues romanes (P. M.) 80
Musgode (J. Storm) 8j
Étymologies espagnoles : zaherir, zabullir, zabucar, zahor (Caroline Michaelis) . 86
Note sur le ms. de Tours renfermant des drames liturgiques et des légendes
pieuses en vers français (L. Delisle) 91
Odierne (Hermann Suchier) 96
Étymologies françaises et provençales : gazât, guastada, mire, mégissier, gram-
maire, sommelier (Adolf Tobler) - 237
Variétés lorraines (A. Bonnardot) 245
Romances galiciennes (A. Coelho) 259
Étymologies italiennes et romanes : verone, voto, argano, cavelle (J. Storm) . 326
Une prosthèse apparente en français (Michel Bréal) 329
A/(<r (meruj) dans les patois (Michel Bréal) 329
Noms de peuples paiens dans la Chanson de Roland (G. P.) 329
Le manuscrit de Guillaume d'Orange anciennement conservé à S. Guillem du
Désert (Hermann Suchier) • . . 333
Les parfaits en -didi (H. d'A. de J.) 477
Guastada (A. Mussafia) 477
A propos des noms de peuples païens du Roland (G. P.) 480
TABLE DES MATIÈRES
CORRECTIONS.
5H
Sur quelques passages des grammaires provençales, I (Adolf. Tobler). ... jjy
- - II [P. M.) 347
COMPTES-RENDUS.
Ancona (d*). Voy. Rappresentazioni
Baechtold, deutsche Handschriften aus dem Britischen Muséum (G. P.). . . 154
Bartoli, i Codid francesi délia Biblioteca Marciana di Venezia. (P. M.). . . 135
Bkrnoni, voy. Canti popolari.
BoEHMER, voy, Rencesval.
Bonvesin da Riva, // Tractato dci Mesi, per cura di E, Lidforss (Mussafia) . 115
Braca, Cancioneiro e romanceiro gérai portuguez (A. Morel-Fatio) .... 124
— Epopeas da raça mosarabe (A. M.-F.) 369
Canti antichi portoghesi, a cura di E. Monaci (P. M.) 26$
Canti popolari veneziani, raccolti da G. Bernoni (G. P.) j66
Chanson {là) de Roland, texte critique, par L. Gautier (G. P.) 97
— — voy. Rencesval.
Comptes et mémoriaux du roi René, p. p. Lecov de la Marche (P. M.). . . 267
Dolopathos, voy. Johann es.
Gautier, voy. Chanson (la) de Roland.
Johannes de Alta Silva, Dolopathos, hrsg. von H. Oesterley (G. P.). . . 481
Lecoy de la Marche, voy. Comptes et mémoriaux.
Lidforss, voy. Bonvesin.
LoEscHHORN, zum normannischen Rolandsliede (G. P.) 261
Manière {la) de langage qui enseigne à parler et à krire le français .... }68
Monaci, voy. Canti antichi.
Oesterley, voy. Johannes.
Rajna, i Reali di Francia,\'o\, \{G.'P.) 351
Rappresentazioni (Sacre) dei secoli xiv, xv e xvi, per cura di A. d'Ancona (G. P.) 266
Rencesval, édition critique du texte d'Oxford de la Chanson de Roland, par E.
Bœhmer (G. P.) 103
SucHiER, Ueber die quelle Ulrichs von dem Tûrlin (G. P.) m
PÉRIODIQUES.
Archiv fur das studium der neueren Sprachen, L, 1-2 143
-. - L, 3.
Bibliographia critica 150, 278,380
Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1871-2, 4' liv. . 506
Germania, XVII, 4 146
— XVUI, ! 273
— XVIII, 2 505
Gœttinger gelehrte Anzeigen, 1872, 48 , . . . . ijo
— 1875, 38. S06
Im neuen Reich, 1873, I ijç)
Jahrbuch fur romanische und englische Literatur, XIII, 1 141
— - — XIII, 2. . , 504
Literarisches Centralblatt 150,278, 380
Mémoires de la Société des antiquaires de France, XXII iji
Mémoires de la Société des antiquaires du midi de la France, X. 1-2. . . . 274
5 I 2 TABLE DES MATIÈRES
Propugnatore, V, 4» 5. 6 , i4j
— VI, I, 2 270
— VI, î J74
~ VI, 4-5 505
Recueil des travaux de la Société d'agriculture, des sciences et des arts d'Agen,
2' s. m 276
Revista contimporana, I, i-j 279
Revue celtique, I, 3-4 149
•- 11, I 505
Revue critique d'histoire et de littérature 149, 277, 380, jo6
Revue de Gascogne, XIV, 7 378
Revue de Marseille et de Provence, avril 1873 379
Revue (petite) des bibliophiles dauphinois, V-VIII 379
Revue des langues romanes, III, 3-4 183
— IV, 1-2 268
— IV, 3 370
Revue des sociétés savantes, 1872, sept.-déc, 1873, janv.-fév 378
Rivista di filologia romanza, I, i 140
— I, 2 373
Rivista di filologia dassica, II, 2-j 270
Tablettes historiques du Velay, III, 4 .... i 27J
Transactions of the philological Society, 1873-4, I 273
Zeitschrift fiir deutsche Philologie, IV, 3 149
— IV, 4 273
— V, I J05
Zeitschrift fur deutsches Alterthum, N. F., IV, 3 146
Zeitschrift fiir Sténographie und Orthographie, XIX, 4 144
Zeitschrift fiir vergleichende Sprachforschung, XXI, 4-j 375
CHRONIQUE,
Janvier • IJ2
Avril 280
Juillet 381
Octobre 5°?
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
0
PC RcHO&nia
2
R6
t. 2
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
^a^ï'::'li;:iiiiiii:ii!i!iii
1